‹ Traité d'hématologie dynamique pour servir de fondement a un systeme de pathologie vitalisteChapitre 20 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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de plasticité en masse qu'on fait tant valoir, un caractère pathologique du sang peut nous renseigner : le caractère putride, très-analogue, comme chacun sait, à ce qu'on dit des effets du mercure. Eh bien! qu'on veuille donc nous dire si ce sang, ainsi frappé de putridité, dissous, dépourvu d'éléments plastiques , sera bien propre à favoriser la solution d'une phlegmasie existante, lui que nous voyons tous les jours en produire des plus rebelles et qui se compliquent des phénomènes les plus fâcheux ?

L'idée chimique amendée, non plus que l'idée transcendante, ne nous donne la vraie théorie de l'action antiphlogistique du mercure, et ses propres promoteurs ont senti sans doute son insuffisance lorsque, conjointement à elle, ils ont ambitionné une autre explication.

366. Ici, comme à propos du tartre stibié. on revient à parler d'intoxication ; on dit que lorsqu'il obtient ses effets antiphlogistiques, le mercure joue le rôle d'un véritable poison*. L'idée n'est pas nouvelle et appartient à l'école vilaliste. Il y a cinquante ans que l'illustre Delpech nous la professait telle quelle dans ses cliniques, et que pour expliquer l'effet des frictions mercurielles contre certaines inflammations, comme la péritonite, il accusait, ainsi qu'on fait aujourd'hui, V empoisonnement de la force vitale. Il est très-vrai que c'est ainsi qu'agissent les substances toxiques; elles s'attaquent au dynamisme vital, mais c'est pour saper les forces qui l'entretiennent, pour tendre à les détruire". Et c'est dans ce sens que nous renouvelons ici notre réserve en faveur des substances qui servent de médicaments. Destinées à protéger, à conserver le dynamisme , il est inj uste de les confondre avec celles qui ont pour mission de le saper et de le détruire, Pour ce qui est du calomel et des autres préparations mercurielles employées comme

* Trousseau et Pidoux ; Op. cit. I, 170. 2 Aaglada ; Toxicol. génér. , 27 .

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 627

antiphlogistiques, on ne saurait évidemment admettre qu'ils soient à ce point ennemis de la vie, et il n'est pas môme nécessaire de le supposer. Il suffit de leur reconnaître l'action dépressive commune à tous les moyens capables de combattre la phlegmasie, et encore faut-il faire pour eux les mêmes distinctions que pour les autres. Nous avons vu que la saignée et le tartre stibié n'avaient pas un mode d'action unique ; qu'utiles modérateurs pour certaines affections, il n'en résultait plus, pour d'autres, qu'une perturbation et même une excitation funestes. Cela nous a amené à distinguer le ton vital et le ton morbide; à dire que c'est celui-ci qui est exclusivement enjeu dans les maladies, qu'aussi est-ce par lui seul qu'il est permis d'estimer avec justesse les effets des médicaments; et ce n'est qu'en partant de ces données que nous pourrons bien comprendre ceux du mercure. Il en est de lui absolument comme de la saignée et du tartre stibié : s'il est vrai qu'il se montre héroïque contre des pblegmasies d'un certain genre, il en est d'autres où il ne serait plus employé qu'à contre-sens. Par exemple, essayez alternativement les frictions hydrargirées dans le phlegmon aigu et dans l'anthrax, qui n'est qu'un phlegmon de nature gangréneuse, et voyez la différence : tandis que pour le premier vous amènerez la solution la plus prompte et la plus heureuse, vous ne ferez qu'aggraver les tendances désastreuses de l'autre. Ce n'est donc point assez de dire que le mercure déprime la force vitale ; il est beaucoup plus régulier d'estimer son action suivant ses rapports avec les différentes affections.

Bien que ses effets antiphlogistiques ne soient pas aussi nettement déterminés que pour les moyens précédents, ilparaît bien que c'est encore dans les espèces pures qu'il a son principal emploi. On a écrit qu'il faut \e préférer chez les malades vigoureux, dont les réactions sont soutenues ou dont les phlegmasies doivent avoir de la continuité. Il ne faut pas toutefois attendre du mercure l'action puissante et rapide de la saignée et du tartre stibié : c'est plutôt par la

persistance de ses effets , c'est plutôt comme agent à longue portée que l'on peut espérer de rutiliser\ Et au dire des auteurs les plus compétents, parmi lesquels il sufBi de citer Andral, il faut bien se garder de le prendre pour un puissan t antiphlogiUique'^ .

