II
98 TRAITÉ d'hÉMATOLO&IE DYNAMIQUE.
non pas toutefois qu'elle se manifeste alors : Teissier la ressentait depuis deux ou trois jours, et avait négligé d'en parler. La respiration est toujours naturelle, la toux insignifiante, l'expectoration nulle. Décubilus dorsal, avec possibilité d'en changer. La région postérieure droite donne en bas un son mat, un souffle tubaire, avec résonnance de la voix ; en haut, une percussion moins obscure et une respiration très-faible ou nulle. Le malade se dit altéré, mais pour l'eau froide ; langue toujours saburrale. — Ipéca 1 gram., et tartre stibié Ob'", 05 ; orge et bourrache miellés ; julep avec 1 gram. d'ipéca en infusion.
24. Il y a eu quatre ou cinq vomissements bilieux et de très-abondantes selles jaunes. Teissier se sent mieux, son air est plus gai, plus naturel; il voudrait manger. Toux toujours assez légère ; pas de crachats ; respiration facile, quoique le souffle tubaire et la résonnance de la voix se soient étendus au sommet. Chaleur modérée, pouls à 78.
— Même julep et tisane; lavement.
25. Sommeil ; bien-être, peau fraîche; pouls à 60. Deux selles liquides. Matité toujours complète en bas, moindre en haut. Soufle tubaire diminué, laissant entendre un peu de râle crépitant de retour, dans les fortes inspirations.
— Mêmes prescriptions.
26. Le malade est bien, demande à manger ; on le croirait en pleine convalescence, sans la persistance des signes stéthoscopiques. Pouls toujours à 60. Deux ou trois selles hquides. Continuation du julep ; purgation avec huile de ricin, manne, sirop de rhubarbe, dd 30 gram.
27. Il y a eu d'abondantes selles. Teissier est bien et crie famine. Cependant l'état du poumon se maintient assez pour réclamer l'application d'un large vésicatoire loco dolenti. — Mômes prescriptions.
28-10 juillet. A dater de ce moment, tout s'améliore ; le râle crépitant, puis la respiration normale, succèdent de haut en bas au souffle tubaire ; la voix, restée longtemps nasillarde, reprend son timbre, et si l'auscultation laisse
PHLE&MASIE. 99
encore quoique chose à désirer, on peut en accuser l'état normal de ïeissier, qui est loin d'être irréprochable. Du reste, les forces se rétablissent, grâce à de bons aliments ; le pouls, tombé à 46 pendant les quatre derniers jours, revient à 64, et la convalescence est confirmée.
Si quelques doutes pouvaient subsister sur le rôle absolu que nous attribuons à la fièvre symptomatique , .les deux faits ici relatés sont, ce nous semble, bien propres à les dissiper. Dans l'un, la lésion locale étant à peine ébauchée, car, qu'on ne s'y trompe pas, c'était bien là le début d'une pneumonie à laquelle le temps seul a manqué pour se développer, ainsi que de nombreux exemples nous l'avaient prouvé pendant cette épidémie ; dans l'un, disons-nous, la lésion locale demeurant à l'état de simple ébauche, la fièvre n'en a pas moins suffi à procurer la mort la plus rapide. Dans l'autre, un état du poumon donnant tous les signes organiques de la pneumonie a pu, sans la moindre gravité, parcourir lentement toutes ses périodes et se terminer à petit bruit, comme l'inflammation du tissu le plus insignifiant, et cela uniquement parce que le concours de la fièvre lui a manqué, au moins de la fièvre essentielle, car celle qui a coexisté a été dans ce cas purement et vraiment symptomatique.
235. Nous croyons en administrer ici la preuve incontestable : la fièvre symptomatique n'est autre que la fièvre essentielle; elle en a le génie, l'essence, tous les caractères. Non-seulement le stimulus, la lésion locale, n'est et ne peut être pour rien dans sa naissance, bien moins encore dans sa marche, sa durée, ses accidents divers ; mais c'est elle, c'est la fièvre, qui à tous ces égards exerce sur cette lésion l'empire le plus absolu. A ce titre, en tant que dépendance de la fièvre, ce second élément de l'inflammation en partage la spontanéité et l'indépendance; ce n'est pas un fait local, un fait organique, ce n'est pas la chimère du
loi) TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.
stimulus, dont on démontre expérimentalement l'impuissance, qui doit être regardée comme attirant le sang, comme provoquant la fluxion; c'est bien mieux l'état général, l'état affectif, qui, opérant sur le sang, le projette sur un point, détermine la fluxion, et c'est celle-ci qui par l'impression qu'elle y fait, provoque, développe le phénomène do sensibilité, d'irritabilité, symbolisé par le stimulus. Ce caractère essentiel, spontané du fluxus, plus encore que celui de la fièvre, rencontrera, nous y comptons, des incrédules. Nous avons pourtant consigné déjà bien des témoignages à l'appui, parmi lesquels nous sommesfiersde rappeler celui du grand Stahl, et toutes les recherches qu'il nous reste à exposer compléteront à cet égard nos convictions.
L'activité, l'originalité que nous prêtons au fluxus après l'avoir constatée dans la fièvre, la part prépondérante que nous attribuons ainsi au sang dans la scène tout entière de l'inflammation, nous sont déjà révélées par les phénomènes les plus apparents, les plus matériels de celte scène. Sans doute, l'excès d'étendue ou de volume de la partie congestionnée serait très-bien rapporté à un excès d'énergie du stimulus et à un pouvoir attractif correspondant. Mais nous connaissons le peu de valeur du stimulus sous ce rapport, et l'excès d'énergie appartient bien plutôt au sang, dont d'autres phénomènes attestent la participation. Indépendamment de son volume, en effet, la tumeur résultant de la fluxion peut offrir tous les degrés possibles de résistance : tantôt molle, flasque, empâtée; tantôt ferme, rénitente, dure; et ces différences, qui ont bien leur importance morbide, ne trouvent leur explication que dans des dispositions correspondantes du sang, qui, suivant le génie de l'affection morbide qui l'a atteint, témoigne d'une puissance plastique plus ou moins développée. Ces faits ne sont pas les seuls. lUaut y joindre ceux de plasticité. Nous l'avons dit: quand la pauvre théorie du stimulus est parvenue, on a vu avec quel succès, à faire arriver le sang sur le tissu, à déterminer le fluxus, et qu'elle s'y arrête, dans l'impuissance d'aller plus
loin, tout n'est pourtant pas dit, et l'inflammation ne s'ensuit pas forcément, de tant s'en faut. Si ce sang n'était pas réservé à une fin déterminée d'avance, il pourrait, soit rester dans les capillaires et y attendre le moment de reprendre son cours peu à peu, soit, à supposer son épanchement, que la fluxion ne comporte pourtant pas nécessairement, y poursuivre toutes ses conversions accoutumées, de manière à ne laisser, dans les deux cas, aucun vestige. Or, ce n'est point ainsi que vont les choses. Non-seulement le sangdoit, de toute nécessité, s'épancher ; mais il faut aussi qu'il s'ensuive des actes plastiques appropriés, sans lesquels l'inflammation n'existerait pas, et c'est ce double phénomène que nous nous obstinons à soustraire à l'influence du stimumulus pour le mettre entièrement, en qualité d'acte fonctionnel, à la charge du sang, dont les prérogatives à cet égard nous sont familières.
Déjà, en effet, nous connaissons plus d'un phénomène de l'ordre, soit morbide, soit physiologique, dont il nous sera permis de nous autoriser; et tout d'abord, la fluxion propre à la fièvre essentielle, la fluxion pyrexique. Nous croyons avoir solidement établi que, de même que le trouble circulatoire général, ce mouvement local est idiopathique et souverain, et, comme tel, lié à un acte spontané du sang : or, les deux genres de fluxion ont entre eux trop d'analogie pour qu'on doive les faire résulter d'un processus différent. Bien mieux, l'un peut se transformer eu l'autre : la fluxion propre aux fièvres catarrhale ou nerveuse, qui d'abord n'influence que vitalement le système respiratoire ou le cérébro-spinal, aboutit souvent à la bronchite, à la pneumonie ou à l'encéphalite ; on n'est pas obhgé de croire qu'il ait été besoin pour cela d'une fluxion nouvelle, comportant un mécanisme différent ; c'est bien plutôt la première fluxion qui subsiste seule, ayant changé toutefois son expression anatomique, s' étant additionnée d'un fait plastique que n'admettait pas son premier état, si bien que, nous ne craignons pas de le dire d'avance : la phlegmasio
ne représente pour nous pas autre chose qu'une ûévro essentielle dont la fluxion propre a dégénéré.
L'ordre physiologique nous fournit de tout aussi utiles comparaisons, pour assurer le caractère actif, spontané, indépendant, de la fluxion phlegmasique. Déjà, d'une manière aussi ingénieuse que vraie, Thomson avait rapproché son processus de celui de la sécrétion des larmes, du lait et de la salive, dans lequel il observe très-bien que la fluxion s'opère en dehors de Cimpulsion centrale et de toute attraction des tissus. Ce qui veut dire que c'est bien un effort isolé du sang qui l'efî'ectue'. C'est surtout le fait plastique vulgaire, l'acte nutritif, qui a été invoqué. Andral a depuis longtemps signalé Y hypertrophie, l'induration, le ramollissement,comme conséquences fréquentes de l'inflammation^. 11 s'agit toutefois d'interpréter les faits. Lorsqu'un tissu plus ou moins longtemps enflammé vient à grossir ou à s'indurer , peut-on dire que l'un de ces états soit la conséquence réelle de l'autre? D'abord, ce n'est pas l'inflammation aiguë, qui est plutôt négative ou destructive de toute plasticité permanente. Et quant à l'inflammation chronique, il y a lieu de distinguer. Il n'est pas sûr qu'elle soit plus favorable à cette sorte de plasticité, et si tant est que l'hypertrophie coïncide souvent avec elle, on peut dire que ce n'est pas par son fait même, c'est plutôt que, à mesure que l'intensité phlegmasique s'aflaiblit ou s'éteint, une partie du sang amené par la fluxion retrouve ses tendances et ses résultats plastiques, pour servir à la nutrition, sans compter que dans heaucoup d'hypertrophies rapportées à l'inflammation, celle-ci n'a pas réellement existé, mais bien la simple fluxion plastique qui, par la suractivité et l'exubérance de ses résultats, en a fourné l'idée. Or, si les deux fluxions peuvent ainsi se réduire et se confondre l'une en l'autre, n'est-ce pas la preuve qu'elles s'exécutent suivant le même
<^ Thomson.; Tr. de l'inflamm., 36-7.
- Castan; MonlpeUier médical. XV, 421
PHLEGM.VSIE. 103
mécanisme et en vertu des mêmes lois ? Avec cette seule différence qu'au lieu d'un résultat normal, l'une d'elles n'aboutit plus qu'à un produit vicieux et morbide.
Il ne faut donc plus parler de stimulus, d'épine, d'un pouvoir attractif quelconque ; non, rien de tout cela. La fluxion phlegmasique s'accomplit avec toute la spontanéité, la souveraineté de la fluxion plastique. C'est le sang qui, par un effort issu de lui-même, non-seulement parvient sur les tissus, mais y arrive dans des intentions de plasticité arrêtées d'avance, sans quoi il risquerait d'y demeurer à titre d'ecchymose. C'est lui qui, au lieu de fournir la substance d'un muscle, d'un parenchyme, n'obéit plus fatament qu'au besoin de se transformer en pus, car là est le caractère fondamental de l'inflammation. Il ne suffisait pas de comparer les deux processus ; il fallait surtout en signaler la différence, et nous croyons y pourvoir ici. Le fluxus nous donne donc, en faveur du sang, les mêmes attestations que la fièvre, et il n'en pouvait être autrement. Fièvre et fluxus, en tant que parties de la même fonction morbide, supposaient nécessairement une origine commune, et, en la plaçant dans le sang, on verra combien la théorie se trouve simplifiée et à la fois fécondée, ou plutôt ce n'est qu'à ce point de vue qu'il est permis de se faire des phénomènes une idée juste, complète, surtout médicale, à quoi ne pouvait nullement suffire la pauvre, la misérable hypothèse du stimulus.
236. Les deux faits constituants de l'inflammation, la fièvre et la fluxion, nous sont maintenant connus. Quant à la première, nous l'avons suffisamment étudiée, soit comme essentielle, soi t comme symptomatique, pour n'avoir plus rien à y ajouter ; telle nous l'avons vue partout, telle nous la retrouverions ici. Pour ce qui est de la fluxion, c'est une autre affaire, c'est elle qui constitue plus particulièrement la phlegmasie, et nous devons maintenant la considérer dans tous ses détails , pour montrer comment
elle s'exécute suivant des modes très-variés, toujours conformément au génie de l'état affectif ou delà fièvre; comment, de la quantité de sang qu'elle amène dans les tissus enflammés, de la force d'impulsion dont elle estdouée, de la façon dont elle se distribue, surtout du travail morbide auquel elle se livre, dépendent exclusivement tous les phénomènes de l'inflammation. Mais avant d'entreprendre la fluxion et son histoire, nous sentons le besoin de la définir, attendu que quelques locutions en grand honneur à Montpellier pourraient causer quelque confusion.
Comme l'inflammation ne se montre pas toujours avec des caractères également tranchés, que dans certains cas la lésion locale ne s'accompagne pas de résultats plastiques aussi intenses, aussi complets que dans une espèce qu'on prend pour type du genre, on a cru faire prudemment de ne pas donner le même nom à toutes les espèces, réservant le nom générique d'inflammation à l'espèce la mieux caractérisée, dont le génie phlogistique tranche par sa franche expression sur toutes les autres ; à celles-ci, aux variétés spéciales, même en dehors de toute spécialité ; à des phlegmasies qui, à raison de leur constitution ou de leur siège, n'offrent qu'une intensité médiocre , on n'attribuerait plus que le nom de fluxion. A ce titre, l'ophthalmie, la dysenterie, l'érysipèle, ne seraient que des fluxions. La plupart des phlegmasies spéciales, toujours plus ou moins affaibhes dans leur expression symptomatique ou analomique, ne mériteraient pas un autre nom. Il n'y a pas jusqu'à la phlegmasie la plus grave et la plus authentique , la pneumonie, à qui, du moment où elle revêt un génie spécial, on conteste son caractère, pour ne plus l'appeler qu'une fluxion, une fluxion de 'poitrine. Mais ce n'est là qu'un pur caprice de nomenclature, que n'autorisent ni la réalité des faits, ni la prétendue utilité pratique qu'on vise en y recourant.
Serait-il donc vrai que l'érysipèle ou la dysenterie dussent être placés en dehors des inflammations réelles?
IL'uD ne s'.accompagne-t-il pas essentiellement de rougeur, 'de chaleur, de douleur, de tuméfaction, de tous les signes ■donnés comme paLhognomoniques ? N'y rencontre-t-on rpas divers produits plastiques d'origine évidemment inflammatoire : le sérum, qui s'y ramasse en bulles ; surtout :\e pus, qui infiltre les tissus? On ne nie pas, à Montpelilier, que cela ne soit pour l'espèce inflammatoire*. Et les j autres espèces, donc, est-il possible de leur refuser le : même caractère, et ailleurs qu'à Montpellier hésite-t-on à déclarer que, pris en général, l'érysipèle est incontestabletment une phlegmasie cutanée ^? Quant à la dysenterie, les 'Choses ne vont pas autrement. Nos auteurs sont les premiers à y reconnaître tous les signes élémentaires de l'in- ; flammation, plus l'ulcération. Les variétés les plus entachées de spécialité ne diffèrent pas à cet égard, c'est •toujours la phlegmasie qui les constitue'. On a beau déi composer le groupe morbide et en faire ressortir les élé- ; meuts divers, on arrive toujours à l'inflammation locale avec ulcération, comme au principal de ses éléments *. Et I finalement, en bonne pathologie, la dysenterie est certaitnement une inflammation^.
Que dire maintenant de la fluxion de poitrine, si ce n'est que les signes de l'inflammation y sont tout aussi réels, quoique plus ou moins affaiblis, que dans la pneumonie la i plus caractérisée ? Aussi, est-cè bien mal à propos que ■ l'on voudrait mettre ce fait en suspicion. Nous connais- : sons le but louable dans lequel on propose ce changement I de nom ; c'est pour mettre le praticien en garde contre le I danger thérapeutique de confondre, avec l'inflammation t franche du poumon, d'autres inflammations d'un génie tout i difl'érent. Mais n'est-ce pas déjà un danger de lui offrir une
' Alquié ; Pathcl. méd., 1, 185.
^ Grisolle ; Palhol. int., I, 536.
Alquié ; Palhol. méd.. I, 238.
'' Girbal ; MonlpMier méd., IV, 395.
^ Grisolle ; Palkol. inl., 1, 256.
lOG TRAITÉ o'uKMATOLOr.IE DYNAMIQnE.
distinction ayant pour effet de le tromper sur la véritable nature de la maladie I C'est assurément une intention trèsrespectable de prétendre consacrer, par la nomenclature, les différences spéciales de la pneumonie. Mais encore ne faudrait-il pas commencer par renier le mot qui les désigne. Un moyen plus simple, plus rationnel, et, à tout prendre, bien suffisant, était de faire suivra ce mot d'une épithète exprimant ces différences. Pour faire entendre que la pneumonie ne procède pas toujours du génie phlogistique pur, et revêt parfois le caractère bilieux, catarrhal, nerveux ou autre, quoi de plus aisé que de lui adjoindre le mot qui désigne ce caractère, et quelle nécessité de changer le nom de la maladie pour lui en substituer un qui peut prêter à la confusion ? Passe encore si votre nom nouveau comprenait à lui seul les différences à exprimer I Mais quand vous aurez dit d'une certaine pneumonie qu'elle est une fluxion de poitrine, nous aurez-vous tout appris? Nous saurons, il est vrai, qu'elle n'est pas de nature phlogistique; mais si vous voulez indiquer qu'elle est pituiteuse, rhumatismale, maligne, vous serez tenu de décliner ces spécialités à la suite du mot de fluxion de poitrine ; tout comme nous vous proposons de le faire à la suite du mot pneumonie. Vous n'aurez donc rien gagné au change, et ce n'était pas vraiment la peine de le tenter.
On insiste cependant, et ce terme barbare et suranné de fluxion de poitrine trouve encore des prôneurs. Il y a quarante ans passés, nous nous en souvenons, nos vieux maîtres : Lafabrie, Victor Broussonnet, Gaizergues, nous le vantaient demême. Et pour eux, on le comprend, c'était un souvenir de leurs premières études, à une époque où l'auscultation et l'anatomie pathologique n'avaient pu encore donner au diagnostic de la pneumonie toute la clarté, la certitude qu'il en a reçues plus tard, et où l'on pouvait trouver quelque avantage à masquer le défaut de connaissances où l'on était à cet égard, sous Vexjjressmi vague et indéterminée de fluxion de poitrine, qui ne préjugeait rien
<in- lo. nature de l'offectioii \ Maïs qu'aujourd'hui, après les [)rogrès accomplis et lorsque la précision du diagnoslic est tdus lesjours proclamée comme le but suprême de la science, il veuille encore, et par les mêmes motifs, nous ramener au vieux mot : c'est, persistons-nous à croire , une entreprise qui mérite peu nos encouragements, et qui n'obtient ipas même ceux de l'Ecole vitaliste, suivant que nous l'ont I déclaré plus d'un de ses professeurs!
Au moment d'entreprendre l'étude de l'inflammation et idu rôle souverain que la fluxion y joue, nous devions préiciser la nature de celle-ci et la renfermer dans son cadre. ILa fluxion est assurément le fait capital de l'inflammation ; 1 mais la confondre avec elle, c'est prendre la partie pour le itout, c'est élever l'acte morbide à la hauteur de la maladie, (C'est, par suite, embrouiller la question, bien loin de l'é- (claircir. Gardons-nous donc d'un pareil abus de langage, iei, sans sortir du sens restreint delà fluxion, tâchons de imieux apprécier l'utile secours qu'elle offre au pathologiste.
237. En celte matière, le premier problême qui se pré- •sente est celui de la cause efficiente de la fluxion, du mode (mécanique suivant lequel elle s'exécute. Nous avons assez tparlé du stimulus pour n'avoir pas à y revenir. Non-seullement on n'est point parvenu aie définir clairement, en ttant que phénomène organique, mais encore moins a-l-on ipu démontrer les effets à lui prêtés ; et si l'on doit s'étonner (de quelque chose, c'estde sa longue durée, c'est de l'empire . qu'il a longtemps exercé et qu'il exerce encore sur les esprits. I Cet empire est tel que ceux-là mêmes l'ont subi, qui sem- . blaient être le plus en position de s'y soustraire. Van Helmont [proclame l'archée comme le principe souverain de la vie, 1 l'agent de toutes les fonctions, le régulateur de tous les tmouvements, de tous les actes vitaux. La maladie, étant 'un de ces actes, rentrait tout naturellement sous la domi-
' CaizerguRs ; Rapp. sur la grippe, 15.
nation de l'archée, ainsi que les faits divers qui la constituent, ainsi que la fluxion ; et en voyant celle-ci amener, concentrer le sang sur un point, rien n'était plus facile que de le dire envoyé, poussé par l'archée, comme nous le disons par la force vitale. Eh bien ! tel est le prestige des idées classiques et de la théorie du stimulus, telle est la force du préjugé, que Van Helmont commence par faire arriver sur la partie les acides, envoyés il est vrai par l'archée, lesquels provoquent l'irritation ou fournissent l'épine qui y appellera le sang. La fluxion n'est plus ainsi qu'un fait de seconde main, tandis qu'elle devait demeurer un acte primitif, original, l'archée pouvant envoyer le sang tout aussi directement que les acides
Quelque peu de succès qu'ait eu la théorie organique de l'inflammation, la science moderne ne pouvait l'abandonner. Il ne lui était pas permis de revenir purement au stimulus ou au spasme ; elle leur a cherché des équivalents. Elle constatait, comme on l'a fait à toutes les époques, la présence du sang et son rôle dans la partie malade, et n'étant pas disposée à accepter le concours dynamique de la fluxion, elle n'a guère fait autre chose que l'imiter, chercher, inventer quelque moyen organique ou mécanique de la suppléer; à quoi, on peut le voir, elle n'a que médiocrement réussi.
Elle ne pouvait se soustraire plus longtemps à l'obligation de reconnaître qu'il ne s'agit nullement ici de l'impulsion centrale, mais au contraire d'une cause, d'une force qui y déroge, pour distraire le sang de son grand courant sur un point particulier, et elle l'a cherchée, cette cause, dans quelque condition organique;, on l'a deviné d'avance, dans le système nerveux, ce banalsystème sans lequel elle ne peut comprendre la vie. Ne pouvant pas admettre l'influence directe des nerfs sur le sang, par la raison qu'il n'î/ a pas entre eux de continuité anatomique, faute de
• Sprengel ; //Mi. méd., V, 38,
quoi il ne saurait y avoir d'action chimique jyossible : quod erat demonstrandum ! elle invoque leur influence sur les waisseaux. Pour expliquer entre autres comment chaque iglande possède une circulation individuelle, indépendante ,de la circulation générale , elle suppose que, des nerfs vasoimoleurs, les uns ont pour effet de contracter, les autres de (détendre les vaisseaux, et, du jeu de cette action combinée, irien n'était plus facile que de faire résulter tous les accitdents possibles de circulation, tant la fluxion chargée de ffouroir à la consommation de la glande, que la fluxion in- :flammatoire elle-même, qui ne serait dés-lors qu'un pur t phénomène nerveux, dépendant du mode de fonctionne- . ment des nerfs vaso-moteurs de la partie enflammée
On ne sait vraiment pas où commencer les critiques ^comportées par cette manière de voir. Nous avons déjà iremontré combien l'idée de paralysie jure avec le caractère cactif, éminemment actif, de l'inflammation, que Tonne con- (çoit même pas par ce mécanisme, car tout ce qu'on aurait, (C'est la congestion, ce qui est très-différent. Comment, en t effet, de ces vaisseaux dilatés et paralysés, faire résulter lia tension, la compression qui engendre la douleur, la- (quelle, du reste, jure avec la paralysie ? Gomment en dé- (duire de même l'épanchement, le blastème, qui est ici le Ifait capital, et de quel droit d'ailleurs supposer que le isang simplement congestionné doive nécessairement subir ; certains actes plastiques considérables, lui qui dans l'ecichymose se conserve indéfiniment? Cette nature nerveuse ide l'inflammation jure tout autant avec les caractères di- " vers qu'on lui voit revêtir : qu'ont à faire les nerfs, nous 1 le demandons, avec ces phlegmasies bilieuses, pituiteuses, I catarrhales, même celles dites nerveuses, qu'on rencontre isi fréquemment, et combien de modes différents ne fau- (drait-il pas leur supposer dans leur sensibilité ou leurs réac- 1 lions? Et puis, la Médecine matérialiste, qui cherche avant
• Gl. Bernard ; Leç. liq. org., II, 270, 3, 4, 6.
