‹ Traité d'hématologie dynamique pour servir de fondement a un systeme de pathologie vitalisteChapitre 7 sur 33 · TRAITÉ u'hématologie dynamique · texte numérisé non relu

TRAITÉ u'hématologie dynamique

purement la gaslricité. Dans le cas contraire, c'est la putridité. Les mômes fièvres et phlegmasies peuvent aussi se compliquer tour à tour de malignité, de contagiosité ou d'intermittence. Quelle idée faut-il pourtantse fairede telles complications? L'opinion la plus commune serait peut-être qu'elles ne constituent qu'autant d'états morbides ou d'affections qui viennent simplement s'unir aux autres, mais elle nous inspirerait certains scrupules: il nous paraît hasardé d'admettre la coexistence de deux affections, encore moins de deux fièvres. L'affection, n'étant qu'un mode particulier de la force vitale, doit en retenir l'individualité ; et comme l'action d'une cause particulière est nécessaire pour expliquer ce mode, elle paraît véritablement exclusive de tout autre mode qui supposerait l'action simultanée d'une cause différente ou opposée. C'est tout à fait comme pour le sens moral qui, en proie à une passion décidée, ne saurait donner accès à une seconde passion. Un cœur possédé par l'avarice ou l'amour n'est guère accessible aux traits de l'ambition ou de la gloire; et si jamais on découvre, en morale, une méthode générale et rationnelle de combattre et de modifier une passion , elle devra consister dans l'art de développer, concurremment à elle, une passion factice qui en prenne la place, à peu près comme on fait en thérapeutique vulgaire avec l'irritation révulsive ou substitutive.

Cependant, l'opinion qui rapporterait aux affections véritables les modes ou accidents dont il est question semble bien à peu près générale. Elle attribue à ceux-ci toutes les prérogatives des premières, entre autres celle de provoquer la fièvre et la phlegmasie. Rien n'est plus commun que d'entendre parler de fièvre gastrique putride, de fièvre maligne ou intermittente. On a môme fait mieux : on a accordé à certaines de ces fièvres un caractère dont la souveraineté dominerait et absorberait les états affectifs ordinaires. Ainsi, les deux Frank ont prétendu faire de la fièvre gastrique une fièvre essentielle, originale; un type

personnel complet, susceptible do s'adjoindre l'état bilieux, rauqueux, catarrhal, et ainsi de suite. Sauf le respect que nous portons à ces grandes autorités , il nous paraîtrait que dans une pareille association les rôles sont quelque peu intervertis. Bien loin que l'élément gastrique puisse réclamer le premier rang, être regardé comme générateur de l'élément bilieux, muqueux ou catarrhal, c'est lui qui évidemment résulte de ceux-ci, c'est leur tendance aux sécrétions saburrales qui, venant à augmenter, provoque son apparition. Il n'a donc rien de ce caractère primitif, absolu, qui seul peut donner lieu à la fièvre essentielle, et, au fond, il n'y a pas de fièvre gastrique, pas plus que, généralement parlant, il n'y a de fièvres putride, maligne ou intermittente. Il y a seulement des fièvres de diverses natures, susceptibles de revêtir tour à tour ces spécialités.

Quelque incertitude demeurerait toutefois pour certaines d'entre elles. Il existe une fièvre normale présentant un caractère très-analogue à la malignité en ce qu'il tend, comme elle, à fluxionner le centre encéphalique, et qu'on pourrait croire constituée par elle : c'est la fièvre nerveuse. Cependant, quelle que soit la ressemblence, celle-ci n'est qu'une fièvre fortement spécialisée, mais une fièvre simple, ne comportant nécessairement, ni l'atteinte profonde du dynanisme, ni le désaccord des phénomènes, ni le relâchement, la rupture du neœus vital, qui rendent la malignité si redoutable. Seulement eUe est peut-être plus encline qu'aucune autre à se l'associer, comme le fait très-bien la fièvre typhoïde, dont la nature se rapproche do la sienne, et qu'on a crue capable de revêtir la forme ataxique, comme elle fait les formes inflammatoire, biheuse, adynamique*. La malignité ou l'ataxie peut de même atteindre la fièvre nerveuse, et c'est alors qu'elle manifeste son génie le plus malfaisant. Mais celle-ci ne devient pas pour

' Chomel; Clin, méd., I, 369.

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cela une fièvre maligne ; c'est toujours la fièvre nerveuse, entachée de malignité, comme le sont tour à tour et au même titre les fièvres bilieuse, muqueuse, catarrhale, puerpérale. Il n'y a peut-être pas plus de fièvre intermittente que de fièvre maligne proprement dite. Tout le monde en parle, il est vrai. Cependant, si l'on veut y regarder de près, on se convaincra que l'intermittence est toujours unie à une fièvre bilieuse, muqueuse, atrabilieuse, même inflammatoire, et que si son nom a servi de préférence à caractériser celles-ci, c'est à raison de la place importante qu'elle occupe dans le groupe. Ce qui autorise à consisidérer l'intermittence à ce point de vue, c'est qu'elle s'allie tout aussi bien aux maladies apyrétiques, comme les névralgies, sans y tenir un rang moins souverain, bien qu'elle ne donne lieu à aucun phénomène fébrile.

Du reste, à celui qui renoncerait difficilement à l'idée vulgaire que la gastricité, la putridité, la malignité, sont en état de provoquer directement la fièvre essentielle, nous représenterions l'exemple de la contagiosité. Cet accident peut être mis sur le pied de ceux dont nous parlons, en compagnie desquels il marche nécessairement; il s'alHe, comme eux, à toutes les autres fièvres quand leur génie vient à s'aggraver ; est-il venu pourtant à l'esprit de quelqu'un d'admettre une fièvre simplement contagieuse? En aucune façon; et nous ne voyons pas pourquoi on accepterait les fièvres maligne, putride, gastrique ou intermittente.

