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50 TIIAITÉ DHÉMArOLOUIE DYNAMIQUE.
mes opposés dans les condilions dynamiques d'une partie ! El encore l'indifférence ne serait pas, paraît-il, complète; la contraction des vaisseaux aurait plus de chances que leur dilatation, puisque la physiologie elle-même en est à déclarer que l'action réflexe explique bien moins aisément la congestion que tanémic ce qui nous met à cent lieues de l'inflammation. D'ailleurs, contraction ou paralysie, ces deux effets de l'action réflexe, comme tous les effets nerveux, ne sont ni durables ni constants, Vun succédant promptement à l'autre^. Et cette instabilité est pour nous une circonstance de plus qui jure avec la permanence et la fixité des phénomènes de l'inflammation.
Au reste, il s'agit de savoir quel est en déQnitive le processus prêté à l'action réflexe : or c'est tout juste, avons-nous dit, le même que celui du stimulus ou du spasme, c'est de provoquer l'afflux du sang. Eh bien ! à l'occasion de ceux-ci, nous avons discuté la question et démontré son insuffisance; qu'est-il besoin d'observer que le déplacement de leur action ne saurait rien ajouter à leur valeur? D'ailleurs, la congestion serait-elle réelle , la simple présence du sang n'explique pas tout. Par elle, il faut toujours le redire, nous aurions une suffusion, une infiltration, une ecchymose, nullement une inflammation. Pour que celle-ci ait lieu, il faut en outre que le sang ait été lésé dans sa vie, d'où résultent, pour lui, des actes de plasticité qui sont ici principalement à considérer; il faut surtout qu'à ces actes locaux se marie, d'une façon intime, un trouble général qui les suit oa plutôt les domine dans leur entier développement ; toutes choses qu'on n'a pas même tenté de demander à l'action réflexe. Celle-ci est donc bien loin de justifier l'importance qu'on prétend lui attribuer ; et en vérité il serait bien à souhaiter que le Matérialisme eût mieux à faire que de nous resservir de temps en temps
' Longct ; PhysiuL, III, 251.
- Ibid
quelque vieillerie médicale qu'il déguise sous le vêtement d'une idée nouvelle, et à laquelle il ne saurait rendre le crédit depuis longtemps perdu.
222. Quelle que soit la valeur de cette fin de non-rece- \oir contre l'action réflexe, nous ne pouvons nous dispenser de discuter l'application pratique qu'on prétend en faire, à quoi un ou deux exemples vont parfaitement suffire. Le premier est pris de l'ophllialmie. On décrète que si une excitation v'ienl à se produire sur l'œil , c'est la cornée qui tout d'abord la reçoit, pour la transmettre au centre nerveux ; que celui-ci, à son tour, transforme l'impression et la refléchit sur les nerfs vaso-moteurs de la conjonctive \ Ceci est sans doute clair et topique; cependant, à l'occasion, quelques éclaircissements ne nous paraîtraient pas superflus. Le premier consisterait à nous dire quel est le centre nerveux ou même le point de ce centre qui a reçu l'impression ; pour quelle raison il a obtenu celte préférence ; par quel procédé il en a opéré la transformation; et, bien mieux, pour quelle autre raison, après avoir éprouvé, cent fois, mille fois, la même excitation sans regimber, il s'est trouvé alors en disposition de la réfléchir : à quoi répondrait seule peut-être une de ces considérations dynamiques qu'on veut à toute force écarter. Ce qu'il nous importerait encore de savoir, c'est comment il se fait qu'entre tous les éléments de l'œil on choisisse le moins sensible et le moins vasculaire pour lui imputer l'excitation primitive, et cela, pour la lui faire renvoyer vers un autre élément bien mieux en état de la recevoir, non-seulement par son organisation, mais aussi par sa situation, puisqu'il recouvre le premier et que ladite excitation a dû probablement le traverser pour parvenir à celui-ci. C'est sans doute faiblesse de notre intelligence, mais nous ne sommes en rien émerveillé de la clarté ni
Charles Rouget ; Introd. à Brown-Sequard, xix.
de la certitude de ces problèmes, devant lesquels se pâment d'aise les Maîtres du Matérialisme. Et nous ne sommes pas au bout : passons sur toutes ces inconnues, car, on le voit, la science positive a les siennes comme toute autre doctrine ; arrivons coùle que coûte au relâchement des vaso-moteurs de la conjonctive et à leur hyperémie; en quoi cela nous donne-t-il la clé de l'ophthalmie ? Est-ce que la présence d'un sang exubérant va suffire? Combien souvent, à la suite d'un froissement, d'un coup, d'une violence extérieure quelconque, ne voit-on pas une large tache envahir la conjonctive ? C'est le sang qui s'est infiltré dans ses mailles, à peu près comme dans l'ophthalmie, dont il nous donne jusqu'à un certain point l'image. Mais au lieu de la douleur, de la chaleur, du larmoiement que celle-ci comporte, au Heu des actes plastiques qui en sont inséparables, nous n'avons que l'ecchymose qui, insensible et immobile, va se dissiper obscurément, lentement, livrée au travail normal de l'absorption. L'hyperémie n'est donc pas l'inflammation ; et si tant est que l'action réflexe pût vraiment nous donner le mécanisme de la première, ce qui, pour nous, n'est uuUement démontré, il ne serait pas encore permis d'en faire résulter la seconde. Un autre exemple, plus considérable, va nous fournir des conclusions encore plus évidentes.
On le sent bien: de l'action réflexe, entendue comme elle l'est, rien n'était plus facile que d'en faire provenir toutes les phlegmasies possibles. Ainsi, l'impression que le froid fait sur la peau, reçue au second temps par un centre nerveux , peut, au troisième, être réfléchie tour à tour sur la^ pituitaire, l'amygdale, l'intestin ou le poumon ; et de là résultent, h l'occasion, le coryza, l'angine, la dysenterie ou la pneumonie'; ce n'est pas plus fin que cela. Or déjà, à vue de nez, rien que de ce que la môme impression sur la peau peut avoir des résultats aussi dilféreats , nous
' Rouget ; Gp. cil., Lxiii.
phleCt.uasie. 53 sommes enclin à penser que cette impression ne constitue pas tout le phénomène, et à soupçonner quelque autre cause conditionnelle et cachée, toujours de l'ordre dynamique. Mais c'est encore là une fin de non-recevoir ; n'insistons pas. Prenons une de ces maladies et entrons dans quelques détails.
On veut donc que la pneumonie ne soit pas autre chose que le produit d'une action réflexe opérant, sur un point du poumon, la paralysie des vaso-moteurs. Or, une première chose à nous apprendre : c'est pourquoi l'impression a cette fois porté sur ce point plutôt que partout ailleurs, ainsi qu'elle était maîtresse de le faire. Comme on a la prétention de nous faire ici une théorie organique, nous dirions presque mécanique , nous aurions le droit d'exiger qu'on nous fasse suivre, qu'on nous démontre de cellule en cellule la marche de l'impression, du point où elle commence à celui où elle se termine; car, on en conviendra : dire qu'elle aboutit à un centre nerveux qui la renvoie, celasans préciser absolumentrien, ce n'est pasilluminer les faits beaucoup mieux que ne ferait l'ancienne physiologie avec son mot tant décrié de sympathie. De plus, on parle de paralysie, mais elle n'est pas un effet obligé de l'action réflexe , puisqu'un surcroît de contractilité en est une conséquence tout aussi fréquente , et c'est déjà un motif d'incertitude. Peut-on dire d'ailleurs que le froid détermine toujours, ni même ordinairemeut, une impression nette, distincte, circonscrite, telle qu'il faudrait, ce semble, la supposer pour concevoir son retentissement et son transport sur un point limité? N'est-ce pas, le plus souvent, un abaissement général de température, un simple arrêt de Iranspiration, inaperçus l'un et l'autre? Et puis, vous auriez ainsi l'hyperômie d'une portion du poumon, d'où la congestion ou l'hémoptysie pourraient sortir; mais, encore une fois, vous n'auriez pas la pneumonie, ou plutôt vous n'auriez rien du tout, attendu que la circulalion de l'organe, si active et si intense, suffirait à contre-
balancer et à vaincre le léger trouble vaso-moteur imaginé par vous. Sans compter, il faut toujours revenir aie redire, sans compter qu'à supposer que ce trouble puisse nous donner le semblant des actes locaux, il ne peut absolument rien pour expliquer l'état général qui leur correspond et qui est l'élément principal, prépondérant, de la scène morbide.
Que si nous voulions aborder ici les considérations médicales, bien moins aurions-nous sujet d'être satisfait. On nous vante, à tout bout de cbamp, le prestige delà cause, l'influence qu'elle exerce sur la nature, la marche, surtout le traitement; quel privilège, à tous ces égards, pourronsnous accorder à l'action réflexe?
On ne se tient pas pour battu ; on entre dans les détails, pour expliquer les faits spéciaux. La pneumonie bilieuse, entre autres, ne serait qu'un effet réflexe de l'impression que la bile fait sur l'estomac \ C'est toujours, on le voit, la même intrépidité, surtout la même profondeur de théorie ! Mais l'impression de la bile est de tous les instants; d'où vient donc que la pneumonie qui en provient soit si rare? Bien plus, si cette impression peut avoir de telles conséquences, pourquoi d'autres impressions plus anormales et surtout plus vives, portées sur le même organe, n'en participeraient-elles pas, et pourquoi n'aurions-nous pas des pneumonies alcooliques, ou d'autres causées par le poivre, la moutarde et la plupart des excitants? Enfin, le vomitif qui guérit la pneumonie bilieuse ne le fait qu'en portant aussi son impression sur l'estomac; pourquoi donc celle-ci devient-elle alors antagoniste de celle de la bile? N'est-il pas vrai que cette Médecine organique, mécanique, topique, cherchant partout l'évidence, comporte comme les autres de trés-graves lacunes, et nous laisse souvent dans la plus grande perplexité ? Et n'avons-nous pas le droit de dire que devant le public peu médical qui hante les
' Gluibrier; Thèse de coucours. Sur l'acl. réflexe, 47.
grands amphithéâtres de Paris, l'action réûexe a pu être l'objet des leçons les plus piquantes et des expériences les plus' curieuses, mais qu'elle ne saurait conserver pour le médecin aucune espèce de valeur théorique et encore moins pratique ?
223. Nous pouvons en avoir le cœur net : nous venons de passer en revue toutes les théories proposées pour l'inflammalion; nous les avons considérées, non-seulement en elles-mêmes, mais dans les imitations et les interprétalions dont elles ont été l'objet de la part de la science moderne, et aucune n'a pu nous fournir le moindre élément valable pour la solution du problème. Il est même honteux de voir cette pauvre science persévérer dans ses errements, alors qu'elle est la première à se démontrer expérimentalement les faits qui en établissent la fausseté, ainsi qu'il lui arrive dans ses recherches microscopiques.