110 THAITÉ D HÉMATOI.OfilK DYNAMIQUE.
tout la clarté et les rléductions manifestes, positives, cette môdecine s'abuse étrangement de croire que le jeu de ces vaisseaux microscopiques, dont les uns se contractent juste en rapport avec la dilatation des autres, soit un phénomène tout simple et facile à concevoir. A la rigueur, on pourrait l'admettre pour la glande, dont la fonction est résolue et préparée d'avance ; il sufOrait que la nature l'eût voulu ainsi. Mais, dans le fait contingent et anormal de l'inflammation, devons-nous penser que les nerfs expansifs ou constricteurs existent partout, comme on pourrait le croire, autour de la glande? Que serait alors habituellement leur jeu combiné, dont nous n'apercevons pas trace, et, quand il vient à s'établir, comment expliquer que les causes, pour la plupart générales et constitutionnelles, aient précisément localisé leur action sur quelques nerfs imperceptibles et pour les influencer si diversement ? En vérité, le Matérialisme a beau répandre ses clartés, même ses démonstrations, sur les phénomènes morbides, nous n'y voyons pas plus clair !
La théorie nerveuse de l'inflammation n'a pas moins fait fortune. Chacun l'entend à sa manière, et toujours aux fins d'y trouver la raison d'être de la fluxion. Graves, ce grand esprit, s'obstine à rejeter la vis à tergo, et ne veut voir dans le mouvement du sang que l'action des capillaires. Son propre traducteur, reconnaissant que ceuxci, dépourvus de fibres et partant de contractilité, ne peuvent être chargés d'une telle action, la reporterait un peu plus loin, comme faisait Hofl'mann, sur les artérioles et les veinules * . Mais ce n'est là qu'un expédient qui n'échappe à aucune des difficultés que nous relevons plus haut contre la paralysie vaso-motrice. Bien plus, cette contracture d'un certain ordre de vaisseaux intermédiaires aux capillaires et au reste du système, semblerait peu propre à favoriser le phénomène, le passage du sang demeurant
Graves ; Clin. méd. (Notes de Jaccoud), I, 93.
l'HLIîGMASIE. 111
libre à travers la zone capillaire non contractée. D'ailleurs, comment oublie-t-on que le mouvement vient de plus loin que les artérioles et les veinules, puisque la fièvre précède ou pour le moins, disons-nous, accompagne la Iluxion?
Pour bien comprendre celle-ci, en effet, il ne faut pas la M'parer de la fièvre, à qui elle est intimement unie. Et du moment où. faute d'une cause allractive, reconnue impossible, on se résigne à chercher pour elle un effort impulsif, cessons une bonne fois de le demander, cet effort, à une condition organique, nerveuse, que la science exacte ne démontre en aucune façon ; adressons-nous à la fièvre ellemême. Nous la connaissons en tant qu'essentielle ; nous savons comment elle vit et se comporte, comment elle est foncièrement constituée par un trouble général du sang, qui, pour caractériser chaque espèce, doit détacher de son grand courant un segment, un courant partiel dirigé vers l'un des principaux systèmes organiques, où il va produire une fluxion d'un genre particulier, composée d'une injection fugitive, sans épanchement ni acte de plasticité, et se dissipant avec la fièvre.
Or, que dans d'autres circonstances, après un début à peu près semblable et un prodrome de plusieurs jours, pendant lequel le génie essentiel de la fièvre est incontestablement accusé, qu'après cela, au lieu de l'injection fugitive de tout à l'heure, la fluxion amène un sang plus abondant qui s'épanche et auquel succède la scène plastique de l'inflammation, quel lieu y aura-t-il de croire et de dire que cette fluxion se soit alors opérée suivant un processus, un mécanisme diff'érent , qu'elle ait eu besoin d'un stimu- 1 lus direct ou réflexe, d'une paralysie ou tout autre phénoi mène ejusdem farinsB ? N'est-ce pas la fièvre qui a tout ifait, qui en vertu du même pouvoir, qui dans son état • de simplicité lui permet d'effectuer la fluxion pyrexique, ia simplement donné à cette fluxion un caractère et des tenidances plus complexes? Non toutefois que de sa part il
s'agisse uniquement d'un sarcroît, d'un excès d'impulsion; c'est bien le fond de la lésion affective qui a changé, et qui, en sus du trouble fébrile, dispose le sang à des actes de plasticité dont la production du pus est la fin principale; absolument comme dans l'acte nutritif ou sécrétoirc normal, auquel on aime tant aujourd'hui à comparer l'inflammation, le sang renferme de même en lui la loi dynamique qui le fait aboutir à tel ou tel tissu ou produit. Ainsi, que l'afiFection, que la fièvre catarrhale suscite d'emblée la bronchite et la pneumonie ; que la fièvre nerveuse ou la fièvre bilieuse déterminent de même, l'une l'arachnitis ou l'encéphalite, l'autre l'hépatite, n'est-il pas vrai que rien n'est plus autorisé que de voir dans ces phlegmasies un phénomène exactement similaire à la fluxion plus légère , caractéristique de chacune de ces fièvres.
Il arrive souvent que la phlegmasie ne se tient plus dans un rapport aussi étroit, aussi intime, avec le génie de la fièvre, qu'elle naît en dehors de ce que nous appellerons le territoire de celle-ci. Par exemple, la fièvre nerveuse peut donner naissance à la pneumonie ou à la pleurésie, la fièvre bilieuse servir de point de départ à l'érysipèle ou au rhumatisme. Bien mieux, l'afî'ectiûn et la fièvre inflammatoire, qui ne comportent pas de fluxion propre, engendrent tour à tour une foule de phlegmasies, et l'on ne voit pas que, dans toute celte nouvelle série, les choses puissent être supposées se passer autrement que dans la série précédente, ni que la fièvre doive, à bon droit, être destituée du pouvoir dont elle donne partout tant de preuves. Pourquoi, en effet, la même fièvre que son génie porte essentiellement à intéresser le cerveau, ne pourrait-elle pas diriger sur le poumon une fluxion tout aussi indépendante et souveraine ? Pourquoi celle dont les rapports sont plus ordinairement avec le système hépatique, ne se détournerait-elle pas tout aussi spontanément vers les systèmes cutané ou musculaire? Rien de plus aisé, au contraire, que de comprendre de pareils faits ; et, du mo-
PHLECtMASIE. 113
ment où chaque fièvre est en possession d'une fluxion qui lui est spéciale, elle ne peut qu'être tenue pour capable de toute autre fluxion analogue.
La fièvre n'occupe pas toujours dans la phlegmasie ce rôle prépondérant. Celle-ci peut naître isolément et d'emblée, par une fluxion qui n'en conserve pas moins son génie original et spontané, opérée qu'elle est alors directement par l'affection morbide, ainsi qu'on le voit dans la plupart des phlegmasies externes. Mais il en est d'autres plus sérieuses, plus graves, occupant des systèmes, le génito-urinaire entre autres, qui, par leur importance organique et fonctionnelle, ne le cèdent pas aux systèmes pulmonaire ou digestif, et où les choses se passent bien autrement que sur ceux-ci. La néphrite, la cystite, la métrite, ne sont certes pas destituées de fièvre, mais elle n'y domine plus la scène, et c'est alors qu'elle pourrait mériter le nom de symptomatique, si tant est que la fièvre puisse l'être d'autre chose que de l'affection morbide. Aussi, de la part de ces phlegmasies, quelle différence, quant à leur importance morbide, à leur marche, leur durée, leur constitution tout entière, comparées aux phlegmasies pulmonaires et autres analogues; et n'est-ce pas la preuve que si celles-ci en diffèrent à ce point, elles le doivent à leur combinaison avec la fièvre essentielle, qui paraît avoir pour leurs systèmes une véritable prédilection ?
238. Quoi qu'il en soit de l'importance de la fièvre dans la phlegmasie, la fluxion, qui participe de son génie affectif et dynamique, n'en va pas moins nous offrir à considérer l'intervention souveraine du sang dans la scène tout entière. En comparant cette fluxion à l'acte sécrétoire ou nutritif, nous croyons lui assigner son véritable caractère. Dans celui-ci, le sang nous a paru essentiellement actif, non-seulement en ce qui tient à son mouvement, mais pour tout ce qui concerne ses diverses transformations, ainsi qu'on en trouve une première preuve indiscutable n. 8
114 TRAITÉ d'hÉMATOI.OGIIC DV.NAMIQTIE.
dans Igs productions fœtales. Pareillement, dans la sécrétion ou la nutrition, le sang se porte de lui-même et directement sur les points où il doit se livrer à l'élaboration d'où résulte, soit le produit de la glande, soit la substance même du tissu, à laquelle glande et tissu sont totalement impropres. Et c'est un acte en tout semblable qui s'accomplit dans la pblegmasie. On n'aurait qu'une idée très-imparfaite de la fluxion, de n'y voir que le fait mécanique de l'arrivée du sang dans la partie. De même que dans les actes sécrétoire et nutritif, le sang est ici fatalement destiné à subir une élaboration qui aboutit à peu près nécessairement au pus ; et c'est bien en vain que par une lésion organique, nerveuse ou autre, on nous expliquerait son mouvement fluxionnaire , si de la même explication ne découle avec une égale facilité son travail morbide, l'un et l'autre devant être naturellement rapportés à une même origine, qui est pour nous la lésion dynamique, confondus qu'ils sont comme faisant partie du même phénomène. Une fonction normale ou morbide, en effet, doit nous représenter un ensemble , une combinaison d'actes ayant entre eux la liaison la plus intime, ou, ainsi qu'aurait dit Lordat, une idée dans laquelle toutes les conséquences sont comprises, prévues, coordonnées d'avance. Le sang qui dérive de son courant pour aller alimenter une glande ou un tissu, contient déjà en lui la disposition, l'idée d'où sortiront la bile, les larmes, la fibre musculaire ou tendineuse, et là-dessus règle lui-même sa répartition et son élaboration. Le sang qu'amène la fluxion phlegmasique , déjà possède de même une tendance fatale à accomplir tous les actes dont se compose l'inflammation ; et voilà pourquoi celle-ci ne sera jamais bien comprise, tant qu'on se contentera de la considérer au point de vue physico-mécanique, sans se mettre en peine de remonter jusqu'au trouble général, à l'idée morbide, d'où dépendent tous ses phénomènes ; pourquoi aussi la seule présence du sang ne l'explique pas, mais bien plutôt les actes plastiques dont
il est l'objet et auxquels ne peuvent absolument rien le spasme, le stimulus ou la paralysie.
L'étude que nous allons maintenant faire de l'inflammation montrera, nous l'espérons, l'utilité de ces premiers aperçus. Partout nous verrons le sang y jouer le rôle original, souverain, et, soit par sa seule présence, soit par ses divers actes de plasticité, donner lieu à tous les faits qui composent son histoire, et qui, tous, ne peuvent être rapportés qu'à lui, exclusivement aux tissus, ainsi que l'anatomie pathologique elle-même se charge de le démontrer.
Nous verrons bientôt comment, de la seule arrivée du sang dans un tissu, résultent déjà les quatre caractères classiques de l'inflammation, comment les principaux phénomènes de celle-ci s'expliquent par la manière dont il se répartit, par l'élément histologique qu'il peut intéresser ou par l'élaboration plastique dont il est l'objet. Bornons-nous, pour le moment, à montrer qu'il compose à lui seul tout le noyau inflammatoire, qu'il est ainsi le véritable théâtre et le support unique de l'inflammation.
Aussitôt que le sang aborde sur un tissu qui va être le siège d'une phlegmasie, obéissant à l'impulsion qui l'amène, il pénètre, il s'insinue dans ce tissu, s'y accumule en divisant ses molécules, de façon à le rendre plus mou, plus friable. C'est là un fait tout mécanique, car le même résultat se produit, en dehors de la phlegmasie, chaque fois que le sang ou un autre liquide envahit un organe, comme il arrive du poumon dans l'agonie, ou même après la mort', au point qu'il est souvent très -difficile ou impossible de distinguer un pareil état de celui qui appartient à l'inflammation^. Tant que celle-ci se maintient à ce premier degré, on s'assure que le tissu ou l'organe n'y prend aucune part, attendu que, même s'il s'agit du plus délicat, le poumon, en le malaxant dans l'eau on parvient à le
' Aadral; GUn. méd., III, 486.
'■^ Boiiillaud ; DicUonn. de méd. et de chirurg. prat., III, 36^2.
débarrasser de tout le sang qui l'engorge, à lui redonner sa couleur et sa consistance oiormales, et à le rendre aussi crèpitaoït, aussi élastique, aussi décolore que les portions que l'inflammation n'a point frappées *.
Le premier degré de la phlegmasie n'est pas le seul où les choses se passent ainsi. 4u second, lorsque le tissu a pris une teinte moins livide et une friabilité plus grande^ comme si le sang s'était fondu plus intimement dans ses mailles; ou même au troisième degré, après que le pus s'est formé, qu'il a envahi tout l'organe et apparaît comme le produit de ses détritus ; si par le même lavage on peut emporter tout ce pus et en débarrasser l'organe, son tissu revient également à l'état normal et se montre sans aucune altération de texture^. Il n'y a pas jusqu'à la phlegmasie chronique qui ne comporte encore une forte hyperémie, comme le prouvent les colorations grises, ardoisées, bleuâtres ou noirâtres qui la distinguent, et qui ne sont dues, suivant que l'a prouvé Hunter, qu'au changement que le sang subit aussitôt qu'il cesse de se mouvoir'.
Rien ne prouve mieux que les tissus, la fibre solide, ne sont en aucune façon participants de l'inflammation, et que c'est dans le sang qu'elle se passe tout entière. Vérité pathologique à laquelle un très-honorable professeur a rendu un éclatant hommage, un peu crûment peut-être, mais plus justement qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord, lorsqu'il a exposé en détail qu'une inflammation quelconque, une pneumonie par exemple, ne consiste que dans le coagulum du sang retenu en stase dans le tissu pulmonaire, et dont les divers états constituent seuls V engouement ainsi que l' hépatisation rouge et grise ; que ces trois degrés de la pneumonie ne résultent que du changement d'aspect et de consistance éprouvé par le sang
> Grisolle; Tr. de lapneum., 7.
Forster; Anai. pathol., '2G0.
" Grisolle; Palhol. inl., l, 191.
— Audral ; Clin. méd.. 111, 486.
PHLUGMASIE. 117
qui forme le coagulum , ou du progrès de sa décomposition ; qu'en définitive, la maladie tout entière ne provient que de la façon toute physique ou onc'canique dont le sang se comporte dans les mailles du tissu ; que, quant à celui-ci, on voit qu'il éproave une perturbation, comme qui dirait un changement de position de ses molécules, mais qu'au fond il n'est pas môme susceptible de s'enflammer , et que la seule part qu'il prenne au phénomène, c'est de servir de soutien au coagulum ' . Jetons un voile sur le sens par trop mécanique et chimique de cette théorie: à la place de ce coagulum qui se décompose, mettons le blastème, à travers lequel le sang poursuit activement ses transformations plastiques obligées, et nous pourrons y puiser une image très-approximative du mécanisme suivant lequel s'accomplissent les phénomènes.
239. Tout le monde est d'accord que le principal de ces phénomènes , celui sur qui repose toute l'importance, c'est l'arrivée ell'accumulation, c'est l'excès du sang dans la partie qui s'enflamme. Le microscope démontre les courants capillaires concentriques qui l'amènent ; mais cela ne suffit pas , ce n'est qu'une notion indifférente ; ce qu'il nous importerait surtout de savoir, c'est la cause qui donne l'impulsion à ces petits courants. On veut que ce soit la dilatation, la paralysie des vaisseaux. Mais à part les objections déjà faites à cette manière de voir ; à part que le même microscope ne révèle nullement cette dilatation préalable des vaisseaux, qui se crispent plutôt, dès l'abord, et qui ne se dilatent que sous l'effort victorieux du sang; à part cela, on n'aperçoit pas dans ce système la raison de la direction concentrique du courant. Quel hasard singulier que tous les vaisseaux d'une partie se dilatent ainsi à la fois et dans le même sens, et combien l'unité du phénomène nous engage à en chercher la cause partout ailleurs que
Gourdon ; Journ. des vélérin. du Midi, lll, 438 ; IV, 299-300.
dans la coopération d'agents aussi multipliés! ces vaisseaux dilatés ne nous donnent au reste qu'une idée trèsimpropre du phénomène. On entend sans doute que la dilatation n'a lieu que dans un point, la capillarité se maintenant en deçà et au-delà, et que c'est en ce point qu'a lieu la stagnation. Mais il ne s'agit pas uniquement de cela, d'une stagnation inerte, passive, telle qu'on la conçoit par la dilatation ; c'est bien plutôt une pression, une tension opérant sur le sang avec un tel effort, qu'elle l'oblige à s'extravaser. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut comprendre l'épanchement, le grand fait de cette scène morbide ; c'est par l'œuvre de cette même force qui a déjà produit la dilatation du capillaire, et que nous connaissons pour appartenir intimement au sang. Il resterait d'ailleurs à mettre la paralysie vaso-motrice, d'où résulte cette dilatation, en harmonie avec les causes capables de la provoquer. Aujourd'hui l'action réflexe nous est proposée comme exerçant sous ce rapport un empire souverain, pour donner lieu à la fluxion. Or, l'action réflexe est un moyen excitant capable d'aller au loin réveiller la sensibilité, l'irritabilité: comment la croire susceptible de préparer, de provoquer la paralysie ?
C'est que, pour bien juger de la valeur de Id théorie médicale, serait-elle irréprochable en tant qu'abstraction, il faut la mettre en œuvre et en présence des faits pratiques, et nous pouvons nous donner le plaisir de comparer, sous ce rapport, les données matérialistes avec les enseignements du Vitalisme. Lorsque, à la suite d'une impression de froid, une phlegmasie s'étabht sur un point : le poumon, la plèvre, l'amygdale, on nous dit : c'est que l'impression reçue par la peau, renvoyée d'abord au cerveau ou à quelque autre centre nerveux, a fini par retentir sur les nerfs vaso-moteurs de l'organe; c'est l'action réflexe. Cependant, cette impression , nous l'avons ressentie cent fois, mifle fois ; nous l'éprouvons tous les jours, sans que rien do semblable en résulte. Pourquoi donc cela? D'où vient que les nerfs cuta-
liés ne sont pas toujours disposés à réagir sur les vasomoteurs, ou ceux-ci à leur répondre? Alors même que la plilegmasie survient, comme la fièvre lui est intimement liée, en tant que double effet de la même cause, soil qu'elle la précède ou ne soit que simultanée, il est nécessaire, il est indispensable que la même théorie rende raison des deux ; et si l'action réflexe ne peut rien pour la fièvre, qu'en avons-nous besoin pour la plilegmasie, qui trouve naturellement son explication dans le système que nous sommes obligé de nous faire pour l'autre? De plus, la nature spéciale de la pneumonie, de la pleurésie, de l'amygdalite, est une question de première importance pour le praticien; quelle lumière pourra lui fournir, à ce sujet, l'action réflexe, cette impression fugitive, étriquée , qui ne saurait avoir plus d'une façon de retentir?
Tout ce que le Matérialisme nous laisse ignorer ici , notre théorie dynamique va nous le révéler avec autant de sûreté que d'évidence. Pour elle, la maladie n'est pas un fait fortuit, imprévu, mais résulte d'une lésion vitale existant plus ou moins à l'avance, principalement dans le sang. Tant que la lésion, c'est-à-dire l'affection morbide, n'existe pas, l'action des causes ne saurait aboutir, l'impression du froid passera sans aucun résultat. Certaines fois, l'affection peut même être, ou formée ou en voie de l'être ; mais l'organisme réagit contre elle et parvient plus ou moins longtemps à la contenir ou à la dissiper par quelque moyen de dépuration, dont le plus actif est la transpiration insensible. Tant que celle-ci s'exécute normalement, l'équilibre se maintient; mais c'est alors que le froid peut avoir des conséquences morbides. S'il vient à interrompre la dépuration, l'état affectif du sang s'aggrave, et la maladie éclate. Et dans tout cela, ne venez pas dire que le froid n'a agi que par l'impression nerveuse qu'il provoque, plus ou moins réfléchie; c'est uniquement en contrariant, en interrompant la dépuration, qui est une opération toute dynamique, ce qui est bien différent. Dans
ce système, nous ne saurions avoir aucun embarras à comprendre que la fièvre naisse, avec la phlegmasie, de l'affection morbide, leur unique raison d'être à toutes deux, et qu'elles retiennent d'elle toutes les spécialités de leur nature.
Cet exemple est très-propre à nous montrer le rôle de l'affection morbide dans les fluxions, rôle qui nous apparaît ici avec la plus parfaite évidence. Mais lorsque ce rôle sera moins apparent, qu'au lieu d'une impression de froid, ce sera un excès de fatigue ou de régime, une émotion morale; en un mot, une excitation quelconque qui aura fait éclater la maladie , les choses ne se seront pas passées autrement. Ce n'est pas directement et par elle-même que cette excitation aura agi; car, de même que le froid, elle s'est renouvelée cent fois sans autre résultat ; c'est toujours en ajoutant un degré d'intensité à l'affection morbide, ou, si l'on veut, en provoquant un trouble qui lui offre l'occasion d'éclater. Tant que l'affection n'existera pas, il n'y aura pas de maladie, sinon celle-ci se tiendra invariablement, comme dans le cas ci-dessus cité, sous la domination spéciale de l'affection. Cependant, que devient en tout ceci l'action réflexe, et, s'il est impossible de lui assigner alors un rôle et que la maladie n'en arrive pas moins, n'estce pas un juste motif de croire que, dans le cas de l'action du froid, elle n'arrive pas autrement, suivant l'adage hippocratique, le modus unus des maladies; que l'action réflexe n'y trouve qu'un faux semblant d'explication ; en un mot, que c'est la vie, la lésion vitale, l'affection morbide opérant sur le sang, qui est la vraie cause, le seul mobile de ses mouvements, tant généraux que locaux? La fluxion plegraasique en résulte alors aussi activement, aussi essentiellement que sous l'empire d'un sentiment d'amour, de douleur morale ou de gourmandise, on voit se fluxionner les systèmes génital, lacrymal ou salivaire. Du reste, nous sommes familiarisé avec le rôle de l'affection morbide; nous l'avons vu, dans les fièvres, exciter d'une
PHTiEGMASIE. 121
façon directe, non-seulement le trouble général qui les constitue, mais les fluxions spéciales qui les caractérisent. Les choses restant exactement les mêmes dans la phlegmasie, plus les tendances plastiques de la fluxion, il n'y a pas lieu de chercher, pour ces tendances, une cause, une origine autre que pour l'ensemble des phénomènes.
i 240. Étant donnée, dans IWection, la cause qui trouble dynamiquement le cours du sang, c'est-à-dire qui ajoute à ce cours normal le. surcroît d'activité, ainsi que les directions et les tendances plastiques nouvelles qui constituent proprement la phlegmasie, il va maintenant nous être permis de montrer dans cette cause la raison de tous les phénomènes dépendant de celle-ci : tant de ceux dits élémentaires que de ceux qui s'accomphssent durant tout son cours, et jusqu'à cette abstraction, cet emblème, cet x algébrique du stimulus, admis généralement comme les produisant tous, sans que personne soit encore parvenu à déterminer sa nature.