Les choses étant ainsi et nos accidents devant être considérés, non comme autant d'affections distinctes, mais seulement comme des modes pouvant les affecter toutes, il va de soi qu'ils partagent leur origine et leur nature ; c'est le ton vital; c'est la lésion dynamique, principe de ces affections, qui, venant à baisser, à monter, à s'altérer, y suscite les changements, les tendances morbides d'où résultent les accidents, lesquels ne sauraient pour cela partager, ni l'au-' tonomie, la personnalité des affections, ni surtout leur pou-

ACCIDENTS DliS MALADIES. 247

voir d'exciter la flôvre essentielle. El ce qui achève de les en séparer, c'est la faculté qu'ils ont de se réunir, sur une seule fièvre, plusieurs ou môme tous ensemble ; faculté que nous avons dû refuser aux affections. Etudions, au reste, les susdits accidents, et tâchons de nous en faire une idée rationnelle. Ici, l'Organicisme aura quelque difficulté de plus à nous faire concurrence, sans que pour cela, et en dépit des apparences, l'Humorisme ait plus de chance de justifier ses vues.

273. Il arrive, disons-nous, que dans certaines maladies aiguës les accidents gastriques prennent une extension ou plutôt, peut-être, une persistance exagérée, au point de devenir une complication sérieuse. Ils sont alors principalement révélés par un enduit lingual que ne dissipent pas les évacuants ordinaires. Ce signe ne serait même pas nécessaire pour les dénoncer, s'il fallait en croire cette observation de StoU que, dans les maladies bilieuses, une langue comme en santé, un goût non dépravé, nulle sensation désagréable du côté de L'estomac, n'excluent pas toujours une quantité énorme de matières jaunes, vertes, noirâtres, une véritable bouillie qu'expulse le vomitif. Mais de tels cas sont sans doute exceptionnels, rattachés à quelques circonstances fortuites, et ne sauraient jeter un doute réel sur l'état de la langue relatif à la gastricité.

Pour l'ancien Humorisme, la théorie de celle-ci découlait tout naturellement de son idée même. Il avait commencé par établir que toutes les maladies, fièvres et autres, étaient le produit des humeurs, bile, pituite ou atrabile. Quand la gastricité venait à se montrer, c'était simplement que ces mêmes humeurs avaient afflué en plus grande quantité ou affectaient un excès de persistance. Et le cas ne se bornait pas aux fièvres qui en dépendaient directement: l'accident pouvait tout aussi bien s'allier aux fièvres et même aux

' StoU ; Méd. prat., I, 34.

248 TllAITÉ d'hématologie IJYiNAMIQUE.

phlegmasies d'autre nature, catarrhale, rhumatismale, puerpérale, exanthémateuse, et jusqu'à la fièvre inflammatoire elle-même' ; bien qu'il soit permis de penser que quand elle subit une telle complication, cette fièvre a déjà bien dégénéré de sa nature.

Cela étant, l'Humorisme avait trouvé dans la présence ou la manière d'être des humeurs une facile et naïve explication des divers phénomènes relatifs à la gastricité. Les voies digestivesse montraient-elles distendues, surchargées ou surexcitées, c'était la saburre qui opérait par son volume, son poids ou ses qualités irritantes; existait-il des tendances au vomissement ou à la diarrhée, ou même, dans certains cas, celle-ci se déclarait-elle avec ce caractère rebelle alors tant redouté, c'était encore la saburre qui était naturellement disposée à s'évacuer par le haut ou par le bas, ou bien qui, négligée au début, s'était accumulée sur la muqueuse, qu'elle incommodait, qu'elle irritait, et qui cherchait à s'en débarrasser. Il en résultait que ces dispositions respectives de la saburre fondaient exclusivement l'indication du vomitif ou du purgatif, et si les bons effets de ceux-ci se faisaient attendre, c'était toujours la saburre qui, recouvrant la muqueuse ou y adhérant, avait empêché leur contact et leur action. La commode théorie trouvait ainsi réponse à tout. Mais tous les faits par elle allégués sont de ceux auxquels on ne croit plus. Nous avons exposé et jugé en détail le roman pathologique fondé sur le rôle des humeurs, et nous avons pu leur contester à bon droit la faculté de provoquer certaines fièvres simples; bien mieux autorisé serions-nous à leur dénier la provocation de phénomènes plus difficiles et plus compliqués.

Si les anciens ont montré quelque défaillance dans leur manière d'entendre la gastricité, on ne dira pas que l'Organicisme moderne s'en soit fait une idée plus claire et plus rationnelle. Et il y a cela de fâcheux que, tandis que l'Hu-

1 Grimaud ; Cours de fièvres, II, 193.

ACCIDENTS DES MALADIES. -cU

morisme conduisait vaille que vaille aux bonnes indications, l'autre n'est propre qu'à en éloigner. Il va de soi qu'on ne saurait avoir une bonne idée de la gastricité qu'en partant de celle qu'au préalable on s'est faite de la saburre. Or, rien n'est plus précaire, plus faux, que celle que l'Organicisme propose de celle-ci; ou plutôt, bien que la force et l'évidence des choses lui interdisent de nier matériellement la saburre, par le fait il n'aboutit pas à un autre résultat, en n'en faisant qu'un produit, une dépendance de l'irritation. D'après lui, la saburre muqueuse serait uniquement due à la sécrétion augmentée des follicules mucipares frappés d'irritation ; la saburre bilieuse, à la phlegmasie de l'estomac, qui y fait affluer la bile \ sans préjudice de celle du foie et des conduits biliaires, quelque vaguement qu'on s'explique d'ailleurs là-dessus Si de telles assertions étaient vraies, l'inflexible logique conduirait à dire que la gastricité, qui n'est que l'état saburral exagéré, ne reconnaît pas d'autre cause et ne saurait faire supposer qu'un surcroît d'irritation. — Et comme la pulridité ellemême n'est qu'un degré plus avancé de la gastricité, on serait amené à lui appliquer la même théorie , à la regarder comme procédant d'un état inflammatoire encore plus prononcé. Et l'on peut voir combien cette double conclusion irait au rebours de l'état réel des choses et des véritables indications.

La gastricité se comprend bien mieux et d'une façon plus pratique par l'idée que nous nous faisions de la saburre. Celle-ci, on le sait, n'est pour nous qu'un fait de transpiration interne, le renversement de celle qui s'opère à la peau dans l'état de santé, et qui, dérangée ou supprimée par l'état morbide, cherche sa compensation à l'intérieur. Et, de même que l'une semble proportionnelle à l'activité, à la régularité avec lesquelles s'exerce la force vitale.

