‹ Traité d'hématologie dynamique pour servir de fondement a un systeme de pathologie vitalisteChapitre 22 sur 33 · TRAITEMENT DES PHI.EGMASIES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES PHI.EGMASIES

complication bilieuse on sabnrrale. Mais il faiU bien s'entendre sur es mot complication. Si l'on veut exprimer par là qu'un élément étranger s'est joint à la maladie, on est dans l'erreur. Nous savons que toute la série des spéciales comporte la saburre, et que, pour ne recevoir tout son développement que dans les maladies bilieuses, celle-ci n'appartient pas moins à toutes les autres, où son abondance s'exagère parfois jusqu'à devenir l'élément principal. C'est donc bien d'une façon directe que le vomitif exerce dans tous ces cas son utilité habituelle. Il s'agirait maintenant de nous expliquer sur le mode d'action de ce grand moyen. Mais le purgatif joue dans les mêmes phlegmasies un rôle très-analogue. Evidemment la même théorie s'appliquera à tous deux ; bien mieux, les faits relatifs à l'un pourront répandre quelques lumières sur ceux de l'autre, et nous avons intérêt à rejeter nos essais d'explication après la constatation du pouvoir antiphlogistique de ce dernier.

370. Ce pouvoir va ressortir des faits les plus nombreux et les mieux assurés de- toute la pratique médicale, et, même en dehors des faits, nous pourrions déjà nous former une conviction de l'emploi exagéré, universel et certainement abusif, que l'ancienne-médecioe a fait longtemps des purgatifs, emploi non toujours suffisamment raisonné de la part du vulgaire des médecins, mais dont les règles n'en avaient pas moins été posées par les maîtres, dans des écrits qui sont encore pour nous les meilleurs guides à suivre. Sydenham, dont le génie sévère admettait peu l'enthousiasme, assure pourtant d'une manière générale que rie7i ne rafraîchit autant que la purgation ' . Le succès des purgatifs fut tel, en effet, qu'on en était venu à en faire le plan général des remèdes généraux^, De nos jours, on

' Méd.prat., II, 337.

2 Ibid., I, 42.

644 TaAiTÉ d'hématoi.o&ie dynamique.

tendrait ;i restreindre le pouvoir des pnrgntifs ; ceux-là mêmes qui y sont le plus favorables, qui ont coopéré à faire lever l'absurde proscription qui avait un instant pesé sur eux , qui, en principe, no se font aucun scrupule de signaler eu eux un antiphlogis tique sûr, au même titre que les émissions savguines ; ceux-là encore sont loin de les préconiser comme un moyen général, et se condamneraient à réduire leurs avantages aux cas d'une inflammation superficielle el temporaire, du genre de l'érysipèle et des affections rbumaloides Mais, de toute évidence, le purgatif s'adresse à des inflammations bien plus caractérisées, et sauf quelques-unes, parmi celles marquées par un excès ou un défaut de ton trop prononcé, il en est peu dans le nombre des spéciales qui n'en retirent à l'occasion un bénéfice plus ou moins assuré.

C'est déjà dans Hippocrate qu'il faut cbercher des exemples de ce pouvoir antipblogistique des purgatifs. Il avait observé des maladies du poumon daos lesquelles le point de côté occupait le bas de la poitrine : sub septo transverso; le dégoût et l'élévation des bypochondres : sive cibum aversetur mger, sive hypochondrium sublime habuerit, annonçant la surcharge des voies intestinales, et qui, soulagées par l'expulsion spontanée d'abondantes matières aqueuses ou bilieuses...: alvus multa aguosa ac biliosa egerit, lii o.llevantur, semblaient réclamer d'elle-même les .purgatifs; en effet, le Père de la médecine se hâta d'y recourir, à l'exclusion de la saignée, qui lui parut suspecte.. .: alvum mollire oportet aut veratro nigro, aut peplio, et sa tentative fut couronnée do succès ^ Galien, grand partisan de la saignée, ne répugnait pas toujours à l'emploi des purgatifs dans la pleurésie, assurant que l'agitation qu'ils causent doit inspirer moins de craintes que l'évacuation

* Trousseau et Pidoux ; Mat. méd., I, 703.

2 Hippocrate ; Coac, lib. III, 79. — • De viclu in acut., Il-Xn, 277. — P. Murlian, 410.

TRAITEMENT DES PHLEOMASIIiS. H t.1

n'offre d'avantages, et c'est de son exemple que se sont inspirés les plus illustres médecins, pour autoriser la même prescription. Baillou a, comme Hippocrate, signalé dos pleurésies avec douleur aux fausses côtes, et contre lesquelles il recommande la purgation : nd calharsim accedendum est ' . Baglivi eut occasion de faire les mêmes observations. Il connaissait très-bien les pleurésies franchement inflammatoires, dans lesquelles il qualifie l'emploi des purgatifs de pratique periiicieuse et essentiellement condamnable. Mais il en voyait d'autres qu'il dut combattre et enlever par ce même moyen, reconnaissant qu'alors, loin d'être dirigé contre l'inflammation, le purgatif ne s'adresse qu'à la nature même de la matière morbifique qui encombre les premières voies, aux humeurs crues et putrides que contient le mésentère, et qui sont la cause immédiate du mal. Et Baglivi ne se contente pas de nous tracer ainsi le précepte pratique. Il y joint, comme Hippocrate, le moyen d'établir le diagnostic par le siège de la douleur. Lorsque, soit au dos, ou à la poitrine, elle est prés de la clavicule ou du cou, c'est l'espèce inflammatoire, c'est la saignée ; plus bas, vers Vépigastre et les fausses côtes, c'est l'autre I espèce, c'est lo purgatif". Et la tradition a pleinement con- I firmé ces conseils ; au sujet du pouvoir antiphlogistiqne . des purgatifs, Sydenham les mettait entièrement sur la I même ligue que la saignée. Boerhaave et Van Swieten les 1 regardaient comme les remèdes les plus efficaces après i celle-ci ^

