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TRAITEMENT DES PHI.EGMASIES. G

faiiFse péri|)neumonie^ Toutefois Grant est d'avis qu'il faut alors se préoccuper moins de l'iotensité que de la répétition des purgatifs^ Toujours est-il que cette diversité d'emploi et de succès des évacuants démontre bien qu'avant tout ils doivent être mis en rapport avec la lésion affective, cause du mal. S'ilne s'agissait que de révulsion, d'irritation, d'effet porté sur la sensibilité de la muqueuse, en serait-il de même? Gomment expliquer, dans ce cas, que la phlegmasie phlogistique redoute celte révulsion, et que parmi les spéciales, la plus intense de toutes, la bilieuse, impose précisément l'irritation, la révulsion la plus légère ? Les évacuants obtiennent d'ailleurs absolument les mêmes succès dans la fièvre que dans la phlegmasie ; il n'y a pourtant rien alors à révulser, et c'est uniquement en réprimant dans la première le trouble circulatoire général, de même que dans l'autre ils suppriment la fluxion locale.

Il ne sufBt donc pas de dire, comme Tbompson, que les purgatifs forment une classe de médicaments qu'il est nécessaire d'employer dans presque toutes les inflammations*; il faut savoir distinguer entre les espèces, puisque les unes les repoussent essentiellement et que les autres n'ont pour eux que des affinités différentes. Il peut même arriver que celles-ci, dans certaines circonstances, cessent de les réclamer, soit à raison de l'état des forces, soit autrement, et le médecin est alors réduit à invoquer d'autres secours,

374. Parmi les méthodes qui s'offrent alors à son esprit, il en est une qui, ne serait-ce que par l'agent qui la constitue, se rapproche de la méthode évacuante et mérite ainsi d'être traitée tout à côté : c'est l'emploi de l'ipécacuanha à haute dose, inauguré à MontpelUer par les professeurs V. Broussonnet et Gaizergues. Étudiée et confirmée

1 Méd. prat., II, 318.

2 Recherches sur les fièvres.

' Traité méd. infl. 1 1 .

()GG TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.

par le ûls du promioi',R. Broussonnet, celte mélliodc n'a pas eu pout-èti'.o au-dehors loul le succès qu'elle mérite; nous n'en devons pas moins l'examiner avec soin et lâcher d'en préciser les indications, en môme temps que nous essayerons de déterminer son mode d'action.

Bien que ses effets comme tels soient très-incomplets , l'ipécacuanha n'en est pas moins une substance tonique , et Gaizergues, qui a tenté de pénétrer son pouvoir intime, sans y porter peut-être une lumière suffisante, conclut à dire qu'en définitive il a celui de relever les forces'. A ce seul titre, l'ipécacuanha doit déjà être distingué du tartre stibié. Celui-ci, nous l'avons vu, s'applique de préférence à la phlegmasie pure et à quelques-unes de celles qui s'en rapprochent par un excès de ton morbide ; l'autre doit être réservé à la phlegmasie spéciale et à ceUes de ses espèces où le même ton ne se distingue par aucun excès d'élévation ni d'abaissement, c'est-à-dire que le domaine de l'ipécacuanha commence à peu près juste là où finit celui du tartre stibié.

D'après cela, il faut tout d'abord exclure de la méthode par l'ipécacuanha les espèces phlogistiques pures et certaines des spéciales dont le ton est par trop exagéré, ainsi qu'il arrive parfois plus particulièrement aux phlegmasies rhumatismales. Dans de telles circonstances, l'indication majeure étant de déprimer, il est évident qu'on serait mal venu de s'adresser à un moyen plutôt capable d'exciter. Partout ailleurs, l'emploi de ce moyen peut fournir au praticien d'utiles effets.

On a souvent parlé d'une affinité particulière qu'auraient pour l'ipécacuanha les maladies catarrhales, et ce sont en effet celles qui semblent le réclamer à plus juste titre. Elles s'en accommodent même si bien, qu'il n'y a pas toujours lieu de s'arrêter au surcroît d'excitation qu'elles peuvent présenter, et qu'à moins d'une véritable complica-

1 Gaizergues ; Rapp. sur la grippe, 92.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 00/

lion phlogistique, le succès du remède y sera souvent heureux; c'est contre la bronchite et la pneumonie que son emploi a été principalement préconisé , et Gaizergues en fît une suffisante expérience dans celles qui parurent pendant l'épidémie grippale de 1837'. La dysenterie de même caractère est une autre phlegmasie où l'on a eu le plus à se louer de notre médicament, et tout porte à croire que ces maladies ne sont pas les seules où il serait capable de réussir. Si dans cette dernière il n'est pas défendu d'invoquer une action organique et locale , il n'en faut pas moins tenir compte de l'action anti-affective, la seule possible pour les deux autres, où l'effet s'obtient tout aussi sûrement, bien que le remède n'arrive pas au siège même du mal.

Les espèces muqueuses se placenta côté des précédentes. Non-seulement elles en diffèrent pourtant par leurs causes, leurs symptômes et leur nature, mais leur siège même ne permet pas de les confondre, les unes ayant pour la muqueuse digestive la même prédisposition que les autres pour la muqueuse respiratoire Quoi qu'il en soit, la phlegmasie muqueuse, en la réduisant aux organes gastrointestinaux qu'elle occupe habituellement, la dysenterie en particulier, est encore une maladie où l'ipécacuanha donne les meilleurs résultats. Le même succès peut s'étendre encore aux espèces bilieuses, malgré la tendance qu'elles ont parfois à exagérer leur ton. Bien plus, cette exagération elle-même ne serait pas toujours une contreindication. Dans la dysenterie bilieuse surtout, dont le traitement offre parfois des difficultés, les bons effets de l'ipécacuanha ont été si bien reconnus qu'on en étendrait volontiers l'emploi à toutes les espèces, sans en exclure celles où existe une vraie réaction inflammatoire'. Voudrait-on désigner par là l'espèce phlogistique pure ? Nous en doutons, avec d'autant plus de raison que cette espèce est

1 Rapport sur la grippe, 11, 91.

2 Delioux; Gaz. môd. de Paris, 1852, 152.

G(}8 TRAITÉ D'iIÉMATOI-Ofilli: OYNAMIQUE.

sans coiilredit celle qui donne le moins fréqneininonl lieu à la forme dysentérique, et que l'enLériLo ou l'entéro-colite pi'oprementditenousparaît réclamer de tout autres moyens.

A entendre les succès tant célébrés de Doulcet, au siècle dernier, il faudrait joindre les maladies puerpérales à celles où triomphe l'ipécacuanha. Mais c'est plutôt à titre de vomitif qu'il réussissait alors, et ce mode d'action ne saurait se comparer à celui que nous étudions. Du reste, il n'est pas une de nos phlegmasies spéciales où le même médicament ne puisse, à l'occasion , avoir sa part d'utilité. Il suffit pour cela qu'elles se trouvent dans la limite du ton morbide qui lui correspond. Nous savons en effet que si ce ton est trop élevé, c'est un obstacle à son indication. Mais s'il est trop déprimé, trop affaibli, il ne lui est pas plus favorable: l'effet tonique dont ce remède dispose n'étant pas susceptible de soutenir ni de restaurer suffisamment les forces, il faut alors recourir aux substances essentiellement douées d'une telle propriété ; c'est donc aux cas de moyenne dépression du ton morbide que se rapporte plus particulièrement l'ipécacuanha à haute dose , surtout si la faiblesse montre une tendance à s'aggraver et à progresser vers les compfications ataxo-adynamiques , ainsi qu'il arrive dans les phlegmasies qualifiées de nerveuses. Il peut survenir alors un état tel qu'il place le praticien dans le plus sérieux embarras. Si, à raison de la nature phlegmasique de la maladie ou de l'importance de l'organe atteint, il recourt à la saignée ou seulement aux débilitants, la faiblesse sera augmentée et le pronostic compromis. Si, en prévision d'un si fâcheux résultat , il se retourne vers les toniques, il tombera dans l'extrême opposé et ravivera la fièvre ou provoquera divers accidents, parmi lesquels le délire n'est pas le moins à craindre. Il sent alors le besoin d'un médicament qui, susceptible de contenir et de maîtriser le processus phlegmasique, puisse du même coup parer à la faiblesse qui menace d'envahir, et il le trouve dans l'ipécacuanha. Celui-ci, en effet, obvie

TRAITEMENT DES PHLE&MASIES. 669

seul à toutes les difficuUés : il soutient les forces, il calme le délire, il prépare la résolution, ainsi qu'on peut s'en assurer dans diverses phlegmasies présentant les caractères susindiqués, et particulièrement dans la pneumonie, où son usage rend tous les jours les services les plus signalés'. Il n'y a donc pas à douter du succès de l'ipècacuauba dans un certain nombre de nos phlegmasies spéciales ; étudions maintenant son mode d'action et rendons-nous compte de ce succès.

375. Il n'est pas un des systèmes d'explication relatifs au tartre stibié qu'on n'eût pu proposer également pour l'ipécacuanha. De même que l'autre, il peut à l'occasion devenir émélique, et, comme tel, donner lieu à la spoliation et aux effets mécaniques : son action sur la muqueuse gastrique et intestinale ne laisse pas que de comporter une certaine irritation, à laquelle il est possible d'attribuer la révulsion ; surtout la stupéfaction procédait tout aussi aisément des malaises épigastriques, nauséeux, qu'il est en possession d'exciter, pour le moins, à l'égal du tartre stibiè. Toutes ces théories, qui ont fait tant de bruit autour du tartre stibié, sont toutefois restées muettes pour l'ipécacuanha. Qu'est-ce à dire ? Se serait-on prisa douter de leur valeur et à penser qu'il ne fallait pas en abuser ? Est-ce plutôt que l'ipécacuanha, étant moins employé, moins connu , n'a pas encore suffisamment occupé la critique ? Nous ne savons. Toujours est-il que le fait était digne de remarque, et que l'absence de ces bruyantes théories, au milieu de celles que l'ipécacuanha n'a pas pourtant manqué de provoquer, n'est pas pour elles un témoignage flatteur.

S'il fallait en croire la doctrine italienne, la vertu antiphlogistique de l'ipécacuanha procéderait simplement du pouvoir qu'il a d'exercer la contro-stimulation, d'être un

' Gaizergues; Clin, de Montpellier, par Bordes -Pages. Journal delà Soc. de Méd. de Montpellier, XII, 347; VIII, 216.

670 TRAITÉ u'hÉMATOLOGIIJ UYNAMinUK.

contl'O-stimulunl. Mais c'est co qu'elle dit du tarlro slibié, ce qu'elle répète des quatre cinquièmes de la matière médicale, et ce n'est pas là une explication; s'il est vrai que tous les agents thérapeutiques puissent à l'occasion dompter la fièvre et l'inflammation qui entrent dans la composition de toutes les maladies aiguës, ce n'est pas certes par un pouvoir direct, absolu, le même pour tous, bien loin de là , mais par une action variable suivant la circonstance. Ce n'est donc rien dire que d'appeler tel ou tel médicament un contro-btimulant, à moins d'ajouter pourquoi et comment il l'est. Cependant des savants d'une grande autorité en France se contenteraient de cette manière de voir, et parlent aussi des effets contro-stimulants de l'ipécacuanha. Bien plus, ils entreprennent de les démontrer par l'expérimentation. Le professeur Delioux applique de la poudre de cette substance sur une plaie, et il constate que non-seulement elle n'y cause ni douleur ni inflammation, mais qu'au contraire elle ne fait qu'en hâter la cicatrisation ; et il déduit de là son action antiphlogistique. Est-ce donc là une conclusion bien légitime ? Le nitrate d'argent est aussi et surtout un cicatrisant; de plus, donné à l'intérieur, il supprime certains symptômes rapportés à l'inflammation, comme la diarrhée. Faut-il donc pour cela le dire un antiphlogistique direct, dans toute l'acception du mot? D'ailleurs l'ipécacuanha mérite d'autant moins cette qualification , qu'à côté de son pouvoir cicatrisant M. Delioux lui-même lui reconnaît une action irritante topique, au point qu'il propose d'en faire une pommade capable de remplacer celle au tartre stibié'. Singulier contro-stimulant que celui qui n'aurait que des effets inolîensifs ou bienfaisants pour la peau dénudée et enflammée, et qui exercerait une action inflammatoire et caustique sur la peau saine!

A Montpellier, il était naturel qu'on cherchât la théorie

' Gaz. méd. de Paris, 1854.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 671

cleripécacuanha dans des considérations d'un autre ordre. Gaizergues a allégué, de sa part, un pouvoir métasyncritique , c'est-à-dire la faculté d'exciter des commotions internes, cachées, capables de changer la manière d'être actuelle des {onctions et des forces vitales\ C'est là désigner vaguement une action dynamique, sans préciser laquelle, sans dire comment et pourquoi elle s'exerce; et il nous resterait toujours à comprendre pourquoi ce pouvoir métasyncritique, pourquoi ces commotions, qui s'appliquent si bien à certains cas déterminés, n'ont plus qu'un succès relatif dans d'autres et finissent par se montrer contraires dans tels ou tels cas tout aussi bien déterminés.

Cette action dynamique, gagnerions-nous quelque chose à la décorer du nom de spéciale ou spécifique? On a prononcé le motet signalé un rapport de ce genre entre l'ipécacuanba' et les maladies catarrhales. Malheureusement, ce mot ne sert d'ordinaire qu'à couvrir des actions morbides ou thérapeutiques qu'on renonce à comprendre ou à expliquer. Ici, on le voit, il signifierait que l'ipécacuanha va droit à combattre l'afïection catarrhale , qu'il est simplement anti-afîectionnel. Mais tous les remèdes qui guérissent ne le font qu'au même titre ; tous n'amendent la phlegmasie qu'en s'attaquant à l'affection dont elle procède. Et comme leur effet doit varier à l'infini, suivant l'espèce, encore faudrait-il dans chacune préciser en quoi consiste cet effet. On a dit, enfin, de l'ipécacuanha qu'il dissipe la saburre, qu'il est anti-saburral : ce qui n'avance en rien l'explication. La saburre, n'étant que le produit de l'affection, le moyen qui la combat, rentre dans le traitement de celle-ci ; et si l'on guérit en la dissipant, c'est que l'affection a été préalablement et du même coup dissipée.

En présence de ces difficultés, certains seront peut-être tentés de se demander si, dans les circonstances dont nous parlons, l'ipécacuanha ne jouerait pas simplement un rôle

Rapport sur la (jrippe, 91.

672 THAiTÉ d'hémmtologik dynamique.

négatif. On sait quo les plus grands médecins de nos jours, Graves, Trousseau, Niemeyer, ont préconisé l'abstention du médecin dans les maladies les plus graves, soit qu'ils aient décliné l'efficacilé de son intervention, comme dans l'apoplexie, soit qu'ils s'en remettent entièrement à la nature médicatrice, comme dans la pneumonie et la plupart de celles qu'ils ont appelées à marche cyclique. On se demanderait donc si l'ipécacuanha ne devrait pas tout son succès précisément à la nullité de son action. Mais remarquons d'abord que les maladies franchement inflammatoires, dans lesquelles l'expectation est plus particulièrement autorisée, sont tout juste celles où notre médicament ne réussit pas; qu'au contraire il ne nous rend nulle part d'aussi grands services que dans celles à marche incertaine, où les complications ataxiques sont souvent à craindre : et nous n'oserons pas lui refuser une action réelle, positive, efficace. Quelle est donc cette action et comment faut-il la comprendre?

Peut-être résulle-t-elle tout entière de l'effet légèrement excitant et tonique propre à l'ipécacuanha. Toutes les affections spéciales, étant marquées par une dépression du ton morbide, réclament, dans leur traitement, une action en sens contraire; la difficulté consiste à trouver le degré qu'il faut lui donner : variable suivant l'affection. Le principal mérite de l'ipécacuanha serait d'être, à cet égard, dans un juste rapport avec certaines affections, parmi lesquelles il faut distinguer la muqueuse et la catarrhale. Pour celles dont le ton dépasse une certaine limite, ses effets iraient au-delà et aboutiraient à la surexcitation; pour d'autres où la dépression est par trop exagérée, ils ne seraient plus qu'insuffisants et devraient céder le pas aux moyens plus franchement toniques. Pour qu'il puisse sortir tous ses effets, il faut donc que son action réponde juste au degré du ton morbide. C'est là tout le secret de son utilité ; c'est en soutenant ou relevant les forces, qu'il prévient ou dissipe les accidents et favorise la résolution. Il ne s'agit pas de l'ap-

TRAITEMENT DliS PHLEGMASIES. 673

poler alors métasyncritique, ni môme anLisabui'ral. Sans doute, en prêtant secours à l'afFection, en lui aidant à se dissiper, l'ipécacuanha obtinnt en réalité ces effets. Mais que celle-ci appartienne à des états plus graves, à ceux que l'on qualifie de putrides ou d'adynamiques, et l'on verra ce qu'il en^est de ce pouvoir de dissiper la saburre.

376. Nous avons passé en revue l'action antiphlogistique des évacuants et constaté qu'elle suffit à peu près à remplir seule les grandes indications, propres aux ordres classiques des phlegmasies spéciales. Elle conserve, disons -nous, dans toute la série|une utilité manifeste ; seulement, elle ne satisfait pas ici au but tout entier, et dans chaque ordre il se présente quelque moyen particulier dont les effets no peuvent être bien compris si on ne les apprécie au point de vue dynamique, qui nous a si bien servi dans l'examen des moyens précédents.

Nous avons, ci-devant, obtenu l'action antiphlogistique à l'aide des boissons froides et acides ; si nous essayions maintenant d'appliquer celles-ci aux phlegmasies catarrhales, il n'en résulterait que les effets les plus funestes. C'est, au contraire, aux boissons chaudes et diaphorétiques qu'il faudra recourir; c'est aux sueurs que nous devrons demander le .'lOcours principal contre ce genre de maladies. Il n'y a pas de point de doctrine mieux établi. Dans, ces derniers temps, les novateurs qui ont bouleversé toute la médecine ont prétendu réduire le catarrhe à une simple hyperhémie, même mécanique, des muqueuses ; mais ils ne s'en sont pas moins cru obligés à comprendre spécialement parmi les causes du catarrhe le refroidissement de la peau ^ et parmi ses meilleurs moyens de traitement, une médication diaphorétique générale^ S'il ne s'agit que d'un effet anti-mécanique, pourquoi donc V infusion de sureau et la chaleur du lit sont-elles ici nécessaires, lorsque partout ailleurs ce sera la réfrigération ou tout autre moyen ?