* Broussais ; Cows de pathol., I, 580, 578. » Grisolle: Pathol. int.. I, 60,

250 TRAITÉ d'hÉMATOLOOIE DYNAMIQUE.

de môme l'autre no peut que varier suivant le degré de perversion, surtout de débilitation de cette force. Déjà le seul fait de la présence de la saburre est un indice de cette débilitation. Il est remarquable qu'un seul ordre de maladies échappe à la saburre : ce sont les phlogistiques, où le ton est plutôt exagéré, et qui cherchent leur solution dans les pertes de sang ou quelques spoliations qui en tiennent lieu. Dans toutes les autres, la saburre reprend ses droits, et l'on comprend que la sécrétion doive être d'autant moins active et moins prompte, c'est-à-dire travailler d'autant moins utilement à la crise que le ton morbide a subi lui-même plus de débilitation ; une espèce affective étant donnée, il faut donc s'attendre à ce que la saburre y joue un rôle d'autant plus important que le ton d'où elle procède aura été plus perverti ou abaissé. Dans un tel état, tous les mouvements, tous les actes morbides ne peuvent qu'être relâchés, ralentis du même coup ; il ne peut qu'en résulter pour la saburre une tendance à se prolonger, à se perpétuer, et c'est là ce qui pour nous constitue la gastricité. Ce qu'il importe donc avant tout de considérer en elle, ce n'est pas tant la quantité ni la qualité de la saburre que le ton morbide dont elle dépend. Et tout ce que les anciens nous ont rapporté de l'abondance de cette saburre, de son adhérence à la membrane, de sa facihté plus ou moins grande à s'évacuer, soit par le haut, soit par le bas, de ses propriétés plus ou moins irritantes ; tout cela ne peut être sainement entendu que pris dans le génie ou le degré du ton de la lésion affective, et nullement dans le volume ou la nature des substances qui peuvent alors exister dans les voies digestives.

274. La putridité n'est, pas plus que l'état précédent, un élément morbide personnel, isolé. Les anciens la regardaient au contraire comme susceptible de se développer sous l'influence de causes de maladies très-différentes ; d'appartenir aux affections de toutes sortes, même à la phlogis-

ACCIDENTS DES MALADIES. -tO '

tique, au sujet de laquelle nous ferions la même reserve que pour la gastricité. Et, par suite, ils croyaient qu'elle ne réclame jamais d'autre traitement que celui indiqué par la cause qui la produit, d'autres moyens que ceux applicables à la maladie principale, comme Sydenham 1 avait dit de la malignité

En effet, la putridité n'apparaît dans les maladies aiguës que comme un élément mobile variable et secondaire, allant et venant dans toutes, pouvant s'imposer à celles qui la comportent le moins, et disparaître de celles où elle est le plus familière. On l'a vue manquer dans la peste et la fièvre jaune, dont elle forme habituellement l'essence, et par son absence réduire ces maladies redoutables à UQ état réel de simplicité dépourvu de tout danger, de toute propriété contagieuse ; on a constaté par contre que dans certaines fièvres communes, entre autres dans la fièvre bilieuse automnale des régions méridionales, la putridité pouvait s'élever à un tel degré d'intensité qu'elle parvenait à lui communiquer le caractère pernicieux et même la puissance contagieuse de la peste et de la fièvre jaune N'est-ce pas là une éclatante confirmation du caractère que nous attribuons à la putridité, d'être, non point un élément morbide personnel, une affection déterminée, mais seulement un mode particulier pouvant s'imposer à toutes les affections?

Dans la détermination de ce mode, bien moins encore que pour la gastricité, nous n'avons pas à craindre la concurrence de rOrganicisme ; on ne voit même pas à quel état matériel des tissus il pourrait le rapporter. Aussi se montret-il très-sobre de considérations à son égard, et s'il lui arrive de ne pouvoir pas toujours l'omettre, ce n'est guère que pour en parler comme tout le monde et en dehors de son propre principe. Les anciens, au contraire, trouvaient

1 Grimaud ; Cours de fièvres, III, 363, 367, 61, 311. 2Berthe; Mal. d'Andal, 122.

dans leurs systèmes palhologiques la plus grande facilité à en parler. Pour eux, la putridité, son origine, sa nature, étaient toutes trouvées : c'étaient les matières gastriques qui de l'estomac avaient passé dans le sang ; une maladie devenait putride aussitôt que les secondes voies avaient reçu ces matières ' . Mais nous connaissons les graves difficultés soulevées par de telles théories. A part que ces questions tant rebattues de bile et de pituite absorbées et transportées dans le sang, sont, nous l'avons vu, purement illusoires, il ne le serait pas moins de faire rentrer dans ce liquide ces mêmes matières qu'une sécrétion en aurait extraites. Bien plus, il n'arrive même pas toujours que l'état gastrique précède la putridité. Elle peut aussi se montrer sans lui d'emblée, et, soit qu'elle se continue ainsi, soit que la saburre intervienne plus tard, il est évident que celle-ci n'est alors que le produit de la lésion dynamique qui constitue proprement la putridité.

Aussi, quelque commode que fût cette théorie de l'altération du sang par la saburre absorbée , les anciens ne s'étaient-ils pas cru en état de la consacrer entièrement. Ils ne pouvaient pas abandonner l'altération du sang, qui était pour eux le fait capital ; seulement ils lui cherchaient une autre provenance. Ils avaient imaginé de dire que c'est le sang qui dégénère et se vicie de lui-même et directement, soit par suite d'une acrimonie qui brise son état de cohésion et détruit la liaison de ses globules^ soit par le fait d'une corruption, d'une putréfaction véritables^. Malheureusement quelques abus de langage les avaient égarés : ce terme de putréfaction, pris d'abord sans doute dans un sens figuré, avait fini par rentrer dans son sens propre. Pringle a fait tout un traité et de très-nombreuses expériences sur la putréfaction des substances animales et les agents qui peuvent l'avancer ou la retarder, fondant sur ces données

' Grimaud ; Cours de fièvres, III, 356.