Elle étudie d'abord les petits courants sanguins, tels qu'on les voit s'opérer aux abords d'une partie qui va s'enflammer. Elle constate, de leur part, d'abord leur accéléralion, puis leur ralentissement , avec cela de particulier, que celui-ci peut parfois précéder l'autre ; elle les voit osciller, ne s'avancer que par saccades, soit rémittentes, soit intermittentes, et enfln s'arrêter. Ce n'est pas tout: si l'on pique expérimentalement l'un des capillaires sur lesquels on observe le courant, on voit celui-ci s'accélérer et bientôt s'arrêter, et l'on est tout disposé à exphquer la chose mécaniquement, par la formation d'un coagulum et l'oblitération de l'ouverture. Or, non-seulement, dans l'expérience, le ralentissement peut précéder l'accélération, mais les accidents se reproduisent exactement les mêmes lorsque, au lieu de déchirer le vaisseau, on se borne à l'irriter avec l'aiguille ou avec un corps chimique, et môme, à l'occasion, se reproduisent-ils en un point autre que celui où a porté l'irritation. En tout ceci, l'explication mécanique n'est plus de mise, et pas davantage l'action organique,
56 TRAITÉ n'HÉMATOLOGIlî DYNAMIQUE.
le Stimulus affublé de son pouvoir atlracUf, encore moins l'action centrale; car, comme toujours, les petits courants comportent des mouvements de va et vient, de remous, un véritable effet de recul qui se dérobe à cette action, et l'esprit ne se repose que sur la spontanéité, l'activité du sang, mise en jeu par ces divers moyens d'excitation \
Bien plus, le microscope ne nous laisse pas sans révélation aucune sur l'origine de cette activité du sang. Il découvre, de la part du globule, des mouvements en tout semblables à ceux du liquide lui-môme. Il le voit,, comme lui, s'accélérer, puis so ralentir, n'avancer plus que par saccades, et enfin se fixer. Une fois épanché, il nous le montre, soit organisant dans le parenchyme un nouveau réseau, soit élaborant, transformant sa propre substance pour fournir celle de ['escsudat , soit pénétrant dans un vaisseau lymphatique, dont il change la destination. En un mot, c'est le globule que le microscope nous signale comme l'agent, le facteur véritable de tous les phénomènes de l'inOammation, et cela en vertu d'une force propre qui dirige tous ses mouvements, qui le fait fonctionner. Car on s'abuserait à croire que lorsque la congestion, l'épanchement arrivent, il y entre rien de mécanique; que ce soient plusieurs globules qui. par hasard, se sont rencontrés, embarrassés, de manière à produire V encombrement . Non, c'est bien, sinon le globule au moins le sang, qui nonseulement se congestionne, puis s'épanche, mais qui se livre alors à des actes de plasticité qu'on ne saurait faire dépendre que de lui. Absolument comme il arrive dans la fluxion nutritive, dont la fluxion phlegmasique ne diffère que par sa cause affective et par les résultats du travail. Et c'est un tel acte, tout à fait fonctionnel, que nous refusons carrément de rapporter à un fait mécanique, à la simple dilatation de quelques capillaires, encore moins à leur paralysie et à la mort du sang.
' Dubois (d'Arnicas) ; Op. cit., 3G7, 7i, 75, 77, 78.
Après nous avoir émerveillé sur l'activité, la spontanéité parfaites des courants sanguins et de leur principal élément, le globule, le naicroscope nous révèle, avec la même évidence, la part prépondérante qu'ils prennent à la scène de l'inflammation : sur le point qui va en être le siège, il découvre divers petits courants qui convergent vers lui pour y amener une quantité exagérée de liquide. Les capillaires essayent tout d'abord de se rétrécir, comme pour résister à l'invasion. Tout au moins, tant que la circulation est libre et accélérée, même clans l'état de congestion le plus prononcé, leur diamètre demeure invariable, immobile , ne se laissant pénétrer que par un seul globule a la fois. Mais la convergence et l'intensité des courants se maintenant, arrive enfin le moment où la stase, l'encombrement se fait, et c'est alors que la distension s'opère' .
C'est là, on peut le dire, un fait d'observation on ne peut mieux constaté, précisé ; et si l'on doit s'étonner , s'indigner d'une chose, c'est que par lui les mécaniciens, les organiciens n'aient pas eu les yeux dessillés, et qu'ils continuent à nous servir leurs savantes découvertes sur les nerfs vaso-moteurs, leur constriction, leur relâchement, leur paralysie, sur la dilatation préalable des vaisseaux, comme cause de l'abord du sang ; alors qu'ils se démontrent eux-mêmes que celui-ci, en même temps qu'il s'agite vaguement, dans son système, dirige quelques-uns de ses courants vers un point où, en dépit de la résistance d'abord opposée, il finit par forcer et distendre les capillaires. Image fidèle, ou plutôt expression vivante de notre fluxion, de ce mouvement actif du sang par lequel Barthez la définit, et qui seule ici nous fournit le sens véritable des phénomènes révélés par le microscope.
Après avoir suivi le globule jusqu'au lieu de l'engorgement, on est allé plus loin. Kaltenbrunner, qui surtout a étudié avec soin cette première scène, a cru voir le globule
1 Dubois (d'Amiens) -, Pr, de pathol. expér., 382-3.
sorlir tout à cmp d'un canal capillaire, tomber dans le parenchyme environnant, s'y frayer un chemin, el, sur son parcours, s'organiser de nouveaux vaisseaux, dont le réseau, plus ou moins riche, remplace ceux qui ont été d'abord oblitérés \ Il se pourrait toutefois que le globule ne fît alors que pénétrer dans d'autres petits vaisseaux qui ne lui étaient pas normalement destinés -. Toujours est-il qu'à un moment donné le globule s'altère, qu'une partie de son hémaline s'échappe à travers les vaisseaux^, et de là procède l'exsudation, qui est la dernière expression du travail phlegmasique, qui tient de la fibrine en dissolution, et qui, malgré sa forme, son siège et ses dissemblances factices, n'en est. pas moins, suivant M. Monneret, toujours identique à elle-même, c'est-à-dire, sans doute, toujours composée des éléments altérés du globule*, ou plutôt du sang lui-même, puisque la fibrine y participe.
Dans son zèle à nous découvrir le rôle des globules, le microscope irait jusqu'à prétendre nous dire quels sont, des blancs ou des rouges, ceux qui opèrent l'épanchement. Vu l'importance organique si diff'érente des deux, la question semblerait n'avoir pas lieu d'être posée; peu de lecteurs refuseraient la préférence aux rouges. Cependant, d'après ses recherches, toujours, cela va sans dire, consciencieuses, M. Gornil affirme qu'ils ne sont pour rien ici, que les globules blancs se retrouvent seuls dans le blastème, et qu'ils y sont nés sur place, soit du blastème lui-même, soit du travail de la cellule Mais, étrange préoccupation ! dire que le globule est né du blastème, n'est-ce pas établir du coup qu'il ne s'est pas épanché? Nous savons en efi'et que, blanc ou rouge, il ne saurait traverser la paroi vasculaire ; que si le sang y parvient, ce n'est pas
' Grisolle; Palhol. int., I, 18i-5.
2Monneral; Pathol. g^nér., II, 248.
^ Lebert. in Gastan-, Montpellier méd., XV, 402.
Gastan, loc. cit., XV, 404-5.
^ Gastan; loc. cit., XV. 417.
PHLEG.MASIE. 59
on subslance, mais par le fait d'un suc plastique amorphe, qui est, il est vrai, destiné à le reconstituer immédiatement do toutes pièces et avec tous ses éléments. Il se peut donc qu'à un moment donné ce suc ou blastème offre à l'observation les seuls globules blancs, qui, en tant que rudimentaires, doivent être les premiers formés, et nul doute qu'ils ne tendent à se compléter, à moins que la scène orageuse à laquelle ils sont mêlés ne leur on donne ni le temps ni les moyens. Mais ils ne sauraient participer directement, en tant que facteurs, à c^tte scène ; et c'est une question parfaitement oiseuse de chercher à décider quels sont, des blancs et des rouges, ceux des globules qui y tiennent la première place, alors qu'ils n'y figurent que comme partie du fluide, à qui, dans tous les actes de plasticité, appartient sans conteste le rôle souverain.
224. Quoi qu'il en soit, ces révélations du microscope, dans la scène initiale de l'inflammation, n'en comportent pas moins une grande importance, et s'il y a lieu de s'étonner d'une chose, disons-nous, c'est que le Matérialisme n'ait pas trouvé à en tirer le moindre parti. Le Yitalisme seul a pu y constater l'image, la représentation exacte de la fluxion. Tant il est vrai que le microscope ne nous apprend pas tout ; que les faits matériels qu'il nous révèle ont eux-mêmes besoin d'être interprétés par la philosophie, et que lorsqu'une doctrine est en possession de la vérité, elle voit tourner à son profit même les moyens le plus directement destinés à la combattre. Pas un autre système n'a songé à utiliser les faits mentionnés, et l'on a continué à dogmatiser sur l'inflammation comme s'ils n'existaient pas.
L'Histologie elle-même, qui fait profession du microscope et des infiniment petits, bien loin d'y recourir, irait plutôt à les contredire. Les petits courants globulaires ou plutôt sanguins, signalés par le microscope, aboutissent évidemment à la congestion, à l'encombrement, et enfin à
répanchemonl, à rexsudation. Eh bien! l'Histologie nie l'exsudalion, c'est-à-dire pas précisément, car la pauvre science ne comporte rien d'absolu. Elle veut bien admettre l'exsudat dans les organes superficiels^ là où il serait peut-être scabreux de le rejeter, mais elle affirme son absence dans les inflammations jijarenc/i.T/maiei/^ei', plus profondes, où l'on a plus beau jeu pour ergoter. Et encore, en niant l'exsudat, elle a grand soin de faire valoir cette circonstance, que les cellules et les éléments intercellulaires sont plus volumineux^ plus tendres, remplis de certaines substances qu'ils n'auraient pas dû contenir \ Or, que sont ces certaines substances, si ce n'est des matériaux, si ce n'est le blastème venu du sang, qui seul a pu les fournir, et tombés dans la cellule, siège unique, suivant la théorie, de tous les actes de plasticité. .De sorte que bien loin qu'il démontre la non-existence de l'exsudat, le célèbre docteur allemand ne fait peut-être que le constater et le décrire à sa manière, surtout si nous ajoutons qu'avec son système arrêté de refuser toute prérogative au sang et aux liquides, pour tout réserver à la cellule, il ne perd pas une occasion de déprimer ceux-là au profit de celle-ci, qui, suivant que nous l'avons vu, peut toutefois être regardée comme un globule du sang développé, ayant subi une première métamorphose, dans l'ordre de celles qui doivent l'atteindre, pour la réalisation de son rôle nutritif; ce qui laisse bien à l'actif de notre Hquide souverain le rôle efficace dans la scène que nous analysons.
Ce n'est pas seulement la science exacte qui n'a su tirer aucun profit de nos curieuses révélations microscopiques ; dans un milieu mieux préparé, elles n'ont pas davantage laissé la moindre semence. Une étude récente et sérieuse de l'inflammation n'a pas trouvé l'occasion de les mentionner. Elle n'a cherché la cause prochaine de l'inflammation que dans un phénomène organique, accusant, d'un
Virchow : Pathol. ccU., 330, 251.
côté, le trouble de VeœcitabUité, de la sensibilité, Yimpression portée sur les nerfs scnsitifs ; de l'autre, la contraclilUé, le resserrement, la dilatation, la paralysie, par suite la déformation des capillaires ; le tout donné comme l'acte primitif, et, la. propulsion cardiaque aidant, elle en fait résulter la congestion, la stase, Vhyperémie phlegmasique ^ . Rien, on le voit, n'est oublié ici. C'est, au grand complet, la vieille antienne du stimulus, du spasme et de l'action sympathique du cœur, d'où ne s'échappe aucune lumière nouvelle. Et, par suite, on en vient à considérer l'inflammation sous le jour le plus faux. Virchow avait déjà nié Vhyperémie active-. On refuse de même d'y reconnaître un excès de vitalité, un accroissement d'action^. On va plus loin : dans le point où a lieu l'hémostase, on ne parle de rien moins que de la mort du sang *. Le progrès, comme on voit, n'est pas heureux. Avec Virchow, nous retrouvions au moins dans la cellule un centre d'activité ; ici, c'est le néant absolu, c'est la mort qu'on nous propose ! Et cependant, disons-le hautement, en présence des phénomènes, en voyant la chaleur, la sensibilité d'une partie s'exalter , un effort actif du sang s'y opérer et y être suivi de résultats plastiques considérables, qui donc songerait à accuser la détresse ou la mort des propriétés vitales? Que la fonction, que l'action organique y soit suspendue ou compromise, sans contredit; mais pourquoi la vie, surtout la vie du sang? Et si, à l'article du traitement, nous mettions nos théoriseurs en demeure de se montrer logiques, ne seraient-ils pas les premiers à se démentir? Du reste, lorsque, non sans quelque raison, on compare le processus inflammatoire au processus nutritif, serionsnous condamné à dire que celui-ci n'est également qu'un fait de mort et de paralysie ?
' Gastan ; Montpellier méd., XV, 406, XVI, 14.
