‹ Traité d'hématologie dynamique pour servir de fondement a un systeme de pathologie vitalisteChapitre 24 sur 33 · t THAITK DJJÉMATOLOniI' nVNAMIQUE · texte numérisé non relu

t THAITK DJJÉMATOLOniI' nVNAMIQUE

d'aulres termes, les Ioniques sont convaincus de produire exactement tous les mêmes elfets que la cause abstraite, la lésion dynamique supposée, à laquelle on rapporte l'inflammation. Gomment s'étonner, dès-lors, que les écrivains qui ne sortent pas du courant des idées vulgaires l'elalives au stimulus, à l'irritabilité de la fibre, aient prononcé contre les toniques la condamnation la plus absolue ; que, de prés ou de loin, il les déclarent également impossibles ou dangereux dans tous les cas d'inflammation, les accusant d'exaspérer tous lés accidents; qu'ils assurent que, mis en contact avec le iissu irrité, ils ne peuvent qu'aggraver la chaleur, la douleur^ la tension; que même appliqués sur un 'point éloigné, outre qu'ils ajoutent au trouble morbide général, ils réagissent encore sur le travail local, et qu'à tous ces titres ils doivent être l'objet de la condamnation la plus formelle'?

Sans doute, à se placer toujours au même point de vue, on ne saurait justement contester toutes ces conséquences. Et cependant, si la pratique le dément, si des faits nombreux, incontestables, établissent le pouvoir antiphlogistique des excitanls et des toniques, force est bien d'admettre la fausseté des principes en vertu desquels on les condamnerait, etde rechercher lesraisonslégitimes de leurs succès. Établissons d'abord les faits, pour en revenir ensuite à la théorie, qui nous permettra de les comprendre.

390. Déjà l'association de ces deuxidées, tonique Qlantiphlogistique, ne saurait avoir de quoi nous surprendre. Nous y sommes préparés par tout ce que nous venons de voir du traitement des phlegmasies spéciales, où les divers moyens employés, depuis les simples acides jusqu'à la cantharide du vésicatoire, ont pour efi'ct de soutenir et au besoin de relever et de rétablir le ton morbide. On peut même dire qu'indépendamment do toute distinction

' narbior (d'Amiens) ; Mat. méd., 1, 232.

l'ItAITKMENT UKà P 1 1 LEO M ASIES. 7,')5

d'espèces, el jusque parmi les plilogistiques, diverses circonstances peuvent rendre l'emploi des toniques utile ou obligatoire. Tantôt c'est la faiblesse du sujet qui, alors même que la maladie est a. son summum d'acuité, réclame les boissons stimulantes , ou bien tout autre accident qui, dés son premier degré, retient une pneumonie stalionnaire et oblige le médecin à rechercher la stimulation légère des ioniques, s'il veut remettre la maladie en marche et la conduire normalement à la résolution^; tantôt c'est l'âge du malade ou quelque habitude par lui contractée qui imposent la même obligation'. Ainsi, chez les vieillards, les toniques légers, même les excitants diffusibles, le malaga et autres, s'allient très-bien à l'emploi simultané des saignées ; ainsi, pour les ivrognes, leur pneumonie ne guérit bien qu'à la condition de leur passer ou trois tasses de vin jjar jour. D'autres fois c'est un simple accident, comme la suppression des crachats, qui, en vue de rappeler ceux-ci, exige le secours de potions aromatiques , kermctisées et scil- Utiques. Enfin, simplement, par suite de son cours naturel, la phlegmasie arrivée à ses dernières périodes impose d'ordinaire au médecin l'obligation de soutenir les forces s'il veut rendre la terminaison plus certaine et plus facile^. Ce sont là autant de circonstances où la phlegmasie, mémo phlogistique, n'échappe pas à l'utilité des toniques. Seulement l'utilité n'est ici qu'accidenteUe. Mais il est des cas, et ils sont loin d'être rares, où les choses se passent de toute autre façon.

Parsuite des fausses idées que l'on se fait vulgairement en pathologie, elde ce que dans toutes les maladies aiguës on voit lachaleur, la circulation s'exagérer et la plupart des fonctions s'exalter, on est beaucoup trop porté à croire que tout cela suppose nécessairement un ton dynamique plus ou moins élevé au-dessus du degré normal, qu'il faut même

' Andrul ; Clin. mccl. III, 289, 565.

2 Grisolle-, Tr. de la jmcum., 097-8.

736 TRAITÉ D'HliMATOI.OfilIÎ DYXAMIQUE.

qu'il on soil ainsi pour quo la fièvre et les fluxions plastiques ou non se produisent. Mais pour avoir cette croyance, il faut s'en tenir à une vue superficielle des choses. Nous venons d'acquérir la preuve du contraire par la revue des plilegmasies spéciales, de beaucoup les plus nombreuses, au moins sous notre latitude. Seulement, dans la plupart, la diminution du ton n'impose que des réserves proportionnelles. Ce n'est que dans les espèces nerveuse et typhoïde que, grâce au degré qu'elle atteint, elle devient la condition principale du traitement.

On sait combien, la plupart du temps, présente de difficultés le traitement de cette première espèce. Devant l'excitation vitale et dynamique qui la caractérise, on serait naturellement conduit à l'emploi des moyens déprimants; et cependant, il faut bien se garder d'attenter aux forces, surtout pour la saignée modérée, car on ne ferait ainsi que redoubler l'ataxie; c'est dans l'usage d'une excitation légère, toute spéciale, que se rencontre alors le succès. A cet effet, le camphre se présente en première ligne. On est trop enclin à considérer le camphre comme un tempérant, un antiphlogistique direct, et ceux-là mêmes qui ont le moins douté de son pouvoir en cette qualité se gardent bien de le croire appbcable aux plilegmasies de toutes sortes; celles de nature phlogistique l'excluentformellement, et, quelques réserves qu'on ait faites en faveur du rhumatisme, il ne paraît pas encore qu'elles doivent être admises d'une façon absolue. C'est qu'en effet l'action du camphre est en définitive excitante, et, à ce titre, ne saurait convenir dans les maladies où le ton est exagéré. On constate bien de sa part une sédati'm, c'est-à-dire une modération de la force circulatoire et de la chaleur; mais son effet topique n'en est pas moins itritanl, et ce qui demeure finalement de son action, c'est une excitation fébrile assez marquée; c'est dire combien , généralement parlant, il est peu propre à remplir l'indication antiphlogistique, et sou utilité dans la

TU.VlTliMKNT DES l'IlLliGMASIES. 737

phlegaïasie nerveuse ne se comprend que par des motifs entièrement spéciaux.

C'est sans doute en vue d'émousser cet effet excitant du camphre que, dans les circonstances dont nous parlons, le nitre lui est ordinairement associé. Le nitre est, comme celui-ci, un réfrigérant, un sédatif général ; mais il n'en est pas moins vrai que, comme lui aussi, il comporte un effet irritant local, ressenti surtout par les voies urinaires, lequel est suivi d'une réaction assez énergique^ On veut bien attribuer ses effets antiphlogistiques à la diminution qu'il procure de la lymphe plastique du sang. Mais nous savons ce que vaut un pareil effet, et ce n'est pas en ce qui concerne les pblegmasies nerveuses qu'il serait le plus à rechercher. De sorte que, dans l'action favorable que le nitre exerce alors, il n'est pas dit qu'il ne faille pas compter cette légère excitation dont nous parlons, qui s'allie ainsi heureusement à celle du camphre. Ce n'est pas que nous prétendions récuser, de la part des deux, l'action réfrigérante ou tempérante directes, mais sans méconnaître toutefois l'action excitante, qui, quoique locale d'abord, nelaisse pas de s'étendre à l'eneemble, à la force vitale qu'elle sollicite, qu'elle soutient légèrement, et par cela même très-utilement, dans des maladies où la faiblesse du ton morbide s'allie à une extrême susceptibilité et réclame les plus sérieux ménagements.

Si l'on pouvait s'étonner de voir ainsi rapporter l'action anliphlogistique àdes substances excitantes, nous placerions en regard le musc, qui, avecdes vertus bien plusprononcées, manifeste à l'occasion une action du même genre. Le musc est en effet un excitant énergique. Outre l'impression vive qu'il porte sur le tube intestinal, il augmente les forces de l'économie, excite fortement le système nerveux, réveille Yaclivité de la circulation, accélère le piouls et le rend plus fort. Des expérimentateurs ontpu contester ce dernier effet, sans qu'à leurs yeux le musc cesse d'être un excitant gè-

' Trousseau et Pidoux ; Tr. de Ihérap., II, 241-2, 60, 525. II. 41

738 THAiTÉ d'hématologie dynamique.

néraiy A ne point sortir des étroites idées qu'on se luit généralement de la phlegroasie, on ne voit pas trop comment une semblable substance pourrait servir h. apaiser le trouble local et général qui la constitue.

Au fond, le musc, comme le camphre, comme tous les antispasmodiques, aboutit il est vrai à un effet calmant. Mais cela ne doit s'entendre que du système nerveux, sans préjudice d'un effet coniraire porté sur le système circulatoire, condition peut-être essentielle du premier, suivant ce que l'on sait de l'antagonisme des deux systèmes. Et ce n'est pas en cela qu'il faudrait chercher l'action antiphlogistique. Pour ceux aux yeux desquels l'ataxie n'est qu'une complication, un accessoire étranger à la phlegmasie proprement dite, un trouble nerveux essentiel qui vient s'y surajouter, calmer ce trouble c'est bien guérir l'ataxie. Mais nous, pour qui celle ci fait partie intégrante de la maladie et dépend, comme elle et au même titre, de la cause générale, affective, qui domine toute lascène morbide, nous croyons que le musc ne peut sortir ses effets qu'en s'altaquant d'emblée à cette cause et en corrigeant le trouble dynamique qu'elle suppose.

Du reste, si au sujet des excitants antispasmodiques, dont l'action n'est pas simple, quelques difficultés peuvent subsister, elles sont levées par coque nous allons voir des toniques proprement dits. Ici, on ne saurait invoquer l'effet directement calmant ou tempérant. Nous venons de noter do leur part un pouvoir positif d'exagérer l'action, la sensibilité, la tension de la fibre solide, c'est-à-dire les diverses propriétés de tissus qu'on croit spécialement intéressées dans l'inflammation, et cela n'exclut pas de leur part, à l'occasion, l'effet antiphlogistique. Force est donc bien de recourir pour eux à des considérations qui sortent entièrement de celles que peuvent fournir les théories solidistes.

