‹ Traité d'hématologie dynamique pour servir de fondement a un systeme de pathologie vitalisteChapitre 5 sur 33 · TRAITÉ d'hÉMATOI-OGIIÎ DYNAMIQUE · texte numérisé non relu

TRAITÉ d'hÉMATOI-OGIIÎ DYNAMIQUE

poli, son épaisseur, sa consistance et sa couleur normales^ ; que si la congestion existe, ce n'est pas sur son tissu même, mais de préférence dans les vaisseaux sous-jacents^ ; que d'ailleurs l'exsudat n'est souvent que très-peu adhérent à la séreuse ou flotte librement à sa surface ; toutefois, sans que même alors il soit permis d'affirmer qu'il ait été jamais adhérent'^ On conviendra que s'il en est ainsi de la membrane et de ses rapports avec l'exsudat, il n'y a pas lieu de croire à une intervention active de sa part, si tant est que sa texture rudimentaire ne fût pas déjà un motif suffisant de l'en exclure. Faudrait-il lui attribuer une part plus directe à la portion liquide de l'exsudat, à l'épanchement? D'abord, de la destinée égale et commune des deux portions, il serait permis de conclure à une origne également commune. De plus, nous avons discuté le fait à propos de l'hydropisie, et avec la conclusion à laquelle nous sommes parvenu, il est permis, croyons-nous, de désintéresser de même les membranes séreuses dans la production de leurs épanchements aigus.

Au reste, l'avis des organiciens eux-mêmes a été trèspeu explicite Sur cette question du double exsudât des séreuses enflammées, ils n'ont pas songé à accuser directement la membrane ; c'est plutôt le sang qu'ils ont mis en cause, eux si généralement avares de concessions envers ce liquide. Seulement la façon dont ils le font intervenir serait peu faite pour flatter, pour relever son rôle morbide. C'est simplement une décomposition, une désagrégation chimique qu'ils invoqueraient de sa part. Ils fout valoir cette considtiration que la fausse membrane des séreuses ressemble beaucoup, par tous ses caractères physiques, à la couenne inflammatoire du sang*; que, dans les premiers temps de sa formation, elle rappelle très -exactement les

1 Grisolle ; Pathol. int.. I, 335.

2 Piorry ; Palhol. iatr., III, C30.

3 Laënnec ; Ausc. méd., II, 104-5.

* Ibicl., II, 105.

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états nombreux dont cotte couenne est susceptible' ; et, sans s'en expliquer peut-être formellement, ils donneraient ainsi à entendre que, parvenu sur les séreuses, le sang se décompose comme dans la poêlette, et que, son albumine et sou sérum se séparant, l'une va former la couenne, l'autre l'épancheuient liquide. Mais à part son insigne grossièreté, une telle explication ne se vérifle pas mieux pour cela. NoQ-seulement le sang n'est pas ici, comme dans la poêlette, réuni en masse compacte; non-seulement il n'a perdu ni son mouvement, ni sa ciialeur, trois choses indispensables à la séparation de ses éléments ; mais, cette séparation étant admise, que devient le principal de ces éléments, que devient le caillot, dont il ne reste pas trace? Bien plus, cette séparation est elle-même un fait si peu obligatoire, qu'elle manque parfois, et que le sang peut demeurer en nature dans l'épanchement, ainsi qu'on le voit, entre autres, dans la péritonite^.

Ce serait donc une théorie par trop brutale que celle de la formation de la couenne inflammatoire et de l'épanchement par le seul fait de la décomposition chimique du sang. La seule chose qu'il soit permis d'en retenir, c'est l'intervention du liquide, mais son intervention dynamique, active, souveraine, sous l'effort de la fluxion, et avec les dispositions, les intentions plastiques qu'elle lui communique. La principale, la seule différence peut-être, est ici dans le siège de la fluxion. Le tissu si délicat, si mince de la séreuse, ne saurait recevoir et retenir la masse entière du sang qui lui arrive et qui, disons-nous, est dès-lors réduit à se répandre à sa surface; non pas, de tant s'en faut, en nature, mais suivant les lois de la phlegmasie, sous forme de blastème; et c'est sans doute ce blastéme qui, ne se trouvant plus dans un milieu où il puisse se livrer à l'élaboration plus complète et plus longue du pus, aboutit

' Piorry ; Pathol. ialr., III, 631.

^ Grisolle ; PaUiol. inl., I, 457.

194 TnAITÉ d'hKMATOLOGIE DYNAMinUE.

plus promptement au double exsudât de la phlegmasie séreuse. Aussi cet exsudât se retrouve- t-il, ici comme partout, en rapport avec les dispositions affectives du sang. Plus le caractère inflammatoire de la maladie est prononcé, plus les fausses membranes sont épaisses et étendues * , sans préjudice d'un éjoanchement considérable^, quoique celui-ci abonde d'autant moins qu'il existe plus de concrétion albumineuse". Les autres espèces ne pourraient que donner des résultats correspondants. Et c'est ainsi que cette scène de l'inflammation sur les séreuses nous montre, mieux que sur aucun autre tissu, le mécanisme de son procédé et de ses produits, de même que la part active et originale qui en revient au sang.

259. Si, sur les membranes, l'inflammation nous donne un pareil témoignage en faveur du sang, il ne saurait venir à l'esprit, quand il s'agira d'autres tissus, que ce mécanisme et ce rôle puissent changer, surtout quand certains d'entre eux nous permettent encore, comme tout à l'heure, d'en juger à découvert.

Le tissu cellulaire est, plus fréquemment que tout autre, le siège de l'inflammation*; et, attendu que ce tissu, non-seulement est répandu par grandes masses dans le corps, dont il forme une notable partie; que de plus, après avoir fourni à chaque organe une enveloppe particulière, il s'introduit dans sa trame et entoure en outre chacun de ses éléments ; attendu qu'il devient ainsi vraiment universel, il se pourrait que le grand fait de l'inflammation dùtbien lui être plus particulièrement rapporté. Cependant on en chercherait en vain la raison dans sa structure. Possédant très-peu de nerfs, dont l'existence est même chez lui

1 Laëanec ; Op. cit., II, 335.

2 Alquié ; PathoL int., I, 438.

3 Grisolle ; Palhol. int., II, 335.

G. PoucheL; Ilislol. hum., 90.

idouteiise', il est éminemment peu sensible de sa nature, tet il n'est pas facile d'y supposer tous les faits d'irritabi- Uité sur lesquels se fonde la théorie. Et en effet , comme lia peau et les muqueuses, ce tissu se trouve incessamment texposé à des excitations, à des violences externes : prèsfsions, contusions, piqûres, brûlures, sans qu'on en voie 'résulter son inflammation, qui survient par des causes et idans des circonstances bien différentes.

En revanche, le tissu cellulaire est parcouru par un f,grand nombre de vaisseaux qui ne font, il est vrai, que le [traverser, sans s'y terminer, sans pénétrer dans sa sub- ;Stance propre, ce qui le rend normalement peu injectable. ' Mais on sait que dans l'inflammation il y a épanchement . du sang, et la grande abondance de celui-ci dans le tissu 1 ne peut qu'aider au phénomène, car c'est bien lui qui 'fournit alors le blastème et la tuméfaction, ordinairement :si considérables*. Or, si les accidents de sensibilité nous cont paru peu propres à fournir ici le fondement de la : fluxion, il ne nous reste guère qu'à le chercher dans l'inttervention directe et active du sang, dont la vascularité «exubérante est le fait prédominant, et qui, du reste, nous test attestée d'autre part.

On manque peut-être de faits propres à établir les varié- I tés affectives que l'état dynamique du sang peut imprimer ;au phlegmon. Il est du moins permis de penser que les i choses ne se passent pas autrement sur le tissu cellulaire . que sur la peau et les muqueuses , que sur tous les autres 1 tissus de l'économie, qui vont nous les démontrer. Et, au : fait, l'observation n'est pas à cet égard entièrement muette. I Le phlegmon offre parfois une tuméfaction , une réni- . tence, une dureté, qui témoignent de l'état de plasticité du : sang, en même temps que son exaltation dynamique se i déduit de la chaleur, de la douleur, également vives , de

' Béclard; Anal, gén., 619.

2 Ibid.. 299, 101.

196 XIIAITÉ D'HÉMATOLOGIli DVNAMlUUli.

l'acuité de tons les phénomènes et de la tendance qu'ils ont à se terminer promptement par la résolution ou par l'abcès. C'est l'espèce phlogistique. Sous l'empire d'une constitution pituiteuse, le phlegmon devra se montrer dans des conditions opposées: une tumeur réduite de volume, molle, pâteuse, ne comportant plus le mémo développement de calorique et de sensibiUté ; suppuration lente, dontle produit n'est plus que faiblement constitué. L'anthrax bénin ou malin n'est évidemment qu'un phlegmon dont la marche et les terminaisons sont modifiées et aggravées par une affection du genre des ataxo-adynamiques ou gangréneuses. Il n'y a pas jusqu'au bubon delà peste, si dur et si lent à suppurer \ qui ne témoigne de la haute influence de l'état général, et, nous le répétons, si l'on n'a pas, pour le phlegmon, comme pour toutes les autres phlegmasies, constaté des espèces, catarrhales, bilieuses et autres, c'est peutêtre uniquement parce que l'attention n'a pas été attirée de ce côté. Mais du moins sommes-nous en mesure d'affirmer que tous les caractères affectifs du phlegmon ne peuvent, comme toujours, être cherchés que dans les dispositions dynamiques du sang, ce dont, au surplus, nous trouvons une preuve nouvelle et manifeste dans un phéno mène fondamental commun à toutes les espèces.

La fin ordinaire du phlegmon est particulièrement la production du pus, l'abcès : et l'on se demande comment un tissu aussi rudimentaire pourrait concourir à une telle élaboration , ni lui ni aucun des autres tissus compris dans l'abcès et dont l'état plus ou moins parfait d'intégrité écarte toute participation. Le tissu cellulaire est, il est vrai, reconnu possesseur d'une force de formation trèsdéveloppée , grâce à laquelle il se reproduit avec la plus grande promptitude^; mais nous savons ce qu'il en est à cet égard , et dans tous les cas une telle prérogative ne

1 Desgeaettes ; Hisi. méd. de l'arm. d'Orient. 3.39.

2 Béclard; Anat. gén., 105.

PHLEGMASIE. l-J'

[préjugerait rien en faveur d'un produit n'ayant avec le ttissu de rapport d'aucune espèce, et qui d'ailleurs, se l'conservant toujours semblable, dans toutes les régions, ;au milieu de tous les tissus, témoigne assez par là que ce ■n'est pas de ceux-ci qu'il dépend.

Ici, plus clairement que partout ailleurs, il est permis (d'invoquer l'intervention du sang. On signale entre lui et lie pus l'analogie la plus complète: composés qu'ils sont U'un et l'autre ûe sérum et de globules tellement ressem blants (que, vus sous le microscope, il est impossible de les disitinguer', tellement qu'on a été tenté de dire que pour que lie sang se change en pus, il suffit que son globule abany donne sa matière colorante. Mais le fait n'est pas sans ' doute aussi simple; c'est plutôt d'une élaboration comiplète, d'un blastème nouveau, qu'il s'agit.

Et en cela , comme dans tous les phénomènes de la I fluxion, c'est le sang qui fournit sa coopération active; t c'est de lui que le pus dérive directement, aussi bien que lia couenne des séreuses, cet autre résultat fondamental ( de l'inflammation, aussi bien que l'ensemble de ses pro- ' duits. Et du degré, du génie de la lésion vitale subie par le ; sang, dériveront de même tous les divers états que le pus

peut présenter, depuis son espèce phlogistique, où il est ' épais, onctueux, blanc, inodore, jusqu'à celles où, de plus I en plus fluide, noirâtre, fétide, il révèle sa putridité ; état > dont on ne saurait gratifier le tissu ceUulaire, qui, refoulé, • comprimé, dissous, nécrosé, détruit, se trouve lui-même

faire partie de l'abcès.

26U. Quel que soit le parenchyme sur lequel nous considérions la phlegmasie, nous ne pourrons qu'aboutir aux mêmes conclusions. En fait de sensibilité, d'irritabilité, il n'en est pas un capable de nous fournir des données plus utiles que le tissu cellulaire. Et, en vérité, il y a de quoi ne

' Virchow; Pallwl. cell., 148.

1<J8 TllAlTÉ d'hÉMATOLOOIK DYNAMIQUE.

pas se lasser d'y revenir; ce pauvre slimulus a réellement du malheur, en ce que les tissus les moins propres à le ressentir sont précisément ceux qui subissent le plus fréquemment la phlegmasie, tandis que celui sur qui il semble résider exclusivement, le tissu fibreux ou musculaire, est à peu près le seul qui ne s'enflamme jamais. Toujours est-il qu'aucun des parenchymes ne se distingue par son degré de sensibilité ; bien au contraire, le tissu glanduleux, un des plus sujets à l'inflammation, a généralement très-peu de nerfs, tandis qu'il abonde en vaisseaux sanguins, presque exclusivement artériels*. Un autre tissu bien plus délicat, le cerveau, ne témoigne, dans une grande partie de sa substance, qu'une sensibilité très-équivoque; ses lobes peuvent être piqués et coupés par tranches sans que la moindre douleur en résulte, encore moins aucun phénomène morbide. De même, un corps étranger peut êire enfoncé dans la substance de l'organe sans déterminer ni douleur ni accident^. Il faut avouer que ce ne sont pas là les prémisses sur lesquelles pourrait se fonder le grand phénomène du stimulus.