' Niemeyer ; Eléni. de pathoL int., I, 15.

074 TJiAiTÉ u'hématolouie dynamique.

Uuai'jd nous parlons de l'eflet anlii)hlogisli(|(]e do lu sueur, il ne faudrait pourLanl pas l'enlendre d'une manière générale el prétendre l'adapter à toutes les espèces. C'est l'erreur dans laquelle était tombée l'ancienne médecine, et l'on sait tous les maux qu'elle avait produits. Il fallut le génie de Sydenham pour y mettre un terme. Ce grand homme n'avait pas su encore s'élever au-dessus des théories de son siècle ; il voyait toujours, dans l'inflammation , les particules chmdes el spiritueuses qui, introduites dans nos humeurs, ont pour effet de les altérer en se les assimilant^ et, comme à tous les médecins de son temps, il lui semblait bien que le meilleur moyen serait de évacuer par la sueur. Mais l'expérience lui avait révélé, dans beaucoup de cas, la difficulté et le danger qu'il y avait à le tenter' ,

A n'envisager que les effets physiologiques prêtés aux | sudorifiques d'eaxiter l'aciion du cœur et des artères, et 1 d' augmenter l' impétuosité de la circulation, on serait tenté | de les exclure du traitooient de la phlegnaasie, quelle que 1 soit son espèce, et, eu effet, Cullen se montre assez em- | barrassé pour déterminer leurs indications\ Une asser- \ tion plus captieuse n'a pas mieux expliqué ces mêmes effets, j quand elle a accusé de la part des sudorifiques une action li élective sur la peau, à la façon du virus de la variole^ de |i la rougeole et de la scarlatin^^. A part qu'une telle action l| n'est pas déjà facile à saisir, on ne saurait la borner à lai peau. Tout comme les virus indiqués, elle doit opérer surlj,; le sang, pour le fluxionner sur cette membrane, où il vient! subir un travail spécial. Et c'est le caractère de ce travail! (j qui est ici pi'incipalement à considérer, bien plus que son! ,jj siège; s'il ne s'agissait ciue de la peau et d'un fait vulgaire! de révulsion à y provoquer, on ne comprendrait pas pour-l

' Sydeiiliam ; Méd. pral., Il, iVl-Vi. | ^

Culicn ; .l/a<. îJit'rf., II, 600. | ^'

Trousseau et Pidoux; Tr. de lliànip., 11,0 H !

TUAITHMK.NT DUS l'II LEO MAS IKS . 675

quoi toutes les espèces ne s'y rangent pas, pourquoi certaines y répugnent formellement. Ce qui ne s'explique que par un rapport tout dynamique entre l'action du remède et le ton affectif de la phlegmasie.

Quand celle-ci est phlogistique, pure, elle n'admet pas les sudorifîques, et pour la plupart fies autres espèces elles y répugnent encore proportionnellement au degré d'élévation de leur ton. Ce n'est pas qu'à l'occasion et dans toutes il ne soit parfois utile de favoriser la sueur, soit au début comme moyen abortif, soit à la fin et dans le but de favoriser une crise. Mais ce n'est là qu'un effet relatif qui n'a rien de spécial, et la répugnance des sudorifîques demeure pour diverses espèces, entre autres pour la bilieuse, dans laquelle, au dire de Stoll, ces moyens sont toujours nuisibles, par la raison discutable qu'ils transportent la bile dans le sang*. Il est au contraire d'autres espèces où les sudoriflques semblent avoir une action tout à fait appropriée ; on doit même dire que la plupart des spéciales peuvent transitoirement en tirer profit. Seulement il n'est réservé qu'à quelques-unes, comme la catarrhale et la rhumatismale, de les réclamer spécialement. Dans celles-là surtout, qui se terminent le plus souvent par des sueurs générales et copieuses , on peut dire que c'est la nature qui nous a montré la voie, et que l'art n'a eu qu'à l'imiter-. Aussi tous les praticiens, depuis Hippocrate, se sont-ils montrés à cet égard d'un avis unanime. Pour eux, dans ces maladies, le premier précepte est d'éviter tout refroidissement ; pour eux, Yindication fondamentale est de favoriser Terw^iion de la sueur, d'effectuer au plus tôt le rétablissement de l'action de la peau^. Aucun point de doctrine n'est plus absolu que celui-là : rien ne serait plus aisé que d'en fournir la preuve. Huxham, parmi les anciens, s'en explique de la façon la 1 plus affirmative. Dans les diverses épidémies catarrhales

* stoll; Méd. prat., I, 13.

- Caizergues; Rapp. sur la grippe, 61.

Mliifolaud ; Emhirid., 189-98.

076 THAlTIi d'hématologie DYNA,MiyUt'.

qu'il a si l)ion décrites, il ne trouva rien de plus ulih; que la sueur : Nihil magis profuit quam suclor. Pour la provoquer au moyen de boissons chaudes et abondantes, il n'attendait pas que la soif les réclamât : Etsi sitis non admodum vrgebat, attendu que sans la sueur il vit rarement ces maladies se terminer heureusement : Quippe, sine sudore, viacuiquam lœlus hvjiis onorbi exitus\ Stoll établit de même que lorsque la phlegraasie résulte d'une transpiration supprimée, c'est la sueur provoquée par d'abondantes boissons diaphorétiques, qui remplit le plus sûrement l'indication'^ Dans le but d'exciter la sueur, tous les moyens ne sauraient être employés. Il ne faut pas perdre de vue que la phlegmasie catarrhale comporte souvent un élément phlogistique qui mérite d'être respecté, et presque toujours alors les meilleurs sudorifiques seront les boissons simples données en abondance et à une haute température. D'un autre côté, comme à l'instar de toutes les maladies spéciales, les catarrhales supposent fréquemment au contraire une tendance à la faiblesse : il deviendra pour elles nécessaire de soutenir l'effet de ces boissons par des substances plus ou moins excitantes, telles que V esprit de Mindererus et les antimoniaux^ . Parmi ceux-ci, le tartre stibié jouit d'une utilité reconnue, non pas toujours comme émétique et par les matières qu'il expulse, car il peut arriver que la complication bilieuse n'existe pas, mais comme propre à imprimer à tout le système une jjerturbation favorable en dirigeant les mouvements du centre à la circonférence, et en ij provoquant un relâchement qui amène la sueur et la résolution du spasme cutané'' , C'est-à-dire qu'il favorise heureusement alors l'effet diaphorétique , mais sans influencer directement aucun organe en particulier et en s'adressant plutôt au génie affectif de la phlegmasie, car

1 Huxham; DeAer. et Morb. epid., l, l'iO-88.

2 SloU ; Méd. prat., 1, 247.

3 Hufeland; linchîrid., 98.

Caizergues ; Rapport sur la grippe, 7"2.

TI\AITEMENT DES PHLEfiMASlES. 677

:si elle était phlogisliquo, par exemple, le résultat courrait igrand risque de n'être pas aussi assuré, ni surtout aussi fsalutaire. La poudre de Dower est encore un moyen fré- .quemment utile dans les phlegmasies catarrhales. Il est wrai qu'à raison de l'opium qu'elle renferme, son action ■ est complexe, mais l'un de ses principaux effets n'en est [)as moins de provoquer les sueiirs\

C'est donc une chose très-remarquable que cette aptiitude des maladies catarrhales pour la méthode sudorifîque, (■contraire ou funeste à la plupart des autres; on ne peut [.plus dire que ce soit en évacuant les parti"cules morbides, i irritantes : c'est tout simplement en offrant à la lésion aËfective une voie de jugement, par où reçoit satisfaction le itrouble morbide qui la constitue, et qui cesse dès-lors iti'entretenir la maladie; c'est seulement ainsi qu'on peut •.■concevoir qu'une phlegmasie donnée, identique ou analoggue, organiquement parlant, pouria réclamer tour à tour, Sîuivant sa nature spéciale, les moyens les plus divers et Les plus opposés : ici les débihtants ou les acides, les toniques 03U les alcalins; ailleurs les évacuants ou les antispasmodiques, ou le vésicatoire et l'opium. Toujours un égal succès i^ue nous défions d'expliquer en dehors de nos spécialités iilïectives.

Les opinions les mieux établies en médecine ont rarement échappé à la contradiction, et celle qui consacre

'utilité des boissons chaudes dans les maladies catarrhaees n'y a point échappé. Cabanis, qui a écrit sur ces ikffections livre d'or-, ne craint pas d'assurer, contre ''opinion commune, que les boissons abondantes et tièdes

lont toujours nuisibles dans les catarrhes^ On ne sait vraiiinent sur quoi se fonde l'illustre auteur pour faire une paeeille déclaration, ou plutôt, d'après l'idée qu'il se faisait

*. Gaizcrgues ; Op. cil., 74.

2 l'usler; Mon. aff.calarrh., 88.

^ Obs. sur les aff. catarrh., 145

678 THAITÈ D IIÉMATUl.UGIIÎ DYNAMIQUE.

de l'utilité des toniques dans ces maladies, et du premier de tous, le quinquina, qu'il donnait aussitôt après les évacuants, qu'il jugeait même capable de suppléer ceux-ci: d'après cette idée évidemment exagérée, il était naturel que Cabanis redoutât l'action relâchante de boissons abondantes et tièdes. Mais est-ce à dire qu'il méconnût les bons effets de la sueur? Non, car il ne négligeait pas au besoin de la stimuler en y employant .alors ces mêmes boissons, quelle que fût du reste son illusion sur l'importance de l'affaiblissement de la digestion. Bien plus, après avoir proclamé le soufre im des plus grands remèdes du catarrhe, il veut bien se demander s'il agit comme stimulant des voies digestives ou comme fortifiant le poumon; mais il n'en aboutit pas moins à reconnaître que son principal effet est &' augmenter la transpiration cutanée^

377. S'il est vrai que les maladies catarrhales soient le triomphe des boissons chaudes et de la diaphorése, qu'elles ont pour but de favoriser, elles ne sont pas seules à les réclamer. On serait tenté d'en rapprocher tout d'abord les phlegmasies rhumatismales. Catarrhe et rhumatisme ont été presque toujours confondus par les anciens, ou du moins regardés comme ayant une grande affinité. Fr. Hoffmann leur attribuait une môme origine et la même constitution. Van Swieten, signalant la similitude de leurs causes essentielles, les rapproche entièrement aussi, et n'admet entre eux d'autres différences que le point d'élection de leur fluxion respective, dont l'un atteintle tissu muqueux, l'autre le tissu fibreux ^ Et de nos jours encore, le vénérable Hufeland a professé la même opinion. Pour lui, les deux maladies ne sont que deux formes de la même affection, le catarrhe n'étant que le rhumatisme appliqué aux membranes muqueuses'. Il y a sans doute sur ce point de larges

' Cabanis; Obs. calarrh., in OEuvres complètes, II, 128-137. "2 Puster; Mo7i. aff. calarrh.. 74-G.

3 Hufelanrl; Enchirid.. 176-188,

TRAITEMENT DES l'HLEOMASIES. . ()70

réserves à faire; n'y aurait-il que la différence de siège et surtout le principe douloureux qui fait le fond de l'une des deux maladies, il faudrait bien encore les distinguer. Quoi qu'il en soit, de l'identité des causes, les anciens avaient conclu à celle du traitement. Bien qu'il n'admette pas sans distinction l'utilité des sudorifiques, Barthez n'en reconnaît pas moins les services qu'ils sont susceptibles de rendre dans le rhumatisme aigu et les phlegmasies qui en dépendent'. Et le même avis est nettement formulé par Hufeland en faveur des diaphorétiques non échauffants , tels que les antimoniaux, l'esprit de Mindererus, le soufre, et autres, même quand le rhumatisme est fébrile"^. De tels préceptes, il est vrai, sont bien délaissés aujourd'hui, où domineraient plutôt les idées contraires: on en est venu en effet à condamner les boissons chaudes dans le rhumatisme aigu età leur préférer les tisnnps froides, é^nulsives, et même acidulés'^. Mais pour parler ainsi, il faut admettre la nouvelle théorie du rhumatisme, qui en ferait le résultat direct et exclusif de l'excès de fibrine du sang, de VJiémite, ainsi qu'on l'a prétendu. A ce point de vue, Userait permis de penser que la perte de sérosité effectuée par la sueur ne ferait que rendre prédominante la fibrine du sang et aggraver ain.=i, au moins indirectement, ses effets morbides ; or, si une telle théorie n'a rien de médical et n'est pas soutenable, ainsi que nous croyons l'avoir démontré, un précepte pratique qui ne se recommande que d'elle est par cela màme condamné d'avance, surtout quand la pratique est loin encore de le confirmer.

Ce n'est pas seulement en théorie que les boissons sudorifiques ont été condamnées : b;s praticiens se sont de même prononcés contre elles. Ils \qq d.ç.m?>Qa\.iï augmenter les sueurs ; et comme dans certains cas graves celles-ci se

' Mal. rjoiill., r, 343, 39.

- Enchirid., 99.

^ Piorry; Palhol. iatr., 111,289.

680 THAITÉ u'ilÉMATOI.OlilIi UVNAiMIQUK.

montrent déjà abondantes dèsje début^ sans aucun avantage pour le malade, do tant s'en faut, il est évident qu'il n'y aurait que du danger à les augmenter encore'. Mais ce n'est là qu'un cas particulier rattaché probablement à la putridité, en dehors de laquelle la sueur n'a pas un caractère et des inconvénients pareils, et ne saurait autoriser nn semblable précepte. Ici, toutefois, intervient une grave autorité. Dans la pneumonie ou pleuro-pneumonie qui dépendit de la' fièvre rhumatique de Naples, Sarcone eut beaucoup à se louer de l'usage de Veau froide^ même de l'eau à la neige, usage que les médecins napolitains eurent l'honneur de placer dans tout son lustre. Il lui attribue le grand avantage de corriger le prmcipe de putrescence sous lequel gémissaient les humeurs ; de s'opposer à la raréfaction des substances corrompves et enflammées ,^ce qui semble bien réserver cet usage pour les cas de putridité. Nous n'ignorons pas que tel ne fut pas le caractère général de l'épidémie, dans laquelle la saignée joua un rôle très-important. Cependant le soin constant qu'apporta Sarcone à préparer et à purger les humeurs malsaines, au moyen du kermès minéral, de V antimoine cru, du bezoard de Jupiter, révèle .en lui des préoccupations toutes différentes de celle qui lui suggérait l'eau froide ; et ce qui achève d'autoriser l'hypothèse de l'emploi plus ou moins exceptionnel de celle-ci, ce sont précisément les quelques histoires de cures surprenantes dont il se prévaut en sa faveur^.

Il est donc permis de penser que les praticiens qui dans le rhumatisme, et les phlegmasies qu'il engendre, ont proscrit les boissons chaudes, au profit des tisanes froides, se sont moins inspirés de sa nature, de son génie propre, que do quelque accident, de quelque état morbide, qui pouvait le compliquer; et l'opinion commune est bien toujours,

1 Niemeyer; Palhol. inl., II, 547. — Requin; Clin. méd. de Chomel, II, 300.

3 Sarcone; Hisl.rais., I, 196-9, 201.

THAITEMIJNT DES I HLEGMASIES. 681

croyons-nous, qne dans ces maladies il est prudenl de donner la préférence aux boissons tièdes^ .

Un autre ordre de phlegmasie qui impose des obligations semblables, ce sont les muqueuses. Dans celles qui accompagnèrent l'épidémie de Gœttingue, entre autres dans la dysenterie , Rœderer et Wagler eurent à se louer des diaphorétiques, de l'acétate d'ammoniaque, et notamment du camphre, qu'ils déclarent très -efficace pour exciter les sueurs-. Dans des maladies qu'il qualifie de pleurésies et de pneumonies, sous la constitution vermineuse dont il a écrit l'histoire, Van den Bosch vante le kermès minéral comme ayant été utile, par une véritable vertu anthelminthique : Egregiam vim anthelminhicunf . A raison des étroits rapports qu'eut cette épidémie avec le génie muqueux, nous serions tenté de croire que le kermès opéra plutôt comme diaphorétique que de la façon que lui attribue ici Van den Bosch. Du reste, la plupart des phlegmasies spéciales autres que les bilieuses témoignent de la même affinité pour les tisanes chaudes ; il suffira de citer les puerpérales et ceUes qui compliquent parfois les diverses fièvres éruptives. On peut même dire que si certaines s'éloignent de cette règle , c'est moins par le fait de leur génie propre que de quelques accidents de putridité, c'est-à-dire de faiblesse, qui peuvent les altérer.