' Barbier (d'Amiens) ; Mal. méd., II, '217. — Trousseau et J'idoux : Tr.de thérap., Il,

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 7I^J

391. Quant aux faits qui établissent celte utilité . des excitants et des toniques contre certaines phlegmasies, ils abondent partout ; on n'a qu'à chercher pour les recueillir. Baglivi a observé des pleurésies et des pneumonies malignes auxquelles il opposait 1g camphre comme principal moyen et avec tout le succès possible : camphora et ex eodem

pamkb remédia indlcationem absolvunt, prxscrlim si

pleuritis fuerit maligna/ . Les deux Frank accordent au camphre une égale confiance dans les mêmes phlegmasies"*. Ce médicament est d'un emploi commun dans le délire qui complique si souvent les fièvres et les phlegmasies diverses. Sans doute, nous le savons, ce délire procède souvent d'une fluxion vitale surexcitant le cerveau et sesfonctions ; mais une telle fluxion ne tarde pas à intéresser le tissu et l'organe, à y produire des injections, des inflammations très-réelles, et celles-ci sans doute ne doivent pas être exclues des bons eff'ets que le camphre exerce habituellement. Parmi les maladies, compliquées de malignité, qui s'accommodent très-bien aussi du camphre, il faut compter les phlegmasies qui atteignent la muqueuse digestive. Zimmerraann en fil l'expérience dans certains cas de dysenterie où ce médicament rendit d'exceflents services, non-seulement par ses effets propres, mais par un surcroît d'action qu'il semblait prêter à d'autres substances auxquelles il l'associait'.

La malignité, l'ataxie, peut exister suivant des modes divers, ou, pour parler plus exactement, dépendre d'un Ion dynamique plus ou moins élevé ou résistant. A côté des cas simples, où le camphre triomphe seul, il en est d'autres paraissant comporter un certain degré d'exaltation de plus, ' exaltation sans doute relative, se maintenant toujours au- ' dessous du ton normal. Mais, toute relative qu'elle est, cotte

• Baglivi ; Prax. med., lib. I, 35.

2 ,J.-P. Frank; Mécl. pral.. Il, —

^ Zimmcrmann ; Tr. dys., 351.

•T. Frank; Palliol. inl., IV, 199

740 TUAiTÈ d'hkmatoi.ogiiî dynamique.

exaltation n'en commande pas moins des ménagements; on dirait qu'alors l'excitation du camphre a quelque chose d'exagéré, et l'on cherche à la modérer par l'addition du nitre, doué d'un effet tempérant plus prononcé, ou plus simplement peut-être d'un pouvoir excitant inférieur. Dans d'autres cas, au contraire, la dépression se mêle à l'ataxie, et, suivant le degré qu'elle atteint, commande au praticien une conduite appropriée.

On a fait de nos jours beaucoup de bruit au sujet de l'emploi du musc dans certaines phlegmasies. Ce n'est pas que cet emploi fût nouveau, car les anciens et notamment Sarcone y avaient eu recours dans des circonstances de tout point semblables. On a prétendu toutefois en préciser davantage l'indication, à quoi l'on n'a peut-être qu'imparfaitement réussi, cdiV des professeurs de clinique opposent encore des dénégations obstinées. C'est à Récamier que revient l'honneur d'avoir remis en lumière ce point de pratique oublié , perdu alors parmi les frivoles enseignements de la médecine physiologique, et ce sont ses élèves qui se sont chargés d'en propager la tradition.

C'est surtout contre la pneumonie maligne que le musc a été recommandé. Seulement on se renseignerait mal au sujet de cette espèce si l'on ne tenait compte que du délire; il en est un dépendant de l'intensité de la fièvre ou de la présence de complications plilegmasiques; un autre lié à la suppuration ou à quelque empoisonnement miasmatique ou putride, et ce n'est à aucun de ces délires que le musc serait apte à remédier. La malignité se marque plutôt par un simple subdelirium, par la prédominance d'accidents nerveux, sans rapport avec les autres symptômes, ou avec l'inflammation elle-même; surtout peut-être par le défaut de résistancevitale^ et c'est lecas où le musc triomphe*.

On ne saurait caractériser plus exactement la malignité. Une certaine observation, citée comme la plus décisive par

' Trousseau et Pidoax ; Mal. mcd.. II, 22 i.

TUAITEMENT DES PHLEGMASIES. 741

les illaslres écrivains, serait, il est vrai, de nature à appuyer une autre conclusion : c'est celle d'une pneumonie surtout remarquable par un caractère apparent de diathèse pléthorique et inflammatoire rebelle aux émissions sanguines, et où, au bout de deux jours, le musc dissipa tout danger. Mais Vadynamie et l'incohérence nerveuse n'eu existaient pas moins, favorisées qu'elles avaient été précisément par des saignées poussées aussi loin que possible et, en définitive, quoique parti du point opposé, le cas n'en avait pas moins abouti à la malignité, telle que la définissent les auteurs.

Toutefois, pour motiver justement l'indication du musc, cen'cst point encore assez de parler d'adynamie et d'incohérence nerveuse. Nous disons que dans un pareil état, il existe des degrés divers qui doivent faire varier le traitement, et il est essentiel ici de préciser celui qui correspond au musc. Vainement allègue-t-on un état général grave^ le délire et d'autres troubles nerveux prédominants , sans rapport avec la lésion pulmonaire^. Tout cela existe dans l'indication du camphre, du nitre ou du quinquina; il nous faut quelque chose de plus pour baser celle du musc, et ce quelque chose, nous le chercherions dans un degré donné et peut être aussi dans un mode spécial du ton morbide.

Déjà, dans la pneumonie, où il fit un si heureux usage du musc, Sarcone signale un principe de sensibilité convulsive, qui en faisait tout le danger'. C'était dire un mode excessif d'irritabilité, et un tel mode appartient bien à l'ataxie. Seulement il est difficile de l'estimer faute de points de comparaison , ce qu'on fait beaucoup plus utilement par le degré du ton que ce mode comporte. On sait que l'ataxie se lie essentiellement à la faiblesse. Il existe pour elle un état en quelque sorte normal, où le ton, quoique diminué, n'a encore rien d'excessif, et où l'indication se

1 Trousseau et Pidoux ; Mal. méd., II, 223.

2 Grisolle; Tr. de pneiim., 699.

Mal. obs. à Naples, II. 240.

reQiplit bien au moyen du camphre ; il est des cas où ce Ion retient un peu d'élévation ou d'énergie, dans lesquels le nitre doit être associé à celui-ci ; il en est d'autres où, au contraire, la faiblesse prédomine, où le musc trouve son emploi, et d'autres enfin qui exigent franchement les toniques. C'est toujours l'incohérence, le désordre nerveux, ou plutôt vital, invoqué pour fonder l'indication du musc ; c'est l'ataxie. Mais ce mot ne suffit pas, on le voit; il faut de plus déterminer le mode spécial et surtout le degré du ton morbide qu'elle comporte, degré en deçà duquel le camphre suffit, tandis qu'au-delà il faut inaugurer franchement une médication plus énergique.

Il peut arriver, en effet, que dans la phlegmasie maligne la dépression des forces soit portée à un degré tel qu'il devient urgent de les relever; et ce sont alors les toniques qui nous offrent le moyen direct de combattre le trouble, tant général que local, qui, coutrairementaux idées vulgaires, deviennent les vrais antiphlogistiques. La pneumonie peut réclamer alors l'emploi de la serpentaire, du petit-lait vineuxV II se rencontre des cas où le vin, le quinquina et les substances les plus toniques peuvent seuls rappeler à la vie des malades désespérés^. La dysenterie est dans le même cas: dès qu'elle revêt le génie malin, il faut recourir aux toniques, en dépit de leur effet local, qui semblerait devoir être ici contraire. Pringle, Van Swiéten, Zimmermann, ont vanté l'usage du vin; Monroet Tissot le succès du quinquina en poudre ou en extrait^ et Pringle n'a pas craint, pour porter ce remède sur le siège du mal d'une façon plus directe, de le donner en lavement*.

392. En ce qui concerne la phlegmasie maligne, l'utilité des toniques est moins absolue qu'accidentelle. Mais il est

1 p. Frank; Môd. pral., II, 111. — J. Fraulc ; Palhol. inl., IV, l'J'J.

2 Grisolle; Tr. de pncum., 72'i.

^ Zimmermann ; Tr. de di/s., 341-2-8.

^ Maladie des arm., 247.

TRAITEMENT DES TIILEGMASIES, 743

d'autres phlegaïasies à fond putride ou adynamique, où ces mêmes moyens interviennent d'une façon indispensable et fournissent la seule base rationnelle du traitement. Pour apprécier exactement ici l'action de nos médicaments, il faut observer d'abord que, quelque changement que subisse l'inflammation dans ses apparences extérieures , ses phénomènes n'en sont pas moins, au fond, toujours les mêmes. La ri:)ugeur peut être plus sombre, la tumeur plus molle, la douleur moins sensible , la chaleur elle-même moins vive, bien qu'elle acquière parfois ce degré d'âcreté propre aux maladies putrides. Mais il ne s'agit pas moins d'une phlegmasie réelle, caractérisée par la réunion de ses quatre éléments classiques, quelque modifiés qu'ils soient. Ceux qui ne voient en elle que le stimulus pourraient alléguer sa proportion moindre. Mais cela n'expliquerait en rien comment les moyens destinés à la combattre doivent, non pas varier leur degré d'action, mais changer radicalement de nature; comment les émoUients, les relâchants, qui en triomphent généralement, n'auraient ici qu'un résultat incendiaire et funeste; et comment les vrais émollients, les vrais relâchants , en un mot les seuls antiphlogistiques, sont alors les substances dont l'effet normal sert précisément à symboliser le stimulus. Encore! s'il ne s'agissait que d'une action générale, il pourrait y avoir lieu à interprétation; mais ici l'effet se passe de même localement; sur ce tissu dont la fibre est supposée dans un état exagéré d'excitation, de tonicité, de sensibilité, vous calmerez ce même état par les moyens réputés capables de le provoquer, absolument comme vous le feriez dans d'autres circonstances par les cataplasmes et les fomentations relâchants. Gomment, après cela, croire ù la vérité et à l'importance du stimulus?

Un premier exemple, propre à nous édifier, nous est fourni par l'angine putride. A cette muqueuse rouge, chaude, tuméfiée, douloureuse, essayez doue d'appliquer le traitement antiphlogistique vulgaire, les moyens adoucissants.

l'i'l TRAITÉ Ij'llKMATOI.OflIE UYNAMIQUlî.

les émissions sanguines, el vous verrez tous les accidents s'aggraver, peut-être jusqu'à la gangrène ! Pour une pareille phlegmasie, il faut, à l'exemple d'Huxham, prescrire les fumigations de moutarde, les gargarismes les plus irritants : gargarismata imo acria Il faut savoir joindre aux gargarismes la serpentaire, le quinquina, les acides minéraux, et au besoin emplo^^er ces mêmes substances à l'intérieur, à aussi haute dose que possible^. Ce sont là les seuls antipblogistiques capables de triompher de ce mal redoutable.