Bien mieux : alors même qu'il cesse d'être une abstraction et qu'il est représenté par une action physique ou mécanique, on ne voit pas que ses effets soient plus positifs ou plus assurés ; certains de nos parenchymes sont encore exposés aux atteintes extérieures. L'amygdale subit le contact de toutes les substances chaudes ou épicées, irritantes, qui font partie des aliments et des boissons, et ce n'est jamais de là que viennent les causes de sa phlegmasie. Il en est de même du poumon, dans lequel s'introduisent souvent des substances pulvérulentes, ou gazeuses plus ou moins nuisibles, des vapeurs ammoniacales ou autres, sans qu'on les y voie suivies de la pneumonie, qui peut mémo êire traversé par un coup d'épée sans autres résultats.

1 Béclard ; Anal, génér:, 367.

^ Magendie; Leç. sur le syst. ?iert)., I, 8-9.

l'HLEGMASIE. 199

N'est-il pas vrai qu'ici, comme partout, cette fameuse idée du stimulus, comme agent obligé de la fluxion, nous offre les plus graves difficultés?

Au reste, ces difficultés n'ont pas toujours échappé aux pathologistes, ainsi que nous pouvons le montrer par l'exemple d'un des plus renommés, dont les enseignements et les doctrines obtiennent actuellement la confiance générale. Lorsque Niemeyer cherche la raison de l'hyperhémie du cerveau, d'où résultent l'apoplexie et l'encéphalite, après des considérations très-sérieuses et très-détaillées, suivant son habitude, est-ce qu'il a une place quelconque à donner au stimulus, au phénomène local prétendu capable d'opérer l'attraction du sang? En aucune façon. En dépit de ses convictions solidistes, il est forcément amené à accuser, comme la cause la plus ordinaire de la fluxion, la pression augmentée du sang. Il est vrai que cette pression, il ne sait pas la concevoir en elle-même, en tant que phénomème primitif et essentiel ; il la dérive mesquinement de diverses circoustances organiques, telles que la dilatation, la diminution de résistance, la paralysie des capillaires cérébraux, ou encore des obstacles qui peuvent faire refluer le sang dans les carotides '. Mais, nous l'avons dit déjà, cette perte de vitalité, cette paralysie, cet abord passif du sang, ne sauraient à aucun titre se concilier avec le caractère éminemment actif des phénomènes et leur tendance plastique manifeste ; et si l'on veut se faire une idée juste, utile et pratique de cei[e pression augmeoitée du sang, on ne peut que la chercher en lui-même, dans la force dont il dispose et de laquelle résultent son expansion et son impulsion anormales.

Cette impulsion, en ce qui concerne les phlegmasies parenchymateuses, doit donc, comme toujours, être attribuée à la lésion affective du sang, et c'est par là seulement qu'on peut se rendre compte du mécanisme de leur

1 Niemeyer; Élém. de palhol. int., II, 202, 165-6.

200 TRAITÉ D'HÉ^rAT()I.O(;I^: DYNAMIMUK.

formation, do leur nature et de leurs résultats. Nous n'aurons jamais assez résolument représenté que ce n'est pas le plus souvent une excitation directe, un stimulus local, qui donne naissance à la phlegmasie du poumon , du cerveau, de l'amygdale; que c'est presque toujours le contre-coup d'un phénomène plus ou moins éloigné, comme une impression de froid; mais ce contre-coup, hâtons-nous de le redire, n'a rien qui se rapporte à l'action réflexe; c'est la vie, la force lésée du sang qui est alors en jeu, et du génie spécial de la lésion la phlegmasie tirera ses divers caractères distinctifs. Rien n'est plus commun que de voir l'amygdalite, la pneumonie, même l'encéphalite, revêtir les diverses nuances affectives révélées par les phlegmasies de la peau, des muqueuses ou du tissu cellulaire. Et pour assurer la ressemblance, la suppuration interviendra dans toutes, comme le résultat commun, prenant sa source dans un travail morbide du sang, dont l'abcès vient de nous démontrer le mécanisme. Il en est donc des parenchymes comme des membranes : tous les phénomènes de la phlegmasie y attestent également l'intervention active et essentielle du sang. Et conime c'est ici une question fondamentale en pathologie, nous allons nous y arrêter un instant; choisissant pour notre élude une de nos grandes phlegmasies, la plus fréquente et la plus connue, celle qui, à raison de son importance et de sa variété, peut nous permettre de constater avec plus de fruit la participation de l'affection et de la fièvre, et dans laquelle, grâce au secours de l'auscultation, nous pouvons, mieux que dans aucune, suivre la filiation des phénomènes.

261. Si, au moment où la pneumonie va éclater, il nous était donné d'observer le tissu qui en est le siège, il est probable, il est certain que nous n'y découvririons, pas plus que sur l'œil , aucun phénomène organique capable d'expliquer la scène qui se prépare ; et lorsque la peau et les muqueuses externes nous fournissent des exem-

PHLKGMASIE. 201

pies manifestes de fluxions s'opérant en dehors de tout ce qui pourrait donner l'idée de stimulus, il serait peu logique de refuser le même privilège à celle d'où va résulter la pneumonie, surtout alors que des considérations nombreuses et variées témoignent dans le même sens.

On répète, il est vrai, depuis Hippocrate, que les individus robustes sont particulièrement sujets à la pneumonie'; mais de tels individus ne se distinguent pas toujours par un excès de sensibilité, et des observations plus récentes pourraient appuyer une opinion contraire. Valleix a établi que les enfants chètlfs et faibles sont beaucoup plus exposés à contracter la phlegmasie dont nous parlons^; Bouillaud a signalé comme une véritable prédisposition chez les adultes, l'existence d'une constitution plutôt faible que forte , le tempérament lymphatique ou lymphatico- sanguin, au moins en ce qui concerne la pneumonie développée sous l'influence du froid, qui est, suivant lui, sa seule cause déterminante et occasionnelle^. Il n'y a pas là déjà de quoi faire supposer l'excès de sensibilité ou d'irritabilité sur lequel se fonde le stimulus.

Nous n'apercevons pas davantage comment toutes les causes pouvant favoriser ou exciter le stimulus demeurent précisément sans effet pour provoquer la pneumonie. Certes, si un fait d'irritation capable d'opérer le fluxus était bien la condition obligée et réelle de cette phlegmasie, il faudrait s'attendre à la voir résulter de préférence des irritations ou excitations portées directement sur le tissu pulmonaire, ce qui est bien loin de se vérifier ; car les atteintes plus ou moins vives de substances pulvérulentes ou gazeuses dont nous venons de parler, n'ont jamais encore été notées comme susceptibles d'aboutir à une pareille conséquence. C'est tout le contraire qui arrive : nous

1 Sestier; Clin. méd. de Chotnel, III, 459. - Grisolle; Tr. de lapneum., 106.

^ Clin, viéd., II, 146-149.

202 TIUITÉ d'hKMATOLOGIIÎ DYNAMlgUE,

venons de voii' que la faiblesse constilutionnelle était tout j.oste une prédisposition à notre phlegmasie, et l'effet en est augmenté si la faiblesse atteint plus particulièrement le poumon. L'allération de l'air, parsuite d'encombrement, a été accusée de favoriser le développement de la pneumonie, et cela en débilitait l'appareil respiratoire* . '!:i'GS[il pas vrai que ces diverses circonstances sont éminemment peu propres à appuyer l'intervention du stimulus dans la naissance de la pneumonie, et qu'au contraire cette faiblesse du poumon diminue plutôt sa résistance à l'invasion de la fluxion ?

Cependant la fameuse théorie ne pouvait s'abandonner elle-même, et elle a hasardé une explication. Le froid étant, disons-nous, la cause déterminante à peu près unique de la pneumonie, elle a considéré le froid comme un stimulant et raisonné en conséquence. Mais à cela il y a plus d'une difficulté. Le froid détermine, si l'on veut, une impression, une sensation plus ou moins vive; mais, outre qu'elle ne porte pas directement sur les poumons, est-ce bien là une stimulation, une irritation, dans le vrai sens du mot , surtout une irritation concentrée, telle qu'il la faudrait pour provoquer le fluxus ? Nous répondrons hardiment que non. Le froid est le sédatif par excellence ; il est exclusivement employé en thérapeutique, en cette qualité, comme capable d'éteindre une irritation déjà existante, de repousser, d'annihiler une fluxion en voie de s'opérer ; c'est sur de tels effets parfaitement constatés que se fondent les merveilles de l'hydrothérapie. Que parle-t-on du pouvoir stimulant, irritant et fluxionnaire du froid?

Si ce pouvoir était réel, il faudrait s'attendre forcément à çe que ses effets n'en fussent jamais plus assurés et plus fréquents qu'au moment le plus rigoureux de la saison, et ce n'est pas ce que vérifie l'observation, la pneumonie se montrant de préférence à (a fin de C hiver et au printemps^

' Chomel; Clin, méd., III, 452.

plus particulièrement pendant les mois de mars et d'avril Il faudrait également s'attendre à ce que les parties du corps qui reçoivent directement l'impression du froid en fussent principalement ou exclusivement affectées, et cela se vérifie encore moins. On embrouille ici la question avec les subtilités de l'action réflexe ; mais quand il est hautement démontré que l'impression directe du froid est incapable de provoquer la fluxion, pour qui nous prend-on de prétendre nous faire accroire que cette impression, agissant de seconde main sur un point plus ou moins éloigne, puisse avoir des résultats plus efficaces? Bien plus, on ne peut pas dire que l'action du froid soit toujours représentée par une sensation nerveuse distincte et limitée, comme il faudrait la concevoir pour qu'elle corresponde à la fluxion qu'on en fait provenir. Elle ne cause le plus souvent qu'un simple malaise général plus ou moins obscur, dont on n'a pas toujours conscience, et qui opère tout autrement que par la sensation qu'il donne.

Autre chose encore : si le froid avait réellement, par sa prétendue stimulation, le pouvoir d'opérer la fluxion, une autre conséquence qui devrait rigoureusement s'ensuivre, c'est que la fluxion lui succéderait immédiatement, juste au moment même où la stimulation se produit, et c'est encore ce qui n'arrive jamais, un, deux, trois jours et plus s'écoulant toujours entre l'instant du refroidissement et celui où la pneumonie se développe; en d'autres termes, la fluxion s'effectuant alors que l'impression est dès longtemps effacée, ce qui détourne radicalement de voir entre les deux le rapport de l'effet à la cause.

Aussi cette théorie nerveuse de l'action du froid, née dans le domaine de la physiologie et de la médecine expérimentale, est-elle destinée à y demeurer. C'est plutôt une autre explication qui est plus généralement adoptée, et dont nous avons déjà fait justice. On voudrait que le froid

' Ghomel; Clin, méd., III, 449.

ne fît que supprimer l'action, la sécrétion delà peau ; qu'il la transportât à l'intérieur, et que ce fût de là que naquît la phlegmasie. Il y a bien quelque chose de vrai dans cette théorie. Oui, aussitôt que la sécrétion de l'une des surfaces diminue, celle de l'autre augmente ; mais ce n'est là nullement une raison de parler d'inflammation. Il y a même si peu de rapport entre le travail d'une sécrétion et le travail phlegmasique, qu'aussitôt que celui-ci envahit une glande ou un follicule, son premier résultat est de supprimer l'autre. C'est donc une théorie par trop brutale que celle qui déduirait la pneumonie d'un surcroît d'activité vitale que le froid donnerait au poumon, d'autant plus qu'il ne sécrète rien, et qu'il est ainsi hors d'état de réaliser l'action présumée qui appartiendrait à la muqueuse. Ce qui se passe alors, le véritable mode d'action du froid, nous l'avons précédemment indiqué. Ce n'est pas directement qu'il opère, sans quoi il y aurait lieu de s'étonner que ses effets ne soient pas plus fréquents et même inévitables. Pour qu'ils aient lieu, il faut que le corps se trouve déjà sous l'influence d'une affection morbide, jusque-là éludée, contenue par le grand émonctoire de la peau; et c'est quand celui-ci est supprimé par le froid que l'affection, reprenant toute sa gravité, devient susceptible d'éclater. Et voilà comment l'action du froid, aussi bien que toutes les actions morbides, se théorise naturellement par la raison dynamique.