Quand nous parlons de chaleur et de diaphorèse, nous n'entendons pas rappeler et recommander ces méthodes excitantes et sudorifiques dont on a tant abusé autrefois , ■ et que le progrès de notre art a impitoyablement con- I damnées. Nous prétendons simplement mettre en lumière 1 ce fait que, tandis que certaines phlegmasies imposent '. l'emploi des boissons froides, d'autres réclament avec non ' moins de rigueur celui des boissons chaudes. Ce que nous

1 Grisolle ; Pathol. inl., I, 847.

2 De Morb. muq., 302.

3 Ilisl. const. epid. verra., 276, 283.

682 TRAITÉ D HÉMATOLOOIli DYNAMIQUE.

ne saurions expliquer que par un rapport de convenance entre le génie spécial de ces phlegmasies et l'effet dynamique des moyens qui leur sont opposés. Nous savons bien que telle n'est pas l'explication vulgairement invoquée. Les anciens avaient poussé jusqu'au dégoût leurs théories humorales, au nom desquelles ils ne voyaient dans les diaphorétiques, comme dans la plupart des médicaments, que l'élimination des substances acres, subtiles, nuisibles, qui entretenaient la maladie. Et, il faut bien le dire : la théorie médicale est encore si pauvre qu'elle n'a pas su, de nos jours , renoncer à ces groirsières idées. Les esprits les plus distingués, les plus avancés, n'en ont pas d'autres, et, pour expliquer l'action des sudorifiques , ils ne savent que leur prêter le pouvoir d'éliminer les produits morbides. Qu'est-ce donc que ces produits, si ce n'est une traduction soi-disant plus philosophique des substances acres des anciens? Ils ajoutent, il est vrai, pour ces moyens, des vertus neutralisantes de l'agent morbide, et ceci peut prêter à interprétation. Mais qu'est-ce encore que l'agent morbide ? Ils l'ignorent, et ils ignorent de même la véritable action des sudorifiques, puisqu'ils n'en comprennent l'utiUté que dans les états chroniques, et qu'ils l'excluent des maladies aiguës, où nous venons pourtant de voir qu'elle n'est pas toujours à condamner' . Pour nous, ces vertus neutralisantes se rapportent directement à la lésion affective, qu'elles ont pour effet d'amender, de dissiper, soit directement et en la modifiant dans son état dynamique , soit en lui offrant, par la diaphorèse, un moyen de compensation et de solution. Ceci sera, pour certains esprits, une théoriepleine d'ombres et de hasards. Mais quand les explications physiques fout défaut, force est bien de s'adresser au Dynamisme, si grâce à lui nous approchons davantage de la vérité. Voyez, en effet, où peut nous conduire la vertu éliminatrice des [)roduits morbides ! Certes, s'il est des maladies où il soit

' Trousseau et Pidoux ; Tr. de Ihérap., TI, 642.

TIIAITKMKNT DMS PU LliGMASIES. '>S3

permis d'accuser, de supposer des substances malfaisantes mêlées au sang, ce sont celles oîi existe un état de pulridité ; il s'ensuit que les sudorifiques ne devraient être nulle part mieux placés que dans un pareil état. Et c'est tout le contraire que nous démontre la pratique ; c'est précisément alors que les boissons chaudes ne trouvent plus aucune raison de leur emploi, et qu'il faut, à tous les titres, redouter leurs effets relâchants. On n'a pas de pareils mécomptes avec notre théorie vitaliste.

378. Nous venons de dire que les maladies rhumatismales s'accommodent très-bien des boissons chaudes. Ce n'est là, dans leur traitement, qu'un détail sans" importance, et c'est ailleurs qu'il faut chercher leur médication fondamentale. Si sans préparation ni distinction nous allions proposer l'opium comme remède de la phlegmasie, nous rencontrerions sûrement beaucoup d'incrédules ou d'adversaires. C'est pourtant un tel moyen qui réussit spécialement dans les phlegmasies rhumatismales, suivant les faits cliniques les moins contestables.

C'est à Sarcone que revient l'honneur d'avoir mis l'indication dans tout son jour. Les bons effets de l'opium dans certaines phlegmasies n'avaient pas échappé aux anciens depuis Galien. Il suffira de rappeler l'application que Sydenham en avait faite à la variole, et qu'après lui on étendit aux autres exanthèmes; mais son emploi dans la phlegmasie rhumatismale a été inauguré par le célèbre médecin napolitain. On sait comment il y fut amené par les subtilités d'une théorie dont nous avons pu contester la justesse et la légitimité. Et quelques succès pratiques qu'il ait obtenus, ils ne sont pas de nature à nous faire revenir sur notre appréciation. Rien n'est en apparence plus clair et plus positif que ces théories. Pour Sarcone, ladouleur étant la cause primitive et essentielle, ou, comme il disait, la mère de l'inflammation, il était naturel que, quand au moyen de l'opium il guérissait celle-ci, il s'imaginât

684 TiuiTÉ d'hématologie dynamique.

que c'était on étouffant la douleur dans son germe, avant qu'elle n'eût déterminé les fluxions. Il n'est pas d'effort qu'il ne fasse pour se donner cette conviction et la communiquer à son lecteur. Il fait valoir l'extrême difficulté de bien choisir le moment, au début, à l'origine même do la maladie, et d'entrer, à ce sujet, dans des détails qu'on a admirés comme un modèle d'analyse pathologique, et qui ne sont peut-être qu'une espèce d'imbroglio scientitiquo, par lequel Sarcone se crée des difficultés imaginaires, pour avoir la satisfaction de les résoudre. Le fait est que la douleur n'avait nullement le caractère et la portée qu'il lui attribue. Bien loin d'être la mère de l'inflammation, nous croy(jns avoir démontré qu'elle n'en était que la conséquence. Gomme toujours et partout, elle résultait de la fluxion, de l'arrivée du sang dans les tissus, et si elle présenta ici une intensité, une acuité qui frappèrent l'esprit de l'illustre observateur, il faut l'attribuer uniquement au génie spasmodique de la maladie. C'était donc s'abuser en plein de prétendre que par l'opium on allait tout d'abord éteindre la douleur, et par là couper court à toutes ses conséquences. C'est juste le contraire qui arrivait: le remède avait pour premier résultat d'atteindre, de modifier le génie rhumatique dans son principe même, et par suite d'empêcher qu'il ne continuât à agiter le sang et à pousser des fluxions vers le poumon ou ailleurs. Et pour comprendre ce mode d'action, Sarcone' n'avait pas à sortir de ses propres enseignements. Il avait très-bien remarqué lui-même que dans la fièvre simple qui régnait à Naples en même temps que les pleurésies, c'est-à-dire alors que n'existaient ni douleur, ni stimulus, ni fluxion, aucun phénomène local, en un mot; alors que tout consistait dans l'agitation générale du sang, le succès de l'opium n'était pas moindre; et dans ce cas l'auteur se bornait à accuser de sa part le privilège dJapaiser le principe d'ex-

1 Sarcone ; Mal. obs. à Naples, I, 121.

TRAITEMENT DES i'HLEGMASIES. 685

cessive irritabilité, qui r)ieltait tout en désordre. On ne pouvait designer plus clairement cette vertu affective que nous attribuons à l'opium, et c'était en détruisant le principe d'irritabilité qui causait le désordre général. Mais alors, qu'était-il besoin de lui faire étouffer la douleur locale pour guérir la pleuro-pneumonie, et l'effet anli-affectif ne lui suffirait-il pas, lui qui, tout-puissant contre le trouble circulatoire général, devait l'être à fortiori contre la fluxion ?

Au reste, à cette théorie de Sarcone, un peu trop subtilisée, disons-nous, on peut opposer l'expérience de ses collègues, de son propre maître Viseni, qui lui prouva que toute cette fantasmagorie de douleur, cette extrême difficulté de donner à propos l'opium, ce pas si hasardeux à franchir dans le traitement, étaient autant de produits de son imagination; que le remède ne convenait pas seulement au début, ainsi qu'il le prétendait, mais encoré dans l'âge adulte de la maladie, le cinquième jour, alors qu'elle était très-douloureuse ; qu'elle présentait une grande impétuosité fébrile et une inflammation véhémente* ; ce qui achève de prouver que l'opium ne s'adressait pas en réalité à la douleur en tant qu'élément primitif et spasmodique, mais bien à l'ensemble de la maladie, et que c'était en modifiant l'affection rhumatique elle-même qu'il parvenait à guérir la douleur, qui n'en était qu'une conséquence.

Ce fait pratique de Sarcone, partout célébré, resté dans toutes les mémoires, n'a pourtant produit qu'une admiralion stérile et n'a pas trouvé d'imitateurs. D'où cela peut-il venir, quand ce fait avait en lui-même une grande et incontestable valeur, si ce n'est de ce que l'indication avait été mal posée et déduite d'une fausse théorie? Et voyez le malheur! La confusion est restée à cet égard si complète, que de nos jours, quand on s'est demandé pourquoi il était si difficile de faire usage d'un pareil fait, on n'en a donné d'autre raison, si ce n'est que l'auteur n'avait pas su assez

' Sarcone ; Op. cit.. I, 159.

TUAITK 1) IIKMATOLOGIIÎ IJYNAMKJIJK.

nettement dislingacr la pleurésie de la pneumonie, et que d'ailleurs, cet exeuiple ne saurait servir à instituer un métiiode générale de traitement^ Que peuvent donc valoi de tels reproches ? Il est bien vrai que, théoriquement Sarcone n'a [las su déterminer les caractères respectifs de la pneumonie et delà pleurésie, plaçant, après une discus sion très-embarrassée, Tune dans les nerfs ave.-idouleur pon gitive et déchirante, l'autre dans les vaisseaux du poumon avec douleur obscure et peu fatigante^ Mais quand il en vient à la pratique, ladistinction ne lui paraît plus tenable, et, dans le fait, la péripneumonie n'est pour lui pas autre chose que la pleurésie parvenue à un degré éminent. Aussi u'établit-il aucune distinction entre les cadavres des pleurétiques et des péripneumoniques, dans lesquels il signale spécialement le poumon extrêmement gonflé, de couleur violette, inondé de sang noir avec un principe d' abcès, recouvert d'un gluten jaunâtre tenace, qui le faisait adhérer à la plèvre . De quelque nom qu'il appelle une pareille maladie, on ne saurait y méconnaître la pleuropneumonie. Dans certains cas, la lésion de la plèvre et les symptômes qui la concernent, prédominaient: voihà tout, et, du reste, pleurésie ou pneumonie, on ne sait pas quelle différence il aurait pu en résulter pour l'indication. Quant à la seconde difficulté, de ne pouvoir servir à une méthode générale de traitement, elle n'en est vraiment pas une, et l'on s'étonne delà voir poser : où est donc le remède, le moyen thérapeutique dont on puisse faire ainsi un emploi général ? Sans sortir de la pneumonie , le vomitif, le vésicatoire, le tartre stibié à haute dose, la saignée ellemême, vont-ils nous fournir cette méthode générale, et cela empêche-t-il l'utilité de chacun de ces moyens d'être admise de tout le monde, et leur indication respective parfai-

' Trousseau et Pidoux ; Op. cil., U, ;i3, '•^ Op. cit., I, 135-6.

Oi>. cil., l,S7-S.

ÏHAITKMKNT DKS PHMîrTMASIES. ()H7

lement délorminée? Gg n'osl donc pas la faute (la diagnostic si l'exemple donné par Sarcono n'a pas été mieux compris ni plus souvent imité. C'est plutôt qu'avec le peu d'attention que la plupart des médecins apportent à la nature alfective des maladies, on n'a pas su découvrir qu'ici tout consistait dans le génie rhumatique de la phlegmasie pulmonaire, et que c'était en s'attaquaut à ce génie que l'opium possédait la faculté salutaire de calmer les organes irrités^ .

Ce qui prouve que telle est bien la portée thérapeutique de l'opium, c'est que, quel que soit le siège que frappe le génie rhumatique et en dehors du rôle de la douleur, il ne perd rien de ses bons effets. On connaît l'utile parti qu'en tira StoU dans la dysenterie rhumatismale". L'arthrite grave qui complique parfois le rhumatisme est suceptible d'être combattue très-heureusement par l'opium à haute dose"\ La phlegmasie occuperait les bronches qu'il n'en serait pas autrement; il n'y a pas jusqu'à l'ophlhalmie, si elle vient à revêtir le génie rhumatismal, qui ne réclame instamment le même moyen, qu'on exhibe alors comme pouvant combattre l'excitation nerveuse qui fait le fond de la maladie, et détruire du même coup V effet sympathique qio'elle exerce sur le système sanguin''; c'est-à-dire-, toujours dans la même vue que Sarcone, de calmer la lésion nerveuse qui agite le svstéme sanguin.

379. Cet exemple célèbre a eu, disons-nous, beaucoup plus d'apologistes que d'imitateurs. On est pourtantheureux de pouvoir citer, dans la littérature contemporaine, un fait entièrement semblable, d'une valeur pratique non moins grande, et qui nedoit pasfaire moins d'honneur à son auteur, l'un de nos grands praticiens. Faut-il y chercher une rémi-

1 Sarcoae; Op. cit., I, 12?.

'•i Môd. prat., I, 153

Trousseau et Pidoux -, Tr. de Ihérap , [I. 32. "

rtinhfl ; Tr. do l'oplilli ., n 'i.

088 riiArriî u'iièmatologiiî dynamique.

niscence de Sarcone? La pMegmasiG dont il s'agit ôtail-elle de même nature que c6lle de Naples? Les détails manquent à ce sujet, et nous n'avons, pour les comparer, que le succcs égal de l'opium. Toujours est-il que nous avons ici un second fait qui prouve que, taudis que dans certaines phlcgmasies cette substance n'a que des effets incendiaires, il en est d'autres où elle remplit l'entière indication antiphlogislique et où seule elle peut la remplir.

■ Il régna, en 1840 et 1841 , à Avignon, une fièvre cérdbrospinaLe épidémique des plus meurtrières, qui mit d'abord én défaut toutes les données de la science. Les autopsies démontraient, comme lésion principale et habituelle, la phlegmasie du cerveau, ou plutôt du centre cérébro-spinal tout entier, avec épanchement, suppuration, ramollissement et même destruction des tissus. On lui opposa successivement et en vain les traitements les mieux entendus et les plus variés : saignées, sangsues, évacuants, altérants, contrestimulants, révulsifs, toniques; rien ne fut épargné et sans le moindre succès. En désespoir de cause, le D'" Chauffard s'adressa enfin à l'opium, qui seul réussit, avec lequel tout réussit, alors que tout échouait sans lui. Il fallut le donnera la dose de 30, 40, 50 centigr. par jour, réitéré pendant toute la durée de la maladie, qui souvent ne fut pas moindre de dou.r mois, ce qui porta la somme totale du médicament à des quantités inouïes, sans quoi l'on s'exposait au retour de tous les formidables accidents. Il n'y avait pas d'époque do préférence pour son emploi. Il était aussi bien donné an débutqu'au milieu ou à la fin, à quelque degré eten quelquo état que se trouvât la maladie; on put sans dommage délaisser la saignée et les autres moyens : l'opium suffit à tout. Il avait pour effet singulier de réveille)- vivement les malades, de dissiper l'engorgement cérébral*^, et avec lui tous les symptômes'. Qui ne voit que , si l'on ne perd pas de vue l'action physiologique de l'opium ou celle qu'il peut exercer

' Chauffard; Màd. pral.,ï, 162, 171-5-6-7-8, 181-2-5.

TRAITEMENT DES l'HLEGMASIES. G89

. tlireclement sur les tissus ou" sur. le sang, on ne réussira i.jamais à comprendre de sa part de pareils résultats, qui ^s'expliquent au contraire le plus heureusement du monde <si on le considère comme modifiant la lésion affective et .^supprimant par là le désordre circulatoire et la fluxion cérrébrale qu'elle avait excités?

Il ne faudrait pas, en effet, s'imaginer que l'effort moddéraleur salutaire que dans les maladies rhumatismales U'opium opère contre le trouble général et les fluxions. ou Ides phlegmasies qui peuvent en résulter, il serait suscepttible de le continuer contre les maladies de toutes sortes. III en est telles, au contraire , où il ne ferait qu'exciter, >iaggraver le trouble ; et de ce nombre sont principaleiiment les maladies phlogistiques. A s'en tenir pourtant à .jquelques assertions, éparses dans la science, il ne faudrait [.pas même élaguer ces maladies de celles où convient U'opium. Les médecins anglais en font un usage habituel ddans la pneumonie, à la dose de 15 centigram., et en même temps que de la saignée ; Grisolle l'a vu aussi trèsssouvent administrer dans la même maladie avec fièvre wiolente, dyspnée, sans qu'il ait jamais augmenté la fièvre, ssupprimc les crachats ou aggravé le délire ; et il est d'avis

Iqque lorsque le point de côté est intense, qu'il y a des quinte.-', ide l'insomnie, de l'agitation, l'opium peut être prescrit ssam hésitation ' . Mais les réserves ici exprimées par Gri- ^solle semblent révéler que dans sa propre pensée l'opium éétait destiné bien moins à la pneumonie elle-même qu'aux ééléments nerveux qui peuvent la compliquer. Et, dans Itous les cas, il ne serait pas difficile d'opposer à son avis ildes assertions entièrement contraires. Au dire de Cullen, ddans les inflammations et les liémorrhagies ac^^ue^, l'opium aa été condamné comme nuisible par les médecins de tous lies siècles^. Il est une phlegmasiequi, par son siège même

' Grisolle; Tr. de lapneum., 686.

Cullea; Mal. méd., Il, 252-7.

(jiJO THAllE U'UÉMA'IOLOUIE IJVNA.Mly UE.

et par sa nature, semble éminemment favorable à l'emploi de l'opium : c'est la dysenterie. Cependant, aussitôt qu'elle revêt le génie inflammatoire, il faut s'en défier. Il est des cas où, le foyer du mal n'étant même pas éteint, il réussit quelquefois à calmer des douleurs très-vives et trèsopiniâtres, mais non toujours sans désavantage et sans que son emploi puisse même devenir très-dangereux*; et s'il s'agissait de l'entérite vraie, les suites n'en seraient que plus à redouter.

On peut dire que cette contre-indication de l'opium est, d'une façon absolue, exclusive aux maladies pblogisliques, et cesse généralement d'avoir lieu pour toutes celles d'ordre spécial. Si, parmi celles-ci, certaines montrent parfois un reste de répugnance, c'est moins par le fait de leur nature propre que par quelque mélange avec celles d« l'ordre précédent. C'est principalement le cas des maladies bilieuses, qui, dans certaines occasions, courraientle risque d'être aggravées par l'opium. Mais aussitôt que leur génie n'est plus altéré ou dominé par un génie étranger, leur répugnance cesse, et elles redeviennent justiciables de noire agent. C'est ainsi que StoU s'en servit avec avantage dans la dysenterie bilieuse - ; et, d'une manière générale, les anciens étaient surtout d'avis que toutes les fois que ces sortes de maladies étaient arrivées au degré de pulridité, le même moyen leur convenait parfaitement^.

