‹ Traité d'hématologie dynamique pour servir de fondement a un systeme de pathologie vitalisteChapitre 2 sur 33 · II. o · texte numérisé non relu

II. o

THAITÉ d'hématologie IJVNAMIQUE.

congcslions el les sécrétions qu'elle comporl.e, lesquelles nous montrent au superlatif l'énergie vitale, comme elle cadre bien aussi avec la paralysie ! Ici, do toute évidence, c'est le sang qui active son mouvement pour envahir les capillaires; quoi déplus légitime que de lui conserver la même action dans la fluxion de la phlegmasie ?

D'ailleurs , dans celle-ci, la surabondance du sang, la congestion, n'expliquent pas tout. Il serait déjà permis de la contester elle-même, les vaisseaux paralysés et agrandis ne pouvant qu'ofl"rir au sang un passage plus facile et un écoulement plus prompt. Bien moins encore concevrait-on le grand fait de la phlegmasie, l'épanchement, le blastéme, qui, de toute nécessité, suppose une gêne, une pression du sang, inadmissible avec la paralysie des vaisseaux. Ce n'est pas tout : ce blastème doit subir une élaboration trèsactive, qui, plus encore, jure avec une pareille idée. Vainement, en preuve de la paralysie, nous montre t-on le sang qui traverse le noyau inflammatoire en conservant sa couleur et sa composition artérielles. Gela prouve seulement que ce noyau, dont l'action plastique est profondément troublée, n'a pas réagi sur la portion de sang qui ne s'épanche pas. Non, une pareille théorie est absolument impossible. Quelle paralysie que celle qui durerait ainsi huit jours, pour se dissiper par les débihtants de toute sorte, sans opposer le plus souvent la moindre résistance ! et comment les novateurs n'ont-ils pas cru devoir se montrer logiques jusqu'au bout, en inaugurant, comme traitement rationnel de la phlegmasie, l'emploi exclusif de l'électricité, du galvanisme et de la noix vomique ?

Aussi, quelque succès général qu'ait eu la paralysie vasomotrice, les esprits sérieux ne s'y sont pas laissé prendre. Même après les fameuses expériences entreprises pour en démontrer les efl'ets, Andral et Lebert ont refusé de souscrire à l'influence souveraine des nerfs sympathiques. Ils ont fait mieux, ils ont généralement nié l'action du système nerveux dans l'inflammation, ainsi que d'autres l'avaient

f fait avant, et l'ont fait encore nprès\ Pujol (de Castres) est formellement d'avis que les correspondances nerveuses n'entrent pour rien dans les mouvements inflammatoires ^. i Et Virchow lui-même, qui a répété les mêmes expériences, et qui, du reste, ne conteste aux vaisseaux ni leurs éléments flbreux ni leur élasticité, Virchow a vérifié que la section des vaso-moteurs enlvaine l'hyperémie, mais il n'accorde pas pour cela que l'inflammation en résulte : r suivant lui, il faut en outre que la partie soit irritée, qu'il - s'y passe un travail organique qu'il entend à sa manière t et que nous aurons occasion d'apprécier, mais sans lequel il ne comprend pas l'inflammation ^

Le Matérialisme ne peut donc encore ici se vanter d'aucun succès. 11 n'a pas plus sanctifié le spasme avec sa paralysie vaso-motrice, qu'il n'avait fait les vieilles humeurs avec l'Hématologie et les pigments. Bien au contraire, pouvons-nous dire, car ses théories n'iraient à rien moins qu'à bouleverser la thérapeutique, sans épargner toujours la pathologie. Ainsi, le spasme conservait au moins à l'inflammation le caractère d'activité qui la distingue. . Quelle malencontreuse idée que celle de paralysie qu'on lui substitue, au mépris de tout ce que la raison nous révèle de plus évident ! Aussi le spasme n'a-t-il pu profiter en rien de l'imprudent secours qu'on lui offrait, ni se relever de l'ancienne condamnation par lui encourue.

213. On avait, en effet, senti depuis longtemps que le • spasme n'exprimait pas exactement l'état des vaisseaux ou des tissus d'une partie qui va s'enflammer; on l'avait cherché ailleurs, et c'est la douleur qu'on mit d'abord en cause. Non que la douleur ait offert peut-être un point de vue aussi général et aussi précis que le spasme, et plus

1 Gastan; toc. cit., 418-21.

2 Œuvres complètes, I, 11.

3 Virchow; Palhol. cell., 49, lOG.

2Q TRAITÉ D UKMArOLOGIK UYNAMIULIE.

tard le stimulus; mais, un grand nom et un exemple célèbre aidant, la douleur n'en a pas moins fourni une carrièn importante.

C'est Sarcone, avec sa pleurésie rhumatique, qui fond> ici le point de départ. Il s'est ingénié à prouver par h raisonnement, et surtout par la thérapeutique, que la don leur y jouait le rôle primitif, provocateur, que la pleutési' en éLait la fiUe, ainsi qu'il le dit lui-même. Ce fait esl resté dans toutes les mémoires, avec la signification qu. lui a donnée Sarcone, et regardé toujours comme un cheld'œuvre d'analyse pathologique. On ne voit pas cependan qu'il ait été souvent vérifié depuis, surtout pratiquemenl et, à le bien examiner, on se prend à douter de sa valeu, médicale.

Pour que Sarcone eût le droit de regarder la douleur I comme l'origine et le point de départ de l'inflammation, une chose était rigoureusement nécessaire : démontrer son existence en principe et préalablement à tous les autre.phénomènes. Et c'est à quoi il n'a nullement réussi. Bien loin de là, il prend soin lui-mênie d'établir que très -souvent la douleur succédait à la fièvre, alors que celle-c avait parcouru l'espace de plusieurs heures, plus ordinairement le troisième ou le cinquième jour \ Or, la seuli existence de la fièvre révèle déjà la constitution antérieui t de la pleurésie, et, avec la façon très-détaillée dont Sar cone expose son sujet, on peut voir comment la chose ai rive. Il nous apprend que la maladie rhumatique se pre sentait d'abord à l'extérieur sous forme de rhumatisnu proprement dit et de douleur au bras, au col et à la tête que, d'autres fois, elle résidait dans la masse commune < l'état de fièvre, avec lassitude générale; qu'enfin, elle déterminait vers l'intérieur par une métastase qui la Irans partait sur les organes sensibles de la poitrine. Il n s'explique pas, il est vrai, directement sur le mécanism»

' Sarcone : Mal. ob.i. à Naplex. I, 139.

de celte métastase ; mais en le voyant ailleurs signaler d'autres fièvres putrides, septiques ou autres, dans lesquelles la pleurésie se produisait anssi et toujours absolument comme fille de la maladie, c'est-à-dire de la fièvre, il est impossible de ne pas lui attribuer l'opinion que, dans la maladie rhumatique, la fièvre était également l'agent effectif de la pleurésie, et par conséquent de la douleur, qui n'en est que le symptôme, laquelle douleur ne saurait dès-lors réclamer aucun rôle essentiel et primordial. Que Sarcone s' obstiné ensuite à nous affirmer que la maladie n'existe à son début que dans la douleur, que le dommage est pincé, en premier lieu, dans les nerfs; qu'il en vienne jusqu'à raisonner gravement sur le caractère de cette douleur, disant que poyigitixe et très-aiguë elle est cause, tandis qu'obscure elle est produit de l'inflammation, nous ne saurions l'en croire sur parole ni oublier qu'involontairement et à son propre insu, les faits qu'il relate avec la plus évidente certitude établissent le caractère secondaire de cette douleur

Sarcone, il est vrai , observe que parfois, quoique rarement, la douleur précédait la fièvre-. Mais cela ne veut pas dire qu'elle précédât de même la lésion locale, l'inflammation de la plèvre ; et quelques faits sur lesquels il n'insiste pas, accusant tout au plus un peu de paresse ou de lenteur dans les réactions, ne sauraient suffire à infirmer ceux, bien plus positifs et plus nombreux , à l'aide desquels il a tout d'abord et généralement établi la naissance postérieure de la douleur.