La dysenterie se montre dans des conditions semblables. Suivant Stoli, il s'en faut bien que l'inflammation qui la constitue doive être toujours domptée par les moyens ordinaires: antiplilogistico apparatu non domanda. Et dans certains cas, où la langue brûlée, sèche comme du bois, rude, fendue, très-rouge, où des vomissements d'une saburre tenace, filante et amère, ne laissaient pas de doute sur l'existence d'une inflammation intestinale élendue jusqu'à l'estomac, le grand praticien constata maintes fois que la disposition dysentérique ne pouvait être contenue qu'à la longue et avec le secours des toniques les plus puissants ^ Contre la même maladie, Zimmermann recourut avec un égal succès au vin, au camphre, au musc, au quinquina''. Dans les fièvres graves, ce traitement devient surtout propre aux pblegmasies gastro-intestinales, qui les compliquent si souvent. Nous avons cité les cas delà clinique de l'illustre Victor Broussonnet où se montraient des langues pareilles à celles que décrit ici Stoll, données alors comme le signe si redouté de la gastrite, et qui s'assouplissaient, s'humectaient, se décoloraient promptement, sous l'influence de la résine de quinquina.

Il n'est pas une phlegmasie du même genre qui à l'occasion no s'accommode très-bien du traitement tonique.

» lliixharn; l)a Aer. ni Morb. epid., II, 19, '-'0. - GrimuLid ; Cours de fièvres, III, 377. ' Sloll ; Môd. prat., I, 288.

< Tr. de la dijs., 310-55.

TRAITEMENT DES l'HLEGMASIES. 745

Huxham relate des pneumonies où une grande réserve lui était imposée, et qui n'en exigeaient pas moins, pour leur guérison, l'emploi du vin, du vinaigre camphré, des acides minéraux, de tous les remèdes antiputrescents ' , Pendant le régne de la grippe de 1837, Caizergues a vu la même maladie lui imposer l'usage du musc, dit camphre, ainsi que du vin, du quinquina et des toniques"^. Et nous-même avons fait une semblable expérience dans la pneumonie épidémique (le 1840, dont nous avons euoccasionde parler.

Il y a des maladies où le ton morbide peut descendre plus bas qu'il ne le fait dans la simple putridité, et avec laquelle l'état inflammatoire n'a rien d'incompatible. Telles sont la plupart des pestes. Non-seulement de graves phlegmasies gastro-intestinales, bépatiques, cérébrales, entrent normalement dans leur constitution, mais il n'est pas un organe ou tissu, poumon, bronche, gorge, tissu cellulaire, qu'elles ne puissent subsidiairement atteindre ; et pour les unes comme pour les autres, il ne reste au médecin d'autre ressource quel'emploi, et l'emploi à pleines mains, des excitants et des toniques les plus énergiques : de la serpentaire, du quinquina et de ses préparations, du camphre, du musc, de l'ammoniaque^.

Enfin, la phlegmasie peut comporter encore un degré inférieur du ton morbide : c'est lorsqu'elle se marque par une funeste tendance à la gangrène. Cette tendance n'enlève rien au caractère fondamental de la maladie, qui est bien une inflammation réelle. Seulement, au lieu de se terminer parla résolution ou par l'abcès, elle aboutit souvent dès le début à la gangrène. Sauvages parle do deux épidémies qui de son temps se virent, l'une à Fréjus, à A'guesraortes et à Melgueil, l'autre à Alais, qui emportaient

* Essai sur les fièvres, 273, GO.

2 Rapport sur la grippe, 80.

* Pugnel; Mém. sur les fièvres du Levant, 102, — Levaclier ; Guide méd. des Anl., 100. — Devèze ; Fièvre jaune, 281. — îlildebrandt ; Typhus conl., 2.35.

9i6 TRAITÉ d'hématologie dynamique.

les malades en trois jours, tout à coup, auprès du feu et par troupes. L'estomac et surtout le poumon étaientle siège d'une inflammation gangreneuse. Les symptômes extérieurs étaient tels qu'ils ne détournèrent pas toujours les médecins de la saignée, môme largement appliquée. Mais, quelque fût le soulagement momentané qu'elle procurait, tous les malades n'en périrent pas moins le troisième jour , sans délire et en apparence dans un assez bon état* . Il est probable que si une telle maladie était susceptible de quelques ressources, c'est dans l'emploi sagement et énergiquement dispensé des toniques qu'on aurait dû les chercher. Du moins, en dehors de complications et d'un génie accidentels et tout particuliers, la chute profonde des forces que suppose la gangrène devra nous pousser toujours dans cette direction. Les choses peuvent toutefois arriver à ce point que l'emploi des moyens généraux reste tout à fait insuffisant, et que le caractère aussi prompt que funeste des accidents nous contraigne à recourir à des pratiques plus actives et plus efficaces. Contre la pustule mahgne et le charbon, il n'y a de salut que dans les caustiques. Certes, en fait de stimulation et d'irritation , ceux-ci sont bien ce qu'il y a de plus intense et de plus violent, et cependant les voilà qui apaisent l'inflammation gangréneuse, qui dissipent la chaleur, la douleur, la tuméfaction qu'elle avait produites, absolument comme font le cataplasme émoUient et les sangsues contre la pblegmasie ordinaire, lesquels n'auraient ici que les résultats les plus désastreux. Tant il est vrai qu'il n'y a rien d'absolu en pathologie; que les mots irritants, irritation, ou émollienls et antiplilogisliques, sont tous dépourvus de sens en dehors des caractères dynamiques des états morbides auxquels ils sont appliqués.

393. Il n'est pas nécessaire de chercher dans ces cas extrêmes le bon emploi des toniques comme anliplilogis-

1 Sauvages; Nosol. mclh., I, G30.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 747

liques; il nous apparaît clairement dans la pratique de tous les jours, et à propos des phlegmasies certainement les plus nombreuses. Toutes celles que marque une spécialité quelconque se distinguent, disons-nous, par un degré inférieur des forces; et, pour peu que ce degré s'abaisse ou s'aggrave, il ne suffît plus de les ménager ou de les soutenir, c'est à les relever et à les exciter qu'il faut s'appliquer.

La phlegmasie bilieuse en offre de fréquents exemples, etSloll, qui connaissait très-bien son affinité avec l'espèce phlogistique, enseigne que, dès que les forces vitales y semblaient insuffisantes ; bien mieux, s'il s'agissait d'une vraie faiblesse mêlée à l'inflammation, il était indispensable de recourir aux cordiaux, aux fortifiants, au,x stimulants, aux antiseptiques, tels que l'infusion de serpentaire, cVangélique, de contrayerva, et, pour peu qu'elles fissent mine de s'aggraver, à la décoction de quinquina unie au camphre^. Si la dysenterie bdieuse venait également à dévier de son état de simplicité et a montrer quelque tendance à l'adynamie, c'était la racine d'arnica en poudre qui lui semblaitle mieux répondre à l'indication, etqu'il trouvait plusutile qu'aucun autre remède-.

S'il fallait s'en tenir à une opinion du célèbre Torti, le quinquina ne serait rien moins, dans ces circonstances, qu'un correctif direct de \<x dégcnération bilieuse Mais il faut toujours se défier de ces explications à brùle-pourpoint. Ce serait un abus de prêter au quinquina et à ses congénères d'autres vertus que celle qui leur appartient spécialement, de soutenir ou de relever le ton de la force vitale. D'un côté, dans des cas nombreux de phlegmasie bilieuse, le quinquina serait bien loin de corriger la dégénération d'où elles dépendent; de l'autre, nous allons le voir conserver les mômes avantages dans une foule de maladies

' Stoll ; Méd.pral., I, 15, IG, 33.

- Ibid., 11, 162.

' Grimaud ; Cours de fièvres, III, 90.

7i8 TRAITÉ d'hématologie dynamique.

diverses, et, plutôt que do lui chercher chaque fois des vertus appropriées, il est bien plus simple de lui en concéder une seule, celle de combattre une condition morbide unique et commune à toutes, l'adynamie.

L'emploi des toniques s'accommode mieux encore au traitement de la phlegmasie muqueuse, où nous savons que les forces sont plus souvent compromises. On obtient alors les meilleurs effets de la camomille, de la sauge, du quinquina, de la cascarille , qui ne perdent rien de leur effet tempérant pour être appliqués sur le siège même de la phlegmasie, contrairement à ce qu'on pourrait penser en raisonnant d'après les doctrines vulgaires. Ainsi, l'angine muqueuse réclame régulièrement l'usage du gargarisme détersif avec le sel ammoniac ' . La dysenterie, ou plutôt les irritations gastro-intestinales qui accompagnèrent la fièvre de Gœttingue, révélées par le vomissement., la douleur du has-ventre, la diarrhée mêlée de sang, les ténesmes violents; ces irritations furent utilement combattues par des doses élevées d'extrait de quina et de petite centaurée, comme on le voit dans la première histoire^. L'on conçoit encore mieux le succès des mêmes moyens pour les phlegmasies qui n'ont pas à subir leur contact immédiat. A la pneumonie entachée du vice affectif dont nous parlons, on oppose très-heureusement les toniques divers, et, suivant Hippocrate, le vinpur^. Celle qui se montra pendant l'épidémie vermineuse dont Van den Bosch a donné l'histoire , eut particulièrement deTafTinité pour le quinquina: cortex peruvianus mojorem ourse partem absolvit. A un peintre qui présentait une grave oppression, une toux continuelle et sèche, avec un point de côté lancinant, des sueursprofuses, une insomnie tenace, des troubles de l'intelligence, et qu'il jugea atteint de pneumonie, il donna, avec un prompt suc-

1 Grimaud ; Cours do fièvres, IV, 101. - Rœderer eL Wagler ; Mal. muq., 231.

Grimaud ; Cours de fièvres, IV, 8.'^.