Ce sont les médecins anglais qui l'ont mis en renom comme tel, et, bien que toutes leurs assertions n'aient pas été vérifiées en France, un haut patronage les accepterait comme sutBsamment élucidées. Les maladies aiguës du foie, y compris l'hépatito, sont celles où ils l'ont de préférence recommandé, mais non toutefois dans leur état le plus intense. Les auteurs observent, au contraire, qu'il convient surtout alors que le régime antiphlogistique complet 71 est 2)as nécessité^, ou bien après qu'on a déjà apaisé V inflammation 2iar les saignées et les autres antiphlogistiques*. Il est bon d'ailleurs d'observer, non-seulement qu'à raison de sa du reté le tissu hépatique doit résister à l'envahissement de la fluxion , mais que la qualité du sang qui l'abreuve, provenu en grande partie de la veine porte, n'est pas propre à exalter le ton de ses phlegmasies. Ajoutons que le climat de l'Inde, théâtre principal de ces expériences, ne doit pas davantage tendre à favoriser les affections phlogistiques : faisons enfin remarquer que, même d'après les propres avis de ceux qui l'emploient, le calomel doit alors ses bons effets à sa vertu cathartiqtie", et enfin reconnaissons que dans ces sortes de phlegmasies l'action antiphlogistique pure n'est pas toujours bien de mise.

On l'a pourtant prescrit contre les phlegmasies les plus graves, contre la pneumonie elle-même, et cela comme simple altérant, sans le secours de ses effets purgatifs. Mais

' Trousseau et Pidoux ; Mal. méd., I, 299. 2 Lemaire ; Mém. cilé. 320.

^ flobert Thomas, Méd. pral., I, 281.

* SouQclers ; Tr. des mal. du foie, 200. ■> Ibid., Op. cit.. 204.

THAITEMENT DES PHLEGMASIES. G29

le cas n'a pas été suffisamment déterminé, et l'emploi habituel de la saignée, par où devait débuter le traitement, indique assez qu'on ne s'en remettait pas entièrement sur l'autre. De plus, si cet emploi doit faire augurer du génie phlogislique de la pneumonie, il est au moins permis de supposer que ce génie n'avait pas alors toute son intensité, et que, rentrant dans ces conditions èxigées pour le succès du mercure, il se distinguait par sa ténacité plus que par sa violence. Quoi qu'il en soit, l'emploi du calomel comme antiphlogistique est assez peu vulgarisé en France, et, s'il est vrai que de récents travaux tendent à lé faire accepter comme le moyen le mieux approprié à la dysenterie, ce n'est pas encore une raison suffisante et absolue de le recommander comme tel, la dysenterie n'étant très-certainement qu'une forme spéciale et mitigée de l'entérite, et du reste les effets évacuants tenant évidemment ici la première place'.

Le mercure, à titre d'antiphlogistique, est aussi et peut être surtout employé à l'extérieur par voie de frictions; et son action ne doit pas alors être distinguée de ce qu'elle est dans son usage interne. Elle s'adresse toujours de préférence aux pblegmasies marquées d'un génie rebelle, que ne modifient pas suffisamment les émissions sanguines, dont il ne serait même pas sans danger d'épuiser l'emploi. Elle se rapproche donc plus ou moins du mode d'action de ces émissions , et les deux vont utilement ensemble en se suppléant. Ainsi, dans la péritonite simple aiguë, où les frictions mercurielles ne suffiraient pas, elles doivent être précédées des émissions sanguines, nécessaires pour combattre les phénomènes inflammatoires les plus graves. Dans l'espèce puerpérale, au contraire, ce sont celles-ci qui, bien qu'encore utiles, doivent être ménagées, et dont l'effet se complète, par les autres. Le rhumatisme articulaire

1 Trousseau et Pidoux ; 0/j. cit., 1.195-7.

030 TRAITÉ u'uÉMATOi.OGlE DYNAMIQUE.

lui-même s'accommode très-bien de nosfrictions; mais c'est alors qu'il touche à son état chronique et que les saignées ont moins de services à lui rendre. Toujours et partout, emploi alternatif des deux moyens dans les mêmes maladies, ce qui prouve l'identité de leur action'.