Il faut en dire tout autant de la phlegmasie catarrhale. Elle peut aussi s'allier au génie pblogistique , et l'opium aurait alors contre elle des inconvénients. C'est au moins l'avis formel de CuUen, qui cite un ccila.vr]ie plus inflammatoire survenu par une forte impression de froid, dans lequel un tel médicament pourrait être très-nuisible. Mais en dehors de cette complication, l'opium reprend tous ses droits, et, au dire du même CuUen, il est peu de maladies

* Zimmermann; Tr. do la dijs., 84.

2 Mcd. pral., IT, l 'iO.

^ Grimuiid ; Cours de fièvres, lll, 292.

THAITEMEXT DES PHLE&MASIES. G9 1

ùoù il soit plus fréquemment et plus utilement employé que rdans les catarrhales*. Huxham traila , sinon par l'opium, ddu moins pai' une autre préparation tirée comme lui du ppavol, Papaveris lacryma^ des pleurésies, des pneumonies oet des pleuropneumonies qui, en 1731, furent des plus iimeurtrières : multi moriuntur. Après la saignée et conjoiniitement avec le nitre et le camphre, il employait cette ssubstance dans le but d'apaiser la douleur, de relâcher les liflbres trop serrées, et de réprimer le cours trop rapide du -sang : Compescenclam nempe doloris véhément iam.... reilaxandi... nimiastrictura... rapidum nimis sanguinis curssumrepnmit-...G'Gst pendantlaplus grande fureur du mal, lalors que sévissait la toux la plus cruelle , que Huxham rrecourait surtout aux anodins : Si fiorebat tussis per totum umorbi impetiim... anodynis^. Si le grand praticien de IPlymoulh ne s'en remettait pas entièrement sur la saignée, lie nitre et le camphre, pour dompter l'agitation fébrile , oc'est que, parmi les éléments de ces phlegmasies , il en rrecon naissait un soustrait à ces moyens et redevable des sseuls narcotiques. Exemple, au surplus, remarquable en cceci, qu'à condition d'un caractère spécial bien accentué , cces derniers ne sont pas nécessairement contre-indiqués , iimème parles circonstances qui réclament impérieusement lia. saignée et les tempérants. Et ce ne sont pas encore là Ides seules phlegmasies catarrhales où l'action antiphlogisstique soit fournie par l'opium. Stoll traita heureusement la ddysenterie de cette espèce avec cet agent mêlé à la noix muscade, aidé des boissons tièdes abondantes et de la chalJeurdulit\ Enfin, àl'ophthalmie offrant le même caractère, non oppose la poudre de Dower et les sudoriflques, avec [iplus de succès que les évacuations sanguines^.

' CuUea ; Mat. méd.. Il, 259. ■■^Huxham; De Aer et Morh. epid., I, 64. » Ibid., I, 82.

* Méd. prat., II, 152.

* Sichel ; Tr. de l'ophlh., 205.

t)92 TIIAITÉ l/lIÉ\IAT()I,Oi;iE DYNAMIQUE.

380. Après la grande conformité de nature et d'origine que les maladies catarrhales ont avec les rhumatismales, il n'y a pas lieu de s'étonner que le même médicament puisse leur convenir à toutes deux. Mais l'emploi de l'opium s'étend à d'autres maladies spéciales, qui n'ont plus les mêmes rapports avec celles-ci. Au premier rang nous citerons les phlegmasies dépendant des fièvres exanthématiques, lesquelles auraient même ceci de particulier, que la teinte phlogistique dont elles se marquent ordinairement serait, moins souvent que pour les précédentes, une cause d'abstention pour le narcotique.

C'est à Sydenham que revient l'honneur de ce fait pratique. Nous avons noté l'usage qu'il fit de l'opium dans la variole simple. Mais si des douleurs violentes, des vomissemenls énormes, un cours de ventre, un transport au cerveau, annonçaient que la fièvre s'était localisée sur quelque organe, sa méthode ne changeait pas : c'était toujours à l'opium qu'il recourait, et il le donnait alors à doses copieuses, une fois, deux fois et jusqu'à trois fois par jour. Et ce qui prouve que le fond phlogistique de la maladie n'était pas pour lui un obstacle, c'est que l'indication du remède lui parut coïncider avec celle de la saignée, qu'il employait concurremment, et qu'il dut en proportionner la dose à l'âge et au tempérament des malades , ainsi qu'à l'état confluent de l'éruption. Et l'effet qu'il entendait produire au moyen de l'opium était bien toujours d'apaiser l'orgasme du sang, et de réprimer par lui les fluxions partielles qui pouvaient en résulter* .

Sydenham étendait à la rougeole les bienfaits de l'opium, et il a été suivi, dans cette double voie, par la plupart des praticiens. GuUen a, il est vrai, multiplié les réserves; il a objecté un état inflammatoire, fréquent dans la variole, constant dans la rougeole, à raison duquel l'opium serait nuisible. Cette dernière est surtout sujette à des irritations

< Syrteaham ; Méd. praL, I, 178 ; II,. 113, 14, IC, 18.

THAITEMICNT DES PHLE&MASIES. 693

pulmonaires qui le contre-indiqueraieiit plus particulièrement. Cependant GuUen n'en conclut pas moins à déclarer l'opium extrêmement utile dans ces maladies, à le regarder comme le moyen le plus efficace dans la variole confluente, et comme \e seul remède possible contre la toux, qui- complique toujours la rougeole elle-même'. Pierre Frank ne donne pas non plus l'opium sans discernement dans la variole et la rougeole. Mais s'il voit survenir la toux fatigante, le vomissement, h diarrhée, et surtout les accidents nerveux, spasmes et convulsions, qui amènent souvent la mort, il considère l'opiu m donné à forte dose comme l'unique ressource^ alors même que le caractère inflammatoire de la maladie est manifeste '^ La médecine contemporaine a confirmé toutes ces assertions et, dans ce même cas de délire et de convulsions compliquant la variole, elle déclare encore l'opium le sew/ remèrfe sur lequel on puisse compter Nous pouvons nous-même en rendre témoignage. Nous avons vu, pendant les divers exanthèmes, ces phlegmasies gastro-intestinales, ces dysenteries, que les émoUienls, les évacuants, les émissions sanguines, sont tout à fait impuissants à modifier, dont le traitement devient ainsi très-scabreux, et qui arrivent promptement à un degré extrême de gravité ou à un résultat funeste, si l'opium ne parvient pas à enrayer les lésions affectives d'où elles procèdent.

D'autres phlegmasies que les exanthématiques vont témoigner encore de la puissance antiphlogistique de l'opium. Nous en retrouverons plus tard un ordre tout entier, celui des intermittentes pernicieuses, où il obtient des résultats très-remarquables, et oii il remplace heureusement le quinquina, dans des conditions où l'emploi de celui-ci rencontre des obstacles. Il s'agit bien alors de

» GuUen; Mat. méd., II, 255-6-7.

2 P. Fraak; Méd. prat.. II, 38G, 49, 48.

ï Grisolle; Palli. inl., II, 257.

694 TRAITÉ D liKMATOLOfilIÎ DYNAMIQUE.

très-violentes inflammations cérébrales, pulmonaires ou abdominales, où la saignée et les débilitants n'auraient souvent que les plus désastreux effets, tandis que l'opium modère et dissipe momentanément la fluxion et permet d'attendre que le quinquina, en prévenant des fluxions nouvelles, achève de conjurer le danger. Les phlegmasies muqueuses doivent prendre place à côté de celles-ci. Dans la fièvre de Gœttingue, lorsqu'une diarrhée opiniâtre annonçait la souffrance des intestins, que le traitement antiphlogistique était des plus funestes, la rhubarbe saiis utilité, les purgatifs eux-mêmes peu avantageux, au moinsemployés isolément, on ne put trop se louer de l'efficacité singulière des opiats ' . La dysenterie puerpérale s'accommode trèsbien aussi de l'opium-. Toutes les fois que cette maladie se complique de putridité, elle réclame le même moyen'. Dans celle qui survient dans les fièvres maUgnes des pays chauds, Lind mettait en lui tout son espoir*. Et si nous abordons les maladies vraiment pestilentielles, l'indication n'en sera que plus rigoureuse. Lorsque, dans la peste, l'estomac est gravement affecté ou présente un excès d'irritation ou qu'il existe une diarrhée excessive, Pugnet ne voit guère que l'opium à administrer*. En dépit de nombreuses assertions contraires, Berthe expérimenta que l'opium, prudemment employé, était très-propre à calmer l'irritation gastrique de la fièvre jaune marquée par le hoquet, le vomissement, la crampe et la cardialgie extrêmes". Enfin, de nos jours, chacun a pu s'assurer que notre substance était l'unique remède de l'irritation intestinale propre au choléra asiatique.

En vain observerait-on que, dans ces dernières circon-

1 Rœderer et Wagler; Op. cil., lOi.

Biirns ; Trait, d'acoucli., 394.

'* Grimaud; Cours de fièvres, III, 386.

Maladie des pays cliauds, 16.

* Mêm. sur les fièvres du Levant, 193-4.

• Mal. d'Andal., 209-10.

TRAITEMENT DES PHLEfiMASIES. 695

rstances au moins, il ne s'agit que d'une seule espèce d'iri'ila- :tion plus ou moins légère, toujours la même, ayant, paraîtiil, pour l'opium une aptitude particulière , et de laquelle on ne saurait tirer des conclusions absolues pour l'action antiphlogistique de ce médicament. Il suffit qu'aussitôt .qu'elle est inflammatoire, la dysenterie, suivant l'observation déjàcitée de Zimmermann, conlre-indique formellement i l'opium, pour croire que son succès dans d'autres espèces (dépend, non du siège ni du degré de la phlegmasie, mais uniquement de l'action anti-affective qu'il exerce contre elles. Du reste, parmi les faits nombreux que nous avons ■ rappelés, il existe assez d'exemples de phlegmasies réelles I et parencbymateuses guéries par l'opium, pour que nous : ayons le droit d'affirmer d'une manière générale son pouvoir antiphlogistique direct. On voudrait lui marchander ce pouvoir. Cullen, qui, nous l'avons vu, est bien obligé de le confesser , qui se croyait certain comme cViii^ fait que l'opium prévient et dissipe l'irritation cérébrale d'où résulte le délire de la plupart des fièvres, y met pour condition qu'elle ne soit pas arrivée à l'état à! inflammation^ Mais ce n'est là qu'une réserve illusoire; sans doute, il sera toujours avantageux de prendre une maladie quelconque dans son premier élan, au moment même de sa formation : le principiis obsta est une vérité sempiternelle. Mais^un moyen qui réussit contre la fluxion qui commence ne saurait perdre ses droits contre cette même fluxion, une fois établie. Vérité surabondamment démontrée par les faits deSarcone et de Chauffard, oîi l'opium réussissait aussi bien au début qu'au milieu et à la fin. D'un autre côté, prenez une maladie phlogistique où va bientôt survenir le délire ; ayez soin qu'elle ne soit qu'à ses débuts, et essayez par l'emploi de l'opium de prévenir l'inflammation à laquelle elle tend. Qu'aurez-vous fait? Rien, sinon que vous aurez tout juste précipité l'accident que vous prétendiez arrêter , aucun

Trousseau et Pidoux ; Tr. de thérap., II, 20.

696 TiiMTÈ D'ii:;M.\TOi>or,ii-: dynamique.

moyen n'étant, clans ces circonstances, aussi propre que le narcotique à favoriser la fluxion, à aggraver la congestion qui se prépare. Preuve que ce dont il s'agit ici, c'est bien moins le degré où en sont les accidents que leur nature affective, que nous retrouvons partout el toujours dans nos théories.

381. Ce n'est pas tout de mettre en lumière, ainsi que nous croyons l'avoir fait, le pouvoir antiphlogistique de l'opium; il faut tâcher (le découvrir aussi le mode d'action d'où procède ce pouvoir. Ce qu'on fait surtout valoir de sa part, ce sont les effets physiologiques qu'il peut produire sur tel ou tel tissu ou organe ; c'est le privilège d'augmenter l'action du cœur et des artères\ la modification puissante qu'il détermine sur les appareils de la circulation el de la respiration, d'où résultent la chaleur^ la coloration de la peau., la sueur, la fréquence du pouls et des mouvements respiratoires'^ . Mais comment concilier de pareils effets avec l'action thérapeutique que nous constatons de la part de l'opium dans de nombreuses circonstances? Évidemment, dans toutes les phlegmasies, l'action du cœur et desarlères, la circulation et la chaleur sont exagérées ; et lorsque, pour certaines, tous ces phénomènes sont dissipés par l'opium, qui physiologiquement est susceptible de les produire , il n'y a qu'une raison pathologique toute spéciale qui puisse rendre comptede cette apparente contradiction. Les partisans de la paralysie vaso-motrice pourraient trouver ici un semblant de satisfaction : ils diraient quec'esten rendant aux artères et surtout aux capillaires le ton, la tension perdue, que l'opium parvient à dissiper la congestion, si tant est qu'un tel moyen soit susceptible d'exciter le ton de l'artère. Mais il resterait toujours à dire pourquoi l'effet n'est pas constant; pourquoi il est entièrement oppusr

' Mat. viécL, II, 2'i9.

- Gullca ; Mat. méd.. Il, 259.

TIIAITKMIÎ.S'T DES l'Hl.KGMASIES. 697

dans des espèces différentes. Problème dont la solution leur échappe entièrement.

A côté de cette exagération de l'appareil circulatoire, on a fait valoir pour l'opium un effet tout opposé, qu'il est difficile de concilier avec elle : on a dit que sa puissance stupéfiante relâche le tissu des vaisseaux ; que le sang, n'y ayant plus dès-lors qu'un cours lent, tardif, tend à les dilater, à remplir ceux des capillaires qui sont ordinairement vides, e[ que c'est ainsi que se forme la pléthore locale'. C'était, il est vrai, un moyen d'expliquer le pouvoir congestif habituel à l'opium; mais pour cela il n'était pas absolument nécessaire de supposer un effet contradictoire. Le premier, la surexcitation du système sanguin, suffisait parfaitement, et l'on peut même dire qu'il nous donnait dé" la pléthore locale et de son activité une idée beaucoup plus conforme aux faits. Dans tous les cas, que faire ici de ce même pouvoir congestif? Gomment en faire dériver celui ([u'a l'opium, dans certaines circonstances, de dissiper la congestion et de devenir curatif de la phlegmasie? Il est par trop clair encore que le mode d'action au moyen duquel il parvient à ce résultat est en formelle opposition avec celui que lui prête la physiologie.

A côté des effets de l'opium sur l'appareil circulatoire, on a invoqué aussi ceux qu'il exerce sur les centres et le système nerveux, et nous ne croyons pas qu'il soit davantage permis d'y chercher la théorie du fait pratique que nous analysons. Nous avons déjà maintes fois parlé des prétendus rapports qu'auraient les nerfs avec l'état phlegmasique, et montré comment ils ne nous conduiraient qu'à des résultats anti-médicaux. C'est en vain qu'on se prévaudrait à cet égard des faits qui semblent le mieux déterminés. Sarcone, nous le savons, prétendait bien attaquer et détruire directement par l'opium la douleur ou, comme il disait, le principe d'irritabilité, auquel il faisait jouer le rôle essen-

< Barbier; Mal. méd., III, 49.

098 TltAITÉ D lIKMAl'OLOGIli DYNAMIOIJE.

tiel dans sa pleurésie. Mais après discussion du fait, nous avons pu affirmer qu'il n'en était rien; que la douleur, n'étant qu'un effet secondaire, se dissipait seulement après que le traitementavaitrais un frein à la fluxion rhumatique d'où elle procédait. Dans d'autres maladies de mémo espèce, comme l'ophthalmie, on a fait valoir aussiV excitation nerveuse, et c'est elle qu'on a prétendu combattre en première ligne, pour prévenir l'effet sijmpaMiique quelle exerce sur le système satiguin' . Maïs l'excitation nerveuse, la douleur, n'est pas exclusive à la phlegmasie rhumatismale; elle ne se montre pas avec une intensité moindre dans d'autres espèces, la phlogistique entre autres ; et pour qu'elle pût être prise au sérieux, il faudrait que, dans tous les cas possibles, son importance fût égale, qu'une même nécessité s'attachât à son éloignement préalable. Ce qui est loin de se vérifier, car très- souvent l'opium n'aurait d'autre effet que d'activer la congestion, que d'aggraver la phlegmasie, et la douleur avec elle. D'où l'on peut inférer sûrement qu'il s'agit en cela de tout autre chose que de la douleur ou de V excitation nerveuse à calmer.

Comme les phlegmasies heureusement modifiées par l'opiacé sont principalement celles des membranes muqueuses, on pourrait être tenté de chercher les raisons de son succès dans l'action qu'il exerce sur les appareils de sécrétions. Mais s'il est vrai que cette action soit habituellement suivie delà sécheresse des muqueuses, elle n'est pas tellement constante que sur certaines au moins, comme la digestive, elle n'amène un résultat tout contraire, et ne provoque régulièrement le vomissement et la diarrhée, même administré par la peau". Ce n'est donc pas dans un pareil effet qu'on trouverait l'explication des résultats utiles de l'opiacé contre certaines formes do l'entérite, et principalement la dysenterie. D'ailleurs, ici

1 Sichcl; Tr. de l'ophth., 274.

2 Trousseau ot Pidoux ; Tr. de thérap., II.

TUAlTIiMKN'T DES PIILEGMASIIiS. byîl

comme partout , pour qu'on pût s'arrêter à une théorie de ce genre, il faudrait qu'elle pût s'appliquer indistinctement à tous les cas. Or, nous avons noté déjà ceux du catarrhe inflammatoire, où, d'après Cullen, lenarcotique est formellement contre-indiqué ; et, après avoir insisté en détail sur les difficultés de son emploi dans la dysenterie, Zimmermann observe en outre que cet emploi est particulièrement dangereux, aussi longtemps que la maladie persévère dans sa force*. A plus forte raison, dirons-nous, quand cette même force est un de ses éléments constituants et procède de son caractère affectif propre. Dans tous les cas, comme le pouvoir antiphlogislique de l'opium s'exerce maintes fois, alors qu'aucun appareil sécréteur n'est intéressé, ainsi qu'il arrive pour les phlegmasies de la plèvre, du poumon ou des muscles, il est permis de penser que quand il guérit les flux aigus des muqueuses, c'est plutôt en combattant l'irritation, c'est-à-dire la fluxion qui en est cause, que par un effet physiologique porté sur l'organe de la sécrétion. Un tel effet ne saurait donc être invoqué, non plus que ceux rapportés, soit au système sanguin, soit au système nerveux.