THAITEMU.NT DUS ]>H MCGM ASIE S. 749

ces, le quinquina joint à la rhubarbe: corticemperuvianum achiito rheo\

Malgré la vivacité phlogistique dont s'accompagnent souvent les phlegmasies catarrhales, le traitement tonique ne leur est pas moins parfois indispensable. Huxham observa en 1747, parmi les jeunes gens, une inflammation pulmonaire marquée par une toux convulsive très-fatigante, des crachats sanglants, ainsi que par une fièvre violente, dans laquelle il fut nécessaire de pratiquer au plus tôt, prorsum, une, deux et même trois saignées, d'évacuer l'estomac et les intestins; après quoi, quibus peractis, on en venait de suite à la décoction de quinquina, aidée du baume de Tolu : corticis peruviani decoctum cum balsamo Tolutuno-. La pleurésie et la pneumonie observées par l'illustre Fouquet, sous la constitution de l'an V, réclamèrent également les vapeurs vinaigrées, l'oxymel scillitique, la gomme ammoniac, le polygala et surtout le quinquina uni aux altérants et aux béchiques incisifs^. Dans la pneumonie qui compliqua la grippe de 1837, à Montpellier, le vin, le quinquina et autres toniques furent souvent indispensables^. Les phlegmasies intestinales frappées du même caractère rentrent exactement dans les mêmes principes de traitement. StoU ne trouvait rien de plus efficace, contre la dysenterie catarrhale simple, que la noix muscade en poudre unie à l'opium ^ Et Desgenettes observa dans nos armées d'Italienne autre dysenterie du même genre, qui exigea souvent le simarouba, le quinquina et les lavements détersifs et antiseptiques ®.

Il n'est pas rare de voiries phlegmasies puerpérales manifester des dispositions dynamiques telles que l'emploi

' Van den Bosch; Hist. consl. epid. verm., 271. 2 Huxham ; De Aer. el Morh. epid.. Il, 167.

Fouquet; Ohs. sur la consl. de l'an V, 100-3. ■'' Caizergues; Rapporlsur lagrijjpe, 80, s Méd. pral.. II, 152.

^ Ozanam ; Ilisl. desépid., III, 305.

750 TliAlTÉ d"iiÉMATOLOGIE DYNAMIQUE.

des toniques devient pour elle de première nécessité. La pleurésie et la pneumonie de ce caractère se trouvent alors très-bien du camphre, du musc, du polygada, de l'ammoniaque, du vin et parfois aussi du quinquina'. La péritonite elle-même, malgré sa nature phlegmasique, que l'Hématologie a tant fait valoir^ la péritonite peut également, suivant la prédominance de certains symptômes^ c'est-à-dire sans doute suivant les différences affectives qu'elle vient à manifester, peut exiger le secours des antipasmodiques et des toniques, surtout du camphre et du quinquina, que l'on déclare alors les seuls remèdes rationnels ; et si, dans ces circonstances, l'inflammation occupait tout autre siège, la gorge, l'estomac, l'intestin, on ne voit pas que la conduite du médecin dût changer.

Après tantde faits, personne ne voudra contester que, tout comme les autres médicaments, sans distinction d'espèces, les toniques ne puissent à l'occasion exercer le pouvoir antiphlogistique, et cela, dirons-nous, par une action directe, essentielle, absolue, qui no saurait avoir son point de départ que dans un rapport spécial entre l'effet dynamique de ces médicaments et la nature des maladies auxquelles ils s'appliquent. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut concevoir sans embarras que, suivant les circonstances, les moyens les plus divers se montrent également efficaces contre la phlegmasie. C'est en vain que les doctrines vulgaires ont tenté l'explication d'un tel fait; elles n'ont pu en donner que des théories très-contestables, sans excepter la révulsion, la plus rationnelle peut-être, qui, nous l'avons vu, est loin d'être sans difficultés. Arrêtons-nous donc un instant et voyons comment, sans tenir aucun compte de l'effet physiologique ou topique des médicaments, on peut exclusivement déduire leur utilité pratique de leurs actions anti-affectives.

' Seslier; Clin. méd. de Chomel, III, 573, 5G9. - Becquerel et Rodier ; Cliim. palhol., '12'2.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 751

394. Quand, jusqu'ici, nous nous sommes efforcé d'insLiluerune lésion vitale du sang, l'aiïection morbide, comme la condition fondamentale, essentielle de la fièvre et de la phlegmasie, comme l'agent provocateur, effectif, du trouble circulatoire général et local qui les constitue, nous somaies, nous semble-t-il, bien près d'en avoir fourni la preuve suffisante, que viennent de compléter les considérations suggérées par le traitement. D'un côté, en effet, l'absolue conformité d'indications entre les deux classes de maladie nous révèle l'identité de leur nature ; de l'autre, les plus solides considérations nous affirment que cette nature est dynamique. Nous n'insisterons pas quant à la fièvre essentielle, au sujet de qui nos preuves sont faites, personne d'ailleurs ne se mettant plus guère en peine de les contester aujourd'hui ; et s'il est vrai que la phlegmasie lui ressemble à ce point et réclame exactement la même direction thérapeutique, comment admettre que pour elle cette nature ait changé ? Que ceux qui seraient tentés de prendre encore au sérieux cette fameuse thèse du stimulus aient la bonne foi de se demander quel fondement, quel secours il a jamais offert à la médecine pratique, ou plus simplement qu'ils se remettent en mémoire les faits concluants que nous multiplions dans ce chapitre, et, la main sur la conscience, qu'ils prononcent. Non, jamais ce dogme étroit, stérile, jamais cette conception mal définie n'aurait pu les mettre sur la voie des plus simples indications do la phlegmasie, à plus forte raison des nombreuses variétés qu'elle comporte, suivant les divers génies qu'ehe peut revêtir. Parmi les méthodes, il en est une qui aurait la prétention de s'adresser plus directement au stimulus, à l'effet de le déplacer: la méthode révulsive; mais nous avons vu combien ce déplacement est difficile et illusoire, et comment les moyens censés l'opérer n'ont de succès qu'en modérant, en réprimant l'acte congestif ; en d'autres termes, comment la prétendue révulsion n'est au fond que la suppression delà fluxion.

752 TllAlTÉ u'lli;.\IATU1.00IlC UYNAMKJL'K.

Pour trouver une baso plus solide et surtout plus lecoride à nos indications, il faut la chercher dans le caractère alTectif de la phlogmasie, où, comme dans la fièvre, c'est l'affection qui suscite le désordre morbide. Pour dissiper celui-ci, la voie non-seulement la plus sûre, mais la seule, c'est de s'adresser à la cause ; c'est d'amender, de supprimer l'affection ; et c'est ainsi qu'à part quelques moyens trèssecondaires, le traitement de la phlegmasie rentre absolument dans celui do la fièvre. On ne saurait s'en étonner après avoir vu quelle place importante, souveraine, celleci occupe dans le groupe, suivant que le reconnaissent encore les esprits les plus sérieux. Quand il veut nous représenter un tableau complet de la pneumonie, Niemeyer insiste tout particulièrement sur les symptômes qui tiennent à l'état général, de beaucoup les plus importants, car ils donnent leur physionomie, non-seulement à la scène tout entière, mais à la lésion locale elle-même. Ces symptômes: troubles circulatoires y soif, rougeur de la face, céphalalgie, langue chargée, perte d'appétit, quelquefois vomissements, douleurs dans le dos, les lombes, les membres ; faiblesse musculaire : ces symptômes appartiennent totcs à la fièvre sans exception, comme ils appartiennent à toutes les affections fébriles^; et si le grave auteur s'applique ainsi à en relever l'importance, n'est-ce pas que dans son esprit, à l'heure du traitement, ils devront peser de tout leur poids sur la direction à lui donner ; d'autant plus que les signes locaux organiques: douleur, râles, crachats et autres, ne seraient que des indiquants très-infidèles, puisque, sous une apparence identique, nous les avons vus justiciables des méthodes les plus diverses et les plus contraires?

Il est donc bien vrai que le traitement de la phlegmasie rentre tout à fait dans celui de la fièvre essentielle. C'est une vérité dont les anciens s'étaient pénétrés à ce point, que souvent, quand ils traitent de certaines phlegmasies

Niemeyer; Tr. de pathol., I, 159-GO.

TRAITKMENT DES PIILEGMASIE?. 753

spéciales, ils s'épargnent la peine d'en répéter et d'en détailler les indications, pour lesquelles ils en réfèrent à celles delà fièvre correspondante. Ainsi, Pringle etZimmermaun, ayant à décrire une dysenterie maligne et à en tracer la thérapeutique, renvoient simplement le lecteur à celle de la fièvre de ce nom'. De même, J.-P. Frank^ à propos delà pneumonie intermittente, se borne à rappeler les 'principes qu'il a posés pour la curation des fièvres de ce caractère"'*.

Inutile d'insister. Les nombreux exemples que nous lavonscités dephlegmasies de tout genre : bilieuses, catarirbales, nerveuses, rhumatismales, guéries chacune par des [moyens spéciaux appropriés, sont là pour prouver que idans toutes c'est l'état général, c'est l'affection, c'est surtout lia fièvre qui doit être prise pour point de mire. Serait-ce lie stimulus, qui dans certaines pourrait nous conduire à il'emploi des moyens les plus irritants, qui n'iraient qu'à n'exaspérer ? N'est-ce pas plutôt que ces moyens, comme lies purs antiphlogistiques, s'attaquent au génie de la fièvre [pour la modérer, la détruire, et arriver à supprimer le tlrouble fluxionnaire qui en résulte localement, tout à fait '-comme nous les avons vus faire dans la fièvre essentielle, ccar la lésion organique ne doit pas soulever d'autres consiiliérations ? Satellite de la fièvre, aussi bien que la simple llluxion pyrexique, elle ne peut que marcher de pair avec îblle, confondue qu'elle est dans la même cause affective. ^jOtte communauté, méconnaissable quand la fièvre est xonsidérable et possède tous les caractères de fièvre esseniielle, peut l'être moins en l'absence de celle-ci , lorsque aa lésion locale existe seule ou avec une fièvre légère, traitée ililors de symptomatique. Mais cette lésion locale n'en dépend i')as moins, dans cette situation , de l'état général affectif, Gulement c'est dans une moindre mesure. Il n'y a que •Ds grandes phlegmasies où ce mode conserve toute son

1 Ziinmermaan ; Tr. de ladysent., 341.

* Méd. pral., II, 1 14.

'j'i TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.

imporlanne , gI c'est par là que l'on comprend pourquoi le traitement de ces phlegmasies doitchanger suivant le mode ; comment celui qui réussit le mieux dans l'une n'obtient dans l'autre que le résultat le plus fâcheux ; comment il n'existe pas d'antiphlogistiques généraux, absolus, mais seulement des moyens relatifs, dont il faut estimer et présumer l'action, non en vertu des doctrines organiques, physiques, chimiques, mécaniques et autres, qui nous laisseraient dans l'ignorance la plus complète , mais seulement en appréciant d'avance leurs rapports avec la nature affective des maladies qu'il s'agit de combattre.