Pour expliquer l'arrivée du sang, le ftuxus, sur le point qui s'enflamme, nous avons vu qu'on invoquait unanimement l'épine, le stimulus , c'est-à-dire un mode anormal de sensibilité, demeuré jusqu'ici une pure hypothèse. Il est certain qu'à un moment donné de cette scène morbide, un phénomène de ce genre se produit. Mais, bien loin qu'on doive le prendre comme cause, il faut n'y voir qu'un premier eS'et de celle que nous accusons. C'est la lésion affective qui trouble, qui agite le cours du sang , le concentre, l'accumule dans un tissu, de manière à distendre, à blesser ses fibres, et c'est là, uniquement là, l'origine mystérieuse inexpliquée du stimulus, et, aubesoin, de la douleur. A ce compte, il y aurait lieu de modifier quelque peu les axiomes hippocratiques, tant célébrés, et dût-on nous accuser d'arranger ces axiomes en variations, comme Bazile faisait des proverbes , nous proposerions do dire à l'avenir, non plus : ubi stimulus, ubi dolor, ibi fluxus ;
mais, au contraire, ubi Jluxus , ibi stimulus, ibi dolor.
L'important serait toujours de remoater à ce premier mouvement du sang, qui fonde le phénomène, et nous savons parfaitement à quoi nous en tenir de la part de ce liquide, ou, suivant le microscope, de son globule. Nous avons rappelé les faits qui établissent son activité, sa spontanéité; on y est revenu. La science exacte, interrogeant tous les mouvements du globule, arrive à reconnaître en lui une véritable personnalité. Elle le voit, dans le liquide en circulation, passer et repasse}^ d'un vaisseau à l'autre, du plus grand au plus petit, réciproquement ; elle s'assure qu'il peut éprouver d'abord un temps d'arrêt au milieu du courant le plus rapide^ et puis (ieuancer ce même courant. Muller voudrait ne voir en tout cela que des variations de pression, des effets dus au changement de position de l'animal. Mais cette explication n'est pas sérieuse, et, dans de tels faits, il nous paraîtrait difficile de ne pas reconnaître, de la part du globule, une motilité propre, principe de celle du liquide pris en masse; et l'état morbide vient, à cet égard, compléter nos convictions. Dans un tissu en voie de s'enflammer, le microscope nous montre le globule qui, en vertu de cette spontanéité que nous lui connaissons, pénètre un des vasa serosa qui ne lui était pas destiné, et, le même fait se répétant pour une masse d'autres globules, ceux-ci envahissent ensemble le même système, le distendent et contribuent ainsi à la congestion, à la tension, à l'épanchement' .
A supposer que les choses se passent ainsi : de ce globule remuant, tournoyant, s'agitant sans trêve, et du vaisseau lymphatique immobile qu'il va pénétrer, il esta peine besoin de se demander auquel des deux revient la part réelle, la part essentielle du phénomène. Si, au compte du lymphatique, le microscope avait pu saisir le moindre fait de redressement, de pandiculation, de succion quel-
1 Graves ; Clin, méd., I, 70, 74.
iconque, il n'aurait certes pas manqué dele proclamer; s'il m'en fait rien, c'est que le vaisseau doit demeurer avec son i immobilité, sa nullité fonctionnelle, et c'est bien l'autre, I c'est le globule qui vient le joindre, qui force son entrée I pour l'envahir, et cela non point par un fait de hasard, iDQaisen vertu d'une disposition active, intentionnelle, à lui (Communiquée par l'affection morbide. Bien entendu que si lie globule est l'agent effectif du mouvement, il n'est pas iseul à l'exécuter: la même activité, la même originalité, i incombent nécessairement au milieu où il siège, au plasma Itout entier qui s'épanche avec lui, et c'est ainsi que dans 1 le fluxus, dans la période initiale de la phlegmasie, c'est i bien le sang qui, à l'aide d'un mouvement spontané et i dans un but plastique déterminé d'avance, absolument (comme dans la fluxion nutritive ou sécrétoire , c'est le ïsang qui arrive sur un organe ou un tissu, pour y consti- I tuer cette phlegmasie, ainsi que l'indiquent déjà, dès le 1 début, les pulsations isochrones au pouls, appréciées par lie malade et même par le médecin, lesquelles sont une ^ preuve de l'action augmentée des capillaires\ ou plutôt du isang lui-même, qui donnera lieu directement à tous les ■ accidents, à tous les phénomènes qui vont suivre, et, tout lies premiers, à ceux qui passent pour caractéristiques de ll'inflammation.
Il est à peine besoin de le dire, celui de ces accidents iqui se présente avant tous les autres , la tuméfaction, itumor, la congestion, l'engorgement, ne saurait avoir une i autre origine. C'est bien le sang qui le constitue en entier ià l'exclusion du tissu, et qui seul, à raison de sa vitalité, i de sa plasticité, rend compte des différences que peut préisenter le noyau inflammatoire. Ainsi, dans la phlegmasie iphlogistique, si ce noyause montre volumineux, tendu, dur, irénitent, c'est qu'amené par une impulsion vigoureuse et «doué d'unegrande expansibilité, le sang a pénétré, comblé,
' Bouillaud ; Nosogr., I, 28.
distendu tous les capillaires de la partie et même tous les espaces intra-vasculaires. Dans la phlegmasie spéciale, surtout dans ses variétés inférieures, le noyau sera généralement moins étendu, moins résistant, parce que le sang se congestionne moins sous l'empire d'une fluxion qui a perdu de son énergie, et qu'il jouit du reste d'une élasticité bien diminuée. Il peut arriver alors que le noyau ne pèche pas en fait d'étendue ; c'est qu'à défaut de son énergie fluxionnaire, sa pénétration a été favorisée par sa propre ténuité, ainsi qu'en témoignent la mollesse et la flaccidité du noyau. Vainement voudrait-on réserver aux tissus une part dans le phénomène; car, s'ils peuvent être pour quelque chose dans l'état de tension alors existant, ce n'est qu'en tant que participant aux qualités du sang qui les abreuve et de qui dépendent tous les actes de plasticité.
La rougeur résulte tout aussi directement de la présence matérielle du sang. Broussais a dit d'elle et de la chaleur, qu'il appelle les deux phénomènes de l'inflammation, qu'elles ont leur source en lui , et que leur intensité est toujours correspondante à la quantité du sang qui pénétre les tissus* . Gela se conçoit sans peine ; seulement cette rougeur ne retient pas peut-être, comme l'engorgement, la marque de son origine spéciale, sa simple nuance ne nous donnant pas une mesure exacte de l'état de plasticité du sang. Elle ne nous laisse pas toutefois sans aucun renseignement. Par exemple, les petits courants intra-vasoulaires devront afî"ecter une direction plus ou moins rectiligne ou vacillante, suivant que la fluxion aura été plus ou moins énergique, c'est-à-dire suivant le degré d'impulsion à elle donné par l'affection, conformément à son génie dynamique.
241. La chaleur et la douleur, en tant que phénomènes vitaux de l'inflammation, ne laissent peut-être pas aporcevoir aussi clairement que les phénomènes physiques
1 Comm.de prop. depathoL, I, 95.
Heurs rapports directs avec le sang. Ces rapports n'en existtent pas moins pour cela, et ils vont nous fournir, surtout een ce qui concerne la dernière, des considérations bien au- Itrement intéressantes .
Quant à la chaleur, nous venons de voir l'opinion de ïBroussais, qui est celle généralement admise dans la science. lElle se prouve même par les expériences. Dans celle tant Lcélèbre de M. Gl. Bernard, on constate que la chaleur se [produit en même temps que la congestion, dont l'illustre tprofesseur la déclare une conséquence directe. Il eût été, een effet, quelque peu scabreux de la déduire, comme c celle-ci, de la paralysie. Toutefois, s'il est permis d'ad- ;i mettre ainsi la proportionnalité de la chaleur et de la conjgestion, cela n'explique pas tout. La chaleur diffère autrecmenl que par son degré. On la voit, suivant le génie de i l'affection, revêtir des caractères spéciaux bien distincts. I Celle des maladies phlogistiques ne ressemble pas à celle .des maladies bilieuses ; elle changera sensiblement aussi, ssuivant que l'état sera catarrhal ou piluiteux. Mais ces nouwelles altérations ne dépendent pas moins du sang. Vaimement en demanderait-on la raison aux considérations corganiques, impuissantes à nous les fournir; c'est le sang, idont la vitalité est modifiée par l'affection, qui réagit conî-formément sur la chaleur, dont il est le dispensateur abssolu. Mais c'est maintenant la douleur qui mérite de nous jarrêter un peu plus longuement.
Nous venons de voir que le stimulus, assez mal défini ] jusqu'ici, n'était au fond que le résultat de la première .limpression que fait sur la fibre solide le sang amené par Ma fluxion. La douleur est un phénomène absolument du iimême ordre que le stimulus , car on la conçoit comme un'en étant que l'exagération, et il est dès-lors tout naturel jqu'elle se produise à mesure que le sang s'accumule, s'é- Ifpanche, s'établit à demeure dans le tissu, de manière à en l:distendre péniblement les fibres ; et, par suite, son intenisité ou son caractère ne pourront que se trouver en rapport
12(5 THAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.
avec les différentes manières dont ce sang se comportera.
Lorsque, sous la vigoureuse impulsion de l'affection phlogislique, doué qu'il est d'ailleurs de la plus grande somme de tonicité et d'élasticité, il arrivera sur un organe, ce sera pour en pénétrer rapidement et profondément le tissu ; il injectera abondamment les capillaires; ceux de ses courants qui tomberont sur les espaces intra-vasculaires seront nombreux, condensés, et, à raison de leur violence impul- ^ sive, en ligne droite. De tout cela résultera une distension considérable de la fibre; et comme le ton de celle-ci est généralement en harmonie avec la crase et la vitalité du sang, elle opposera une grande résistance au courant, d'autant plus qu'il cherche à l'envahir avec plus de vigueur et de promptitude ; et de la lutte, de cet effort extensif infligé à la fibre, devra résulter une douleur vive, aiguë, poignante, telle qu'on l'observe dans les phlegmasies pures.
Dans les spéciales, il en sera tout autrement. Elles dépendent de divers genres d'affections dans lesquelles le sang a perdu de sa vitalité, de son activité, de sa force d'impulsion. Quand il abordera sur un tissu, ce ne sera plus avec la même vigueur ni en si grande abondance ; les capillaires seront moins pleins, moins distendus ; les courants intra-vasculaires moins denses et prolongés, plutôt par circonflexions qu'en ligne droite. En un mot, l'injection sera moins rapide et moins profonde. D'un autre côté, i le ton de la fibre, proportionnel à celui du sang, rendra I les distensions moins pénibles et la douleur n'aura qu'un 1 caractère plus ou moins effacé, ainsi qu'on le voit dans les phlegmasies spéciales, dont certaines variétés, comme la pituiteuse, contrastent entièrement avec la phlogistique, au rapport de l'intensité de la douleur comme de tous ses autres .caractères.
Il est donc évident que le sang est le véritable et principal agent de la douleur, et quand nous accusons, avant tout, sa constitution et sa plus ou moins grande abondance, il se pourrait qu'à cela ne se bornât pas toute son inter-
vention. On connaît les intéressants travaux de l'Histologie, iqui étudie séparément les divers éléments d'un même I tissu. Et bien que ce soit là, nous en convenons, une ; source de considérations très- aventureuses, bien que le j grave Laënnecait, un peu inconsidérément peut-être, qua- I lifîé à' absurdes les espérances attachées à l'étude microsco- ^ pique des organes' , cependant nous ne regarderions pas I comme impossible que la science, telle qu'elle est pratiiquée aujourd'hui, nous ouvre à cet égard des aperçus ■ nouveaux. L'ophthalmie peut nous servir d'exemple. Non- : seulement trois membranes aussi intimement confondues i que la sclérotique, la cornée et la conjonctive, peuvent i offrir un but isolé à la fluxion, mais la même, cette deriniére, peut être frappée suivant la cause qui met cette I fluxion enjeu, dans chacun de ses éléments : glandes mu- ( queuses, glandes lymphatiques, tissu fibro-séreux, si cette (Cause est tour à tour catarrhale, scrofuleuse, rhumatisimale ou goutteuse. Pourquoi n'en serait-il pas de même (dans toute autre phlegmasie? Qu'est-ce qui s'opposerait à (ce que l'on admette que, suivant le génie affectif dont elle I procède, la fluxion intéressera plus ou moins l'élément I fibreux et sensible du tissu malade, et que de cela peuvent (être dérivées certaines différences que la douleur présente ! parfois? Le fait est que les autres muqueuses, aérienne ou i abdominale, nous fournissent des observations en tout sem- Iblables à celles de la conjonctive. Tantôt leur injection et Heur tension considérables annoncent que c'est leur élément ' vasculaire qui a été principalement envahi, comme dans lia phlegmasie pure; tantôt c'est plutôt sur leurs glandes, i leurs acini, que la fluxion a porté, ou encore sur leur tu- I nique fibreuse, ainsi que l'indiquent les abondantes sécrét lions des phlegmasies catarrhales ou les tensions spasmoidiques de celle qu'affecte le génie rhumatismal. Et l'on ne ^voit pas pourquoi même les phlegmasies des parenchymes
' Auscult. méd., I, 280.
se déroberaient à cette loi ; pourquoi, dans chacune, la fluxion de tel ou tel caractère n'intéresserait pas de préférence un de leurs éléments particuliers, de manière à faire varier, soit la nature de la douleur, soit l'aspect des autres symptômes. Toujours est-il qu'on peut signaler ici l'ampleur, les richesses théoriques procédant de la spontanéité vitale, de l'activité élective de cette fluxion, comparée à la pauvreté, à la nullité radicale du stimulus.
242. Nous arrivons ainsi à attribuer directement au sang et à son intervention active, les quatre phénomènes élémentaires, classiques, de l'inflammation. Mais là ne se borne pas son rôle; nous allons le retrouver dans le cours tout entier et dans la plupart des actes plastiques de cette maladie, dont il détermine seul les périodes régulières.
Avant l'épanchement, l'inflammation n'existe pas proprement ; ce n'est encore que la congestion qui ne donne lieu à aucune élaboration du sang. Aussitôt qu'il est formé, le blastème est nécessairement voué à une série d'actes plastiques dans lesquels le sang, à raison de ses dispositions dynamiques, conserve toute sa prépondérance. Supposons sa fluxion accomplie sous la vigoureuse impulsion de l'afl'ection phlogistique ; ses petits courants pénétreront profondément le tissu, en s'y divisant; et comme le ton qui l'anime semble ne différer du ton normal que par son exagération , sans mélange d'une morbidité considérable , son travail plastique se maintiendra plus ou moins normal aussi, et, pour peu que l'art ou la nature le seconde, il aboutira promptement, par le fait de ses conversions habituelles, soit à se perdre, à s'absorber dans les tissus, en s'assimilant à eux et sans laisser d'autres traces : c'est le cas le plus heureux, c'est la résolution; soit en tournant au profit du tisssu lui-même, dont il augmenterai masse: c'est l'hypertrophie ou l'induration. S'il s'agit d'une phlegmasie spéciale, suivant le degré de faiblesse ou de perversion du ton qui la régit, la fluxion s'opérera avec une vigueur
décroissante, le sang inondera moins la partie, et, doué qu'il est d'une vitalité, d'une plasticité diminuées, ses transformations seront moins promptes, moins normales, moins complètes ; par suite, la résolution plus dilBcile, et le blastème ayant par cela même moins de tendance à se solidifier, ses sucs abreuveront les tissus, et, au lieu de l'hypertrophie ou de l'induration, c'est l'œdème qui en résultera.
L'inflammation n'aboutit qu'exceptionnellement à la résolution; elle tend fatalement à une autre fin, qui est la production du pus, et en ceci le rôle souverain du sang n'est pas moins manifeste, car il se prouve directement. Aucun théoricien n'a pu éviter de chercher dans le sang l'origine et les matériaux du pus. Les uns' ont pensé que les globules du premier deviennent d'emblée ceux du second, qu'ils n'ont pour cela qu'à se dépouiller de leur matière colorante , et la grande ressemblance existant entre les plus petites granulations de l'un et le globule le plus parfait de l'autre, pouvait donner un semblant de raison à cette hypothèse - . Mais cette filtration du globule à travers la paroi artérielle et son passage mécanique à un autre état, sont une double difficulté considérable. Aussi d'autres ont-ils préféré croire que c'est la sérosité du sang, épanchée à la faveur d'un travail de sécrétion, qui se transforme en pus; et ce serait la fibrine existant dans celte sérosité , aux dépens de qui les globules purulents seraient constitués^. Les expériences de Hunter et de Home seraient entièrement favorables à cette opinion. Elles ont prouvé que la matière des abcès était formée d'abord par de la sérosité sanguinolente, puis par du pus trèsliquide, semblable à du petit-lait, enfin par du véritable pus*. En quoi il faut ne voir qu'un blastème qui s'épanche
1 Gendria.
2 Lhôritier ; Ghim. patliol., G76, 674. •' Grisolle ; Patliol.ini., I, 190.
* Lhéritier ; Chim. pathol., 675.
et s'élabore acLivoment, à la façon de tous les blastèmes, sans que toutefois il soit permis d'accuser la fibrine ou tout autre élément d'une telle élaboration ; c'est bien le Llastème en masse qui, pénétré des dispositions du sang, d'oîi il procède, doit fatalement aboutir à la production du pus. On ne devra pas dès-lors s'étonner que, suivant ce que seront ces dispositions, les choses se comportent différemment : si elles tiennent du génie phlogistique, l'élaboration sera prompte, active, régulière, le pus se formera dans de bonnes conditions de couleur, de consistance et d'odeur, et dans des proportions plus ou moins restreintes; si, au contraire, elles se relient à l'une des affections spéciales, le travail, plus lent, plus incertain, n'aboutira qu'à un pus clair, séreux, au besoin ichoreux, fétide, dont l'abondance se proportionnera à sa mauvaise composition, et qui ne révélera qu'un blastème vitalement et plastiquement mal rétribué. De toute façon, ce qui aura réagi souverainement sur la niarche et les caractères de l'abcès, c'est la tendance dynamique dont le sang était animé.
Parfois, au lieu d'aboutir régulièrement au pus, l'inflammation ne produit que la gangrène. Nous aurons occasion de nous expliquer plus généralement sur celle-ci; mais, dans l'espèce, elle n'est évidemment qu'un blastème dégénéré, atteint dans sa vitalité et ses transformations, et accompli suivant le mécanisme accoutumé. C'est toujours le sang qui se fluxionne, pour ne subir qu'une élaboration essentiellement anormale. On l'a dit alors frappé d'une viciation particulière dont on fait un élément morbide spécial, une véùlahle affection gan<jréneuse\ Sans doute, il faut bien que le dynanisme soit profondément altéré. Il n'en est pas moins vrai que l'inflammation conserve alors toutes ses prérogatives, plus l'altération particulière de son blastème, et c'est avec vérité que Ester a pu dire que la dia-
' Alquié ; Palhol. môd., II, 419.
thèse grangréneuse n'était qu'une variété de la diathèse inflammatoire ' .
Au lieu de tendre ainsi à la destruction, l'inflammation, {plus souvent encore, donne lieu à des créations plastiques. (C'est surtout dans certains cas où elle siège sur les systtèmes muqueux, et plus généralement séreux , qu'on voit .•se produire des membranes plus ou moins organisées, l Gomment le fait survient-il alors? Quelle part d'action attri- Ibuer à ces systèmes déjà mal rétribués anatomiquement ? ïSi l'on examine les choses en détail, on s'assure, dans la r pleurésie par exemple, que l'injection ne pénètre pas la : séreuse, mais le tissu cellulaire sous-jacent, et, en déta- L chant la fausse membrane, on trouve au-dessous la plèvre, c. avec sa transparence, son poli, son épaisseur et ses couleurs inormales^. On ne peut pas supposer que ce soit elle qui : accomplisse ici les phénomènes. C'est toujours le sang qui : s'épanche et s'organise à sa manière, suivant la lésion dynaimique dont il est pénétré, et peut être encore, suivant le t théâtre sur lequel il s'exerce, car on est en droit de penïser que si cette forme de diphthérie appartient de préférence ;aux membranes, c'est que, dans des organes aussi minces, U'injection ne peut s'infiltrer tout entière, et que le blastème ( est contraint de se répandre au dehors, où il a plus de faci- Uité pour s'organiser à part.
243. Avec toutes les considérations qui précèdent, nous c croyons avoir envisagé l'inflammation d'une manière aussi c complète que vraie. 11 ne suffit pas de s'attacher à un de >ses phénomènes isolés, fût-ce le plus curieux, et d'en renlidre compte tant bien que mal; ce qu'il faut nécessairecment, c'est la considérer dans son ensemble, et chercher Ida point de départ commun de tous ses phénomènes, tant llocaux que généraux. Ce point de départ, nous proposons
• Estor ; Appiic. de l'anal, à la pathol. chirurg., III, 1323. 2 Grisolle -, Palhol. int., I, 335.
132 TRAITÉ d'hÉMATOLOC.IE DYNAMIQUE.
de le prendre dans la lésion affective qui trouble le cours du sang, absolument comme pour la fièvre essentielle, que nous ne séparons pas de l'inflammation, car elle y conserve son caractère original tout entier, plus une fluxion supplémentaire qui donne lieu à la scène organique développée alors; c'est dire que si l'on veut étudier l'inflammation d'une façon utile, il faut le faire conjointement avec l'état général du sang, avec la fièvre, qui en font nécessairement partie.
Les anciens, dont la science moderne méconnaît ou dédaigne beaucoup trop les enseignements, les anciens ne s'y étaient pas trompés. A propos de l'inflammation, c'était l'état constitutionnel du sang qui attirait principalement leur attention, état qu'ils expliquaient à leur manière, dans leurs systèmes concrets, et qu'ils distinguaient avec soin en deux. Dans l'un, ils disaient que le sang était pur, franc, doué d'une grande densité et d'une forte texture. L'inflammation qui lui correspond, Galieu l'avait appelée 2^Megmonodes ; elle a conservé le nom ô^q phlegmoneuse ou simplement de satiguine : c'est celle pour qui nous proposerions celui de phlogistique. La fièvre qu'elle comporte est régulière et de courte durée. Ses solutions sont promptes et faciles, ou, comme on disait jadis, la coction y est parfaite et L'hypostase louable. Dans le second de ces états, le sang était qualifié d'épais, dissous, acrimonieux ; on l'accusait d'être mélangé avec diverses humeurs putréfiées ou en voie de l'être, et l'inflammation n'était plus alors que longue, anomale et fâcheuse ' .
La distinction entre ces deux sortes d'inflammation fut même portée si loin, qu'on finit par mettre entre elles la distance qui existe entre la réalité et l'apparence. Si l'on jugeait que le sang fût bien conditionné, qu'il n'y eût pas trace de pulridité dans les premières voies, que tous les
Galieu; Arl. curât., ad Glauc. , iP 2Z[1 . — Gra.al ; Rech. fièvr., l, 250. — Sarcone ; Mal. obs. àNaples, II, 167.