Pour expliquer ces résultats pratiques, vainement invoquerait-on la dissolution du sang ou de sa fibrine, l'exagération de l'absorption et autres raisons précédemment alléguées. Le mercure opère ici, comme dans son emploi interne, par une action dynamique, en affaiblissant la tendance fluxionnaire et plastique du sang, et toujours en modifiant sa lésion affective. Toutes les espèces ne s'en accommodent pas également. Il en est telles où il ne serait pas sans danger. L'espèce phlogistique et celles qui s'en rapprochent par leur ton lui sentie plus propices , mais seulement alors qu'elles sont survenues plus lentement, plus profondément, en dehors des grands orages des maladies aiguës, et que, pour leur traitement, il s'agit moins d'effets prompts, actifs, condensés , que d'une action lente mais soutenue, capable de surmonter la résistance morbide sans attenter aux forces, souvent plus ou moins compromises.

367. Un dernier ordre d'antiphlogistiques, les alcalins, donnent lieu aux mêmes considérations. Sans doute leur action est déjà plus faible sans être pour cela moins positive, si bien qu'on l'a jugée applicable aux plus graves phlegmasies. On cite une pneumonie épidémique qui désolait la province de Sienne, dans laquelle le célèbre Masca gni, après avoir éprouvé l'insuffisance des saignées répétées et des autres moyens antiphlogistiques ordinaires, fit le plus heureux usage du sous-carbonate de potasse. Cet exemple, paraît-il, n'a pas trouvé d'imitateurs. Aucun fait positif n'est venu, depuis, attester la vertu de la méthode de Mascagni*.

'Grisolle; Palhol. inl., I, 470. — Lemaire ; Mém. cité, 311. — Trousseau et Pidoux ; Op. cit., I, 193. ' Grisolle; Tr. de la pneum., 678.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 63)

Mais le fait n'en subsiste pas moins ; il s'agit de le comprendre et de l'expliquer.

Au dire des chimistes, l'action des alcalins serait toute dans leur effet dissolvant, antiplastique : ils maintiennent le sang dans le degré de viscosité nécessaire, fluidifient sa trop grande coagulabilité, dissolvent ses principaux éléments, albumine et fibrine, et, comme tels, -ils sont surtout utiles dans les cas de pléthore, de nutrition excessive, par conséquent de ton surabondant. Un tel effet n'est pas toutefois le seul : la chimie invoque en outre des actions et réactions qui lui appartiennent de plus près, et que les alcalins susciteraient dans l'économie. Elle parle du dégagement de leurs divers acides, bien que celui du nitre, ce roi des alcalins, ne soit pas précisément propre à légitimer son action tempérante. Elle s'attache de préférence à un phénomène tout différent ; elle a découvert que les substances alcalines, à Vélat libre ou carbonatées, introduites dans l'économie, donnent toujours lieu aie dégagement d'une certaine quantité d' ammoniaque\ Et c'est peut-être à cela qu'il faudrait rapporter la réaction assez énergique que iœr g dit avoir constatée, même de la part du nitre, à la suite de ses effets sédatifs'^. Gela peut bien nous expliquer comment le bicarbonate de soude dissipe l'ivresse, mais beaucoup moins pourquoi les alcalins en général sont antiphlogistiques. Si nous voulons nous renseigner à cet égard, c'est, comme toujours, aux considérations dynamiques que nous devons arriver.

Déjà Barthez avait prononcé dans ce sens; pour lui, les alcalins avaient la propriété de déprimer le principe vital, à l'effet de modérer le degré de chaleur et de vitesse de la circulation, et, en définitive, d'abattre l' échauffement du . sang propre à l'état inflammatoire. Et il le prouvait par l'exemple du nitre, dont l'action sédative s'exerce avec

* Miallie ; Chim. Ihérap., 660.

^ Trousseau et Pidoux; Tr. de thérap., Il, 525.