2 Huxham ; Ess. sur les fièvres, 60, 59, 65.

ACCIDENTS DliS MALADIES. 253

frivoles la thérapeutique des maladies putrides, et affirmant que dans celles-ci la corruption est bien réelle, qu'il est étrange qu'on ait jamais pu la méconnaître' . Mais ce sont là des assertions dénuées de fondement, et Guillaume Grant ne s'y était pas laissé prendre. Il avait très-bien vu que, pour la plupart de ceux qui l'employaient, le mot de pulridité ne doit pas être entendu dans le sens de celui de putréfaction, lequel ne s'est introduit dans le langage médical que métaphoriquement et comme une conséquence des fausses analogies que faisaient naître dans la fièvre putride la couenne verdâtre, couleur de viande gâtée qui recouvre le sang, l'odeur forte et fétide des excrétions et la prompte corruption des cadavres'. La critique abuse donc un peu de ses droits et se donno vraiment trop beau jeu lorsque, prêtant un sens propre aux idées figurées des anciens, elle essaye de nous faire prendre le change et s'impose le devoir de flétrir ces vieilles hypothèses de la médecine humorale, parla raison que la corruption des humeurs n'a aucun point de comparaison avec le résultai des affinités physco-chimiques, qui ne sauraient sortir leurs effets que quand l'empire de la vie a complètement cessé^. Non, certes! et la réserve est péremptoire. Mais si la critique avait mieux compris les anciens, elle se serait abstenue de stigmatiser leur prétendue sottise.

En effet, pour peu que l'on creuse leurs enseignements et qu'on cherche à en saisir l'esprit sous la lettre , on s'assure que la putridité, qu'ils considéraient comme effet et non point comme caiose, n'était à leurs yeux qu'un mode vital, une lésion dynamique dont tout indique le siège dans le sang. Hippocrate parle déjà d'un vice de la constitution du corps , accusant surtout une chaleur exagérée : putrefactio paulatim fit, si maxime calefiat''. El Galien se

* Pringle ; Tr. sur les subst. sept., 171.

Graat ; lîech. sii7^ les fièvres, ï, 2 GO. ^ Giacomiui ; Mat. méd., 198. ■* De morb., iib. IV, n" 38.

conforme entièrement à son opinion'. Pour d'autres, il s'agirait plutôt d'un état de débilité, d'une force de la vie trop languissante"^, d'un affaiblissement du nexus vital qui, en s'opposant à la reconstitution normale des humeurs, y rend possible la formation de produits hétérogènes^. Plus généralement Grimaud accusait dans la putridité le jeu des fonctions de la vie, comme il arrive dans toutes les dégénérations de nos humeurs*.

Il n'y a donc pas à en douter: quel que soit leur langage, les anciens n'avaient au fond en vue, quand ils parlaient de la putridité, qu'une lésion purement dynamique. Et tout comme leurs matières n'étaient supposées qu'en tant que servant à vicier le sang , il est visible aussi que dans leur esprit, quant à la putridité, cette lésion dynamique n'était pas à une autre fin, puisque, en définitive, la viciation du sang constituait tout le phénomène. Et il faut convenir que ce système approchait autant que possible de la vérité. Déjà la dépression vitale du sang et la lenteur qui en résulte, pour tous les actes morbides, nous ont donné la raison des sécrétions saburrales augmentées ou persistantes qui constituent la gastricité. Si, outre qu'il est déprimé , le ton dynamique du liquide est encore vicié, si sa nature est altérée, la même altération doit se retrouver dans ces sécrétions, ainsi que l'annoncent leur couleur, leur odeur, leur consistance, et non-seulement en elles, mais dans toutes: l'urine, la sueur, les divers mucus ; tous les produits plastiques, en un mot. — Et, répéterons-nous à ce propos : bien loin que le sang reçoive de la part des saburres la cause de son altération, ce sont ces mêmes saburres qui tirent de lui tous leurs changements, leurs nouveaux caractères, absolument au même titre que les autres sécrétions dont nous parlons, et dont l'altération simul-

1 Grant ; Rech. sur les fièvres, I, 250.

2 Stoll ; Aphor., 49, V.

3 Bertlie ; Mal. d'Andal., 119.

* Grimaud ; Cours de fièvres, III. 366.

lanée constitue ou représente l'ensemble do la putridilé bien mieux, bien plus complétementque ne pourraient nous la faire concevoir les circonstances illusoires invoquées par les anciens.

275. Les visées dynamiques que nous leur prêtons au sujet de la putridité trouvent leur affirmation dans la manière dont ils ont considéré un autre état morbide qui a les plus étroits rapports avec elle. On peut même dire que l'adynamie n'a pas été nettement séparée de la putridité. Les deux mots servent encore à dénommer la même fièvre, les mêmes maladies , ainsi qu'en témoignent toutes les nosograpbies. Et sûrement l'un des deux états n'a pas été théorisé différemment que l'autre; pour l'adynamie, c'est toujours la dissolution putride de nos fluides qui est la condition fondamentale. Haller lui-même, qui a tant sacrifié à l'irritabilité, n'a pas cru pouvoir nier la dégénération des humeurs* . Toutefois, un tel état de dissolution, non-seulement demeure une fausse apparence que la chimie se charge de démontrer, mais il ne saurait s'accorder avec les phénomènes de la vie, auxquels, dans tous les cas, il demeurerait <ow7omî-5 Miôordonn^. Et en définitive, à travers toutes les faussHs spéculations des anciens, ce qui constitue bien le fond de l'adynamie, c'est, d'une manière évidente, une atteinte profonde portée sur les forces vitales"^. C'est au reste le résultat final auquel ils s'étaient flattés d'aboutir ; leurs matières putrides elles-mêmes n'étaient pas à autre intention. Dans leur esprit, suivant la plus grande probabilité, elles avaient pour but di opérer, non pas tant sur le sang que directement sur le pouvoir vital'\ Les modernes eux-mêmes, quand ils n'ont plus osé parler de ces matières, ont supposé un principe d'une nature inconnue qui s'unit facilement

1 Piael ; Nos. phil., I, 135.

2 Ibid., I, 135.

^ Milrnan ; Rech. sur le scorb. al les fièvres putr., ÎII.

256 TUAITÉ D lIÉMATOLOf.rii DYNAMUJ IJIi.

avec elles, auquel ils attribuent le même pouvoir d'agir, à la façon d'une substance vénéneuse^ entre autres du tabac non pas précisément sur le pouvoir vital, mais sur les nerfs, qui en sentie représentant habituel'. En quoi le progrés ne nous paraît pas évident. Non-seulement un principe qu'on ne connaît pas ne peut rien expliquer, rien éclaircir, ne l'emporte en rien sur de prétendues matières tout aussi inconnues; mais la lésion nerveuse, bornée aux faits de sensibilité, ne saurait suffire à rendre compte de la scène morbide tout entière, qui bien évidemment accuse l'intervention de la force vitale elle-même. Et, en vérité! quand il s'agit de cette force, dont l'activité, la spontanéité constituent l'essence, qu'est-il besoin de chercher dans un principe, une matière, en un mot ailleurs qu'en elle-même, la raison de tous les changements, de tous les modes qu'elle peut affecter?