Ce n'est pas toutefois indistinctement que l'on doit, dans lia phlegmasie, recourir au purgatif. Il en est telles, comme les phlogisliques et certaines des spéciales, s'en rapprochant [par le ton morbide, qui les contre -indiquent d'une manière ■formelle. Il y a lieu de craindre alors le trouble, l'agita-

1 Baillou ; Const. méd., II, 302.

2 Baijlivi ; Accroiss. de taméd., 13, 14. •* Aphor. 596.

640 TRAITÉ D'HÉMATOLOGlIi DYNAMIQUE.

tion qui suit d'ordinaire son emploi, et l'on prononce eu principe qu'il faut redouter son action stimulante toutes les fois qu'il existe une exubérance des propriétés vitales '. On proclame qu'il n'est pas d'erreur aussi dangereuse que la prétention de l'appliquer aux phlegmasies qui accompagnent la fièvre inflammatoire^. Les Anglais, il est vrai, si prodigues de purgatifs dans presque toutes les inflammations, ne s'en abstiennent pas même dans celles qui provoquent une fièvre violente. Mais ils exigent en même temps la présence du dérangement des organes digestifs ou biliaires, c'est-à-dire de la saburre. el nous savons que celleci n'exclut pas toujours un développement considérable des phénomènes fébriles ; de sorte qu'il est permis de croire que le précepte ne regarde pas pour cela les maladies phlogistiques La phlegmasie bilieuse est encore de celles qui ont le moins d'affinité pour le purgatif. StoU lui-même, qui reconçait au vomitif comme dangereux aussitôt que cette phlegmasie s'alliait à la pldogose, n'aurait pu que condamner aussi le purgatif, qu'il regarde comme absolument incapable de suppléer le vomitif. Il en donne à lu vérité une raison peu convaincante, quand il l'accuse d'étendre la matière sur une plus grande surface, et de la livrer ainsi à l'absorption en quantité plus considérable Mais une mauvaise application n'enlève rien à la valeur d'un fait bien observé.

L'espèce phlegmasique qui se comporte peut-être le mieux avec le purgatif, c'est la muqueuse. Rœderer et Wagler en firent usage contre diverses phlegmasies nées sous le règne de leur épidémie, et ils virent que dés que la matière qu'ils appellent ô^/m^^e était évacuée, la maladie marchait vers la résolution^ Dans des maladies que Van den

1 Alibert; Mat. méd., J, 269.

2 Boisseau; Pyrét. physiol., 122.

^ Thomson -.Tr. de l'infl., tom. I, pag. 67. * Stoll -, Méd. praL. I, 9, 39. 40.

6 Mal. muq., 308.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 047

Bosch qualifie de pneumonies et de pleurésies, il recourut de même aux sels neutres et aux doux laxatifs, et, bien qu'il attribue une grande importance aux vers, il est loin de ne compter pour rien la sortie d'une abondante matière pituiteuse, qu'il est d'avis de ne jamais négliger : expulsa materia pituitosa nonpauca, nunquam tutum esse procrastinare alvinas evactiationes' . Dans l'angine elle-même, dès qu'elle participe du génie muqueux, le purgatif l'emporte de beaucoup sur le vomitif, si supérieur pourtant quand c'est la bile qui prédomine '.

La fausse péripneumonie a été surtout citée comme favorable à l'emploi des purgatifs, et l'on sait qu'elle est rattachée, par les uns aux phlegmasies muqueuses '% par les autres à l'atrabile Peut-être la différence n'est-elle pas grande. Les diverses affections n'étant au fond qu'autant de modes successifs du dynanisme, il doit se faire que toutes se touchent par un point; que là où l'une finit l'autre commence; qu'elles puissent ainsi se confondre. Rien donc d'étonnant que suivant l'état delà constitution, la même maladie revête l'apparence pituiteuse ou atrabilieuse; il suffit pour cela d'un degré de plus ou de moins dans le ton affectif. Quoi qu'il en soit, et de laquelle des deux natures qu'elle participe, la fausse péripneumonie n'en réclame pas moins les purgatifs, suivant que Sydenham a surtout pris le soin de le démontrer. Ce génie original avait bien plus étudié la nature que les livres, et c'est fort de ses propres observations qu'il a pu insister sur ce précepte thérapeutique. Lors donc que dans la maladie dont nous parlons il se propose, comme indication majeure, de tempérer par un régime rafraîchissant la chaleur de tout le corps, la saignée lui réussissant très-mal h cet effet, il ne trouve rien de mieux à lui substituer que de fréquentes purga-

' Vaa dea Bosch; Hist. const. epid. verm., 278, 285.

2 Grimaud ; ('ours de fièvres, IV, 55.

■•> Ibid., Op. cit.. IV, 77.

* Graat ; Hech. sur les fièvres, I, 448.

tiotis ; il purgeait aUernis diebiis, mettant la purgation entièrement sur la même ligne que la saignée; par l'une comme par l'autre, il prétendait évacuer la grande quanlilé de pituite que l'hiver amène dans le sang, la première lui paraissant toutefois plus particulièrement apte à éliminer les humeurs les plus nuisibles. De même que Galien, il est bien d'avis que la purgation augmente momentanément l'agitation du sang et la fièvre; mais comme lui, aussi, il assure que cet inconvénient n'est rien en comparaison de l'avantage qu'elle procure ensuite'. L'Hippocrate anglais, on le voit, ne parle que de pituite; cependant l'emploi fréquent que dans ces circonstances il faisait des pilules cochées majeures de Rhazès, pilules activement purgatives, où entrait la coloquinte, donne à penser qu'à ses propres yeux il s'agissait d'une humeur plus rebelle et plus difficile à expulser ^,