Si nous voulons pourtant réussir dans l'explication que nous cherchons , c'est partout ailleurs qu'aux théories organiques qu'il faut nous adresser. A part son action narcotique, qui n'est pas ici en jeu, il est certain que l'opium possède un effet excitant qui porte sur l'ensemble de la constitution, et par conséquent sur la force qui y préside. C'est à ce point de vue qu'il n'a que des effets désastreux sur les maladies phlogistiques et toutes celles qui s'en rapprochent par l'exagération du ton morbide, et qu'au coni traire il peut déjà rendre quelques services dans celles lOÙ les forces demandent à être soutenues ou relevées. ! Mais là n'est pas encore le secret de son succès spécial dans Uaphlegmasie rhumatismale. La constitution intime de celle-ci

' Op. cil., 303.

donne naturellement à supposer un élément d'irritabilité qui, avant de se fixer sur un tissu par la fluxion et d'y suivre ses effets habituels, siège déjà dans le sang, dont il concourt à désordonner les mouvements, tant généraux que partiels. Le génie rhumatique possède à cet égard un pouvoir entièrement semblable à celui manifesté par les génies bilieux, catarrhal, nerveux et autres. Seulement la dilïerence des résultats témoigne de celle des caractères. Or, c'est ce génie que l'opium a spécialement pour but de dompter; c'est l'affection rhumatismale qu'il est destiné à combattre dans son principe ; et c'est par là qu'il prévient ou dissipe, soit les troubles généraux, la fièvre, soit les fluxions locales qui en sont les conséquences. L'affection, modifiée, affaiblie, quanta son essence même, cesse dès-lors d'entretenir l'agitation qu'elle imprimait au sang, et ce n'est que par un pareil mode d'action tout spécial que l'on comprend bien les effets modérateurs de l'opium, en contradiction formelle avec le pouvoir éminemment exci- •tant, qui est son attribut essentiel, et qui semblerait, à priori, particulièrement redoutable, à raison du ton morbide exagéré du rhumatisme.

382. Le traitement delà phlegmasie rhumatismale ne s'absorbe pas en entier dans l'indication de l'opium. Il en est une seconde qui ne s'y rapporte pas d'une façon moins spéciale ni moins directe, et qui, à l'occasion, n'y rend pas de moindres services : c'est celle du vésicatoire. Il faut, à propos de celui-ci, répéter ce que nous disions tout à l'heure de l'opium. En faire un antiphlogistique proprement dit, absolu, c'est sans doute braver l'opinion commune, qui n'y voitguère qu'un moyen de révulsion, du reste assez mal défini. Mais une telle manière de voir ne saurait rendre raison de tous les effets du vésicatoire, et les faits les plus positifs nous autorisent à le considérer comme possédant le privilège de combattre la phloguiasie en elle-même et sans le secours d'aucune action accessoire ou détournée.

TIIAITEMKNT DES PH CEItUASIES. 701

C'est, disoDs-nous, dans les phlegQiasies, et en général dans les maladies rhumatismales, que se rencontrent a profusion les faits dont nous parlons. Sarcone tira le plus grand parti des vésicaloires dans toutes celles qui compliquèrent la fièvre de Naples. En présence d'une pleurésie ou d'une pneumonie, il s'abstenait scrupuleusement de toute émission de sang , même la plus légère; et quelles que fussent l'opiniâtreté et l'acuité de la douleur, il appliquait immédiatement un large vésicatoire sur l'endroit douloureux. S'il s'agissait de l'hépatite, c'était toujours sur l'endroit affecté qu'il faisait l'application, observant qu'il n'était pas indifférant de la faire sur un endroit sain, dans la pensée où il était que le vésicatoire avait pour effet de désemprisonner l' humeur, le caustique matériel , en un mot le principe aigu, qui causait, soit la pleurésie, soit l'hépatite'.

StoU a observé et décrit des cas entièrement semblables, I dans lesquels il a constaté les mêmes effets souverains du vésicatoire. Gomme Sarcone, il préférait le placer localeimenl, sur le point malade lui-même, et, comme lui aussi, iil ne se laissait pas arrêter par la violence de la fièvre ini l'intensité des accidents, tant il comptait sur l'effica- (cité antiphlogistique du moyen. Il vante ses beaux ré- •sultats contrôle rhumatisme, 7neîne inflammatoire et fé- Ibrile, même très-aigu, avec fièvre forte et pouls dur, ccomme celui des pleurétiques ; et il affirme avoir été souvent tétonné de son effet prompt et heureux^. Il exalte surtout sses succès dans \di pleurésie rhumatismale, quelle que soit (id'ailleurs l'exagération de la fièvre et de la douleur. Il ssemble même désigner celle-ci, d'une vivacité plus grande aalors que dans la vraie pleurésie , comme appelant plus partiticulièrement l'indication. A une telle douleur, il opposait souvent la saignée; mais si elle ne diminuait pas par ce moyen, il appliquait sur l'endroit souffrant un large vé-

1 Sarcone ; Op. cit., I, 163, 175, 240. - Op. cil., L 14, 17.

702 TilAlTK U HKMATOLOGIIi: OYNAMUjUE.

sicatoire qui l'enlevait bientôt complètement. Il ne fallait que trois quarts d'heure pour que le malade déclarât nen plus ressentir dii, tout, '^i devant la promptitude de ce soulagement, Stoll se demande s'il est permis de l'attribuer à Vérosion^ qui ne se produit que beaucoup plus tard, et s'il n'en faut pas chercher la raison dans un effet de toute autre nature' .

Si la phlegmasie change de siège, et quel que soit celui qu'elle affecte, pourvu que sa nature reste la même, le vésicatoire ne perd contre elle aucun de ses avantages. Le même Stoll l'employait toujours aussi utilement dans la dysenterie rhumatismale, et le plaçait, soit directement sur l'abdomeD, soit sur le sacrum, soit même sur un point quelconque précédemment occupé par le rhumatisme, quand la métastase était récente et manifeste^. Dans une autre dysenterie, qu'il avait qualifiée de nerveuse, mais qui paraissait plutôt catarrhale, Grimaud croyait également qu'un large vésicatoire, placé sur tout le bas-ventre, pouvait la guérir tout à coup^. Il n'est pas jusqu'à une forme plus accentuée de la phlegmasie intestinale, à l'entérite, pourvu qu'elle participe du génie rhumatismal, qui ne réclame avec la même utilité l'application du vésicatoire sur l'endroit douloureux* . Et il est une foule d'autres phlegmasies du même genre contre lesquelles on retire les mêmes avantages du vésicatoire, toujours appliqué aussi près du mal que possible. Nous citerons entre autres l'ophthalmie séreuse, provenant de l' humeur rhumatismale jetée sur l'œil, que Stoll traitait très-heureusement par le vésicatoire à la tempe. Nous citerons encore des maux de gorge de même nature, où, quelque graves qu'ils fussent, le vésicatoire appliqué sur toute la partie antérieure du cou rétablissait en quelques heures la faculté d'avaler ; ainsi

1 SloU ; Méd. prat., I, G3-'i.

2 Ibid., Op. cit., II, 17G, 78, 80.

^ Grimaurl ; Cours de fièvres, III, 156. Pierre Frank ; Màl. prat., II, 177.

THAITUMKN r UKri PH LliG.MASIES . 703

que des maux de dents ou des migraines cédant à la même application faite sar l'angle de la mâchoire ou auprès du siège de la douleur'. Partout, en un mot, nous voyons le vésicatoire triompher directement de certaines phlegmasies ou de simples douleurs qui, supposées appartenir à des. états affectifs différents, seraient souvent très-loin d'en retirer les mêmes avantages.

A raison de sa proche parenté ci-devant remarquée avec la rhumatismale, on pouvait déjà s'attendre à ce que la phlegmasie catarrhale se montrerait propice à l'indication du vésicatoire; et c'est ce que les faits viennent confirmer. Dans le catarrhe épidémique de 1733, qui dégénérait aisément en pleurésie et en pneumonie, si l'on négligeait par trop la saignée : ob missionem sanguinis diutius neglectam, Huxham retira le plus utile secours: certissimum levamen, de la prompte application du vésicatoire, malgré le fond inflammatoire de l'épidémie. Ce qu'il attendait d'un tel moyen, c'était d'éliminer une sérosité acre : cursum scilicet acris colluviei averlcndo, et de l'empêcher d'arriver sur le poumon". Dans les phlegmasies de toutes sortes soumises à son observation : angines, pleurésies, pneumonies, hépatites, dysenteries, qui toutes, à ses yeux, avaient un fond inflammatoire bien marqué, car il ne manquait jamais de leur opposer la saignée, Pringle ne trouve pas de moyen plus utile que le vésicatoire, bien que la qualité stimulante des cantharides eût pu le lui rendre suspect. Il l'appliquait largement dès le début, avant comme après la saignée, aussi prés que possible de Vendrait affecté, en travers de la gorge, sur le thorax, le foie, le ventre, et partout avec le même succès ; car, suivant ce qu'il assure, le malade était soulagé aussitôt qu'il en sentait la brûlure^. Les pneumonies nées sous le règne de la constitution dont

' SloU ; Méd. prat., I. 57, 60.

2 Huxham ; De Aer et Morb. epid., I, 81, 82. Pringle ; Obs. sur les mal. des ami., r,'2, 20, 31, 34.

704 THAITrî D llUMA r(JI,(j(ilH IJYNAMIf.lUK.

Fouquet nous a laissé l'intéressante histoire, s'accommodaient fort bien aussi du vésicaloire appliqué sur le sternum ' . Enfin, Caizergues en reconnut les utiles elîels contre les diverses phlegmasies qui compliquèrent la grippe de 1837, à Montpellier^.

Ainsi, voilà bien des phlegmasies qui, indépendamment de tout degré d'acuité ou d'intensité , sont très-heureusement modifiées par le vésicatoire, et cela d'une façon directe et absolue. Nous étudierons tout à l'heure par quelle voie il peut accomplir cette action antiphlogistique, si peu en harmonie avec ses eff'ets locaux, éminemment irritants. En attendant, pour demeurer convaincu que cette action est toute spéciale et ne peut se déduire que d'un rapport de nature entre elles et le génie aff'ectif de la maladie, il suffirait déjà de cette seule considération, qu'il s'en faut de beaucoup que l'application du vésicatoire soit aussi efficace dans toutes les phlegmasies; qu'il en est telle?, au contraire, très-voisines pourtant des rhumatismales par leur caractère phlogistique, où elle n'aurait plus que des résultats éminemment funestes.

383. Une espèce, en efl'et, qui répugne manifestement à l'emploi de notre moyen, c'est la phlegmasie pure. A cet égard, sa condamnation ne saurait être plus formelle ni attestée par de plus graves autorités. On lui reproche alors son action slimuLante , qui augmente la chaleur et la fièvre, et qui peut aller jusqu'à diiouiQv lone nouvelle lésion à celle qui existaitdéjà. Ses mauvais effets ont paru si peu contestables, qu'on voudrait s'en prévaloir pour le rejeter dans toute maladie fébrile^. Mais c'est là une décision jurant évidemment avec les faits que nous venons de rapporter, qui prouvent non-seulement que le vésicatoire n'est pas

' Fouquet ; Obs. sur la const. de l'an V, 101, 2 Rapport sur la grippe, 7G-7, 80.

^ Barbier ; Mal. méd., III, 591.

TIUITEME.NT UE6 l'HLKGMASIES. /UD

conlre-indiqué parla fièvre et l'irritation les plus violentes, mais qu'il est parfois le moyen exclusif et unique de les combattre et de les dissiper.

Quoi qu'il en soit, sa condamnation, dans la phlegmasie phlogisti lue, est prononcée par tous les praticiens. StoU. qui tira du vésicatoire un parti si utile dans les maladies aiguës de poitrine dépendant du rhumatisme et du catarrhe, le contre-indique formellement dans la pleurésie et la pneumonie purement inflammatoires, l'accusant alors d'augmenter la fièvre et l'inflammation* . Grimaud conflrm^^. pleinement ce point de doctrine, et , après avoir reconnu au vésicatoire une valeur spécifique dans la pneumonie rhumatismale, il déclare qu'il rfoi^ être évité dans celle qui est véritablement et exclusivement phlocjistique' . Et de nos jours Laëunec y est revenu avec une insistance nouvelle. Il le rejette absolument dans la période aiguë des maladies de poitrine, lui reprochant, dans le catarrhe et la pneumonie , d'augmenter la fièvre et la congestion, et dans la pleurésie d'a^ow/er à l'épanchement , c'est-à-dire d'opérer juste à l'inverse du but auquel on le destine, et de favoriser plutôt la fluxion inflammatoire. Il croit en outre que, dans la pneumonie, le vésicatoire est trop faible pour déplacer l'irritation ^. Mais cette raison n'en est pas une : nous venons devoir qu'en ce qui concerne la puissance antiphlogistiquedu vésicatoire, il n'est nullement question d'intensité ou de légèreté de la part de la phlegmasie; que du reste il est telle espèce d'irritation où il suffit parfaitement à la déplacer. Et d'ailleurs, après l'avoir accusé de prêter de la force à la congestion, n'était-ce pas une inconséquence de lui contester à l'occasion l'efl'et contraire, l'effet révulsif?

A ne tenir compte qhe des effets topiques ou physiques

' Stoll ; Méd. lirai., 1, 14.

Grimaud ; Cours de fièvres, II, 292.

^ Laiiniiec ; Ausc. mécl., T, I.jO, 487 ; II, 207.

706 TllArrK u'ilÈMATiJI.UC.Ili ijyNAMIyll':.

Ou vésicaloirc, on ne se ferait qu'une idée imparfaite de ses indications et contre-in.dications. Quant à la plaie qu'il détermine et à laquelle on attribue l'effet révulsif, on serait d'abord tenté de supposer qu'elle n'a nulle part un emploi plus utile que dans les plilegmasies d'un génie intense, violent, rebelle, et réclamant par suite les moyens les plus actifs; par exemple, dans la phlegmasie pure ou phlogistique. Et, nous le voyons ici, c'est précisément celle où cet emploi est formellement conlremandé. D'un autre côté, après avoir établi en principe que l'état phlegmasique est représenté dans le sang par une formation surabondante de fibrine , l'Hématologie enseigne de même que le vésicatoire, aussi bien que toute autre plaie ou irritation de la peau, entraîne nécessairement une semblable formation. Il en résulte que le vésicatoire ne pourrait qu'augmenter la condition morbide de la phlegmasie', et qu'il y aurait déslors entre les deux l'antagonisme le plus tranché, d'autant plus que le vésicatoire est en possession d'un second effet tout aussi constant et tout aussi bien trouvé, celui de dépouiller le sang d'une partie de sa sérosité et de le rendre ainsi plus jjlastique'-. Il s'en faut pourtant bien qu'il en soit ainsi, car, à part l'espèce plilogistique, toutes les autres espèces s'accommodent très-bien du vésicatoire, et, tout en admettant pour elle une proportion de fibrine moindre que pour la première, celle que provoque le vésicatoire, en ajoutant à cette proportion , n'irait sûrement qu'à les aggraver. Or, cela se vérifie si peu, que celle de ces phlegmasies spéciales où surabonde plus particulièrement la fibrine, l'espèce rhumalismale, est, de toutes, celle qui a le plus d'affinité avec notre épispastique. De sorte que, dans les deux cas, l'estimation de l'action de celui-ci par ses effets physiques nous conduirait, avons-nous dit, tout juste au rebours de la réalité.

1 Andral ; Ilômat., 12'i.

••i Pion-y ; Méd. pral., III, 194.

TUAITEMENT DES l'Hl.KGMASIES. 7U7

L'espèce phlogislique est celle et à peu près la seule où le vésicatoire est contre-indiqué. On voudrait toutefois en dire autant de la phlegraasie bilieuse, invoquant en témoignage les autorités les plus graves et les plus autorisées, celles de Valcareugbi , de Borelli , Richa, (juidelli, Van Swieten, Tissot, Bianchi , qui l'ont condamnée dans cette phlegmasie. Mais cette condamnation paraît s'adresser bien moins au génie bilieux lui-même qu'à certains états qui peuvent le modifier, et tout d'abord à son état de putridilé, lequel, dit-on, ne pourrait qu'être augmenté, aggravé par le vésicatoire : putredinem auget sicque morbos putridos auget' . StoU en a porté un jugement analogue. Lui qui est d'avis qu'une fois les évacuations abdominales opérées, le vésicatoire peut remplir toutes les indications , il le proscrit ta7it que le système gastrique n'est pas net; il en donne pour raison l'effet qu'il aurait de provoquer ïabsorpition et le passage de la saburre dans le torrent de la circulation^. Mais c'est là un effet très-scabreux, bien ditficile à concevoir, et au sujet duquel l'accord est d'ailleurs bien loin d'être unanime; car Biancbi, tout en condamnant le vésicatoire , lui attribue un effet diamétralement contraire, celui de dépouiller le sang des éléments nuisibles qu'il peut contenir, de ce qu'il appelle ses aiguillons malfaisants: speculis suis dolorificis, et d'ouvrir la voie à l'élimination d'un sérum très-âcre et très-chaud: viam ad emanationem seri acrioris et valde ferventis aperiunt^ . Ce n'est certes pas un pareil effet qui serait à redouter dans les cas de putridité bilieuse. Aussi bien ce fait pratique lui-même est loin d'avoir été suffisamment établi. Sous le règne de la constitution dont il nous a laissé l'histoire, et après avoir vu, dans la première période de l'épidémie, se produire de violentes inflammations des poumons et des parties voisines,

1 Tissot ; Fehr. bil. Laus., 64, 06.

2 StoU ; Méd.prat., I, 68, 69.

» Bianchi ; IJisL hcj}., I, 298.

"^O TitAlTi: UllÉMATUl.OGIl-: OYNAMlyUli.