262. Nous venons de considérer la phlegmasie à tous les points de vue de son histoire : dans le mode d'action de ses causes, dans les sièges et les tissus divers qu'elle affecte, dans les phénomènes, surtout les faits plastiques, qu'elle y suscite, dans sa marche, ses tendances, ses terminaisons, de tout quoi nous allons avoir bientôt à tirer les véritables bases de son traitement. Partout nous avons pu démontrer le rôle prépondérant de la vie, de la force vitale s'exerçant sur le sang, de la lésion, de l'affection

PHLE&MASIE. 205

morbide qu'elle y suscite, aux fins d'émouvoir la circulation et d'y entretenir les désordres généraux et locaux, variables suivant la nature de la lésion, sur lesquels se concentre l'importance pathologique tout entière; et c'est,

ne craignons pas de le répéter — c'est cette universalité

d'application sur quoi se fonde notre confiance dans cette théorie.

Qu'on essaye pourtant de mettre le Matériahsme à la même épreuve ; qu'il vienne, avec son étroite donnée organique ou mécanique, son stimulus direct ou réflexe, sa paralysie, ses visées chimiques, qu'il vienne nous rendre compte de tout cet ensemble de faits qui, fatalement reliés entre eux, composent cette grande unité morbide de la phlegmasie, et l'on ne tardera pas à se convaincre de son impuissance, de sa parfaite stérilité. Le but suprême de tous ses efi'orts , la seule conséquence qu'il ait la prétention de tirer des principes par lui posés, c'est l'arrivée du sang sur le point qui doit s'enflammer, et il n'a pas même la satisfaction de mettre en évidence ce premier fait qui, tout insufiisant qu'il serait, demeure à l'état de pure hypothèse. Mais quand bien même elle se réaliserait, quand il faudrait accorder que le stimulus, siégeant au préalable sur un tissu, peut y provoquer l'afQux du sang, aurions-nous pour cela la phlegmasie avec tous les phénomènes qu'elle comporte? Evidemment non. Nous verrions alors survenir ce qui se passe dans l'injection vive et prompte de la face, par une impression de pudeur ou de colère, où, l'impression cessant et en moins d'une minute, ce sang est rentré dans ses voies sans laisser la moindre trace. Or, ce n'est pas de cela qu'il s'agit dans l'inflammation: le sang amené par le fluxus est, disons-nous, nécessairement, fatalement destiné et disposé à divers actes de plasticité qui ne sauraient trouver leur explication dans un simple phénomène de tonicité ou de sensibilité.

Accordons, si l'on veut, au stimulus et consorts ces actes de plasticité et la constitution de la lésion organique tout

entière: tout ne serait pas encore dit; il s'en faut que cette lésion doive garder ici la principale importance; et, pour ne pas sortir de l'exemple de la pneumonie, que nous discutons, ce n'est pas elle, quelque prétention qu'on en ait, qui doit nous fournir la base la plus solide du diagnostic. Il est passé en règle aujourd'hui de s'attacher rigoureusesement à la décrire ; on détermine avec tout le soin possible le point du poumon où elle siège, aussi bien que son périmètre, sa forme, son intensité, ses transformations ; on voudrait pouvoir préciser, soit le poids du sang qui engorge l'organe, soit le nombre des vaso-moteurs atteints. Eh bien! quand toutes ces notions lui seront acquises, et bien acquises, le praticien sera-t-il suffisamment renseigné au sujet de la pneumonie? Surtout se sentira-t-il en possession de tout ce qu'il doit savoir pour bien en diriger le traitement? Non, et fût-il imbu des idées organiciennes les plus entichées, quand il en viendra à chercher ses indications, il oubliera de se demander si la pneumonie est à droite ou à gauche, devant ou derrière, plus haut ou plus bas, si elle a plus ou moins d'étendue. Il s'adressera partout ailleurs : c'est l'état général qu'il s'occupera d'apprécier; il consultera avant tout le pouls et la chaleur. Du degré d'ampleur, de force, de vitesse de celui-là, comme du caractère d'intensité, de douceur- ou d'âcreté de l'autre , il se fera déjà une idée de l'affection ou de la fièvre régnante. Il achèvera de se renseigner sur cette dernière par le plus ou moins de participation de tel ou tel système organique indiquant l'atteinte de la fluxion pyrexique, et il se comportera en conséquence, inaugurant tel ou tel mode de traitement, suivant le genre de la fièvre. Et tant lui en vaudra, car précisément dans ce cas de la pneumonie, de tous les moyens qui sont à sa disposition, il n'en est aucun capable de parvenir 'Sur la lésion elle-même et qui ne réussisse en modifiant simplement l'état général, la fièvre , ainsi qu'il arrive souvent, sans doute, dans •beaucoup do cas, où, pour mieux s'apphquer localement,

le traitement n'en conserve pas moins le même mode d'action général et affectiounel.

C'est en effet la fièvre qni conserve ici l'importance supérieure ; c'est la fièvre à qui revient la direction du groupe de la pneumonie. On ne saurait s'en étonner. Nous avons dit plus haut ce qu'est pour nous la fièvre dite symptomatique, suivant des idées déjà développées dans une précédente publication \ Elle ne perd rien de son caractère essentiel dans la pneumonie, ainsi que le reconnaît, nous l'avons vu, l'École organicienne elle-même, par le témoignage de l'un de ses plus illustres apôtres, dans des circonstances, il est vrai, et suivant des vues que nous avons dû rectifier. Il est de fait que nous montrons ici cette fièvre naissant parfois antérieurement à la lésion pulmonaire, mais toujours au moins simultanément, ce qui indique bien qu'elle n'en résulte pas et qu'elle a pour mobile la même lésion affective qui provoque celle-ci. Et de sa naissance jusqu'à sa terminaison, elle domine si bien la scène morbide , que les faits plastiques inhérents au poumon, quels qu'ils soient, n'influent en rien sur la forme de la maladie, souvent bénigne avec des faits plus ou moins graves, ou funeste avec des faits insignifiants, ce qui laisse bien évidemment à la charge de la fièvre la direction du groupe.

Certes, en la préconisant ainsi, nous avons garde de faire fi du diagnostic anatomique, encore moins de l'immortelle découverte de l'auscultation; nous ne faisons que rendre hommage à une vérité que n'ont pu méconnaître ceux-là mêmes qui se donnent mission de la combattre. Ils commencent bien par établir un type commun, la pneumonie pure, dont ils détaillent soigneusement l'état organique; mais quand ils ont à donner le diagnostic de la pneumonie spéciale, ils se gardent bien d'en chercher les nombreuses différences dans des modifications correspondantes qu'aurait subies cet état organique ; celui-ci, malgré

Monlpelher médical, d'août et septembre 1875.

208 TRAITÉ d'hématologie dynamiu^'k.

quelques nuances d'intensité ou d étendue, n'est pas sorti du type commun. Les symptômes fonctionnels eux-mêmes, la toux, les crachats, le point de côté, bien que souvent modifiés plus ou moins, ne donneraient pas une notion plus précise ou plus sûre ; c'est l'état général, c'est la fièvre qni sont seuls invoqués. A propos des pneumonies bilieuse ou maligne, on signale l'eiat saburral, Viclère^ ou bien les complications cérébrales, \q délire. Pour caractériser l'espèce rhumatismale, on s'appuie des douleurs dans les membres qui l'accompagnent, de la facilité qu'elle a de se déplacer, de disparaître rapidement ' , absolument comme faisait Sarcone il y a deux siècles, en accusant avant tout, dans cette même pneumonie, la lassitude générale, la pesanteur, la. douleur grave ou vague du braî, du col, de toutes les articulations^. S'il s'agissait de spécifier la pneumonie catarrhale, on signalerait de préférence les alternatives de frisson et de chaleur, l'irritabilité des muqueuses, la constriction du pouls, la vivacité de tous les symptômes. En un mot, dans toutes les espèces, c'est par l'étatgénéral, par la fièvre, que se pose le véritable diagnostic de la pneumonie. Cela peut aller si loin que celle-ci ne constitue plus dans l'ensemble qu'un fait insignifiant, un simple épiphénomène pouvant passer inaperçu, ainsi que cela se voit dans la fièvre puerpérale et encore dans les fièvres exanthémateuses, où la pneumonie reste souvent latente et sa7is qu'aucune lésion fonctionnelle la révèle^.

263. Avec un tel caractère et du moment où la fièvre domine tout le groupe de la pneumonie, on devait s'attendre à ce que les faits anatomiques eux-mêmes ne lui échappent pas. Il existe en effet, entre ceux-ci et la fièvre, un rapport constant, et, nous l'avons dit et répété, ce

1 Ghomel; Clin. méd. , III, 333, 32, 28, 29.

2 Sarcone; Mal. obs. àNaplex, I, 149, 184,216.

3 Ghomel ; Clin, méd., III, 346.

rapporL ne saurait être allribué à une action exercée par ces laits, car on ne voit pas ce qu'elle pourrait être pour varier ainsi la nature de la fièvre, tandis que l'influence de celle-ci sur ces faits se comprend tout naturellement. On pourrait alléguer que la pneumonie, et par conséquent sa lésion organique, se produit parfois d'emblée par un dcbut brusque, surprenant le sujet en pleine santé*] que le point de côté, la toux^ l'oppression précèdent alors m^^ne le frisson, qui est pour nous le point de départ de la fièvre^. C'est l'aff'eclion morbide qui opère alors directement et qui, nous le savons, est parfaitement susceptible d'opérer à elle seule la fluxion; mais, afl"ection ou fièvre, c'est toujours de la lésion dynamique du sang qu'il s'agit, et, aussitôt la fluxion commencée, la fièvre ne tarde pas à s'y mêler et à reprendre ses droits, pour dominer de là toute la scène.

Quand l'aiïection ou la fièvre procède d'une lésion intense, capable d'exalter la vitalité et la tonicité du sang, comme dans sa forme phlogistique ou rbumatismale , on conçoit qu'à son instigation la fluxion s'opérera avec sa plus grande vigueur. Le sang pénétrera profondément, distendra le poumon et, en vertu de sa force plastique, s'organisant sous forme de granulations qui ont alors leur plus grande fermeté, il oblitérera les vésicules, de manière à rendre le tissu rouge , dur, pesant, imperméable^. Le s symptômes physiologiques seront influencés du même coup; cette fluxion violente, qui envahit promplement des tissus disposés à lui résister, ne peut que donner au point de côté, à la toux, à tous les symptômes, leur plus grand degré de vivacité et d'intensité. S'il s'agit d'une fièvre spéciale, tout cela sera changé: sous une fluxion moins puissante, ces mêmes symptômes seront plus ou moins

1 Grisolle; Pathol., int., I, 313. —

2 Grisolle; Tr. pneum., 192.

* Grisolle; Pathol. ml., I, 310.

Gliomel; Glin.màd., III, 217.

2[0 TRAITÉ n'uKMATOI.OfilK DYNAMIQUE.

adoucis ou effacés ; l'invasion sora pins lente, admettra un prodrome ordinairement prolongé; le sang, parvenu en moindre abondance, ne donnera plus lieu qu'à une injection diminuée et à des produits lâches et mous. Déjà, dans la pneumonie bilieuse, Stoll représente le parenchyme malade comme moins ferme que dans L'inflammation violente, ne s' enfo7içant que difficilement nu tard dans l'eau et même restant suspendu* . Dans l'espèce catarrhale, on observe que l'hépatisation, l'induration, sont moins complètes, et, à raison de la moindre plasticité du sang, les adhérences plus rares^. La lésion propre à l'espèce typhoïde otTre également un ca.v3LC[èi'6 particulier et qu'on ne rencontre guère ailleurs. Elle se produit par petites plaques rondes rappelant une forme qui semble propre à l'affection du même nom et dont témoignent les taches de la peau et de la muqueuse intestinale. Ces plaques, qu'on ne trouve jaonais au sommet, ])\us résistantes quela simple hépatisation rouge, sont comme carnifiées, splénisées et pourraient faire croire à un travail plastique plus parfait ; mais, outre que l'état général en dissuade, l'extrême rapidité de leur formation et le peu d'élaboration présenté parle sang, qui y conserve sa couleur rouge violet, sans que le tissu passe jamais à l'état d' hépatisation grise, donneraient plutôt l'idée d'un simple rapprochement, d'une espèce de combinaison intime que le sang, solidifié, subirait avec le tissu'. Et c'est ce qui arrive peut-être aussi dans la pneumonie maligne, où le souffle tubaire annonce, dés le premier jour, la lésion du tissu, lequel pourtant, gonflé, plein de sang, mais sans dureté ni pesanteur et abreuvé qu'il est d'une lymphe peu considérable, témoigne suffisamment de la faible plasticité dont il jouit*. En même temps que par le degré de force qu'elle donne et

' stoll ; Méd. prat., I, 118.

2 Fouquet; Gonst. de. l'an V, 24.

2 Audral: Clin, méd., III, 111-12-13.

.1. Frank; Palhol. int.. IV, 184.