2 Palhol. cell.. 247.
3 Gastan ; Op. cil.. XV, 411, Moaneret ; Palhol. génér., II, 241.
Nous avons donc le droit de le redire : toutes los recherches, les découvertes modernes, n'ont pu sanctifier les vieux errements théoriques de l'inflammation ; le microscope luimême n'a pu leur apporter aucun progrès. Et il y a cela de piquant que c'est le Vilalisme qui s'empare de ses révélations pour les interpréter, pour y puiser la source de la fluxion, dont nous connaissons déjà toute l'importance morbide, et sur laquelle nous avions d'autant plus le droit' d'insister dans la théorie de l'inflammation.
225. Pour trouver cette théorie, le Vitalisme tournera résolûment le dos à toutes celles déjà proposées. Parties d'un fait essentiellement isolé et borné, le stimulus, ces théories en tirent, non-seulement la scène locale, mais les phénomènes généraux de l'inflammation ; non-seulement le fluxus, mais la fièvre ; cela sans plus de raison pour l'un que pour l'autre. Car nous avons vu combien tout ce qu'on débite à ce sujet mérite peu de confiance. La fièvre surtout, avec ses génies si nombreux et ses allures si diverses, comment la faire provenir d'un simple vice local de sensibilité ou d'irritabilité, qui, à part qu'il est très-mal conçu en lui-même, ne saurait être jugé susceptible d'autant de modes correspondants? Nous allons juste prendre le contrepied de tout cela. Pour nous, c'est la fièvre qui joue, ici comme partout, le rôle souverain ; qui, née spontanément et en quelque sorte d'elle-même, ce dont elle nous a donné la preuve authentique, engendre et domine la scène locale, n'ayant pour cela autre chose à faire que de changer l'expression plastique de sa fluxion propre. Dans cette manière d'entendre les faits, bien des difficultés nous seront sauvées; surtout les rapports de l'état local et de l'état général dans l'inflammation n'auront plus de mystère pour nous.
Du reste, ces rapports n'ont pas été toujours ignorés. Les promoteurs eux-mêmes du stimulus n'ont pu les méconnaître, quelque diflîculté qu'ils eussent à s'en expliquer. Brown, qui a tant fait valoir V incitation des tissus et de
leurs fibres, est obligé de convenir que l'affection locale ne saurait être considérée que comme une partie de la maladie générale, répandue dans tout, l'organisme, que celle-ci .yurpasse infiniment celle-là, et que, quelle que soit la somme de l'incitation qui, accumulée sur un point, constitue l'inflammalion, elle n'égalera jamais, à beaucoup près, le degré de l'affection générale considérée collectivement'. Tommasini a donné le nom de diathèse à cette incitation, cette maladie générale, qu'il considère comme un vice du sang, et dont il dit que l'inflammation est le prototype, en tant que recevant d'elle seule le privilège d'avoir un cours nécessaire, inévitable, surtout indépendant des causes externes^. Quand ils parlent ainsi, ces Pères de la doctrine s'éloignent grandement de l'idée qu'on se fait du stimulus comme d'un fait local, delà lésion de telle ou telle pi'oprièté du tissu. Ils ne nous font pas encore, de tant s'en faut, pénétrer la nature du phénomène; mais, le Vitalisme aidant, il ne nous sera peut-être pas interdit d'en approcher.
A travers tous les errements de l'Humorisme ancien, nous avons pu maintes fois signaler sa prétention d'aboutir et de conclure à l'altération du sang. Les humeurs classiques, d'autres humeurs qu'il y ajouta, les matières morbiflques, les vices de toute sorte auxquels il fut contraint de recourir, n'avaient pas une autre destination : tous avaient pour objet d'infecter, d'altérer le sang, et de le
jeter ainsi dans le désordre. Or, ce résultat, ils ne l'obtenaient pas par leur simple mélange et grâce à leur présence matérielle, qui n'aurait pu qu'épaissir et ralentir le liquide; bien moins l'obtenaient-ils d'un effet porté sur le cœur,
• dont aucun système n'a parlé et qui ne se conçoit guère.
I Ce n'était donc que par une impression portée directement sur la vie du sang, et en lui communiquant une lésion
' Brown; Élém. de méd., 33, 28, 11 1. ^ Expos, de la Doclr. méd. ilal., 20.
morbide capable d'altérer son mouvement, qui nous est connu pour être, au moins en partie, sous sa propre dépendance. Mais s'il en est ainsi et qu'il ne s'agisse en réalité que de cette lésion dynamique et des troubles qu'elle suscite, qu'est-il besoin d'une substance physique, humeur, matière ou vice, pour la provoquer, et ne nous suffit-il pas, n'est-il pas plus logique et plus simple de supposer que c'est la vie, la vie du sang, qui s'est directement altérée et qui entraîne après elle le désordre morbide?
C'est ainsi que tout, même la doctrine antique, nous ramène au Dynamisme, à l'altération, à la lésion vitale du sang; en un mot, à l'affection morbide. Nous sommes déjà, avec celle-ci, en pleine connaissance. Nous l'avons vue présider souverainement à la fièvre essentielle et à tous les phénomènes qui dépendent d'elle. Nous verrons qu'elle ne joue pas un rôle moindre dans la fièvre symptomatique aussi bien que dans la scène locale de la phlegmasie , qui ne saurait être cherchée que dans l'intervention idiopathique et personnelle du sang. Aux abords des foyers de l'inflammation et dans une aire plus ou moins étendue, on signale les pulsations artérielles plus fortes et plus sensibles, bien que la force et la fréquence des contractions du cœur n y contribuent en rien , bien moins encore, sans doute, le prétendu stimulus, incapable de pareils effets : tellement que si l'on vient à y diviser un vaisseau, le sang en jaillit à plus de distance et en plus grande quantité*. N'est-ce pas là la généralisation des courants capillaires démontrée par le microscope? C'est surtout le grave Stahl qui a nettement caractérisé l'activité de ce trouble local qui aboutit à la fluxion. Il ne renonce pas encore à spéculer sur un vice de lacrase du sang, plus ou moins altéré ou épaissi. Mais d'après lui, la cause la plus commune et la plus puissante des stases sanguines est sans contredit la congestion énergique du sang vers un organe , et sa tendance particulière à maintenir ses
1 Thomson: Tr. méd.-chir. de l'inflamm., 32-4.
effets, suivant le degré de violence et d'impétuosité de l'acte congestif. Pour Stahl, le sang est véritablement le sujet matériel de l'inflammation*. C'est là uno grande idée, une intuition profonde , passée pourtant inaperçue de l'Ecole vitaliste et de Barthez lui-même, qui aurait pu y puiser une meilleure conception de la fluxion, dont elle nous permettra de renverser complètement le mécanisme ! Cet acte congestif ^ avec sa tendance particulière , énergique, impétueuse, vers un organe, exprime, ce nous semble, de la façon la plus absolue, un effort fait par le sang pour envahir, pénétrer un tissu, effort qu'il prolonge, qu'il continue ensuite pour y maintenir ses effets. Quand il parlait ainsi, le grand Docteur de Halle rompait hautement avec la vieille antienne du stimulus et de la fibre solide, et se lançait vers des spéculations dont il n'apercevait pas sans doute l'entière portée, mais qu'il nous est permis de mieux analyser aujourd'hui, et en vertu desquelles nous regardons la fluxion, non plus comme un fait passif, secondaire, d'attraction, mais bien comme un mouvement d'impulsion original et primitif.
Au reste, cette activité, cette spontanéité de la fluxion, la science exacte, délaissant cette fois le stimulus, n'a pu éviter d'y rendre hommage à sa manière. Dans la scène locale, le microscope lui montre certains capillaires qui se dilatent et d'autres artérioles ou veinules qui se contractent , et elle en tire aussitôt cette conclusion transcendante et pas mal scabreuse, que les premiers ont pour objet d'attirer le sang, les autres de le pousser vers le lieu fluxionné ^. Qui ne voit au contraire que ce double état des capillaires n'est que le résultat de la fluxion, qui a déjà forcé les uns, tandis que les autres lui résistent encore, et que la seule chose démontrée ici par le microscope, c'est la présence, l'activité de l'acte congestif, tel que le propose Stahl, et à qui doit demeurer toute l'importance?
' stahl; CËuvr. compl. ; Vr. théorie de la Méd.. IV, 315-16. 2 Jaccoud ; Notes à Graves, I, 93.
Toujours est-il que ces faits locaux de la phlegmasie nous montrent à découvert l'intervention active et souveraine du sang. Cette même activité, après l'avoir admise dans la fièvre essentielle, nous sommes déterminé à, la chercher de même dans la fièvre symptomatique ; si bien que les deux grands faits de la phlegmasie nous paraissent également posséder un caractère essentiel. C'est là, nous dira-t-on, s'insurger contre la science exacte et contre deux de ses dogmes qu'elle regarde comme le plus victorieusement consacrés. N'importe; au risque d'encourir ses plus grosses colères et ses sarcasmes le plus acérés, nous n'en maintiendrons pas moins notre assertion. Et nous allons nous en expliquer, en commençant par la fièvre. Quant à la fluxion, le rôle actif, impulsif, qu'y joue le sang, en vertu de son mouvement propre et en dehors de tout stimulus, de toute attraction , ce rôle, disons-nous, n'en sera pas moins sûrement établi dans toute la suite de ce chapitre.
226. Dans cette entreprise de ramener les esprits vers le génie essentiel d'une fièvre, à qui on se croit universellement en droit de le refuser, nous ne comptons pas tirer nos meilleures preuves des dogmes anciens. Quelque formels qu'ils soient, quelque utihté qu'ils aient longtemps prêtée, et que bon gré malgré ils prêtent encore à la pratique, dételles preuves n'auraient pas aujourd'hui une suffisante autorité. Nous invoquerons les faits eux-mêmes, nous les analyserons, nous les discuterons, et nous nous efforcerons de les apprécier plus sérieusement. Bien mieux, nous prendrons à partie la critique moderne, pour montrer qu'en dépit de toutes ses affirmations, de toutes ses prétentions, elle n'est point parvenue à renverser le dogme ancien. Elle a cru réussir ànierrésolùment la fièvre essentielle et à la rayer du cadre nosologique; mais l'opinion, surprise un moment, se ravise, et le temps n'est peut-être pas éloigné où elle en viendra à se demander s'il en existe, s'il en peut exister une autre qu'elle. Nous nous sommes expliqué déjà sur la fièvre
essentielle: nous avons vu que rien n'est moins légitime, moins vérifié, que la prétention de la rapporter à la lésion locale; que celle-ci, quand elle existe, en serait plutôt le résultat, la conséquence, naissant d'elle ou du moins avec elle, de la même lésion affective et par le même procédé morbide; voyons maintenant si dans les grandes et rares phlegmasies où nous avons à la considérer , la fièvre peut ou doit être prise à un autre point de vue ; s'il faut renverser le problème et admettre qu'ici la lésion organique mérite bien toute l'importance, la prééminence qui lui -sont généralement attribuées.
Une chose frappe tout d'abord: c'est l'exacte ressemblance de cette fièvre avec la fièvre essentielle. Et lorsque nous avons pu concevoir celle-ci, en dehors de toute provocation organique, nous ne voyons pas pourquoi on nous imposerait de l'admettre pour l'autre. Ce qui, au surplus, les rapproche essentiellement, c'est la similitude de leur naissance, de leurs signes prodromiques. Dans la phlegmasie, le trouble circulatoire, tout comme dans la fièvre, n'en précède pas moins de plusieurs jours l'apparition de la lésion locale, laquelle ne saurait dès-lors avoir la moindre chance de réclamer un concours quelconque. C'est là, au reste, une question que nous regardons comme jugée; et si nous voulions ajouter quelque valeur aux arguments que la fièvre nous a fournis, prise dans son ensemble, nous invoquerions les considérations tirées de chacun de ses éléments.
Ainsi, l'état du pouls peut déjà marquer un trouble considérable , alors que la lésion organique en est à ses premiers rudiments. Il s'en faut , en outre, que son degré de force et de volume trouve toujours sa raison d'être : dans un degré proportionnel de la lésion organique, l'extrême de l'un correspondant souvent à l'inverse de l'autre. Et quand nous n'aurions, pour en juger, que cette circonstance que, dans le cas où la phlegmasie passe à l'état chronique et alors que ses désordres locaux ont à peine changé, le
pouls a déjà perdu la plupart de ses caractères , c'en serait assez pour indiquer que ces caractères tiennent, non pas aux désordres, mais à l'état général, au dynamisme , comme dans la fièvre essentielle.