395. Quelque encouragement, quelque confirmation que nous trouvions, pour notre idée de lafluxion, dans tous les faits qui passent sous nos yeux, et particulièrement peutêtre dans ceux du domaine thérapeutique, tous les esprits ne seront pas disposés à nous suivre sur le terrain où nous nous sommes placé. Habitués qu'ils sont à fonder la fluxion sur la vieille tartine du stimulus, à la considérer comme un fait secondaire, entièrement passif, ils se dispenseront de souscrire au rôle d'activité, de spontanéité, de souveraineté, que nous lui assignons; ce rôle cependant, on se le rappelle, nous avons tiré des arguments en sa faveur de deux maladies qui ont plus d'un point de contact avec la phlegmasie, et dont le traitement va témoigner dans le même sens. A la rigueur, en ce qui touche la phlegmasie, on peut concevoir que le stimulus n'ait pas perdu tout son prestige; mais il n'en saurait être de même pourl'hémorrhagie et le rhumatisme : ici, non-seulement le stimulus ne se démontre pas, mais il no saurait, de toute évidence, être investi du changement radical survenu dans les faits plastiques. Dans une de ces maladies, le sang, parvenu sur un point par un mécanisme très-analogue ou plutôt identique à celui qui l'amène dans la phlegmasie, au lieu de subir, comme dans celle-ci, une transformation spéciale très-remarquable, ne fait plus que s'y extravaser pour se

THAlTEJrES'ï DES PIILEGMASIES. . 100

répandre en nature au dehors. Dans l'autre, tandis que le stimulus ou plutôt la douleur, et une douleur souvent tréspongitive, nous ferait présumer des désordres bien plus graves que dans la phlegmasie , nous ne trouvons qu'une rougeur imperceptible ou nulle. Pourquoi donc cela? N'est-ce pas que le stimulus n'est pour rien ici, mais bien le sang, qui, par l'empire dont il ne peut être dépouillé dans ses actes locaux, nous démontre celui qu'il exerce sur le grand mouvement qui l'a fluxionné? L'activité de la fluxion nous est donc ici plus clairement signalée, et ce qui achève d'en témoigner, c'est que, comme dans la phlegmasie, son traitement subit toutes les variétés spéciales que lui impose l'affection dont elle est l'expression symptomatique.

A bien considérer les choses, on doit admettre que la cause, le mécanisme, la condition quelconque en vertu desquels le sang se congestionne vers un point, n'appartiennent pas dans l'hémorrhagie à un autre ordre de phénomènes que dans la phlegmasie; une fois la fluxion parvenue quelque part, les faits plastiques changent sans doute dans les deux. Mais on ne voit pas la nécessité de supposer une égale différence dans l'agent ou la cause qui l'a rais en jeu. Cependant, alors que pour la phlegmasie et à propos de son traitement on a pu fonder sur le stimulus des considérations au moins spécieuses, il estétrange qu'aucune ne se soit trouvée applicable à l'hémorrhagie, et que, .bien au contraire, pour chercher les indications de celle-ci, on ait été tout d'abord obligé détourner ledos au stimulus. Nous le demandons : en ce qui la concerne, quelle utilité 1 devrait-on attendre des applications tièdes, émoUientes, 1 relâchantes, calmantes, telles, en un mot, que semblerait lies réclamer le stimulus? N'est-ce pas sur des vues i diamétralement opposées que les praticiens ont été tout (d'abord conduits par l'expérience, et principalement toujjoursversle moyen capable de combattre la fluxion, ainsi (que nous allons le voir à l'instant?

Un seul ordre de ces moyens ne rentrerait pas peut-être

/oG THAITÈ d'hématologie DYNAMIQUE.

dans le mode d'action que nous leur prêtons. On ne saurait dénier aux astringents de porter, au moins en partie, leurs effets sur la fibre solide; mais, outre que ces mômes effets sont ici en flagrante contradiction avec le stimulus, qu'ils auraient plutôt le danger d'aggraver, les espèces auxquelles ils s'adressent de préférence sont tout à fait hors du cadre de celles que nous envisageons en ce moment. Ce sont les liémorrhagies chroniques, passives, diathésiques, qui s'accommodent au mieux des astringents. Mais toutes les fois qu'elles révèlent un caractère aigu, actif, affectif; pour peu qu'elles se lient à une excitation fébrile bien déterminée, il en est tout autrement : non-seulement l'utihlé des astringents diminue, mais ils deviennent souvent dangereux; les praticiens déclarent alors leurs effets incertains, quand ils ne sont pas évidemment nuisibles, les accusant d'augmenter l'irritation et d'aggraver l'hémorrhagie* . D'ailleurs, abstraction faite des cas oii réussissent les astringents, ce serait encore s'abuser que d'attribuer tout leur succès à l'action qu'ils exercent sur les tissus. D'après les expériences de Schulze et de Benefeld, Barthez a cru pouvoir établir qu'ils opèrent aussi sur les humeurs par une sorte de condensation sympathiquement répétée sur toute leur masse^. Et GuUen lui-même n'a pu nier que certains remèdes, qualifiés d'astringents dans les hémorrhagies, n'aient d'autre effet que de diminuer l'action du système sanguin'. De sorte que, même de la part d'un ordre de médicaments dont l'effet semble le moins se prêter à nos théories, nous pouvons encore augurer qu'ils opèrent en partie sur le sang en vue de modifier sacrase, de modérer ses mouvements et de contrarier la fluxion.

Si, reconnaissant le mauvais succès du stimulus et de la lésion des tissus pour nous guider vers les bonnes indica-

» J.-P. Frank; Méd. prat., III, 268.

2 Barlhez; Se. de l'homme, I, 245-6.

^ Gullen: Mat. méd. ,11, 56.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 757

lions de l'hémorrhagie, les Matérialistes prétendaient se retourner vers les altérations physico-chiraiquesdu sang, le succès, certes, ne serait pas meilleur. Quelque incertitude qu'elle offre à cet égard comme toujours, l'Hématologie n'en donne pas moins comme condition essentielle de l'hémorrhagie une perte de densité du sang et surtout de sa fibrine. S'il fallait prendre cette condition au sérieux, ce serait à un traitement reconstituant, à tous les moyens capables de rétablir la crase du sang et de lui rendre les éléments perdus, qu'il faudrait dans tous les cas s'attacher, au risque d'y employer un temps que les accidents ne permettent pas toujours ; il y aurait lieu de s'interdire rigoureusement ceux qui peuvent affaiblir celle crase, et tout particulièrement la saignée. Et cette double prévision est loin de se vérifier, le traitement tempérant négatif s'accommodant très-bien à plus d'un cas d'hémorrhagie, et la saignée, à son tour, devenant très-souvent pour elle un indispensable secours. Mais cela n'est pas tout : le traitement de l'hémorrhagie comporte exactement la même variété que celui de la fièvre ou de la phlegmasie, et ce n'est pas par toutes les considérations tirées de l'Hématologie que cette variété pourrait s'expliquer, bien moins encore par celles que fournirait Le stimulus, dont le rôle, disons-nous, prête ici à la discussion beaucoup moins que dans la phlegmasie. Et c'est de cela même que nous tirons un nouvel argument en faveur de nos théories et de l'importance que nous attribuons à la fluxion. C'est, comme partout, do la nature de celle-ci, de la lésion dynamique qui l'a provoquée, en même temps qu'elle mettait en désordre le système circulatoire tout entier ; c'est, en un mot, de la détermination de l'aifeciion morbide que nous allons voir découler le traitement rationnel de l'hémorrhagie.

396. Nous en avons déterminé une première espèce qui, comportant tout le génie de l'affection phlogistiquo , en fait surgir toutes les indications. C'est alors à la saignée

souvent répétée, c'est aux tempérants, c'est au nitre luimême qu'il faut recourir, sans crainte des effets atténuants que ce dernier surtout peut exercer sur la composition du sang'. Suivant StoU, ce n'est pas trop, contre cette espèce, de tout l'appareil antiphlogistique , à l'exclusion des astrin- (jents, de l'opium^ de Veau froide, et des divers moyens qui dans d'autres circonstances^ pourraient faire le plus grand bien. Et sur quoi devra- t-on se fonder pour porter de telles indications? Sera-ce sur les vagues et futiles théories de l'Hématologie ? Pas le moins du monde, mais sur la seule considération des forces, des conditions morbides du malade, sur l'état du pouls, de la chaleur. C'est ainsi que dans les hémorrhagies qui régnèrent sous la constitution de 1675, Sydenham se posa commQbutde traitement^ non point, ainsi qu'on prétend à tort l'enseigner aujourd'hui, de modifier en quoi que ce soit les élément physiques du sang, mais bien û.' apaiser sa trop grande chaleur, son éiullition, de le débarrasser, suivant le langage du temps, de la lymphe acre qui l'altérait; ce qu'il ne manquait pas d'obtenir au moyen de la saignée et des purgatifs, administrés même dans le fort de la maladie^.

L'hémorrhagie bilieuse peut se présenter avec un appareil de symptômes plus ou moins ressemblants à ceux de la précédente. Et cependant, si on lui appliquait le même traitement , on risquerait même alors d'échouer et de nuire. Stoll a en effet reconnu de ces cas où la saignée pouvait ne pas sembler trop formellement contre-indiquée, et où elle ne procurait jamais qu'une amélioration momentanée, perfide, ainsi qu'il dit, et suivie de rechutes fréquentes. Si l'on voulait assurer la guérison du malade, c'est au vomitif qu'il fallait tout d'abord recourir, et, l'on en conviendra, à ne tenir compte que du stimulus ou de

1 Grisolle; Palhol. int,., I, 578 .

2 Stoll ; Mdd. prat., II, 6.

' Sydeaham ; Môd. prat., l, 381.

TU.VITEMENT DES PHL.EGMASIES. 750

l'état des solides, peu de médecins oseraient, dans une maladie comme l'hémoptysie, par exemple, affronter les secousses d'un pareil moyen, dont on ne comprend bien l'ulililé et la portée qu'à charge de le considérer dans son effet anti-affectif et dans le pouvoir qu'il a, en celte qualité, de couper court dans son principe au trouble circulatoire du sang. StoU fît trembler tous les assistants, qui crurent qu'il déraisonnait , lorsque dans iin crachement dû sang considérable il prescrivit Le vomitif , en insistant sur ce qu'il fût donné au moment môme de V effusion du sang. Et cependant le vomitif ayant produit beaucoup de bile liuileuse , il ne parut plus un filet de sang. C'est que de pareils faits étaient familiers à StoU; c'est qu'il savait que j^our arrêter sur-le-champ Vhémorrhagie , il fallait ne pas craindre de bouleverser l' estomac pao' unvomitif* ; c'est, en un mot, qu'il connaissait tous les avantages du traitement anti-affectif. Et d'autres l'ont suivi dans cette sage pratique. Sous la constitution bilieuse qu'il a décrite, Finke observa à son tour des hémorrhagies qui, comme les précédentes, résistaient opiniâtrément aux méthodes ordinaires, avec quelque habileté qu'elles fussent employées, et cédaient tout naturellement aux purgatifs : soit uu calomeluni à la rhubarbe, soit aux sels incisifs et tempérants aidés du régime propre à la fièvre bilieuse'^. Toujours même préoccupation de la cause affective , sans nul souci de la prétendue lésion locale : stimulus, irritation et consorts.