632 THAITÉ D IIK.MATOLOftlE DYNAMIQUE.

une intensité sans proportion avec les faibles doses employées et avant que sa solution ait pénétré la masse entière du sang, suivant qu'Hoffmann en avait déjà fait la remarque'. Et ces données sont encore celles de la-science courante, qui accorde de même au nitre, et, cela va s'en dire, à ses congénères, la faculté de produire [e refroidissement général, V affaiblissement du pouls, c'est-à-dire de déprimer la. chaleur animale et la circulation, à tel point que si l'on vient à forcer les doses on peut ^arriver à la dcbiLitntion, même à une stupéfaction considérable, et atteindre jusqu'à la défaillance et aux lypotliymies. Etat vraiment grave, d'où le dynamisme ne peut que difficilement être ramené à son degré d'énergie , et capable même, suivant Pilger, d'arriver rapidement à de véritables accidents typhiques^. On mélange bien cette théorie de quelques considérations moins sérieuses, telles que la facilité avec laquelle les alcalins sont ou éliminés^. Mais l'action dynamique ne demeure pas moins ; il s'agit d'en déduire leurs indications.

Le fait de Mascagni, où les saignées répétées ne réussissaient pas, ne prouve pas que la pneumonie ne fût pas phlogistique , mais seulement que ce génie ne l'imprégnait pas dans son degré d'énergie ordinaire ; qu'à raison des circonstances épidémiqnes, son ton, sans changer proprement de nature, s'était abaissé. Ce n'est qu'à ces conditions que l'on peut comprendre le succès des alcalins. Leur action prompte^ fwgacc^ qui, inférieure à celle du mercure, ne.jette pas l'organisme dans un affaiblissement aussi complet*, ne saurait dompter la phlegmasie pure dans son ton le plus élevé. Sur le triomphe du nitre dans la fièvre inflammatoire, Trousseau incline bien à croire qu'il

1 Barlhez ; Nouv. élém., I, 243, 45, 48.

2 Tiousseau et Pidoux ; Tr. de Ihérap., I, 299 ; II, 527-26.

3 Jbid., Op. cit., I, 299.

* Ibid., ibid.

TRAITEMENT DES PHLEOMASIES. 633

pourrait réussir de mémo dans des phlegmasies telles que la pleurésie et la pneumonie liées à cette fièvre^ ; ce n'est là qu'une présomption, qu'aucun praticien ne se chargerait de vérifier. Les anciens croyaient au contraire que les acalins ne conviennent pas dans l'3S maladies inflammatoires môme légères, qu'ils risquent plutôt d'augmenter, et ils les réservaient aux fièvres putrides, malignes, lentes, et aux phlegmasies en dépendant* . C'était aller trop loin : on ne saurait dénier aux alcalins une action antiphlogistique, applicable même à la phlegmasie pure, à la condition de la prendre dans un degré de ton correspondant,

Parmi les moyens que nous venons d'étudier contre celte phlegmasie, deux, la saignée et l'émétique à haute dose, lui conviennent d'une façon générale et absolue, dans son degré de ton ordinaire. Mais par la faiblesse du sujet, par une circonstance épidémique ou autre, ce ton peut s'abaisser de façon à se contenlei' de moyens moins dépressifs ; il peut arriver encore que, sans perdre son génie phlogistique pur, il se marque moins par son intensité que par sa ténacité ou sa résistance , contre laquelle viendraient se briser des moyens trop prompts, trop actifs, qui auraient de plus l'inconvénient de ne pouvoir sans danger être continués aussi longtemps que le demanderait la maladie , et c'est alors que l'action moins intense, mais soutenue et prolongée, du mercure et des alcalins, peut rendre de véritables services.

Ce besoin de respecter le ton morbide se retrouve à plus forte raison dans la phlegmasie spéciale, qui nous fait aboutir sur un terrain tout nouveau. Rien de tout ce que nous avons vu jusqu'ici ne nous aurait jamais donné l'idée des méthodes que nous allons maintenant rencontrer , et le lecteur va pouvoir s'assurer que, bien plus encore que pour les précédentes, nous ne saurions nous renseigner

' Trousseau et Pidoux ; Traité de thérap., II, 26-27. 2 Desbois, de Rochefort -^Mal. méd., I, 126, 33, 36.

H34 TRAITÉ d'hématologie dynamique.

sur la portée réelle de ces méthodes qu'à la condition de

les considérer à notre point de vue vitaliste et dans leurs

rapports avec la nature de l'affection qui préside à la phleg-

masie.