PHLEGMASIE. t33
symptômes puissent être expliqués par Vanatomie , on disait que l'inflammation était vraie, p^cre, légitime. On l'appelait bâtarde ou fausse si elle pouvait être attribuée à la comtption du sang, au vice caché des humeurs, à un venin, et si, pour rendre raison des symptômes, il fallait recourir à des qualités ocadtes *. C'est, avons-nous dit, la même distinction que notre École entend maintenir entre les deux sortes d'inflammation, en réservant ce nom exclusivement pour la première et ne donnant plus à l'autre que celui de fluxion. Mais, de ce que l'inflammation ne se présente pas dans certains cas avec tous ses caractères, toute son intensité, on n'avait pas le droit de mettre son existence en suspicion, de nier sa réalité. Quelque difi'érenls que les phénomènes puissent être dans les deux espèces, ils ne se rapportent pas moins au même état morbide, accomplis qu'ils sont par le même mécanisme, suivant l'opinion formellement exprimée par Pujol (de Castres), qui, après y avoir sérieusement réfléchi, ne voulait pas qu'on distinguât ces deux sortes d'inflammation, par la raison que, dans toutes, c'est l'excès des mouvements artériels sur le foyer irrité qui l'établit et la revêt des caractères inflammatoires ^.
Toutefois, si dans les deux cas l'inflammation mérite de garder l'appellation commune, il n'en faut pas moins signaler avec soin les nombreuses diS"érences qui lui incombent, suivant l'état dynamique du sang et le caractère de la fièvre à qui elle se lie. A raison de quoi les anciens admettaient autant d'espèces d'inflammations qu'il y a d'espèces de fièvres. Pour eux, l'intérêt capital d'une maladie ne consistait pas dans Vapparence sensible sous laquelle elle peut se produire ; pour eux, les symptômes organiques, qui marquent simplement le tissu où siège le désordre matériel , n'avaient qu'une importance très-secondaire ; ils
1 Sauvages : Nos. méth.. 1, 547, 612.
- Pujol ; OEuvr. compl, I, 16.
s'atlachaienL exclusivement aux symptômes maladifs émanés de la nature même de l'affection, dont ils révèlent le génie. En d'autres termes, dans le groupe de phénomènes dont se compose la scène tout entière, ce qu'ils trouvaient avant tout à considérer, c'est la fièvre et les actes divers qu'elle comporte'. Mais l'inflammation est aussi en pleine communauté avec la fièvre ; la fluxion, qui n'est que l'acte dynamique au moyen duquel elle se constitue, ne peut manquer de subir exactement les mêmes influences et de représenter tous les caractères de l'afTection, et plus particulièrement de la fièvre, par l'intermédiaire de qui elle s'accomplit le plus souvent ; aussi a-t-on pu dire que ce qui détermine essentiellement la nature de la fluxion, c'est l'affection morbide ^. Suivant que la fièvre ou l'alîection participeront de telle ou telle nature, la fluxion sera loin de s'opérer avec la même intensité, ni de donner lieu aux mêmes effets de plasticité. Et c'est dans ces différences, la fièvre restant en dehors, avec son rôle essentiel et souverain, c'est dans ces difî'érences qu'il va nous être donné de signaler les caractères distinctifs de l'inflammation dans ses principales espèces, lesquels caractères témoigneront partout de l'originalité, de la spontanéité, de l'omnipotence de la fluxion. Après avoir débattu les généraUtés de la théorie, nous aurons ainsi l'occasion d'appliquer en détail, à la pathologie de l'inflammation, les données de celle que nous proposons, et de montrer combien, mieux que toutes les théories rivales, elle est apte à embrasser les faits dans leur ensemble et dans toutes leurs conséquences.
244. La fluxion est décidément le grand fait morbide, le fait universel, l'acte nécessaire au moyen duquel la maladie se constitue. Sans fluxion, il n'y a pas de maladies possibles, pas plus qu'il n'y a de sécrétion, de nutrition,
Grimaud ; Cours de fièv., II, 52.
Saurel ; Thèse do concours, 41.
de fonction quelconque ; sans fluxion surtout, l'inflammation ne se conçoit même pas ; pour qu'elle existe, il faut qu'au milieu d'un état général, d'un ensemble exactement ressemblant à la fièvre essentielle, et en vertu de sa propre force, le sang se fluxionne sur un point déterminé et s'y livre à un travail plastique spécial. Pour nous aider à comprendre un tel acte, nous allons invoquer l'exemple de deux fluxions dont l'esprit saisit d'autant mieux le mécanisme qu'il n'est pas, comme pour l'autre, obscurci ou faussé par des préjugés et des erreurs légendaires.
Si l'on devait s'en remettre à l'opinion de Broussais et de son École, le rhumatisme ne demanderait pas à être examiné à part de l'inflammation, n'étant que celle du tissu musculaire ou fibreux. Il est très-curieux que dans un dictionnaire émané de cette École, le mot Rhumatisme n'est pas classé, même pour mémoire, même pour donner lieu à un renvoi. On ne trouve le sujet mentionné, mais démembré, qu'au mot Arthrite, en compagnie de la goutte et de l'arthrite traumatique ' . Mais c'était une question trop tôt préjugée : l'observation a prouvé qu'aigu ou chronique, musculaire ou articulaire, le rhumatisme ne laisse après lui aucune lésion appréciable, pas même un changement de coloration'^. Cela suffirait pour lui ôter tout point de contact avec l'inflammation, alors même qu'il n'en serait pas déjà séparé par sa symptomatologie. On ne saurait nier cependant que la fluxion respective des deux états ne conserve au moins une entière analogie. Or, quant à celle du rhumatisme , avec le système qu'elle intéresse, rien n'eût été plus légitime que de mettre en avant un phénomène de sensibilité, d'irritabihté, de stimulus. Est-ce donc ce qu'on a fait? Bien loin de là, on a passé sur ce caractère de la fibre musculaire, on n'a pas même prononcé son nom.
La raison du rhumatisme, on l'a cherchée dans le sang,
^ Roche ; Diclionn. de méd. et de chirurg, prat., III, 415. ' Grisolle ; Palhol. int., II, 828-36.
alléguant de la part de celui-ci d' être trop fibrineux et auss\ trop excitant*. Laissons celte dernière épitlièle, que le Matérialisme serait bien en peine d'expliquer, et qui ne nous apprendrait rien, car elle s'applique sans doute tout aussi bien au sang de la pblegmasie ou de la fièvre essentielle, et il resterait toujours à déterminer pourquoi, à raison de ses propriétés excitantes, le sang n'a de tendance qu'à intéresser vitalement le système fibreux, tandis que d'autres fois c'est à de tout autres systèmes qu'il s'adresse, et pour y produire des efïets bien difi'érents. Quant à la fibrine, il n'en est pas autrement ici que dans la pblegmasie ; son excès ne précède nullement le rbumatisme, il ne fait que lui succéder'. De sorte que, bien loin qu'il puisse éclairer son étiologie, il ne se présente que comme un de ses produits. D'ailleurs, cet excès dans les propriétés organiques et dynamiques du sang n'est nullement une condition absolue du rbumatisme, puisqu'on le voit parfois coïncider avec un sang dissous^ . Il est vrai que la fibrine peut encore surabonder dans un pareil sang, mais seulement d'une façon relative, et il n'en demeure pas moins que celui-ci s'éloigne grandement alors de l'exubérance plastique ou vitale qu'on veut bien mettre en avant.
Les anciens avaient dù faire entrer le rbumatisme dans leur système général d'bumorisme. C'étaient des matières impures^ acres*, ou simplement la bile, la pituite ; c'étaient toutes sortes de substances actives et subtiles , ennemies des organes sensibles, qui viciaient le sang, et qui, en se portant sur les muscles, causaient leurs dommages^. De telles considérations ne peuvent plus être de mise; seulement n'oublions pas que lorsque les anciens parlent de matières, ils ne se mettent jamais en peine de les démontrer pbysique-
* Roche ; Op. cit., III, 457.
2 Becquerel et Rodier ; Chim. patlioL, 105.
3 Sarcone ; Mal. obs. à Naples, I, 107.
* Sydenham ; Méd. prat., I, 360.
6 Sarcone ; loc. cit., 107.
PHLECiMASIE. 137
iment, et qu'ils ne s'en servent qu'aux fins d'expliquer Il'état ouïes qualités morbides du sang. Au moyen de quoi iils sont parvenus à fonder un système thérapeutique que mous sommes heureux de recueillir, et que nos explications 'vitalistes peuvent rendre acceptable pour les esprits les ;plus difficiles.
Il était tout naturel que, dans le rhumatisme, la fibre •solide fût directement prise à partie; c'est ce que fît IBarthez. Il supposait en elle l'exaltation delà force de situattion fixe , et c'est de là qu'il déduisait les tiraillements dou- ' Zoî«-ewrr excités par les moindres mouvements, surtout aut tour des articulations, où la densité des tissus rend leur c extension plus difficile*. Mais Barthez ne pouvait que ? s'exagérer le jeu des propriétés vitales, et cela au profit ides tissus, qui les lui représentaient bien plus manifesteiment que les liquides. Et sa théorie médicale en porte le [péché. De même que la lésion de la sensibilité n'a pu lui t fournir une idée claire du processus inflammatoire, de même i celle de la contractilité ne le sert pas mieux ici. Il sent t très-bien lui-même que cette lésion n'est pas simplement ice qu'elle est dans le spasme, mais il ne parvient pas pour ccela à la faire connaître sûrement. C'est qu'en effet le rhutmatisme n'est pas purement un fait de contractilité, mais cqu'il existe un étatgénéral, affectif, fébrile, tenant celui-ci ssous sa dépendance, et dont il faut tenir grand compte si U'on veut entendre les phénomènes.
C'est ce qu'a parfaitement compris un très-grand esprit lide nos jours, qu'on ne suspectera pas de se com.plaire aux \ vieilleries médicales, mais qui, tout ami qu'il est du pro- ,grès, a la rare sagesse de ne pas renoncer aux vérités acquises. L'illustre Graves est convaincu d'avoir observé, '.tantôt la fièvre seule, sans aucune manifestation, sans la ''moindre douleur da côté des articulations, tantôt le rhujumatisme sans la fièvre. De sorte que chez le même malade,
1 Barlhez ; Mal. goutt., I, 112-13.
138 TRAITÉ d'hÉMATOI-0(ÎIE DYNAMIQUE.
l'état morbide se révélait tour à tour sous forme de rhumatisme ou de fièvre ; ou bien encore il a vu les deux éléments se compliquer, s'aggraver ensemble, puis l'un des deux disparaître avant la guérison de l'autre ; le tout lui fournissant la preuve que, tant l'un que l'autre, ils ne sont que le produit d'un état général, qui est l'affection rhumatismale * .
Il est dès-lors facile de voir comment celle-ci se comporte. Elle commence par émouvoir la fièvre, soit antérieurement, soit simullanément à la douleur, tout à fait comme dans la phlegmasie; et c'est de la réunion des deux que le rhumatisme se compose. Pour le concevoir, il suffit d'accoler à la fièvre une fluxion d'un genre particulier, qui va directement à léser les tissus musculaire et fibreux, en intéressant particulièrement leurs éléments nerveux et sensibles. Dans la phlegmasie, on a eu un semblant de raison d'accuser l'irritation locale, l'épine; mais ici, où la fluxion frappe souvent tout un système, tout un membre ou même le corps tout entier, que devrait être l'épine capable d'une pareille fluxion? Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'affection porte comme toujours sur le sang pour le mettre en jeu, le congestionne sur une articulation ou sur les muscles, ainsi qu'en témoigne la peau, rouge, chaude, tendue, douloureuse ; et encore le gonflement, l'épanchement synovial, reconnaissable sur les articulations superficielles^. Le plus souvent, cette fluxion ne provoque aucun fait plastique et, le rhumatisme dissipé, ne laisse absolument aucune trace sur les tissus. Cependant, dans certains cas où elle a été plus active, ou plus persistante, il peut s'ensuivre la plupart des accidents locaux de la phlegmasie, y compris la suppuration^, bien que ce dernier cas soit infiniment rare''. N'est-ce pas là une fluxion très - analogue à la fluxion
1 Graves ; Leçons clin.^ II, 243-4.
2 Grisolle ; Paihol. int., II, 838.
3 Piorry ; Pathol. iatr.
' Grisolle ; Op. cit., II, 837.
l'HLEGMASIE. 139
phlegmasique, puisqu'elle peut s'y confondre et pour laquelle on se dispense d'exiger les mêmes conditions?
245, Nous pouvons appliquer le même procédé à riiémorrhagie, qui ne ressemble guère pourtant au rhumatisme ni à lapblegmasie. Nous avons déjà parlé de '. rhémorrhagie, à l'occasion des diathèses. Il est d'autres ■ cas où elle appartient aux maladies aiguës , afîectives , : non qu'alors la fièvre acquière l'importance que nous ve- 1 nons de lui voir dans le rhumatisme ; mais, qu'elle soit 1 faible ou même absente, ce n'en est pas moins l'affection I qui domine le groupe.
C'est vainement qu'on a cherché dans des conditions de I tissu les causes de l'hémorrhagie. L'observation constate ( que l'organe par où s'est fait l'écoulement de sang ne pré- : sente aucune modification appréciable dans sa structure. Les vaisseaux qu'il renferme sont eux-mêmes entièrement i intacts, si bien que lorsque après la mort on a voulu repro- ( duire une hémorrhagie au moyen d'une injection poussée idans les rameaux, par où elle s'était faite pendant la vie, lon n'y est point parvenu, cette injection restant alors sans I effet. Dire que, dans cette maladie, les capiUairessont fraptpés d'atonie, ne serait qu'une pure hypothèse impossible ià vérifier', et, déplus, souvent démentie parle fait théraipeutique. Se rejeter vers le stimulus ne serait pas un parti 1 plus soutenable. Dans l'inflammation, ce stimulus a pu au 1 moins, avec une apparente vraisemblance, être rapporté à lun fait de sensibilité ou d'irritation, ressource qui manque £ absolument dans l'hémorrhagie, où ces lésions dynamiques r n'existent pas. De sorte que rien, dans les solides, ne peut [ nous fournir les conditions essentielles de cet état morbide, f pas même dans les circonstances où ils peuvent opérer I mécaniquement. Il ne faudrait pas, en effet, s'abuser sur 1 le concours de certaines lésions organiques existant hors
* Grisolle ; Palhol. int., l, 572.
140 TRAITÉ d'hÉMATOLORIE DYNAMIQUE.
du siège de l'hémorrhagie, telles 'qu'une hypertrophie du cœur, certaines dilatations ou coarctations artérielles, veineuses et autres*, attendu que ces lésions physiques permanentes sont loin de nous expliquer pourquoi l'hémorrhagie a lieu dans un moment et sur un point donnés et non autrement ; ce qui suffirait pour nous révéler, ici comme partout, l'intervention active et spontanée de la fluxion.
A défaut des raisons tirées des solides, ceux qui ne conçoivent pas de maladies sans un désordre quelconque se sont rejetés vers la composition chimique du sang. Et il n'est pas un de ses dogmes où l'Hématologie se croie plus inattaquable que dans sa théorie de l'hémorrhagie. Cependant il s'en faut bien qu'elle ait pu émettre une assertion positive. Elle fait valoir généralement la diminution des globules, et surtout de la fibrine du sang, expliquant par là les hémorrhagies si fréquentes dans le scorbut, la fièvre typhoïde, la fièvre jaune et les fièvres graves en général. Mais elle est aussitôt obligée de reconnaître que le fait se reproduit tout aussi bien dans un état diamétralement opposé : la pléthore, où le sang se distingue par un excès des mêmes éléments^. On cite entre autres la plus redoutable de toutes, l'hémorrhagie cérébrale, où les globules augmentent en moyenne de plus d'un cinquième, et la fibrine de plus d'un tiers ' ; on est même forcé de convenir que l'hémorrhagie peut coïncider avec tous les états possibles du sang, avec l'élévation des globules et de la fibrine, comme avec leur défaut* . Bien plus, on n'a pas même pu nier qu'elle ne se montre souvent alors que le sang ne présente aucune altération. Il est vrai que, cette altération ne se constatant pas, on est réduit à la supposer, et qu'on n'admet pas moins qu'alors, soit les globules % soit
1 Piorry ; Pathol. iatr., III, 129.
2 Andral ; Hémat., 128. — Grisolle ; Palhol. inl., I, 574.
3 Becquerel et Rodier ; Chim. pathol., 150. Lhéritier ; Chim. palhol., 234.
6 Grisolle ; ?alhol. int.. I, 572. 1^
lia fibrine*, ont subi une modification quelconque, non (démontrée, dans leur (oxturo. Mais c'est là une manière par (trop commode de raisonner, grâce à laquelle il est facile de [triompher des plus graves difficultés. Et, pour des docllrines qui tous les jours jettent la pierre au Vitalisme et [là ses hypothèses , quel contre-temps, disons le mot, quel idéboire d'avoir à se retrancher sur des conditions matérrielles que les sens ne peuvent apercevoir! Et pourtant, celles ne s'applaudissent pas moins, elles théorisent, elles lambitionnent même les distinctions pratiques ; c'est dans 1 l'excès ou le défaut d'éléments du sang qu'elles feraient uuniquement consister la division classique des hémorrhajgies en actives et passives^. Mais, hélas! que de cruels cmécomptes se réserverait le praticien qui n'aurait pas td'autres bases où asseoir son jugement !
Ici encore, c'est la théorie dynamique qui seule peut [nous sauver les difficultés. Elle montre, dans l'hémorrhaïgie, un mouvement original, une tendance propre du ssang, une fluxion qui le pousse, le congestionne dans un point Lde son système capillaire, où il va, en dehors de tout trawail plastique, subir un simple acte d'exosmose. C'est ainsi cque Stahl l'avait déjà compris quand il signalait le génie eéminemment spontané, actif, de l'hémorrhagie, et qu'il ccraignait tant de la supprimer sur un point, de peur qu'elle me cherchât satisfaclion sur un autre, au préjudice du ma- Uade. Et aujourd'hui encore, après les tentatives infruc- Itueuses des mécaniciens, les pathologistes reviennent à sson molimen hemorrhagicum. Il ne s'agissait plus que de ITexpliquer, et, nous pouvons le dire, ils en donnent une iiidée très-approximative quand ils comparent l'hémorrrhagie à une véritable sécrétion^. On ne pouvait désigner fplus exactement le mécanisme de l'hémorrhagie, le mode
1 Becquerel et Rodier ; Chim. pathoL, 141.
2 Andral, — Lhéritier ; Chim. pathol . . •» Grisolle -. Pixlhol. inl., I, 573-2.
142 TRAITÉ n'HÉMATOLOrTlE DYNAMIQUE.
suivant lequel elle se produit. Seulement sécrétion n'était pas ici le vrai mot, en cela qu'il n'y a pas de produit nouveau, d'acte de plasticité. Le sang se lluxionne bien, comme dans la sécrétion, par un procédé qui est partout le même; mais au lieu de se transformer, il s'exhale au dehors, et c'est en cela seulement que la fluxion diffère de ce qu'elle est dans le rhumatisme et la phlegmasie. Quant à la fièvre, soit qu'elle existe, alors toujours plus ou moins effacée, disons-nous, soit qu'elle n'existe pas et que l'affection opère directement toute seule, on ne saurait absolument rien enlever à l'activité, à l'indépendance, à la souveraineté de la fluxion. Il ne faudrait pas s'en laisser imposer par ces épithétes d'activé et de passive appliquées suivant l'occasion à l'hémorrhagie. Gela peut signifier qu'elle s'accompagne ou non de fièvre, que son degré de ton peut se marquer, dans certaines par son excès, dans d'autres par son défaut, ainsi qu'il arrive, au reste, pour les phlegmasies, dont on réduirait une partie à l'état de simple fluxion. Mais dans aucun cas, il n'est permis de mettre en question le caractère original, spontané, actif, du molimen, de la fluxion, comme prenant sa source dans une lésion, un état morbide du dynanisme. Et lorsque personne ne s'est encore avisé de qualifier de passives les plilegmasies dont nous parlons, nous ne voyons pas pourquoi il en serait autrement de l'hémorrhagie, et pourquoi, bien qu'amoindrie, l'activité de la fluxion serait suspectée ou méconnue.
246. Si ce caractère essentiel de la fièvre et de la fluxion, dans le rhuuiatisme et l'hémorragie, pouvait souffrir encore quelques difficultés, nous invoquerions à l'appui les variétés qu'il offre très-souvent dans la pratique, et qu'il tient manifestement de la nature de l'affection. Rien n'est plus commun que de voir nos deux maladies se marquer tour à tour par les spécialités les plus variées, conformément à la fièvre, dont elles subissent alors le joug.
Aussi les anciens n'ont-ils pas balancé à regarder celle-ci comme la maladie primitive , capable de produire les autres ù titre d'accidents ou de symptômes critiques, en se yekmï sur telle ou telle partie. Le rhumatisme devenait ainsi une simple intercurrente, susceptible de se mêler avec toutes sortes de fièvres stationnaires * . Et les modernes n'ont pu méconnaître ce rôle prépondérant de la fièvre; c'est elle qu'ils prennent encore pour arbitre dans le diagnostic et dans le pronostic, et vainement, dans le rhumatisme, constaterait-on la cessation des douleurs; si la fièvre se maintient avec plus ou moins de force, elle doit sûrement en faire présager le retour', ce qui laisse bien à sa charge toute l'essentialité du rôle morbide.
C'est là, au reste, ce dont l'observation témoigne hautement quand elle nous montre le rhumatisme et l'hémorrhagie revêtant tour à tour la livrée de toutes les espèces de fièvre. Dans un premier exemple, celui-là se révèle avec son plus grand état d'intensité ; la chaleur, le gonflement, la douleur des articulations, dépassent le degré qu'ils acquièrent dans les autres variétés. L'hémorrhagie comporte de même des symptômes intenses, un sang exubérant et des pertes plus abondantes ; c'est pour les deux l'espèce phlogistique, où la fluxion s'opère dans toute son activité et son énergie. Que se passe-t-il cependant ici ? Est-ce une condition locale des tissus, est-ce un mode exagéré de stimulus à qui on a pu demander la raison de la nature des phénomènes? Non, et c'est bien plutôt à l'état général, à la composition du sang, surtout à ?,-à surabondance ^ à la pléthore. On dit que le sang, d'ailleurs de bonne qualité, c'est-à-dire n'ayant subi aucune altération, est tenu en orgasme par quelque . agitation violente du corps ou de l'âme, qu'il a revêtu des 1 qualités morbides vraiment itiflammatoires, dont se ressent la maladie, ainsi que le reconnurent, Sydenham dans des
' Sydeaham -, Méd.prat., I. 322-23, 381. Rcquia ; Rhumat. et goult., 177.
hémoptysies où le sang était toujours de même couleur que celui des pleurdtiques* , et Sloll, dans d'autres qu'il observa concurremment avec la pleurésie ^
Une autre variété, et des mieux caractérisées, est la bilieuse. Dans le rhumatisme, qui en participe, la fluxion a déjà moins d'intensité , d'où dérivent une lésion, une douleur moindres. Celle-ci, le plus souvent sans fixité, est susceptible d'augmenter sous l'influence d'une 5wewr abondante qui en faciliterait la guérison dans la plupart des autres espèces'. L'hémorrhagie offre la même dépression dans ses symptômes locaux. Et si la pleurésie du même type se fait remarquer par la lenteur de sa marche, la rareté de l'augmentation du point de côté, sous l'effort de la toux et de l'inspiration, le peu de sang mêlé aux crachats, et, en général, l'intensité diminuée de la fièvre, on ne saurait s'étonner que l'hémoptysie présente un caractère analogue*. Nos deux maladies comportent encore une espèce pituiteuse. Tels étaient, sans doute, le rhumatisme que Huxham observa en 1748, et qu'il attribua à une humeur acre et séreuse, ab acri et seroso colluvie-pendeat^ , et l'hémoptysie régnant concurremment avec la fausse péripneumonie, que Sloll rapporte à ce que lo. pituite qui surchage le poumon y rend la circulation plus difficile'^. Elles affectent aussi divers autres types. Barthez rapporte, d'après StoU, un rhumatisme calarrhal épidémique, ayant cela de particulier qu'il frappait le corps d'un tétanos universel, moim la mâchoire inférieure''. On reconnaît un rhumatisme rémittent o\x intermittent et une hémorrhagie de même caractère®; on
1 Sydenham ; Méd. pral., I, 379.
2 StoU ; Méd. pral., I, 8-7.
Finke; Épid. de TecM., 197.