PHI.EGMASIE. 211

ique, seule, elle peut donner à la fluxion, la fièvre varie déjà lies faits anatomiques do la pneumonie ; elle en change aussi d'expression symptomatique, suivant la direction qu'elle lui limprime et l'élément histologique qu'elle la porte à attein- .dre. La fluxion phlogistique paraît n'intéresser aucun élément [particulier, sauf l'élément commun, vasculaire ou cellulaire. ILa catarrhale, par l'abondance de ses sécrétions, dénonce lia participation des cryptes; dans la rhumatismale, la ;sécheresse et le caractère forcé de la toux accusent plutôt ll'élément fibreux. Il faudrait encore, d'après Sarcone, ^admettre que la fluxion peut atteindre l'élément nerveux du poumon. Mais c'est une pure fiction, et le caractère que i témoigne alors la pneumonie ne doit être cherché que tdans le génie de la fièvre. D'où vient pourtant tout cela? - A quoi peut-on attribuer cette direction histologique de la i fluxion, si ce n'est à l'afl'ection qui la suscite?

Une autre conséquence tout aussi intéressante de la t fluxion, c'est son résultat plastique, c'est le genre d'élaborat tion auquel se hvre le sang qu'elle amène. Déjà, par sa seule I présence, ce sang fournit l'un des principaux caractères des • crachats, leur couleur rouillée, celle-ci étant d'autant plus i intense que la fluxion est plus énergique et son espèce plus I rapprochée de la phlogistique. On voudrait même y rap- ] porter certaines variations des crachats, de ceux, entre autres, de la pneumonie bilieuse. Mais on ne saurait s'é- I tonner qu'ici la sécrétion pulmonaire reçoive directement I de la fièvre elle-même une couleur spéciale, qui se retrouve dans l'urine et la salive, et si le sang n'y est pas sans participation, c'est au même titre affaibli, commun à i toutes les pneumonies spéciales. Partout la sécrétion porte i l'empreinte de l'état général, du génie de l'affection. Ainsi, dans les pneumonies catarrhale et pituiteuse, on observe tour à tour des crachats clairs, filants, comme dans la grippe; ou gluants, plus épais, jusqu'à fournir tout un infarctus de mucosités s' étendant jusqu'au larynx , tel que le montra la pneumonie qui compliqua la fièvre de

GœlLingue'. Chose d'autant plus remarquable que la sécrétion s'opère alors dans les mêmes cryptes, et que la différence ne peut provenir que du sang et de sa disposition affective. Il faut surtout mettre sur son compte d'autres produits encore plus importants. Le pus est, nous le savons, la fin obligée, nécessaire, de la phlegmasie; et suivant l'état affectif du sang d'où il provient, il se montrera plus abondant, plus franchement, plus richement constitué, tel qu'il est dans la pneumonie phlogistique ; ou réduit à n'avoir plus ni sa consistance ni sa couleur ordinaires, à n'offrir que l'aspect d'une matière séreuse ; ainsi qu'on le voit dans les espèces catarrhales". D'autres productions, propres à ces dernières, sont des concrétions cylindriques, blanchâtres, fibrineuses, élastiques, ne se rattachant pas toutefois aux fausses membranes, occupant les plus petites divisions des bronches correspondantes à l'hépatisation, et que l'on a données comme caractéristiques de la pneumonie grippale'. Enfin la gangrène est un autre accident de la pneumonie, soit qu'elle envahisse le poumon par masses, ou seulement sous forme de points noirs, livides, semblables à des graines de millet et remplis d'une liqueur puante *. Voilà bien des résultats différents, marquant l'ensemble des caractères de la pneumonie, et qui, tous, ne peuvent être cherchés que dans la lésion morbide du sang et le travail plastique qui en provient, sans qu'il soit permis, en aucune façon, de faire intervenir les tissus.

Faits anatomiques, symptômes fonctionnels spéciaux, résultats plastiques, tout ce qui constitue, en un mot, l'ensemble de la pneumonie, ne peut donc être placé que sous la dépendance exclusive du sang, modifié par la lésion aS'ective et la fièvre; et si nous rappelons que celle-ci conserve, sur la marche et le développement de tous ces acci-

1 Rœderer et Wagler , 296, 348.

2 Pouquet ; Gonst. de Van V, 24.

s Ghomcl ; Clin, môd., III, 1 17.

^ Sauvages; Nosol. mélli., I, 639

l'HLEGMASIE. 213

dents, un empire absolu, nous aurons achevé d'établir sa prépondérance. Les organiciens eux-mêmes n'ont pu éviter de reconnaître ces faits et le rôle exclusif du sang dans la pneumonie, sauf à l'expliquer à leur manière. Nous avons rapporté cette opinion, par trop réaliste, qui voudrait ne voir dans les faits anatomiques de la pneumonie que la décomposition chimique du caillot sanguin, s'opérant alors comme dans la poêlette. C'est là une vue impossible : le sang ne s'épanche pas en nature, et ce n'est pas sa décomposition qui donne naissance au pus, lequel est bien un produit élaboré, parti d'un blastème à sérosiié rougedtre, revêtant bientôt une consistance plus grande et une couleur lie de vin, pour aboutir enfin à l'état de pus', suivant que nous permet parfaitement de le pressentir notre théorie hématologique.

264. Après les observations que nous venons de présenter, si l'on nous demandait d'exprimer par un seul mot l'idée que nous nous faisons de la pneumonie et de ses variétés , nous répondrions qu'à l'égal de toutes les phlegmasies aiguës elle n'est qu'une fièvre essentielle qui, simplement additionnée d'une fluxion plastique sur le poumon, qu'elle tient sous son absolue dépendance en tant qu'émanée d'elle, n'en conserve pas moins sa nature, son caractère propre, et se comporte comme dans son état le plus essentiel, si bien que la physionomie du groupe lui appartient en entier, quelle qu'elle soit; c'est une des grandes vérités médicales dont tous les bons esprits doivent saluer l'avènement. L'Organicisme s'est passionné pour la remarque de Bichat sur la diSérence d'une maladie suivant les tissîis qu'elle affecte \ Oui, difi'érence de physionomie, variété d'aspect, mais sans aucun préjudice d'une parfaite identité de nature et de traitement ; et quelle dis-

' Chomel; Clin, med., III, 15.

2 Anat. gén., I, xciv.

214 TIIAITÉ I)"HÉMATOLO(iIK DYlVAMIQUlv.

lance, quel abîme entre cette remarque futile et la doctrine qui, en présence d'une maladie, s'applique à considérer sa nature plutôt que son siège, et voit ainsi s'ouvrir devant elle les vastes horizons thérapeutiques grâce auxquels la science n'a plus de bornes !

Lors donc que la pneumonie, déviant de sa marche commune, viendra à s'affubler de symptômes bilieux, pituiteux, ataxiques, adynamiques et autres, nous ne perdrons pas notre temps à rechercher par l'addition de quels faits organiques la chose a pu arriver, nous dirons simplement que c'est la fièvre qui là, absolument comuie quand elle marche seule, a retenu ses caractères pathognomouiques et les communique au groupe tout entier. C'est là une idée qui se conçoit sans efforts et nous procure toutes les satisfactions nécessaires ; cependant l'Organicisme ne consent en aucune façon à l'entendre ainsi : pour lui, toutes les variétés spéciales de la pneumonie n'ont d'autre origine, d'autre raison d'être, que la survenance d'une lésion organique qui vient accoupler ses symptômes à ceux de la pneumonie. Celle-ci ne change pas et ne saurait changer; si quelque nouveau phénomène s'y ajoute, c'est que la phlegmasie s'est étendue à quelque nouveau tissu, et, suivant sa coutume, l'Organicisme entreprend de prouver son dire par des faits. Mais les arguments se présentent au préalable et en foule pour les réfuter.

A l'effet d'expliquer les variétés bilieuse et ataxique de la pneumonie, on admet uniquement que le foie ou le cerveau ont été intéressés en même temps que le poumon ; mais les variétés adynamique, intermittente, rhumatismale, même catarrhale , aurez-vous aussi , pour chacune, telle lésion organique qui en rende compte ; et si, quant à elles, vous êtes condamnés à subir une théorie différente, quel besoin d'en chercher aux deux premières une autre que celle-ci?

Ensuite, vous parlez de la phlegmasie du foie ou du cerveau comme d'un fait intercurrent; mais à quel titre ar-

l'HLEGMASIE. 215

rive-l-il? Est-ce un fait fortuit, individuel, idiopalhique, capable de se développera côté de la pneumonie, en suivant une marche propre, distincte de celle-ci, avec ses périodes, ses crises, ses terminaisons particulières, ainsi qu'on paraît l'entendre dans la doctrine qui ne reconnaît rien que de matériel? Évidemment non : le fait hépatique ou cérébral est intimement lié au fait pulmonaire ; ils ont beau naître ordinairement, l'un plus tôt, l'autre plus tard, ils n'en suivent pas moins la même fortune, pour se terminer en même temps; c'est dire qu'ils subissent la même direction supérieure, celle de l'affection ou de la fièvre, et que, dépourvus de toute valeur par eux-mêmes, ils ne sont qu'une attestation de plus en faveur de celle-ci.

D'ailleurs, supposé, comme on le prétend, que les phénomènes bilieux ou ataxiques de la pneumonie ne soient dus qu'à l'extension ou au retentissement de la phlegmasie pulmonaire, au foie ou au cerveau : que devrait-il nécessairement arriver? C'est qu'ils n'auraient jamais plus de chance de se produire que dans les cas où cette dernière est elle-même plus intense, plus violente, animée de son génie le plus phlogistique. Est-ce là pourtant ce qui arrive? Nullement : là pneumonie bilieuse, la plus accentuée des deux, se distingue déjà de l'inflammatoire par des phénomènes bien adoucis; et quant à l'ataxique, elle est particulièrement remarquable par le faible développement de sa lésion locale et de ses accidents généraux. Une autre conséquence tout aussi nécessaire, c'est que la phlegmasie hépatique ou cérébrale, venant s'ajouter à la pneumonie, n'a pas pour cela absolument rien qui doive changer la nature de celle-ci. Qu'à l'espèce inflammatoire simple, la seule, paraît-il, que l'on consente à reconnaître, vienne s'accoler la phlegmasie d'un autre organe : qu'en devra-til résulter? C'est que la violence de la scène en sera doublée; c'est que les deux phlegmasies, réagissant, s'influenceront réciproquement, formeront Un ensemble exagéré. Mais en quoi, nous le deuiandons, en quoi cela sora-t-il susceptible

211) THMTli IJ IlÉiMAlOI-nC.llO UYNAMIOUK.

d'allonlGi- au caractère de la phlegmasie principale, et d'y introduire des changements tels que le traitement doive impérieusement réclamer des moyens en désaccord avec elle? Bien loin de nous retourner vers l'émétique ou le quinquina, ne serions-nous pas plutôt tentés de renforcer l'emploi de la saignée et du régime antiphlogistique ?

D'après tout cela, nous nous croyons parfaitement autorisé à déclarer, à priori , que la pneumonie bilieuse ou ataxique n'est pas, de tant s'en faut, une pneumonie commune, additionnée d'une phlegmasie du foie ou du cerveau, qu'elle aurait provoquée par son fait propre, ce qui ne saurait rien changer à son essence. Non, ces deux pneumonies sont bien deux maladies distinctes , parfaitement caractérisées, procédant de deux affections spéciales; deux fièvres ayant leurs prodromes, leur début, leur marche, leurs crises, leurs terminaisons propres ; toutes choses qui s'expliquent naturellement par le génie de ces fièvres, sans aucun besoin de recourir à des raisons organiques qui sont bien loin d'avoir la valeur prétendue. Toutefois l'Organicisme résiste, il multiplie ses efforts et ses tentatives : ce n'est pas assez d'élever contre lui ces quelques preuves à priori] nous devons le suivre dans les détails et nous donner une fois de plus le spectacle de son impuissance.

265. De nos deux pneumonies, l'ataxique étant celle au sujet de laquelle la discussion peut être plus brièvement tranchée, nous allons commencer par elle. Et déjà, il est permis de se prévaloir du nombre et de la variété, ou plutôt de la divergence des opinions émises ; on ne divague pas ainsi sur un sujet que l'on comprend bien.

11 est assez étrange qu'un premier parti qu'on a pris, au sujet de notre maladie, soit celui de la nier. On ne méconnaît pas la coexistence dos symptômes nerveux, du délire, avec la pneumonie ; mais on prétend qu'ils font corps avec elle , qu'ils n'eu sont qu'un symptôme, un accident, n'altérant eu rien sa nature, exigeant encore

l'HLKr.MASŒ. -1 '

moins qu'on en change le traitement, les mâmex moyens employés contre la pneumonie simple suffisant parfaitement contre la pneumonie ataxique*. A ce compte, c'eût été peu la peine de se donner tant de soin pour déterminer une semblable spécialité. Mais à qui fera-t-on accroire que le délire, quel qu'il soit et de quelque source qu'il provienne, suffit toujours pour caractériser l'ataxie, et surtout que celle-ci ne réclame jamais que le traitement de la phlegmasie commune, elle qui ne guérit le plus souvent que grâce à des moyens qui seraient incendiaires pour cette dernière ?