368. Ce serait trop d'aflBrmer que l'opposition annoncée entre la phlegmasie pure et la spéciale est toujours absolue, et qu'il n'existe entre elles aucune transition. Le ton de la phlegmasie rhumatismale, et parfois de la catarrhale, se rapproche plus ou moins, avons-nous dit, du ton phlogistique et s'accommode des moyens propres à celui-ci; il peut en être de même pour certaines autres, toutefois comme complication. Partout ailleurs, la phlegmasie spéciale, nonseulement exige des méthodes qui lui soient appropriées, mais elle répugne essentiellement à celles que nous venons de voir réclamer pour la phlegmasie pure.

Cependant, si les conditions organiques ou mécaniques avaient ici l'importance qu'on veut bien leur attribuer , comme elles ne subissent guère que des variations de plus ou de moins, leur analogie restant manifeste dans tous les cas, il s'ensuivrait que toutes les espèces de phlegmasies seraient justiciables des mêmes moyens, dont la seule intensité aurait besoin de varier. Or, c'est là une loi thérapeutique qui de nos jours ne rallierait pas un seul adepte. Il n'est pas un des moyens ou méthodes que nous allons voir applicables â la phlegmasie spéciale qui puisse trouver le moindre emploi dans la phlegmasie pure , où il n'aurait que des résultats plus ou moins fâcheux. 11 sutiirait de nommer les acides, les sudorifiques, les excitants, l'opium, le vésicatoire, pour faire trembler tout praticien clairvoyant. Est-ce donc que pour l'une de ces phlegmasies les lésions de tissus sont tellement changées qu'on puisse en inférer à bon droit le changement des indications? Nullement. Les congestions, les injections, les épanchements, les exsudats plastiques, les suppurations, tous les phénomènes physiques, en un mot, existent pour la phlegmasie spéciale

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 0.30

comme pour l'autre, avec une marche, des lendances et des résultats Irès-analogues, sinon toujours avec la même intensité. Et certes ce n'est pas cela qui pourrait nous prémunir contre le danger de confondre les deux espèces dans le traitement.

Et ce n'est pas seulement "d'une espèce à l'autre que nous allons voir ce traitement différer, c'est encore entre toutes les variétés de la phlegmasie spéciale. Sans doute, par suite de leur communauté de génie, celles-ci se rapprochent toujours par quelque côté, et nous verrons des indications que toutes réclament, bien qu'à un titre qui est loin d'être partout le même. Mais, au fond, il est- pour chacune un ordre de moyens qui lui est plus particulièrement applicable, qui semble plus en rapport avec son génie propre, et dont l'emploi méthodique lui compose une médication vraiment spéciale. Et ceci encore n'arriverait pas s'il ne s'agissait, dans la série de ces variétés phlegmasiques, que des lésions organiques qu'elles peuvent comporter. Quelque différence qu'on puisse prêter à ces lésions, quant à leur étendue, leur siège, leur intensité, on n'arriverait jamais à établir comment ni pourquoi l'une doit être traitée par le chaud, l'autre par le froid ; celle-ci par les : sudorifîques, celle-là par les toniques, l'opium, le vésicatoire, et ainsi de suite. Pour comprendre une telle diversité > d'indications, il faut nécessairement se référer à celle que ' témoigne la nature propre de chaque variété. La fluxion locale, comme le trouble fébrile, étant toujours l'effet de la lésion affecti\e, il en découle que le meilleur, ou plutôt I l'unique mo^en de la combattre et de la détruire, c'est de l'attaque" dans cette lésion et par les moyens capables, dans chaque cas, de triompher de celle-ci.