^ Sloll ; Méd.praL, I, 49.
* De àer. et morb. epid., II, 185.
^ Méd.prat., I, 9.
" Barthez ; Mal. goult., I, 352.
8 Roucher ; Méd. clin., H. 57. — Grisolle : Pathol. inl., I, 579.
proposerait même d'admettre un rhumatisme nerveux*, une hémoptysie pMremcwf nerveuse^. Mais il n'est pas sûr qu'il s'agisse ici de l'affection que nous appelons de ce nom, et il se pourrait que dans l'un les douleurs inexprimables^ avec le pouls petit et concentré, et sans le moindre changement matériel dans les articulations, ne représentent qu'un mode excessif do sensibilité, comme dans l'autre l'épithète de werveM^e n'exprimerait, pour Grimaud, que l'absence de toute autre complication plus matérielle, principalement saburrale.
Quoi qu'il en soit, voilà bien, pour le rhumatisme et l'hémorrhagie, une foule d'espèces s'exprimant chacune avec des différences très-remarquables dans leurs symptômes, tant généraux que locaux. Ces dernières surtout annoncent que la fluxion est loin de se faire, dans toutes, avec une intensité ou même suivant des modes semblables. Pourquoi cela, cependant? Cette fluxion est assurément fort analogue à celle de la phlegmasie, au moins quant à son mécanisme. Qu'on essaye pourtant de lui appliquer les théories physiques de celle-ci : le stimulus, le spasme, les douleurs, les paralysies vaso-motrices et tant d'autres, et de nous dire comment, de leurs difl'érentes manières de se comporter, surgissent directement les différences cliniques dont nous parlons ! Une telle explication, c'est toujours l'état général, c'est l'affection, la fièvre, qui sont seuls capables de nous la donner, ainsi qu'en ont jugé les anciens euxmêmes, qui ont signalé ces différences. Dans son rhumatisme catarrhal, Barthez trouvait principalement à accuser la fibvre catarrhale maligne, qui le tenait sous sa dépendance^, tout comme Roucher n'estimait l'espèce intermittente que par le caractère de la fièvre. Grisolle lui-même ne doutait pas que l'hémorrhagie ne pût participer du même
* Alquiû ; Palhol. inl., II, 394.
2 Gv'xmuxid ; Cours du fièv., III, 128. ^ Loc. cit., 355.
type et consliluer alors une forme de fibvre larvée^ Et ce pouvoir de la fièvre sur l'hémorrhagie est sans doute fort commun, puisqu'il a fourni le sujet du principal chapitre d'un traité classique de la matière C'est en effet l'étal affectif, l'état dynamique du sang qui tient ici tout l'état morbide sous sa dépendance, et qui, de même que dans la fièvre essentielle, est le point de départ du trouble que le liquide peut éprouver dans ses grands vaisseaux ou sur un point de son système capillaire. C'est donc une fluxion qui, quoique déjà plus accentuée, plus matérielle que celle de la fièvre, ne s'accomplit pas moins exactement de la même manière, par un acte tout dynamique. Et lorsque, dans la phlegmasie, nous retrouvons cette fluxion dans un état plus complet et suivie de résultats différents, nous n'avons pas le droit d'accuser un autre procédé, d'autres actes, d'autres phénomèmes, stimulus, ou spasme, ou paralysie, qui demeurent ainsi parfaitement superflus. C'est ce dont nous allons nous convaincre en parcourant quelques espèces phlegmasiques, de celles surtout où les faits se montrent le plus à découvert.
247. Nous ne saurions mieux commencer que par l'érysipèle, qui n'est qu'une forme de V inflammation de la peau'*. Rien n'est moins contestable; seulement il conviendrait d'ajouter qu'ici, comme pour la pustule variolique, comme du reste partout en pathologie, la forme emporte le fond. Il n'en est pas moins vrai que l'érysipèle appartient à la grande famille des maladies inflammatoires, qu'il ne peut que se produire et se comporter suivant un mécanisme commun à toutes. Et attendu que tout se passe ici sous nos yeux, il ne peut que nous renseigner relativement à ce mécanisme.
* Pathol. int., I, 579.
3 Lalour ; Hisl. phil. lïdmorrh., II, ch. v.
3 Broussais ; Cours depalhol.. I, 108.
Au moment où l'érysipèle va éclater, il est impossible de constater sur la peau qui en sera le siège aucun changement, aucun phénomène capable de l'expliquer. C'est ici, où la preuve était plus facile que partout ailleurs, c'est ici qu'il fallait faire valoir le stimulus, le spasme, la paralysie vaso-motrice, l'action réflexe, et toutes les conditions organiques dont on fait tant de bruit. Personne ne l'a osé pourtant, et les pathologistes les mieux disposés à cet égard ne font nulle difiBculté de convenir qu'ici le froid, Virritation, que même le vésicatoire, la brûlure, les lésions mécaniques ; en un mot, q\i'aucune cause morbifique agissant localement n'est susceptible de provoquer l'érysipèle * . Ils sont réduits à se rejeter sur une disposition interne^. Or, qu'est une telle disposition, si ce n'est une cause générale, une lésion que toutes les doctrines placent invariablement dans le sang? Et comment opère-t-elle ? Est-ce en venant d'abord s'implanter sur la peau, y susciter quelques phénomène? organiques qui plus tard deviendront la cause provocatrice de la fluxion? Rien n'autorise à le croire; nous venons de voir qu'aucun fait local n'a pu être supposé. C'est donc plutôt en agissant sur le sang, ainsi que les faits le démontrent manifestement , car, qu'est-ce qui apparaît tout d'abord? C'est le trouble du liquide, c'est le désordre circulatoire, c'est la fièvre, qui dure trois jours avant que rien ne se montre localement. N'est-ce pas la preuve que c'est sur le sang qu'a porté en premier lieu la disposition interne? Que la fluxion vienne à se manifester ensuite, on ne peut la regarder que comme un trouble local prenant sa source dans la même disposition, qui a mis en branle le trouble général. Celui-ci doit-il même nécessairement précéder l'autre? La fièvre est-elle, comme dans son état essentiel, l'agent de la fluxion? 11 n'y aurait pas grand danger à le croire. Cependant, comme dans l'érysipèle chroni-
< Niemeyer; Pathol int., II, 457-9.
2 Piael ; Nos. phil, II, 83.
que, la fluxion s'opère très-bien sans la fièvre, en perdant sans doute un peu de son intensité, et qu'elle n'est du reste qu'un premier effet de la disposition interne, c'est toujours nécessairement à cette dernière qu'il i'aut remonter ; il est donc tout à fait rationnel d'admettre que c'est celte disposition, c'est-à-dire l'affection morbide, qui est cause de toul, el, qu'avec ou sans le concours de la fièvre elle est également apte à provoquer la fluxion, ainsi qu'il arrive par le fait dans toutes les phlegmasies, tant aiguës que chroniques, entre lesquelles la présence ou l'absence de la fièvre fait toute la différence.
Voilà un premier fait sur lequel nous appelons la plus sérieuse attention du lecteur. Alors que le phénomène fondamental de l'inflammation, l'arrivée sur un point du sang qui la constitue, alors que le fluœus donne tant de peine à concevoir, il le voit ici, en dehors de toutes les conditions plus ou moins subtilement imaginées, s'effectuer spontanément, primitivement, par un mouvement propre du sang impossible à méconnaître, puisque la plupart du temps il prélude dans son système général avant de s'agiter dans les capillaires; il voit cela dans un fait avoué de tout le monde, contre lequel ne s'inscriraient pas en faux les doctrines les plus aventureuses. Mais s'il en est ainsi et que nous ayons là un exemple patent, incontestable, d'une fluxion s'opérant spontanément, socs l'impulsion d'une lésion morbide siégeant dans le sang, où est donc la difficulté de concevoir que dans d'autres phlegmasies, que dans toutes, les choses ne se passent pas autrement? Quel besoin de mettre notre esprit à la torture pour inventer quelque fait organique susceptible d'attirer la fluxion, alors que la lésion qui la pousse nous est attestée par des faits indiscutables et s'accorde, du reste, bien mieux avec tous les faits de la pathologie, ainsi que nous nous en assurerons?
En attendant, voici un second fait qui nous donne les mêmes enseignements, et avec un surcroît d'utilité, en ce que l'élément anatomique qui en est le siège, quoique situé
extérieurement, est le même que celui où se passent diverses phlegmasies internes considérables; ce qui fait que les déductions tirées de l'une s'appliquent tout naturellement aux autres.
S'il était possible d'être avisé de l'instant où l'ophthalmie doit débuter, on chercherait tout aussi vainement sur la conjonctive une raison organique de la fluxion qui va l'atteindre. Jamais un auteur n'a eu la fantaisie d'employer à cette recherche les moyens d'investigation dont la science dispose aujourd'hui. Rien n'apparaît sur la membrane avant son injection capillaire, avant l'accomplissement delà fluxion, qui est bien ici le premier fait constatable; on est réduit alors à accuser quelque excitation extérieure: une lumière trop vive, surtout un coup de vent froid. Mais ces causes sont de tous les jours, de tous les instants, sans qu'aucune conséquence s'ensuive . Lors donc que l'ophthalmie a lieu, on est bien forcé de supposer quelque circonstance insolite, une disposition du sang, qui, demeuré jusque-là insensible à toutes les provocations, a fini par céder à cette dernière. Le froid peut donc bien avoir une importance occasionnelle ; mais, de cela seul que son action n'a rien de certain, qu'elle peut rester nulle ou avoir des conséquences tout autres que l'ophthalmie, on est en droit de conclure qu'elle n'a ici d'autre mérite -que de mettre en activité le mouvement fluxionnaire, déjà dynamiquement préparé dans le sang, lequel, étant non-seulement libre d'obéir ou de résister, mais de répondre de diverses manières, doit conserver toute sa spontanéité et sa prépondérance.
La plupart des malades accusent, il est vrai, un corps étranger, un gravier, un grain de sable, qui leur serait entré dans l'œil. Mais ils ne font ainsi que symboliser la fluxion elle-même, cause unique de l'impression , de la douleur ressentie, et qui par sa soudaineté donne l'idée de l'accident supposé, comme elle a déjà donné celle du stimulus.
L'ophlhalmie est un des exemples choisis pour expliquer l'action réflexe. Mais nous avons vu avec quel sans-façon on faisait recevoir la première impression par la cornée, qui la réfléchit sur la conjonctive, qu'elle avait dù traverser tout d'abord. Et en tout cas, il resterait toujours à dire, comme pour le froid, pourquoi cette impression se produit des miniers de fois sans se réfléchir. De sorte que, dans ce second cas ainsi que dans celui de l'érysipèle, la fluxion nous demeure bien comme un acte spontané, exécuté par le sang sous la provocation d'une cause interne, par conséquent dynamique.
248. C'est ici, on le voit, le grand fait de l'inflammation, le fait fondamental, plus que sufûsant pour assurer au sang la part prépondérante dans le phénomène. Ce n'est pas tout: une fois constituée par la fluxion, l'inflammation ofî're à considérer dans son étendue, sa nature, sa marche, sa terminaison , dans tous ses accidents en un mot, une foule decirconstances qui, toutes, prennent leur source dans les diverses manières dont le sang réagit ou se comporte, et qui achèvent ainsi de démontrer sa prééminence absolue et exclusive. Nous allons nous en assurer en continuant de chercher nos preuves dans l'analyse de nos deux premiers types.
Déjà de grandes difl'érences, dans les symptômes anatomiques de l'érysipèle, résultent de la seule quantité de sang que la fluxion amène et du degré d'impulsion qu'elle lui donne. Ici sans doute, comme partout, l'état général, la fièvre, conserve toute son importance; ce quia permis de dire que, de la nature de la fièvre, l'érysipèle tire sa distinction la plus essentielle \ VQv&onnQ, en efi"et, n'oserait attribuer les difl'érences de la fièvre aux variétés anatomiques de celui-ci. Mais la fluxion ne perd pour cela rien de ses droits, n'en demeure pas moins l'arbitre de toutes ces
» p. Frank; Méd. prat.. Il, 233.
variétés, et, par suite, des phénomènes morbides qui leur correspondent.
Ainsi, dans une première espèce, l'inflammatoire, avec un trouble fébrile considérable, l'érysipèle présente une tuméfaction et une rénitence marquée, une rougeur vive, foncée, en même temps une douleur pongitive et une chaleur bi-ûlante '. Dans l'espèce bilieuse, tous ces phénomènes Jocaux sont déjà bien diminués : il n'existe plus qu'une tuméfaction légère ou insensible, une couleur rose tirant sur le jaune et une sensation qui est moins une douleur tensive qu'une cuisson douloureuse' . Enfin, l'espèce typhoïde n'offre pas des différences moindres : la rougeur, d'abord peu intense, prend bientôt un fond terne ou violacé. La tumeur, peu volumineuse, encore moins rénitente, se réduit à une sorte d'empâtemeut plus ou moins semblable à l'emphysème. La douleur ne s'y fait guère sentir, et quant â la chaleur, bien qu'on l'y observe parfois vive et brûlante, comme dans les maladies putrides, elle n'y est le plus souvent que faible ou nulle^.
Ce sont là, certes, des différences caractéristiques, et il n'est pas une espèce où l'on n'en pût signaler d'analogues. A quoi tiennent-elles cependant? Au caractère de la fluxion, à la façon dont elle s'effectue, au volume de sang qu'elle amène et au degré d'impulsion qu'elle lui donne. Dans un cas, cette impulsion sera vigoureuse; le sang, d'aiUeurs doué de sa constitution la plus riche, pénétrera profondément la peau et les tissus adjacents, les colorera, les distendra péniblement, de manière à produire tous les caractères de l'érysipèle inflammatoire. Dans les autres, moins bien constitué organiquement et dynamiquement, le sang ne se fluxionnera plus avec la même intensité ni la même abondance; il n'infligera aux tissus qu'une distension et une
' Lepellolior ; Tr. de l'érysipèle, 153. 2 Ucsault ; OEuvr., I, 581 .
^ Lepellelier ; Op. cit., 222.
excitation de plus en plus faibles, et l'on en verra résulter toutes les différences que la tumeur présente dans son volume, sa couleur ou son degré de tension, telle que nous le montrent les espèces bilieuse, typhoïde et autres.
Bien mieux encore que l'érysipèle, l'ophthalmie atteste l'importance qui revient au sang pour sa seule présence. Ici, nous sommes privés du concours de la fièvre; mais, pour dépendre directement de l'état général affectif, la fluxion ne s'effectue pas moins avec la même spontanéité, la même souveraineté, toujours, bien entendu, en s'imprégnant du caractère de cet état général ; et c'est ce qui, mieux qu'autre chose, démontre son origine affective; car vainement demanderait-on au stimulus, au spasme, la raison delà variété de son caractère. L'ophthalmie participe donc de toutes les différences spéciales qui distinguent les autres inflammations. Les espèces phlogistique, catarrhale, scrofuleuse, sont parmi les plus communes ; d'autres sont rhumatismales, biUeuses, muqueuses, intermittentes, exanthémateuses, même puerpérales' , et dans chacune on doit s'attendre à ce que la fluxion s'opère dans des conditions inégales de temps, de force et d'abondance.
Dans l'espèce inflammatoire, le sang, richement constitué et grâce à la vigoureuse impulsion qui l'agite, envahira brusquement, largement, profondément les vaisseaux de la conjonctive, qui en seront distendus et formeront entre eux de nombreuses anastomoses, tandis que l'espèce scrofuleuse n'en comporte aucune, même à son plus haut degré^. La muqueuse de l'œil, alors extrêmement gonflée, dure, tendue, offrira une couleur de cinabre, confluente, uniforme, sans o^amificat ions apparentes. C'est \e chcmosis, c'est un véritable phlegmon de la conjonctivè; on conçoit qu'à raison de toutes ces circonstances, la douleur sera ici à son plus haut degré. L'espèce catarrhale offre une injection
1 Sichel ; Tr. do l'ophlh., 473.
2 Ibid., Op. cit., 49.
moins abondante, moins vive, de couleur pâle et jaunâtre; la conjonctive est boursouflée, mais lâche; le chémosis peut encore se former, mais il résulte d'un sang qui est loin d'avoir sa forte constitution et coloration: il n'est plus que séreux et transparent. Aussi la douleur sera-t-elle le plus souvent absente, l'impression se borne à un peu de démangeaison, tout au plus de cuisson* . L'injection propreà l'ophtbalmie bilieuse est comparée par Stoll à une simple ecchymose. C'est dire que la douleur s'y comporte en proportion, ainsi qu'elle fait dans une autre espèce qu'il appelle muqueuse, où la douleur obtuse occupe toute la tête, ce qui donne à penser qu'elle se rapporte bien moins à l'ophthalmie qu'à l'état général".
Ces effets de réplétion, avec leurs conséquences morbides, ne sont pas les seuls résultant de la fluxion. Peutêtre faudrait-il y rapporter aussi certains changements que les vaisseaux peuvent présenter dans leur disposition ou leur direction. D'abord, pour ceux qui naissent des fusées que la fluxion envoie dans les espaces intra-vasculaires, il est évident que leur projection en lignes droites ou flexueuses résultera déjà du degré de vigueur avec lequel elle s'effectue. Il existe pour l'injection, dans l'ophthalmie scrofuleuse une forme singulière par plaques triangulaires, qui n'est peut-être aussi qu'un caprice de la fluxion, à moins qu'elle ne dût être rapportée à une particularité de la couche vasculaire envahie ; ce qui, sans désintéresser la fluxion, nous rejetterait vers des effets d'un autre genre, dont elle est aussi susceptible. Enfin, certaines variétés que les vaisseaux afî"ectenl parfois dans leur forme ou leur calibre, sembleraient également appartenir à la façon active dont le sang se répartit en eux. Telle est la disposition inverse qu'ils présentent dans les ophthalmies catarrhale et rhumatismale : tandis que dans la pre-
1 Sichel : Op cit., 51, 52.
2 Stoll ; Mcd. pral., I, 398-99. — Grimaud ; Cours de fièvres, IV, 92. ^ Sichel ; Op. cit., 358.
mière les vaisseaux semblent partir de la paupière pour venir, en s'amincissant, vers la cornée, où ils se terminent par une extrémité déliée, et cela sans la toucher^ en s' arrêtant à une ou deux lignes, comme il arrive aussi dans l'optithalmie veineuse; la rhumatismale, au contraire, offre cela de remarquable que les vaisseaux, plus gros vers le bord cornéen, viennent se terminer vers les paupières en filets très-déliés * .
249. La fluxion ne se distingue pas seulement par ces véritables caprices de distribution attribuables au sang, ou par son degré de vigueur ou d'abondance, auquel les qualités plastiques du liquide prêtent, en outre, un concours dont il faut savoir tenir compte. Suivant les espèces affectives, elle montre aussi une tendance manifeste à intéresser, dans le même organe, un tissu ou un élément particulier. Ainsi, pour l'érysipèle, il s'en faut que la direction de la fluxion soit toujours uniforme. Il est une espèce simple où la couche superficielle du derme paraît seule atteinte, car elle ne comporte ni tuméfaction ni de nombreuses phlyctènes. Une autre espèce, tout aussi légère, qui ne diffère de la première que par une grande facilité à changer de place, à raison de quoi on la fait participer du rhumatisme, n'entraîne pas de lésions plus graves de la peau ^. L'érysipèle phlegmoneux, au contraire, pénètre profondément, jusqu'à la couche cellulaire, où il provoque l'abcès^. L'observation n'a pas déterminé la part que chaque élément anatomique du derme prend aux diverses espèces d'érysipèle; mais en les voyant varier par leur degré décoloration, de sensibilité, etc., serait-il prématuré de supposer que les couches vasculaires, fibreuses ou autres, sont tour à tour principalement intéressées? Il ne
< Sichel ; Op. cit., 199, 257, 305 2 Lopolletier ; Tr. de l'érysipèle, 139,237. Ibid., 148.
PHLE&MASIE. 155
le paraît pas, surtout quand la muqueuse oculaire nous offre des faits semblables et bien plus manifestes.
On enseigne aujourd'hui que l'ophthalmie ne diffère que par celui des éléments anatomiques de l'œil où elle siège. C'est de ce siège qu'on tirerait pour elle toutes les modifications pathologiques qu'elle peut présenter; en un mot, l'inflammation, toujours la môme au fond, ne varierait que par la différence des tissus Mais c'est là exagérer ou mal interpréter les faits ; c'est attribuer brutalement à la matière un privilège qui doit remonter au dynamisme ; c'est par conséquent prendre l'effet pour la cause. Bien loin qu'une différence de siège puisse rien changer à la nature de l'inflammation, c'est celle nature elle-même qui jette celle-ci sur tel ou tel siège. Nous n'en voudrions pour preuve que le traitement très-divers conseillé pour l'ophthalmie, lequel aurait beaucoup moins à varier si l'inflammation était toujours la même, tout en changeant de siège histologique.
Quant à ce siège, il ne saurait retenir pour lui la moindre importance. Dirait-on qu'implanté tour à tour sur chaque tissu, le stimulus pourrait ainsi faire varier la direction de la fluxion? Celle-ci ne diffère pas seulement par son siège, elle comporte une nature spéciale en rapport constant avec ce siège. Et cette nature, elle ne saurait la tenir du stimulus, de cet être fantastique déjà si difficile à concevoir, mais bien de l'état général, de l'affection qui tient sous sa dépendance la fluxion , tous les phénomènes morbides, comme elle y tiendrait le stimulus lui-même, si tant est qu'il représentât un fait plus positif.
Toujours est-il que dans l'ophthalmie la fluxion offre, suivant l'espèce, une tendance remarquable à frapper lel ou tel tissu, lel ou tel élément. Dans l'espèce inflammatoire, elle se concentre dans le système capillaire de la conjonctive, qu'elle congestionne, qu'elle distend, avec la vigueur
1 Sicliel ; Op. cit., 191-14.
d'iaipulsion dentelle dispose alors. L'espèce catarrhale offre déjà une intensité bien moindre, au point que l'on s'est demandé s'il s'agissait, pour elle, d'une véritable inflammation plutôt que d'une simple irritation congestive avec sécrétion muqueuse exagérée. Mais, pour être moins intense, l'inflammation ne nous paraît pas moins réelle, seulement son siège en a changé tous les caractères. C'est sur l'élément muqueux de la conjonctive, sur les cryptes chargés de la sécrétion, que la fluxion semble porter sa principale influence. Les recherches microscopiques qui doivent le démontrer ne sont pas encore complètes, mais on ne doute pas de leur succès'.