Au reste, pour établir le rôle qu'il prête à la douleur , Sarcone s'appuie bien moins sur la théorie que sur la pratique. Il guérissait avec l'opium, il ne lui fallait pas d'autres preuves. Et il va de nouveau se charger lui-même de nous désillusionner. Pour que son système fût bon, il

' Sarcone; Mal. o&ç. à Naples, I, 139, 180, 125, 151, 138. 2 Ibid., 139.

22 TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUIi.

aurait fallu qu'allentif à la première apparition de la douleur et prompt à la supprimer par l'opium , il eût ainsi sûrement et conslumment prévenu la pleurésie. Est-ce donc là ce qu'il a absolument prétendu faire? En aucune façon. Il prenait la pleurésie toute développée : le premier moyen qu'il lui opposait, et le plus efficace, était la saigyiée pmtiquée au début, répétée et réitérée dans la vigueur dujparoxysme si la fièvre était forte ; c'étaient ensuite les sangsues, les ventouses, scarifiées ou non, le vésicaloire sur Vendroit douloureux, et, en fin de compte, l'opium employé avec j^rudence\ Peul-on dire que cette méthode diffère beaucoup de celle de Sydenham, de Triller, de Pringle, et tant d'autres, suivant que l'auteur lui-même se plaît à le reconnaître^? Et le rôle prétendu de l'opium se révèle-t-il dans toute sa vérité ? Sarcone a beau se faire un monstre de cette indication , se récrier sur la hardiesse que ce jms exige, sur la nécessité d'agir promptement et sur le grand trouble que r opium peut produire quand l'inflammation est établie. Son maître, Visoni, aussi hardi qu heureux et perspicace, lui prouxa qae l'opium réussissait tout aussi bien au milieu de la plus grande ardeur de la pleurésie, devenue adulte et passée à l'état d'inflammation violente ^. Il se pourrait ûonc que tout le succès de l'opium, en cette circonstance, fût de combattre le génie rhumatique de la maladie, et ce qui le prouve, c'est qu'il ne perdait rien de sa faculté salutaire, dans les cas où celte maladie se montrait à l'état de fièvre simple, où il n'y avait pas dès- lors de douleur à calmer*.

Le célèbre fait ici discuté ne saurait donc fournir une théorie de l'inflammation. Les théoriciens les mieu.x. disposés à reconnaître l'importance de la douleur n'en ont fait qu'un élément secondaire, confessant qmla dis tensio7i dou-

' Sarcone ; Mal. observ. à Naples, 2 Op. cit., 158.

Op. cit., I, 156, 159.

4 Op. cil., I, 122, 113.

l'IILKG.M.VSlE. 23

loureuse des nerfs dérive nécessairement do la turgescence , de la tension, du gonfleynent ' ; que c'est seulement après quo l'agent stimulateur a attiré le sang dans un tissu, qu'on voit la sensibilité de celui-ci s'exalter ^ . Vainement prétendrait-on mettre eu doute si la douleur commence avant l'afflux du sang^. Ce doute est levé par ce fait vulgaire, que la douleur la plus atroce, même dans les tissus les plus délicats et les plus sensibles, la névralgie, ne donne jamais lieu à la moindre congestion. En dépit d'un haut patronage, il y a donc lieu de réserver, dans l'inflammation, le rôle des nerfs sensitifs, alors surtout que l'irritation de ces nerfs, alliée dans les mêmes vaisseaux à la paralysie des nerfs vaso-moteurs , nous donne à digérer une vue hypothétique plus scabreuse qu'aucune de celles du Vitalisme *.

214. La douleur n'avait donc pas mieux réussi que le spasme ou la paralysie à théoriser l'inflammation. Un autre phénomène était à trouver: le stimulus fut proposé, et sa fortune fut aussitôt complète, universelle, car, à quelques variantes près, le stimulus est, depuis plus de cent ans, le pivot autour duquel tournent toutes les théories de l'inflammation. Il s'agit donc d'apprécier sérieusement cette doctrine favorite, de voir s'il y a vraiment en elle de quoi commander ce respect, cette foi aveugle auxquels personne ne se croit en droit de se soustraire; si surtout elle comporte ce degré de clarté et de certitude que l'on refuse avec tant d'aigreur à nos théories vitalistes.

A cet égard, une vue à priori peut déjà nous renseigner. Quoiqu'il soit très-difBcile de dire en quoi consiste le stimulus, et qu'en réalité il n'ait jamais été nettement défini, ce que l'on comprend pourtant très-bien, c'est qu'il

1 Tommasiai; Docl. métl. ital., 8.

2 Broussais; Cours de pr. méd., 34.

3 Thompson ; TV. méd.-chir. de l'infl., 10.

•'• Gastaa; É(. inflam.. {Monlp. méd.. XVI, IG.)

ne peut être qu'un phénomène du même ordre que la douleur, dont il ne semble être que le diminutif, et ne procéder comme elle que d'une érection, d'une exaltation toute dynamique. Or, nous venons de nous en assurer, la douleur ne peut devenir l'agent provocateur des phénomènes de l'inflammation, et ce que le fait le plus réel, le le plus intense, le plus apparent, n'a pu nous fournir, comment le demander à un fait obscur ou hypothétique ?

Non-seulement aucun de ses savants promoteurs n'a réussi à préciser en quoi consiste le stimulus, ils n'ont pas même pu établir son existence originale et idiopathique. Tous ont bien la prétention de l'accuser on principe sur les nerfs, les parties sensibles d'un tissu où il va susciter l'appel du sang et des hum.eurs; mais en analysant leurs vues, on acquiert au contraire la conviction que c'est l'arrivée du sang et des humeurs sur ce tissu qui y implante le stimulus. C'est un véritable cercle vicieux auquel nul n'échappe, et qui, l'on en conviendra, sufBt pour jeter sur la théorie tout entière la plus grande confusion. Car si le stimulus n'est déjà qu'un fait secondaire, comment consentir jamais à le croire la clé de l'inflammation, alors qu'il constitue lui-même lout un premier problème à résoudre?

La théorie du stimulus, ainsi qu'on prend soin de le rappeler chaque jour, est implicitement contenue dans le système de Van Helmont. En attribuant la cause de iHnflammation à une irritation qui attire le sang, et en comparant métaphoriquement celle-ci à une épine, il désigne bien une notion tout à fait analogue à celle du stimulus. Et s'il est vrai qu'il ne s'explique pas sur son épi7ie en termes plus clairs qu'on nel'afait depuis sur celui-ci, on a néanmoins lieu de s'étonner que son idée n'ait pas eu d'abord plus de succès, et qu'il ait fallu arriver jusqu'à Brown pour la voir recueillie et fécondée V Et encore ne

' Sprengel; Hist. de la wM.. V, 38.

faut-il pas attendre de Brown une théorie, dans la force du mot. Suivant lui, V inflammation est due à l'incitation plus forte en quelque endroit qu'autre part \ C'est bien là une marque positive du stimulus; mais pour nous le faire connaître, il devrait nous dire d'abord en quoi consiste cette incitation. Il la fait dépendre de Vincitabilité, et, quand il entreprend de s'expliquer sur celle-ci, son premier mot est pour dire qu'on ne sait ce que c'est que V incitahilité ^ ni comment elle est affectée joar les puissances incitantes; il évite môme avec soin d'en rechercher la cause ou la nature ; il se déclare fort embarrassé de dire s'il s'agit d'une matière ou d'une faculté. Sa pensée finit pourtant par percer, et ce phénomène, qu'il semble chercher en principe dans le sein même de la vie, n'aboutit qu'à être un fait secondaire, ainsi qu'il était arrivé à l'épine de Van Helmont. Celle-ci, destinée à fournir la cause essentielle et primitive de l'irritation, résultait elle-même des acides envoyés parl'archée au siège de cette irritation. De même, pour Brown, le stimulus ne se trouvait être au fond qu'une dépendance du sang, puisqu'on le voit plus ou moins fort suivant la çwaîiiife de celui-ci, et que son excès, dans certaines maladies, n'a pour cause qu'une quantité plus grande du liquide ^

Non-seulement Brown nous laisse ainsi très-indécis sur l'essentialité du stimulus, mais il ne nous édifie pas davantage sur son mode d'action et ses résultats. Quelque importance exagérée qu'il accorde à Virritation locale, il comprend très -bien qu'elle est impuissante à elle seule à susciter les phénomènes, et que, même au moyen d'une blessure faite au poumon, on pourra bien provoquer sur cet organe une inflammation , c'est plutôt irritation qu'il veut sans doute dire, mais qu'on n'aura pas pour cela une pneumonie; il faut qu'en outre Y affection

' Brown ; ÉUm. de méd., III - Ibid., 5. 6.