Un autre élément dans la fièvre symptomatique, la chaleur, témoigne dans le même sens. Personne assurément n'oserait déduire directement la chaleur de la lésion organique. Il y trouverait la même difficulté, le même défaut de rapports qu'avec le désordre circulatoire, attendu que pomme celui-ci elle peut naître, augmenter, baisser ou finir, à l'encontre de toutes les variations de cette lésion. Mais la chaleur, souvent moins accusée en médecine, ne nous fournirait peut-être que des arguments incomplets; adressons-nous à un de ses accidents beaucoup mieux caractérisés, au frisson.
La théorie du frisson n'est pas sans difficultés. On la cherche volontiers dans les concentrations sanguines opérées par la phlegraasie , dans l'état exsangue qui en résulte pour la périphérie, où les phénomènes de caloricité sont par suite contrariés. Mais, au moment où le frisson débute, et souvent avec toute son intensité, la concentration n'existe pas ou qu'à peine, et dans la fièvre essentielle, où elle n'a pas sa raison d'être, le frisson ne fait pas pour cela défaut. Il se peut que par sa contexture et sa délicatesse la peau l'éprouve plus vivement, mais il n'est pas prouvé qu'il ne s'étende pas plus à l'intérieur, et c'est cependant le contraire qu'on serait tenté d'attendre, la partie congestionnée devant utiliser à son profit les conditions de chaleur retirées à la peau, état qui se vérifie bien parfois, mais exceptionnellement, puisque les anciens l'avaient appelé d'un nom particulier, celui de lipyrie.
Du reste, le Vitalisme n'a pas mieux réussi à théoriser le frisson. Grimaud l'attribuait naïvement et un peu subtilement à une vicieuse association d'idées'. Mais il est
' Cours de fièvres, I, 9(1.
phleCtMasie. 69 évident qu'il y a autre chose; que le frisson est bien un phénomène réel qui doit être cherché dans la théorie ellemême de la chaleur, dont il semble n'être que l'état négatif. Il est de fait que frisson et chaleur coexistent et alternent le plus souvent, et même qu'ils se suivent si nécessairement qu'on ne peut que les prendre pour deux phases différentes du même phénomène. Et ce qui achève de démontrer l'identité, surtout l'identité dynamique des deux, c'est que, tout comme la chaleur, le frisson est en rapport avec la nature ou le degré de la maladie qu'il annonce : suivant qu'elle sera phlogistique, catarrhale ou nerveuse, le frisson se fera remarquer par son intensité, sa vivacité et sa persistance, ou par une apparente douceur qui ne sera pas toujours sans perfidie. Quant au degré, Louis a constaté que le plus souvent sa violence présage sûrement l'importance et la gravité de la maladie'. N'est-ce pas là une double preuve de l'origine dynamique du frisson comme de la chaleur ?
Au surplus, il n'y a pas le moindre doute à élever sur l'essentialité du frisson. Non-seulement il naît bien souvent avec la fièvre prodromique, c'est-à-dire plusieurs jours avant la lésion locale ; mais, alors même qu'il ne lui semble que simultané, sa préexistence n'en est pas moins habituelle. Dans la pneumonie, où les phénomènes se constatent avec certitude, on s'assure que 110 fois sur 145 le frisson précède le point de côté, à plus forte raison la toux, et marque le début immédiat de la maladie
Le frisson, n'étant que le corrélatif de la chaleur, peut donc nous renseigner utilement sur l'essentialité et l'indépendance de ce second élément de la fièvre symptomatique. Mais les autres éléments qu'elle comporte, tout comme la fièvre essentielle, ne sont pas moins indépendants. Assurément, lorsque dans une pneumonie, une bronchite.
1 Grisolle; Pathol. int.. I, 6.
a Ibid.. 1, 190.
une pleurésie, un rhumatisme, on observera la saburre et la fluxion pyrélique propres aux fièvres bilieuse, muqueuse, nerveuse ou autres, on ne saurait en rien en faire honneur à la lésion locale. C'est comme toujours l'état général affectif qui a, au contraire, réagi sur celle-ci et décidé en principe le caractère de la fièvre et de tous ses éléments.
227. Il est donc bien vrai que, considérés séparément et en eux-mêmes, ces éléments nous donnent déjà l'idée d'une fièvre entièrement semblable à la fièvre essentielle, et, ce qui rabaisse à tout jamais l'influence de la lésion organique, c'est que si de faibles différences pouvaient être notées, elles seraient toutes à l'avantage de la fièvre. Il est remarquable, en effet, que sous son influence et dans son état essentiel, les éléments fébriles acquièrent une intensité qu'ils n'ont jamais dans la fièvre symptomalique. Quel que soit le caractère du pouls ou de la chaleur dans la pneumonie phlogistique ou la pleurésie rhumatismale, il n'égalera pas le degré qu'il peut atteindre dans les simples fièvres du même type. On dirait que l'affection morbide a dépensé une partie de sa force à produire la lésion locale. En serait-il ainsi au cas où celle-ci aurait sur la naissance de la fièvre l'influence qu'on lui attribue ? Toutefois ces légères différences ne détruisent pas la complète analogie que nous signalons entre la fièvre essentielle et la fièvre symptomalique, et qui va ressortir de la manière de se comporter de celle-ci, dans tout le cours de la phlegmasîe.
Quelque déboire qu'elle en ait eu, la Médecine organique n'a pu persévérer à nier le dogme de la fièvre essentielle. Mais elle se retranche sur la fièvre symptomatique et ne permettrait pas l'ombre d'un doute sur sa dépendance de la phlegmasie. En quoi plus d'une bonne raison peut lui être opposée. Il faut toujours en revenir à la fièvre prodromique précédant de plusieurs jours les phénomènes
PHLE&MASIE. 71
anatomiques, dans laquelle, à la naissance de ceux-ci, on ne voit pas survenir le moindre changement, son cours se continuant sans transition, sans interruption aucune, par une succession immédiate de la première à la seconde de ses périodes, et de façon à nous convaincre qu'il ne s'agit nullement de deux fièvres, dont l'une viendrait de naître et aurait le singulier privilège d'absorber et d'éteindre l'autre, pour s'y substituer, mais bien d'une seule et même fièvre, marchant d'un pas égal et avec la régularité propre à toutes les autres fièvres, de son début à sa terminaison.
N'allez pas croire, du reste, que de cette lésion anatomique, avec l'irritation, l'excès de sensibilité, la douleur qu'elle comporte, il serait aussi facile qu'on l'a prétendu de déduire le trouble général de la fièvre. Que de fois tout cela existe sans que la moindre chaleur, le plus faible désordre circulatoire, en résultent I Combien de douleurs, même des plus violentes, ne seraient-ce que celles du cancer ; combien de névralgies atroces, implantées sur les organes les plus délicats ou les plus importants, qui n'ont à cet égard pas d'autres suites ! Essayez donc vous-même : irritez expérimentalement, incisez, brûlez, cautérisez tel tissu que bon vous semblera, et dites-nous si, de toutes ces lésions locales intéressant plus ou moins vivement la sensibilité d'une partie, vous verrez résulter ni aucun, ni encore moins l'ensemble des éléments de la fièvre !
On insiste pourtant, on spécule, on invoque la sympathie exercée sur le cœur par la lésion locale, et l'on croit tout expliquer... La fièvre, s'écrie-t-on, n'est jamais que le résultat d'une irritation du cœur' ! Mais d'abord, quelle irritation, quelle action sympathique prêter à une lésion dont le plus souvent le sujet n'a pas même conscience, alors que, disons-nous, les douleurs les plus atroces ne peuvent en exercer aucune? D'ailleurs, nous savons ce qu'il en est de l'irritation et de l'action du cœur pour constituer la
Broussais ; Ex. de Doctr., prop. cxii.
fièvre, nous avons vu les passions avoir sur lui un grand retentissement sans parvenir à ce résultat. Bien plus, nonseulement l'irritation, mais la douleur la plus cruelle peut l'atteindre, comme dans l'angine de poitrine, sans que les mouvements du pouls ni la chaleur en éprouvent la moindre altération; une blessure même l'intéressera souvent sans qu'aucun symptôme permette de le soupçonner^ . Que parlez-vous de l'irritation du cœur, à plus forte raison de son irritation sympathique ?
D'abord, qui dit sympathie dit un phénomène essentiellement contingent, incertain, variable, soumis à une foule de chances et de hasards; et sera-ce donc là ce qui nous fournira la raison de la constance, de l'infaillibilité qu'il faut prêter à l'action du cœur, de la part de la lésion locale, quels que soient sa nature et son siège, pour avoir la fièvre essentielle ? Où en est la condition organique ou vitale ? Broussais veut bien, il est vrai, reconnaître que le cœur n'est pas seul impressionné , que l'estomac et le cerveau le sont d'ordinaire aussi , et il aurait pu étendre beaucoup plus la concession , car la peau, les muscles, les nerfs, les glandes, ne le sont pas moins, ainsi que l'indique assez la gêne ou le dérangement de leur action. Mais, dit-il, ces organes reprennent leurs fonctions ; il n'y a que le cœur qui continue d'être vivement irrité et d'entretenir la fièvre"^. Il n'y a que lui, en d'autres termes, dont la sympathie ne fasse jamais défaut. C'est là, on en conviendra, un étrange privilège, et il nous paraît tout juste imaginé pour rendre compte d'un état de choses qu'on est impuissant à expliquer d'une autre façon.
Il ne faudra donc pas crier si haut que la fièvre symptomatique n'est qu'un effet de sensibilité, de douleur ou de sympathie. Tout cela ne nous saurait donner les plus simples de ses éléments, le trouble du pouls et de la chaleur ,
Boyer; Tr. des mal. chirurg., VIT, 291. Op. cit., prop. Gxv.
ni ses autres éléments plus complexes, saburre et fluxion pyrexique, ni encore moins les variations que chacun d'eux peut subir, suivant l'espèce. Pour en avoir la raison, nous serons réduit à nous adresser à la théorie de la fièvre essentielle, la seule capable de nous expliquer une fièvre quelconque; il est vrai que nous laisserons ainsi en dehors un dernier élément de la phlegmasie, la lésion locale ellemême , mais nous aurons occasion de montrer que, bien loin d'entrer pour rien dans la constitution de la fièvre, elle n'en est elle-même qu'une provenance, à la façon des divers autres éléments.
228. Après qu'elle est ainsi née tout aussi directement, aussi spontanément que la fièvre essentielle, on s'assure que la fièvre symptomatique en conserve, pendant toute sa durée, l'indépendance et la souveraineté. Lorsqu'il existe des prodromes, il serait inutile d'insister ; tout le monde est d'accord qu'une fièvre intense peut alors se montrer pendant quatre jours et plus, sans qu'on découvre du côté d'aucun organe une lésion capable de l'expliquer. Vainement les organiciens, Bouillaud en tête, supposent-ils une lésion qu'on n'aurait pas su découvrir. Nous avons dit quelle valeur a une objection de celte force. Dans le cas où la fièvre ne paraît que simultanée à la phlegmasie, la première place ne lui appartient pas moins ; l'exemple du frisson nous montre qu'alors même c'est elle qui a précédé en dominant la scène,et qui va continuer à la dominer. On ne lui conteste pas ce privilège tant qu'elle reste fièvre prodromique ; on veut bien ne pas méconnaître alors l'influence de cette disposition intérieure qui préside au déve~ loppement des maladies \ disposition dont l'espèce échappe à ceux que le Vitalisme n'éclaire pas, et que nous reconnaissons pour l'affection morbide. Mais si telle est, au début, l'influence de celle-ci, de quel droit la lui contesterait-on
Grisolle ; loc. cit.
plu6 tard? Si elle a pu agir d'abord sur la naissance de la fièvre, n'est-il pas tout naturel de penser qu'elle va continuer son action souveraine sur son cours tout entier, sur son caractère, ses déterminations, sur tous ses actes, y compris, bien entendu, ceux dont résulte la lésion organique ?