Quel que soit le génie constitutionnel qui domine dans une espèce quelconque d'hémorrhagie, c'est toujours à ce génie que le praticien devra s'adresser directement s'il veut réussir. Qu'il s'agisse de l'affection pituiteuse, tout en étant plus réservé encore sur l'emploi de la saignée, il n'accordera au vomitif qu'une confiance limitée et se retournera plus résolument vers les sels neutres, qui peu-

> Stoll ; Méd.prat., TI, 268.

2 Finke ; Épid. de Teckl.. 246-8.

vent entretenir la liberlé du ventre. Supposé que la pulridité s'ajoute à cette même espèce pituiteuse comme à toute autre, il faudra, en sus des purgatifs, recourir aux moyens capables de relever le ton morbide compromis, de s'opposer à la tendance des humeurs vers une dissolution imminente, de corriger en un mot l'inertie qui menace tant les solides que les liquides, et particulièrement au quinquina et aux acides minéraux Qu'il s'agisse d'autres fois de l'hémorrhagie intermittente, bien moins encore devraiton s'inspirer d'aucune considération de tissus; la notion du génie de l'affection dominante nous guidera seule vers les vraies indications, en nous montrant le quinquina et ses préparations comme le pivot du traitement^.

Enfin, il est une dernière espèce dans laquelle on a constaté les bons effets des narcotiques, principalement de l'opium, alors absolument indispensable, et qui ne recevrait plus des autres méthodes qu'un secours insuffisant et souvent un dommage positif. On s'est borné à dire que dans une telle hémorrhagie le système nerveux était principalement compromis, qu'il résultait de sa surexcitation une toux quintcuse très-propre à entretenir l'exhalation du sang, et que l'opium avait dans ce cas pour effet de calmer cette toux et de tenir le poumon en repos, condition essentielle dans l'hémorragie ^ On ne saurait toutefois admettre que l'opium opère ici par l'effet calmant physiologique qu'il porte sur le système nerveux. A ce compte, on devrait le voir réussir encore dans plus d'une autre espèce d'hémorrhagie et même dans la plupart, tandis qu'il paraît bien s'adressera un nombre très-resireint d'entre elles, et d'une façon toute spéciale, car les pathologistes s'accordent à le déclarer nuisible dans toute hémorrhagie active, si ce n'est dans certains cas où elle est occasionnée et entretenue par

1 StoU ; Môd. pral., II, 8.

2 Grisolle; Palhol. int., I, 579.

'■^ Grimaud; Com's de fièvres, III, 134.

THAITEMHNT DES PHLEGMASIES. ' ' i> 1

îinc irritation particulière*. Il s'agit do déterminer le genre d'une telle irritation. Or, nous avons vu que parmi les affections morbides, il en est une qui est directement sympathique à l'emploi de l'opium, lequel, soit dans la fièvre, soit dans les phlegmasies dépendantes de cette affection, jouit du privilège de modérer et de détruire les troubles circulatoires, tant généraux que partiels. Nous croyons que c'est par un effet entièrement semblable que l'opium agit dans l'hémorrhagie, et que s'il réussit contre une de ses espèces, taudis que les autres en seraient le plus souvent aggravées, c'est qu'elle est alors sous la dépendance de l'affection rhumatismale ou catarrhale, contre laquelle l'opium possède un pouvoir éprouvé. En dehors de cette espèce et dans la plupart des spéciales, il se peut que l'opium ne perde pas encore tous ses avantages, comme nous l'avons vu pour les phlegmasies; mais, de même aussi que pour celles-ci, c'est à l'espèce rhumatismale qu'il s'adresse plus particulièrement.

A moins d'être aveuglé par l'esprit de parti et les idées préconçues , on devra reconnaître que le traitement de l'hémorrhagie rentre complètement dans celui de la phlegmasie, bien que, de l'aveu de tous, le stimulus n'y occupe pas la même place , ni aucune des théories proposées pour celle-ci, et la fluxion, avec ses divers caractères, reste ; seule pour expliquer la variété des méthodes qui réussis- : sent alors.

397. Le rhumatisme va nous fournir des considérations (en tout semblables. Comme le stimulus représente au Ifond une idée aussi mal définie que mal limitée, il ne seirait pas difficile de lui trouver un rôle dans le rhumallisme. Mais ce ne pourrait être, dans tous les cas, qu'un irôle tout autre que dans la phlegmasie , puisqu'il n'y détermine aucun des effets plastiques qui caractérisent

1 Cullen; Mat. niôd., Il, 257-8.

7(i2 TUAiTÉ d'hématologie dynamique.

celle-ci. La douleur, qui en est le symptôme capital, sinon exclusif, semble alors résulter bien moins de l'afflux et de la présence du sang dans les tissus, comme pour la phlegraasie, que d'une fluxion dynamique, semblable à la fluxion pyrexique et intéressant le système fibreux. Et cette seule manière de considérer les phénomènes pourra nous conduire vers les indications.

S'il ne s'agissait vraiment que du stimulus, l'esprit du praticien se tournerait légitimement vers les moyens capables de le combattre ; et il semble qu'ici, où les faits plastiques manquent et oîi la douleur peut se dire essentielle, il devrait se flatter de réussir. Certes, à ne voir que celte tension, cette raideur, celte sensibilité exagérée de la fibre solide, qui ne croirait, à priori^ que la seule médication consiste à attaquer cet état local par les moyens directs et appropriés ? Et cependant il n'en est rien, et ces moyens ne sont pas ceux qui rendent alors le plus de services. Pringle confessait que les remèdes appliqués à l'extérieur ne lui avaient jamais réus.H ' . D'autres sont allés plus loin, assurant qu'il est des cas où toits les topiques augmentent la douleur. Les bains eux-mêmes, qui sembleraient devoir posséder alors une influence loule spéci ile, sont loin de jouir d'un pareil privilège, et leurs résultats déclarés souvent plus nuisibles qu'utiles. Il n'y a pas jusqu'aux sangsues, placées sur le siège même du mal, dont on n'espère pas une utilité plus réelle, et, à moins d'un de ces cas où le rhumatisme est très-douloureux et borné, c'est-à-dire où son effort semble se concentrer tout entier sur un point ; à moins d'un de ces cas, on ne promet pas merveille dè leur application ^.

Il est des agents beaucoup plus efficaces, et ici beaucoup mieux appropriés, les narcotiques, de qui l'on serait en droit d'espérer un meilleur succès. S'il était un moyen

1 Mal des arm.. 1 45 .

2 Grisolle; Pal.liol. inl., Il, 847.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 7G3

capable de triompher direclement du stimulus, de la tension douloureuse qui fait le fond du rhumatisme , ce moyen serait, à coup sûr, l'opium ou l'un de ses congénères. Et, quoique soulagement partiel ou momentané qu'il puisse procurer, on ne voit pas qu'il soit susceptible de devenir l'instrument définitif de la guérison. On s'en est flatté, de nos jours : grâce à des agents plus puissants et à leur mode d'emploi perfectionné; grâce à ces injections sous-cutanées, avec le secours desquelles on est parvenu à concentrer l'action du médicament et à le rendre ainsi maître des douleurs les plus redoutables, on a cru pouvoir triompher aussi de celle du rhumatisme. Il s'agit de réduire ces faits à leur juste valeur. Oui, si le rhumatisme est apyrétique, s'il consiste uniquement dans l'état local; si le stimulus ou la douleur sont isolés comme ils seraient à titre d'essentiels; oui, l'opium pourra les emporter alors de haute lutte. Mais si l'état général affectif existe, surtout si la fièvre domine la scène, il faudra compter avec elle ; il deviendra obligatoire de la traiter suivant la nature de l'affection qui la complique ; et si l'opium ne perd pas alors toute opportunité, ce sera uniquement à raison de ses rapports que nous connaissons avec l'affection rhumatismale, plutôt peut-être que par ses effets directement calmants.

Il faut en dire autant d'un agent qu'on donnerait aujourd'hui comme spécifique du rhumatisme, l'acide salicijUque. S'il se confirme qu'il puisse guérir le rhumatisme aigu en trois jours, quelle que soit sa violence, ce ne peut être qu'en supprimant d'emblée l'affection, la lésion vitale cause de tout le mal. '

Et ceci nous offre un nouvel et sérieux argument en faveur de nos idées. Si dans une maladie où le stimulus, la douleur, semblent constituer l'élément fondao^ental, on n'obtient qu'un effet transitoire et non curatif d'un moyen qui, comme l'opium, est le plus capable de les combattre ; si, domptés sur un point, ils ne tardent pas à reparaître, soit sur un autre point, soit sur le même, il nous est bien

76 'i TnAiTÉ d'hématolocie dynamique.

permis d'insister sur la vanité ou la nullité des faits locaux, et d'afQrmer de plus belle que le nœud de la question gît dans l'affection générale et dans la fluxion qui en résulte ; que c'est cette môme fluxion qui, ici comme dans laphlegmasie, est la cause réelle et unique du mal, et que pour avoir raison de celui-ci il faut toujours et avant tout s'attaquer à elle et chercher à la vaincre par les méthodes spéciales appropriées. De sorte que la scène locale a beau changer relativement au stimulus, à son processus et à ses résultats, le traitement ne change pas pour cela, et se maintient toujours dans ses rapports avec la nature de la fluxion, qui continue bien à être le fait capital.

Faudrait-il, pour trouver les indications du rhumatisme, faire plus de fond sur les données de l'Hématologie? — Non, car elle ne tendrait guère, comme toujours, qu'à nous égarer. En présence de cet excès de fibrine, dont elle fait ici la condition essentielle, qui oserait songer au vésicatoire, tout au plus propre à l'aggraver? Qui ne le rejeterait, à priori, comme éminemment dangereux ? Et cependant l'expérience lui a reconnu une action spéciale des plus utiles contre le rhumatisme et les diverses maladies qui en dépendent. Il en est de même de la saignée. Elle a une si faible action sur l'excès de fibrine, que, pour théoriser ses effets dans la phlegmasie, l'Hématologie ellemême s'est vue réduite à invoquer de sa part wi travail de résorption, une activité ^rètéeh l'absorption interstitielle ' . Ce qui, pour le dire en passant, ne constitue pas un phénomène chimique, mais bien un fait dynamique. Dans le rhumatisme, l'action de la saignée serait bien plus difficile à expliquer. Ici on n'aurait pas même la ressource de ce travail d'absorption, et, circonscrit dans les variations qu'elle peut faire subir à la fibrine, le praticien ne pourrait qu'être embarrassé. Non-seulement ces variations sont, disonsnous, trop faibles pour nous faire comprendre les résultats

1 Becquerel et Rodier; Chim. palhoL, 117.

TRAITEMENT DES PHLEliMASlES. 7G5

tliérapeiUiques Irès-considéi'ables de la saignée dans des circonstances données ; mais comme l'excès de fibrine, quoique plus ou moins accusé, est toutefois constant, on trouverait bien moins la raison pourquoi un moyen qui Idnd à l'abaisser peut dans d'autres circonstances se montrer, nous ne dirons pas impuissant, mais dangereux. Or, c'est là une vérité démontrée par l'expérience. Sydenbam, qui fut longtemps grand partisan de lasaignée dansle rhumatisme, observa, vers la fin de sa carrière, d'autres espèces où il fut contraint d'y renoncer. Giannini crut pouvoir la proscrire d'une façon absolue. Et de nos jours, quelque bruit qu'on ait fait autour d'une méthode qui tend à la prodiguer, les esprits sages ne s'accordent pas moins à la déclarer nuisible, si elle n'est employée avec grande modération^ .