Quant à ces moyens, nous les trouverions parmi ceux que nous avons pu établir pour la fièvre, et, pour ainsi dire, sans y changer quoi que se soit. Avec la prépondérance exclusive qu'on s'est tant évertué d'accorder à la lésion locale, il est très-singulier que personne ne se soit

636 TUAiTK d'hématologie dynamique.

aperçu qu'elle était entièrement mise de côté quand il s'agit de fonder les indications, et que c'est l'état général qui attire toute l'attention du praticien. C'est-à-dire que certains esprits n'ont pu mçconnaître le fait, dans des circonstances isolées, mais sans s'élever de là à une conclusion générale. Ainsi, dans la pneumonie, où le caractère fonctionnel de l'organe enflammésemblerait devoir offrir plus de prise à un moyen qui opère sur la circulation générale, dans la pneumonie elle-même, d'après Niemeyer, la saignée est dirigée, non pas directement contre la phlegmasie. mais contre l'excès de tempèrattore et la fréquence dit pouls, c'està-dire contre la fièvre et en proportion de sa violence^ Et en effet, partout, si nous exceptons quelques applications locales de cataplasmes, de vésicatoires, de sangsues, qui sont loin d'avoir la principale importance ; partout c'est la fièvre qui est notre règle unique pour trouver les indications de la phlegmasie spéciale, avec toutes les particularités qui s'y rapportent.

Redire ici en détail des prescriptions que nous avons précédemment e.Kposées avec soin, serait chose tout à fait inutile. Nous verrions que, de même qu'il a été établi pour la fièvre spéciale, tous les moyens relatifs à nos phlegmasies ont pour objet principal de ne pas attenter davantage au ton dynamique, déjà plus ou moins compromis, et prèsqtie toujours de le relever et de le rétablir; à l'inverse de la phlegmasie pure, où tout doit tendre à le déprimer. Nous retrouverions exactement les mêmes préceptes quant à la diète et au régime, comme devant concourir à ce rétablissement de la force tonique, avec la même réserve que si la phlegmasie exige un peu plus de rigueur, c'est, comme nous l'avons dit déjà, que, sa durée étant plus courte, on a moins besoin de se préoccuper du niaintien des forces. Enfin, et toujours comme dans la fièvre, nous répéterions la condamnation de la saignée. En vain cousta-

' Niemeyer; Élém de palhol. inl., I, 180

TRAITEMENT DES PHLE&MASIES. 637

;terions-nous la fluxion plastique et les lésions organiques, .offertes comme le vulgaire point de mire de cette opération , convaincu que ce désordre local n'a pas un autre moiteur, un autre agent que le désordre général de la circu- Uation ; nous nous dirions que les mêmes principes aussi (doivent s'appliquer à son traitement; et celui qui a suffi à I modérer les grands mouvements de la fièvre doit en moidérerde même les mouvements partiels, comme aussi les [moyens qui, tels que la saignée, ont dans certains cas agigravé les premiers, ne peuvent qu'aggraver les autres dans lies cas correspondants.

Parmi les méthodes relatives aux phlegmasies spéciales, • il en est une qui jouit contre elles d'une vertu à peu près igénérale: c'est la méthode évacuante- Il faut lui recon- [ naître une action antiphlogistique semblable ou égale, dans (ces maladies, à celle que la saignée exerce dans la phlegtmasie pure. Et cette action, elle la possède, comme la saiignée, d'une façon directe, absolue, toute dynamique. Elle me s'applique pas avec le mêmesuccès à toutes les espèces. ;Nous savons que chaque genre d'affections comporte un or- (dre de moyens qui lui est plus particulièrement applicable tet nécessaire pour détruire la lésion propre qui la constitue. 'Mais la méthode évacuante ne l'est pas moins pour débarirasser ces affections et les maladies qui en dépendent, d'un tde leurs éléments les plus importants, et permettre ainsi .aux moyens respectifs qui les concernent de sortir plus heuireusement leurs effets. Il est même telles de ces maladies dans lesquelles l'évacuation remplit vraiment le rôle essentiel, comme les bilieuses, où le vomitif satisfait à l'indica- ■ tion capitale. Nous avons vu combien l'on a eu de peine ' à théoriser l'action du vomitif dans les fièvres; nous pouwons montrer que ces théories seraient bien moins heurreuses encore en ce qui touche les phlegmasies. Exposons cd'abord les faits, rappelons les succès obtenus parle vomitif dans la série entière des phlegmasies spéciales; nous discuterons ensuite la manière de rendre compte de ces succès.

<''38 TKAITÉ b'HK.MATOLOGIE DYNAMKJUE.