Et, de fait, quand on a considéré attentivement l'adynamie, on n'a pu en chercher l'essence que dans une lésion de la force vitale. On a surtout invoqué la diminution notable de la contractilité, l'état de mollesse et de flaccidité des fibres musculaires et leur peu de disposition à se contracter ; déduisant de là les lassitudes générales, les embarras de la circulation , la faiblesse du pouls, la tendance aux hémorrhagies, c'est-à-dire les principaux phénomènes des maladies adynamiques^. Seulement les systèmes musculaire et circulatoire ne sont pas seuls à souffrir de l'adynamie; les centres nerveux, la sensibilité, l'intelligence, les perceptions morales, la voUtion, ne sont pas moins compromis ; les échanges nutritifs, les sécrétions, les actes de la chimie animale, sont également atteints. Ce n'est donc ni un ni deux systèmes qui seraient intéressés par l'adynamie, et dans lesquels il serait permis d'en indiquer le siège, ainsi que certains l'ont prétendu ^ C'est plutôt l'organisme

1 p. Fraak ; Méd. prat., I. 124.

Piuel ; Nos. phil., I, 134.

3 Milman ; Rcch. sur le scorb. et les fièvr. putr., 138.

tout entier, c'est la vie dans son ensemble; c'est, comme ou l'a dit, une disposition générale de l'économie, qui seule peut eu fournir la condition essentielle ; c'est une forme spéciale du dynamisme qui imprime à tous les actes morbides une faiblesse radicale Ajoutons qu'ici, comme dans la putridité, la malignité, comme partout, la disposition porte principalement sur le sang, ainsi qu'eu témoignent l'altération des sécrétions, la tendance aux hémorrhagies et la plupart des caractères de l'adynamie.

Un tel état coïncide ordinairement avec les sécrétions muqueuses qui constituent la saburre, avec l'altération du produit des autres sécrétions, urine, sueur, etc., et c'est par là qu'il se confond avec la putridité. Cependant il peut aussi exister sans cette altération, ou du moins alors qu'elle est diminuée et peu apparente, sans que toutefois il perde rien de sa gravité, de son importance morbide. Au contraire, car c'est alors peut-être qu'il comporte les résolutions, les terminaisons les plus funestes et les plus imprévues, en quoi il se rapproche entièrement de la malignité, del'ataxie, dont il ne diffère peut-être que par l'abattement, la dépression qui l'accompagne, au lieu de l'exaltation, de la perver- Fion vitale, qui sont le propre de l'autre ; et c'eSt là une nouvelle et sérieuse preuve de plus de la nullité du rôle de la saburre et des matières quelconques que peut contenir le système abdominal, puisque leur absence ou leur moindre manifestation n'empêchent en rien l'aggravation du danger.

L'adynamie, en effet, n'est exempte d'aucun des terribles accidents qui distinguent l'ataxie. Ce qui , comme celle-ci, la caractérise peut-être mieux qu'autre chose, c'est le défaut complet de rapports entre les phénomènes apparents et le fond réel de l'état morbide ; c'est surtout un trouble grave de l'intelligence, au sujet de quoi, pour celle-ci comme pour l'autre , l'Organicisme est toujours

' Ghorael ; Des fièvres, 334.

258 TRAITÉ d'hiîmatologik dynamique.

prompt à accuser los lésions cérébrales. Cependant ce trouble existe souvent, la dépression intollecLuolle et morale étant poussée très-loin sans que le cerveau en garde la moindre empreinte, comme on le voit dans le typhus, où, alors que le coma el les terminaisons le plus rapidement fatales donneraient lieu de supposer tous les symptômes d'une inflammation du cerveau^ l'autopsie ne révèle o'ien ou à peu près rien; et si parfois apparaissent quelques traces fort douteuses de congestion, les esprits les plus rigoureux et les plus autorisés reconnaissent que ce n'est pas à celle-ci que les accidents peuvent être rapportés, et ils cherchent au-delà une influence qui leur échappe ' . Sans doute, et le Vitalisme ne nous laisse pas ignorer une telle influence, c'est la fluxion pyrexique; c'est la lésion affective du typhus qui, dégénéré au point de se doubler d'adynamie, a d'autant plus de tendance à intéresser le cerveau, tout dynamiquement d'abord et sans léser en rien sa substance ; seulement, si cette flexion se prolonge ou s'aggrave, elle finira, nous le savons, par amener la lésion. Mais celle-ci n'en est alors évidemment qu'une conséquence, elle est effet, non cause ; et, en tout cas, cet exemple est plus propre qu'aucun autfe à nous faire toucher du doigt son peu d'importance morbide, car, sans aucun doute, elle ne diffère pas de ce qu'elle est dans l'alaxie, et il resterait toujours à expliquer pourquoi elle aboutit : dans un cas, à la dépression, à la stupeur ; dans l'autre, à l'exaltation et au délire; ce que nous ne comprenons bien que par le mode respectif d'impression que, suivant le génie affectif d'où elle procède, la fluxion porte sur le cerveau.

276. En effet, c'est là, croyons-nous, réserve faite de leur nature spéciale propre, c'est là ce qui différencie principalement l'adynamie et l'ataxie. D'où il suit que celle-ci n'est, ainsi que l'autre, qu'une simple lésion vitale, comme

1 Graves ; Leç. clin. , I, 225.

sont au reste tous les accidents dont nous ^-aitons. Il est remarquable qu'ils ont tous entre eux les plus grands rapports, qu'ils se confondent, qu'on va insensiblement do l'un à l'autre. La gastricité touche à la putridité, comme celle-ci à l'adynamie et à la malignité; si bien que l'on n'a pas toujours cherché à les distinguer, et que, la décomposition des humeurs étant admise comme l'élément commun, et, suivant qu'elle se révèle seule ou accompagnée de désordres portant sur le système nerveux ou sur le système moteur, la fièvre qui en résulte a été nommée putride , maligne ou adynamique *.