Les considérations tirées, soit du stimulus et de la fibre solide, soit de la composition du sang, ne sont, on le voit, pàs plus les unes que les autres, propres à nous guider vers les bonnes indications du rhumatisme. Montrons une fois de plus qu'à cet égard les seuls renseignements utiles nous sont fournis par la connaissance du caractère de la maladie et surtout de la lésion affective, principe et mobile de la fluxion.

398. Ce n'est qu'à ce titre que nous pourrons apprécier sainement la variété d'indications comportée par- notre maladie. Nous avons vu qu'elle revêtait à l'occasion tous les caractères affectifs attribués à la fièvre et à la phlegmalie. Il serait peut-être plus vrai de dire que le rhumatisme n'est qu'une fièvre dont la fluxion intéresse le système fibreux. Dans tous les cas, c'est la fièvre qui le domine, et le meilleur ou plutôt l'unique moyen de le combattre est de l'attaquer dans cette fièvre, dont il s'agit de favoriser la solution naturelle"^. Et c'est ainsi qu'on aboutit à for-

' Grisolle; Palhol. int., II, 845.

2Alquié; Palhol. int., II, 404.

7GG TRAITÉ d'hématologie dynajuque.

muler pour le rhumatisme absolument les mêmes indications que pour les autres maladies aiguës.

Il en est une première espèce inflammatoire, que StoU distingua très-bien à côté des autres espèces qu'il observait, et dans laquelle la^saignôe et le régime antiphlogisliquo étaient de rigueur. Il s'agit seulement de ne pas s'y laisser tromper, car le même StoU signale un autre rhumatisme paraissant posséder des caractères en tout semblables, qu'il vit surgir pendant la saison froide, sous le règne de maladies inflammatoires; dans lequel le sang présentait une couenne fort épaisse, et qui pourtant, ne recevant aucun soulagement delà saignée, dut être attaqué par des méthodes différentes'. C'est contre cette espèce inflammatoire qu'on pourrait espérer quelques succès delà fameuse méthode des saignées coup sur coup , si tant est qu'elle soit susceptible de réussir quelque part. C'est aussi plus particulièrement à elle que nous paraîtraient s'adresser deux autres moyens dont on a fait beaucoup de bruit dans ces derniers temps : le nitre à haute dose et le sulfate de quinine. Car quel est le mode d'action à espérer de semblables moyens? Est-ce d'attaquer directement le principe rbumatique, le stimulus, la lésion de la fibre solide? Non, ils seraient plutôt capables d'aggraver tout cela. A l'un on attribue le pouvoir exclus'iî d'abaisser le pouls et la chaleur, c'est-à-dire la fièvre, le déclarant nettement sans efî'et contre le rhumatisme articulaire fixe o\i apyréiique- . Quant à la quinine, on a pu se montrer plus afEirmatif : les expériences ont enseigné la vertu qu'elle a de modérer la chaleur et la fièvre ; on en déduit son utilité, non contre le rhumatisme et ses efifets plastiques, mais contre la fièvre rhu7natismaie , comme au reste contre toute autre fièvre continue, éruptive, typhoïde, même symptomatique, toutes les fois que celle-ci dépasse le niveau correspondant à la

' StoU; Màd. pral.. II, 18 ; 1, 210.

2Grisolle; Pathol. int., II, 846.

TRAITEMENT DKS l'HI.EGMASlES. 707

lésion organique dont elle dépend, c'est-à-dire dans les cas où son essence ne tient qu'à elle-même'. Or, le rhumatisme inflammatoire est bien celui oîi la fièvre a chance de posséder cet excès d'extension, et c'est, croyons-nous, à ce titre que la quinine peut y obtenir les meilleurs effets, sans exclure toutefois toute autre forme spéciale, où la fièvre aurait pris ce surcroît de développement.

L'espèce bilieuse du rhumatisme a été tout aussi bien déterminée, et c'est vainement qu'on lui opposerait la saignée et les méthodes appropriées à l'espèce précédente. Contre elle, c'est aux vomitifs répétés, c'est aux laxatifs qu'il faut recourir, ainsi que le conseille Stoll, qui ne craignait pas de secouer L'estomac par de semblables moyens^. C'est exclusivement par eux qu'on parvient à dissiper l'enflure et la rougeur des articulations, ainsi qu'à prévenir ou à réprimer les symptômes graves, surtout le délire, qui peuvent compliquer un pareil état morbide^.

Contre le rhumatisme catarrhal, le vomitif et les évacuants, la saignée elle-même, à la condition de n'être employée qu'avec modération, n'auront le plus souvent rien perdu de leur utilité, mais on ne pourra plus compter exclusivement sur eux pour obtenir la guérison. C'est à un autre ordre de moyens, c'estaux sudoriflquesqu'il faut alors recourir. C'est une pratique dont Huxham nous a montré toutle succès. Il observa en 1748 un rhumatisme par lui attribué à une sérosité acre introduite dans le sang, qu'il réussissait à évacuer par des sueurs doucement excitées, bien mieux qu'avec la saignée. Dum ab acri et serosd colhivle pendeat rhumatismus ; multo magis obest quam prodest,

larga sanguinis detractio qux blande sudores movent,

qucV acres educicni humorcs... longe felioiores edunt effectus \ Toutefois, à un pareil traitement, Huxham enlremê-

'Gubler: Coin. Ihôrap. du Codex.

2 Stoll; Méd. prat.. 374, II, 18.

•'Rouclier-, Méd. clin., II, G1-G2.

''De Aer. etmorb. epid., II, 185.

lait l'emploi des opiacés : inlerposilo subinde papavereo doloris lenimine, el Barlhez, d'après Storck, a donné un conseil semblable dans l'espèce dont nous parlons'.

L'emploi de l'opium dans le rhumatisme a été et est encore très-conteslé. De grands praticiens l'ont absolument proscrit, entre autres Sydenham, GuUen, Mertens, Quarin, VanSwiéten\ Cependant des réserves analogues à celles que nous avons faites au sujet de la même substance dans la phlegmasie nous paraissent encore ici recevables. Tant que le rhumatisme comportera un appareil inflammatoire ou phlogistique considérable, l'opium, qui est apte à aggraver cet appareil, n'aura que de mauvais effets ; mais dans tous les cas où l'élément douloureux prime la fièvre, il n'en sera 2:)lusde même. A propos du cas que nous venons de citer, Slorck observe très-bien que si l'opium étaitdonné le soir, pendant le paroxysme, il ne causait que des troubles, tandis que son succès était complet le lendemain, pendant le calme du matin. Les modernes ont parfaitement confirmé ces faits. Contre le rhumatisme api/rétique, soit local, soit général, ils vantent l'usage endermique des sels de morphine ou celui de l'opium à l'intérieur. L'état aigu du rhumatisme articulaire ne contre-indique même nullement celte substance, puisque le D"" Corrigan ' l'y a poussée jusqu'à 50 à 60 centigr. Les faits de Sarcone démontrent en effet la parfaite aptitude des maladies rhumatismales pour l'opium, indépendamment du degré de la fièvre qui les accompagne. Dans celles où il en obtint de si beaux succès, la fièvre était vive, la soif incommode, la face allumée, les yeuso luisants, la chaleur brûlante, la céphalalgie fatigante, les douleurs pvopovllonnôes à la fièvre ; et cependant ilne trouva quedans l'opium et lesnarcotiques la faculté salutaire de calmer les organes irrités'^. Il est permis do

1 Barthez ; Mal. gouit., I, 357.

2 Chomel ; Leç. clin, méd., II, 301.

3 Trousseau etPidoux ; Tr. dethérap., II, 31-2. < Sarcone; Mal. obs. à N aptes, l, 10?-3, 22.

TKAlTENfENT DES I'HLEGMASIES. 7G';)

conclure, d'après cela, que dans les alloclions rhumatismales pures, qiiel que. soil leur degré d'acuité ou de violence, l'opium aura toujours grande chance de réussir; si l'on a pu en juger autrement, c'est qu'on l'avait appliquée des cas où le rhumatisme se trouvait affilié à une affection phlogistique, bilieuse ou autre, qui ne pouvait que changer ses indications.

Pour légitimer le succès de l'opium, Alquié a cru devoir proposer une espèce particulière de rhumatisme, qu'il intitule nerveux. Il y rattache les cas de Storck, cités par Bar- Ihez, qui les met cependant sous la dépendance du catarrhe ; il parle d'autres cas observés par Delpech' , qui leur opposait aussi l'opium, à la dose de 25 centigr. Nous ne savons jusqu'à quel point cette distinction est opportune. Pour nous, cette espèce représenterait plutôt le rhumatisme vrai, pur, spécial ; et si tant est qu'il puisse revêtir le génie nerveux, c'est alors que, suivant le même professeur, il se présente avec une agitation vive et générale, et que le soulagement doit être ^rocwre par ïéiher, le musc, le casforéum, Vassa-fœlida'^. Une seconde indication du rhumatisme, c'est le vésicatoire. Nous avons précédemment apprécié son action dans diverses phlegmasies, particulièment dans celles entachées du génie rhumatique. Cette action ne saurait être différente dans le rhumatisme proprement dit. Ici, les effets physiques, irritatifs, révulsifs, pas plus que les effets chimiques, hématologiques, ne sauraient être invoqués ; c'est toujours l'action dynamique, anti-affective, qui s'adresse à la lésion propre du rhumatisme, et qui, en la supprimant, met un terme à tous ses effets.

Les caractères et par suite les indications du rhumatisme ne se bornent pas à ceux que nous venons de mentionner. Nous le retrouverons à l'occasion des accidents qui peuvent

» Alquié ; Palhol. inl., II, 307.

2lbid., Op. cil. 408.