26 TRAITÉ d'i-IÉMATOLOGIH DYNAMIQUE.

gcnérale vienne au secours du stimulus'. S'il en o.sl ainsi et qu'il soit indispensable d'invoquer la participation, la coopération de l'organisme entier, que parle-t-il donc du stimulus et que lui en reste-t-il ? Quelle influence essentielle et originale peut-on lui concéder? Brown ne se fait pas sans doute, de cette affection générale qu'il invoque, une idée nette et déterminée, ni ses disciples non plus, dont aucun n'a pu, comme lui, théoriser sans elle. C'est le Vitalisme qui aura à s'en expliquer et qui seul saura dire que cette affection est ici le fait dominant et indispensable, qu'elle fait bien mieux que de venir en aide au stimulus, qu'elle le tient sous sa dépendance, ou plutôt que c'est elle, elle seule qui le produit par un procédé que nous essayerons de faire connaître, et qu'elle devient ainsi la cause souveraine, unique, de tous les phénomènes.

215. Avec tout le soin minutieux, avec le génie que Kasori a développé dans sa Théorie de la phlogose , il n'y faut pas chercher une notion plus positive du stimulus : c'est plutôt à son absence et à son inutilité que l'on aboutirait. Rasori, comme tous les observateurs, commence par constater dans le noyau inflammatoire la présence d'un sang surabondant, ou, comme il dit, un fort engorgement dans une étendue partielle des capillaires. Il sent que de cette présence s'ensuit le stimulus de la partie, et que le sang stimule de jjIus en plus, à mesure qu'il s'accumule dans les vaisseaux. Mais il n'accorde pas que le phénomène ait commencé avant l'arrivée du sang ; il se préoccupe de la raison qui a pu le provoquer , et il finit par l'indiquer partout ailleurs que dans un état dynamique ou nerveux, comme doit être le stimulus". Examinons le double fait sur lequel il fonde sa théorie avec une confiance un peu ingéjiue, et que pour notre part nous ne saurions partager.

1 Bro^vaî ; Élém. incd., 30.

2 Rasori ! Théorie de la phlog., 1, 143.

Il en est de Rasori comme de Brown : quelque valeur qu'il attache en principe à la présence du sang dans les capillaires et à la stimulation, à l'irritalion qu'il y apporte , il met bien au-dessus de cette présence la cause dont elle dépend, qui n'est autre que l'augmentation générale du mouvement circulatoire du sang. Le liquide, par suite d'une impulsion plus forte da^is les artères et dans les capillaires artériels, arrive en plus grande abondance dans les capillaires veineux, qui, ne pouvant le contenir dans leur calibre ordinaire, se laissent dilater et engorger : de là l'inflammation \ C'est ici une conclusion prématurée et un peu à la légère. D'abord, il s'agissait d'expliquer cette accélération préalable de la circulation, et de prouver ensuite qu'elle est passible de la conséquence que Rasori lui prête. Or, on expérimente au contraire tous les jours que, ni la fièvre essentielle avec son agitation tumultueuse, ni le trouble circulatoire qui suit une émotion morale ou un exercice forcé, n'aboutissaient jamais à rien de pareil. Le mouvement du sang se transmet d'un système à l'autre, à travers les capillaires demeurés parfaitement libres ; et tout ce qui en résulte, c'est son accélération générale, mais pas le moins du monde une congestion, un temps d'arrêt quelconque, et moins qu'ailleurs dans les capillaires, qui, dépourvus qu'ils sont de tout élément fibreux et contractile, sont mal disposés pour cela. Dans tous les cas, si quelque chose de ce genre pouvait avoir lieu, ce ne serait pas là où le prétend Rasori. A la rigueur, on conçoit que si l'action des artères vient à s'exagérer, les premiers capillaires pourront ne pas suffire tout d'abord au passage du sang et se laisser engorger ; mais une fois l'obstacle franchi, une fois parvenu dans les capillaires veineux, il semble que le liquide n'ait plus qu'à poursuivre sa route, qui lui est largement ouverte.

D'ailleurs, Rasori lui-même ne s'arrête pas à ces pre-

1 Rasori ; Op. cit., I. 241.

miers phénomènes ; il comprend que tout ce qu'on peut déduire de celle augmentation générale de la circulation^ c'est un engorgement général aussi, mais non point un réseau capillaire partiel, limité à un point de l'économie, comme la plèvre, le péritoine, les méninges, et même à une partie seulement de ces membranes ' . Il revient alors sur la maladie inflammatoire générale, et, parlant de sa fixation sur un endroit particulier, il semble bien avoir une vague intuition du phénomène, mais l'insufBsance de sa philosophie ne lui permet pas de l'apprécier dans sa vérité, et il aboutit à l'étrange théorie que voici :

Il pose d'abord comme un fait que le système capillaire, soit artériel, soit encore plus veineux, présente une excessive irrégularité dans la capacité ou le calibre de ses vaisseaux et des aréoles formées par leur entrecroisement. Et il induit de là que lorsque les pulsations générales de l'arbre artériel augmentent de fréquence et de force, non pas momentanément, mais d'une manière permanente, il en résulte que là où quelques capillaires artériels auront plus de capacité et contiendront plus de sang qu'ils n'en co7itiennent d' habitude, ce sang s'introduira avec plus de force et en plus grande quantité dans les capillaires veineux qui leur font suite, lesquels devront nécessairement s'engorger et se dilater. Si ce sont ceux-ci qui présentent l'excès de développement, le résultat est le même, attendu qu'ils se laissent dilater plus aisément, et qu'ils offrent à leurs correspondants artériels plus de facilité à pousser le sang en avant

Mais comment l'illustre auteur entend-il l'excès de capacité et de développement des capillaires? Est-ce pour lui une disposition analomique constante et normale? D'où vient donc que le premier trouble circulatoire venu ne soit pas nécessairement suivi de l'engorgement de ces capil-

' Rasori; Théor. de laphlog., I, 2 Ibid., I. 2i.i, 2'i'i-:iG.

PHLEG.MASIE.

laires et que, d'une manière générale, on le voie se dissiper sans conséquence aucune? Esl-ce plulôL une dilatation accidentelle, contingente? C'est ce que semble supposer Rasori quand il dit, dans le même passage, que lorsque une partie déjà frappée d'inflammation offre plus de facilité à son retour, c'est que ses capillaires sont restés dilates. Mais alors, il faut remonter à la cause de cette dilatation, et c'est tout un problème qui recule la difficulté ; ou plutôt nous retombons dans la théorie des spasmes, et nous avons vu combien elle est mal venue à expliquer les phénomènes , combien la dilalalion des capillaires , à quelque cause qu'on la rapporte, est plus propre à nous faire comprendre le facile passage, la libre circulation du sang, que son arrêt et sa stagnation dans une partie isolée, surtout son épanchement et les actes de plasticité auxquels il est alors livré.

Cette fameuse théorie liasorienne est donc bien loin d'avoir l'importance dont on l'a investie, et l'on se prend à sourire d'incrédulité en voyant les applaudissements que l'auteur se décerne à lui-même quand il se flatte d'avoir présenté des inductions tellement cohérentes aux faits, qu'on ne saurait les mettre en doute * . Non-seulement il n'a pas prouvé la réalité des conditions locales de l'inflammation, mais il n'a fait que les mettre sous la dépendance d'un état général qui commande tout, sur lequel il néglige toutefois de s'expliquer. Toujours est-il qu'il ne nous donne qu'une idée insuffisante et fausse du stimulus, et surtout de son originalité.

"216. C'était là, au reste, un sujet difficile à éclaircir, à quoi personne n'a encore réussi. Le stimulus donne, à première vue, l'idée d'une lésion des forces et des propriétés vitales ; il semble dès-lors que si une doctrine était apte à le pénétrer, à déterminer, sinon sa nature, au

• Théor. de la phbg.. 1, 25G.

moins son mode d'action, c'était le Vitalisme. Eh bien ! il en a été de lui comme des autres : il n'est point parvenu à y introduire une notion certaine et utile.