Une autre opinion, destinée peut-être à expliquer la première, voudrait rapporter le délire à la sympathie exercée par le poumon sur le cerveau. Dans l'immense majorité des cas où il existe, le délire, dit-on, est sympathique^. Encore une fois, un tel déUre ne saurait constituer l'ataxie, qui comporte évidemment une origine, des allm'es, une physionomie toutes particulières. Admettons que chez un sujet susceptible, impressionnable, la souffrance du poumon retentisse et se répète sur le cerveau : sera-ce là de l'ataxie ? Nullement. C'est bien alors qu'on pourra regarder le délire comme un effet, un symptôme de la pneumonie, comme faisant corps avec elle et tenant bien moins à une nature spéciale de su part qu'à une disposition individuelle. En outre, si 'la sympathie était réelle, il y aurait uon -seulement lieu de s'étonner que le délire ne fût pas plus fréquent, qu'il n'appartînt pas indistinctement à toutes les espèces, mais il faudrait nécessairement s'attendre à le trouver plus habituel, plus aigu, plus rebelle, dan? les plus violentes, les plus inflammatoires; celles, en un mot, où la phlegmasie est à son plus haut degré d'intensité et d'étendue. Et c'est tout le contraire qui arrive : les pneumonies malignes se marquent souvent par une fausse

' Chomel ; Clin, méd., III, 569.

2 Ibid.. III, 327.

218 THAITK d'hématologie DYNAMIQUE.

bénignité et par une lésion ruclimentairo qui, incapable d'infliger au poumon la moindre souffrance, ne saurait dèslors avoir grand retentissement. Cette prétendue sympathie n'est donc qu'un grand mot vide de sens qui a le malheur de reparaître dans toutes les questions où l'on ne voit goutte, si bien qu'un auteur très-compétent et sans aucune antipathie pour l'Organicisme ne s'est pas gêné pour déclarer que ceux qui l'emploient ne font guère par là que voiler leur ignorance * .

Des raisons aussi vagues et aussi vaines ne pouvaient satisfaire la critique, et elle a dû chercher sur le cerveau des phénomènes plus réels. Les anciens en avaient déjà donné l'exemple. Trompé par cette circonstance que le malade qui délire ne se plaint plus du point de côté, Morgagni avait invoqué la métastase de la pneumonie sur le cerveau^. Touchant accord des théories matérialistes! En voici tout à l'heure une qui expliquera le délire par l'aggravation de la pneumonie et l'imperméabilité du poumou qu'elle détermine. Mais elles n'oni pas plus de vérité l'une que l'autre, et certainement Morgagni a été la dupe d'une iUusion : la pneumonie ne disparaît nuUement ; c'est le malade qui, frappé antérieurement d'ataxie, a cessé d'en avoir conscience, et le délire demeure à expliquer.

Aujourd'hui on le fait plus résolùment dépendre d'une lésion cérébrale, arachnitis ou autre, survenue accidentellement et comme au hasard pour compliquer la pneumonie. Mais c'était à l'observation à le démontrer. Et ceuxlà mêmes qui proposent l'arachnitis sont réduits à confesser qu'elle n'existe que très-rarement; que diœ^neuf fois sur vingt, au dire d'Esquirol, de Louis, de Ghomel, le délire est indépendant de toute affection idiopathique de l'encéphale; qu'au surplus, quand on la vérifie, cette arachnitis re se déclare guère que vers les vingt-quatre dernières heures^

' Grisolle; Tr. pneum., 392.

^Desed. et. caus. morb., 1, lelLre vu. art, 4

PHLKGMASIK. 1 ••'

c'est-à-dire postérieurement au délire, qu'elle ne saurait dès-lors expliquer, et sans doute comme un produit du même état morbide qui a déjà provoqué celui-ci'.

Après avoir si mal réussi à établir la lésion cérébrale, rOrganicisrae, avec son outrecuidance imperturbable, n'en recherche pas moins le mécanisme de sa production , accusant tout ce qui peut faire refluer le sang vers le cerveau. Ainsi, suivant Bouillaud, la pneumonia d\isommet, à raison du voisinage des gros vaisseaux , ou la pneumonie double, ou celle qui occupe tout un poumon , ont de préférence ce résultat, gi'âce à l'obstacle qu'elles opposent au retour du sang^ Il s'agit que le tissu du poumon, rendu peu perméable par la phlegmasie , se refuse à admettre tout le sang qui lui arrive incessamment du cœur droit. Celui-ci s'engorge bientôt ; le sang que ramènent les veines jugulaires est obligé de refluer de proche en proche jusqu'au cerveau, oîi se forme un épanchement séreux ou toute autre lésion; ce n'est qu'un obstacle tout mécanique opposé à la circulation, comme il arrive chez les anévrismatiqucs^. Qu'ont donc à faire ici les anévrismatiques, et le délire est-il, chez eux, un syuiptôme si commun? Toutefois c'est là une explication on ne peut mieux circonstanciée ni plus facile à concevoir : il est fâcheux qu'elle ne brille pas de même par sa vérité, bien moins encore par sa nouveauté, car on peut la dire renouvelée, sinon des Grecs, du moins des anciens. On la trouve mot pour mot dans Huxham*, dans Stoll", dans Morgagni, qui y ajoute la compression des vaisseaux par le poumon induré", et probablement dans bien d'autres qu'on ne cite pas. Quant à la réalité des faits invoqués pour expliquer le délire de

^ Chomel; Clin. méd..Ill. 212, 327.

3 Ibid., m, 211.

3 Andral; Cli7i. méd., III, 533.

Essai sur la fièvre, 291.

^Méd. jiraL, I, 74.

^ De sed. et caus. morb., III. 392.

220 TRAITli [J IIKMATOLOGIE DYNAMinUE.

la pneumonie maligne, celui-ci lient si peu à la lésion du sommet, que presque toujours alors ce sont la base et la région postérieure qui sont de préférence affectées; l'étendue, la gravité de la lésion ne se vérifient pas davantage, la respiration et la circulation n'éprouvant, ni une gêne considérable, ni même une gêne quelconque ; et, par-dessus tout, le cerveau, suivant que l'Organicisme le reconnaît, ne contenant, dans V immense majorité des cas, ni l'injection ni l'épanchement prétendus, ni aucune autre lésion.

L'Organicisme étant ainsi acculé dans toutes ses prétentions, l'Ecole qui le professe a été, par la force des choses, ramenée vers des vues plus rationnelles , dont elle n'a toutefois tiré aucun parti. Dans les circonstances dont nous parlons, Louis accordait la plus grande part à la fièvre, disent que le délire lui est toujours proportionne; et comme, suivant lui, la fièvre prend sa source dans la pneumonie, c'était toujours revenir à celle-ci; en tout cas, c'était s'en tenir à l'action mécanique de la fièvre'. Or, si elle mérite l'importance qu'on lui accorde ici, ce n'est nullement en proportion de son intensité; il se peut qu'avec une fièvre violente qui pousse vers le cerveau un sang en ébuUition, une certaine excitation de celui-ci se produise; mais ce n'est là ni l'ataxie ni son délire, ce n'est souvent qu'un symptôme peu grave, se montrant par intervalle, pendant le redoublement du soir'', et qui ne ressemble en rien à ce qui existe dans la pneumonie maligne, où la fièvre, sans trouble circulatoire, sans chaleur considérable, se distingue plutôt par ses caractères négatifs ou insidieux, La même Ecole s'est rapprochée encore davantage de la vérité quand elle a accusé simplement un état général grave^. Elle n'a pas même essayé de caractériser ou de définir un tel état, elle ne le pouvait pas ; mais ne sommes-nous point en

1 Ghomel; Clin, méd., III, 213.

2Aadral; Clin, méd., III, 533.

3 Grisolle; Pathol. int., I, 321.

droit d'y reconnaître la lésion dynamique, l'affection maligne, qni joue en effet alors le rôle souverain? Oui, c'est bien l'affection, la fièvre ataxique, qui produisent ici tout naturellement le délire, comme dans leur état essentiel, où on ne lui cherche pas toutes ces origines embarrassées. Ce sont elles qui assurent à la pneumonie ce caractère, cette marche, cet ensemble de faits morbides qui la distinguent et que l'Organicisme s'ingénie si vainement à expliquer, et qui plus tard, quand il s'agira de son traitement, nous ouvriront la voie spéciale, unique, où sans elles on ne saurait jamais aboutir. Nous opposons la simplicité, la sûreté de ces vues vitalistes, aux théories tourmentées et stériles que nous venons de passer en revue.

266. C'est surtout à l'occasion de la pneumonie bilieuse que le Matérialisme a multiplié et embrouillé son gâchis scientifique, et toujours par cette malencontreuse prétention de considérer ses symptômes spéciaux comme des accidents, des phénomènes à part, en dehors de l'unité morbide qui relie forcément symptômes et lésions. Aussi bien, de même qu'on l'avait fait pour l'ataxique, on a cru pouvoir nier l'existence elle-même de la pneumonie bilieuse, et cette opinion s'est produite avec toute l'assurance que pourrait lui prêter la vérité, affirmant que cette espèce n'a rien de particulier, qu'elle n'est qu'une pneumonie ordinaire, une phlegraasie essentielle et commune du poumon, entachée d'embarras gastrique, d'état bilieux, lesquels, bien loin d'avoir la moindre importance affective ou étiologique, ne doivent être considérés que comme naissant simultanément ou consécutivement à la pneumonie, dont ils sont dès-lors une simple complication, autant dire un accident ou un produit \ Quelque scabreuse qu'elle puisse être, cette opinion n'a pas manqué de partisans, et des plus autorisés. Andral va jusqu'à jeter la pierre à Stoll, disant

' Grisolle; Tr. pneum., 410.

222 THAITÉ u'ilKMATOl.OfilH DYNAMiniJE.

quG sa prétendue pneumonie bilieuse n'était qu'un catarrhe pulmonaire avec embarras gastrique et intestinal^ et que c'est là ce qui explique Vutilité des évacuants. Mais quand il s'agil d'une véritable inflammation du poumon, quelque ■prononcée que paraisse la complication dite bilieuse, celte inflammation n'en conserve pas moins sa nature et ses indications vulgaires, admettant exclusivement la ^ai^/^u^e, sans qno jamais l'émétique contribue à la faire disparaître ' . Cependant, de quelque haut lieu qu'émane cette négation, elle n'a pas été généralement acceptée; peu de médecins se dispensent de reconnaître la pneumomie bilieuse, d'en chercher la théorie, et, chose triste à dire! malgré tant de tentatives qui y ont été consacrées, l'idée antique fait encore le désespoir des médecins, en cela qu'impuissants à l'expliquer, ils y demeurent néanmoins enchaînés, rivés, par son utilité pratique.

Quand il est question de pneumonie bilieuse, la pensée se porte involontairement sur Stoll, comme l'ayant le premier signalée et décrite. Mais elle est beaucoup plus ancienne que cela, puisque déjà Hippocrate, non-seulement l'avait connue, mais en avait donné la théorie, l'attribuant à la bile tombée sur le poumon en même temps que le catarrhe'. Gallen est peut-être moins cxphcite, en cela qu'il se fait déjà de la bile une idée moins concrète. Mais son opinion n'était pas moins que le liquide qui enQamme le poumon en se renfermant dans son tissu, peut se rapporter à cette humeur comme au sang^ Arétée, qui a peu théorisé, n'a toutefois pas méconnu le fait pratique de ces points de côté que la purgation soulage*. Bilisper inferiora subducetur.

Les modernes confirmèrent ces observations; Forestus, Huxham et d'autres, signalèrent à l'envi ces phlegmasies

1 Andral ; Clin, méd., III, 556.

2 OEuvr. compl.; Ues lieux da7is l'homm., I, 377. Galion : Op. omn., 1« De Const. Art. méd., 40, 6.

■'' De causis acuL. morb., 204.

l'HLlCC.MASIIÎ. 223

pulmonaires, épidémiques ou non, où les évacuants jouent le rôle principal et révèlent ainsi l'importance étiologique de la bile; mais jusque-là la théorie demeurait sans Irop de précision. Ce fut Blanchi qui se chargea de la développer, et qui ne fit guère, dans ce but, que reprendre et compléter l'idée d'Hippocrate : il enseigna que la bile peut se séparer du sang et se porter directement sur le poumon, où elle détermine une pneumonie idiopat/iique, essentielle, vraiment bilieuse, ai nnWQmQui sxjmpathique ou symptomatique d'une affection préexistante du foie : Fleurit ides scilicet vere biliosae , non jam prasvio hepatis aff'ectu sympathcœ aut symptomaticœ. . . sed ex i))unediata bilis a sanguine in puhnonem irruptione , idiopathicae et essentialis. Pour Blanchi, la pneumonie bilieuse est une véritable métastase de la bile : Verse sunt recrementi biliosi métastases ' . Non-seulement Bianchi insista ainsi sur la nature de la pneumonie bilieuse, il en déduisit formellement le traitement, signala les inconvénients de la saignée eu même temps que les avantages du vomitif-, et cette doctrine prévalut dès-lors dans la science. On la retrouve telle quelle, entre autres, dans une thèse de Prévale, insérée dans la collection de Haller, où Stoll confesse lui-même l'avoir puisée ^

Il ne faut donc plus dire que Stoll a découvert la pneumonie bilieuse et ses indications. Sa gloire, à lui, est d'avoir mis dans un plus grand relief les enseignements de ses devanciers, d'avoir multiplié les faits d'observation et fixé définitivement l'opinion ; mais il n'a, en réalité, rien ajouté à la théorie. Gomme les autres, il parle à chaque page de matière bilieuse résorbée et portée sur le poumon, où on la retrouve après la mort; et, bien que le prompt succès du vomitif le ramène souvent à penser qu'il ne s'agit alors que d'une bile retenue dans l'estomac et opé-

' Bianchi; Hist. hep., pars III. 236, 644.