Grant a, disons-nous, opiné pour l'atrabile dans la fausse péripneumonie ; il n'en a pas moins confirmé de tout point le précepte de Sydenham. Il recommande comme lui les désobstruants et les purgatifs, ne se tenant pour satisfait qu'après que les intestins sont suffisamment nettoyés et toute l'atrabile évacuée^ . Et ce précepte, Grant ne le borne pas à l'exemple célèbre dont nous nous occupons; il l'étend à d'autres maladies qui lui paraissent dépendre de la même humour. Il en fit u.;age dans certains dérangements d'entrailles, avec coliques et choléra morbus, qui n'étaient peutêtre qu'une forme atrabilieuse de l'entérite. Il y recourait de même dans diverses phlegmasies cutanées, et surtout dans cette espèce d'hypochondrie qu'il appelle cum materia, et qui, au dire de Sydenham, est ordinairement liéeà des phlegmasies chroniques, à l'obstruction de la rate et des autres viscères du bas-ventre ; ainsi que l'admettent encore les

' Sydenham ; Méd. prat., I, 3i9 ; II, 298. 320. 328.

2 Op. cil., II, 337.

3 Grant; liecli. sur les fièvres, I, 448, 0.

TRAITEMENT DES 1 HLKGMASIES. 649

modernes, tout en réservant la nature et le point de départ nerveux de la maladie'.

Après les phlegmasies muqueuses et atrabilieuses, les rhumatismales sont de celles où les purgatifs réussissent le mieux. Dans les pleurésies et les pneumonies qui régnèrent pendant la fièvre de Naples, bien qu'en principe ces moyens fusssent réprouvés par le besoin de ménager l'expectoration, qui fut la principale voie de solution de ces maladies, Sarcone observa que des selles copieuses furent souvent critiques, et il se fit un devoir de lesprovoquer à l'occasion par de doux laxatifs, lorsqu'il existait un état de turgescence du bas-venlre^ . Une autre phlegmasie pectorale qui s'accommode souvent de l'emploi des purgatifs, c'est celle que compliquent les phénomènes werue^o; ou malins. Ruxliàm en observa une qu'il qualifie de fausse péripneumonie, et qu'il compare à la fièvre lentenerveuse , en ce que, comme elle, une colhivies dore et imépaississement de la lymphe lui avaient donné naissance. Il signale aussi des pleurésies dues à des humeurs acres , et dans les unes comme dans les autres, il constate que les selles étaient certainement . bonnes, et en conclut que la purgation était nécessaire; seullement il n'employa que les laxatifs, les eccoprotiqxies les iplusdoicx, de crainte de troubler l'expectoration^ . Contre la [pneumonie typhoïde, Jos. Frank institue de même le trai- ! tement du typhus, dans lequel il a accordé précédemment lune large place aux purgatifs, donnés, soit au début, soit ■ vers la fin de la maladie, en observant toutefois, comme IHuxham, qu'il ne faut recourir qu'aux plus doux". Et, dans la même maladie, la médecine contemporaine n'a ; pu éviter, malgré ses préoccupations organiques, de ren-

1 Graut; n<;ch. sur les fièvres, l, 412, 411 — Sydenham, II, 136. — — Dubois (d'Amiens); Hist. phil. de l'fiyp., 220, 292.

2 Sarcone ; Mal. obs. à Naples, I, 169, 190.

3 Hiixham ; Ess. sur les fièvres. 287, 289. .314. * .1. Franl< ; Patlwl. inl.. IV, 199 ; I, 453.

(Ire hommage à ces vieux préceptes des doctrines humorales'.

Il est donc permis de l'assurer, rien n'est mieux confirmé, en thérapeutique, que lesuccésdes purgatifs dans la plupart des phlegmasies spéciales. Nous pourrions passer en revue la série tout entière sans trouver, à cet égard, de contre-indications de quelque importance. Dans toutes, nous aurions à constater, sinon toujours une utiUté directe et absolue, au moins un secours manifeste, en tant que tendant à favoriser les solutions saburrales que ces maladies recherchent avant tout. Nous ne serions mis en considération que par le besoin de respecter l'état des forces, parfois si gravement intéressées qu'elles ne supporteraient pas sans danger les secousses de l'opération , bien que pour cela celle-ci ne se trouvât pas, au fond, moins justifiée. Mais sans pousser plusloin nos preuves, suffisantes pour établir le pouvoir antiphlogistique des évacuants émétiques et purgatifs, abordons maintenant la théorie de ce pouvoir.

371 . Déjà, nous avons maintes fois parlé de l'action des évacuants, soit prise au point de vue de la théorie, soit dans ses rapports avec les fièvres. Ce qu'il nous en reste à dire, relativement aux phlegmasies, ne fera, nous l'espérons, que corroborer les jugements critiques que nous avons pu porter, aussi bien que les essais de théorie que nous avons dû émettre. Il était tout naturel que chaque système expliquât les choses àsa manière. Les anciensn'y avaient pas mis de finesse; ils voyaient l'inflammationguérie après d'abondantes matières expulsées, et ils s'imaginaient que ces matières étaient la cause directe de l'inflammation; que, cette cause étant enlevée, le mal n'avait plus de raison d'être. Tantôt c'était la bile, la pituite, une saburre quelconque, qu'ils avaient retirée, soit del 'estomac, d'où elle exerçait au loin ses sympathies malfaisantes;

* Grisolle; Tr. de lapneum,. 719.