• De plus, la malignité ne se comporte pas autrement que la putridité ou l'adynamie à l'égard des maladies qu'elle complique. Évidemment elle ne constitue pas mieux que celle-ci une affection essentielle, un état morbide existant par lui-môme, et capable d'en jouer le rôle actif et souverain. En un mot, elle n'est, comme les autres, qu'un phénomène, un accic?(?ni pouvant frapper à l'occasion toutes les maladies; un mode morbide grave se surajoutant à une affection quelconque pour altérer sa nature et son caractère, sans avoir pour cela le privilège de provoquer une fièvre propre. De même que pour la fièvre putride, on a dit que la /lèure maligne proprement dite n'existe pas. Ce sont seulement les autres diverses fièvres qui peuvent devenir telles, le génie malin se joignant tour à tour à celles qui semblent le comporter le moins, comme aussi disparaître de celles pour qui il a le plus d'affinité : la fièvre typhoïde, par exemple, et même les fièvres pestilentielles^. C'est là un fait important, au sujet duquel l'illustre de Haën s'est depuis longtemps expHqué d'une façon catégorique, disant que la malignité n'entre pas dans l'essence d'une maladie, qu'elle n'est pour elle qu'un accident qui lui apporte le stigmate de symptômes étrangers. Malignitatem

' p. Frank; Méd. prat., I, 101. — J. Praak ; Pathol. inl., I, 224. 2 GrimaucI ; Cours de fièvres, II, 120.

Ilund esse de •cssentia morbi, sed quoddam potius accidens quod nimirum alienis ilhim stiparet symplomalibus ^ .

Quoi qu'il en soit, la malignité se présente comme un état très-analogue à la putridité et à l'adynamie ; elle comporte comme elles le plus grave danger, les accidents les plus imprévus, déguisés sous des apparences bénignes. Elle n'échappe pas même à la saburre, bien que celle-ci y soit ordinairement moins abondante ou moins apparente, car dans la fièvre lente nerveuse, ce genre du type malin, les vomitifs et les purgatifs ne sont pas seulement autorisés, mais prescrits On va même jusqu'à parler pour elle, aussi bien que pour la putridité, de la corruption du sang et des humeurs, sauf à varier le phénomène suivant le besoin de la théorie. Ainsi, dans la putridité, la corruption porterait sur le sang ]3roprement dit, qui en reçoit des efïets plus ou moins apparents; tandis que dans la malignité, c'est sur les sucs lymphatiques et nerveux, saus qu'elle donne lieu à aucun signe considérable Mais de tels sucs et leur lésion ne sont qu'une dcnible et franche hypothèse, parfaitement inutile, au reste, poûr la théorie. Le sang suffit à tout; c'est bien sur lui que, dans la malignité comme dans la putridité, porte la prétendue corruption, ainsi qu'en témoignent les exanthèmes communs aux deux. Tout au plus la différence de ces exanthèmes en révéle-t-elle une correspondante dans le degré ou le genre de corruption ou de lésion morbide subie par le sang ^.

En effet, c'est bien en lui que les anciens plaçaient le siège de la malignité, et toujours, comme pour la putridité, c'étaient des matières hostiles qu'ils accusaient de la constituer, et qui, mêlées aux humeurs , circulaient avec elles *.

1 De Haën ; Rat. med., II, 2.

Huxham; Ess. sur les fièvres, 204.

^ Ibid., Ess. sur les fièvres, 93.

* Grimaud; Cours de fièvres, IV, 33. — J. Frank; Pathol. int.. I,

6 Do Haëû; Bai. med., V, cap. 32.

Seulement , chacun entendait à sa façon ces matières. Suivant les uns, c'était un (jluten qui affecte les Immeurs blanches et, plus que toute autre, la partie blanche du sang\ Suivant d'autres, c'étaient des effluves^ des substances putrides qui, introduites dans le sang, agitaient par leur aiguillon et désordonnaient les ressorts de la circulation ^. Boerhaave essaye de préciser chimiquement le produit delà putréfaction et le rapporte BlV alcali spontané. Enfin, StoU accusa simplement la bile ou la pituite passée dans le torrent circulatoire'. Cette idée d'une matière seplique nuisible au sang est, on le voit, inséparable de celle de malignité, et il est curieux d'observer comment les anciens s'ingénient à la mettre en concordance avec les faits les plus scabreux ; comment, par exemple, Fracastor, théorisant sur la fausse douceur des maladies malignes, suppose que c'est la nature qui évite de donner de l'expansion aux veines, de peur défrayer au poison un accès trop facile. Natura non audet venas. tollere, ne aditum veneno aperiat

Ce n'était pas tout d'accuser ainsi ces matières, il fallait en venir à déterminer leur action, et on peut s'assurer que, grâce à leurs systèmes emblématiques, les anciens n'y voyaient qu'un moyen de léser le dynamisme. Ils les croyaient avant tout susceptibles de porter sur les nerfs, de les jeter dans le désordre et même d'attaquer d'emblée le principe vital et d'anéantir la force, ou de suspendre l'action des organes qui opèrent la vie ®. Or, quel rapport, quel contact est-il permis d'apercevoir entre une substance physique et la cause, l'essence insaisissable de la vie? Quel besoin celle-ci a-t-elle, pour s'altérer, d'une provocation étrangère? Et n'est-ce pas que ce qui découle de

1 Sarcone-, Mal. obs. à Naples, II, 17i.

3 Priagle; Mal. des Arm. — Séaac; Slruct. du cœur, î, 279.

3 Méd. prat.. l, 30.

^ De caus. et morb. cont., 338.

* Pringle ; Mal. des Arm.

6 Sarcone; Mal. obs. à Naples, II, 178.

262 TRAITÉ d'hématologie DYNAMIyUE.

plus vrai de la théorio antique, c'est que pour elle-même celle prélonduG substance qu'elle met on jeu n'est à autre fin que d'emblématiser suivant sa coutume la lésion dynamique, c'est-à-dire, ainsi qu'elle s'exprime : l'excitation vitale, l'ataxie paoiiculière des esprits, ou, pour employer les fausses traductions qu'on donne aujourd'hui de ces étals, V affection indéterminée du système nerveux* qui constitue le phénomène réel et véritable de la malignité. Voilà donc le vieil Humorisme lui-même qui, à travers les embarras elles ambiguïtés de son ontologie, est tout le premier à aboutir à une action dynamique, à celte lésion vitale qui est pour nous la malignité, qui, en s'imposant à une affection quelconque, en affaiblit le ton , en double la gravité, et surtout la fait participer de cette tendance qu'ont l'adynamie, la putriditéet tous les étals morbides funestes à fluxionner les centres nerveux ; le sang demeurant toujours, bien entendu, le milieu où s'exerce exclusivement ou principalement la lésion.