Finke observa (jue plus lard, dans la seconde période, la fièvre prit quelquefois la forme de la phrénésie avec beaucoup de tendance à la pulridUé, et, quelle que fut d'ailleurs la complication de plilcymasie qui intervioil , il fit souvent appliquer le vésicatnire, et toujours avec succès*. La putridite bilieuse ne contre-indique donc pas nécessairement le vésicatoire, et s'il arrive dans certains cas qu'il y soit impuissant, c'est alors que la dépression des forces est poussée trop loin pour qu'il puisse contribuer à les rétablir.

Si tant est que notre phlegmasie arrive parfois à répugner au vésicatoire, ce serait plutôt par la raison contraire, alors qu'elle participe ou qu'elle se complique plus ou moins du génie plilogistiqiie, ainsi que cela peut lui arriver, principalement à son début, de même, au reste, qu'à quelques autres. Mais c'est toujours en vertu de l'antagonisme du vésicatoire avec ce génie phlogistique et en proportion du degré de celui-ci; nullement pour rien qui tienne en propre au génie bilieux. Gela est si vrai que, en dépit de ses préjugés théoriques et dans la pleurésie inflammatoire ellemême, d'(jùil l'excluait en principe, StoU n'attendait, pour prescrire le vésicatoire, que la survenance d'une affection bilieuse des premières voies, annonçant qu'elle avait dégénéré de son génie primitif-.

384. C'est donc à tort que l'on contesterait l'utilité du vésicatoire dans la phlegmasie bilieuse, et à plus forte raison dans aucune des autres espèces en dehors de la phlogistique. Citons tout d'abord la phlegmasie muqueuse, qui prend ce nom, moins du système qui la subit ordinairement que de l'affection que les anciens rapportaient à la pituite, et dans laquelle De Haën signale expressément l'indication du vésicatoire. Et, attendu que dans cette espèce le mal siège principalement sur la surface interne.

» Finko ; Épid. de Teckl., G7, 69, l'iS. 2 Stoll ; Mcd. pral., I, 70, 7-2.

THAITEMENT DlîS l'HLKGMASlIiS. 700

par suite de la cori'espondance de ccllo-ci avec la surface culanée, et de l'idée générale qu'on se fait de la révulsion, il paraîtrait naturel de supposer que le vésicatoiro n'agit qu'en appelant sur l'une des surfaces l'irritation siégeant sur l'autre. Mais pour que cela fût vrai, il faudrait que cet heureux résultat fût constant, fût assuré dans tous les cas, et cela n'est pas. Il est au contraire telle espèce où l'on déclarequele vésicatoire, incapable de déplacer la phlegmasie, ne fait que l'aggraver, et avec elle les troubles généraux, par la raison que non-seulement l'irritation de la peau se répète sympathiqucment sur la membrane la première enflammée, mais que les cantharides fournissent à r absorption des particules très-dcres, qui vont porter leur irritation sur les grands foyers de l" économie^ Ov ^ si dans d'autres espèces le pouvoir antiphlogistique du vésicatoire est incontestable, il faut bien admettre que c'est par une tout autre raison que par le déplacement ou la révulsion qu'il peut opérer.

Quant à ce pouvoir, pour trouver les faits qui l'établissent, on n'a qu'à les chercher. Ain '.i, dans l'angine qui complique souvent la fièvre gastrique, un moyen très-utile qui, ainsi que StoU avait eu occasion de s'en convaincre, suffità rétablir très-prochainementla liberté de la déglutition, c'est l'application d'tm large vésicatoire sur toute l'étendue de la gorge Et, supposé que la phlegmasie occupât un tout aulre point, les bronches ou les intestins, le succès du même moyen n'en serait probablement pas diminué. Van den Bosch cite des pleurésies et des pneumonies qu'il qua lifie de vermineuses, dont nous connaissons la parenté avec l'affection pituiteuse, et dans lesquelles le vésicatoire opéra aussi très-heureusement ^ Toutefois, il faut à ce sujet renouveler les réserves faites à propos de la phlegmasie

' Broussais ; Phleg. chron., III, 94-95. 2 Grimaud ; Gonns de fièvres, tV, 101. Uisl. epid. verin 271 .

710 'ntAniî n'iiKMATOi.ociK nvNAMiyrjic.

bilieuse; il pouL arriver que colle denalure muqueuse comporte UD corLuin génie phlogisLique, qui n'admet le vésicatoire qu'avec ménagement , ainsi que llœderer et Wagler s'en assurèrent dans leur épidémie. Appliqué trop tôt. ils l'accusent d'aw^meî?fer /a tendance à la résolution: ce n'est que^^w^ ^ar<i, principalement a^?rè5 le stade putride , qu'ils lui reconnaissent le pouvoir d'aider les progrès de la nature et de provoquer les crises ou de les remplacer \ Mais il ne faut pas oublier que la fièvre de Gœtlingue possédait un caractère inflammatoire qui ne fit que se développer par le fait même du progrès de l'épidémie, puisqu'il finit par se montrer prédominant et par fournir une solution de l'état muqueux, en se substituant à lui. De sorte que c'est bien ce caractère inflammatoire et non le génie propre de la fièvre qui apportait ici cette incertitude dans les résultats du vésicatoire^.

La phlegmasie nerveuse, qu'elle appartienne à l'une ou à l'autre des deux formes que les anciens appelaient putride ou maligne, la phlegmasie nerveuse est un nouvel exemple du pouvoir antiphlogistique du vésicatoire. Tout le monde connaît les bons elïets que Sydenham en retira dans la fausse péripneumonie, appliqué entre les deux épaules, siège Irès-lieureusement choisi, en cela qu'il rayonne avec un succès égal sur la tête et sur la poitrine, les deux points intéressés. La pratique a entièrement consacré l'utilité de cette application. Huxham, qui contre-indique le vésicatoire dans la pneumonie inflammatoire, déclare que, dans celle qu'on a appelée fausse, il ne faut jamais le négliger^. Aussitôt qu'il reconnaissait le génie nerveux d'une phlegmasie , c'est principalement à l'ôpispastique qu'il avait recours. Il l'appliquait, dans la pneumonie, sur toute la longueur du rachis: acapite ad calcem. Contre l'angine,

' Rœderer et Wagler ; Mal. muq., 108, 133. a Ibid., Mal. muq.. 64, 39.

Huxhain ; Ess. sur les fièvres, 275, 2 97.

TRAITEMENT DES l>IILE(jMASlES. 711

c elait au-devant du cou : ad collum anterius, le regardant comme un remède sûr et très-efficace, quoique peu usité de son temps: tuko^n satis et valde effîcax remedium, etsi haudusitatum^. C'est au reste un point pratique sur lequel l'avis est unanime: contre toute phlegraasie nerveuse, l'emploi du vésicatoire occupe le premier rang. Dans la pneumonie de ce nom, il rend tous les jours les plus signalés services ^ Suivant la remarque de Tissot, Zimmermann et autres, la dysenterie maligne s'en trouve également bien appliqué directement sur le ventre^ El sur un siège différent , sur la plèvre ou les bronches, on peut être sûr que la phlegmasie nerveuse n'aura rien perdu de ses aptitudes pour le vésicatoire.

Il a des rapports encore plus étroits avec la phlegmasie érysipélateuse. Il est très-remarquable que dans l'érysipèle lui-même, placé sur le centre de la tumeur, et, tandis que d'après les idées vulgaires il ne devrait avoir d'autre résultat que d'aggraver tous les phénomènes de la fluxion, le vésicatoire la modère au contraire et devient un des moyens les plus prompts et les plus sûrs de la dissiper. C'est surtout alors que ce même érysi pèle, grâce à sa nature éminemment septique, menace d'aboutir rapidement aux complications les plus graves et aux mortifications les plus étendues; c'est alors que le vésicatoire déploie la plus souveraine puissance , prévient la gangrène, arrête tous les accidents, tant généraux que locaux, et réduit le mal aux proportions les plus inoffensives. Il n'y a pas ici d'illusion à se faire. Celte tumeur, avec sa rénitence, sa coloration, sa température élevée, l'excès de sa sensibilité, quelque modifiées qu'elles soient, n'en est pas moins une tumeur inflammatoire. Faites abstraction de son caractère érysipélateux ; considérez-la comme un phlegmon ordinaire, et vous trem-

' Huxham ; De Aer. et Morb. epid., II, 19, 152. •2 P. Frank; Méd. prat.. II, 114.

•* Zimmermann -, De la di/s., 346,

71"2 TKAITÉ l)'llÉM/>l'OLOGIlC DYNAMIlJUIÎ.

blerez ti la seule idée de lui appliquer un moyen que nous regarderions, à juste lilre, comme incendiaire et capable de provoquer les perturbations les plus graves, parmi lesquelles la gangrène n'est pas impossible. Et pourtant, dans le phlegmon érysipéluteux , le vésicatoirc est juste le secours suprême qui doit conjurer cette même gangrène avec tous les autres accidents, c'est-à-dire le seul capable d'exercer alors, en réalité, le pouvoir antiphlogistique. Si nous nous en tenons à l'eÊFet topique, à l'irritation, à l'érosion de la peau, produites par le vésicatoirc, et que nous ne sachions pas apercevoir un rapport dynamique entre la nature du mal et le mode d'action du remède, vous ne comprendrez jamais rien à de tels phénomènes.

Toutes les fois que la phlegraasie comportera ce caractère sepiique, comme il arrive dans les diverses pestes, on pourra être sùr que le vésicatoire n'aura rien perdu de ses effets résolutifs. Et il se passe alors cela de particulier que, tandis qu'appliqué sur la peau saine le vésicatoire ou tout autre irritant a souvent la gangrène pour résultat, il peut, si on le place directement sur le point malade, la prévenir en conservant toute son action bienfaisante. Ainsi, posé sur les bubons, parotides et charbons pestilentinls, alors même qu'un état de rougeur et de réaGtion annonce de leur part un haut degré inflammatoire, le vésicatoire, changeant leur mode morbide , accélère leur maturité et leur suppuration*. N'en serait-il pas de même dans toute phlegmaeie interne? Notre épispastique est trop bien approprié à la fièvre jaune et, suivant Lind, à toutes les maladies des pays chauds, pour douter de ses bons effets dans les phlegmasiesqui en dépendent ^ Quant à celles qui compliquent souvent le typhus, il est incontestablement un des meilleurs moyens de traitement , et, suivant le siège qu'elles occu-

1 Pugnet ; Épid. do Syrir, 145.

2 Devèze -^Fièvre jaune, 28(j.

TRAITKMICNT DES l'Hl,E(iMASIES. ' • J

penl. Hildebranc. fait un précepte de l'appliquai' directement sur la tête, la poitrine ou le ventre ' .

385. Après tant de faits, nier le pouvoir antiphlogislique du vésicatoire n'est pas possible; il s'agit seulement de le comprendre et de le théoriser. S'il fallait s'en tenir à l'opinion commune, le but du vésicatoire serait purement d'opposer à la douleur, à l'irritation, à la fluxion, constituant la phlegmasie, une douleur, une irritation, une fluxion nouvelle, ayant le privilège de les détruire en s'y substituant. En d'autres termes, tout son effet serait dans la révulsion. Nous nous sommes déjà occupé de la révulsion, principalement à l'occasion des diathèses, et nous croyons avoir établi combien l'on est en droit de se défier des idées couramment professées sur ce sujet ; le traitement des phlegmasies va nous fournir des arguments bien autrement importants.

Ceux pour qui le stimulus ou la douleur sont l'élément essentiel et primordial de la phlegmasie , ont dû naturellemeni s'imaginer gue le vésicatoire, qui la combat, avait pour principal efiét de déplacer, d'appeler sur un point moins otiénsif ce stimulus et cette douleur, et, en les diminuant ou les supprimant sur le point d'abord envahi, de couper court aux phénomènes qu'ils provoquaient et entretenaient. C'est l'opinion qui fut soutenue avec le plus de faveur dans la grande et solennelle discussion qui eut lieu sur ce sujet, il y a quelques années, à l'Académie impériale de Médecine. Mais, en dépit de l'opinion hippocratique, il entre certainement une grande illusion dans cette manière de voir. D'abord, il est beaucoup plus difficile qu'on no le pense de déplacer , de révulser la douleur par une autre douleur; pour s'en convaincre, on n'a qu'à essayer du vésicatoire à distance contre la névralgie, qui est bien la douleur véritable, essentielle. D'un autre côté, nous

' HildebraQd ; Typh. conlag., 242-4.

714 THAITÉ U IlKMATOLOGllî UYNAMIQUIi.

sommes cdiflé sur lo rôle réel de la douleur dans la phlegmasie. Nous avons établi que, bien loin d'être primitive et d'exercer une action étiologique , elle n'est qu'un pur résultat, une conséquence de l'impression faite sur les tissus et sur les nerfs par l'arrivée du sang qu'amène la fluxion ; de sorte que le seul et efficace moyen de la combattre est de diminuer, de ralentir cet abord du sang, de s'opposer à cette fluxion, ce qui constitue un fait moins simple, moins direct, dirons-nous, moins physique que l'impression douloureuse du vésicatoire.

S''il s'agissait réellement d'opposer une douleur ou un stimulus nouveaux à ceux qui siègent déjà comme éléments de la phlegmasie, il y aurait lieu de s'étonner que l'art se soit appliqué à affaiblir l'action locale du vésicatoire, à rechercher comme un progrès l'adoucissement de l'irritation qu'il détermine. Il semble au contraire que celui qui cause l'impression la plus vive aurait dû être préféré. Bien plus, il faudrait grandement admirer que, depuis l'origine delà médecine, une seule substance, un épispastique, toujours le même, aient étéjugés susceptibles d'exercer l'action révulsive. Il ne manquait pas de corps, chimiques ou non, pouvant fournir des elïets irritants plus actifs, plus intenses, plus prompts que la cantharide; on en a essayé et proposé plusieurs : l'eau bouillante, l'ammoniaque liquide, le marteau de Mayor; et si aucun n'a pu, nous ne dirons pas prévaloir, mais conquérir l'emploi médical le plus modeste à côté de l'épispastique classique, n'est-ce pas que l'irritatioui que la douleur ne font pas tout, et cela seul ne doit-il pas nous engager à chercher pour le vésicatoire un mode d'action tout différent?

Que parle-t-onau reste d'irritation et de douleur, comme nécessaires pour révulser les mêmes phénomènes entrant dans la constitution de la phlegmasie ? Est-ce que tous les joursi dansletrailement de celle-ci, nous ne réussissons pas à enrayer le mouvement fluxionnaire, c'est-à-dire, eu définitive, àopérer la révulsion avec des moyens qui n'ont rien

•rilAI'niMKNT DES l'H LUGMASIES. 715

(ie commun avec ceux dont il s'agil? Quand c'est, parexemple, à l'aide du vomitif ou du purgatif, ou encore des sudoriflques, où est la douleur faisant le contre-appel de celle qui est liée à la phlegmasie? Dira-t-on qu'à défaut de douleur, on a du moins l'activité vitale surexcitée à la surface interne ou externe, qui agit dans le même sens ? Ce ne serait encore là qu'un vain refuge, auquel nous opposerions les cas dans lesquels ce sont les altérants ou l'opiumquiexercent l'action antiphlogistique, par conséquent révulsive, car partout et toujours le but suprême est de détourner du foyer de l'inflammation le courant sanguin qi i l'entretient, et l'on ne sera pas tenté d'attribuer à de pareils moyens, surtout à l'opium, le moindre effet d'irritation, de douleur ou d'activité vitale.

D'ailleurs, nous ne devons pas craindre de le redire : à ne considérer dans le vésicatoire que la douleur, l'irritation, la petite plaie qu'il occasionne , comme ces divers effets sont dans tous les cas identiques ou analogues, on serait amené à conclure à l'identité de ses résultats thérapeutiques dans toutes les espèces de phlegmasies. Or, il n'est pas un praticien qui ne soit convaincu du contraire. Non-seulement après avoir remporté son plus grand triomphe dans les affections rhumatismale et catarrhale , le vésicatoire n'obtient plus que des succès relatifs dans la plupart des autres, mais il est formellement contre-indiqué dans la phlegmasie phlogistique et celles qui peuvent tenir de ce caractère. Gomment concevoir une semblable différence si l'on ne tient compte que de ses effets irritants locaux? S'il est vrai que cette dernière [)hlegmasie se distingue par l'intensité, la plasticité de ses phénomènes, la violence de la fluxion, ne semble-t-il pas que ce serait particulièrement contre ehe qu'on aurait besoin de la révulsion la plus active et la plus paissante, telle qu'on peut l'obtenir du vésicatoire, renforcé par tout ce qui ajoute à son énergie ou par sa position dans le plus proche voisinage du mal? Si c'est pourtant tout le contraire qui se vérifie,

716 TllAlTÉ o'iIÉMATOLOfilK DYNAMIQUE.

qui ne voit que l'effet irritant local n'explique absolument rien, et que c'est partout ailleurs qu'il faut chercher la théorie ?

C'est surtout dans ce cas de l'application du vésicaloire sur le siège même de la phlegmasie que l'on voit clairement le peu dû confiance qu'inspirent les considérations purement solidistes. Gomment se résigner à croire que l'irritation, le stimulus locaux, dans lesquels on fait consister l'origine de la phlegmasie et dont la neulralisalion préalable devient ainsi indispensable; comment croire qu'ils puissent être amendés ou supprimés par un moyen qui [)récisément n'a pas d'autre etïel que de produire une stimulation et une irritation bien supérieures? Essayerait-on de dire que lorsqu'à une bronchite, à une pleurésie ou une pneumonie, on oppose le vésicaloire placé directement sur le thorax, tout prés du point enflammé, c'est toujours dans l'intention vulgaire de déplacer l'inflammation, de lui faire quitter le tissu pulmonaire où elle siège, pour l'altirersur la peau? Ce serait là, il nous semble, une théorie un peu illusoire. Il est très-chanceux d'admetlre qu'à une aussi faible distance l'irrilation factice soit susceptible de se substituer à l'autre sans dommage. Très-probablement elle ne ferait le plus souvent que retentir sur le tissu déjà malade pour aggraver tous les accident?, ainsi que le redoutait Broussais. Et puis, il faut toujours se rappeler l'espèce phlogistique, celle, disons-nous, où l'on aurait intérêt à opérer déplus près, en vue d'une action plus intense, et qui, de près ou de loin, repousse également le vésicatoire d'une façon invincible. D'ailleurs, le plus grand triomphe du vésicatoire a lieu toutjuste dans les cas où il peut être appliqué immédiatement sur le tissu malade , comme dans la pleurodynie ou l'érysipèle. Ici on n'a plus, que nous sachions, la ressource de parler de déplacement, et si noire épispastique n'en obtient pas moins son effet anliphlogistique accoutumé, il faut bien lui chercher une tout autre action, et une action d'autant plus puissante qu'elle doit

TRAITEMENT DES l'Hl.lCGMASIES. 717

réussir ici en dépit de l'impression locale, qui semblerait, au pis aller, susceptible de tout aggraver.