TllAlTlîMENT DES I MLEGMASIES. 651

soil même de la partie malade, où elle avait provoqué directement le désordre ; ou c'était la cacochymie, que le purgatif allait chercher jusque dans les veines pour en débarrasser la partie où elle s'était fixée : sed cacochymiam e venis ediicendo, revulsarium fit remedium materix, a qua injUimmalio ipsa fovetur, edque eduotâ, quas parti infixa est, facilius et concoquitnr et digeritur. Parce que, par exemple, le point de côté venait a céder à un flux de matières alvines, ils tenaient pour très-certain : argumentum est certissimum, que la douleur était le résultat immédiat de ces matières'. Ces théories ont eu certes leur utilité, puisqu'elles conduisaient sûrement à l'application pratique, ce que n'ont pas toujours fait d'autres théories plus prétentieuses et plus savantes; mais, bien que leur simplicité ait paru séduisante à des auteurs qui avaient pourtant le droit de se montrer plus difficiles, hi philosophie, de nos jours, ne saurait les prendre au sérieux

GeUes qu'on leur a substituées n'ont pas eu toutefois plus de succès. Nous avons vu quelles peines on s'est données, quelles laborieuses combinaisons, pour expliquer les elîets du vomitif dans la fièvre essentielle. Eh bien! rien de tout cela ne saurait nous être du moindre secours par rapport aux phlegmasies. Que faire d'abord de la stupéfaction? Nous savons qu'elle se rapporte à un mode d'emploi spécial de l'émétique, à la méthode nauséeuse, et ce n'est pas là le but auquel ou tend dans les traitements antiphlogistiqiies. Bien au contraire. Nous l'avons déjà déclaré, il n'y a pas, [)ûur le praticien, d'infortune pire, de présage plus fâcheux, que celui d'un vomitif qui ne produit pas ses elîets évacuants naturels. Il faut qu'après de fatigants efi'orls il amène l'expulsion de matières aussi abondantes que possible, et dans ce cas ne parlons pas de stupéfaction. C'est plutôt un moyen perturbateur, excitant, employé

1 p. Marti&n ; Mag. Hipp. expl., 268, 367.

2 Trousseau et Pidoux ; Ti'. de ihérap., I, 681.

652 TIIAITÉ D HKMATOLOCilK DYNAMIQUE.

tous les jours comme un espèce de coup de fouet, comme quand il s'agit de déterminer une éruption rebelle, ou dans toute autre circonstance analogue. A. moins que vous n'appeliez du nom de stupéfaction le calme morbide qui suit le vomitif, lequel n'est autre qu'un signe de l'amendement déjà reçu parla maladie; car, essayez de le donner dans une affection qui ne le réclame pas, comme la phlogistique, et vous verrez ce qu'il en est de votre prétendue stupéfaction ! D'ailleurs, l'effet tempérant, antiphlogistique, appartient de même au purgatif, et personne, pas même les auteurs de la théorie, ne l'ont appelé un stupéfiant.

Il n'est pas même nécessaire de rappeler ici la substitution. Inventée pour un cas tout [)articulier, celui de la soidisant, gastrite propre à la fièvre essentielle, elle demeure sans application à toute autre phlegmasie. Quel secours la pneumonie, la pleurésie, la bronchite, l'érysipèle, l'ophthalmie, le rhumatisme ; quel secours l'angine elle-même peuvent-ils tirer de la substitution? Mais on fait plus de fond sur la spoliation ; on pourrait croire que l'expulsion d'abondantes matières séreuses et la dépléliun, la débilitation qui en résultent, s'adapteraient très-bien au traitement de la phlegmasie. Nous avons vu qu'il n'en est rien ; que cette perte ne ferait que rapprocher, condenser les uatres éléments du sang, les plus importants, les plus plastiques, ceux-là mêmes auxquels on prête le rôle principal dans la phlegmasie, et qu'on devrait ainsi aggraver plutôt celle-ci. D'ailleurs, si la spoliation avait une portée véritable, l'effet le plus marqué ne reviendrait pas à l'émétique. Le purgatif agit sur des surfaces incomparablement plus étendues; ses produits sont plus abondants, plus caractérisés, et, si là était le point véritable, son action antiphlogistique devrait être sans proportion avec celle de l'émétique, et de plus s'appliquer de préférence aux phlegmasies pures. S'il n'en est pas cependant ainsi, si les. auteurs eux-mêmes de la théorie sont réduits à confesser que le purgatif, trèspropre à dissiper la pléthore séreuse, ne peut rien contre la

TRAITEMENT DES l'HLEGMASIES. 653

pléthore sanguine^ n'est-ce pas là le déclarer absolument impropre à modifier l'inflammation dépendant de celte seule [)létliore? On se contenterait, il est vrai, de dire alors qu'il s'adresse aux espèces les plus légères; mais nous ne saurions accepter cette restriction. Il se peut que les phlegmasies justiciables du purgatif n'aient qu'une intensité^ inférieure à celles où triomphe l'émélique, et que par suite celui-ci doive être réputé capable d'enlever une plus grande somme d'inflammation. Mais cela ne fait pas que le pouvoir antiphlogistique du premier doive être tenu pour moins réel et moins absolu. Il réussit dans les espèces qui lui sont relatives, où l'émétique ou la saignée ellemême ne réussiraient pas, et c'est tout dire. Lors donc qu'après avoir tant fait valoir l'action antiphlogistique de la spoliation, parmi les eff'ets du vomitif, on en vient à la délaisser, même à la nier formellement de la part du purgatif, auquel elle semblerait devoir appartenir à fortiori, c'est une preuve de la caducité des faux systèmes et de la déconvenue qu'ils ont souvent d'aboutir juste à l'extrême opposé du but où ils tendent.

De toute celte théorie de l'action des évacuants resterait toutefois l'irritation révulsive ou dérivalive. Lorsqu'à l'aide de ces moyens on parvient à guérir l'inflammation, on se contente de dire qu'on a révulsé celle-ci, qu'on l'a appelée sur les organes par où s'opère l'évacuation, les esprits les plus sains se rallient à cette manière de voir. L'émétique a-t-il heureusement influencé la pneumonie, par exemple : ils prétendent avoir fait une dérivation sur le tube intestinal^. Mais gardons-nous bien d'accepter une semblable manière de voir ; si c'était en effet de la dérivationqu'il s'agit, peu importe le point, un peu plus haut ou plusbas, du canal digestif, sur qui elle porterait, la distinction entre émétiques et purgatifs restant dès-lors sans valeur.