L'Organicisme ne pouvait manquer d'expliquer à sa manière la malignité : se prévalant des traces qu'elle laisse parfois sur le cerveau, il l'en faisait simplement provenir; pour lui, la malignité ne serait que l'effet de la méningite ou de l'injection de l'encéphale ' . Mais cette assertion n'est pas conforme aux faits. Tous les patliologisles admettent aujourd'hui que le plus souvent la malignité ne laisse après elle aucune trace ; que les troubles fonctionnels des sens, du cerveau, de la moelle, de tous les nerfs, ont lieu sans que ces organes soient nécessairement atteints d'une inflammation ou de toute affection palpable S'il en est parfois autrement, c'est que la fluxion ataxique a été aggravée ou prolongée, de façon à se marquer par quelques résullats sur les centres nerveux; comme nous savons qu'il ar-

1 Ghomel ; Tr. des fièvres, 160.

2 Pinel ; Nos. phil., l, 271.

3 J. Frank; Pathol. inl.. I, 234.

rive sur les systèmes hépatique et pulmonaire, dans les fièvres bilieuse el calarrhale, sans toutefois que la lésion do ces centres puisse être regardée comme cause, mais seulement comme conséquence de lafluxion. Et quant au trouble, au désordre nerveux dont elle s'accompagne, ce n'est pas le seul exemple où on le déclare indépendant de tout traumatisme. Les convulsions de l'épilepsie et de l'éclampsie constituent certes un trouble plus considérable, surtout plus persistant; elles ne se lient pourtant nécessairement à aucune lésion matérielle de l'encéphale, ainsi que le reconnaît un grand et libre esprit. Seulement il convient, comme nous, que si les convulsions sont portées à un haut degré et souvent répétées, elles peuvent amener des désordres anato^ miques et fonctionnels irrémédiables * . De tels faits ne vérifient-ils pas absolument nos idées au sujet de la fluxion ataxique?

277. Un autre accident qui se confond entièrement avec les précédents, rattaché qu'il doit être aux mêmes origines, c'est la contagiosité. Et comme ceux-ci rentrent tous les uns dans les autres, que le plus avancé dans la série suppose tous ceux qui le précèdent ; que, par exemple, la gastricité est comprise daus la putridité, comme toutes deux le sont dans la malignité, on peut dire que la contagiosité les comprend tous, en tant que représentant le plus haut degré de gravité de la lésion morbide, car il n'est guère que les maladies putrides et malignes qui soient susceptibles de se transmettre par contagion. Parler d'une fièvre contagieuse, c'est la désigner nécessairement comme entachée de gastricité , de putridité , d'adynamie ou de malignité. Ajoutons qu'à la façon de tous les autres accidents, la contagiosité, sans avoir le privilège de provoquer une fièvre propre, peut à l'occasion se mêler à toutes les fièvres, même aux plus simples, si leur caractère vient

1 Trousseau; Clin, méd.. Il, 78.

264 TRAITÉ d'hÉMATOLOGIK UYNAMIUUK.

à s'aggraver, ainsi que nous l'avons vu pour la fièvre bilieuse des régions méridionales, si elle vient à revêtir une gravité exceptionnelle; c'est ce que l'on vérifia également pour la fièvre muqueuse dans l'épidémie de Gœttingue et ce qui s'observe également pour la fièvre typhoïde aussitôt que gon intensité fait supposer un état du sang dégénéré*. Il n'y pas jusqu'à la fièvre la plus simple, l'intermittente, qui ne revête à l'occasion le même caractère. Andouard a fait tout un Traité pour le prouver, et nous en avons eu nous-même de nombreux exemples à la suite des inondations du Rhône en 1840 et 1841, qui eurent une influence si marquée sur nos constitutions médicales. D'un autre côté, la contagion, tout comme la putridité et la malignité, peut faire défaut dans les maladies-qui semblent lui être liées delà façon la plus intime. On cite des cas de peste, de fièvre jaune et de typhus dans lesquels ces redoutables fièvres ont perdu toute faculté de se communiquer

Un phénomène du genre de la contagiosité ne pouvait qu'embarrasser les matérialistes et les organiciens. A la rigueur, ils avaient encore trouvé à ergoter au sujet de certains de nos accidents, de la gastricité, de la malignité, qu'ils attribuaient à des phlegmasies gastro-hépatiques ou cérébrales. La contagiosité ne leur permettait pas une telle fiche de consolation, et alors ils se seraient facilement décidés à la nier. De quelque façon qu'on la conçoive, il faut toujours arriver à se la représenter comme s'exerçant à la faveur d'une substance subtile, gazeuse, ci- devant liquide, par conséquent empreinte de la lésion morbide qui constitue la maladie, et à ce double titre ils ne pouvaient que la méconnaître. En fait de maladies susceptibles de se transmettre à distance, ils n'admettent, avec Dupuytren, que celles provenant d'une atmosphère altérée, malsaine ; et alors