369. Ceux-ci ont élo si universelloment reconnus qu'on se laisserait aller à ne plus assigner de bornes aux bienfaits (le l'émétique, à les étendre indistinctemen t à toutes les espèces, dont la phlogistique elle même ne serait par conséquent pas exclue. Laënnec et les écrivains venus après lui attribuent à Rivière, dans la pneumonie, un emploi du vomitif qu'on pourrait appeler coup sur coup, car il se répétait tous le.^ jours ou tous les deux jours. Nous ne tenons pas à vérifier d'où cette citation est extraite; tout ce que nous savons, c'est que, dans son grand traité pratique, Rivière exclut expressément l'évacuation du traitement de cette maladie -.purgatio in hoc affeclis uno convertit^ , tout comme de celui de la pleurésie. Quoi qu'il eu soit, d'autres ont préconisé cet emploi du vomitif dans la pneumonie, paraîtil, sans distinction d'espèces. Bordeu rapporte les succès de Sérane, qui le donnait au moins tous les deux jours, avec ou sans addition de manne". Laënnec a vu la même méthode réussir entre les mains de Dumaugin,. médecin de la Charité, qui n'y joignait presque jamais \a, saignée, et dont la pratique était tout aussi heureuse que celle de Corvisart. qui saignait beaucoup". Mais, de tout cela, il ne saurait résulter l'extension à la plilegmasie pure des bons effets de l'émétique. A Montpellier, cette espèce est loin d'être la plus fréquente, et le moyen employé d'une manière générale a dû tomber plus, souvent sur une pneumonie spéciale que sur toute autre. A Paris, il a pu en être de même, sinon par le fait du climat, du moins par celui d'une constitution donnée. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le caractère des pneumonies où le vomitif a ainsi réussi, n'a été nullement assez bien déterminé pour qu'on puisse le déclarer phlogistique.

D'ailleurs, ces bienfaits du vomitif ne sont pas univer-

^ Opéra omn., 253.

2 Rech. sur le tiss. muq., II, 794.

Laënnec; Ausc. méd.. I, 493.

TRAITEMENT DES PHLE&MASIES. 639

sellement reconnus. Rayer, et d'après lui Grisolle, ne le regardent pas comme étant d'un emploi commode ni sûr, et, dans tous les cas, ils le croient moins avantageux que la saignée ou le tartre stibiè à haute dose* . Il est vrai que ces auteurs parlent toujours des effets du vomitif dans la pneumonie, sans distinction d'espèces. Mais une autorité beaucoup plus explicite et qu'on ne récusera pas, est celle de Stoll. Cet illustre promoteur de la méthode évacuante, après avoir constaté et démontré son succès contre l'espèce bilieuse, la condamne hautement dans la pneumonie phlogistique, et non-seulement dans son état de pureté, mais alors même que la bile existe; si elle est associée à la phlogose du printemps , il se défie et s'abstient du vomitif, se contentant à^énerver la saburre par d'abondantes boissons, et s'attachant à résoudre l'inflammation, qui lui paraît l'indication la plus urgente

Ce n'est donc point assez de parler d'uue manière générale de l'action du vomitif dans les phlegmasies ; il est indispensable de spécifier les cas, car tous sont loin de l'admettre au même titre; c'est dans les phlegmasiesbilieuses I qu'il obtient les plus beaux succès. Il n'en est pas une, quel ique fût son siège, où il n'ait réussi entre les mains de iSloU, qui en a fait une méthode vraiment exclusive. On (essaiera bien de lui trouver alors des effets révulsifs, méca- 1 niques et autres, mais nous les discuterons tout à l'heure, i après avoir relaté les faits, et nous verrons qu'il s'agit pour Ilui d'une action directe, d'une vertu antiphlogistique propre, (en tout comparable à celle de la saignée. Ce que celle-ci .opère pour l'affection phlogistique, l'autre le fait de même ^pour la bilieuse et en grande partie pour toute la série des sspéciales. Bien plus, la saignée perd alors tous ses droits, est. c'est sur le vomitif seul que repose la guérison. Dans

' Rayer; Dictionn. de méd. prat.. 111,79, article Antimoine. — Gri- -solle ; Trait'i pnevm., 680.