Quand cette lésion en effet vient, avec la fièvre préexistante, compléter le groupe phlegmasie, elle n'apporte rien qui lui soit propre et ne fait que se traîner servilement dans le cadre tracé par la fièvre. C'est celle-ci qui lui fournit tous ses caractères. Ainsi, qu'on la voie affecter la marche régulière, franche, le ton hyperdynamique de l'affection phlogistique, la vivacité, la mobilité, le caractère plus insidieux de l'affection catarrhale ; que, d'autres fois, elle se marque par le ton plus ou moins diminué et par l'espèce de saburre afférente aux affections bilieuse et muqueuse : n'en cherchez pas la raison dans la lésion organique ellemême, dans son siège, ses dimensions, son degré d'intensité, ni dans aucune des circonstances qui la concernent. C'est uniquement la fièvre qui, marchant sous la bannière de l'affection dont elle procède, en a revêtu tous les attributs, comme dans son état le plus essentiel, et les impose à la lésion locale. Elle change jusqu'à son expression organique, jusqu'à ses résultats plastiques; surtout elle seule peut nous éclairer sur sa gravité, son pronostic, et nous faire comprendre comment le danger le plus pressant s'allie parfois à la phlegmasie la plus simple, la plus faiblement caractérisée; tandis que les conditions les plus défavorables d'intensité et d'étendue ne sont nullement incompatibles avec les résolutions les plus promptes et les plus heureuses. Ce qui témoigne plus hautement encore d'ans le même sens, ce sont les autres complications dont la phlegmasie est susceptible. On la voit tour à tour entachée de gastricité, deputridité, de malignité, de contagiosité, d'intermittence, absolument comme il arrive à la fièvre, et ces divers accidents y trouveut exactement la
même place. A quoi cependant faut-il en faire honneur ? Est-ce la lésion locale qui va les provoquer, qui les entretient et en détermine le caractère? Il n'y a de cela pas la moindre apparence, et si nous n'avions, pour les expliquer, la fièvre essentielle, dont ils représentent autant de modes habituels et familiers, on ne saurait vraiment quelle idée s'en faire.
D'autres phénomènes qui ont aussi leur importance dans la phlegmasie, sont ceux qui ont trait à sa durée et aux périodes dans lesquelles elle se partage. Il en est d'elle absolument comme de la fièvre essentielle; elle a, comme celle-ci, son temps de crudité et son temps de coction, dont la succession et la durée sont parfaitement régulières et déterminées. Une seule réserve est à faire pour sa durée. De même que nous avons noté , pour la fièvre symptomatique , la moindre intensité de certains de ses éléuients, sa longueur est loin d'égaler, dans la phlegmasie, celle de la fièvre essentielle. Tandis que celle-ci atteint souvent quatre, cinq septénaires et au-delà, l'autre se borne fatalement à un ou deux tout au plus, comme si, répéterons-nous, l'intensité affective se dépensait, s'épuisait dans la production de la lésion locale, ce qui nous offre un nouvel argument contre l'opinion qui ferait de celle-ci la cause directe de la fièvre. Ce n'est pas tout : après qu'elle a ainsi parcouru à sa manière ses diverses périodes, la fièvre symptomatique aboutit à sa terminaison , et les crises qu'elle peut alors affecter sont absolument semblables à celles de la fièvre essentielle ; suivant qu'elle relèvera du génie phlogistique, catarrhal ou bilieux, on la verra tendre invariablement vers l'hémorrhagie, la sueur ou la diarrhée. En quoi les circonstances organiques de ces phlegmasies pourraient-elles réclamer la moindre influence sur des phénomènes de ce genre, et n'est-ce pas encore, de toute évidence, l'état général afî'ectif qui par l'intermédiaire de la fièvre les suscite et les gouverne ? Représentent-ils autre chose que les phases diff'érentes de cet
état, et comme les actes successifs d'une même fonction morbide, à laquelle il est permis de comparer toute maladie aiguë ?
A ceux que ne toucheraient pas encore ces diverses considérations, nous représenterons enfin l'empire que la fièvre symptomatique exerce sur le traitement. Suivant que son génie affectif sera tel ou tel, tous les moyens thérapeutiques devront être choisis exclusivement parmi ceux qu'il autorise. A ce point, qu'étant donnée la phlegmasie du même organe, le traitement qui en aura triomphé dans un cas restera souvent impuissant ou deviendra même contraire dans un autre, et qu'à l'occasion, chaque moyen pourra sortir un effet diamétralement opposé. Il n'en serait certes pas ainsi si la lésion locale absorbait toute l'importance ; les seules différences qu'elle pourrait présenter se réduisant à celles de plus ou de moins, le traitement ne soulèverait jamais qu'une question d'intensité, et l'on verra que même les moyens topiques appliqués à cette lésion ne sont utiles qu'à la condition de se conformer à l'irrtiication affective.
229. La naissance, la marche, les périodes, la durée, les crises, le traitement de la fièvre symptomatique, tout nous ramène donc à l'idée que nous nous en faisons. Il est bien vrai qu'elle n'est pas autre que la fièvre essentielle, et que bien loin de subir aucune influence de la part de la phlegmasie, c'est elle qui lui inflige son caractère et son essence tout entière ; pour nous en assurer davantage, nous n'avons qu'à considérer certaines phlegmasies destituées de fièvres, et à faire ressortir les différences qui en proviennent.
Prenons d'abord la phlegmasie chronique. Qu'elle naisse telle d'emblée ou qu'elle succède à l'espèce aiguë, il serait souvent difficile de la distinguer de celle-ci, en s'en tenant à son expression anatomique. Lorsqu'une pneumonie, une bronchite, une gastrite, dépassant sa période aiguë et l'époque normale de sa résolution, entre décidément dans son état
PHLEGMA3IE. 77
chronique, sans aucun doute sa lésion locale no diffère pas essentiellement de ce qu'elle était deux ou trois jours auparavant; et cependant, à dater de ce moment, son caractère a complètement changé. D'abord, dans ce nouvel état, la phlegmasie demeure étrangère à tout mélange de spécialité et se conserve sous une forme unique, toujours la même. De plus, au lieu d'une marche pressée, d'un cours régulier et borné, elle n'aura qu'une durée lente, indéter*minée, et les changements soudains que la crise lui apportait souvent, tout à l'heure, seront ici à peu près totalement inconnus. D'où viennent pourtant de telles différences, l'état local restant à peu près le même? D'une seule cause : l'absence de la fièvre essentielle, qui a terminé sa course et qui n'est plus là pour gouverner toute la scène. C'est-à-dire que la fièvre ne manque pas toujours; parfois la phlegmasie chronique en comporte au contraire une très-caractérisée, très-redoutable, qui par ses symptômes et son intensité ne le cède en rien à l'autre; nous voulons dire la fièvre hectique. Mais elle n'a plus alors, quoi qu'en ait dit Broussais ' , dans des idées systématiques bien démenties depuis, elle n'a rien d'essentiel, rien qui lui permette d'exer- "cer un empire quelconque sur le groupe; c'est purement, réellement, une fièvre symptomatique soumise à toutes les chances de la lésion organique, et destinée à partager toutes ses éventuaUtés et ses incertitudes, bien loin de lui assurer cette régularité, cette fixité si remarquable, dont elle jouit dans d'autres circonstances.
Il est aussi des phlegmasies aiguës dans lesquelles la fièvre manque ou n'obtient qu'un rôle bien diminué, et qui donneront lieu aux mêmes remarques. Ce sont pour la plupart des phlegmasies externes, dont le phlegmon nous ofi're le type. A tout prendre, quel que soit l'organe où elle se passe, c'est le tissu cellulaire répandu dans les mailles de tous les tissus qui est le support de l'inflamma-
' Rech. sur la fièvre hed., 3.
tion, en qui s'accomplissent les principaux phénomènes. Si les conditions organiques étaient vraiment prépondérantes, la plus entière analogie rapprocherait donc le phlegmon des autres grandes phlegmasies, et il s'en faut hien qu'il en soit ainsi, car il ne s'accompagne que d'une fièvre nulle ou de peu d'importance, sans différences spéciales, sans crises, et au lieu de ce cours régulier et limité que nous connaissons, il n'a qu'une durée indéterminée suivant son degré d'intensité, l'abcès qui le termine ordinairement ayant, pouE.. survenir, toute la latitude entre le cinquième et le quinzième ou le vingtième jour et au-delà*. De même pour l'ophthalmie : quoique très-vive et implantée sur l'organe le plus délicat, la douleur n'éveille nullement la sympathie du cœur ni la fièvre, et sa marche n'est soumise à aucune espèce de régularité. De même, enfin, pour les phlegmasies de la peau. Les pustules de l'impétigo et surtout de l'ecthyma peuvent égaler en nombre et surtout en volume celles de la variole. Les vésicules, les phlyctènes de l'ezcéma, de certaines dartres et du pemphigus, dépassent parfois l'érysipèle en intensité. Quelle différence pourtant entre ces éruptions plus ou moins semblables organiquement, suivant que la fièvre exanthématique les accompagne ou non ! Qu'on en juge mieux encore sur une même espèce. Comparez l'érysipèle dans son état aigu ou chronique, c'est au fond la même maladie, et dites combien peu il ressemble, en tant qu'exanthème, à ces éruptions lentes, successives, qui n'étant plus gouvernées par la fièvre, surtout n'en recevant plus aucun secours pour leur solution, sont sujettes à des retours continuels.
Toutes les phlegmasies internes, même appartenant aux grands organes ou systèmes d'organes, ne se comportent pas avec la fièvre de la même manière : tandis que dans certaines elle prend son plus grand développement, elle
< Boyer ; Mal. chir., II, 32.
s'en tient fort loin dans d'autres. Les organes génito-urinaires, matrice, testicules, vessie, ne sont pas anatomiquement moins bien doués que l'estomac, les bronches ou le poumon lui-même ; et sûrement, à raison de leur sensibilité et de leurs connexions, les sympathies ne doivent pas davantage leur manquer. Eh bien ! leur phlegmasie n'entraîne jamais une fièvre en rapport avec leur importance organique et fonctionnelle, une fièvre s'afFublant de ses spéciaUtés habituelles ni de son pouvoir critique. Cette phlegmasie va au gré du hasard, de la persistance des causes, du tempérament du malade, sans règle, sans durée fixe. Il existe bien ici une fièvre plus ou moins intense ; mais, comme dans les phlegmasies chroniques ou externes, elle n'est que symptomatique, dépendante de la lésion, que dès-lors elle est impuissante à régir. Lors donc que dans d'autres phlegmasies, ne l'emportant en rien organiquement sur celles-ci, on rencontre une fièvre souveraine, ayant tous les attributs de la fièvre essentielle, il est permis, il est rationnel de penser qu'elle en a aussi le génie et la nature ; qu'un seul de ses éléments s'est modifié, ainsi que nous le verrons. Seulement, on se demande pourquoi cette fièvre essentielle s'allie à certaines phlegmasies, préférablement à d'autres qui, en fait d'importance, ne leur paraissent pas inférieures ; à quoi l'observation ne nous laisse pas tout à fait sans réponse.
Elle nous enseigne que le champ de la fièvre essentielle est borné ; que sa tendance à se localiser intéresse un certain nombre de systèmes organiques, toujours les mêmes, les systèmes hépatique, abdominal, respiratoire, encéphalique, musculaire et cutané, d'où elle prend les noms de bilieuse, muqueuse, catarrhale, nerveuse, rhumatismale et exanthématique. Ce sont là les fièvres types. Nous ne parlons pas de la fièvre inflammatoire, qui menace tous les systèmes, sans en intéresser nécessairement aucun. Mais celte tendance ne va pas plus loin : aucun autre organe n'est soumis àce que nous avons appelé la fluxion pyrexique .