770 TnAiTÉ d'hématologie dynamique.

le compliquer. Mais cela nous permet d'affirmer une fois de plus que les faits organiques, locaux, des maladies, sont loin de mériter l'importance qu'on a prétendu leur attribuer, puisque, pour si différents qu'ils soient dans la phlegmasie, l'hémorrhagie ou le rliumalisme, ils n'empêchent pas, dans les trois, l'identité parfaite des indications et du traitement, laquelle ne peut se fonder rationnellement que sur l'identité de l'état général et sur la nécessité d'attaquer la fluxion dans l'acte dynamique qui l'a mise en mouvement.

399. Nous venons de parcourir en détail le traitement de la phlegmasie, ainsi que les nombreuses et importantes variétés qu'il comporte, et, à l'aide de cette épreuve pratique, toute-puissante pour nous faire apprécier la valeur des systèmes, nous avons pu nous assurer que, tandis que tous ceux qui ont leur base dans des considérations anatomiques, chimiques, mécaniques, en un mot matérialistes quelconques, n'ont pu nous fournir aucune donnée certaine conduisant aux bonnes indications et nous en auraient bien plutôt détournés , notre point de vue vitaliste nous a procuré cette satisfaction si rare et si précieuse, la seule enviable pour le médecin, de nous montrer le parfait accord de la théorie et delà pratique.

Que nous ont valu, en vue du traitement, tous ces vieux dogmes, toute cette friperie solidiste du stimulus, du spasme, de l'irritabilité nerveuse, de la douleur? Rien que de nous laisser absolument sans directions ou de ne nous en fournir que de fausses. A les en croire, en effet, nous n'eussions eu d'autres contenances que de prodiguer de toutes mains les calmants, les antispasmodiques, les narcotiques,-surtout l'opium et ses congénères; pratique absurde, impossible, fatale, condamnée même par les partisans, aujourd'hui encore si nombreux et si convaincus, de cette philosophie surannée.

Lorsque l'on a prétendu redresser, perfectionner la théo-

TIIAITICMK.VT Ui:s l'ULliGMASIES. 771

rie soUdiste en subsliluant la faiblesse au slimulas, le défaut d'innervation à l'excès d'excitabilité nerveuse ; lorsque, sans se préoccuper de ce qu'on retournait ainsi à l'envers l'un de nos dogmes jusqu'ici le plus respecté, l'on a mis sur le compte de la paralysie ce qui avait toujours passtisur celui de l'exagération du ton, a-t-on du moins ouvert aux indications une voie plus utile et plus sûre? A-t-on émis une idée pratique d'où le traitement pût découler d'une façon logique el positive ? On l'a vu , ce serait pire encore : il faudrait remplacer les calmants par les névi'ostbéniques, l'opium par l'électricité, et toujours avec aussi peu de profit pour le malade que de satisfaction pour le médecin.

Ce n'est certes pas la cellule qui nous guiderait vers de plus utiles résultats; on prétend tout faire consister dans les changements morphologiques qu'elle peut éprouver, elle ou son contenu, et l'on proclame ces changements absolument inaccessibles à nos sens, même à l'aide du microscope. N'est-ce pas invoquer la lumière du jour pour lui fermer aussitôt la fenêtre ? Il est vrai qu'on n'a pu se défendre d'accorder à la cellule l'activité fonctionnelle. Mais comment aborder l'étude de cette activité pour en déduire une indication quelconque? et si tant est qu'on pût parvenir à lui assigner un rôle, il serait tout local, se confondrait absolument dans celui du stimulus, et ne nous servirait en rien à découvrir les méthodes capables de dompter les grands troubles, les phénomènes généraux des maladies.

La considération des hquides, tels qu'on les connaît jusqu'ici , ne nous a pas été plus utile. L'Humorisme ancien n'offre pas, il est vrai, les contradictions pratiques que nous venons de reprocher aux théories solidistes ; et cela devait être, déduit qu'il est de la pratique plutôt que d'une idée à priori. Il n'a pas, en effet, commencé par établir le rôle morbide de la bile et des autres humeurs, pour en tirer ensuite les indications. C'est le succès de certaines éva-

~72 TIIAITK d'hÈMATOI.OGIK DYNAMIQUE,

cualions diverses de provenance, d'aspect et de nature, qui lui a fait dire que les substances qu'elles contiennent sont la cause des maladies, puisque leur expulsion constitue le vrai moyen de les guérir. Il ne partait pas de la théorie pure pour s'élever à la science du traitement ; il se basait plutôt sur le fait purement empirique, et il le théorisait après coup. Et voilà comment l'Humorisme n'a pas eu à subir de disparate entre le fait et la doctrine, qui savait toujours s'accommoder au fait, plus heureux en cela qu'aucun des systèmes rivaux. Mais il n'a pas été malgré tout sans inconvénients. Quand les esprits sérieux et logiques ont voulu vériQer ses enseignements , n'étant point parvenus à les confirmer en ce qui touche, non-seulement le rôle, mais môme l'existence des humeurs, ils ont jeté le doute et la défaveur sur les indications qui en découlent, toutefois sans être en état de renier toujours leur utilité. Et cela n'eût pas été si l'Humorisme avait offert une théorie plus solidement établie.

Quand la chimie a tenté d'introduire dans l'étude des liquides vivants la précision de ses méthodes; quand l'Hématologie s'est évertuée à analyser les éléments organiques du sang, ou la physiologie ses origines génésiques, elles n'ont pas davantage, tant l'une que l'autre, su découvrir le moindre point de vue d'où pût ressortir pour le traitement une lumière quelconque. Et il est remarquable que, quelque progrés qu'on ait espéré fonder en ce genre, la pathologie, et à plus forte raison la thérapeutique, y sont demeurées essentiellement étrangères.

Nous avons donc acquis le droit de l'affirmer : aucun des systèmes matérialistes, avec leur prétendue certitude toute physique, ne saurait nous fournir la moindre direction thérapeutique. Si nous avons voulu acquérir quelque lumière certaine, c'est à la philosophie, c'est aux abstractions vitalistes que nous avons dû recourir. Nous avions cru pouvoir établir précédemment l'omnipotence pathologique de la fluxion , la désigner comme le fondement, le

TRAITEMENT DES niLEGMASlES. 773

phénomène initial do la piileginasie, et, généralement parlant, de toute maladie comme de tout fait organique. La pratique confirme tout à fait la vérité de ce point de vue, en nous montrant que le meilleur ou plutôt l'unique moyen de combattre utilement cette phlegmasie, c'est de l'attaquer dans la fluxion qui la produit, et la fluxion elle-même dans la lésion dynamique, affective, cause première du désordre circulatoire.

C'est ainsi que nous avons pu reconnaître qu'aucune substance, aucun moyen, aucune méthode thérapeutique, ne possède par lui-même une action absolue, déterminable à priori, mais seulement des vertus contingentes, variables et relatives à la circonstance morbide dans laquelle on l'emploie; qu'il n'y a pas, par suite, d'antiphlogistiques proprement dits, mais des médicaments à effets divers ou contraires qui réussissent chacun suivant l'occasion ; toutefois d'une façon si peu constante et assurée, que tel qui guérit dans un cas serait éminemment funeste dans un autre. La saignée, par exemple, le premier des antiQuxionnaires dans la phlegmasie franche, ne fera plus, dans d'autres espèces, qu'activer la fluxion et aggraver tous les symptômes. Le régime émoUient, si utile dans un certain nombre de cas, se montrera incendiaire dans d'autres, où la rés'ne de quinquina et l'ammoniaque seront les véritables tempérants. Des faits extérieurs mettent ces vérités hors de doute. L'érysipèle phlegmoneux et le charbon sont promptement réprimés par le vésicatoire ou le caustique, qui, en tant qu'ils dissipent la tuméfaction, la chaleur, la rougeur et la douleur de la partie, sont ici de vrais émollients, de vrais antiphlogistiques, alors que le cataplasme aggraverait tout et précipiterait la gangrène. Par contre, le phlegmon, que celui-ci guéril, en quel étit serait-il mis parles moyens qui triomphent dans les cas précédents? Tant il est vrai qu'un traitement quelconque ne vaut que suivant ses rapports avec l'état morbide !

On voit par tout cela quelle réforme attendent les idées

/ / t TRAITÉ D lIKMATOl-OfilE DYNAMIQUE.

qu'on se fait vulgairement de la révulsion. A les en croire, celle-ci est avant tout un fait local, un fait entièrement semblable à la fluxion, ressortant con?.me elle du stimulus, de l'irritation, do la douleur ; en un mot, une véritable contre-fluxion provoquée dans le but de déplacer l'autre. Nous avons vu combien est étroite cette manière de voir, et coaibien incapable de nous conduire à la vérité. La révulsion est bien plutôt un mouvement d'arrêt porté sur le principe même de la fluxion. Elle atteint la lésion affective qui donne l'impulsion au sang, et celui-ci, privé de sa force de ressort, cesse de se porter avec la même violence vers la partie malade, qui est soulagée d'autant et rentre peu à peu sous les lois de l'absorption normale, et la révulsion est faite ; et voilà comment elle l'est par les moyens les plus divers, et tour à tour par les émoUients ou les Ioniques, les rafraîchissants ou les sudorifiques, le vésicaloire ou la saignée, le camphre ou l'opium, à la condition de dispenser chacun de ces moyens suivant que le réclame le génie de l'atîection, et à raison de ses rapports avec ce même génie.

On a donc beau nous vanter les théories matérialistes et leur prétendue certitude. Nous avions pu les condamner radicalement en pathologie, et la thérapeutique ajoute à la condamnation ses preuves plus positives et plus convaincantes encore. C'est toujours le Vitalisme qui, seul, se montre de force à subir la double épreuve. C'est la vie et ses actes qu'il s'agit d'étudier et do connaître. De même que nous n'avions pu découvrir que dans l'affection morbide le secret des maladies et de leur génie spécial, de même c'est elle qui nous permet seule d'apprécier justement la variété des méthodes qui les guérissent. Mais l'affection n'est pas seule à considérer; chacune de ses nombreuses espèces est passible de certains accidents, qui changent et souvent aggravent son caractère ; et si nous avons pu assurer que ces accidents ne sont eux-mêmes qu'autant de modes nouveaux et morbides de la force vitale, et que,

THAITEMENT DES PlILEGMASIES. 775

moins qu'aucun des autres phénomènes affectifs, ils puissent être déduits d'aucune considération organique ou matérialiste, nous pouvons, dans un dernier chapitre, montrer que leur traitement ne saurait être utilement cherché que dans la voie qui nous a conduit vers celui des affections oUes-mêmes , c'est à-dire dans l'appréciation des divers modes dynamiques qui les constituent.

GHAriTlIE XVII

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