La conjonctive est le théâtre commun de l'ophlhalmie. Il est pourtant des espèces qui atteignent directement d'autres tissus. Pour la rhumatismale, c'est l'élément fibreux, c'est la sclérotique qui est le point de mire de la fluxion. La plupart des tissus de l'œil peuvent aussi être lésés ; la conjonctive l'est surtout d'une façon constante, mais toujours consécutivement à la sclérotique et dans ses éléments fibreux. Ainsi qu'on peut l'inférer de ce que les douleurs sont alors plus vives, la photophobie plus intense que dans aucune autre espèce , l'œil résistant à tout examen et se renversant violemment en arrière, pour échapper à l'iuipression de la lumière^ Faudrait-il en cela faire une part quelconque à la nature affective du mal, à cette lésion dynamique du sang qui porte partout la douleur ? L'hypothèse serait assurément permise, mais il nous suffit de relever la direction imprimée à la fluxion et le tissu qu'elle intéresse. L'espèce goutteuse ou arthritique se place à côté de celle-ci. A raison de ce que la fluxion paraît toucher au système veineux, ou du moins mettre en œuvre un sang noir e,[ carbonisé , on a cru mieux faire de l'appeler i^exneuse. Mais est-ce bien en cela que gît la circonstance capi-
1 Sichel ; Tr. de l'ophlh., 197.
8 Ibid., Op. cit., 256-63.
taie? On parle aussi do symptômes généraux, de gonflement des hypochondres, à' engorgement du foie Qi de la rate^ d'irrégularité de la circulation veineuse abdominale , de teint jaune-ver dcUre ou rouge livide, d'acidités, de tristesse, de mélancolie; toutes choses dans lesquelles il faudrait voir plutôt un état affectif, peut-être atrabilieux, duquel partirait l'impulsion première. Eh bien I dans cette espèce, à part certaines dispositions très -remarquables qui la distinguent de la rhumatismale, sa congénère, la fluxion a nonseulement, comme dans celle-ci, une tendance fixe à se localiser dans la membrane fibreuse de l'œil , mais en outre à intéresser la partie séreuse de la conjonctive, les séreuses internes de l'organe, et par dessus tout la choroïde\ Enfin, comme un dernier fais affirmant ce privilège de la fluxion, qui change de siège suivant l'espèce, nous citerons la syphilitique, qui prend le sien dans l'iris eorclusivement, bien qu'elle puisse encore affecter accidentellement les autres parties de l'œiP. Dans ce dernier cas, comme dans les précédents, la situation profonde de la fluxion achève de nous édifier sur son caractère et son origine. Tant qu'il ne s'agit que de l'ophthalmie vulgaire, siégeant sur la conjonctive, on pourrait ergoter avec les stimulants, les agents extérieurs ; mais ici, dans les profondeurs de l'œil, il n'y a qu un mouvement spontané du sang, il n'y a que la fluxion qui puisse aller y susciter les phénomènes, surtout quand le siège de ceux-ci, bien loin d'être un fait de hasard, comme il faudrait l'admettre avec le stimulus, se trouve dans un rapport constant et obligé avec le principe dynamique delà fluxion, avec l'état affectionnel.
250. Le troisième fait qui, avec son abondance et sa direction, achève de caractériser la fluxion inflammatoire, c'est son résultat plastique. Nous avons dit que l'Organi-
' Sichel ; Tr. deVophlhal., 300, 304, 307. ^ Ibid., Op. cit., 427.
cisme s'est fait la plus grave des illusions en la réduisant à la seule présence du sang, venu là à la suite de quelque phénomène nerveux. Ce sang doit en outre se livrer à une élaboration plastique, sans quoi il n'en résulterait qu'une ecchymose, et cette élaboration, il en est l'agent exclusif, car elle varie suivant la lésion dynamique dont il est empreint, et l'on ne voit pas d'ailleurs d'où il pourrait la recevoir.
Il est pour l'érysipèle une espèce simple, ne donnant lieu qu'à des phénomènes peu intenses, sans aucun acte de plasticité, par conséquent d'une résolution facile et prompte. Il en est d'autres où l'inflammation, suivant son degré plus ou moins grand d'intensité, donne des résultats bien différents. Dans une première variété, qui affecte les sujets lymphatiques ou affaiblis, il est commun de voir l'érysipèle n'offrir qu'une peau lisse, unie et brillante, avec peu de phhjctènes et un œdème, une infiltration du tissu cellulaire , ce qui n'annonce encore qu'une faible tendance inflammatoire ou plastique. D'autres fois, la peau plus ou moins irritée se recouvre de bulles plus ou moins développées, dont la forme et le volume sont alors caractéristiques. Il est des cas plus graves oîi l'épanchement s'épaissit progressivement, prenant d'abord un aspect lactescent, pour arriver à constituer un véritable pus. La fluxion peut alors pénétrer jusqu'au tissu cellulaire et y provoquer des désordres divers, depuis la simple forme phlegmoneuse jusqu'à celle désignée, depuis Dupuytren, sous le nom de phlegmon diffus Enfin, dans l'érysipèle, la fluxion aboutit parfois directement à la gangrène, et la raison de tous ces produits, nous défions le Matérialisme de nous la montrer dans le stimulus, la paralysie, et consorts.
L'ophthalmie nous donne le même enseignement. Elle comporte une espèce simple où la fluxion, sans effectuer d'actes plastiques, se dissipe promptement et sans peine.
< Grisolle ; Patli. int., I, 528.
C'est celle sans doute que Stoll a nommée muqueuse, laquelle n'entraînait qu'un obscurcissement de la cornée aussi prompt à se former qu'à disparaître. Dans une autre espèce, la fluxion a pour résultat direct un liquide séreux, abondant, chaud, acre, irritant, qui inonde, excorie le bord des paupières et même la peau qui les recouvre*, en même temps qu'il s'épanche sous la conjonctive, de manière à former, suivant son abondance, de petites vésicules mobiles ou un chémosis complet transparent^. Tandis que cette espèce catarrhale se distingue par l'abondance de sa sécrétion, une autre, la rhumatismale, qui ne lui cède en rien quant à l'intensité inflammatoire, est, au contraire, remarquable par l'état de sécheresse où elle maintient l'œil, sans aucun suintement de la part de la muqueuse'. Une autre espèce, rare quoique non moins bien caractérisée , l'ophthalmie érysipélateuse , avec les différences comportées par sa nature, se rapproche encore de la catarrhale par l'état séreux de son produit et par les vésicules, pourtant plus nombreuses et plus développées peutêtre, qu'elle entretient sur la conjonctive*. Il faut noter aussi une espèce phlogistique, où cette membrane, rouge, gonflée, dur'e, douloureuse ^ semble être le siège d'un véritable phlegmon, avec tendance, cette fois, à la production du pus, lequel découle de la surface de la muqueuse, ou bien va former l'hypopion entre les lames de la cornée ou dans les chambres de l'oeil^. II est même une espèce dont la production purulente est plus expressément le caractère capital : c'est l'espèce blennorrhagique^ . k part ces différences de siège ou de produits, l'ophthalmie se marque aussi par des désordres organiques permanents. A la suite des phlyc-
' V. Staber ; Ma?i. d'ophth., 182.
2 Sichel ; Tn.de l'ophth., 202.
3 lbk\., Op. cit., 259.
* Ibid., Op. cit., 294.
* Ibkl., Op. cit., 52.
« Ibid., Op. cit., 217.
tènes qiio la plupart des espèces comportent, surviennent des ulcérations de diverses formes. La rhumatismale ellemême, quoique atteignant peu la muqueuse, n'en est pas exemple, seulement l'ulcération est alors très-super /îcielle, à fond lisse et perlé. Dans la veineuse, les ulcérations, plus profondes, plus larges, ont leurs bords déchirés et comme taillés à pic. Enûn, l'espèce blennorrhagique peut arriver d'emblée à la désorganisation de la cornée, et, plus ordinairement, y est suivie d'une hypertrophie des corps papillaires d'où sortent des graiwlations et même de véritables champignons^ Ce sont là autant de phénomènes afférents à l'inflammation, dont l'Organicisme entreprendrait vainement de nous donner la théorie.
Il s'agit pourtant de maladies externes dont tous les actes se passent sous nos yeux, et, avec la finesse et la sûreté d'expérimentation dont dispose aujourd'hui la médecine, il n'y aurait pas d'indiscrétion à lui demander la preuve de l'existence préalable des conditions organiques à qui elle rapporte l'inflammation , sur quoi l'on peut augurer sa réponse. D'ailleurs, la présence du sang ne suffit pas, il resterait à expliquer ses actes de plasticité, ce dontl'Organicisme est bien moins capable. Il n'y a que le sang lui-même à invoquer ici. C'est lui qui, lésé, travaillé, mis en mouvement par l'afTeclion morbide en dehors de tout phénomène de sensibilité ou de conlractilité, se fluxionne suivant une direction, une abondance , suivant des intentions plastiques déterminées d'avance, et vient envahir un organe, un tissu de cet organe ou un élément de ce tissu oîi il subit toutes les transformations requises, accomplissant ainsi une véritable fonction morbide en tout comparable à la fonction nutritive, sauf que son blastème est anormal.
Nous avons parlé ci-dessus de la gangrène. Rien de plus commun que de la voir survenir dans l'érysipèle. Il n'en
» Sichel ; Op. cit., 268, 308, 215, 216, 218.
l'HLEGMASIE. 161
est plus de même, si l'on veut, dans l'oplilhalmie ; mais en dehors de la muqueuse de l'œil, plusieurs autres muqueuses présentent fréquemment ce phénomène, lequel, pour nous, rentre exactement dans les résultats et la puissance plastiques que nous prêtons à la fluxion. C'est celle-ci qui, au lieu de produire comme à l'ordinaire l'organisation et la vie, ne dispense plus aux tissus qu'elle atteint que la destruction et la mort. Mais c'est ici une question sujette à quelques difficultés, et qui demande à être développée.
251. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire générale de la gangrène. Il en existe une espèce toute chirurgicale, imputable à cela seul que les capillaires d'une partie ne lui apportent plus le sang qui doit y entretenir la vie, soit qu'ils aient été détruits dans quelque grand traumatisme ou frappés d'inflammation, comme dans la gangrène sénile, ou qu'un caillot, un accident quelconque, une embolie, dirait-on aujourd'hui, ait obstrué leur calibre et le passage du sang. Cette espèce ne touche pas à notre sujet ; mais on voit aussi la gangrène se montrer dans des cas où n'existe aucun désordre anatomique, où par conséquent il n'est permis d'accuser que l'état général, une disposition dynamique spéciale, et c'est en celte qualité que nous avons à l'étudier.
Ce qui frappe tout d'abord, c'est que la gangrène ne se produit guère qu'à la suite d'une scène réellement inflamniatoire. L'érysipèle qui doit y aboutir n'en présente pas moins, comme dans ses autres espèces, une rougeur intense, une douleur vive, une chaleur brillante, c'est-à-dire tous les phénomènes exagérés de l'inflammation'. Nous ne retrouvons pas la gangrène dans l'ophthalmie, mais toutes les muqueuses autres que celles de l'oeil en sont fréquemment le siège. Celle de la gorge nous permet, tout
' Lepelletier ; Tr. de l'érysipèle, 22G.
162 TRAITÉ d'hÉMATOLOCtIE DYNAMIQUE.
aussi bien que celle de la peau, d'en observer sûrement le processus ; c'est toujours le même début inflammatoire, une rougeur à teint cramoisi à laquelle succèdent bientôt des taches plus foncées, livides^ noirâtres^ d'où s'exhalenl d'abondantes ma^^è7'e5 sanieuses très-corrosives, d'une odeur insupportable : c'est l'angine gangréneuse
Il n'est pas un fait de gangrène qui ne nous donne les mêmes enseignements. La pustule maligne et le charbon se marquent, à leur début, par tous les signes de l'inflammation : par de la chaleur, par une tumeur très-dure, d'un rouge vif et éclatant'. A ce moment, ils ne diffèrent donc pas beaucoup du furoncle et du phlegmon, et l'on conçoit qu'une doctrine e.xagérée ait pu les proclamer essentiellement inflammatoires'^ . Seulement, au lieu de suivre la voie ordinaire des inflammations et d'aboutir à la suppuration, ils amènent promptement la gangrène de la peau et du tissu cellulaire. Et les choses ne se passent pas autrement dans la gangrène interne. Le poumon en est fréquemment le siège, mais toujours en compagnie de l'inflammation, soit qu'elle ne se montre que comme une terminaison de celle-ci, ainsi que cela se voit dans certaines circonstances pestilentielles , comme celle dont Sauvages fut témoin à Melgueil en 1747"; soit qu'elle envahisse l'organe d'emblée et constitue la lésion principale ; car, même alors, elle ne difi'ère guère de la pneumonie, ni par ses symptômes, ni par ses désordres anatomiques. D'un côté, elle se marque par de la touœ, des douleurs dans la jjoitrine, la matité, la crépitation, \q souffle, le retentissement de la voix, la seule différence consistant dans la fétidité de l'haleine et des crachats. De l'autre, à part la destruction particulière qu'il a subie, le tissu du poumon conserve, tout autour de l'es-
1 Grimaud ; Cours de fièvres, III, 316.
2 Grisolle ; Paihol. Int., II, 146-8.
3 Reyaier ; De la pust. mal., 1.
* Nosol. mèlh., I, G39.
PHI.E&MASIE. 163
:hhare, les signes de Vhépatisation rouge ou grise, c'est-àilire tous les caractères de la pneumonie aiguë ou chronit^ûe. 3t si l'on ajoute que la maladie est souvent survenue au milieu d'une brillante santé ' et n'est pas incompatible avec iian appareil fébrile intense"^, on achèvera de comprendre litous les liens qui rattachent la gangrène à l'inflammation.
C'est là, toutefois, un fait qui n'a pas été sainement lapprécié. A propos de cette bande de tissu induré au premier ou au second degré, entourant l'eschare du pouumon, on rappelle le cercle rouge inflammatoire qui. dans ktous les cas, limite la gangrène, et l'on voudrait que cette jbande ne fût, comme ce cercle, qu'un fait consécutif à '€elle-ci\ C'est montrer trop de respect pour une vieille [[théorie, toute en l'honneur de la sagesse providentielle de IJa nature, qu'elle supposait venir ainsi au-devant du mal, een lui opposant une barrière infranchissable. N'est-ce pas 5se payer de mots, comme il arrive trop souvent, et montitrer quelque ignorance du phénomène? D'abord, peut-on ildire que l'inflammation provienne de la gangrène, alors i]que, plus communément et avec bien plus de raison, on mous propose de croire le contraire? Serait-on mieux venu ;à vouloir que celle-là soit un correctif de celle-ci, dont mous la voyons constamment fournir la raison d'être? EDouble hypothèse, à laquelle il est également impossible Jde s'arrêter. Pour saisir toute la portée de ce fait tant cé- Idébré, il faut donc le considérer à notre point de vue. La ^gangrène n'est, pour nous, qu'un résultat de la fluxion iphlegmasique, qui, au lieu d'imprimer au sang qu'elle iimeut une tendance à produire quelque néoplasme séreux, iipurulent, fibreux ou autre, ne le dispose qu'à s'épancher ssous forme d'un blastème d'avance frappé de mort et livré ddès-lors aux décompositions chimiques. Mais une telle dis-
1 Grisolle ; Palhol. inl., II, 246-8.
- Laënnec ; Âusc.méd., I, 453.
3 Grisolle ; Pathol. inl., II, 24G.
position septique a nécessairement une influence limitée et s'épuise au centre de l'eschare, de sorte que la fluxion, reprenant au-delà son caractère plus ou moins aliaibli, n'y donne plus lieu qu'à ses eirets habituels, et de là le cercle rouge, la bande inflammatoire, qui perd ainsi son caractère mystérieux et hypothétique.
Un estimable écrivain vitaliste n'a compris qu'imparfaitement ce mécanisme de la gangrène. Quand elle succède à une inflammation excessive, il veut bien admettre qu'elle est survenue, suivant le processus vulgaire, à la suite d'une fluxion, mais il rejette celle-ci, ou du moins il lui refuse tout caractère actif, dans le cas où la gangrène se montre sans ce cortège exagéré, comme dans l'anthrax et la pustule maligne Mais est-ce qu'alors la scène ne débute pas par la chaleur, la rougeur, la douleur, par tous les signes de l'inflammation ordinaire, et serait-il donc permis d'y méconnaître la fluxion, avec son activité et ses caractères habituels? Au contraire, c'est bien ici que la fluxion appartient directement à la gangrène. Lorsque celle-ci dépend, comme accident, d'une inflammation portée à l'excès, elle ne possède aucune essentiahté et n'est, comme dans l'espèce chirurgicale, qu'un effet de la gêne de la circulation capillaire ; tandis que lorsqu'elle intervient au milieu des plus simples accidents de phlogose, on est bien obhgé de se dire que c'est bien la fluxion qui, activement, en a décidé ainsi, qui, au lieu de ses résultats plastiques habituels, a provoqué la gangrène. Il s'agit donc bien d'un phénomène actif s'il en fût. La mort n'arrive pas alors parce que le sang ne parvient plus aux tissus, mais parce qu'il leur apporte une disposition dynamique funeste, principe de leur destruction. C'est ce qu'avait très-bien reconnu l'honorable professeur Alquié, lorsqu'il disait avec un grand seus que la gangrène n'est pas l-àmort, mais la mortification àes tissus ^.
' Saurel ; Des flux, chirurij., 74.
2 Patliol. ini., II, G 18,
Quelle que soit l'évidence de tous ces faits, elle n'a pas légalement frappé tous les esprits. Laënnec hésite à ranger 'la gangrène au nombre des terminaisons do V inflammation, ; attendu que le caractère inflammatoire y est très-peu marqué, et s'en remettrait plus volontiers à une affection
• essentiellement grangréneuse. Il ne peut nier cependant que dans l'anthrax, la pustule maligne, la gangrène du poumon,
I et bien d'autres , il n'existe une inflammation développée [autour de la partie gangrenée. Mais, suivant le vieux dicton, iil le regardait comme effet plutôt que comme cause'' . Il
• suffit de signaler le vague de cette opinion pour en appré- ( cier la portée. Sans méconnaître davantage la présence et I le rôle de l'inflammation. Graves voudrait que la gangrène I ne fù'- pas toujours le résultat de son intensité n\ de son I défaut de rapport avec lapartie ; il croit qu'elle peut naître ; aussi sans inflammation et parles causes les plus légères^.
Ce n'est encore là qu'une restriction sans importance. Il resterait à démontrer que dans ces cas même, l'inâammation n'a pas siniplement précipité ou dissimulé ses actes, sous l'influence d'une afî'ection grangréneuse plus intense. De sorte que les doutes de ces deux grandes autorités n'ont rien qui puisse ébranler la théorie à laquelle ils sont les premiers à rendre hommage, suivant laquelle la gangrène n'est qu'un produit de l'inflammation, l'un des faits plastiques par lesquels peut s'exprimer la fluxion qui est son point de départ.
252. Nous venons de poursuivre l'histoire complète de la phlegmasie dans deux types occupant des sièges où l'observation directe nous permet de constater des yeux tous les phénomènes. Et l'on peut voir quelle richesse d'explication continue à résulter de notre lésion dynamique du sang. Nous nous sommes assuré que partout le
' Ausc. méd., I, 443.
3 Leç. déclin, méd., II, 83.
166 TRAITÉ d'hématologie DYNAMiyUU.
ssng se comporte comn:ie l'agent effectif et souverain. C'est lui dont l'effort spontané constitue la fluxion, et qui, suivant la force d'impulsion à laquelle il obéit, suivant sa tendance à intéresser tel ou tel élément analomique, suivant enfin le fait plastique dont il est suivi , c'est lui qui détermine l'étendue et les caractères si divers de la phlegmasie. Lors donc qu'elle siégera à l'intérieur, loin de nos regards, nous pourrons déjà préjuger que les choses ne s'y passent 'pas autrement, d'autant plus que l'un des tissus qu'elle frappe de préférence est le même que celui où siège un de nos types, et que le mécanisme de toutes les phlegmasies muqueuses ne peut manquer de ressembler à celui de l'ophthalmie, qui peut ainsi nous renseigner sur tous les autres.
Nous avons ici cette bonne fortune que les deux muqueuses à qui incombe le principal rôle morbide, la muqueuse digeslive et la muqueuse aérienne, viennent/toutes deux se terminer à la périphérie, et se soumettre ainsi à notre observation directe. Et rien n'est plus légitime que de conclure aux phénomènes qui ont lieu sur leurs portions cachées, de ceux que l'on observe sur la portion accessible aux sens. Or, quand le coryza, quand l'angine, sont près d'éclater, on chercherait sur les muqueuses nasale et gutturale, tout aussi vainement que nous l'avons fait sur l'œil, la condition organique de la fluxion qui va les frapper. Il est même permis d'avancer que l'idée banale du stimulus est ici moins qu'ailleurs acceptable. Nos deux muqueuses, en effet, ne sont pas seulement passibles de cette vague impression, si difficile à déterminer. Par le fait même de leur situation et de leurs usages, elles sont incessamiiient soumises à une foule d'excitants réels, directs, fournis, soit parles ahments et les boissons, soit par les substances pulvérulentes et volatiles répandues dans l'atmosphère , et l'on ne voit pas que l'angine ni le coryza en résultent, sans quoi ils risqueraient de se perpétuer. Certaines de ces substances, comme le poivre, l'alcool,
l'HLlîGMASIE. 167
l'ammoniaque, le tabac, causent une excitation très-vive, qui se dissipe par le fait de quelque sécrétion augmentée de salive, de mucus ou de larmes ; mais le tout se calme promptement, sans que la moindre inflammation s'ensuive, comme il arrive pour l'œil, où l'entrée d'un grain de sable, d'un gravier réel, est si rarement suivie de l'effet attribué au gravier imaginaire.
Il est toutefois un excitant d'un autre genre, le froid, au sujet duquel une certaine illusion serait permise. On pourrait invoquer son impression vive et presque cuisante. Mais à ce compte, le résultat devrait être beaucoup plus constant, ou plutôt obligatoire ; et s'il est vrai qu'une excitation physiologique en soit ordinairement la suite, ce n'est que très-exceptionnellement que l'inflammation lui succède. D'ailleurs, ce qui détourne d'accuser l'impression locale du froid, c'est qu'elle opère tout aussi bien sur les portions des deux muqueuses qui y sont soustraites, et sur d'autres organes encore. Et force est bien alors de chercher d'autres explications ; une des plus favorisées admet à brûle-pourpoint qu'en vue de suppléer aux fonctions empêchées de la peau, la muqueuse interne est sympathiquement forcée à une action extraordinaire qui dégénère en phlogose* . Mais rien ne se ressemble moins que le travail sécrétoire et le travail phlegmasique, quoique relevant tous deux de la fluxion; et quant au refoulement du sang à l'intérieur, invoqué par Broussais dans la même page, ce n'est qu'un argument de même force, incapable de nous expliquer les faits plastiques sans lesquels la phlegmasie n'existe pas.
C'est aujourd'hui l'action réflexe qui a mission de théoriser l'effet du froid, nous avons vu avec quel succès. S'il n'opérait que par l'impression qu'il fait sur la peau en tant que phénomène de sensibilité, d'excitabilité nerveuse, on s'attendrait à ce qu'il ne fût jamais plus efficace que dans les saisons et les climats excessifs, où, à force d'être
Broussais ; Phlegm. chron., I, 166.
vif, il devient cuisant. Et l'on ne voit pas qu'il en soit ainsi, ses effets étant bien plus assurés dans les temps variables, dans les climats et dans les saisons moyennes, où la température est incertaine. Il y aurait d'ailleurs lieu de se demander pourquoi cette impression opère si rarement; pourquoi, répétée à chaque instant, elle n'aboutit pas une fois sur mille, sur dix mille; pourquoi surtout, portant sur une région toujours la même, la seule que les vêlements ne recouvrent pas, sur la face, elle retentit à l'occasion sur les points les plus divers. Bien moins encore l'impression de sensibilité du froid, nécessairement réputée toujours la même, nous expliquerait-elle les nombreux caractères spéciaux des phlegŒiasies qui en proviennent. Enfin et surtout, si le froid opérait par l'action réflexe, c'est-à-dire par un phénomène nerveux de sensibilité, son effet, comme tel, devrait être instantané, tandis que plusieurs jours se passent souvent entre son impression et ses conséquences.