2 SloU ; Méd. pral.. I. 73.

C'iû TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.

certains cas, moins entachés sans doute do spécialité, SloU a bien vu encore la saignée procurer un soulagement momentané, mais elle finissait toujours par exaspérer les accidénis, et, k moins de complications, il s'en tenait au vomitif, qui, répété une seconde et bien rarement une troisième fois, lui suffisait seul et lorsque la phlegmasie était franchement bilieuse, à plus forte raison fallait-il écarter la saignée, qui n'avait plus alors que des résultats directement funestes. Si cependant le vomitif opère alors ce que ne peut plus la saignée, et qu'il amène la résolution de la phlegmasie bilieuse d'une façon aussi directe, aussi efficace, aussi prompte que celle-là dans la phlogistique , nous pouvons supposer d'avance que c'est par un procédé analogue ou semblable, et toujours en portant sur la lésion morbide qui mettait la fièvre et la fluxion en mouvement.

Quant aux faits eux-mêmes, bien qu'on ait prétendu, sinon les nier, du moins les commenter et les affaiblir, il n'en est pas de plus clairs dans toute la pathologie. L'angine bilieuse est un des plus vulgaires. Tous les jours nous rencontrons des cas de cette maladie qui résistent à la méthode émolliente et antiphlogistique, pour céder sans effort au vomitif. Stoll relate un cas d'ophthalmie rebelle au traitement vulgaire et aux saignées réitérées, laquelle, après quatre semaines, et lorsqu'elle avait déjà déterminé l'obscurcissement et l'ulcération de la cornée, se dissipa sur-le-champ et sans retour par un fort vomitif. Il terrassa souvent la dysenterie avec 5ewZ éméto-cathar tique, rarement deux, une seule fois un troisième ; il dissipait pron;;tement, avec le même moyen, certains catarrhes pulmonaires que la saignée aggravait et rendait malins. Il étendit sa méthode à des maladies qui sans se confondre avec la phlegmasie ont avec elle les plus étroits rapports. Grâce à elle, il mettait fin sûrement et promptement a l'hémoptysie, quelque considérable quelle fût, ainsi qu'au rhumatisme,

' stoll; Op. cil., I, 43, IG.

TUAITEMENT DES PHLEGMASIE3. 641

que la saignée et le vésicaloire ne soulageaient pas ou presque pas \ Mais le triomphe de l'émétique entre les mains do Stoll fut dans la pneumonie et la pleurésie. Sans s'arrêter aux symptômes extérieurs, et tandis que parfois il voyait les mêmes signes qui annoncent la nature phlogistique de ' ces plîlegmasies, un sentiment de chaleur extraordinaire ' donnant à penser que V inflammation était réellement jointe , à la bile, ce graad praticien ne se laissait pas tromper aux ; apparences qui semblaient réclamer les premiers soins pour U'inflammalion ; il ne regardait pas même comme indiffë- .rent de débuter par la saignée ou par V évacuant, mais 1 recourait d'emblée à celui-ci et sans retard, car il avait : remarqué que si l'on perdait son temps à s'occuper de l'inîflammation, les symptômes bilieux faisaient des progrès et .le vomitif arrivait trop tard*.

Tous ces faits établissent sans contestation possible le 1 pouvoir antiphlogistique du vomitif dans la phlegmasie i bilieuse. C'est, disons-nous, celle où son emploi est le plus I utile ou le plus obligatoire, celle où il remplit à peu prés lloute l'indication. Dans la plupart des autres espèces, son lutilité ne cesse pas; il n'en est pas une où, à l'occasion, il rne puisse rendre les mêmes services; seulement alors il ;faut le combiner avec le moyen propre à chacune de ces {espèces, et surtout tenir compte de l'ébranlement qu'il i cause et qui pourrait devenir funeste à celles où le ton imorbide est déjà par trop compromis. En tenant compte ' de celte réserve, l'occasion de l'employer est loin d'être irare. L'espèce qui le réclame le plus souvent et où il semble , posséder encore des propriétés spéciales, c'est la phlegmasie ■catarrhale ; c'est un point que les médecins de Montpellier - ont surtout mis hors de doute. Dans les pleurésies et les pneumonies qu'il observa dans la constitution dont il a .laissé l'histoire, Fouquet débutait toujours par l'émétique.

1 SloU ; Méd.prat.. I, 400; II, 174; 1, 19; I, 267, 210. - Ibid., Op. cit., I, 36, 33.

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