' Trousseau et Pidoux ; Op. cit., T, 702. Laënaec; Ausc. méd., I, 493.

654 TKAITK D HÉMATOLOGIE DYNAMIQUE.

La seule chose dont on eût à se préoccuper serait l'intensité de la dérivation , la plus forte, celle résultant do la purgation, s'appliquant naturellemeut aux phlegmasies les plus violentes, dont le déplacement doit être plus difficile. Enfin, dans le môme ordre d'idées, h quoi servirait que l'agent irritant fût ou non suivi d'évacuation? Ne suffirait-il pas de porter sur le canal intestinal l'impression voulue, et je premier venu, le sel ammoniac entre autres, ne devrait-il pas remplacer très-avantageusement le sel d'Epsom ou de Glauber? Autant de questions qui sentent presque la raillerie. D'abord, il n'est nullement vrai que le lieu où porte la révulsion, en d'autres termes, la voie par où se fait l'évacuation, soit chose indifférente.

Tous les vrais praticiens savent la distinction qu'il faut faire entre les émétiques et les purgatifs, el quels risques on courrait souvent à les remplacer les uns par les autres , chaque genre d'affection réclamant tour à tour ceux-ci ou ceux-là. Nous ne serions pas mieux renseignés par le degré de l'irritation révulsive : non-seulement l'émélique, qui représente la plus faible, s'applique aux espèces les plus violentes, mais c'est un précepte pratique de ménager toujours l'action d'un évacuant, quel qu'il soit, en sens inverse de cette même violence , les phlegmasies les plus intenses exigeant les moyens les moins excitants. Quanta l'idée de substituer à l'évacuant un agent quelconque susceptible de provoquer l'irritation, et avec elle la dérivation , il suffira, croyons-nous, de l'énoncer pour que toute conscience médicale se sente révoltée. Du reste, si cette idée de révulsion était vraie, pourquoi celle-ci ne s'appliquerait-elle pas, avec le même succès, à toutes les espèces? Pourquoi, bienfaisante dans la plupart des spéciales, n'aurait-elle que des mécomptes et des dangers pour la phlogistique ? Évidemment, ce ne sont pas les faits organiques ou mécaniques qui nous expliqueront la différence. Voyez plutôtl'hémoptysie ! Certes, on ne dirait pas à priori que les secousses du vomissement puissent être capables

(le modérer et de suspendre les mouvements fluxionnaires d'où elle résulte ; qu'elle soit pourtant liée à l'affection bilieuse, et l'émétique fait merveille, l'émétique, qui dans d'autres circonstances causerait infailliblement d'effroyables désordres ! Il ne faut donc pas plus parler de la révulsion que de la spoliation et des autres, et l'action des évacuants reste toujours à expliquer.

Remettrons-nous ici la chimie en scène? Elle serait sans doute la première à renoncer à son oxydation intravasculaire, à propos de faibles doses d'émétiquo qui ne sauraient donner lieu à des réactions de quelque importance, lesquelles d'ailleurs ne sauraient s'appliquer à l'ipécacuanha, dont les effets sont tout à fait analogues. Quant aux purgatifs, elle expérimente elle-même qu'ils sont incapables de rien opérer contrôla fibrine, l'albimiine et les globules, ces prétendus agents de toute maladie aiguë, fièvre ou phlegmasie, et que tout ce qu'ils peuvent faire-, c'est d'expulser les matières salines et l'eau, parfaitement innocentes du fait' .

372. Quelque difficile que soit cette théorie de l'action antiphlogistique des évacuants, et précisément à cause de ses insuccès, les esprits curieux la cherchent encore. On peut s'attendre à ce que les nouvelles tentatives se ressentent plus ou moins de celles qui les ont précédées ; et à ce titre une réfutation de plus ne serait peut-être pas nécessaire. Cependant les plus graves auteurs s'en mêlent, des hommes dont les ouvrages ont la juste prétention d'exprimer le dernier motdela science, et nous ne pouvons éviter de nous y arrêter un instant, d'autant plus que s'il fallait prendre ces théories au sérieux, nos idées sur l'action antiphlogistique que nous cherchons en seraient complètement troublées.

Cette fois, c'est Niemeyer qui entre en lice et qui entreprend d'expliquer la saburre et son traitement. II commence

' Mialho; f/im. physiol. et pathol., 693.

par la saburre linguale, qu'il rapporte rosolùmcnt nncatarrhe buccal, auLunl dire à l'irriLalion, le caLanhe, en général, n'étant pour lui que l'hyperémie ou le premier degré de la phlegmasie.

En quoi l'idée n'est pas nouvelle: nous savons que Trousseau ne s'en faisait pas une autre de la saburre, et les arguments dont l'appuie l'auteur allemand ne sont pas propres à la corroborer. 11 cite l'exemple de l'angine et de l'érysipèle bilieux, pour dire que l'enduit de la langue n'est que l'extension sur cet organe de l'irritation de la peau du gosier ; sans qu'on puisse en aucune façon le regarder comme le signe d'un trouble gastrique. En vérité! n'est-ce pas là rayer d'un trait de plume tout ce que l'expérience médicale nous enseigne de plus positif? Si l'enduit de la langue est ainsi un fait tout d'irritation locale, l'extension d'une irritation voisine, qu'est-ce autre chose qu'une simple aggravation de celui-ci et en quoi marquerait-il, de sa part, un changement de nature et d'indication ? Quelle folie d'en induire aussitôt la nécessité de l'émétisation, de la décharge gastrique, comme le commande universellement la pratique ; et quelle plus grande folie d'y chercher un indice assuré de l'ensemble de la constitution, suivant que le conseillait pourtant Baglivi ? D'ailleurs vous parlez d'angine et d'érysipèle ! D'abord, pourquoi tous les cas de ces maladies n'entraînent-ils pas l'enduit lingual ; pourquoi y voyons-nous échapper le plus grand nombre? Ensuite, quand l'érysipèle siégera sur les jambes, quand il s'agira de la dysenterie, de la pleurésie, du rhumatisme, faudra t-il dire toujours que l'enduit lingual n'est que la continuation, l'extension d'une irritation qui a précédé? On voit de quelles difficultés s'entoure ici Niemeyer, lorsqu'il prétend fonder une grave théorie générale sur un fait isolé et sans importance. Aussi esi-il le premier à douter de sa propre conception; il sent très-bien qu'elle n'est pas applicable aux discrasies aiguës, où la saburre est pourtant fréquente ; que ce serait aller évidemment trop loin que d'at-