2 Ibid., 248-9.

^ Stoll ; Méd. prat., I. 41.

rant par sympathie, le fond de sa croyance n'en est pas moins que c'est la bile en nature portée sur le poumon qui est l'agent de son inflammation ' ,

La pensée des anciens est donc formelle ; c'est la bile qui, reprise par le torrent de la circulation et transportée sur le poumon, y provoque l'inflammation, comme elle fait au reste sur tout autre tissu. Nous n'avons pas besoin de rappeler les nombreuses récriminations qu'a soulevées et que soulève encore tous les jours celte théorie par trop concrète. Nous avons d'ailleurs discuté ce rôle morbide de la bile, et nous nous sentirions peu disposé à y revenir. Mais, qui le croirait ! à bout sans doute de considérations et tenue en respect par la portée pratique du fait, la science contemporaine, qui n'a pu faire autrement que de condamner l'idée antique, n'a trouvé rien de mieux que de la reprendre, dan.i le but de la vérifier, de la féconder, do la sanctifier par les données d'une observation plus parfaite, surtout par les enseignements si précis de la chimie. Voyons ce que la saine médecine pourrait gagner à ces nouvelles prétentions.

267. Nous venons de voir le Matérialisme nier résolùment la pneumonie bilieuse, et il est curieux autant que peu édifiant de le voir, dans une autre circonstance, s'ingénier à en démontrer l'existence par les moyens irréfutables dont dispose la chimie. C'est donner la juste mesure de la valeur qu'ont ses négations et ses affirmations; et avec l'incrédulité qu'en général il oppose à la spécialité des phlegmasies, il faut admirer avec quel zèle, quelle désinvolture, et aussi, hélas ! avec quel peu de succès il s'est cramponné exclusivement à l'un des caractères spéciaux de la pneumonie. Rien n'est plus affirmatif que la théorie chimique. C'est la bile qui, reprise par les voies de la circulation et portée sur le tissu du poumon, y dé-

1 StoU-, 'M. prat., I, 36, 122.

termine et y entretient l'inflammation à titre de corps étranger irritant ou délétère, absolument comme le gravier ou le grain de poussière qui va provoquer ïophthalmie *.

Et ce rôle si redoutable et à la fois si grossier prêté à la bile, on se met en devoir de le prouver chimiquement. On constate la présence de celte humeur ou de certains de ses matériaux dans les crachats, qui en reçoivent leur couleur jaune ; dans l'urine, où la révèle la réaction verte de l'acide nitrique, et, au surplus, partout dans le sang -, Etl'on ne se borne pas à ces constatations, on théorise avec elles, et les esprits les plus sages, ceux qu'éclaire la plus saine philosophie, entraînés par le courant de l'opinion, font chorus avec elle pour indiquer que les molécules de la bile, étant plus développées que les globules du sang, ne peuvent franchir les capillaires du poumon, s'y arrêtent et y provoquent laphlegmasie\

La chimie va plus loin : armée de ses réactifs, elle ne veut plus rien voir au-delà et n'aspire à rien moins que de détrôner l'observation clinique. Que nous ont rabâché ces pauvres anciens sur l'enduit jaunâtre de la langue, sur les nausées^ sur les selles, les vomissements bilieux, sur l'ictère lui-môme, sm tous les signes, en un mot, réputés jusqu'ici comme propres aux maladies bilieuses? Ce n'est pas là ce qui nous fera vraiment reconnaître le caractère bilieux de. la pneumonie. Tout au plus en aurait-on une trompeuse apparence. Non, foin de tout ce qu'on peut apprendre au ht du malade ! — Jusqu'à ce que vous ayez constaté tians l'urine, la présence réelle de la bile, vous serez mal venu de vous eu tenir à vos spécialités morbides. Mais aussitôt que l'acide nitrique aura parlé, alors, quelles que soient les apparences et la maladie eût- elle revêtu l'intensité phlogistique la plus manifeste, alors croyez à sa nature biheuse

* Chomel ; Clin, méd., III, 338.

2 Ihid., III, 336.

Bouissoa ; De la bile, 6 1 .

et conduisez-vous en conséquence'. Et c'est là ce qu'on appelle la médecine positive, la science exacte, topique, sûre d'elle-même ! Voilà le genre de certitude que l'on attend de la chimie ! Ah ! comhien nombreux et cruels seront les déboires qu'on se prépare avec cette manie de vérifications matérielles, et que la chimie a mauvaise grâce de s'immiscer ainsi dans des choses qui ne la regardent en aucune façon !

Jamais, on peut le dire, les anciens ne s'étaient fait des illusions aussi scabreuses. Ils mettaient, il est vrai, la bile en scène , mais avec une certaine réserve à travers laquelle pouvait percer toujours quelque visée plus philosophique. Ils avaient beau prononcer le mot bile : nous avons vu qu'il n'était pour eux que le représentant d'une idée morbide, d'une lésion dynamique reçue par le sang. Avec l'idée chimique moderne, on n'a plus le bénéfice d'une interprétation rationnelle ; c'est bien du rôle matériel de la bile qu'il s'agit, et nous sommes d'autant plus autorisé à sourire de tout le mal qu'elle a donné à ses promoteurs, qu'ils ne sont pas même parvenus à dégager entièrement le fait qui lui sert de fondement.

En effet, le passage dans le sang de la bile en nature n'est pas, de tant s'en faut, une vérité acquise. Dans certains ictères avec rétentio7i ou suppression de la bile, le sang contient bien quelques principes immédiats de celleci : cholestérine, acides gras, matières colorantes, qu'il contient déjà normalement et qui n'ont fait augmenter de quantité. Gela ne prouve donc absolument rien pour leur passage, d'autant plus que d'autres principes non moins immédiats provenant de la bile, choléate et cholate de soude, n'ont pu encore être reconnus. Et c'est, qu'on le remarque bien, c'est dans le cas d'ictère que la chimie en est réduite à ces déclarations compromettantes. Mais quand il s'agit de la sécrétion augmentée de la bile avec liberté de

Martin Solou, in Grisolle; Tr. de lapneum.. 404.

ses conduits, ce qui est bien le cas des maladies bilieuses , la chimie est alors bien plus explicite et ne fuit nulle difficulté de proclamer que, dans les flux bilieux avec ou sans ictère, elle n'a pas encore trouvé la concentration des éléments de la bile dans le sang \ Que parle-t-on donc des molécules de bile voyageant avec le sang et se fixant dans les tissus pour les irriter? Quand leur présence serait constatée, il y aurait encore lieu de douter de leurs effets ; introduites par les capillaires veineux, pourquoi ne continueraient-elles pas à voyager avec le liquide à travers les autres capillaires ?

Au reste, il ne suffisait pas de trouver la bile dans le sang ; c'est surtout dans le tissu, dans le noyau de l'inflammation, où, dit-on, elle remplit l'office de corps étranger; c'est là qu'il eût importé de la démontrer, et si nous le demandions à la chimie, elle le prendrait elle-même pour une mauvaise plaisanterie. De démonstration, il n'y en a nulle part, pas même pour les crachats, dont la couleur a pu faire illusion. Les pathologistes, Laënnec et Andral en tête, enseignent que les crachats dits bilieux ne sont dus, comme les crachats rouillés ordinaires, qu'aw sang mêlé en quantité variable au mucus. Andral ajoute pourtant cette réserve : que si avec la pneumonie coexiste une maladie du foie avec ictère, la présence de la bile dans les crachats peut être réelle*. Mais cela n'a rien de commun avec la pneumonie bilieuse proprement dite; et encore, d'après ce que nous venons d'exposer, l'ictère lui-même n'apporte aucune force à la preuve, puisqu'il ne suppose pas la bile en nature dans le sang, d'où seul elle pourrait arriver aux crachats.

Que dites-vous, amice lector, de cette science matérialiste qui crie bien haut qu'il ne faut rien avancer sans preuves, sans preuves physiques bien entendu, et qui, dans

* Becquerel et Rodier ; Chim. palhol., 261. Laëanoc; Ausc. méd., I, 433. — Audral ; Clin, mèd., III, 443.

228 TRAITÉ d'hématologik dynamique.

un cas pathologique considérable, accusant la présence réelle do la bile, ne parvient en aucune façon à la démontrer? Que nous, essentialistes, quelque peu abstracteurs de quintessence, il nous arrive d'aboutir à telles conceptions que l'esprit seul peut comprendre, — ce qui, au dire de Socrale, ne leur enlève rien de leur profondeur ni de leur vérité, au contraire, c'est dans l'ordre des choses; — mais ne jurer que par la preuve matérielle et ne point réussir à la faire, c'est de quoi s'interdire à tout jamais la science et ses démonstrations prétendues.

268. Lorsque, à côté de sa théorie chimique de la pneunomic bilieuse, le Matérialisme se condamne à en produire une autre en concurrence, il est le premier à nous faire douter de la valeur des doux. Il saute aux yeux qu'il ne pourrait y en avoir qu'une de bonne pour un même phénomène, et malheureusement ce ne sera pas plus la théorie organicienne que l'autre; elle lui est même inférieure, en ce qu'elle revient à considérer les symptômes bilieux comme autant d'effets de la pneumonie, par conséquent comme lui étant postérieurs, tandis qu'ils la précèdent, qu'ils apparaissent dès les prodromes, en tant que partie de l'état général affectif qui préside à la scène tout entière.

Dans l'explication organique de la nature bilieuse de la pneumonie, il ne faut pas s'attendre à moins de divagations que dans celle de sa nature ataxique. Et, tout d'abord, elle a été rapportée à la jyléthore abdominale , à ce que, par suite de la gêne de la circulation pulmonaire et de l'embarras du cœur, la veine cave inférieure, ne se vidant plus qu'avec difficulté, finit par se gorger de sang, ainsi que le foie, ce qui fournit la cause des symiotômes gastriques* . C'est, on le voit, la contre-partie de la veine cave supérieure, par rapport an délire. L'Organicisme ne se pique pas de variété; mais nous avons vu combien il s'en faut

1 J. Frank; Palhol. ml., IV,. 167, 182.

l'HLEGMASIE. 229

que, dans noire pneumonio, la lésion organique éprouve ini la gravité ni l'extension nécessaires pour expliquer cette igêne de la circulation et cette pléthore prétendue. D'un : autre côté, si tant est que celles-ci fussent possibles et : pussent avoir le résultat supposé, il faudrait s'attendre à .ce que les symptômes gastriques leur fussent toujours pro- . portionnels et se montrassent de préférence, non plus dans lune espèce déterminée et toujours la même, mais dans I toutes indistinctement, d'autant plus qu'elles gêneraierit I davantage la circulation pulmonaire, même dans toutes les ! maladies du cœur ou du poumon pouvant avoir une telle conséquence, et c'est ce qui n'est pas. Que parle-t-on d'ailleurs de pléthore? L'affection bilieuse ne se montre-telle pas tous les jours sans le moindre rapport avec elle, et le vulgaire embarras gastrique suppose-t-il, de la part du foie, ou de l'estomac, ou de leur système veineux, ni pléthore, ni injection, ni lésion quelconque?