11 est au moins étrange qu'on revienne toujours sur cette action locale et nerveuse du froid pour théoriser ses effets morbides. Le froid n'a rien de nuisible par lui-même , au contraire : les maladies ne sont nulle part plus rares et plus franches que dans les climats et les saisons où il règne ; si bien que les régions les plus rigoureuses du Nord sont celles où la vie atteint ses plus larges limites. Lors donc que le froid vient à donner naissance à une maladie , ce n'est nullement par une impression directe ou encore moins réflexe , mais bien plutôt en contrariant une disposition dynamique, affective, du sujet qu'il frappe. Tant que celui-ci sera sain, exempt de toute disposition de ce genre , le résultat du refroidissement sera nul, et c'est communément ce qui arrive. Mais s'il est dans cet état précédemment indiqué, où une affection déjà acquise est chez lui contrebalancée et contenue par le jeu réguUer des fonctions et principalement de la transpiration cutanée , le froid, en supprimant subitement celle-ci, rend à l'affection toute sa puissance morbide et la met en état d'éclater.
PHLEGMASlIî. 169
Bien entendu que tous les phénomènes afférents à la maladie qui survient alors, en parllculier son siège et ses divers caractères, sont une dépendance manifeste de l'affection, de son génie propre, nullement d'un fait mécanique, organique, nerveux quelconque, et, moins que d'aucun autre, de l'action réflexe, qui n'est qu'une insigne fantasmagorie ; pas davantage, au reste, du prétendu transport de l'activité sècrétoire supprimée sur la peau , car de l'action du froid résultent parfois une fièvre intermittente, un rhumatisme et telle autre maladie où cette activité ne saurait trouver place.
Ce que nous disons ici de l'action du froid peut s'appliquer à la plupart des causes. Il n'en est pas une qui agisse par ses effets locaux et directs, pas même celles de qui on serait le plus disposé à l'attendre. Nous pouvons, à cet égard, nous appuyer d'un exemple topique. Dans les temps de famine, la dysenterie, la phlegmasie du côlon, revêt parfois un caractère épidémique, et rien ne semblerait plus légitime que d'en accuser l'usage d'aliments grossiers ou avariés alors en usage, et l'impression fâcheuse qu'ils portent sur les intestins. Ce n'est pourtant pas à ce point de vue que de grands observateurs ont considéré ce fait. Ils ont plutôt accusé Vinsuffisance de réparation fournie par les aliments; la lésion dynamique et putride qu'ils suscitent dans le sang, à quoi ne peuvent qu'ajouter les exhalaisons, les miasmes émanés des malades ; de façon qu'ils feraient naître dans le liquide des matières âcreset enflammées capables de l'agiter à la manière d'an ferment et d'y provoquer une fièvre qui va les déposer sur les intestins*. Ce n'est pas, nous le savons, une matière que la fièvre emporte, c'est une tendance morbide qu'elle exerce, et qui est l'expression directe delà disposition affective du sang, suivant la déclaration réitérée des Anciens eux-mêmes qui, dans
1 Pringle; Tr. sur lesmalad. des arm., 229. — Sydenham ; Méd. prat. 1,216.
170 'l'HAITÉ d'hÉMATO[.OGIE DYNAMIQUE.
cette question de la dysenterie, savaient très-bien qu'il s'agit avant tout de la dépravation préalable des humeurs, et qui, en reconnaissant que le froid peut en faire paraître les effets* , se faisaient évidemment du phénomène une idée très-analogue à celle que nous proposons. Toujours est-il que les véritables effets du froid, comme de toute autre cause, ne sauraient s'entendre de son impression locale, de cette action sensible et nerveuse du stimulus; et nous sommes vraiment bien bon de nous mettre à quatre après ce stimulus, alors que, même dans les cas où ils l'avaient sous la main, nos Maîtres se voyaient réduits à chercher partout ailleurs la cause morbide.
253. Nous avons exposé comment, dans certaines phlegmasies externes, la fluxion est le phénomène souverain ; comment le sang qui l'opère n'obéit à aucune provocation locale, à aucune attraction, mais seulement à une impulsion partie de la force propre qui l'anime ; comment enfin, de sa seule présence et des résultats dont elle est suivie, procèdent ces phlegmasies, avec leurs espèces et leurs accidents divers. De l'une d'elles, siégeant sur la muqueuse oculaire, nous avons pu préjuger que d'autres, appartenant aux portions cachées du même système, n'ont pas un mécanisme différent, avec d'autant plus de raison que ce système a vers ses orifices certaines portions à découvert, où l'observation directe peut encore parvenir, et où elle ne montre pas, plus que sur l'œil, le moindre fait organique ou physique capable d'attirer la fluxion. Nous avons même fait observer que ce système est en rapport incessant avec une foule de stimulants qui n'aboutissent jamais à la fluxion, ce qui prouve le peu d'action du stimulus, de l'irritation. Et quant à l'un des plus eiïicaces et des plus fréquents, le froid, on a pu' voir qu'il n'agit en aucune façon par un effet de ce genre, direct ou réflexe. Nous allons maintenant
Zimmermann ; Tr. de la dys., 38, 41, 42.
parcourir les phlegmasies de ce système muqueux; et si nous y constatons des faits très-analogues à ceux de rophthalmie, sans que d'autres conditions se présentent pour les expliquer, nous serons bien autorisé à croire qu'il n'existe aucune différence dans le mécanisme suivant lequel s'accomplissent les unes et les autres; que c'est toujours le sang qui, par son action spontanée, par la fluxion, y joue le rôle essentiel.
Une première circonstance est déjà à remarquer. C'est la forme différente, affectée par l'injection et l'épanchement, qu'on voit tour à tour sous celle de rougeur uniforme, de ]?laques , de bandes , destries, d'arborisations, de petits cercles, de pointillé. De ce que plusieurs de ces formes sont sonvent siinultanées sur la môme membrane \ on pourrait s'abstenir de leur chercher une signification spéciale. Il est cependant permis de faire sur ce point quelques réserves. L'anatomie pathologique est certes loin d'avoir dit son dernier mot; avec quelque succès qu'elle ait poussé ses recherches, surtout depuis qu'elle s'est armée du microscope, elle n'a pas encore tout vu. Il lui manque d'étudier ses lésions dans leur rapport avec la nature spéciale de la phlegmasie, et d'entrer ainsi dans une voie où il lui reste à faire plus d'une découverte. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la forme de l'injection des muqueuses n'est pas sans relation avec l'affection morbide qui l'a provoquée. Celle qui, sur divers points, résulte souvent de l'une des fièvres éruptives, rappelle plus ou moins les effets de celles-ci sur la peau. La rougeur par petits cercles sur l'intestin et ses follicules constitue un des caractères distinctifs de l'affection typhoïde". Il nous a paru que celle par pointillé est fréquente dans les phlegmasies vermineuses des enfants, qui ne sont qu'une variété de la muqueuse. Et lorsque nous avons vu telle ophthalmie s'exprimer par des plaques
^ Béclard ; Anat. génér., 3* éd., 202. 2 Ibid., 202.
triangulaires ou par l'injection en sens inverse des mêmes vaisseaux, il n'y a peut-être rien de trop hasardé à croire que chaque genre d'affection ne soit pas incapable d'effets du môme ordre. Mais ce qui est ici à considérer bien plus que la forme de l'injection, c'est, absolument comme dans nos deux types, son intensité et son abondance, c'est-àdire, le degré d'impulsion que la fluxion donne au sang et le volume qu'elle en amène.
Il est pour les muqueuses une première catégorie de phlegmasies caractérisée par la légèreté de leurs symptômes, la promptitude et la facilité de leur résolution. On en a un exemple dans l'angine simple, où la membrane, à peine tumé/îée, peut bien se montrer rouge, luisante, sèche, mais pour revenir en un jour ou deux'k son état normal'. Bien qu'à raison de son peu d'importance elle ait moins attiré l'attention, une semblable phlegmasie a, tous les jours, son siège sur les muqueuses pectorale et digestive, où elle se comporte avec' la même légèreté. Elle pourra bien parfois affecter, dans ses symptômes, une certaine vivacité, mais sans que sa résolution eu éprouve ni obstacles ni retard, ainsi qu'on le voit dans une dysenterie mentionnée par Grimaud, laquelle, manifestée par tous ses symptômes communs, par des selles fréquentes, aqueuses et sanglantes, se termine néanmoins, comme la fièvre éphémère simple, en vingt-quatre heures, surtout si tm peu de sueur vient à son secours. Grimaud appelle cette dysenterie nerveuse, pour indiquer qu'elle naît, suivant ses idées, d'un simple trouble nerveux, sans aucune altération humorale^. Nous savons à quoi nous en tenir à cet égard, et la seule circonstance digne d'être ici invoquée , c'est le caractère bénin de la lésion morbide qui agite le sang et qui n'a pu lui susciter qu'un désordre de peu d'intensi'.é et d'aussi peu de durée
' Grisolle ; Pathol. int., I, 215.
2 Gnma.vLd ; Cours de fièv}\ . III, 154.
sans la moindre disposition plastique, semblable; en un mot à celui d'où procède la lièvre éphémère.
D'autres espèces offrent des caractères plus marqués et plus prolongés, en raison de leur génie affectif. Dans l'angine catarrhale, les différentes parties de la gorge présentent un gonflement d'un rouge pâle la luette, plus ou moins tuméfiée, est transparente-. Dans la bilieuse, la coloration est plus rouge, tirant sur le jaune, mais déjà assez intense pour que sur l'œil Stoll l'ait comparée à celle de l'ecchymose. Il n'est pas une espèce où cette coloration ne puisse éprouver des différences analogues, où l'injection ne se montre plus ou moins intense ou plus durable, jusqu'à la phlogistique, où se révèlent les caractères les plus tranchés. Dans l'angine de ce genre, la luette, le voile du palais, les piliers de la voûte, la langue, les muscles, les glandes de la bouche, sont rouges, enflammés, enflés, douloureux^ Transportée sur les bronches ou l'intestin, celle phlegmasie ne peut manquer d'avoir les mêmes caractères, dont l'intensité est au reste dévoilée par l'état général. Il faut la reconnaître dans une dysenterie que Sydenham a signalée et qu'il rapporte à un principe spiritueux et subtil, marquée qu'elle était par une fièvre violente, des tranchées et un ténesme terribles, et peu ou point de déjections * ; dans une autre dysenterie compliquée de phlogose, que Stoll méconnut parfois, s'accusant lui-même d'incapacité, ainsi que dans un catarrhe dépendant, suivant lui, d'une disposition inflammatoire de tout le corps^.
Voilà donc nombre d'espèces dont les signes anatomiques et mêmes physiologiques sont différenciés par le degré de vigueur et d'abondance de la fluxion. Diraiton que c'est l'intensité du stimulus qui a tout fait? Nous
1 Boucher ; Méd. clin., II, 95.
2 J. Fraak ; Pathol. int., IV, 230.
Roucher ; Màd. clin., II. 94,
* Sydenham ; Méd. pral., II, 94.
6 Stoll; Méd. pral., II, 207 ; I, 97.
174 TRAITÉ d'hématologie DYNAMIOUK.
avons débattu son insuffisance et nous nous y confirmons en voyant que telle espèce où le stimulus ou môme la douleur est à son plus haut degré, comme la rhumatismale, n'est pas celle où l'injection surabonde le plus. Rien n'est mieux démontré : c'est le sang qui fournit tous les signes de l'inflammation. De la quantité qui s'en épanche et de la nuance particulière qu'il peut présenter, dépendent uniquement la couleur du tissu phlogosé, comme de sa constitution plus ou moins imparfaite dépend la fermeté ou la mollesse de ce tissu. Il n'est pas, disons-nous, jusqu'aux signes physiologiques qui n'en soient influencés. Que le sang richement constitué envahisse rapidement des tissus alors pénétrés des mêmes dispositions dynamiques, ils résisteront, ne céderont qu'à la force, et il en résultera une tension, une douleur caractéristique ; qu'au contraire, moins bien doué, il ne se fluxionne que mollement sur des tissus plus ou moins lâches, il n'y aura de vivacité ni dans l'attaque, ni dans la résistance, et les phénomènes demeureront effacés. Et voilà comment le seul mode d'intensité de la fluxion concourt déjà à caractériser la phlegmasie.
254. Elle y concourt davantage encore par la direction qu'elle prend et l'élément anatomique qu'elle tend à intéresser. La fluxion phlogistique paraît se contenir tout entière dans le système sanguin. A part la turgescence capillaire, à part l'intensité de tous les phénomènes élémentaires, on n'aperçoit pas un ordre de symptômes plus spécialement accusés, et c'est l'absence de tout caractère particulier qui fournit peut-être ici les renseignements les plus positifs.
Il y a certainement quelque chose d'électif dans cette tendance constante de la fluxion typhoïde à atteindre les follicules agminés, intestinaux, les glandes de Peyer, et peut-être aussi dans celle d'un autre genre de fluxion qui a pour efi"et de congestionner les villositcs, où elle déter-
l'HLEGMASIE. t75
mine le pointillé dont avons parlé', et qne nous croyons plus en rapport avec l'affection muqueuse. Mais là où le phénomène apparaît dans toute son intensité, c'est dans les phlegmasies rhumatismale et catarrhale.
Sous certaines influences, la phlegmasie des muqueuses, et tout d'abord l'angine, revêt ce premier caractère. Ce ne sont pas encore les symptômes objectifs qui la distinguent, car, bien que la rougeur puisse s'y montrer t7-èsvive on pourpre, les nuances qu'elle affecte ordinairement, ni les degrés divers de tuméfaction dont elle s'accompagne, ni, en un mot, aucun des phénomènes observés sur la membrane, n'offrent rien qui ne puisse exister dans les espèces communes. La douleur seule y prend un développement exagéré, de façon à rendre la déglutition très-difficile ou impossible ; ce qui a fait accuser la lésion, non-seulement des muscles de la luette, mais du plan musculaire de la gorge tout entier, qu'on a dit alors atteint d'un véritable rhumatisme aigu"^. On perdrait son temps à chercher ici une raison physique du siège particuher de la fluxion. C'est le sang qui, grâce à sa spontanéité bien connue, l'effectue sur un tissu donné, absolument comme dans l'acte plastique normal, où tous les tissus du corps sont tour à tour l'objet d'une fluxion analogue. C'est de cette circonstance seule que la phlegmasie tire alors son génie particulier. Non qu'il soit peut-être défendu de croire que l'affection emporte déjà elle-même quelque chose de spasmodique et de douloureux, mais c'est évidemment le siège qu'elle affecte qui est la condition capitale.
Que d'autres fois la scène ait lieu sur les portions cachées du système, sur la muqueuse bronchique ou intestinale, nous ne serons pas tenu de croire que les choses s'y passent différemment, ni qu'il existe une raison phy-
1 Béclard ; Anat. gànér., 202.
2 J. Frank; Pathol. int., V, 233.
176 TiiAiTÉ d'hématologie dynamique.
sique quelconque de la fluxion. Ce sera toujours celle-ci qui, spontanément et sous l'empire de la lésion qui travaille le sang, aura été amenée à intéresser l'élément fibreux des deux-membranes, ainsi que l'annoncent, pour l'une, la toux quinteuse, pénible, rebelle, la respiration sifflante ; pour l'autre, les coliques, le ténesme douloureux et opiniâtre ; pour toutes deux, la rareté des sécrétions, une expectoration nulle, ou des déjections difficiles et gélatineuses; toutes choses que Stoll a fait ressortir dans un catarrhe de poitrine qu'il dit d'origine rhumatismale, et une dysenterie qu'il appelle un rhumatisme des intestins*. Toutefois, ce n'est pas assez dire qu'ici, comme on le prétend dans l'angine, il y a simplement rhumatisme; il s'agit bien d'une phlegmasie dont la fluxion a vu son génie et ses produits modifiés par le génie afl'ectif de la maladie.
L'affection catarrhale a de nombreux points de contact et d'analogie avec la rhumatismale. Elle lui ressemble par ses causes, dont les principales sont le froid et l'humidité ; par sa nature, que les anciens rapportaient, dans les deux, hVacrimonie des humeurs^, par sa mobilité, sa facilité à se déplacer, par son action sur le système nerveux'\ et enfin par les indications. C'est au point que les deux afî'ections se confondent souvent, et que de leur mélange on a pu établir un genre classique distinct*. Malgré une telle ressemblance au fond, rien ne diffère plus par la forme que les phlegmasies provenant de ces affections ; et cela, par le fait seul qu'elles ne frappent pas le même élément histologique : tandis que les rhumatismales ont, disons-nous, un rapport direct et nécessaire avec l'élément fibreux, les catarrhales portent tout aussi spécialement
» Stoll; Méd. prat., I, 58 ; II, 165-6.
2 Selle; Méd. clin., I, 151, 161.
3 Gaizergues; Rapp. sur la gripp,, 50, 53. — Fuster; Monogr. de l'affect. calarrh., 608.
* Fuster; Ibid., 610.
sur l'élément sécréteur, et do cette seule circonstance naissent deux physionomies morbides entièrement différentes.
Il ne faudrait pas en effet, pour les distinguer, compter sur les signes communs. S'il est vrai que, dans la phlegmasie catarrhale, la muqueuse ne comporte souvent qu'une rougeur plus ou moins pâle, que sa tuméfaction tienne bien moins à l'accumulation du sang que de la sérosité, suivant l'idée d'Hippocrate, de la pituite ' ; ce qui donne aux tissus cette bouffissure, cette transparence que nous avons notée sur la luette^ : tout cela ne donnerait pas encore un moyen suffisant de distinction; ce qui caractérise bien mieux la pblegmasie catarrhale , c'est son siège principal sur les cryptes de la muqueuse. Ainsi, dans l'angine, tous les follicules du gosier sont ^aeï/an^^'; c'est ce qui constitue ces excavations remplies d'un mucus blanc qui tranchent sur les espaces environnants plus colorés''. Dans la bronchite, on observe de même \si phlogose des glandes trachéales'^ , comme dans la dysenterie les follicules du côlon tuméfiés, irrités, ulcérés'^. Ceux-ci, il est vrai, neconstituent peut-être alors qu'une lésion générale, sans liaison particulière avec l'espèce catarrhale, bien que cela seul pût nous faire conjecturer que la dysenterie comporte plus souvent ce caractère qu'aucun autre. D'une telle lésion résultent le symptôme pathognomonique de la phlegmasie catarrhale, la suractivité des sécrétions, l'abondance de mucus et de salive, qui dans l'angine, ne pouvant être que difjicilement avalés, sont à chaque instant rejetés ' ; ou les selles liquides et copieuses, qui sont le propre de celte dysenterie, que StoU appelait un
' DcMorh., lib. II, cap. m.
2 J. Fraak ; Palhol. inl., V, 230.
^ Alquié ; Tr. de pathol. int., I, 193.
* J. Praak ; Palhol. inl.. V, 230.
* OzaQam ; Hist. des mal. épid., I, 213. 6 Grisolle ; Palhol. int., I, 248.
^ J . Frank ; loc. cil.
178 TRAITÉ d'hÉMATOI-OGIE DYNAMIQUE.
coryza venir aV . Une dernière circonslanco qui sépare notre phlegmasie de la précédente, c'est la Irgdreté de la douleur qu'elle comporte, même dans l'angine^. Et c'est toujours la conséquence obligée du génie diiférent de la fluxion et de l'élément qu'elle atteint respectivement.
255. La force, l'abondance ni la direction de cette fluxion, quelle que soit d'ailleurs leur importance, ne nous permettent pas encore de saisir toutes les circonstances spéciales de la pblegmasie. Pour cela, il faut en outre tenir compte du fait plastique, c'est-à-dire du genre d'élaboration auquel le sang fluxionné peut se livrer, et du produit qui en résulte. Nous en trouvons un exemple saillant sans quitter la phlegmasie catarrhale ; il est une autre espèce, la muqueuse, qu'à raison de son siège, de l'élément affecté, qui est le même, on parviendrait difficilement à en distinguer, ainsi qu'il est souvent arrivé ; ce n'est pas qu'on n'eût très-bien senti la différence, mais on la puisait dans un simple changement de l'humeur qui était censée les produire. Tandis que dans la phlegmasie catarrhale les anciens invoquaient surtout la pituite^, on lui substituait, dans l'autre, une humeur muqueuse contenue comme elle da7is le sang et jouant le même rôle *. L'une n'est pas plus acceptable que l'autre; ce que l'on prend ici pour une humeur préexistant dans le sang n'est autre que la lésion aflective qu'elle était censée y provoquer, et l'humeur ne se retrouve qu'en tant que produit de cette lésion, effet d'une disposition plastique spéciale de sa part. Dans un cas, ce produit est constitué par un liquide très-abondant, clair, ténu, mais si énergiquement acre, que Grant l'a regardé comme participant de la nature de la dartre et de Vérysipèle. Dans l'autre, à part que la vivacité de la fluxion et
' Stoll ; Méd. prat., II, 155.
3 J. Frank ; Pathol. int.
Selle ; Pyrét. méth., 212.
■* Demorcy-Deletlro ; Addit. à Grimaud, IV, 363.
l'acuité de tous les phénomènes seront déjà bien moindres, la rougeur delà membrane ;7/ws /x^/e, le fluide sécrété ne sera plus qu'un phlegme épais et gluant \ un mucus écumeuœ, visqueux, d'un blanc cendré, engorgeant en grande quantité les follicules muqueux, qui saillent en forme de petites éminencos ^. El c'est assurément celle différence du produit sécrélé sur qui se fonde le diagnostic des deux espèces.
D'autres fois le produit tend de plus en plus à s'épaissir. Ce n'est pas précisément du pus : on admettrait que, sur les muqueuses, la phlegmasie, quelque vive quelle soit, ne donne jamais lieu à sa formation, qui est pourtant sa fin ordinaire dans la plupart des cas^ mais il y ressemble beaucoup, comme dans l'angine nomméQ pxbUacée ; et en tout cas, pus ou mucus, il n'en est pas moins toujours une modification du sang\ c'est-à-dire un résultat de la fluxion. Enfin l'épaississement, continuant, aboutit à un néoplasme solide, organisé. On en a un premier exemple dans lemwguet, dont le symptôme caractéristique est une espèce de crème grisâtre, qui se dépose par plaques plus ou moins irrégulières et nombreuses ; et un second dans la diphthérie^ où une fausse membrane rudimentaire acquiert sa complète organisation. Dans les deux cas, les signes élémentaires de l'inflammation ne fourniraient encore que des renseignements insuffisants; c'est le produit organisé qui retient toute l'importance et qui, de même que le mucus ou le pus, n'est qu'un effet de plasticité de la fluxion, ainsi qu'on en a surtout la preuve dans la diplithérie, où les phénomènes sont plus apparents. Sur la membrane qui va en être le siège et qui, du reste, n'a subi qu'une lésion très-superficielle, sans gonflement, on voit d'abord apparaître des plaques d\m rouge pointillé, plus ou moins foncé. Si l'on
• Roucher ; Méd. clin., II, 96.
' Rœderer et Wagler ; Mal. muq., 269-71.
* Piorry ; Pathol. iatr.. III, 287. ' Piorry ; Op. cit.. I, 146.
examine le mucus qui en provient, on coiislale, à un nnoment donné, qu'il s'altère, change d'aspect, de manière à prendre d'abord une apparence deoni-coagulée , pour finir par se transformer en une pellicule dont les bords amincis se- confondent avec lui, tandis que, d'un autre côté, elle adhère à la membrane muqueuse jmr- de petits prolongements qui pénètrent dans l'orifice des follicules mucipares. Ce qui prouve qu'elle y a pris naissance, tout comme le mucus, dont elle n'est qu'un degré d'élaboration plus avancé, et qu'à ce titre elle ne doit être considérée que comme une véritable sécrétion organisée, une exsudation concrète , issue d'un mode d'inflammation très-particulier \ c'est-à-dire simplement que, au lieu d'aboutir au liquide acre ou au mucus fade de la phlegmasie catarrhale ou muqueuse, la fluxion, siégeant sur les mêmes follicules et en vertu du même pouvoir plastique du sang, a donné naissance à un néoplasme organisé.