Avec son archée, qu'il se représentait comme une force intelligente et souveraine, présidant à tous les actes de l'économie vivante, Van Helmont était déjà en voie de comprendre le phénomène. Pour lui, c'est l'archée qui va directement susciter le stimulus, seulement il lui faut un intermédiaire : ce sont les acides qu'il envoie sur place qui viennent y développer une violente irritation ' . A quoi bon les acides ? L'archée étant l'arbitre du cours du sang comme de tout le reste, il pourrait tout aussi bien envoyer le sang lui-même, faire qu'il prît une direction active vers un point donné, s'y accumuler en plus grande quantité qu'à l'ordinaire, et par cela seul on avait le fait, le fluxus original, tant invoqué et si mal compris. Mais le temps n'était pas venu de simplifier à ce point la théorie.

Malheureusement le Vitalisme n'a pas compris quels avantages il aurait eus, dans le mécanisme de la fluxion, à substituer cette idée d'impulsion à celle d'attraction. Barthez lui-même, qui a si bien étudié le phénomène, ne le conçoit qu'à l'aide d'une irritation primitivement établie sur l'organe qui doit être le terme de la fluxion, laquelle irritation, par voie de synergie, détermine les mouvements par lesquels s'exécute cette même fluxion ^. Or, quelle est d'abord cette irritation ; en quoi consiste ce stimulus, qui est bien ici le fait initial? C'est ce que Barthez n'entreprend pas même de dire, et, quant à la synergie qu'il lui prête, il n'est guère plus aisé de l'entendre.

Dumas^ viendra bien, qui signalera dans celte irritation préalable la distribution vicieuse et l'accumulation en un point des forces vitales, laquelle est, à ses yeux, le principe

' Sprengel ; loc. cit.

2 Barthez; Nom. élém. se. de l'hom., II, 76. Dumas; Mal. chron., I, 363.

de toutes les fluxions. Mais en quoi ceci peut-il nous éclairer? Quelles sont ces forces vitales? Évidemment les forces, les propriétés essentielles de la vie, la sensibilité, la contractilité. Et nous venons de voir que l'une, portée à sa plus haute expression, la douleur, n'a pu nous fournir aucun moyen de mieux comprendre ni le stimulus ni le fluxus. Et quant à l'autre, on voit, par l'exemple du spasme, combien moins encore elle serait apte à nous expliquer les mouvements concentriques de celui-ci. Il s'agirait donc de ne pas se payer de mots, et de nous dire un peu plus clairement pourquoi les forces s'accumulent et comment elles deviennent alors productrices de l'effet demandé.

Aussi Fréd. Bérard traite-t-il lui-même cette manière de voir de conception abstraite. Il est seulement fâcheux que, sans doute par suite de son impuissance à trouver dans le Vitahsme une meilleure exphcation, il finisse par se rallier à celle de Dumas. En effet, après avoir observé avec un grand sens que la fluxion ne suppose pas toujours une irritation préalable, qu'elle dépend aussi de l'automatisme spontané des forces et des mouvements vitaux., ce qui pouvait le conduire vers des vues bien supérieures, il n'en finit pas moins par retomber dans le péché commun, et ne plus parler que de l'accumulation en un point de ces mêmes forces et de l'énergie positive des organes '. Or, cela nous laisse dans la même incertitude, la même ignorance où nous étions avec Barthez et Dumas, et nous nous trouvons toujours devant un ordre de phénomènes que nous verrons formellement contredits par l'observation.

Le Vitalisme a eu beau faire, il n'est jamais sorti de ces vagues errements: il lui a toujours fallu une irritation locale, qui renferme déjà tout le problème ; car, quand on a cette irritation locale, on possède en principe l'inflammation. De plus, quand il cherche à pénétrer, à préciser le mécanisme des phénomènes, il n'avance guère les cho-

' llérai'd ; Suppl. à Dumas, II, 488-1.

ses. Il suppose que l'irritalion ou le stimulus, siégeant d'abord sur les vaisseaux d'une partie, va, par symjmthie, retentir sur les vaisseaux voisins et réveiller leur action : ceux-ci se crispent, ce qui fait qu'ils amènent des torrents sanguins vers les vaisseaux qui, crispés eux-mêmes, refusent le passage au sang; delà, l'inflammation C'est ici une pure logomachie. Il est facile de voir que la crispation ou le resserrement de certains vaisseaux et celle des vaisseaux voisins, bien loin d'attirer le sang de ceux-ci dans ceux-là, ne pourrait que l'éloigner, le chasser des uns et des autres vers le reste du système demeuré libre, et, sûrement, on ne pourrait rien imaginer de mieux que cette crispation pour préserver absolument une partie de tout abord du sang et des conséquences qu'il entraîne.

La célèbre théorie du stimulus n'a donc pu être sanctifiée par le Vitahsme lui-même. Tout ce qu'il a pu faire, c'est le traduire dans son langage propre, c'est en donner une représentation, une définition à son point de vue, mais sans pour cela lui conquérir la vérité, la rédUté qu'il n'a pas, sans éclairer, sans légitimer en rien les résultats organo-dynamiques dont on le gratifie. Et , après ces nouvelles tentatives, le stimulus se réduit toujours à n'être qu'un véritable a; algébrique, dont tout le monde sent vaguement l'importance , sans que personne ait encore déterminé sa valeur.

Ce n'est pas cependant que le Vitalisme ne fût en position de mieux apprécier la théorie. Ne parvenant pas à justifier le stimulus dans la fibre solide, il n'avait qu'à le chercher ailleurs. Il est le premier à proclamer l'importance dynamique du sang, qui se forme, s'entretient, se meut en partie lui-même. Bien plus, il signale comme siégeant principalement en lui ï allé ratio7i vitale, qu'il regarde comme le principe de l'inflammation^. Pourquoi ne pas

' Pujol (de Castres) ; OEuvr. compL, I-II,

2 Estor; Appl. analyse palhol. chirurg., III, 1309.

phlectMasie. 33

demander à cette altération le trouble survenu dans les mouvements et les actes de plasticité du liquide ? Comment u'a-t-on pas reconnu en elle l'emblème ou l'équivalent de ce stimulus, qui comporte tant de difficultés, et que risquait-on à lui concéder le privilège de pousser le sang aussi bien qu'à celui-ci de l'attirer? Personne ne l'a. osé pourtant, pas même Ester, qui, après avoir formulé la grande vérité que nous rappelons, ne se condamne pas moins à revenir à cette vieillerie du spasme, du spasme dilatatoire. Heureux de le définir en vitaliste, comme d'autres l'ont lait du stimulus, et, à l'imitation de Hunter, de l'appeler une sorte d'érection, de dilatation dynamique V

217. Ce pauvre stimulus, tant et si obstinément invoqué, que personne n'est pourtant jamais parvenu à saisir, encore moins à définir et à décrire; ce stimulus, qui le croirait ! n'en demeure pas moins la pierre angulaire de la théorie médicale, et, plus particulièrement, de celle de l'inflammation. De nos jours, la médecine organique l'a repris de plus belle, et, sans y ajouter, sans en retrancher rien, s'imagine lui avoir définitivement assuré la valeur théorique qu'il n'a jamais eue, tandis qu'elle n'en a guère fait qu'une espèce de légende, ou même d'acte de foi, que les adeptes répètent, sans s'inquiéter de sa démonstration, ou plutôt, en dépit des démonstrations contraires.

Les théoriciens modernes ne font nulle difficulté d'admettre la nature vitale, dynamique, du stimulus. Pour Broussais, il est constitué par Vexaltatioyi vitale, par l'irritation, et c'est en celte qualité qu'il préside à toutes les fluxions. C'est la reproduction toute pure de l'aphorisme banal qui fonde la théorie ; mais on y chercherait vainement la moindre expUcation, ni sur le développement et la concentration du stimulus en un point limité, ni encore moins sur la façon dont le sang obéit à son appeP. Et les

» Eslor ; Op. cil., I, 414.