386. Les quelques faits que nous venons de relever sont de nature à nous faire concevoir combien étroites, insuffisantes, fautives, sont les idées que l'on se fait communément de la révulsion. Mais la science positive, qui aspire à tout changer, a essayé d'y porter sa lumière ; il s'agit de voir avec quel succès. Par la découverte de l'action réflexe, elle s'est cru en état de donner de la fluxion une théorie toute mécanique, et, cela va sans dire, la même théorie en sens inverse devait tout oalurellement s'appliquer à la révulsion. Nous avons montré précédemment ce qu'il en est de la première ; voyons maintenant si l'action réfléxe doit profiter davantage à la révulsion, et en particulier au vésicatoire.

De quelques considérations savantes, de quelques preuves anatomiques qu'on ait voulu étayer l'action réflexe , elle n'est jamais, avons-nous dit, qu'une seconde édition du stimulus, une façon de le produire de seconde main. Appliquée à la révulsion, cette action ne pouvait manquer de participer à tous les inconvénients du même stimulus.

On commence par réclamer pour le système nerveux une part immense dans la production de l'inflammation. On voit sur deux lapins, dont l'un a eu le nerf sciatique coupé, Cl. Bernard enfoncer dans la jambe une écharde; et tandis que sur celui-ci la fièvre est nulle et qu'une légère exsudation existe à peitie autour du corps étranger, sur l'autre, dont le nerf est intact^ la fièvre est très-vive et lej)us se montre en quantité considérable. On en conclut que le système nerveux est l'intermédiaire obligé de la congestion et de l'eœsudation\ Nous n'en voyons pas la raison ; cela prouve tout au plus que les nerfs sont un des éléments

' M. Reyuaud ; De la révulsion ; Th. pour l'agrégation, 106.

718 TiiAiTi; D'iiÉM.\Tor,o;;ii-; dynamique.

actifs de la vie; que la partie qui en est privée ne sent, ne Ibnclionne, ne réagit plus comme à l'ordinaire. Au lieu de la section des nerfs, supposez la ligature des artères: les choses ne se passeront pas proiîableraont d'une manière différente, et vous ne consentiriez peut-être pas à faire de celles-ci et du sang qu'elles amènent, l'agent, l'intermédiaire obligé de la congestion ; à quoi elles auraient pourtant bien plus de droit.

Quoi qu'il en soit, de cette prépondérance prêtée au système nerveux découlait naturellement celle de certains phénomènes qu'on y rapporte, et auxquels on fait jouer un rôle important dans l'inflammation, c'est-à-dire l'irritalion et la douleur ; et il en découlait de même l'obligation d'opérer contre celles-ci pour venir en aide à l'autre, principalement d'aspirer à les déplacer. Seulement la science exacte ne pouvait pas se borner à dire, en vertu du vieil axiome, qu'une impression provoquée en un point a le privilège de faire taire une impression agissant sur un autre point. Elle s'est mise en devoir d'en donner l'explication anatomique. Elle parle longuement de cellules, de tubes nerveux, de courants, d'arcs et de circuits nerveux, de sensations associées, de pliénombnes d' extériorité, et elle conclut à dire que, de même qu'un stimulus morbide engendre la douleur réflexe d'un point éloigné, de même un stimuluswï27e peut, A'une façon analogue, annuler une congestion morbide ' .

Qu'en dites- vous, amice lector, et devant ce pathos anatomico-physiologique vous sentez-vous émerveillé, et le fameux: Voilà pourquoi !. .. deSganarelle ne vous revientil pas naturellement à la bouche? On prétend nous donner l'interprétation scientifique de l'ancienne théorie ! Mais, en conscience, nous la fait-on mieux connaître? Nous démontre-t-on, non-seulement l'existence de ces arcs, de ces circuits, de ces courants nerveux, mais leur origine, leurs

' M. lleynaud ; De la révulsion, 100-L

TltAlTEMKNT DKS l'HLlCilMASIUS. 71!-»

modes divers, seuls capables de nuus expliquer pourquoi la révulsion eu général et le vésicatoire en particulier n'oblieunenl pas toujours et partout les mêmes effets ; pourquoi, utiles ici, ils ne sont que nuisibles ailleurs? Et, en définitive, après vos grandes explications, la révulsion nous est-elle mieux connue que par l'antique aphorisme exprimant que de deux douleurs simultanées : Duobusdolo-

ribus l'une tend à suppléer, à remplacer l'autre ? Que

parle-t-on, d'ailleurs, de stimulus morbide, de stimulus utile? Gela pouvait avoir un sens lorsque le stimulus avait quelque raison d'être pris pour le phénomène initial de l'inflammation. Mais nous savons qu'il n'en est rien : il n'en est que le résultat, un phénomène de seconde main ; et dès-lors c'est en pure perle qu'on viserait à opérer sur lui. Aussi la pauvre science exacte est-elle réduite la toute première à douter de sa théorie, avouant tristement qu'elle n'est encore que probable, qu'elle contient beaucoup d'mconnues, et passe-t-elle lestement à une autre.

On voit qu'eUe comprend elle-même le caractère secondaire des phénomènes nerveux de la douleur, et elle se résigne à remonter plus haut. Elle établit alors que lasen- . sibililé d'un organe est en rapport avec la quantité de sang qui le parcourt ; qu'un moyen physique ou mécanique qui diminue celle-ci doit atténuer ou supprimer la sensation douloureuse^ Ceci n'exprime pas toute la réalité du fait. Lorsque le sang vient distendre douloureusement les vaisseaux d'une partie enflammée, ce n'est pas proprement qu'il se borne à augmenter la sensibilité des nerfs, c'est qu'il lèse leur tissu dans le désordre qu'il fait subir à la partie I tout entière ; et c'est, croyons-nous, un peu différent. Il I n'en est pas moins vrai que la science exacte substitue ainsi 1 l'hyperéraie àl'actionnerveuse, et cela nous suffit. Pleureuse ■si elle parvenait à tirer meilleur parti de l'une que de I l'autre!

' M. Rcynaud ; Op. cil., 109 .

720 TUAITi; d'hÈMATOLOCIU DYNAMIOL'H.

Ici, le courant norveux de l'action réflexe n'a plus pour objectif les nerfs de la partie enflammée, du moins ceux qui lui donnent sa sensibilité, mais un ordre particulier de nerfs qui président au mouvement, aux contractions des capillaires, les vaso-moteurs, et l'on proclame que ées nerfs influencés par l'action réflexe issue de l'effet révulsif, rétrécissent le calibre des vaisseaux, et par là s'opposent à l'hyperémie, à l'inflammation. Mais, d'abord, quel étranglé hasard que le révulsif aille retentir tout juste sur les nerfs intéressés et point ailleurs ! De plus, est-ce par des faits bien démontrés et par les justes déductions qu'ils pourraient fournir qu'on arrive à cette conclusion? Nullement. On a précédemment admis que, pour produire la congestion ou la phlegmasie, l'action réflexe a dû tout d'abord provoquer la dilatation, même la paralysie des vaso-moteurs, et, à brûle-pourpoint, on trouve très -logique de penser que si la révulsion guérit, c'est qu'elle opère leur coutraclionV Ce n'est pas plus fin que ça, et c'est, ou en conviendra, une façon de procéder par trop commode ; et pour la science, qui ne veut croire qu'à ce qui se voit, se démontre, à ce qui nous est révélé par les sens externes, c'était bien le moins qu'elle entreprît de nous dire comment une sensation externe peut d'abord déterminer le relâchement des vasomoteurs, et comment, l'instant d'après, une sensation semblable ou analogue en vient produire la contraction. Gela valait la peine qu'on s'y arrêtât ! Mais point. Un grand nom patronne l'action réflexe, et la foule des croyants applaudit, sans s'inquiéter le moins du monde des difficultés qu'elle peut rencontrer, sans sourciller devant ce résultat diamétralement contraire attribué à un même moyen!

387. Toutefois la science exacte n'a pu se dissimuler à elle-même de telles difficultés, et tout ne lui a pas paru suffisamment démontré de la part de l'action réflexe, en tant

M Royiiaud ; Op. cit., 11 7- 18.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. '-41

que phénomène organique. Elle reconnaît qu'une même impression peut être suivie do résultats très-différents chez divers individus, ou chez d'autres ne donner liea à aucun. De même l'irritation révulsive n'aboutit pas nécessairement aux mêmes effets , que l'on serait bien en peine d'expliquer toujours par le jeu des vaso-moteurs et de l'action réflexe. Dans un cas, elle se résigne à confesser que la même cause agit différemment suivant les individus, que c'est là le grand mystère de la prédisposition ; qu'il y a des questions de réceptivité, tant pour les nerfs périphériques que pour les vaso-moteurs, et que la conlractilité des vaisseaux varie com^ne ^owie^ les propriétés vitales. Dans un autre, au sujet du mode d'action du vésicatoire, elle admet, à part son degré d'intensité, une nature, une iinpressio7i particulières, que cette action porte surle système nerveux, et qui résulte en partie des effets de la cantharidine sur les voies urinaires. Toujours est-il qu'il ne s'agit plus alors de la dilatation ou de la contraction mécanique d'un certain ordre de vaisseaux, et, comme tout à l'heure, la théorie consentirait à accuser une véritable spécificité d'action, c'est-à-dire toujours une disposition particulière des pro- , priétés vitales '. Mais si c'est pour en venir constamment à I celles-ci, quelle est donc votre folie de ne nous parler ja- 1 mais que défaits physico-mécaniques? Au moins fallait-il 'VOUS évertuer à pénétrer ces lésions vitales, et nous allons 'VOUS montrer que la chose n'est pas impossible.

N'importe! La théorie ne rabat rien pour cela de ses prétentions; au contraire, elle se flatte d'entrer dans les détails. Elle élabht que le degré de l'irritation cutanée influe grandement sur le résultat; que, modérée, c'est la contraction, et, violente, dilatation qu'elledétermine. Mais, •elle est la première à le reconnaître, force et faiblesse sont 'Ides faits entièrement relatifs, ce qui est irritation forte (Chez Jean n'ayant qu'un caractère inverse chez Pierre. Où

' M. Raynaïul ; Thèse citée, 11 G- 17-20.

Il- 4G

732 TUAirÉ ij'llÉMATOr.OGIE DYNAMIQUE.

sera h mesure, le moyen de se reconnaître? Et cependant la prétentieuse théorie ne s'en tient pas encore là, et après nous avoir si mal éclairés sur le degré à donner à l'irritation révulsive, elle entreprend avec tout aussi peu de bonheur d'en déterminer le ^iV^/e. Elle signale, entre telle et telle région, des communications médiates, en dehors de tous rapports directs nerveux ou vasculaires, s'opérant par l'intermédiaire de là moelle épinière, et formant, entre deux régions données, un arc nerveux diastatique, au moyen duquel nous serait sûrement révélé, soit le siège où il faut opérer la révulsion, soit la raison des métastases; double résultat dont nous serions le premier à la complimenter. Elle ne doute même pas de connaître déjà un grand nombre de ces arcs nerveux; elle en admet d'autres par hypothèse, comme dans le cas du vésicatoire thoracique qui guérit la pleurésie. Malheureusement elle ne saurait nier que le nombre restant à trouver ne soit incalculable, et elle se borne à exciter le zèle des vivisecletcrs , tout en avouant que la physiologie ne dit pas tout, et que, quoi qu'elle fasse, lespoints d'interrogation vont se multipliant dans la science^ Nous voilà, parbleu, bien avancés ! Au bout de vos méthodes mécaniques, vous nous promettez sans cesse et à grand bruit l'évidence scientifique la plus complète, la vérité vraie, palpable, irrécusable, et vous ne nous conduisez jamais qu'à une cruelle désillusion! N'est-ce pas que de votre action réflexe, soit bornée au système nerveux, soit additionnée de l'hyperémie , ni des considérations ultramécaniques que vous vous résignez à y ajouter, ni de vos arcs nerveux; n'est-ce pas que de tout cet imbroglio vous n'avez su faire jaillir aucun enseignement précis, aucune exphcation rationnelle de la révulsion, ni encore moins une règle utile, aucune direction lumineuse pour son emploi ? N'est-ce pas que tout cela ne nous apprendra jamais comment ni pourquoi le vésicatoire, souverain dans la phleg-

1 M. Rayiiaiid ; Op. cil., 112, 119, Vl%. 1-27.

TIlAITESiliNT DES l'HLEC.M ASIES. T'^.']

masie donnée d'un organe, ne sera plus que désastreux dans une pblegmasie différente du môme organe?

Après ces divers essais de lliéorie si infructueux, si risqués, et en outre abandonnés aussitôt que produits, un seul et dernier maltieur manquait à la science exacte : c'était de se voir, en dépit d'elle, rejetéo vers les errements anciens qu'elle a tant méprisés. N'ayant pu tirer aucune règle utile de ses actions réflexes, de ses arcs nerveux et autres, elle veut bien se rappeler celles qu'ont établies nos ancêtres , pauvres théoriciens; elle sait bien qu'elles ne sont qnempiriqiies, qu'il y est entré beaucoup d'imagination ; elle ne se chargerait pas de les théoriser, de les légitimer ; mais, telles qu'elles sont, elle 7i'ose pas affirmer que tout y soit erroné, et, en fin de compte, elle les subit'. Le pire, c'est qu'en rendant cet hommage forcé aux vues des anciens sur la révulsion, et sans trop les comprendre, elle prétend encore leur imprimer son cachet. Elle ne pouvait éviter de reconnaître que la plupart des révulsifs n'opèrent que comme évacuants et par l'élimination qu'ils déterminent de divers liquides : saburres, sueurs, urines, sérosités, pus. liCS anciens, voyant le succès de cette élimination , l'expliquaient bonnement par la sortie d'une matière morbide, hostile, renfermée dans ces liquides. La science exacte ne veut plus qu'il en soit ainsi. Pour elle, le but unique des révulsifs, la véritable humeur peccante à évacuer, c'est l'eau. L'eau vient du sang; si par un moyen quelconque vous en augmentez la sécrétion, le sang qui en est privé cherche à la remplacer, à la reprendre par absorption dans tous les points du corps, et c'est ainsi que s'opère la résolution des parties engorgées ou enflammées. Nous connaissons déjà cette méthode complète, pour laquelle on a créé un mot exprès, celui de spoliation'. Gela pourrait avoir sa raison d'être dans l'œdème; mais qui ne voit que pour

< M. Raynaud -, Op. cil.. 125-0.

••i Ibi.l., Op. cil., 89, 90, 13i.

7 ?4 TiiAiTÉ d'hématologie DY.N'AMI JUE.

la phlogmasio il s'agit de tout* autre chose; qu'en privant le sang de son eau, on no ferait qu'aggraver ses dispositions plastiques, et qu'en tout cas il resterait toujours ù expliquer pourquoi une telle résolu tien, totalement inaperçue dans l'ensemble du système, se concentre d'une manière exclusive dans le point enflammé? D'ailleurs, quand c'est par les altérants, les toniques ou l'opium que l'on guérit la plilegmasie, et que par conséquent on fait la révulsion ou la résolution , est-ce toujours contre l'eau que l'on opère? Il ne faut jamais perdre de vue en effet que les divers moyens destinés à faire la révulsion sont loin d'être indifl'érents.suivant les cas; s'il ne s'agissait que de spoliation, peu importerait la voie par où elle s'opère, mais bien plutôt sa promptitude, son intensité ou son abondance, et ])resque toujours un diurétique actif y pourvoirait mieux qu'autre chose. S'il n'en est pourtant pas ainsi, s'il est avéré que, pour sortir utilement tous ses effets, l'évacuation doit se faire, tantôt par le vomissement, tantôt par la purgation, par la sueur ou le vésicatoire, force est bien d'admettre que l'élimination de l'eau ne fait pas tout, et qu'on remplit chaque fois une indication toute spéciale. La couleur seule de la saburre, entraînant des différences pratiques si bien marquées, suffirait déjà à nous convaincre de cette spécialité. Les anciens, il est vrai, avaient eu le tort d'accuser dans chaque circonstance une humeur particulière déterminée, bile, pituite, matière catarrhale, rhumatismale, et ainsi de suite. Il faut bien nous g-irder de les imiter. Mais en rapportant à une disposition dynamique ce qu'ils regardaient comme le fait d'une substance physique, nous croyons avoir rectifié leur théorie sans lui rien faire perdre de ses avantages pratiques. Toute cette nouvelle théorie de la révulsion est donc très -contestable, et surtout n'est propre à lever aucune des difficultés reprochées aux anciennes manières de considérer le vésicatoire. Elle n'est, disons-nous, qu'une application diiïérenle do la théorie du stimulus, et doit en offrir les mêmes incovénients. Elle ne

TRAITEMENT DES l'ULEGAïASIES. 725

nous ferait pas mieux comprenilre, ni pourquoi l'épispaslique a des succès si divers ou si contraires suivant l'espèce de la maladie, ni pourquoi il réussit, à l'occasion, appliqué sur le siège même de la plilegmasie, ui aucune des particularités de son emploi ci-dessus rappelées.

388. De cette longue discussion, ce qu'il est permis de conclure, c'est qu'aucune des théories appliquées, soit au vésicatoire, soit à la révulsion en général, n'a réussi à rendre raison de leur action antipblogistique ; pas plus le déplacement du stimulus que la contre-irritation, l'action nerveuse, vaso-motrice ou autre, l'absorption augmentée, la spoliation. Il faut pourtant que cette raison existe quelque part. Cherchons où ce peut être.