TRAITEMENT DES PHLEfiMASIES. • 657

tribuer dans chaque fièvre la languie chargée au catarrhe buccal. Mais il a fait son petit bout de théorie , il a jeté la [lierre à la médecine classique, qu'il s'agit avant tout de détrôner et d'insulter, et il veut bien ne pas voir plus avant' . Cependant ce fait de la présence de la saburre dans les fièvres était bien propre à lui ouvrir les yeux: c'est ici, bien plus que dans l'angine et l'érysipèle, qu'elle acquiert sa plus grande, sa véritable importance; et si la théorie ne peut en aucune façon s'y appliquer , c'est que, probablement, elle ne vaut rien. Et voyez ce que c'est que de partir une fois d'un point de vue faux; il n'est pas le moindre phénomène dont l'explication ne s'en ressente. Le goût que comporte la saburre n'est pas un de ses moindres attributs. Niemeyer se garde bien de le rapporter, comme fait tout le monde, à une substa7ice amère. Dans sa soif d'innovation , il le met entièrement sous la dépendance d'une aberration des nerfs de la gustation"^. Qu'est-ce à dire? Vous trouvez ici, sur la langue, une substance que vous voyez, que vous touchez, que vous pourriez au besoin déguster, c'està-dire une condition physique, matérielle, du genre de celles que vous invoquez sans cesse pour le triomphe de votre médecine positive , et vous la dédaignez, vous la répudiez, pour lui substituer, quoi ! une condition fonctionnelle que vous ne connaissez pas, que vous êtes incapables d'apprécier, encore plus de démontrer, et grâce à laquelle vous n'aboutiriez jamais à expliquer la singulière variété de goût que peut présenter la saburre , et bien moins ses rapports avec telle ou telle affection ! En vérité ! n'est-ce pas traiter la science un peu trop sans-façon ; n'estce pas surtout la rejeter dans un vague, dans une obscurité dont vous vous vantez pourtant de pouvoir seuls la tirer?

Le catarrhe buccal n'a pas, pouvons-nous dire, un grand succès ; examinons si nous serons plus heureux avec le

' Niemeyer-, Palhol. inl., I, '150-51.

2 Ibid., I. 453.

658 TUAiTÉ u'hkmatologie dynamique.

catarrhe gastrique, bien plus important que lui. Le célèbre professeur commence [)ar montrer quelque embarras; pour établir ce catarrhe, il part du phénomène physiologique de la digestion, qui déjà n'est pas autre chose avec l'hyperhémie, l'hypersécrétion qu'il détermine sur la muqueuse de l'estomac, et la petite fièvre qui l'accompagne. Pour que cet ensemble de symptômes arrive au degré morbide, à l'état de véritable catarrhe , on n'a qu'à supposer son exagération. Cependant cette première découverte ne paraît pas sans doute suffisante à l'auteur, puisqu'il cherche une autre origine à la saburre. C'est alors \di sécrétion trop rare du suc gastrique ou, son altération par la perte de son principal élément, la pepsine, qu'il propose: double condition d'où résulte le défaut d'action de ce suc, et qui, constante chez tous les fébricitants, fait que les ingesta non dissous se décomposent, se putréfient et deviennent la cause du catarrhe. C'est-à-dire qu'il n'est pas sûr que le catarrhe ne soit pas, à son tour, la cause de la putréfaction ; mais que ce soit l'un ou l'autre, il n'en résuite pas moins qu'aussitôt qu'un malade néglige de mettre son régime en harmonie avec cet état du suc gastrique, il s'expose aux complications gastriques ^ et ce n'est pas autrement que naissent celles qui frappent la pneumonie et d'autres maladies inflammatoires^ Ce qu'il y a de curieux, c'est que toutes ces belles théories sont toujours fières de s'étayer àQS démonstrations , des expériences physiques ou physiologiques. Mais, en dépit de leurs prétentions, nous persisterons à croire qu'il n'y a ici de démontré que leur légèreté et leur vanité.

Si le catarrhe nous a rappelé la gastrite de Trousseau , les ingesta décomposés ne sont-ils pas une redite de la masse chymeuse de Piorry ? Et toujours avec aussi peu de succès. Ne parlons pas du catarrhe phj-siologique de la digestion; mais le premier reproche que nous ferons à la théo-

Niemeyer ; Op. cit.,\, 52G, 53i.

THAITEMENT DICS l'HLKGMASIES. (359

rie, c'est qu'en réduisant ainsi la saburre à n'être qu'un fait local et secondaire, elle lui enlève toute sa valeur réelle et sa haute importance pathologique. Que deviennent alors ses rapports, que nos meilleurs observateurs ont tant fait valoir, avec les grandes influences étiologiques, saisons, climats, constitutions médicales? Quelle singulière idée de faire provenir la saburre d'un écart de régime pendant la maladie, époque où l'abstinence est ordinairement de rigueur ! Du moment où elle n'est que la conséquence de cette maladie, que nous sommes bons de nous y arrêter, et même quelle imprudence de nous exposer, contre elle, à des procédés qui, en dehors de la théorie humorale, ne seraient que redoutables ! Au fait, que parle- t-on d'ingesta décomposés, putréfiés? Quelqu'un a-t-il jamais vu rien de pareil, parmi les matières vomies; et la couleur, l'odeur, la consistance de la saburre, peuventelles, en aucune façon, faire naître une idée de ce genre ?