2 Broussais ; Gomin. des pr. de patliol., I. 24, 30.

adeptes n'ont rien ajouté aux enseignements du Maître, ainsi que nous en avons la preuve par les écrits de l'un des plus illustres, qui a traité le sujet avec tout le soin et l'étendue nécessaires.

A vrai dire, le professeur Piorry devait réussir moins que tout autre à féconder la théorie. Avec l'idée qu'il se fait de l'inflammation, comme, au reste, de la maladie en général, qu'elles ne sont ni une individualité, ni une unité, ni un être de raison , mais seulement un état organique plus ou moins étendu, représenté par un ensemble de pliénomènes ; avec ce parti pris de s'en tenir à la portion naatérielle des faits, à l'état organique, M. Piorry devait rejeter tout travail philosophique ; et il pousse si loin le culte du fait et l'horreur de la théorie, que, parmi les jjhénomènes qui caractérisent V inflammation ^ il se refuse à chercher quel est celui qui en constitue l'essence, pour ne s'occuper que de l'ensemble , craignant par-dessus tout d'aboutir à l'unité ' . Et cependant, quand on considère que l'inflammation a une forme toujours la même, un cours réguUer et uniforme, passant par les mêmes phases pour aboutir à des terminaisons réglées d'avance ; que, suivant sa nature, on la voit s'attacher à tel tissu, à tel système organique, exclusivement à tout autre ; qu'en un mot, elle se divise en une foule d'espèces distinctes, à quoi le célèbre Professeur n'a pu éviter de rendre hommage, en décrivant chaque espèce en particulier, on se plaît à croire que tout ne consiste pas simplement dans une lésion mécanique plus ou moins étendue, répandue çà et là, suivant les dispositions individuelles et par le fait du hasard.

Aussi, malgré son aversion pour la métapinjsique , M. Piorry ne parvient-il pas à éviter de théoriser comme le commun des mortels. D'abord, il reconnaît un trouble survenu dans la force vitale ; mais comme il ne peut dire si cette force décide de l'organisme ou celui-ci de la force, et

' Piorry; Palhol. iair.. I, 7. 8, 9, 383, 384.

qu'il renonce ;i le savoir, il cherche h s'aveugler en disant que Force et Organisme sont liés ensemble ; sans oser aller plus avant, attendu que l'action de la force vitale n'est pas assez claire pour qu'on en tienne compte. Il a pourtant beau faire, il n'échappe pas à l'obligation de se demander comment l'organisme vient à être lésé, et alors, le voilà qui, comme tout le monde, part du stimulus pour en faire naître d'abord la stimulation, laquelle produit, dans '. l'ordre physiologique, {'excitation, et, dans l'ordre morbide, '. l'irritation d'abord, et enfin l'inflammation. Il ne renonce pas même à s'enquérir du stimulus, qu'il se représente ' comme un fait de sensibilité, c'est-à-dire, de l'une de ces propriétés cachées auxquelles il craint tant de se heurter. Et cet hommage forcé qu'il rend à la force vitale n'est pas le seul. Plus tard, quand il se demande comment l'inflammation aboutit, tantôt à Vhétérogénie, tantôt à la gan- Qiène, il suppose de même, dans un cas, une cause prédisposante, une circonstance primitive d'organisation ; dans l'autre, unQ cause destructive , enrayant le mouvement vital et nutritif, c'est-à-dire, une double condition dynamique'.

Ainsi, on commence par proclamer bien haut qu'il n'existe et ne peut exister, en pathologie, que des organes lésés ; et quand on se demande comment est survenue leur lésion, on voit se dresser devant soi le fantôme d'une force à laquelle on s'exhorte à ne pas croire ! Et ce ne serait rien si l'on s'en passait avec cette mésaventure, et si, le sacrifice une fois fait, on savait tirer quelque parti de cette force I Mais non, le stimulus ainsi constitué en dépit de lui, notre professeur doit en outre le mettre en jeu. Et, à ce sujet, il faut qu'il n'ait pas une grande confiance dans ses propres ressources, puisqu'il s'en remet sur un autre, sur Boerhaave, dont il prend occasion d'exalter, avec tout plein de formules admiratives, la raison ou plutôt le génie si haut, si positif, si sûr de lui-même. Dans son aphorisme 375,

' Piorry; Palhol. iatr., I, 243, 375, 368-9, 373.

Boerhaave a rapporté la cause de la slagnalion du sang dans les capillaires, ce qu'il appelle p/ienowenon inflammationis, à tout ce qui peut tendre à resserrer le calibre de ces vaisseaux. Quidquid premendo, distrahendo , intorquendo, rumpendo, contundendo , urendo, crisj)ando , vasorum fines ita arctat... ut diameter âperturse fiât diametro sanguinis sphserx minor. Mais cette énumération pittoresque de tous les accidents qui peuvent incomber à un capillaire n'est qu'une métaphore, une image grossière du procédé naturel de l'inflammation, et ne nous le fait pas mieux connaître; et quand M. Piorry enseigne de même que les causes de celles-ci agissent d'une manière mécanique en resserrant les vaisseaux, en y gênant, en y obstruant la circulation , outre qu'il fait beaucoup plus allusion au spasme qu'au stimulus, il ne nous fournit aucune notion certaine sur la nature, la raison ou le mécanisme des phénomènes. Bien plus, en ajoutant que la sérosité couenneuse du saiig aboutit au même résultat, il achève d'infirmer la participation des vaisseaux ' .

Plus le stimulus se montrait pauvre et insuffisant, plus semblait-on vouloir lui demander; il ne pouvait fournir l'explication de la scène locale de l'inflammation, et l'on prétendait expUquer par lui la scène générale, la fièvre ! Et cela sans rien innover, sans faire subir la moindre déviation à la tant célèbre légende! C'est toujours Vinnervation, la modification des nerfs de la partie phlogosée, autrement dit le stimulus, qui, sans mettre en jeu la sensibilité ni la douleur, trouble dans son action le système nerveux général^ et, par celui-ci, Vaction du cœur ; ou qui même peut troubler directement la circulation générale, sans la médiation du système nerveux, d'une façon mécanique et en quelque sorte chimique Et c'est là cette clarté, cette sûreté de vues, que le Matérialisme oppose tous les jours en

' Piorry; Palhol. ialr., I, 385, 373.

2 Ibicl, I, 398.

itriompheà nos théories vilalistes ! Mais quelle incroyable, I quelle fabuleuse illusion, d'attribuer au stimulus un pareil . effet sur les nerfs, le cœur et le sang, alors que la décharge électrique, le vésicatoire, les caustiques, alors que l'irritation la plus violente ou la douleur la plus atroce sont radicalement incapables de produire rien de pareil ! Comme il faut que la légende aveugle encore la science ! Et qui se serait attendu qu'un esprit aussi entreprenant que M. Piorry, aussi avide de nouveautés, aussi enclin à placer ses propres conceptions avant celles d'autrui, n'aurait rien trouvé de mieux à nous servir que ces vieilles sornettes du stimulus ! Lui surtout, qui a bien voulu convenir que 60 ou 70 fois sur 100, la fièvre précède, autant vaut dire engendre, le stimulus !

218. Le lecteur doit commencer à s'apercevoir que la science topique, la science matérialiste, si prompte à se révolter contre les obscurités du Vitalisme, n'est pas déjà un foyer de lumière et de certitude. Le pire de tout, c'est qu'elle est la première à sentir; que disons-nous, sentir ! à constater la déconfiture du stimulus, à la démontrer même par la voie infaillible de l'expérimentation physiologique; et que, faute de mieux, elle n'en continue pas moins à chanter son antienne. Déjà, échappés un instant à l'illusion légendaire, les écrivains les plus favorables à la fameuse théorie s'étaient crus obligés de convenir que la stimulation, que l'existence d'une irritation primitive des tissus n'est pas positivement prouvée dans l'inflammation'. Mais les expérimentateurs sont allés beaucoup plus loin, en mettant hors de doute que les effets attribués à cette stimulation sont purement imaginaires.