Il y a donc un rapport étroit, intime, entre la fièvre essentielle et les systèmes qu'elle intéresse. Et quand nous voyons les phlegmasies de ces divers systèmes être les seules à s'accompagner d'une fièvre considérable, exactement semblable à la fièvre essentielle, dont elle partage la naissance, les types, la marche, la durée, les terminaisons, nous nous demandons si chacune de ces phlegmasies est autre chose que la fièvre essentielle elle-même, ayant simplement changé le mode de sa fluxion ; laquelle, au lieu de porter sur l'organe une pure atteinte dynamique ou une faible quantité de sang incessamment dissipée, y accumule une plus grande masse de ce fluide qui y demeure, s'y infiltre et s'y livre à tous les actes de plasticité qui s'accomplissent alors, le tout sans que le caractère et la souveraineté de la fièvre aient en aucune façon changé.
230. Celte opinion, qui, de la fièvre accompagnant certaines phlegmasies et les plus considérables, de cette fièvre universellement regardée aujourd'hui comme symptomatique, ne ferait plus qu'une fièvre essentielle, cette opinion choquera grossièrement, nous nous y attendons, toutes les doctrines courantes. Cependant la longue faveur ou plutôt la croyance absolue dont elle a été l'objet chez les anciens, ces grands observateurs, et les témoignages involontaires qu'elle reçoit encore tous les jours de la part d'écrivains qui se garderaient bien de la confesser directement ; tout cela nous autorise à insister et à montrer comment une telle opinion s'éloigne moins qu'il ne le semble de celles généralement reçues, et peut s'appuyer de faits reconnus par tout le monde.
On conçoit que les anciens tenaient d'autant plus o cette opinion qu'elle résultait tout naturellement de leurs doctrines naïves ; selon eux, la phlegmasie, pneumonie, pleurésie, phrénôsie, et ainsi de suite, avait pour cause le transport de la matière de la fièvre, et son dépôt par celle-ci sur un organe, le poumon, la plèvre, le cerveau,
OU tout autre On ne saurait plus parler de matière; mais Grimaud n'a rien retranché du rôle souverain de la fièvre, en rapportant la phlegmasie à Vimprcssion spéciale qu'elle porte sur un organe, disant qu'il y a autant de fièvres différentes que d'organes intéressés. Chaque phlegmasie n'est, à son dire, qu'une fièvre locale^ et la pneumonie, entre autres, prend sans détour le nom àe fièvre pneumonique ^. Il restait à expliquer en quoi consiste ou comment s'opère l'impression de la fièvre. Mais pour nous, qui connaissons la fluxion comme un attribut essentiel de celle-ci, l'explication serait superflue.
Il ne faut pas attendre des modernes la confirmation pure et simple d'un pareil dogme, quoique les plus sages et les plus sincères n'aient pu toujours éviter de le reconnaître. Bien que, pour eux, il s'agisse en cela de la philosophie d'un autre âge, ils ne le nient pas entièrement. Ils regardent comme un fait constant, digne de n'être pas oublié, que la fièvre peut se jeter sur un organe; qu'alors l'altération des solides résulte du mouvement fébrile méme^. N'est-ce pas là confirmer tout d'un trait l'esseutialité , le pouvoir tout entier que nous attribuons à la fièvre? Du moment oîi, dans cette circonstance, elle peut se jeter sur un organe et susciter sa lésion par son mouvement propre, ce n'est plus qu'une question secondaire de savoir dans quel degré de fréquence cela lui arrive. Et tout ce que nous venons de voir de la phlegmasie tend à prouver que c'est là son procédé ordinaire. L'auteur semble y ajouter une condition: c'est que la circulation aura probablement acquis une activité insolite. Mais d'abord cette activité ne dépend que de la fièvre seule, et en outre il faudrait bien se garder de croire qu'elle n'opère que par l'impulsion mécanique qu'elle donne au sang,
1 Sydenham ; Méd. prat., I, 333.
Grimaud ; Cours de fièvres, II, 126-29, prem. éd. ■'Grisolle-, Pathol. inl., I, 5.
ainsi que cela le ferait augurer. Ce n'est pas toujours la fièvre la plus violente qui aboutit à la phlegmasie. Il suffit pour cela qu'elle porte en elle une tendance spéciale, intentionnelle, disons-nous, en vertu de laquelle, indépendamment de toute nuance de vigueur ou Ue force, elle imprime à sa fluxion des directions en même temps que des propriétés ou des besoins plastiques insolites.
Cet hommage n'est pas le seul rendu par les modernes à la nature essentielle de la fièvre symptomatique. L'illustre Laënnec n'était pas un essentialiste exagéré, pas plus qu'on ne l'est dans son École. Il commence par déclarer que dans la péripneumonie, la fièvre est réellement symptomatique, qu'elle est l'effet de l'inflammation. Cependant, quand il voit cette même fièvre, tantôt cesser tout à fait, bien que la résolution pulmonaire se fasse encore attendre quinze jours ou un mois; tantôt ne rien perdre de son intensité, quoique la 'pneumonie soit en voie de résolution, il sent bien le désaccord entre les deux, et, au moins pour le dernier cas, il se résigne à croire à la complication de la pneumonie avec une fièvre qui est essentielle ou due à une autre cause. Sans relever l'étrange embarras qu'indiquent ces derniers mots, nous invoquerons la difficulté d'introduire un troisième élément dans ce groupe déjà complexe de la phlegmasie, et de comprendre l'union entière d'une fièvre avec une autre fièvre préexistante ; d'autant qu'une telle union est parfaitement superflue : une seule fièvre, la symptomatique, suffisant à tout, et c'est bien à elle que revient justement ici le titre d'essentielle. Nous en sommes convaincu par le rôle prépondérant qu'elle joue partout; car ces disparates entre la lésion locale et la fièvre, qui semblent étonner Laënnec comme tout à fait exceptionnels, nous avons vu qu'ils étaient de droit commun. EtLaënnec lui-même n'ignorait pas ce privilège de la fièvre. Dans sa polémique contre Broussais, il soutenait justement qu'elle a celui (\' occasionner nécessairement les congestions, entre autres les lésions du tube intestinal propres à ses espèces
continues. Que lui coûtait-il d'admettre de sa part un pouvoir égal sur la congestion de la péripneumonie
Le fait est que sous quelque aspect et à quelque moment de sa durée qu'on envisage la phlegmasie , quel est celui de ses éléments à qui l'on concède la première place? C'est la fièvre, toujours la fièvre. Ainsi, au débutd'une pneumonie, alors que les prodromes vont aboutir à la lésion organique, lafièvrese montre souvent très-intense, avec une injection de la face, de la peau et des muqueuses ; et cependant il se "^dL&^QVQ, plusieurs jours avant qu aucun symptôme local tranché annonce la maladie; si bien qu'il est alors facile de la méconnaître, et qu'on n'est tiré de peine que par l'apparition des crachats'; plus tard, c'est encore la fièvre qui nous fait sûrement apprécier la scène morbide. Quel que puisse être l'état local , une grande fréquence du pouls est déjà un grave présage de danger^. Règle générale, ce sont les symptômes de réaction qui doivent nous servir de guide. Tantôt, pendant que la phlegmasie demeure stationnaire , on voit la fièvre diminuer ou disparaître, ce qui indique la guérison prochaine. Tantôt , au contraire, on constate plus ou moins amélioration du côté des symptômes organiques ; mais ou doit conserver toutes ses inquiétudes si en même temps survient une aggravation de la fièvre, car l'issue de la maladie n'a dès-lors plus rien que de très-chanceux*. Quand les écrivains les moins essentialistes se plaisent ainsi à faire ressortir la prédominance, l'omnipotence de la fièvre symptomatique, n'avons-nous pas le droit d'y signaler un hommage indirect ou involontaire au caractère que nous lui assignons? Mais, à l'appui de notre opinion, nous avons mieux à faire que d'invoquer des présomptions et des généralités: les faits pratiques vont nous fournir des arguments plus positifs.
* Laëanec ; Ausc. méd., I, 438.
Andral ; Clin, méd., III, 505.
Ihid., m, 534.
4 Grisolle; Palliol. inl., I, 187-9.
231. Ces faits abondent et l'on n'a vraiment que l'embarras du choix. Les plus connus et les plus considérables ont trait à la pneumonie. On l'a vue s'allier tour à tour aux fièvres de tonte espèce. Dans celle qui régna sous la constitution rhumatiqueàNaples, Sarcone constata que la fièvre aiguë qui s'y joignait, garda l'ordre et le génie, c'est-à-dire la lassitude générale, les douleurs vagues au col, au dos, à la tête, les légers frissons et autres symptômes caractérisant la fièvre continue épidémique , ce qui prouve que celle-ci conservait dans le groupe tous ses attributs souverains La pneumonie bilieuse a surtout longuement occupé la critique, et c'est à son sujet que Laënnec a admis la complication d'une fièvre essentielle, dont nous venons de parler. C'est à Stoll que revient l'honneur d'avoir fondé le type, sans nous en donner une théorie irréprochable , à laquelle, du reste, on n'a depuis rien ajouté qui vaille: son idée n'en est pas moins formellement que la pneumonie n'est alors qu'une manière d'être de la fièvre bilieuse , tout comme il arrive à une foule d'autres phlegmasies, la dysenterie par exemple, qui provient, soit de cette même fièvre, &Q\i Ù.Q \n, fièvre r humatismale , portant son action sur les intestins ^ .
Cette opinion offrait à l'Organicisme de telles difficultés qu'il n'eût pas manqué de la renier si le fait pratique sur qui elle se fonde ne s'était hautement imposé à lui. 11 a donc fallu discuter la pneumonie bilieuse , à quoi l'on a médiocrement réussi : on a invoqué des phlegmasies hépatiques ou gastriques fortuites et simultanées ; on a parlé à! altérations inconnues de la bile, sans croire toutefois à sa présence réelle dans les phénomènes, et fini par se réduire à un état bilieux, à un élément bilieux, ne formant qu' un tout avec l'inflammation. Qu'est-ce à dire et qu'etiteod-on par cet état, cet élément bilieux ? Ne serait-ce pas simplement
1 Sarcone; Mal. obs. à Naples, I, 184.
2 Stoll ; Méd. prat., III, O'i. —II, 156-54.
l'HLEGMASIE. 85
UQ de ces modes spéciaux de la force vitale qui influent si puissamment sur la nature, le caractère, sur tous les actes des maladies ; ne serait-ce pas l'affection bilieuse, dont le premier effet est d'agiter le sang, d'émouvoir la fièvre, et par elle d'aboutir à une foule de conséquences ? Ces théoriciens eux-mêmes ne méconnaissent pas toujours la présence de la fièvre bilieuse dans les faits dont nous parlions, mais sans lui attribuer d'autre importance
Ils n'ont pas été toujours aussi réservés. Dans d'autres faits du même genre , ils n'ont pas hésité à accuser la fièvre et son rôle, tel que nous le concevons. Dans la pneumonie typhoïde, ils voyaient les symptômes sans rapport aucun ou plutôt en sens inverse de l'étendue des désordres anatomiques, qu'on appelait alors un simple épiphénomène ; un épiphénomène de quoi donc ? Sans doute de l'état, de l'affection, delà fièvre typhoïde. Dans la pneumonie puerpérale, ils veulent bien avouer une forme de la fièvre de ce nom ; c'est surtout la pneumonie intermittente ou encore mieux pernicieuse qui les confirme dans ces données. En constatant que les symptômes locaux disparaissent pendant l'apyrexie, pour reparaître à l'accès suivant, au moins pendant les premiers, ils essayent bien de tergiverser encore et d'invoquer vaguement les causes qui produisent la fièvre intermittente ; mais ils finissent par appeler franchement cette pneumonie une simple forme de la fièvre^, suivant au reste que de graves auteurs leur en ont donné l'exemple , entre autres les deux Frank, qui attribuent un égal privilège, et à cette même fièvre intermittente, et à la fièvre typhoïde % et à la nerveuse*. Cette dernière forme, la pneumonie maligne, est une des plus remarquables, en ce que, mieux qu'aucune autre, elle permet déjuger du peu de
' Seslier; Clin, méd., III, 337.— Grisolle ; Tr. de la pneum. 416, 439, 427-29.
Grisolle, Tr. de la pneumonie, 416-439-427-29. ^ J. Frank ; Palhol. int., IV, 183.