A côté de la plaie externe, irritée, douloureuse, que produit le vésicatoire et à laquelle on s'évertue à rapporter tous ses effets, les esprits réfléchis n'ont pu éviter de mentionner un mode d'action tout différent qu'ils se sont toutefois abstenus de qualifier, celui qu'ils sous-entendent revenir à l'absorption de la substance des particules âcres des cantharides, que Broussais accuse d'aller porter leur impression sur les grands foyers de l'économie, et auxquelles Fouquet attribue toute l'importance d'une véritable médication interne.

Tout annonce cette pénétration à l'intérieur de la substance des cantharides. C'est par elle seule qu'on peut expliquer cette circonstance, trop pou remarquée, que, de tous les moyens chimiques ou chirurgicaux d'établir le vésicatoire, laseulccantharidoait prévalu. Cequi achève de Và démontrer, c'est l'irritation élective à distance portée par celte substance sur les voies urinaires.mais sans qu'il soit permis d'accorder à cette irritation une part quelconque des effets médicaux; car non-seulement ces effets sont très-bien obtenus sans elle, mais il est de bonne règle de la prévenir ou de la réprimer si l'on veut leur assurer tous leurs bienfaits, et ne serait-ce que pour épargner au maladedes

72Ô TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.

douleurs inulilos. Soulement elle démonti'e l'aclion interne du vésictiloiro, et celle-ci a paru généralemenl nécessaire pour théoriser tous ses effets. Stoll la croyait susceptible de modifier la masse des Immeurs, d'agir sur toute la machine, de se comporter comme altérant ou fondant, même de fournir au besoin un excellent expectorant préférable à tous les autres quand le ventre est libre; effet selon nous très-remarquable, car, à ne considérer que la plaie, le pouvoir révulsif du vesicatoire, on le croirait plutôt capable de le contrarier. Aussi, dans cette persuasion, Stoll ne se préoccupait-il pas l'érosion produite, qu'il ne pansait pas à la manière ordinaire, aimant mieux la laisser sécher, en respectant Vépiderme, pour avoir occasion d'appliquer un nouvel emplâtre et de multiplier ainsi l'absorplion du stimulus ; et, quand il recherchait l'effet expectorant, il s'inquiétait peu de placer l'épispaLique sur l'e^idr oit affecté, bien sûr qu'en quelque point qu'il fût il ne manquait jamais d'agir sur le poumon et de provoquer l'expectoration

La chimie s'est chargée de confirmer et d'éclairer, suivant ses dogmes, ce fait reconnu par l'expérience. Elle a établi que \q principe actif des canthar ides, la cantharidine, est absorbé par suite de l'application du vésicaloire; que, devenue soluble et par conséquent absorbable après sa combinaison avec les jirincipcs salins du sérum, cette substance passe dans la circulation générale sous forme do composé salin neutre, qui n'a plus de propriétés irritantes. La chimie ajoute que si la cantharidine reprend ces mêmes propriétés dans les voies urinaires, c'est que là elle trouve des acides qui la mettent e7i liberté eu. s' emparant de la base alcaline-. Nous ne nous rendrions pas garant de la théorie: elle n'explique pas pourquoi les acides des sucs gastrique et intestinal n'ont pas le même privilège de mettre la cantha-

1 Stoll ; Méd. prat., I, 45, 64.

^Mialhe; Chim. physiol., 654.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 727

ridine on liberlé et de provoquer le ténesme du système digestif. Mais nous n'éprouvons aucune difficulté à admet- Ire le passage de la cantharidine dans le sang comme la cause des effets internes du vésicatoire, sauf à la concevoir autrement que comme un pur phénomène chimique.

Gela étant, il ne reste plus qu'à déterminer quel mode d'action peut être attribué à ce principe, à cette substance que le vésicatoire fournit à la circulation générale. D'après leurs doctrines par trop commodes, les anciens la jugeaient simplement capable de désemprisonner le principe, le caustique, l'humeur quicausaitla maladie', d'éliminer la sérosité (Huxham), 6.Q séparer la partie glutineuse des humeurs' . En vue de son utilité spéciale contre le rhumatisme, où l'arrêt de transpiration joue le rôle essentiel, Grimaud l'appelait surtout sudorifique^ bien que d'une façon plus générale il attribuât aussi au sel volatil qui s échappe des canlharides quelque chose de spécifique^. Mais Barthez s'est rapproché davantage de la vérité quand il a rapporté au vésicatoire un effet altérant, tonique, à la façon d'un médicament interne, suivant l'avis de StoU, qui l'avait déjà appelé un .excitant.

Toutefois il faut bien se garder, à propos du vésicatoire, d'appliquer au terme de tonique ou d'excitant l'acception qu'il comporte ordinairement, ni par suite supposer que tout médicament doué d'un pareil pouvoir fût susceptible de remplir plus ou moins la môme indication. 11 y a plus : on ne saurait dire que la cantharide et les substances qu'elle renferme soient simplement toniques; les propriétés dont elles jouissent sont éminemment irritantes, jusqu'à constituer un véritable poison ; et ce n'est pas do ce point de vue qu'on pourrait faire sortir, pour elles, la vertu antiphlogistique. Mais, il ne faut pas l'oublier,

' Sarcoae ; Op. cit.

2 SoUe; Pyrét. mélli.. 200.

■■' Grimaud; Cours de ftiorcs, III, 156; IV, 118.

7i?8 TIlAlTiJ D llÉMATOI.OClK DYXAMKJUE.

l'art s'applique de tout son pouvoir à réprimer, à adoucir CCS effets irritants dont nous parlons , par une préparation spéciale, par le mélange qu'il fait à la cantharide de substances qui lui servent de correctif; et, en définitive, la seule chose qui peut-être subsiste de son absorption, c'est une action plus ou moiûs excitante qui n'est pas incompatible avec l'effet antiphlogistiquo. Nous savons effectivement que toutes les affections spéciales comportent un abaissement variable du ton dynamique, et, à ce titre, réclament pour ce ton une attention particulière à le soutenir ou à le relever; c'est le mode d'action que nous avons pu attribuer à l'ipécacuanha, aux sudorifiques,. à l'opium, et que nous allons bientôt reconnaître à l;i classe entière des excitants et des toniques. C'est aussi, croyons-nous, celui qui revient au vésicatoire. Seulement, de même qu'à part une action directement excitante ou tonique, chacun des moyens précédents possède quelque chose de spécial qui le rend applicable à un cas particulier ; de même, à côté de ses effets excitants généraux, le vésicatoire renferme une vertu qui le met dans un rapport plus intime avec les affections rhuma-tismale et catarrhale, c'est-à-dire que cette vertu a pour butet pour résultat d'atteindre ces affections dans leur constitution fondamentale : dans la lésion dynamique et morbide qui leur a donné naissance, et c'est en affaiblissant, en dissipant cette lésion, qu'elle réussit à prévenir ou à arrêter, soit le trouble général fébrile par elle excité, soit lés diverses tendances fluxionnaires qui en étaient résultées, et à produire par là l'effet antiphlogistiquo; c'est, on le voit, toujours le même mode d'action que nous avons dû attribuer à la plupart des médicaments, qui ne peuvent obtenir leurs effets qu'à charge de retentir jusque sur le trouble affectif, source de tout le mal.

Envisagés à ce point de vue, les effets du vésicatoire n'auront plus pour nous cette obscurité ni ces contrastes que nous lui reprochions tout à l'heure. Nous couiprendrons tout d'abord pourquoi ces effets offrent une répu-

TIlAlTJiMJi;;! IJL.^ l'HLEOMASIES. 720

gnance invincible aux nnaladics phlogistiquos, dont le ton exagéré repousse formellement tout ce qui pourrait y ajouter encore. Il est vrai que les affections rhumatismales, où triomphe principalement le vésicatoire, ne s'éloignent pas beaucoup des pré'^dentes, qu'elles surpassent peutêtre quant au degré do leur Ion, Aussi est -on obligé d'admettre de sa part, comme le faisait Grimaud, quelque chose de spécifique. Ce n'est qu'à l'aide d'un pareil effet qu'il est permis d'expliquer comment, sur un muscle ou tout autre tissu pris de phlegmasie rhumatismale ; comment encore, placé au centre même d'un érysipèle; comment, en un mot, appliqué sur le siège même d'une fluxion aiguë qu'il ne semblerait que devoir aggraver , il a immédiatement pour résultat contraire de dissiper cette fluxion en lui oUVant un moyen naturel et direct de résolution. Il y a là quoique chose d'insoUte qui répugne expressément à toutes les idées vulgaires de la révulsion. Pour en avoir la théorie, il faut nécessairement se dire que l'action du vésicatoire a pénétré jusqu'au centre même do lacoDSlitulion, qu'elle y a modifié le caractère, réprimé la vigueur morbide de l'affection qui avait provoqué et qui entretenait les mouvements fluxionnaires ; et que c'est ainsi, seulement ainsi, que les accidents locaux ont pu être dissipés. Car, vous auriez eu beau agir partiellement sur ceux-ci, vous n'en auriez jamais triomphé tant que la fluxion, se maintenant en vigueur, aurait incessamment reprodi-it les dommages que vous auriez un instantsuspendus.

Nous n'entendons pas toutefois réduire à néant les effets locaux du vésicatoire. Sans doute les vaisseaux et liqui- ■ des de la partie participent ou même reçoivent un surcroît de l'action tonique spéciale, porté sur l'ensemble; sans 'doute ces vaisseaux et ces liquides, sur qui se concentrait le travail morbide de l'affection, seront les premiers à profiler do la modification apportée au caractère de celle-ci, et 'C'est principalement par là que dans certains cas le vésicatoire préviendra la gangrène, qu'il serait capable de pro-

730 TRAITÉ d'hématologie dynamiouk.

duire clans d'auti-es. Mais raclion générale nous paraît devoir primer l'action locale, sans quoi, disons-nous, les fluxions, conservant toute leur intensité, reproduiraient sans trêve tous les accidents.

On est dans l'habitude de rapporter à la substitution les effets du genre de ceux dont nous parlons; on dit qu'une inflammation simple de la main du médecin prend la place de celle, plus grave, provoquée par la maladie. C'est là une doctrine remplie de hasards. Nous avons pu juger de sa valeur en ce qui concerne la médication évacuante, à laquelle on l'a appliquée, et, généralement parlant, nous ne saurions comprendre qu'une inflammation puisse se substituer sur place à une autre ; c'est bien plutôt s'y associer, la compliquer et l'aggraver, qui nous paraîtrait le plus probable. Et, dans tous les cas, comme la substitution n'est pas admissible pour toutes les es[ièces de phlegmasies, il faut bien supposer que, quand elle réussit, c'est qu'il en existe des raisons spéciales.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de notre épispastique en tant qu'exutoire; ce n'est pas en cette qualité qu'il est employé dans les phlegmasies aiguës, soit rhumatismales, soit autres. S'il arrive que parvenues à un état de chronicité elles puissent le réclamer, sa théorie rentre alors dans celle que nous avons développée à propos des diathèses. Quant au point de vue qui nous occupe en ce moment, nous croyons pouvoir nous confirmer dans l'opinion que l'action du vésicatoire dépend alors bien moins du fait physique ou chirurgical que d'une impression portée jusque sm- le dynanisme, et corrigeant la lésion morbide qu'il a subie.

389. C'est ici au reste une façon de procéder que nous avons pu constater de la part de tous les médicaments ou de toutes les méthodes auxquels nous avons demandé jusqu'ici l'action antiphlogistiquo. Nous avons vu combien il s'en faut que cette action soit une ou qu'elle résulte d'un

TRAITEMENT DES PIILEGMASIES. 731

seul ordro de moyens déterminés, toujours les mômes. A la rigueur, toute maladie aiguë, de quelque espèce de nature qu'elle soit, étant caractérisée par un surcroît de chaleur et un trouble circulatoire, toute méthode susceptible de la guérir peut et devrait être réputée antiphlogistique, puisqu'elle aboutit à dissiper cette chaleur et ce trouble. Et par combien de voies différentes, au contraire, avons-nous vu que ce résultat peut être atteint ! Tandis que dans une espèce particulière de phlegmasies il faut, pour la combattre, s'adresser aux moyens dépressifs et débilitants, et principalement à la saignée, on devra, dans la plupart des autres espèces, non-seulement modérer, mais le plussouvent supprimer cet ordre de moyens, qui ne serait plus que dangereux, et le remplacer dans chacune par d'autres moyens appropriés, tantôt par l'émétique ou les purgatifs, tantôt par les diaphoréliques, ou par l'opium , ou par le vésicatoire, en ayant soin chaque fois de ménager, souvent de restaurer les forces, bien loin de les déprimer, jusqu'à ce que, pour d'autres espèces que nous allons voir, ce besoin de restauration devienne le point culminant du traitement. Et, dans tous ces cas respectifs , c'est bien directement, absolument, et d'une façon toute spéciale, que ces méthodes si diverses exercent l'action antiphlogistique , au môme titre que la saignée, dans les cas qui la concernent. Mais ce privilège, toutes ne le possèdent que vis-à-vis des espèces auxquelles elles sont opposées. Essayez de les employer sans distinction, au hasard, et, au lieu de leurs bénéfices habituels, vous n'en obtiendrez le plus souvent que des troubles morbides imprévus ou funestes, ce qui ne s'explique, disons-nous, que par un rapport caché, intime, entre l'action thérapeutique de chacune de ces méthodes et le génie des maladies qu'elle guérit.

Nous .voudrions bien cependant voir ici à l'œuvre nos grandes doctrines organiques, chimiques, mécaniques et autres, pour nous dévoiler le mystère des effets spéciaux si divers que nous signalons; viennent le stimulus, l'irrita-

732 xnAiTÉ d'hématologie dynamique.

Lion, les vaso-moteurs, l'aclioii réflexe, et tous ces beaux systèmes qui se vantent d'avoir résolu par A plus B toutes les difficultés de la pathologie, et qu'ils nous fassent toucher au doigt comment, pour obtenir un môme résultat, nous sommes réduits à employer tour à tour les moyens les plus diCTérents ou lesplus opposés. Et ceci en vaut la peine. Ce n'est pas à analyser, à démontrer quelques phénomènes vulgaires et faciles, qu'une doctrine médicale doit se borner pour essayer sa force ; elle doit aussi entrer dans les détails des faits les plus difficiles, et ceux dont il est ici question sont d'une importance telle que, faute de posséder leur, théorie, on ne peut se vanler de rien entendre à la pathologie.

C'est sm'tout la médecine expérimentale que nous aimerions de mettre ici à l'épreuve. Elle qui se regarde comme seule capable de nous dispenser la vraie lumière scientifique; eUe qui, avec le pouvoir qu'elle s'attribue de reproduire à volonté tous les phénomènes de la vie, prétend les étudier ainsi avec tout le succès possible, elle devrait bien s'imposer les travaux nécessaires pour arriver à éclaircir les nombreuses difficultés pratiques que nous venons de signaler. Mais c'est en pure perte que nous fonderions sur elle, à cet égard, les moindres espérances; ces difficultés sortent de son domaine, hélas ! bien étroit, bien borné, du moins quand il s'agit de pathologie. Et les promoteurs eux-mêmes de cette prétendue médecine sont les premiers à le confesser. Malgré tout le bruit qu'ils font de leurs méthodes, on sent qu'ils n'aspirent pas à tout savoir. Nonseulement ils évitent de se compromettra avec le mystère des actions morbides, mais, en ce qui touche même l'action'des médicaments, ils sentent bien que tout ne leur est pas révélé par les expériences physiologiques ; et, suivant eux, le médecin qui au lit des malades n'aurait d'-autre guide que Vexpérimcnùation, exagérerait .cl fausserait le vrai sens de la mélhode\ On ne saurait dire d'une façon

' Cl. Beruard ; fnlr. à !\Hu(le de la mcd. expêrim., 37 i.

THAITEMK.NT DKS PHLEGMASIES. 733

:plas claifû et plus positive que rcxpérimenlalion no sort pas ;i grand'cliose en médecine pratique, et que si l'on pré. (tendait s'en tenir aux quelques enseignements qu'elle pourirait fournir, on n'aboutirait le plus souvent qu'à des vues ' exagcrces ou fausses.

En arrivant maintenant à proposer les excitants et les I toniques comme capables d'exercer l'action antipblogistiique, à l'instar de toutes les méthodes que nous venons de iparcourir, il semblerait tout d'abord que la difficulté ne (devrait que s'accroître. La plupart de ces dernières peuvent iprèteraux discussions. Nous avons vu que pour les unes, lon parlait de contre-irritation, de contre-appel du stimulus, I de déplacement de l'activité vitale; pour les autres, de sub- .-stitution, de spoliation; pour certaines, on invoquait même • des vues mécaniques; pour toutes, il arrivait ainsi que la ïscience pouvait toujours se faire quelque illusion. Mais ipour ce qui regarde les excitants et les toniques, il est im- [possible de leur appliquer aucune de ces théories, et, si les lexplicalions dynamiques ne venaient à noire secours, nous me saurions jamais comprendre comment, à l'occasion, ils jpeuvent devenir de vrais antiphlogistiques.

En effet, suivant la manière générale de considérer Tin- Iflammalion et d'y voir en première ligne la présence d'un ïStimulus, c'est-à-dire l'exagération de toutes les propriétés (.des tissus , de la sensibilité autant que de la contractilité, con ne saurait jamais se persuader qu'elle soit susceptible id'être combattue par des substances qui ont tout juste [pour résultat d'exagérer ces mêmes propriétés. Et c'est préccisément le cas des excitants et des toniques. Mis en rapiport avec les organes, on s'assure qu'ils portent directement leur action sur la fibre solide, à l'effet d'en relever le ion, d'augmenter sa vilalité, de rendre sa tension plus énergique, en môme temps qu'ils retentissent sur V économie tout entière, de façon à exalter la plupart des fonctions'; en

' Miirliu-Solon; Art. Toxiq-y^hx Dicl. de mèd. etdecliir.prat., XV, 323.

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