Magendie atfirme hautement que l'épine de Van Helmont n'est qu'un vain mol, que rien n'est moins prouvé que l'action attractive qu'on lui prête. Il ne se flatte pas de sa-

Piorryj Pathol. ialr.. I, 393.

voir comment nos tissus éprouvent accidenlellemenl des modifications de la circulation capillaire. Ce dont il se montre sûr, c'est qu'une, deux, trois aiguilles, non plus V épine métaphorique, mais des aiguilles en métal, enfoncées dans le tissu le plus délicat, dans les lobes cérébraux, ne sont suivies d'aucun phénomène d'inflammation * . Et cette opinion se vériQe par la nullité des conséquences qu'ont les plus graves traumatismes. Rien n'est plus rare, d'après les patbologistes, que de voir des inflammations réelles à la suite des blessures du poumon ou même du péritoine. Il n'y a qu'à voir l'innocuité constante de la piqûre de ce dernier dans la paracentèse, ou celle de la tunique vaginale dans ^hydrocèle^ Si cela n'était, il n'y aurait pas la même impossibilité à provoquer expérimentalement une inflammation quelconque, fût-ce la plus légère.

D'ailleurs, des expériences positives ont prononcé à cet égard. Sur le mésentère d'un jeune chat, d'un rat, ou la membrane interdigitale d'une grenouille, Dubois (d'Amiens) dépose une goutte d'un liquide irritant, ammoniaque ou autre, et il en voit résulter, tantôt une accélération notable, tantôt un ralentissement et même un arrêt presque subit des courants capillaires ^ . Ni l'un ni l'autre de ces effets ne sont encore de nature à nous faire pressentir la fluxion, c'est-à-dire la concentration des courants. Mais si quelque hésitation était permise, d'autres expériences y ont pourvu. En plaçant le hquide irritant sur une membrane enflammée ou congestionnée, on dissipe la congestion, ainsi que s'en sont assurés Wilson-Philips et Kaltenbrunner, qui sous l'influence d'une stimulation nouvelle, au moyen de l'alcool, ont vu le sang reprendra son mouvement qu'il avait perdu, la membrane pâlir, et Idi congestion se dissiper *. Il y a loin, certes, d'un tel résultat à tout ce

' Mageadie ; Lcç. sur le systèm. 7ierv., I, 292.

2 Piorry; Patliol. iatr., IV, 362; VII, 235.

3 Frédér. Dubois ; Préleç. do Palhol. expérim., 372. Piorry; Pathol. ialr., I, 388-9.

qu'on veut bien nous donner à croire du stimulus par rapport au fluxus. Et voici des faits encore plus signilîcatifs.

Si, au moyen d'une aiguille très-déliée, on exerce sur une membrane une action modérée , sans la piquer ni la blesser, ou produit souvent un arrêt subit, mais de peu de durée, dans le mouvement circulatoire local. Puis survient une accélération générale , mais sans limitation aucune, sans convergence du courant sanguin , sans changement dans sa direction habituelle, qui conserve toujours son^em normal. Et cette accélération est si bien un effet d'ensemble que, si vous l'observez dans un point isolé, vous la voyez se produire également , que l'aiguille ait d'abord agi sur le point lui-même ou sur toitte autre partie. Dans tous les cas, il s'agit si peu d'un fluxus ou d'une congestion, que le réseau local paraît moins coloré et les artérioles rétrécies

Lorsque l'aiguille de l'expérimentateur vient à blesser le tissu, mais en n'atteignant encore qu'un espace intra-vasculaire et sans intéresser aucun vaisseau , le résultat ne diffère pas du précédent ; la même accélération générale est seule produite, celle du point particulier continuant à n'offrir aucune différence, que l'aiguille ait porté sur ce point ou ailleurs '.

Enfin, si l'aiguille tombe sur un vaisseau et le perfore, et que le sang vienne à s'extravaser en une certaine abondance, alors, dans le capillaire artériel blessé et dans le capillaire veineux continu avec lui, on voit les globules sanguins se précipiter vers l'ouvertwre, en suivant, dans le premier leur marche directe, et dans l'autre un mouvement rétrograde' .

Voilà des faits positifs et précis, s'il en existe, prouvant que le stimulus, qui plus est, l'irritation chimique ou chi-

' Dubois ; Op. cil., 363-4.

Ibid., 3C5-G.

^ Dubois; Op. cit.., 365. — Leuret, in Piorry ; Pathol. iatr , I, 390-2.

40 TRAITÉ D'nK.\rATOI.OOIE DYNAMIQUE.

rurgicale de nos tissus, ne coinpoiicnL nuUemenlles effets légendaires à eux attribués, lesquels n'ont jamais existé que dans l'imagination des faiseurs de théories. Non-seulement le sang n'accourt, n'afflue pas vers la partie lésée, pour s'y congestionner ; mais, échéant le cas fortuit où la congestion aurait pu s'y former par avance, elle serait plutôt dissipée par le courant sanguin, dont le stimulus lui-même a généralement doublé l'intensité et la force. Reste le cas d'une perforation avec hémorrhagie. Mais qui ne voit que ceci n'emporte ni irritabilité ni iro^itation ; rien de dynamique, en un mot, comparable à la cause présumée de l'inflammation; qu'il s'agit simplement d'un fait mécanique, traumatique, d'un liquide qui se précipite vers l'endroit où la pression est moindre, ainsi qu'on n'hésite pas à le proclamer', ce qui ne saurait davantage ressembler en rien à cette cause présumée.

Quant à l'accélération générale dépendant du stimulus, M. Piorry semble ne pa? douter qu'efle ne tienne à la contraction du cœur, par lui mise en jeu. Opinion, croit-il, que M. Dubois lui-même aurait déduite de ses expériences^. En quoi, tout au moins, l'illustre écrivain s'abuse, car M. Dubois se montre au contraire persuadé que la circulation capillaire est soumise à d'autres lois que l'action du cœur, et trouve dans l'histoire même des fluxions la preuve que celui-ci n'est pas le moteur unique, sans quoi l'on ne se rendrait pas compte de l'inégale distribution du sang ^ Il garde, à la vérité, le silence sur les lois et le moteur propres à la circulation capillaire. Mais nous avons déjà fait pressentir nos opinions à ce sujet, et voici bientôt venir l'occasion de nous expliquer.

219. Quelque mauvais succès qu'ait obtenu le stimulus, ou plutôt quelque preuve positive qui ait été faite

' Dubois ; Op. cit., 367.

2 Piorry; Pathol. ialr., I, 390.

^ Dubois ; Prélcç. de palhol. expérim., 82-3.

coulrekii. il n'a par le fait rien perdu de son prestige, et pas un pathologiste en Europe ne se hasarderait à théoriser sans lui. Cependant, ce n'est pas que la science positive ne se soit parfois prise de pudeur à parler ainsi d'un phénomène dont elle se démontrait à elle-même la nonexistence et la fausseté, mais c'était simplement pour en changer le nom ou lui chercher des équivalents passibles des mêmes critiques que lui, et peu destinés d'ailleurs à conquérir la célébrité et la confiance dont il jouit depuis si longtemps.

 quelque point de vue que l'on considère l'inflammation, ce qui frappe avant tout en elle, c'est l'activité donnée à tous les phénomènes qui se passent dans les parties où elle siège, surtout à l'abord du sang et aux transformations qu'il y subit. Certaines inflammations donnent lieu à des produits plastiques permanents, membranes ou autres. 11 arrive même, mais dans des cas qui n'ont rien de commun avec l'inflammation aiguë, il arrive que l'organe enflammé devient l'objet d'une véritable hypertrophie. Tous ces fails ont suggéré l'idée d'une analogie réelle entre l'inflammation et l'acte nutritif. Tommasini avait déjà signalé la faculté reproductive comme étant un apanage de la première'. Mais on est aujourd'hui beaucoup plus explicite, et, pour une École tout entière, l'inflammation n'est qu'un acte nutritif anormal, une simple variété des lois de la nutrition ^ On dogmatise même là-dessus, on compare le travail nutritif et le travail phlegmasique, et l'on n'hésite pas à les rapporter tous deux à une source identique, à une affinité, à une action vitale réciproque entre le sang et les tissus du corps ^ .

Que le mécanisme des deux actes présente plus ou moins de conformité comme se rapportant tous deux à la fluxion,

1 Tommasini; Doctr. méd. ital., 67.

- Forster; Anal, pathol., 53.