P. Frank ; Méd. prat., Il, 94.
place qu'y tient la lésion organique. Nous en avons observé et décrit ailleurs une qui régna épidémiquement à Marsillargues, en 1840, dans laquelle cette lésion, restant tout à fait rudimentaire, n'empêcha pas le danger le plus grave et les terminaisons les plus promptes et les plus fatales. Pour qu'il en soit ainsi, il n'est même pas nécessaire que le parenchyme soit envahi. Dans la grippe de Montpellier, en 1 837, Caizergues observa des cas de simple bronchite offrant une gravité souvent mortelle, dont les recherches nécroscopiques ne rendaient pas raison, et qui ne s'expliquaient, dès-lors, que par l'étal général, parle caractère de la fièvre* .
Ce qui est vrai, de l'aveu de tous, des phlegmasies pulmonaires, ne saurait manquer de l'être de toutes les autres; il n'en est pas une au sujet de laquelle on n'ait signalé le rôle dominateur de la fièvre. Dans la dysenterie, nous venons de voir la place qu'y occupent les fièvres bilieuse et rhumatismale ; celle des fièvres putride et maligne n'y est pas moins marquée. Sous le règne épidémique de ces fièvres, Zimmermann a observé des dysenteries naissant çà et là de la même corruption d'humeur d'où résultait déjà la fièvre^. Aussi, dans sa définition générale, Pierre Frank appelle-l-il la dysenterie une fièvre gui porte son action sur le tube intestinal^ . On peut dire la même chose de l'angine ; suivant la fièvre qui l'accompagne, elle se montre alternativement inflammatoire , gastrique, nerveuse, si bien qu'on n'hésite pas alors à la déclarer simplement un symptôme de l'affection, c'est-à-dire de la fièvre essentielle*. On la voit tout aussi souvent catarrhale ou rhumatismale, mais son caractère le plus redoutable est la malignité. Sous son allure si légère, elle peut ainsi présenter le plus extrême danger, parce qu'alors la fièvre ner-
^ Caizergues ; Rapport sur la grippe, 35.
2 Zimmermaan ; Tr. de la dys., 238, 248.
3 P. Frank; Méd. praL, III, 501.
* Jbid., II, 67.
veuse se combine avec elle Mead l'a vue enlever épiclémiqueraent beaucoup de monde en deux ou trois jours, sans provoquer localement autre chose qu'une simple tuméfaction des glandes de la bouche et du gosier ^ Nous avons rencontré aussi cette curieuse angine; c'était chez un berger de 30 ans, grand et mince, mais vigoureux : il fut pris de malaise, d'inappétence et d'une légère douleur au gosier. Localement, il existait à peine un peu de rougeur, sans le moindre gonflement, avec une dysphagie plus pénible toutefois qu'un pareil état n'aurait dû faire supposer. Du reste, à peine un peu de ûévre et de céphalalgie, mais rien qui n'autorisât la sécurité la plus complète. Cependant, le troisième jour, un simple subdélirium se déclare, et, sans que rien ait changé dans l'état du gosier, çans aggravation de la fièvre, le malade est rapidement emporté par un état essentiellement ataxique.
Ce sont, on s'y attend bien, les fièvres les plus graves, ce sont les pestes qui ont surtout le privilège d'exercer ainsi leur funeste pouvoir. Qu'il s'agisse de la peste proprement dite, de la fièvre jaune ou du typhus, on voit, sous leur régne, se produire des phlegmasies du cerveau, du poumon, de l'abdomen, qui aggravent encore l'extrême danger de ces fièvres et passent très-souvent inaperçues, confondues qu'elles sont dans le formidable ensemble de leurs symptômes. Tantôt cette phlegmasie naît sans trouble, à l'avance et comme une préparation , autant dire un simple prélude à la fièvre, qui survient tout à coup et avec une extrême violence, attirant seule l'attention^ ; tantôt elle écidite violemment , au point de cacher \sl fièvre, qui peut alors ^<re méconnue par le praticien le plus exercé*. Mais dans un cas comme dans l'autre la phlegmasie reçoit de
' J. Frank ; Palhol. inl.. V, 246.
^ Mead; Précepl. méd., 52.
Devèze ; Tr. du la fièvre jaune.
' Hildebrand ; Typh. cont,, 93.
la maladie régnante, de la fièvre, l'intégrité de son caractère et de son danger.
232. Les fidèles de l'Organicisme se récrieront contre ce rôle, ce pouvoir attribué à la fièvre essentielle, d'exciter directement la phlegmasie, et, tout en conservant son caractère d'essentielle, de continuer à l'assister pendant toute sa durée, en lui communiquant son génie et ses allures. C'est là pourtant ce qui a été enseigné comme un véritable dogme, nous ne dirons pas par les anciens, ce qui serait une faible recommandation pour ces fidèles, mais par les meilleurs esprits parmi les modernes. Ce dogme, il est vrai, n'est encore appliqué qu'à des cas tout particuliers, peu nombreux. N'importe, ce qui est vrai pour un cas ne pourrait manquer de l'être pour d'autres , et, répéteronsnous, si telle fièvre a le pouvoir d'engendrer la phlegmasie, on ne voit pas pourquoi telle autre en serait dépourvue.
C'est surtout parmi les fièvres éruptives qu'ont été recueillis les faits dont nous parlons. Nous avons discuté les célèbres observations de Sydenham dans lesquelles il établit que, dépouillant sa forme pustuleuse ordinaire, la variole s'exprimait sous celle de dysenterie. Ces faits ont été constatés de nos jours par Graves et Trousseau, qui n'ont pas hésité à regarder la scarlatine comme étant représentée parfois par l'angine seule, et en outre comme pouvant exercer son empire sur la. pleurésie , la péricardite et même le rhumatisme articulaire \ La bronchite tient d'aussi près à la rougeole que l'angine à la scarlatine. On ne s'est peutêtre pas attaché à saisir son existence en dehors de l'éruption et comme expression unique de la fièvre ; mais ce privilège de la classe entière ne paraît pas devoir être refusé à la rougeole, et dans tous les cas, alors même que l'éruption doit s'ensuivre, si avant son apparition et dès le
Trousseau ; Clin, môd., I, 21, 22.
deuxième ou le troisième jour de l'invasion, c'est-à-dire de la fièvre, on voit se déclarer un catarrhe très-grave, avec oppression, suffocation, râles sous-crépitants étendus, comportant p'ar dessus tout le danger le plus sérieux, ce catarrhe ne saurait être rapporté qu'à la fièvre, qui règne seule alors avec une extrême violence, et, admettant que l'éruption dût demeurer absente, comme dans le cas supposé ci-dessus, on ne voit pas qu'il pùt être rien retranché au pouvoir provocateur de la fièvre \ La question avait même été déjà jugée par les anciens. De Haën, Vogel et autres, dans le groupe de la rougeole, attribuaient la prééminence à la fièvre, et lui rapportaient tous les phénomènes qui pouvaient en dépendre, avec ou sans l'éruption^. Ce pouvoir, au resle, ne manque pas d'autres confirmations. Dans les deux grandes épidémies de variole, en 1771 et 1816, Fouquet et Broussonnet observèrent des pneumonies qui offrirent le génie de l'épidémie en ce qu'elles affectaient, comme elle, une tendance gangreneuse Cette tendance appartenait évidemment à la fièvre de la variole, dont elle constituait le caractère distinclif, et si on la retrouvait dans les pneumonies de la même constitution, n'est-ce pas une preuve de la présence de la fièvre et du rôle souverain qu'elle y jouait ? L'explication ne saurait plus, au reste, être contestée par personne. Les traités classiques reconnaissent une pneumonie exanthémateuse, survenant au début ou dans le cours des fièvres éruptives, et pouvant disparaître rapidement ou revêtir l'état le plus grave, suivant que l'éruption marche réguUèrement ou non *. Ce qui ne se comprend qu'à charge de considérer la pneumonie, aussi bien que l'éruption, comme l'expression de la fièvre qui reporte sur l'une l'activité morbide venant à diminuer sur l'autre. Tous ces faits attestent sufifi-
' Trousseau; Clin, méd., î, 50.
3 J. Frank; Palhol. int., II, 145.
3 Bôrard et Lavit -, Anom. de la variole, 45.
* Chomel; Clin, méd., III, 346.
samment le privilège qu'a la fièvre do s'exercer à roccasion, sous forme de plilegmasie, et cela avec d'autant plus d'intensité qu'elle rencontre plus d'obstacle à retrouver son expression habituelle.
Les fièvres éruptives ne sont pas seules dans ce cas, et line autre à qui personne assurément ne contesterait le pouvoir de provoquer directement la phlegmasie, c'est la fièvre intermittente. Nous avons déjà mentionné les fièvres pernicieuses et leurs lésions organiques, qui naissent, se suspendent, reprennent et se terminent avec les accès, de façon que leur dépendance de ceux-ci ne peut être méconnue. La fièvre intermittente simple parvient au même but, mais d'une autre manière, et, tout en perdant sa forme propre, peut afî'ecter celle d'une phlegmasie continue. Dans des études très-bien faites, en Algérie, le D'' Haspel a constaté entre l'hépatite^ la dysenterie et la fièvre intermittente, des ressemblances teUes qu'il se refuse catégoriquement à voir en elles trois maladies dilîérenles, mais plutôt un seul et même état morbide, ne différant que par la forme. Cet état, il ne le définit que par la cause d'où il procède, V intoxication paludéenne, \q miasme ^. Mais sûrement, le miasme ne produit pas d'emblée et sans intermédiaire l'hépatite ni la dysenterie. C'est en altérant la vie du sang, en y suscitant des mouvements insoUtes; en un mot, en mettant d'abord la fièvre en jeu, et c'est bien celleci qui se retrouve sous les phlegmasies dont il est question.
Voilà donc, suivant l'avis commun, deux fièvres, l'éruptive et l'intermittente, qui dans le groupe de la phlegmasie occupent bien la place ou remplissent le rôle que nous accusons. Mais lorsque, au lieu de ces deux fièvres, ce sont les fièvres bilieuse, catharrale, ataxique et les autres, pourquoi donc leur place et leur rôle seront-ils réputés difiérents? Lorsque nous voyons celles-ci se comporter exacte-
" Haspel ; Mal. de l'Algérie, IL 29, 40.
nient comme les premières, se marquer dès le début, même dès les prodromes de la phlegmasie, et lui imprimer toutes les spécialités dont elles sont elles-mêmes frappées, ainsi que les divers accidents qui leur sont propres, qu'estce qui nous empêcherait de croire que, tout comme les autres, elles conservent leur rang et leur nature d'essentielles, alors que, pendant toute la durée du groupe, aucune considération ne nous permet de supposer qu'elles aient pu y déroger, et que, dans cette combinaison qui leur a valu le nom de symptomatiques, elles n'ont absolument rien perdu de leur essence première?
L'Organicisme aura donc beau se croire inattaquable dans sa croyance au rôle de la lésion locale pour la constitution de la fièvre : nous avons déjà déclaré combien ce rôle est illusoire, combien cette lésion est incapable de donner lieu aux divers éléments dont elle se compose ; nous démontrons ici, au contraire, comment c'est la fièvre qui effectue la lésion et qui, dans toutes les phlegmasies, exerce la fonction souveraine. Vainement élèverait-on, au sujet de la phlegmasie intermittente, quelque objection de détail. La fièvre se marquant foncièrement par le trouble du pouls, de la chaleur, on se demandera s'il est permis de présumer son existence là où manque ce trouble, comme dans certains cas de fièvres larvées, angines et autres. Mais on peut très-bien concevoir, ce nous semble, que la même tendance morbide qui provoquait le trouble général puisse s'exercer tout aussi bien sur la fluxion locale. Et, fallùt-il convenir qu'alors ce n'est pas la fièvre mais l'affection qui est enjeu, l'objection n'en acquerrait aucune force, affection et fièvre n'étant que deux nuances, deux degrés différents du même étal , et l'une aboutissant nécessairement à l'autre.
233. Quelque scrupule que soulève cette épithète essentielle apphquée à la fièvre symptomatique, on voit qu'elle peut s'appuyer de données dogmatiques acceptées de
tout le monde ; données restreintes encore, si l'on veut, mais auxquelles nous pouvons attribuer une valeur générale. Nos preuves ne se bornent pas là. Nous allons invoquer un autre dogme particulièrement en honneur dans l'École vitaliste, lequel accuse un besoin tellement senti de la présence de la fièvre essentielle, dans le groupe de la phlegmasie, que lorsqu'on n'a pas cru pouvoir l'y reconnaître directement, on s'est efforcé de l'y introduire par quelque voie détournée.