Aussi l'explication n'a-t-elle point prévalu, et c'est, comme pour le délire, vers l'action organique, vers la lésion de l'appareil gastro-hépatique que l'on s'est retourné. On a dit : la pneumonie bilieuse est simplement la pneumonie vulgaire, commune, en un mot inflammatoire, avec laquelle coexiste une inflammation aiguë de l'estomac et du duodénum, survenue comme un pur accident , pour son propre compte et sans lien aucun de nature et de provenance avec la pneumonie '. Mais, outre que le traitement forcera bien à reconnaître ce lien, dénié ici, c'est s'abuser évidemment de voir la gastrite et la duodénite dans les symptômes bilieux existant alors comme dans la fièvre, et même dans le simple embarras bilieux, qui, on le sait, ne le comportent pas. Cependant on insiste, et, non content d'admettre comme démontrée la phlegmasie gastro-hépatique, on théorise sur la manière dont elle se produit. Ce sont d'abord les communications nerveuses que Ton

< Chomel; Clin. méd.. III, .335.

a invoquées : c'est par l'action du neviprieumo-gastrique que l'on a expliqué la transmission de l'inflammation du poumon aux organes abdominaux* . Mais que peut le système nerveux pour l'établissement ou la transmission d'un état morbide dans la constitution duquel n'entre, nous le savons, pas le moindre phénomène de sensibilité ? Prétendrait-on y voir une sorte d'action réflexe ? Nous avons dit aussi ce que vaut pathologiquement cette prétendue action. D'ailleurs, puisqu'il s'agit d'une communication anatomique normale , d'où vient que ses efî"ets, bien loin d'être constants, sont réservés à des cas exceptionnels ? Pourquoi toutes les pneumonies n'en provoquent-elles pas de pareils, et cela en proportion de leur activité ou de leur violence? Pourquoi cela est-il réservé à l'une de celles qui en comportent le moins? Bien plus, si le nerf pneumo-gastriquc possède ainsi la faculté de transmettre l'inflammation d'un organe à l'autre, la réciproque serait de droit : il faudrait s'attendre à ce que l'hépatite, la gastrite, la duodénite puissent, d'au tres fois, provoquer la pneumonie, et même à ce qu'une phlegmasie ne pût exister nulle part sans qu'un nerf quelconque la transportât ailleurs; car pourquoi tous les nerfs n'auraient-ils pas le même pouvoir ? Et c'est là un ordre de faits qui ne se vérifie nullement. Les phlegmasies qui excitent le plus l'action nerveuse, la pleurésie, la péritonite, ne se propagent jamais, même aux tissus qui leur sont contigus.

Ce n'était pas, au reste, la peine de chercher une transmission aussi scabreuse ; le voisinage des parties facilitait ici l'explication organique, et l'on a avancé que lorsque les phénomènes bilieux s'ajoutaient à la pneumonie, c'est que la phlegmasie du poumon s'était étendue, par voie de continuité, à la séreuse du foie ou au foie lui-môme, affirmant, au surplus, que le cas n'arrivait qu'alors que la pneumonie

1 J. Frank; Pathol. inl., IV, 181

avait son siège à droite et à la base * . Mais c'est là une prétention que les faits ne confirment pas. D'un côté, il n'est nullement démontré que l'inflammation du foie et de la séreuse qui le recouvre existe dans la pneumonie bilieuse De l'autre, on n'observe pas davantage que le siège à droite et à la base ait l'importance qu'on lui attribue. Sur dix pneicinonies à forme bilieuse^ Grisolle a constaté l'inflammation six fois au sommet et trois fois, il est vrai, à la base, mais du côté gauche ^.

Au reste, lorsque, dans cette détermination de la pneumonie bilieuse et de sa nature, l'Organicisme s'en tient ainsi à des pblegmasies supplémentaires , contre lesquelles il vient se casser le nez, il prouve qu'il n'a pas même compris la position delà question. Accordons-lui que l'une ou l'autre, hépatite, gastrite, duodénite, s'il le veut, que toutes trois ensembles coexistent avec la pneumonie. Est-ce que cela va changer sa nature, va nous donner la raison de son génie tout spécial ? Bien au contraire, nous n'aurons ainsi qu'une inflammation doublée d'une, de deux, de trois autres inflammations , c'est-à-dire douée d'une intensité s'élevant à la deuxième ou à la troisième puissance ; et, bien loin de nous suggérer une indication spéciale quelconque, cette idée n'aura d'autre conséquence que de nous en éloigner, de nous faire redoubler d'énergie dans le traitement commun, dans l'emploi de la saignée et des moyens analogues. Et c'est si peu de cela qu'il s'agit, que Bouillaud lui-même a reculé devant les conclusions anliphlogistiques à tirer de sa théorie".

269. Ni la chimie ni l'Organicisme ne peuvent donc se vanter d'avoir résolu le problème. Il était toutefois difficile de rien trouver au-delà. On y est revenu, on s'est ingénié,

J Bouillaud; Clin, méd., II. 138.

2Chomel; Clin, méd., III, 334.

^ Grisolle ; Tr. de la pnmm., 410 * \\M. ; Tr. de lapnewn., 403.

on a subtilisé, et ainsi s'est produite une théorie nouvelle, qui, avec son allure modeste et capable, participant des deux, ne pouvait qu'en retenir la caducité.

La chimie enseigne que les parties carboniques du sang, provenant des couibustions diverses de l'organisme, s'éliminent, soit par la respiration, soit par la sécrétion hépatique, qui en tire les matériaux de la bile. Il en résulte, entre le poumon et le foie, un rapport constant d'action, un véritable antagonisme en vertu duquel, le travail fonctionnel de l'un venant à faiblir, celui de l'autre augmente ei le supplée. S'il arrive donc que, par diverses circonstances, le foie ne suffise plus aux éliminations accoutumées , le poumon redouble son action, d'où dépend la combustion du carbone, et l'effort vital qu'il s'impose ainsi est pour lui une cause puissante de surexcitation qui ouvre la porte à la phlegmasie , et à une phlegmasie en rapport avec les conditions organico-chimiques supposées. La pneumonie bilieuse, dit-on, repose tout simplement su7^ des effets d'antagonisme entre le poumon et le foie*. C'est simple, c'est ingénieux, c'est original. Mais la vérité médicale, pathologique, y trouve- t-elle également son compte? Est-il permis, tout d'abord, de comparer le mode d'action du poumon, dans la combustion dont il est le siège, à celui du foie dans sa sécrétion , au point d'apercevoir entre les deux une réciprocité réelle? Sans compter qu'un surcroît d'action n'est pas pour un organe une cause nécessaire de phlegmasie.

Il s'agit d'ailleurs de bien préciser ces faits. En ce qui concerne la saburre jaune, indice de l'état biheux, il faut mettre quelque prudence à parler de son origine hépatique. Nous avons débattu la question et cru pouvoir conclure à ce que la bile ne se démontre ni dans l'estomac ni encore moins sur la langue, principal siège de la saburre, laquelle nous a paru dès-lors n'être qu'un fait de transpiralion interne, sans rapport aucun avec le foie. D'ailleurs,

^ Lhérilier ; Chim. pathol., 338.

supposé que l'action de celui-ci fût plus réelle dans la production de cette saburre, n'est-ce pas renverser complètement les faits de prétendre cette action affaiblie ou supprimée, alors que la saburre surabonde et qu'existent l'amertume de la bouche, la plénitude, le soulèvement de l'estomac, et tous les signes d'une prétendue exubérance de bile ? C'est donc dans un moment de préoccupation qu'un écrivain très-sérieux a pu, à propos de l'état bilieux, accuser l'inaction du foie, pour en déduire par antagonisme la suractivité du poumon. Et encore, l'antagonisme serait-il plus vrai, nous nous demandons comment la pneumonie en serait la conséquence.

Un surcroît d'action est ordinairement pour un organe cause d'hypertrophie, La glande, le muscle, qui accomplissent un travail exagéré, augmentent de volume ou de poids ; mais de la suractivité, de l'hypertrophie, à l'inflammation, il y a un monde, il y a la tendance plastique spéciale qui caractérise essentiellement celle-ci. Combien de fois l'antagonisme existe-t-il réellement, comme entre la peau et les voies urinaires, sans que le moindre dommage en résulte ! Voit-on souvent la néphrite ou la cystite succéder à l'arrêt de transpiration? Celui-ci aboutit fréquemment, il est vrai, à la bronchite ou à la dysenterie, mais nous avons analysé les phénomènes et cru pouvoir conclure à une autre théorie. Au surplus, pour que l'on pût croire à cette loi d'antagonisme, il faudrait qu'on la vît s'exercer avec une aisance et une fréquence égales, du poumon au foie aussi bien que du foie au poumon; il faudrait constater la sursécrétiun biliaire et ses conséquences phlegmasiques dans toutes les circonstances où l'action du poumon est diminuée; voir en un mot l'hépatite comme un accident habituel ou obligatoire chez les asthmatiques, les tuberculeux, chez tous ceux dans la respiration desquels les phénomènes chimiques ne s'accomplissent pas normalement, et c'est là une hypothèse toute gratuite.

Alors même que l'antagonisme eût réussi pour la pneu-

monio bilieuse, cola n'eût point encore suffi pour le sanctifier; il existe une foule d'autres phleguiasies du même genre, entachées du même caractère, et pour chacune on serait en droit d'exiger la démonstration do l'antagonisme entre l'organe où elle siège et le foie, La nature ne procède pas par voie de détail , elle institue de grandes lois auxquelles tous les faits viennent se rattacher; la véritable philosophie, pour chaque science, consiste à découvrir ces lois ; ce n'est point assez d'édifier péniblement et de toutes pièces la théorie d'un cas particuher : si cette théorie ne s'adapte pas avec un égal succès à tous les cas du même genre, elle est essentiellement caduque. Lors donc que nous observerons la pleurésie ou l'angine bilieuse, devronsnous encore, pour les expliquer, recourir à un antagonisme de la plèvre ou de l'amygdale avec le foie ? L'érisypèle, le rhumatisme, qui revêtent souvent la même nature, auront-ils à subir la même théorie? On voit combien sont grandes les difficultés ; ces maladies sont certainement, avec l'élément bilieux, dans le même rapport que la pneumonie; leurs causes, leurs symptômes, leur aspect général, leur traitement, en un mot leur nature, sont entièrement semblables ; et si l'explication donnée pour la pneumonie n'est pas exactement recevable pour toutes, c'est qu'elle n'est pas la bonne, qu'elle n'est pas sainement déduite des phénomènes, qu'elle est conséquemment à changer.

Et dût la théorie se vérifier, même pour les maladies dont nous parlons comme pour la pneumonie, tout ne serait pas encore dit. La spécialité biheuse n'est pas, tant s'en faut, la seule qu'elles puissent revêtir, les unes aussi bien que l'autre. Elles présentent tour à tour la catarrhale, la pituiteuse, l'adynamique, l'ataxique, l'intermittente; et ce n'est pas tout : chacune de ces spécialités se comporte vis-à-vis d'une maladie donnée absolument comme la bilieuse dans la pneumonie. Elle influence de même ses symptômes, son expression analomique, sa marche, sa nature, sa thérapeutique ; on sent, en un mot, que cha-

cune d'elles constitue un phénomène exactement du même ordre que la spécialité bilieuse. Personne n'a cependant eu l'idée d'apercevoir ici un antagonisme quelconque ; c'est plutôt vers une lésion, une disposition morbide affective, c'est-à-dire dynamique, qu'on est réduit à se réfugier, et il saute aux yeux qu'il n'en saurait être autrement de la spécialité bilieuse.

270. Incapables séparément de jeter le moindre jour sur la pneumonie de cet ordre, la chimie et l'Organicisme ne gagneraient donc rien à se réunir. Une première chose dont on doive s'étonner ici, c'est que le Matérialisme n'ait pas même songé à invoquer l'un des faits organiques, épine, stimulus direct ou réflexe, paralysie vaso-motrice et autres, qu'il prend pour la cause intime de l'inflammation, pour son phénomène général. Quand celle-ci vient à affecter quelque mode particulier, il semble tout naturel d'en accuser ce phénomène, qui se serait modifié lui-même tout le premier. Mais le Matérialisme ne s'inquiète pas des conséquences logiques à tirer des lois qu'il propose. Il lui suffît d'aller au jour le jour et de trouver à tout hasard une explication pour chaque difficulté qu'il rencontre. Par malheur, il ne parvient pas toujours à se donner même ces satisfactions de détail, et l'on s'étonne, l'on s'indigne de le voir, avec tout son aplomb et sa morgue scientifique, se traîner misérablement dans les discussions les plus compromettantes.