^ Muller, in Graves; Clin, méd., I, 82.

cette loi souveraine de tous les actes vivants; que même, dans des cas exceptionnels, certains résultats plastiques de la fluxion ne soient pas toujours anéantis dans l'inflammation ; c'est ce dont nous sommes convenus. Mais, cela concédé, que de différences sommes-nous obligés de reconnaître ! A part les phénomènes généraux qui dominent dans la scène de l'inflammation, qui en font même toute l'importance et qui manquent absolument dans l'acte nutritif; à part cela, est-il vraiment permis de voir rien de pareil entre deux actes, dont l'un concourt incessamment à la conservation et à la réparation de nos tissus, tandis que l'autre a pour effet ordinaire de les altérer et de les détruire? Vainement ferait-on parade des quelques résultats plastiques obtenus dans des limites de temps et d'espace où l'inflammation a cessé d'exercer son entière influence, et uniquement dus à l'acte normal qu'elle n'a pas complètement enrayé : il est impossible de confondre des choses aussi peu comparables que les deux processus en question.

11 s'agirait, au reste, avec cette comparaison, d'introduire dans les phénomènes quelque clarté, un moyen quelconque de nous les faire comprendre plus aisément ou plus sûrement. Et, l'on en conviendra, ce n'est pas l'affinité invoquée par MuUer, l'action réciproque entre le sang et les tissus, qui nous serait d'un grand secours à cet égard. Il resterait toujours à déterminer quelle est cette action, comment elle s'exerce et surtout pourquoi, de cet exercice qu'on donne comme semblable dans les deux processus, on voit résulter des accidents et des produits d'une difl'érence aussi tranchée. On verra qu'avec nos idées sur la souveraineté du sang, avec les fluxions et les faits de plasticité qu'il détermine, on peut jeter sur tout cela de précieuses lumières, et peut-être trouverons-nous dans cette voie les véritables rapports à indiquer entre l'acte nutritif et l'inflammation.

Au reste, malgré le bruit qu'elle a pu faire, cette nouvelle manière d'interpréter l'inflammation est loin d'avoir

PHLEG.MASIIÎ. 43

élé consacrée. Déjà la science positive cherche à la remplacer, ou plutôt à la transformer. C'est à l'histologie, à la cellule, qu'elle s'adresse, et, dans son éternel dénûment, la pauvre science est si prompte à se payer d'illusions que, par l'organe de l'un de ses représentants les plus sérieux et les plus autorisés, elle ne balance pas à se faire décerner les plus pompeux éloges et les triomphes de l'avenir ' . Il est donc indispensable de voir ce que vaut la cellule dans les théories de l'inflammation.

220. Nous avons déjà parlé de la cellule pour lui dénier l'importance ou plutôt la souveraineté organique et vitale à elle attribuée, et montrer comment elle n'est qu'un simple effet de plasticité, le premier en date, dans l'ordre de ceux que le sang doit accomphr ; il nous sera tout au.çsi facile de mettre en évidence sa nullité pathologique, les assertions elles-mêmes de son promoteur Virchow étant d'ailleurs bien loin d'avoir ce ton assuré et afïirmatif qu'inspire la conviction.

Pour rapporter à la cellule un rôle quelconque, il était indispensable de lui reconnaître tout d'abord des propriétés spéciales d'où l'on dérivait, en première ligne, les différences fonctionnelles , physiologiques des tissus qu'elle anime, après les avoir créés. Est-on toutefois parvenu à lui assurer un tel privilège ? Virchow lui-même reconnaît piteusement que ces propriétés ne sauraient être placées ni dans la membrane d'enveloppe ni dans le contenu, qui composent pourtant toute la cellule ; et il en fait honneur à la substance in ter cellulaire, espèce de liquide non encore organisé qui l'entoure, ce que Virchow appelle son territoire. Or, nous savons ce qu'est ce territoire, cette substance intercellulaire : pas autre chose qu'une portion du blastème sanguin qui, après avoir formé et fourni la cellule, est demeurée fluide. C'est donc bien ici l'agent primor-

' Jaccoud ; Noies à Graves, I, 94.

(liai et souverain , puisque, de l'aveu même de l'auleur, ce suc, contenu ou territoire, constitue la portion essentiellement active de la cellule, la portion qui domine et gouverne tout le reste. Eh bien ! c'est contre tout cela que Virchow cherche à revenir, en s'embarrassant dans une foule de vues tiraillées et contradictoires, prétendant qu'à son tour la cellule arrive à régir^ outre son propre contenu, une cerïaine de son territoire ' . Il s'agit

pourtant, non de subtiliser, mais de s'entendre. Du suc ou de la cellule, ce ne saurait être tantôt l'un et tantôt l'autre, c'est bien certainement l'un des deux qui a la prééminence. L'auteur lui-même, d'après son enseignement tout entier, l'a dévolue au premier , et l'hésitation ou les restrictions de son langage, quand il cherche à la lui contester, prouvent surabondamment que ses convictions n'ont pas changé.

N'importe ! C'est bien à la cellule que les besoins de sa théorie le conduisent à attribuer l'activité vitale , c'est-àdire, sans doute, la mise en exercice des propriétés de ce nom. Et ici encore le Matérialisme ne brille pas par les clartés qu'il nous projette ! D'abord, il est bien entendu que pour susciter celte activité, il n'est besoin ^'aucune cause innée, il suffît nécessairement d'une excitation ou plutôt d'une irritation, comme qui dirait d'une provocation partie du dehors. Cependant l'excitation suppose Vcxcitcbilité, et celle-ci, seul critérium de la vie, condition primordiale des phénomènes, semble bien n'avoir pas une origine purement extérieure, et, comme faculté du corps vivant, ne pourrait être dépouillée de toute intervention spontanée. De plus, quand l'activité vitale s'exerce sur une partie^ c'est pour la faire fonctionner , la nourrir ou Informer: fonction, nutrition, formation. Il serait certes très-intéressant de pouvoir suivre son évolution dans chaque série de phénomènes ; mais on considère humblement

Virchow ; Pathol. cell. , 11, 13.

que les limites qui séparent ces actions diverses sont souvent très-peio tranchées; que dans bon nombre de circonstances, la vraie fonction nous échappe; que l'irritabilité nutritive a été peu étudiée et mal connue; en un mot, on ne sait absolument rien de l'exercice normal, physiologique, de l'aclivilé vitale; et c'est pourtant de lui, de son dérangement, de son irrégularité, que Virchow va déduire sa théorie de l'inflammation'.

Celle-ci résulte de ce que, dans une partie qui se nourrit, Idi cellule attire, absorbe et transforme plus de substance qu'à l'état normal. Le nucléole, puis le noyau, puis la cellule elle-même, se divisent et se segmentent, et c'est ainsi que le travail morbide s'accomplit , constituant un fait en tout semblable à f hypertrophie, car l'inflammation n'est pas autre chose que l'absorption augmentée de la cellule. Nous avions raison de dire que la cellule n'est qu'une manière de théoriser l'acte nutritif. Ce n'est pas que Virchow ne se fasse à lui-même l'objection déjà mentionnée de la différence radicale dans les résultats des deux actes. Il sentbien qu'il ne s'agit pas que d'un surcroît de nutrition. Mais il ne s'arrête pas à si peu et s'en tire un peu légèrement, suivant l'habitude du Matérialisme , en disant qu'une influence irréguliére, une irritation spéciale, dominent ici le travail nutritif, lequel, trop aigu, trop rapide, entraîne la lésion ou la destruction des produits obtenus. Avec des raisons do cette force, on peut échapper à toutes les difficultés possibles, m.ais sans répandre beaucoup de lumières sur cette théorie, et nous maintenons que rien ne se ressemble moins que le travail plastique qui crée et l'acte morbide qui détruil% ainsi que nous espérons l'établir.

Cependant l'illustre écrivain n'en concentre pas moins dans la cellule le phénomène tout entier. Pour lui, Vhyperémie aurait beau appeler sur ces tissus une quantité exu-

' Virchow; Palliol. celL, 2'10-41.