Cette grande théorie a donc tous les défauts de ses aînées, qu'elle rappelle trop fidèlement, et ne pouvait conduire à une bonne thérapeutique. Aussi quelle incertitude, quel découragement, dans les applications qu'essaie d'en faire Niemeyer ! D'après ce qu'il dit du suc gastrique, vous vous attendriez à ce qu'il fît de sa restitution le but capital du traitement. Non. Il essaie bien de faire valoir, à ce sujet, l'utilité des alcahns et de l'acide chlorhydrique, dont il exalte les succès dans les fièvres muqueuses et bilieuses ; mais il se garde bien de s'en contenter, et après que sa vaillante théorie a détruit sans scrupule tout le système ancien, c'est au grand moyen fondé par ce système, c'est au vomitif, qu'avec tout le riionde il aboutit. Il déclare le vomitif indiqué, non-seulement contre le catarrhe gastrique simple, mais contre les diverses fièvres, qu'il y rattache dans un amalgame théorique assez sansfaçon ; il en hâte l'emploi; il gourmande les praticiens qui en ont une crainte exagérée et fâcheuse^ à raison de Virritation qu'il peut causer, ou qui sont toujours prêts à le

660 THAiTÉ d'hématologie dynamique.

remplacer par quelque mixture à la magnésie. Bien entendu, c'est en vue d'évacuer les ingesla non digérés et décomposés, qui ont provoqué et entretiennent le catarrhe, que le vomitif lui paraît utile. Toutefois, il n'exclut pas la vieille sornette de la bile accumulée dans les voies biliaires et vidée par lui dans le duodénum. Bien plus, il en vient à déclarer positivement que, pour qu'il réussisse, il n'est nullement nécessaire que l'estomac contienne la moindre matière en décomposition, comme il arrive pour la fièvre bilieuse; confessant humblement, au surplus, qu'il ne sait rien de précis sur la polijcholie ; que partant, il n'est pas en état d'expliquer les succès du vomitif ni de donner la moindre direction pour son emploi. Et voilà le terme final où viennent aboutir tant de bruyants efforts tentés pour restaurer la science, ab imis fundamentis , etnousdonner du nouveau à tout prix' .

373. Les novateurs, non plus que la vieille médecine, n'ont donc pas réussi à éclairer l'action antiphlogistique des évacuants , et, comme toujours, nous allons montrer qu'on peut être plus heureux et surtout plus clair avec notre Vitalisme. Nous nous en sommes déjà expliqué à l'occasion des fièvres; les mêmes principes vont nous diriger en ce qui concerne les phlegmasies. Et d'abord, ici comme pour celles-là, nous trouvons une espèce, l'espèce phlogistique, qui y. répugne absolument. Certes, s'il ne s'agissait que de stupéfaction, de spoliation, d'irritation révulsive, on ne voit nullement pourquoi ces divers effets ne s'adapteraient pas tout aussi bien à celte espèce qu'aux autres, l'irritation surtout, qu'on serait sûr, avec elle, d'obtenir plus intense, plus énergique, c'est-à-dire plus efficace ; et n'est-ce pas un témoignage de leur caducité de voir ces effets tant prônés manquer leur but, précisément dans les maladies oii ils sembleraient devoir être mieux indiqués ou plus

Niemeyer ; Pathol. inl., II, 54G, 555.

TRAITEMENT DliS PHLEGMASIES. 601

nécessaires ? Force nous est donc de revenir à nos théories, et de dire que si les évacuants sont alors contre-indiqués, c'est qu'ils sont sans rapports avec la nature affective de la phlegmasie , c'est que celle-ci ne réclame en aucune façon les solutions saburrales, c'est que non-seulement l'évacuation lui devient dès-lors inutile, mais que la perturbation considérable dont elle s'accompagne, et qui est pour elle sans compensation, tourne tout entière à son détriment.

C'est à la phlegmasie spéciale que s'adresse plus particulièrement la méthode évacuante; il ne faudrait pas toutefois prétendre l'y employer sans distinction ni réserve, ainsi qu'on serait tenté de le faire en ne prenant conseil que des théories mécaniques. Peu importerait le plus souvent, avons-nous dit, la voie par où se ferait l'évacuation ou le point choisi poursiége do l'irritation révulsive, et émétiques ou purgatifs ne se présenteraient plus à nous que dans la confusion la plus complète. En quoi risqueraient assurément d'être violées les règles les plus formelles de la pratique, car il s'en faut bien que l'emploi de tel ou tel évacuant soit indifférent: non-seulement une distinction essentielle est à faire entre eux, suivant qu'ils opèrent par haut ou par bas ; mais, même parmi ceux-ci, on doit s'attendre à ce que tous seront bien loin de convenir également dans les différentes affections, et si l'on veut à cet égard s'inspirer dans l'intérêt des malades, ce n'est pas certes aux considérations mécaniques qu'on devra s'adresser.

Nous connaissons la tendance absolue des affections spéciales à porter leurs effets sur la muqueuse gastro-intestinale, et l'obligation où est le médecin de favoriser cette tendance pour la solution de ces affections. Le vomitif et le purgatif nous ont paru tenir, dans leur traitement, la mémo place que la saignée dans l'afl'ection phlogistique, Ils sont parfaitement aptes à modérer et à supprimer le mouvement circulatoire général et la ftuxion pyrexiquo

qui constituent 1g fond de toute fièvre; et il est tout naturel, ou plutôt on ne saurait se dispenser de leur attribuer une égale influence contre le mouvement partiel du sang, contre la fluxion plastique propre à la phlegmasie. Les deux mouvements sont en tout semblables. Ils procèdent l'un et l'autre d'une impulsion exagérée du liquide, et o'est en attaquant, en réprimant la cause de celte impulsion, que les évacuants obtiennent leurs effets. La dimension des vaisseaux ne saurait, à cet égard, faire naître de différences, le phénomène n'étant pas autre dans les capillaires que dans' les grandes voies de la circulation, ou', mieux, le trouble des uns et des autres ne constituant qu'un phénomène unique dans lequel se confondent la cause, la nature, l'essence tout entière de la maladie. Seulement, nous le savons aussi, les diverses affections ne possèdent pas des aptitudes pareilles: les unes tendent à se juger par la portion supérieure du tube digestif et réclament le vomitif; ce sont les bilieuses et quelques autres se rapprochant de leur nature; tout le reste préfère les solutions vers le bas, mais dans une mesure et par des moyens différents, auxquels les anciens avaient rattaché une division célèbre.