Dans ces derniers temps, le microscope aurait établi des faits qui sembleraient devoir embarrasser l'explication. Il aurait découvert que les plaques grisâtres du muguet étaient constituées par un végétal rudimentaire, un cryptogame, une espèce d'oïdium. Et ce fait, accueilli d'abord par une railleuse incrédulité', paraît devoir se maintenir dans la science. Il s'agirait de l'apprécier. Dirait-on que la semence du cryptogame est venue du dehors? Il resterait à découvrir son origine, ses moyens d'introduction et surtout la raison qui fait qu'un seul genre d'inflammation se prête au phénomène. D'ailleurs la science exacte est ici explicite : elle reconnaît, elle constate elle-même la naissance sur place du cryptogame, sa création par le fait de l'inflammation, d'une fluxion, qui, pour le produire, n'a pas à se comporter autrement que dans toute autre sécrétion". C'est
1 Bretonaeau ; Delà diphtérile, 42, 43, 41.
2 Grisolle ; Palhol. ini., I, 204.
« Gli. Robin ; Nouv. Nyslcn, 317.
donc toujours le fait plastique commun; c'est le suc muqueux qui s'épaissit et s'organise, suivant le procédé dont Bretonneau nous donne ici l'histoire. La seule différence, c'est la forme, et l'on pourrait être embarrassé de dire comment un végétal procède ainsi d'un tissu animal. Mais cette forme a-t-elle été suffisamment déterminée, ou plutôt, de la part de types initiaux, de produits rudimenlaires nécessairement et pareillement amorphes, dans les deux règnes, peut-on se flatter d'éviter toute confusion ?
Nous avons dit qu'au lieu d'aboutir à un produit plus ou moins liquide, présentant un degré plus ou moins avancé d'organisation , la phlegmasie des muqueuses peut aussi n'avoir qu'un résultat négatif et n'amener que la destruction, la gangrène des tissus. Gela se voit le plus souvent dans l'angine et la stomatite, sans préjudice de la bronchite et de la dysenterie, qui révèlent parfois ce caractère grave'. Et là, comme dans les cas précédents, on peut voir ce que vaudraient le stimulus, le spasme, la paralysie et toutes les théories organiciennes. N'est-ce pas la fluxion, dont le fait plastique a simplement changé? N'est-ce pas toujours le sang qui, atteint lui-même dans son essence, au lieu d'un blastème doué de sa plasticité normale, n'engendre plus que des sucs d'avance frappés de mort?
256. Sur les portions internes du système muqueux, l'étude de l'inflammation nous à conduit exactement aux mêmes conclusions que sur les portions à découvert. Nous avions déjà le droit de préjuger de celles-là par celles-ci, el nous avons pu nous assurer que les choses ne s'y passent pas autrement. Lorsque, sur les muqueuses oculaire ou gutturale, il est impossible de constater la moindre condition organique, comme préludant à l'ophthalmie ou à l'angine, on ne voit pas qu'il soit nécessaire d'en supposer sur les muqueuses qui vont être le siège du calarrhe ou
Ozanam ; Hisl. des épid. , 1,214. — Zimmermann ; Tr.de la dys., 52
182 TRAITÉ d'hÉMATOLOGIU DYNAMIQUK.
de la (lysenlerie. Ici comme là, la fluxion ne peut être que souveraine, et l'idée d'un stimulus hyi)Othétique est d'autant plus mal venue que des stimulants très-réels et parfois très-énergiques agissent à chaque instant sur ces muqueuses, sans être pour cela suivis du moindre résultat nuisible. Nous avons surtout montré comment le froid, le plus commun, le plus efficace de ces stimulants, n'opère pas par son impression nerveuse et directe ; bien moins par une action réflexe, qui n'en est qu'une malheureuse contrefaçon. Et nous avons eu d'autant moins de scrupule à admettre la lésion dynamique du sang comme le principe de la fluxion, qu'elle nous est indispensable pour comprendre tous les phénomènes dont celle-ci est suivie.
Lorsque, en effet, sur les muqueuses bronchique ou intestinale, nous rencontrons les mêmes variétés d'injection, de coloration, de tuméfaction, que dans l'ophthalmie ou l'angine; lorsque, à l'instar de celles-ci, nous y constatons divers ordres de symptômes spéciaux annonçant que dans toutes les mêmes éléments histologiques n'ont pas été intéressés ; lorsque, enfin, nous voyons également s'y produire des faits plastiques très-différents et tout aussi caractéristiques, il n'y a que le grand fait dynamique de la fluxion qui puisse nous expliquer tout cela ; c'est elle seule qui, suivant son degré d'impétuosité, suivant l'abondance du sang qu'elle amène et la direction, la convergence qu'elle lui imprime, a vraiment décidé de tout. En vain, par le stimulus, le spasme ou la paralysie, l'Organicisme réussirait-il mieux qu'il ne le fait à expliquer la présence du sang : il ne saurait évidemment leur demander la raison des faits plastiques qui s'ensuivent, qui seuls constituent en réalité l'inflammation, et qui tirent toute leur importance et leurs caractères de l'état général, en dehors de tout ce qui peut arriver localement.
Essayez donc d'apprécier le caractère et la portée de l'inflammation par la seule considération de ses symptômes locaux. Vous la verrez tantôt funeste, ceux-ci étant à leur
l'HLEGMASIE. 183
plus simple expression ; tnnlôt bénigne, alors qu'ils sont dans leur plus grande intensité. Ce n'est pas l'espèce qui détermine l'injection la plus considérable et la plus profonde, comme la phlogistique, qui offre le caractère le plus grave, et même la durée la plus longue. Pourquoi cela ? Uniquement parce que le sang, péchant alors par l'exagération plutôt que par la perversion de son ton, apporte moins de résistance à la force médicalrice qui doit le ramener à ses conditions normales; tandis que dans d'autres espèces, comme dans la nerveuse ou la catarrhale, qui n'exhibent qu'une injection plus ou moins diminuée, le sang, plus dévié sans doute de son degré et de son caractère de vitalité, doit éprouver plus de résistance et de lenteur à accomplir sa destinée morbide. Toujours et partout, c'est l'état dynamique du liquide, affection ou fièvre, qui demeure l'arbitre des phénomènes. A tel point que, dans les espèces graves, cet état conserve à lui seul toute l'importance, à l'absolue exclusion du fait anatomique.
Même alors que ce fait revêt sa forme la plus funeste, la gangrène, son rôle n'est jamais que secondaire. Nous ne parlons pas de la gangrène chirurgicale , dont l'étendue, la profondeur, les résorptions mesurent la gravité. Mais, jointe à une maladie aiguë, à une phlegroasie, comme il arrive souvent sur le système muqueiix, il eu est tout autrement. Dans l'angine et la stomatite, à n'estimer la scène que par quelques plaques gangréneuses qui les compliquent, on ne se ferait qu'une fausse idée du danger; et s'il est vrai pourtant que la mort la plus prompte, la plus fatale, puisse alors survenir, elle ne s'explique que par le trouble du dynamisme , le caractère pernicieux de la fièvre ou de l'affection. Il en est si bien ainsi que le même danger, la même terminaison funeste, se retrouvent dans une angine, où le fait local manque absolument. L'angine maligne ne comporte aucune lésion anatomique, si ce n'est à peine quelques rougeurs. Les troubles de la déglu-
184 TRAITÉ d'hÉMATOLOGIH DYNAMIQUE.
tition peuvent être graves, mais seulement par le l'ail d'un état nerveux, spasmodique, des muscles pharyngiens. Du reste, rien d'alarmant, la fièvre elle-même a^s^n^e, tout inspire une enlière sécurité, et la mort n'en est pas moins prompte, pas moins fatale et moins sûre'. L'angine n'est pas la seule phlegmasie qui subisse cette grave altération ; la dysenterie, la pneumonie, sont dans le même cas Nous en avons cité pour celle-ci un exemple remarquable. Et ce qu'il est juste d'observer, c'est que les phénomènes, c'est que la fluxion, s'accomplissent alors comme dans les espèces communes, si ce n'est que celle-ci n'entraîne plus aucun fait de plasticité , soit que de tels faits n'entrent pas dans son génie, soit qu'elle n'ait pas le temps de les accomplir ; mais elle n'en réalise pas moins sa tendance organique, ainsi que l'annoncent la dysphagie, la toux, le point de côté ou le ténesme, et la fatale terminaison n'en arrive pas moins ; on sent que c'est le trouble affectif, l'ataxie dynamique qui a tout fait, qui a porté directement sur la force vitale pour en compromettre l'existence.
Dans les cas où la gangrène existe, les choses ne se passent pas autrement, et un exemple longtemps confondu avec elle complète la preuve de l'importance que nous donnons à l'état dynamique à l'encontre du fait local. La diphthérie n'entraîne pas d'ordinaire de graves lésions de la part des muqueuses qu'elle atteint. Elle les. recouvre d'une concrétion, d'une pellicule qui, dans les voies respiratoires, peut exercer mécaniquement une funeste influence, mais qui partout ailleurs ne conserve plus aucune importance. Cependant la diphthérie est toujours une maladie grave, et, dans son degré le plus malin, elle tue tout à fait, commeles maladies septiques el pestilentielles. Aussi Trousseau, dont l'avis est aujourd'hui très-généralisé, la regardet-il comme une maladie spécifique et. contagieuse, essentiel-
^ J. Frauk ; Palixol. inl., V, 247.
lementconstiliiée par un caraclèi'H, affectif, constilulioniinel ; par une sorte cV empoisonnement général alteignant direcmenl le dynauisme'. El ce n'est pas seulement dans ce cas de malignité que le fait anatomique s'efface devant l'état général. Il n'est pas une de nos phlegmasies spéciales, bilieuse, calarrliale, phlogistique, où ce fait mérite plus de considération : quelles que soient sa forme, sa dimension, son intensité, ce n'est pas lui qui peut nous faire juger de l'importance d'une maladie, mais uniquement l'affection qui y préside, de qui dépendent au complet la scène morbide, et le fait anatomique lui-même tout le premier.
Nous venons d'esquisser toute une théorie de l'inflammation, et, pour la puiser dans une abstraction, dans une simple lésion de la vie, nous ne pensons pas lui faire rien perdre de sa vérité, de sa clarté, de son utilité. Au moins nous permet-elle d'embrasser cette inflammation dans son ensemble, ce qu'est bien loin de faire le Matérialisme. Nous voudrions bien, par exemple, savoir comment la théorie cellulaire y comprend l'ataxie. Mais ce n'est pas assez d'avoir analysé les phénomènes sur un seul ordre de tissus ; nous devons maintenant les aborder sur les autres et chercher si quelque nouvelle circonstance serait de nature à contredire les données théoriques que nous proposons.
257. Arrêtons-nous d'abord sur le système séreux. Ici nous trouvons des tissus à l'abri de tout contact extérieur, et l'on pourrait rapporter à cela la rareté de leurs phlegmasies, comparativement à celle des muqueuses. Cependant nous venons de nous assurer que celles-ci ne doivent pas leur vulnérabilité à leur situation ni à l'atteinte des nombreux irritants locaux auxquels celte situation les expose ; et elle ne saurait être investie d'une part plus grande dans la préservation des séreuses. Ici, les choses ne se passent pas autrement que partout ailleurs : c'est la fluxion qui,
' Trousseau ; Clin, mèd., I, 313.
186 THAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.
SOUS l'effort de raffection morbide, va frapper le tissu, et, en quelque situation qu'il puisse être, elle saura toujours l'atteindre. Tantôt c'est la pleurésie qui résulte d'une impression de froid, absolument comme tout à l'heure la bronchite; tantôt, dans le cours de certaines fièvres bilieuses, c'est, suivant que Stoll l'a observé, la frénésie qui résulte d'une saignée faite à contre-temps^: dans un cas comme dans l'autre, c'est l'affection morbide qui, aggravée, mise en devoir d'éclater, a provoqué la fluxion en la dirigeant vers un point donné, sans que la situation de celui-ci entre pour rien dans le phénomène.
Cette rareté de la phlegmasie des séreuses, on pourrait être tenté de la rapporter à leur infériorité organique. Rien de plus rudimentaire en etïel que leur tissu, dans lequel, entre autres, on ne rencontre que quelques filets nerveux, très-déliés et très-rares^ , dont certaines, comme la plèvre, seraient même dépourvues'. Cela n'autoriserait pas toutefois à refuser à ces membranes tout phénomène de sensibilité, de stimulus, puisqu'un phénomène de cet ordre, puisque la douleur s'y développe plus aiguë et plus intense que dans aucune autre phlegmasie ; même alors qu'elle n'est que sympathique, comme dans la pneumonie, en vertu d'un rapport inconnu et inexplicable* . Un autre élément organique, le vasculalre, nous renseignerait tout aussi mal sur le degré de fréquence de nos phlegmasies. A voir le nombrè très-considérable de vaisseaux appartenant au tissu, soit séreux , soit sous-séreux ^ ce qui n'est pas facile à déterminer*; à voir le réseau capillaire à mailles très-serrées qu'il contient on serait tenté de croire à la fréquence des phlegmasies de ce tissu, et si celte vue ne
1 stoll ; iT/tîd. prat., II, 109, 113.
2 Béclanl ; Anat.génér., 140.
3 H. Gloquet ; Tr. d'anat., II, 379.
Grisolle ; Tr. pneum., 205.
5 Béclard -, Anal, génér., 139.
6 Gh. Robin ; Diclionn. de Nysten,^ 1285.
se vérifie pas, c'est une preuve, ajoutée à tant d'autres, que les conditions matérialistes ne contiennent pas la raison suprême des choses. Tout ce que cette vascularité exubérante pourrait nous expliquer, c'est la nature du fait plastique, ici très-remarquable. Il est aisé de comprendre que cette masse de sang, amenée par la fluxion, ne pouvant s'insinuer dans la mince membrane pour y attendre son élaboration accoutumée, est réduite à se répandre à la surface, où elle produit d'emblée un double et ample blastème, l'exsudat et l'épanchement.
Il serait peut-être plus rationnel de chercher la rareté de la phlegmasie des séreuses dans l'absence de rapports de ces membranes avec la peau , rapports qui entrent sùrerement pour beaucoup dans la fréquence relative de la phlegmasie des systèmes digestif et pulmonaire. Quoi qu'il en soit, notre phlegmasie n'en subit pas moins, comme toutes les autres, le joug absolu de l'affection morbide. C'est là une loi à laquelle aucune phlegmasie n'échappe, pas même celles pro\enues d'un coup ou d'une chute , et auxquelles, en raison de cela, Stoll donne le nom d'externes* ; celles, conséquemment, qui ne comportent pas de fièvre et que l'affection a provoquée par une fluxion toute locale , ce dont nous citerons un exemple qui nous est propre, en dehors, il est vrai, du système séreux. Un jeune homme fut pris, sans cause connue, d'une périostite à la face interne du tibia gauche. Les sangsues, les cataplasmes, les baius émollients, les frictions merourielles, n'ayant obtenu aucun résultat, l'émétique fut donné, et la guérison suivit, prompte et radicale. Nous étions alors sous le régne d'une constitution bilioso-calarrhale, née des grandes inondations du Khône en 1840, et il fut évident que la périostite en avait revêtu le caractère. A. plus forte raison dans les cas aigus, et quand la fièvre existe , le cachet affectif doit-il se faire plus aisément
' stoll ; Méd. prat., I, 322-3.
••.188' THAITK n'HÉMATOI.OfilE DYNAMIQUE.
reconnaître, dans les phlegmasies séreuses comme dans toutes. Sous la même constitution, nous observâmes une méningite qui en avait également subi l'atteinte. Une femme de 35 ans, grande et forte, fut prise de délire et de convulsions très-intenses. La saignée générale et locale, jointe aux révulsifs, les fît cesser. Mais ils reparurent avec la même intensité à plusieurs reprises, et ne cédèrent en définitive qu'àrémétique. Nous avons cité plus haut, d'après StoU, la frénésie purement bilieuse ; la pleurésie de même caractère est tout aussi commune , sans préjudice de celle que marque le génie plilogistique, catarrhal, rhumatismal et autre. Il n'est pas une de ces formes que la péritonite ne puisse revêtir. Et dans toutes, si l'on veut se faire une juste idée de la nature du mal, ce n'est pas au fait local que l'on doit s'adresser, c'est exclusivement au fait affectif, à la fièvre ; c'est celle-ci qui, comme dans les phlegmasies muqueuses, tient toute la scène sous sa dépendance. Ceux-là mêmes qui seraient loin de recevoir cette proposition comme générale, ne peuvent la rejeter dans certains cas, ce qui suffît pour que nous nous prévalions de leur adhésion. Car, ainsi que nous l'avons dit déjà, ce qui est vrai d'un fait bien observé ne saurait manquer de l'être de toute la série des faits du même ordre.
Un caractère que la péritonite aSecte souvent et de préférence, c'est le puerpéral, et on discute sur la manière dont s'y produisent les phénomènes. La plupart des auteurs se résignent à accepter la fîèvre comme les dominant; quelques-uns contestent. Le sage Grisolle, qui, en principe, ne s'est pas cru autorisé à rejeter la fièvre essentielle ; qui, dans son remarquable Traité de la pneumonie, n'a fait nulle difficulté pour admettre que celle-ci puisse se présenter parfois comme une simple forme de la fièvre puerpérale'; cet estimable écrivain n'accorde plus qu'il en soit ainsi pour la péritonite, dont il ne sépare pas sans doute
1 Tr. pneiim., 439.
alors le mode de production de celui des autres phlegmasies. Il va même jusqu'à nier l'existence de la fièvre puerpérale, non qu'il méconnaisse les cas manifestes où la mort est sm'venue en dehors de toute lésion organique; mais c'est qu'alors la marche foudroyante de la maladie, d'après lui, de la péritonite, ne lui a pas laissé le temps de se caractériser anatomiqiieonent * . C'est là, nous en conviendrons, de la part d'un organicien, une raison pour le moins singulière. Que pour nous, vitalistes, de tels faits n'aient rien que de très-compréhensible, sans doute ; mais, quand on ne croit qu'aux lésions organiques, prétendre qu'elles puissent déterminer la mort sans parvenir à se constituer ! cela ne prouve qu'une chose :. l'impossibilité de théoriser avec le principe matérialiste. Aussi notre auteur lui-même ne se lire-t-il pas de sa discussion sans être amené à conclure que, même dans le cas dont il parle, la péritonite n'est que la conséquence d'un état gé- 7iéral - ; et quand il l'avait déjà admis pour la pneumonie, on ne voit pas qu'il pût s'en dispenser ici. Nous sommes donc fondé à soutenir que la phlegmasie des séreuses n'a dans son mécanisme rien qui la dislingue des autres; que c'est toujours l'état général, affection ou fièvre, qui tient la fluxion sous sa dépendance et lui imprime toutes les différences qu'elle peut présenter.
258. Déjà le degré de vigueur avec lequel elle s'effectue suffît pour expliquer une partie des symptômes propres aux phlegmasies séreuses. Dans les pleurésies phlogistiques, le sang, fluxionné avec force et en abondance, tendra à pénétrer profondément la plèvre, qui, douée elle-même d'une plus grande tonicité, lui résistera davantage, et de là naîtra le caractère de la douleur, qu'on trouve alors vive, pongitive, déchirante, fixe ^. Dans les pleurésies spéciales,
' Grisolle ; Pathol. int., I, 471.
2 Loc. cit., 471.
^ Loc. cit., I, 336.
l'intensité de la fluxion diminuant progressivement, les accidents locaux subissent la même diminution, jusque-là que, dans l'espèce pituiteuse, Rœderer et Wagler ne leur donnent plus que le nom un peu vague de symptômes pleurctiques 11 y a surtout un caractère de celte douleur qui mérite d'être signalé. Malgré la vivacité qu'elle affecte dans l'espèce plilogistisque, elle n'est pas pour cela sensible à la pression, qui,, même exercée dans les espaces intercostaux, ne l'aggrave point, ce qui fait que le décubitus sur le côté affecté est non-seulement possible, mais préféré *, tandis que le point de côté des pleurésies spéciales, moins circonscrit, plus mobile, malgré son acuité bien moindre, s'exaspère par le contact et ne permet plus le décubitus sur ce même côté affecté. Déjà, dans l'espèce bilieuse, il est également possible, soit sur celui-ci, soit sur l'autre, suivant que l'avait remarqué StoU', et dans toutes les autres, à commencer par la catarrhale et la pituiteuse, en même temps qu'au rebours de ce qui arrive dans l'espèce phlogistique, la douleur brave la toux et l'inspiration, elle s'oppose décidément au décubitus Pour qu'il en soit ainsi , alors que l'épanchement semblerait autoriser le phénomène inverse , il faut pouvoir réserver une grande part à quelque circonstance de la phlegmasie spéciale , et c'est ici que nous accuserions le caractère delà fluxion : plus elle a de vigueur et d'intensité, plus elle doit tendre à se localiser, à se concentrer sur la plèvre ; tandis que, plus faible, sa direction moins assurée se répartit sur les tissus environnants, particulièrement sur les muscles, de qui dépendent les faits dont nous parlons.
Avec la simplicité anatomique du tissu séreux, on ne s'attendrait pas à ce que sa phlegmasie pût revêtir toutes les formes que nous avons vu résulter de ce que la fluxion
* Mal. muq., 324.
2 Laëimec ; Ausc. méd., II. 144.
8 Méd. prat., I, 6.
Roucher; Méd. clin., 1, 175-6
PHLEGMASIK. 191
intéresse tel on tel élément; ces formes ne sont pourtant pas moins variées pour la pleurésie que pour l'inflammation de tout autre tissu. De même que la douleur, les crachats ne varient pas moins suivant l'espèce; ceux de la pleurésie phlogistique, amenés par une toux vive, sont bien sanglants, tandis que dans la bilieuse ou la muqueuse ils sont plutôt jaunes, blancs ou verdâtres\ Bien entendu que ces faits de plasticité ne dépendent pas de la plèvre; c'est la fluxion qui se propage plus ou moins au parenchyme et qui varie ces faits suivant sa nature propre ; c'est toujours par conséquent le sang qui demeure l'arbitre du phénomène; et quand nous sommes ainsi ramenés sans cesse vers notre liquide et son omnipotence morbide, nous pouvons puiser de nouveaux arguments en sa faveur dans les phénomènes propres aux phlegmasies des membranes que nous étudions.
Ces phlegmasies se distinguent par un produit plastique très-remarquable qui, sans doute, ne se forme pas autrement que par le procédé ordinaire de l'inflammation, et très- capable de nous renseigner sur le mécanisme de ce procédé, composé qu'il est d'un exsudât très-abondant, solide et liquide. Il y aurait lieu déjà de se demander quelle masse de stimulus aurait dû se développer sur cette membrane, destituée de nerfs et de sensibilité, pour y attirer une quantité de sang correspondante, et quelle action étonnante reviendrait ainsi à ce pauvre stimulus, qui, sous ses formes les plus concrètes et les plus actives, est à chaque instant appliqué à l'un ou à l'autre de nos tissus, sans y produire jamais l'inflammation, pas même toujours la plus faible congestion. Au reste, la fluxion étant une fois admise, il s'agirait de déterminer la part revenant à la membrane dans l'élaboration de l'exsudat. Or, l'anatomie étabUt que lorsqu'on la dépouille de celui-ci, cette membrane se retrouve au-dessous, avec sa transparence, son
Rouclier ; Méd. clin.. I. 174.