Ainsi, à propos de la pneumonie bilieuse, il propose, soit les molécules de bile voyageant avec le sang et allant déposer sur le poumon l'embolie ou le corps étranger , soit la phlegmasie gastro-hépatique, soit l'antagonisme organico-chimique du poumon et du foie, et nous venons de voir que rien de tout cela ne se confirme physiquement par l'observation directe. Et quand cela serait, quand chacune de ces hypothèses matérialistes, prise ainsi isolément et en elle-même, pourrait devenir l'objet d'une

démonstl'alion quelconque, il resterait encore, pour lui donner une valeur médicale réelle, il resterait à prouver son rapport intime avec les diverses et nombreuses circonstances propres h la pneumonie, telles que ses causes, sa marche et sa nature. Par exemple : qu'il s'agisse de la nature réelle de la pneumonie bilieuse, les partisans euxmêmes do la médecine physique sont réduits àla chercher dans une influence générale inconnue^ dans une constitution stationnaire fixe ou annuelle, imprimant aux maladies cVunecerlaine époque un cachet particulier Or, quel genre de rapport une telle influence peut-elle avoir avec la molécule de bile qui irait déterminer la pneumonie ; comment conçoit-on qu'elle pût agir, pour la diriger ou la retenir au point où est censée avoir lieu l'embolie? De même, quand Stoll fait l'histoire de la pneumonie bilieuse, il la prend à ses débuts, dès ses prodromes ; il ne néglige pas de noter une disposition de quelques jours ou de quelques semaines, pendant laquelle l'appétit se perd, la bouche est sans goût, amère, collante, des sueurs se montrent lanuit^. N'est-il pas vrai que déjà, à ce moment, le trouble est dans l'organisme, que la maladie existe avec sa spécialité, qu'il n'y a qu'à attendre pour voir se développer les phénomènes, tant généraux que locaux: et qu'est-il besoin, dès-lors, pour théoriser, d'invoquer l'hépatite, la gastro-hépatite, qui ne surviendront que plus tard, et qui, si tant est qu'elles surviennent, serontévidemment, à un titre plus direct encore que la pneumonie, le résultat de l'état morbide affectif déjà existant? Et enfin, quand il s'agira de rendre compte des caractères du pouls, de la marche, de la durée, des tendances critiques de la maladie, surtout de son traitement, voyezvous de quel précieux secours nous sera la molécule débile engagée dans l'embolie, combien il sera logique de dire qu'il lui faut, pour se dégager, tant de jours, pas un de plus.

1 Grisolle; Tr. de lapneum., 408.

^ Stoll ; Méd. prat., I, 5.

PHLE&MASIE. 237

pas un de moins, et surtout avec quelle précision s'en déduira la méthode évacuante, qui no saurait avoir la moindre action sur son dégagement ? En vérité, n'est-ce pas une honte pour la science d'avoir à subir, sans protestation, sans indignation, le joug de pareilles théories, qui ne comportent pas le moindre examen?

Combien plus large, plus profonde, plus complète, plùs claire, plus pratiquement utile surtout, se montre notre théorie vitaliste ! Pour elle, nos deux pneumonies ne sont autre chose que les fièvres bilieuse ou ataxique, plus une fluxion locale opérée sur le poumon. Leurs causes, leurs prodromes, leurs débuts, tous leurs symptômes sont ceux des deux fièvres. Dans l'une, pour expliquer les phénomènes bilieux, nous nous garderons bien d'accuser l'extension au foie ou à sa séreuse de la phlegmasie du poumon, ni sa transmission moins immédiate parle nerf phrénique, puisque ces phénomènes ont précédé la phlegmasie; nous les attribuerons tout simplement à la fièvre bilieuse. La couleur jaune des crachats elle-même, sans rapport avec la bile, sans aucune saveur arnère', n'aura d'autre origine que celle proprement de la saburre. La gravité, les accidents imprévus et funestes qui distinguent la pneumonie mahgne, inexplicables par la lésion organique, sont encore un attribut manifeste de la fièvre. Et si, dans les deux, les allures de la maladie, le caractère du pouls et de la chaleur, l'état de la langue, les crises, si même la lésion locale, l'induration plus ou moins étendue ou complète, si toutes ces choses, dont le Matériahsme ne prend pas le moindre souci, fournissent ici des différences caractéristiques, c'est encore à la fièvre que nous en ferons uniquement honneur.

Et ces différences sont tranchées à ce point que le même symptôme peut, suivant le cas, fournir un pronostic entièrement contradictoire. Dans la pneumonie en général, c'est-

' J. Frank; Pathol. iiU., IV, 181

238 TRAITÉ D HÉMATOLOriIE DYNAMKJt'IC,

à-dire dans les cas où l'ospèco plilogisliquo osl prise pour type, la diarrhée est une très-fâcheuse complication qui malheureusement n'est pas rare , puisque sur trente-cinq cas observés par Louis, et ayant causé la mort, vingt-trois avaient offert la diarrhée'. Au contraire, dans la pneumonie bilieuse, la diarrhée et même le vomissement adoucissent tes symptômes-. D'où vient donc cela? N'est-ce pas de ce que, dans cette dernière, les évacuations sont suivant le génie aflectionnel et les tendances critiques de la fièvre ; tandis que dans l'autre, en tant que liées plus directement à l'entérite, elles ne font qu'introduire un élément phlogistique de plus? Et quelle lumière la lésion organique à elle seule pourrait-elle nous fournira cet égard?

Enfin, quand nous aurons dit que le traitement de nos deux pneumonies n'est autre que celui des deux fièvres correspondantes, à peine modifié dans quelques moyens qui, relatifs à la lésion locale, n'en doivent pas moins être cherchés dans le génie de ces mêmes fièvres; quand nous aurons fait cette dernière remarque, nous aurons achevé d'établir le véritable caractère de la phlegmasie, en restituant à l'état général, à la fièvre, l'importance souveraine qui lui est trop généralement refusée, et en réduisant la scène organique à n'en être que le symptôme ou l'accident.

271. Nous venons de parcourir dans ce chapitre l'histoire entière de la phlegmasie, en entrant plus profondément, plus en détail, dans son étude, que ne puisse se vanter de l'avoir fait encore aucun système de médecine. A l'effet d'en éclairer la théorie, nous avons soigneusement passé en revue tous les symptômes, tous les faits qu'on suppose en fournir le point de départ, et nous avons pu nous assurer qu'aucun ne souffre même la discussion ; que le Matérialisme s'est fait à leur sujet les plus grossières

^ Chomel ; Clin. méd..lll, 204.

2 J. Frank; Pathol. int.. IV, 181.

illusions; qu'il n'a absolument rien prouvé; rien démontré; que ces faits demeurent pour lui à l'état de pure hypothèse, pour lui qui crie tant contre l'hypothèse chez les autres. Bien plus encore: le Matérialisme sait tout cela: il n'ignore pas qu'il se trompe, que les faits qu'il nous donne comme cause de la phlegmasie n'en rendent pas raison ; il va jusqu'à se démontrer expérimentalement le contraire, et il n'en demeure pas moins à cheval sur ses exphcations , sans doute par la difficulté de trouver mieux sans sortir de ses propres voies.

Nous avons pu, au reste, nous édifier sur la vanité de ses théories. Nous nous sommes arrêté sur les cas à découvert, sur les inflammations externes, et, quel que soit le perfectionnement des méthodes d'observation, nous avons vu qu'elles n'y peuvent saisir le moindre fait organique, stimulus et consorts, comme produisant les phénomènes. Au contraire, il s'en faut si bien que le stimulus favorise ou provoque la présence du sang, qu'on le voit expérimentalement la dissiper. Et, en définitive, s'il est vrai que celte présence du sang soit la première chose que nous révèle le miscroscope, et que ce sang n'ait pu y être attiré, force nous a bien été d'admettre qu'il y soit poussé, poussé par la fluxion, dont l'observation directe nous démontre aussi l'existence.

En regard de ces défaites du Matérialisme, nous avons dressé notre point de vue vitaliste, et l'on a pu voir combien il est riche et fécond, quelles clartés il projette sur la phlegmasie. C'est qu'il ne s'agit pas de la faire naître localement d'une irritation nerveuse, d'une espèce de coup de fouet; c'est un ensemble complexe, toute une scène anormale ; c'est, disons-nous, une véritable fonction morbide, devant avoir sa marche, ses périodes, ses solutions, sa durée, parfaitement déterminées d'avance, ce qui ne peut se comprendre que d'une résolution, d'un travail, comme eût ditLordat, d'une idée conçue au préalable par le dynamisme.

Des deux ordres de phénomènes composant la phleg-

240 ïUAiTÉ d'hématologie dynamique.

masio, scèiio locale et Lroiible général, fièvre, celle-ci est principalement à considérer : c'est elle à qui, de toute évidence, revient la première place. Elle naît d'ordinaire plusieurs jours à l'avance, en tant que prodrome; et, alors même qu'elle n'est que simultanée aux lésions, elle n'en préside pas moins à leur naissance, pour continuer à les dominer pendant toute leur durée, à en déterminer le caractère, la gravité, les accidents. Celui qui pourrait douter de ce rôle, de cette importance que nous prêtons à la fièvre, n'aurait qu'à considérer la phlegmasie dans certains de ses cas aigus, mais surtout dans son étal chronique, où la fièvre lui manque, et où, avec une scène locale très-analogue, elle n'est plus que très-différente d'elle-même.

Nous avons analysé cette fièvre, et elle nous a paru tout à fait indépendante de la lésion locale, puisque celle-ci, on le voit, existe très-souvent sans elle. Aussi l'avons-nous rapportée, sans hésitation, à la fièvre essentielle, avec laquelle nous la confondons absolument. Elle naît comme elle de la lésion dynamique du sang, de l'affection morbide; elle ne se comporte pas autrement dans tout son cours, à quelque différence de durée prés; elle en revêt les caractères divers, les spécialités, qu'elle communique à la lésion locale ; en un mot, elle nous révèle exactement la même nature, si bien que, connaissant déjà suffisamment la fièvre essentielle , nous avons dû ne pas nous y arrêter davantage, et nous en remettre à ce que nous avons dit de celleci pour tout ce qui concerne la fièvre dite symptomatique.

Une seule chose les distingue : le résultat plastique de la fluxion. Nous savons que celle de la fièvre essentielle ne comporte rien de matériel, mais seulement une excitation fonctionnelle; on a vu que le sang par elle amené se résout, s'absorbe sur place, sans s'épancher ; ou se dissipe par le fait d'une sécrétion. La fluxion phlegmasique, au contraire, doit aboutir au blastème , mais pour cela il n'est pas nécessaire de lui prêter un autre mécanisme, un autre mode de s'opérer ; une provocation locale, une alté-

PlILEGMASIE. 241

ration quelconque. C'est toujours le sang qui, principal arbitre de son mouvement, surtout, nous l'avons vu, dans l'excès qu'y ajoute l'état morbide; c'est le sang qui, en même temps qu'il subit le trouble général de la ûèvre, accomplit, sur un point des capillaires, un effort impulsif très-analogue à la fluxion pyrexique. Il semble que, pour expliquer la différence du résultat, on n'aurait qu'à supposer l'exagération de celle-ci, et c'est peut-être ce qui arrive dans certaines fièvres dont la fluxion est parfois poussée jusqu'à la phlegmasie; cependant, comme celle-ci se passe très-bien, le plus souvent, sur des points n'ayant plus aucun rapport avec la fièvre essentielle, force nous a bien été de concéder à sa fluxion une existence séparée, tout en lui reconnaissant la même indépendance, le même mécanisme, avec le blastème en sus.

C'est ce blastème qui fait toute la différence, qui à lui seul constitue la phlegmasie, et dans lequel nous avons pu démontrer la même action personnelle et souveraine du sang. Déjà, de la quantité de celui-ci qu'amène k fluxion, se déduit tout naturellement le volume de la tumeur formée par le blastème. On pourrait dire que le stimulus n'y est pas étranger; mais, outre que l'explication resterait à établir, elle ne rend pas compte de tout. Avec un volume égal, la tumeur peut présenter tous les degrés de résistance, de fermeté ou de mollesse, et à cela le stimulus ne peut rien. C'est au sang qu'il faut en faire honneur : au sang et à sa composition élémentaire, surtout à sa constitution dynamique, d'autant plus efficace qu'elle est toujours partagée par les tissus. D'autres phénomènes qui n'appartiennent pas moins au sang sont ceux de sensibilité et de douleur. Nonseulement ils tiennent à la violence, à la promptitude de la fluxion et au degré de résistance opposée par les solides ; mais nous avons vu que, suivant son origine affective, la fluxion tend à intéresser tel ou tel élément histologique, et il est probable que dans les cas douloureux c'est l'élément nerveux ou fibreux qui la subit, comme font d'autres a. 16

foisles élémenlsglanduleux, cellulaire, vasculaireon autres. Enfin le blastémo, une fois épanché, doit fatalement subir une élaboration qui le fait aboutir, soit au pus, soit à tout autre produit, et que nous n'avons pu rapporter qu'au sang et au pouvoir plastique dont il nous a donné partout tant de preuves. Et c'est ainsi que le sang nous a, le plus légitimement du monde, fourni l'histoire tout entière de la phlegmasie, avec la raison et le mécanisme de ses phénomènes. Qu'on essaye pourtant d'en faire autant avec cette pauvre et plate tartine du stimulus, du spasme, de la paralysie, et que l'on considère à quelles fins elle nous conduira 1

En relevant l'importance de la scène locale de l'inflammation, nous ne cessons pas de la confondre dans la scène générale, dans la fièvre, qui est toujours pour nous le phénomène principal, et que nous identifions à la fièvre essentielle par un rapprochement qui ne peut que simplifier et faciliter la solution du problème pathologique. Mais la fièvre et la phlegmasie ne se présentent pas toujours dans leur état de simplicité, et il nous importe d'examiner si les accidents qui les compliquent et qui souvent altèrent si fort leur nature ne se rattachent pas, comme leur existence elle-même, à des lésions morbides et dynamiques, et semblables à celles que nous venons de constater et dont ils nous aideront à comprendre l'origine et le caractère.

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