2 Ibid., 247, 259.

46 TRAITÉ u'nÉMATOI.Or.IH nVNAMIQUE.

bél'ante de sang, vainement y. /omrfries-Dow^ l'irritation des nerfs : le systènne nerveux n'a rien à voir ioi. Il faut rejeter à la vieille ferraille le sempiternel adage : uln stimulus ibi affluxns. Même dans une partie où le sang et les nerfs sont déjà enjeu, si des phénomènes de rougeur et de chaleur viennent à se produire, même avec tout cela vous n'aurez pas encore l'inflammation. Une seule chose peut y donner naissance, le travail de la cellule. Il s'agit pourtant de s'entendre : celle-ci préside déjà à la nutrition normale de la partie, des tissus ; encore faut-il bien que quelque chose de plus lui arrive pour que son résultat soit à ce point changé ! Eh bien ! ce qu'il faut, c'est que la partie, le tissu, c'est que leurs éléments cellulaires euxmêmes soient préalablement irrités; ce qui arrive par des substances irritantes venues du dehors ou du sang' . Mais à ce compte, vénérable Docteur, l'irritation n'étant que le premier acte de l'inflammation, vous supposez tout justement ce qui était à démontrer. Vous retombez dans le domaine vulgaire de ce stimulus dont vous faites fi! vous êtes surtout loin de l'expliquer par vos substances irritantes. Et si quelque chose peut demeurer à la ceUule, c'est en sa qualité d'e7eme?7i morphologique, d'être la première à ressentir et à propager le fait dynamique d'où procède l'inflammation.

Du reste, aux circonlocutions, aux périphrases, aux inductions plus ou moins embarrassées dont Virchow se montre si prodigue, on s'aperçoit bien vite qu'il n'a pas cru lui-même fonder une théorie, dans toute l'acception du mot. Il ne prononce qu'avec beaucoup de réserve , et comme à contre-cœur, ce mot formel d'inflammation. Il aime mieux dire, le plus souvent : certains phénomènes inflammatoires. Ce sont ses adeptes, Morel, Gubler et autres, qui, comme toujours, ont exagéré, complété l'idée du Maître, et fini par croire que la cellule élaborait l'inflam-

' Virchow ; Op. cit., 249, 251, 261.

phleCtMabie. 47 malion. Mais, outre qu'on n'en déduisait pas clairement la scène locale, de tant s'en faut, bien moins encore pouvait-on y puiser la raison de l'état général, du trouble circulatoire si remarquable qui oon-seulement domine, mais engendre tout le reste, et qui, en cette qualité, offre le véritable problème à résoudre. Aussi, quelque bruit qu'on ait essayé do faire de celte théorie cellulaire de l'inflammation, n'a-t-elle obtenu qu'un succès très-équivoque' . Il n'y a qu'à voir combien peu de médecine proprement dite est contenue dans le Traité de Virchow, si mal nommé Pathologie cellulaire.

22 J . On avait mis le stimulus à toutes les sauces, sans pouvoir en déduire aucun moyen réel de théorie, sans lui assurer son pouvoir attractif légendaire, dont on démontrait plutôt expérimentalement l'absence, sans même le concevoir ni le définir nettement en principe. On n'avait pas mieux réussi à lui chercher des équivalents plus ou moins déguisés. La mine semblait vraiment épuisée ; et cependant, hors d'état sans doute d'en ouvrir une nouvelle, l'Organicisme y a puisé un dernier expédient qui ne manque pas d'originalité. Ne pouvant plus revenir sérieusement à l'action directe du stimulus, c'est-à-dire aux effets qu'il produirait sur le lieu même où il est censé siéger, il a imaginé de lui prêter une action par contre-coup, qui transporte sur un lieu éloigné les mêmes effets qu'il n'a pu lui faire opérer sur place. En vérité, Vactio7i réflexe ne rappelle-telle pas un peu involontairement l'ombre de ce carrosse brossé par l'ombre de son cocher?

Nous n'avons pas à apprécier ici l'action réflexe en général. Non toutefois qu'à son égard nous soyons absolument sans scrupules. On enseigne, comme la chose du monde la mieux démontrée et la plus indubitable, ce fait, que des nerfs sensUifs et sans intéresser l'action propre du

' Gastari ; De l'Inflamm. [Monlpdlicr méd. , novembre 1865, 414).

centre cérébro-spinal, ni par conséquent la conscience et la volonté , une impression peut se réfléchir sur les nerfs moteurs ou vaso-moleurs. On se cogne bien à des difficultés de plus d'un genre; on invente, pour en trionripher, ici un pouvoir qui modère, là un autre qui coordonne les phénomènes; on va jusqu'à parler d'un jjrinc'pe psychique pour la moelle épinière ; toutes choses dont on renonce à démontrer le siège, le mode ou la simple existence ; et l'on se figure avoir ainsi fondé une science plus positive et surtout plus compréhensive que celle qui invoque la sxjmpathie et les rapports dynamiques dont elle dépend. Encore, si l'on arrivait à une conclusion formelle? Mais devant ce fait que l'impression des mêmes nerfs sensitifs peut être suivie dans les nerfs moteurs d'actes différents, on se condamne humblement à ce double aveu, qui suffirait à rendreau Dynamisue toute l'influenceqn'on prétend lui contester : 1° que l'impression peut comporter une nature spéciale, ainsi que l'avait déjà supposé Rob. Whitt'; 2° que le nerf qui la reçoit par réflexion possède à son tour une sensibilité, un pouvoir excita- moteur plus ou moins intenses^ , ou, est-il permis d'ajouter, différemment disposés.

La science positive a donc beau multiplier les faits et les raisonnements, beau se battre les flancs pour s'imposer à elle-même une croyance dont la vérité ne lui est pas démontrée ; elle doit en être pour sa peine. Qu'elle appelle à son aide, tant qu'elle voudra, l'Histologie et ses notions infinitésimales; qu'elle détaille à son tour les éléments du nerf moteur et ceux du nerf sensitif et leurs communications par les cellules : tout cela pourra bien nous expliquer l'acte sensitif normal, continu, mais nullement, que nous sachions, l'acte conditionnel, contingent, que constitue la sympathie ou l'action réflexe. Et jamais, non, jamais, celle-ci ne .saurait nous donner, par exemple, la clé du rap-

' Longet , Tr. de Physiol., III, 261-2-7.

2 Chabrier; Tlièso de Concours, 5hj' lad. réflexe, 54.

port fonoLionnel entre la mamelle et l'utérus, dans la génération. Quand nous voyons tous les actes sensitifs possibles de la part de celui-ci, qu'ils résultent de la présence d'une tumeur, d'un polype, d'une hydrométrie, pas même d'un fœtus, avant une certaine époque ; quand nous les voyons radicalement incapables de provoquer, dans la première, absolument rien qui ressemble au travail de la lactation, lequel ne s'établit qu'à l'occasion de l'expulsion du fœtus viable, nous avons le droit de faire fi de tous les rapports de nerf sensitif à nerf tnoteur, de tous les actes réflexes imaginables, et nous nous inclinons bêtement devant une cause finale, devant la résolution intentionnelle d'une force intelligente, prévoyante, souveraine, qui, au moment où elle préside à la naissance d'un nouvel être, avise au moyen de le nourrir.

Il est donc prudent de ne pas se livrer à l'adniiration qu'inspire à certains le subtil perfectionnement des théories matérialistes ; et si le pouvoir physiologique de l'action réflexe nous laisse ainsi quelques doutes, ne devons-nous pas nous tenir eu garde contre son influence pathologique? On l'affirme pourtant, cette influence, comme une de ces vérités qui, basées sur l'expérimentation, défient toute critique. On proclame que si une excitation vient à se produire sur un point: la peau, l'estomac ou tout autre, elle se transmet d'abord à un centre nerveux: cerveau, moelle ou ganglion, qui la transforme et la réfléchit sur les vasomoteurs d'une partie; que ceux-ci en éprouvent, soit un surcroît, soit un arrêt de l'action nerveuse, c'est-k-dire une contraction exagérée ou une paralysie, et que, dans un cas comme dans l'autre, on en voit également résulter la chaleur, Vhyperémie et ï inflammation \ Mais cette seule alternative est déjà pour nous une rude pierre d'achoppement. Quoi ! la phlegmasie, un étal aussi fortement caractérisé, avoir indifféremment pour origine les deux exirê-

Rougel ; Intr. à Brown-Sequard, xx, xxi, 1 1 .

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