Ils avaient observé que certaines de nos affections étaient en rapport plus direct avec la région gastro-duodénale; que c'était sur ce point qu'elles cherchaient les sécrétions propres à les juger, et ils y avaient adapté toute une classe de purgatifs qu'ils destinaient à faciliter, à compléter ces sécrétions où' prédomine encore la bile, au.xquelles le vomitif est hors d'état de donner pleine satisfaction, et qu'à cause de cela ils appelaient cholagogues. Certaines autres de ces affections leur paraissaient plutôt intéresser la muqueuse de rUéon et les sécrétions séreuses qui s'y rapportent, et ils avaient une autre classe de purgatifs, les phleg- 'fnagogues, qu'ils appliquaient à ces mômes sécrétions. Enfiu, ils reconnaissaient une troisième classe d'affections qui portaient leurs effets plus bas, vers les gros intestins et les sécrétions plus caractérisées, plus sombres, qui y prennent

TUAITEMENT DEà l'HLEf.MASIES. 0(53

naissance, et pour lesquelles ils avaient d'auU'es purgatifs appropriés, les molénagogues*.

Ces idées ont bien vieilli, toutefois sans avoir perdu peut-être toute leur importance, car elles se retrouvent à peu près en entier dans la division actuelle des purgatifs en minoratifs, cathartiques et drastiques. Seulement on a appliqué à ceux-ci une théorie différente, puisée dans les doctrines solidistes modernes; on a dit que la sensibilité de la muqueuse digestive décroît du pylore au rectum, et que l'action de chaque classe de purgatifs est parallèle au degré de cette sensibilité'". Mais il est impossible de réduire cette action à si peu de chose et de la séparer des circonstances de quantité, de couleur et de nature relatives aux matières évacuées; on a fait valoir encore le degré différent d'irritation causé par tel ou tel purgatif ^ Et nous ne nions pas ce qu'il peut y avoir de vrai el de pratique dans cette idée: parmi les purgatifs, les plus doux se rapportent aux affections bilieuses et à leurs congénères, où le ton morbide est encore très-élevé, et leurs effets devront augmenter d'intensité à mesure de l'abaissement de ce ton dans les autres affections. Mais c'est toujours ne tenir compte que de la moitié du problème. Pour en avoir la solution complète, il faut nécessairement y faire entrer les considéra- Lions afférentes aux matières évacuées.

Nous disons que chaque genre d'affections tend à chercher sa solution vers les sécrétions siégeant sur une portion particulière de la muqueuse digestive : les unes, comme la bilieuse, vers ceUes de la portion supérieure; d'autres, à l'exemple de la muqueuse, vers la portion moyenne ; les dernières vers la région des gros intestins, comme fait surtout l'atrabilieuse. En même temps que chaque affection met tour à tour en jeu ces sécrétions diverses , elle imprime

1 Veael ; Mat. méd., I, 46.

Aliberl; Mal. mcd., I. 267.

Trousseau ot Pidoux ; Tr. de thérap., I, G93.

G64 TUAITK D'lIÉMATOI,Or,IE DyNAMIOUE,

à leurs produits un caractère lont spécial aussi. Il suffit de rappeler la couleur et les autres qualités qu'ils présentent suivant le cas. De la part du purgatif, on constate des effets tout à fait correspondants à ceux de l'afîection ; et les anciens en avaient déjà fait la remarque quand ils disaient que tout ce que celle-ci peut produire, l'autre peut l'imiter. Suivant la classe à laquelle il appartient, le purgatif porte son action sur telle ou telle région du tube digestif et y suscite des sécrétions très-analogues aux matières dites bilieuses, pituiteuses et atrabilieuses; ce n'est pas tout : de même qu'à chaque affection correspond un degré déterminé du ton morbide, de même chaque purgatif porte sur celui-ci un effet très-analogue , et c'est par là que les résultats de l'une ou de l'autre achèvent de se confondre et peuvent être jugés susceptibles de se suppléer.

Lors donc qii'il s'agit de théoriser l'action antiphlogistique des évacuants, il est tout naturel de l'attribuer au privilège qu'ils ont de favoriser ou de compléter la tendance de l'affection à se juger par telle ou telle sécrétion. Et c'est par là uniquement que l'on peut comprendre comment chaque classe d'évacuant s'applique à une espèce particulière de phlegmasie. Dans les bilieuses, c'est le vomitif qui exerce l'action souveraine; viennent ensuite, comme adjuvants, les minoratifs les plus doux: manne, casse, huile de ricin, séné, crème de tartre, les seuls dont Tissot fit usage dans la fièvre de Lausanne' .La phlegmasie pi tuiteuse réclame déjà des moyens plus incisifs, les sels neutres, le calomel, les substances même dont l'effet tonique peut être utilisé, comme la rhubarbe, dontRœderer et Wagler n'eurent pourtant pas toujours à se louer'. Enfin, dans celles où l'alrabile prédomine, une purgation plus énergique deviendra nécessaire. Sydenham fit un heureux emploi des pilules cochées, dans sa nouvelle sorte de fièvre, qu'il compare à la

» Tissot; Fcbr. bil, 40.

Morb. mue, 103-39.— Grimaud; Cours de fièvres, IV, 51.

Page 1