Il en est de la phlegmasie conime de la fièvre essentielle : elle revêt tour à tour les divers caractères spéciaux. La pneumonie, la pleurésie, la dysenterie, l'angine, l'érysipèle, le rhumatisme, présentent communément un fond bilieux, pituiteux, ataxique ou autre, et, comme pour la fièvre essentielle, on a dit qu'une seconde fièvre, la fièvre concomitante, était venue se joindre au groupe de la phlegmasie pour s'y combiner intimement, l'assister dans tous ses actes et l'accompagner dans toute sa durée. Mais nous avons vu combien est déjà difficile à comprendre cette réunion, cette confusion de deux fièvres en une seule, et la difficulté sera bien plus grande quand il s'agira de la phlegmasie : ici, nous avons déjà une première fièvre liée intimement à la lésion locale, qui lui donne un caractère, une personnalité très-accentués; comment admettre qu'une telle fièvre, aussi fortement constituée, puisse s'effacer et disparaître devant la fièvre, nouvelle venue, qui va prendre la direction exclusive du groupe? Le contraire paraîtrait plus probable ; si l'une des deux fièvres devait s'assimiler l'autre, cela reviendrait plutôt à la fièvre symptomatique, dont la raison d'être ne permet pas de supposer la suppression. Heureusement notre manière de voir nous sauve de telles difficultés. Il est évident que le dogme que nous discutons n'a d'autre but que de mêler à la phlegmasie une fièvre assez caractérisée, assez entachée de son génie essentiel pour expliquer la domination qu'elle lui inflige. Or, cette fièvre, nous l'avons déjà sous la main : c'est
PHLE&MASIE. 93
la fièvre que vous appelez symptoraatique , qui n'est rien moins que cela ; qui, souveraine maîtresse, modifie à son gré la phlegmasie, pour lui imprimer toutes les spécialités dont elle est elle-même susceptible. En même temps qu'elle nous fournit, disons-nous, une preuve nouvelle à l'appui de notre opinion, cette interprétation a cet autre avantage de nous débarrasser d'une entité d'autant plus compromettante qu'elle est superflue, et cela sans rien enlever au dogme de sa valeur médicale.
Au fait, Grimaud, dont l'opinion parait servir de guide dans cette théorie de la fièvre concomitante , Grimaud n'a rien dit pour faire supposer qu'elle soit une seconde fièvre accompagnant la fièvre propre de la phlegmasie. Il parle des différences que cette phlegmasie peut affecter, suivant le génie de la fièvre à laquelle elle se lie; disant qu'en dépit des recherches d'anatomie ■pratique , le mot phlegmasie, ■par exemple, n'a qu'un sens entièrement vague, tant qu'on ne le fait pas suivre de l'épithète caractérisant la fièvre qui complète le groupe morbide ; qu'il y a autant de pleu^ résies différentes que de fièvres \ Il attribue ainsi à la fièvre toute son importance, mais sans lui supposer rien d'équivoque , sans lui adjoindre une autre fièvre supplémentaire quelconque. C'est tout simplement la fièvre propre de la pleurésie, qui, changeant de génie, au gré de l'affection générale dont elle relève, le communique à la pleurésie , suivant des vues théoriques que ce travail a pour but de vulgariser. Toutefois c'est Grimaud lui-même qui a donné à cette fièvre son nom de concomitante. On ne voit vraiment pas pourquoi, car elle n'accompagne rien, si cen'est elle-même et la lésion locale à laquelle elle est Hée d'une façon indissoluble, ce qui ne méritait pas une qualification particulière. Mais au fond ce n'était là qu'une appellation vicieuse, etle tort est en réalité à ceux qui, l'ayant recueillie, n'ont pas éprouvé le besoin d'en rectifier le sens.
• Grimaud ; Cours de fièvres, II, 53.
94 TRAITÉ D'HÉMATOLOfilE DYNAMIQUE.
Sans manquer au respect que nous devons à notre illustre École, nous pouvons donc dire que la fièvre concomitante n'est qu'une conception insuffisamment justifiée. Et cependant, tant est profondément senti le besoin, tant est grand le prestige d'une fièvre essentielle gouvernant à son gré la phlegmasie, que, faute d'une qu'on ajoutait au groupe, on en a admis jusqu'à deux ! Lorsque, à la dernière période d'une maladie aiguë, on voit des efforts médicateurs préparer sa solution, au moyen de diverses évacuations, comprenant très-bien que ce travail critique ne pouvait se placer sous la dépendance de l'altération organique, on en a fait honneur à un mouvement spontané de l'économie, à wnQ fièvre particulière ^ qu'on anovswnéQ synergique L'accident pouvant naturellement arriver à la phlegmasie spéciale, déjà doublée de la fièvre concomitante, ce serait donc bien trois fièvres distinctes en une qu'il faudrait compter ici ! A quoi nous opposerons les mêmes difficultés que ci-dessus, la coexistence d'une troisième fièvre offrant encore une anomalie bien moins acceptable. Bien entendu que notre critique réserve les cas apyrétiques ou physiologiques, où la fièvre synergique peut avoir sa raison d'être; quant à cette fièvre elle-même et à la concomitante, tout en faisant ressortir l'éclatant hommage qu'elles rendent au rôle de la fièvre dans la phlegmasie, nous avons le droit de les supprimer sans dommage pour la philosophie, la fièvre symptomatique, teUe que nous la concevons, étant à même de rendre tout les offices qu'on leur demandait.
Dans tous ces faits que nous rappelons, de formes, d'expressions, de déguisements divers, que la fièvre essentielle peut affecter, on remarquera qu'ils se rapportent exclusivement à ses types spéciaux ; et, tout en prenant condamnation pour ceux-ci, on pourrait faire des réserves pour la fièvre inflammatoire, qui, à tout prendre, est la plus considérable et la plus fréquente. Dans une phlegmasie fran-
' Lordat ; Pcrp. mùd., 208. — Alquié ; Docir. Monlp., 231.
che, phlogislique, fièvre et lésion semblent si bien fondues ensemble qu'on croirait impossible de les séparer. Cependant, la fièvre ne se comporte pas ici autrement que les autres. Elle peut, comme elles, naître plusieurs jours à l'avance, en guise de prodromique; elle acquiert toute son intensité alors que la phlegmasie débute à peine, comme aussi elle peut finir bien avant la terminaison de celle-ci ; elle est sans aucun rapport obligé avec son degré d'intensité et d'étendue; elle lui imprime sa marche, ses périodes, sa durée, ses crises, son caractère, son traitement; en un mol, elle accomplit à son égard tous les offices que nous avons reconnus valables de la part des autres, dans les cas qui les concernent. De quel droit lui refuserions-nous donc le même rôle, le même pouvoir, la même nature ? Et n'avons-nous pas celui de répéter et d'affirmer que, sous quelque aspect qu'on la considère, la fièvre dite symptomatique n'est jamais qu'une fièvre essentielle? Le lecteur n'a pas oublié qu'il ne s'agit pas ici d'une proposition générale et absolue. Nous reconnaissons très-bien qu'une phlegmasie aiguë ne peut exister sans qu'une fièvre lui corresponde, qui est alors vraiment symptomatique. Nos espèces privilégiées, qui toutefois comprennent le domaine presque entier de la phlegmasie, nos espèces n'échappent pas elles-mêmes à cette règle ; aussitôt leur grande fièvre terminée, elles aboutissent à une autre fièvre chronique qui leur apartient en propre, et c'est précisément ce qui doit nous empêcher de confondre cette fièvre avec l'autre, à qui elle ne ressemble en aucune façon .
234. De quelques considérations, de quelques arguments que nous ayons entouré cette conclusion, elle ne sera pas acceptée de tous sans répugnance. Nous allons donc en outre produire deux faits à l'appui. Nous n'abusons pas, on le voit, des observations, de cette commode ressource qui entre aujourd'hui pour moitié dans l'art
de composer les livres. Mais nous ne résistons pas au plaisir d'en produire deux, qui prouvent clairement que la fièvre peut retenir le plus grand danger, quelque légère ou insignifiante que soit la lésion locale, el qu'en retour celle-ci perd toute espèce d'importance si la fièvre n'est pas là pour la lui prêter.
Mathieu, 27 ans, berger: brun, forl, replet, vigoureux, sortant de la bergerie, le matin du 19 décembre 1842, le corps en sueur, est saisi tout à coup d'un frisson violent, d'un léger point de côté gauche et d'une violente céphalalgie. Amené à la ville, le soir du même jour, nous le trouvons dans un coma profond, répondant à peine à nos questions, mais y répondant juste. Il accuse la céphalalgie, le point de côté ; il n'y a qu'un peu de toux, avec quelques crachats muqueux, blanchâtres. La respiration n'est pas gênée, percussion sonore dans toute l'étendue du thorax, bruit vésiculaire normal partout, sauf dans le point correspondant à la douleur, où il est plus faible, presque nul, mais sans mélange d'aucun râle ; langue humide et jaunâtre, épigastre indolent, chaleur delà peau intense, face injectée, vultueuse; fièvre forte; pouls plein et résistant.
Ces divers signes annonçaient manifestement le début d'une pneumonie maligne, alors épidémique parmi nous. Bien qu'elle redoutât la saignée, nous ne crûmes pourtant pas devoir nous en dispenser, vu la constitution du sujet. Elle donna un sang couenneux et quelque soulagement. — Sinapismes aux jambes ; tisane béchique. — Mais dans la nuit, la céphalalgie, la stupeur, le point de côté, revinrent plus intenses, et le matin, quoique la chaleur se maintînt, le pouls avait perdu de son ampleur et de sa résistance. — Tartre stibié ; vésicatoires aux jambes.
20. Il y a eu d'abondantes déjections biheuses. La fièvre, la chaleur, la céphalalgie, ont de nouveau cédé quelque peu. La toux, les crachats, le point de côté, la respiration, les signes stéthoscopiques sont toujours aussi insignifiants.
Mais le coma persiste; l'inlelligence, saine jusque-là, se trouble ; un léger délire se déclare, annonçant la présence d'une redoutable ataxie qui compliquait alors toutes nos pneumonies. Nous prescrivons d'abord une potion antispasmodique, avec l'éther et le camphre; les forces défaillant rapidement, nous y ajoutons bientôt la résine de quina, qui seule, dans ces tristes conjonctures, nous offrit parfois une planche de salut. Mais quoi que nous pussions faire, le pouls, plein de force naguère, devint en peu d'instants misérable, l'état s'aggrava de plus en plus, et, sans que la respiration changeât de caractère, sans que ni les crachats ni l'auscultation révélassent aucune aggravation du côté du poumon, Mathieu mourut dans la matinée, après vingt heures de maladie.
Teissier (Antoine), 18 ans: faible, chétif, peu développé; cultivateur. Dans la matinée du 19 juin 1851, se coucha, suant, à l'ombre, et le soir du même jour se sentit pris d'un frisson, pendant lequel il vomit; puis d'une chaleur qui dura toute la nuit, pour se dissiper par un peu de sueur.
20. Après quelques heures de calme, il est repris d'une fièvre qui le retient au lit jusqu'au lendemain matin.
21. Son malaise continuant, on le transporte à la ville : il est médiocrement chaud ; le pouls, un peu développé, à 80; langue blanche, saburrale; altération ; ventre souple, indolent; respiration bonne; il ne se plaint de rien, mais il régne en lui une lenteur, un engourdissement, qui donnent presque l'idée d'une fièvre typhoïde commençante, quoique sa faible constitution les explique en partie. — Diète ; limonade ; lavements.
22. La nuit, redoublement de la fièvre, terminée par un peu de sueur; ensuite, état plus calme, chaleur moindre, pouls à 74. On constate alors un peu de toux, rare, sans crachats.
23. Nuit bonne, sommeil : le malade accuse le matin une douleur sourde, au côté droit, descendant jusqu'à la cuisse,