1 Rœdorer et Wagler, 293.

2 Auglada ; De la contag., I, 105.

3 Ibid., Tr. de la contag., I, 93.

ACCIDENTS DES MALADIES. -iOD

même que l'allération résulte des émanations de sujets morbides, ils ne croient pas que ceux-ci portent avec eux un germe de maladie capable de se communiquer, mais seulement qu'ils vicient l'atmosphère à la façon de tout autre foyer d'infection ' . Il est bien vrai que certaines maladies contagieuses, peste, fièvre jaune, typhus, naissent bien une première fois par le seul fait de l'infection. Mais lorsque, grâce à un seul sujet contaminé, ces mêmes maladies sont transportées au loin, tout à fait en dehors du foyer primitif et rapidement communiquées à un plus ou moins grand nombre, on est bien obligé de croire qu'il ne s'agit pas alors d'infection, de conditions atmosphériques quelconques. C'est bien le sujet qui a traîné après lui un. simple germe de maladie qui, élaboré d'organisme en organisme, va prendre les plus terribles développements. S'il n'en était pas ainsi et que les émanations des malades, à les supposer assez abondantes pour cela, n'aboutissent qu'à altérer l'air d'une façon indiÊFérente et seulement quant à sa pureté, à ses qualités respirables, rien de spécifique assurément ne marquerait la maladie qui en provient ; les miasmes de la peste pourraient n'engendrer que le typhus, ceux du typhus la fièvre jaune, celle-ci la fièvre des camps ou des prisons, et réciproquement. Mais quand chaque fièvre contagieuse a invariablement la propriété de reproduire sa semblable, quand surtout l'exemple des fièvres éruptives rend toute autre hypothèse impossible ou ridicule, il faut bien se résignera croire qu'il s'agit alors d'un germe transmis par la contagion. Quelque rapport que celle-ci ait avec l'infecfion, dont on n'est peut-être pas parvenu à la séparer nettement, il ne faut donc pas moins l'en distinguer, et l'on a très-bien dit que les particules gazeuses, les miasmes au moyen desquels elles s'exercent, sont, pour l'un de provenance étrangère, pour l'autre élaborées spontanément dans l'organisme^^

1 Bouillaud; art. Contagion du Dictionnaire de Méd. et de Qhir. prat., V, 426.

2 Alquié; Doctr. Montp., 128.

266 TIIAITÉ D HÉMATOLOUIK DYNAMIQUE.

c'est-à-dire que le corps malade a le privilège de reproduire do toules pièces les conditions morbides issues une première fois de l'infection.

Si le Matérialisme n'a pas réussi à nier la contagion, il devait être tout aussi impuissant à l'expliquer. Évidemment, ce ne sont pas les émanations des organes solides qui lui en fourniraient la cause, alors même qu'elle s'attache aux maladies de ces organes. La pneumonie peut, à l'occasion, se montrer contagieuse, ainsi que nous l'observions en 1841 à Saint-Laurenl-d'Aigouze, où elle emporta noire estimable confrère Gros, qui la contracta dans l'exercice de ses fonctions. Plus habituellement la dysenterie montre le même caractère, et l'on ne saurait dire que c'est l'influence organique qui s'exerce alors d'un sujet à l'autre. Mais rOrganicisme aurait au moins la prétention de faire recevoir cette influence, quelle qu'elle soit, par les organes solides. Hildebrand a assuré que le miasme contagieux n'agissait que siùr la peau; Broussais^wr la surface de l'estomac oudes poumons^ sans jjonétrer plus avant ; le plus grand nombre sur le système nerveux, encéphale et moelle épinière* . De telles vues entraînent toute sorte de difîcultés. A part que cette action directe du miasme demanderait à être constatée, on ne voit pas comment la faible impression qu'elle suppose, surtout sur la peau, pourrait légitimer les résultats souvent si pernicieux qui sont produits, quelque sympathie qu'on voulût bien mettre en jeu. D'ailleurs, les maladies qui en proviennent étant de l'ordre des fièvres essentielles, qui ne comportent aucune lésion d'organes, on voit encore moins qu'il soit nécessaire d'aboutir à celle-ci pour expliquer les faits. Bien plus, la plupart du temps l'organe sur lequel porte la contagion est placé de telle manière que le miasme ne saurait parvenir directement jusqu'à lui, ainsi qu'on le voit pour le foie dans la fièvre jaune, pour les centres nerveux dans le typhus, même pour le gros

1 Fr. Bérard ; Anal, appl., in Dumas, II, 576.

intestin dans la dysenterie. Et en présence do toutes ces difficultés, les solidistes les plus convaincus se résignent à délaisser l'aclion organique du miasme, et à proclamer qu'il porte essentiellement sur les fluides animaux* .

C'est plutôt le sang, sur qui on s'accorde généralement à localiser sou action; quelle que soit la surface d'absorption, il doit d'abord pénétrer, infecter ce fluide, pour de là porter ses effets sur les divers organes-. Même dans la dysenterie, où il ne serait pas impossible de discuter sa pénétration jusqu'à l'intestin, Pringle est d'avis que ce n'est pas moins toujours le sang qui est tout d'abord atteint et qui suscite toutes les conséquences morbides, bien qu'il ignore la, loi de l'économie animale par laquelle la partie viciée du sang se jette plus particulièrement sur les intestins et qu'il fasse des réserves pour la théorie de Linné par les Acarus'.

278. C'est donc au sang que nous fait aboutir la contagiosité, aussi bien que tous les accidents congénères. Mais il ne suffit pas de trouver la voie d'introduction du miasme, il s'agit aussi d'apprécier sa nature et son mode d'action. On a déterminé que certaines maladies externes se transmettent par le moyen de spores, d'animalcules microscopiques, et le Matérialisme ne pouvait laisser passer l'occasion de chercher dans un semblable moyen la contagion des fièvres. Il signale dans le sang des sujets atteints de septicémie, la présence de bactéries dont il ferait la condition essentielle de celle-ci, dans lesquelles même il chercherait la cause générale des fièvres septiques, réduites ainsi à n'être toutes qu'un pur effet de 2'>utréfaction'' . Mais à part que cette cause étrange et toujours la même nous ferait très-mal comprendre l'ensemble de ces fièvres, avec

1 Gullen ; Méd. praL, I, G5.

2 Bérard ; Anal, appt., in Dumas, II, 576. Pringle ; Mal. des Arm., 228-9.

^ Montpellier médical. Compte rendu acad., par M. Gastan, XXX, 271 .

268 THAITÉ D HliMAïOLOGlli DYiNAMIQUE.

les dillerences tranchées qui les distlnguenl, ses effets n'ont ni la constance ni les caractères prétendus. Il faut s'étonner d'abord des résultats contradictoires donnés par les liquides employés aux expériences. Ainsi, la sanie gangréneuse injectée directement demeure sans effets, tandis que les plus prompts et les plus funestes sont produits par le sang de l'animal de qui provient cette sanie*. De même, il semble que dans une maladie le sang devrait s'altérer proportionnellement à la gravité de ses périodes; et pourtant le sang pris au dixième jour d'une fièvre typhoïde est bien moins délétère que celui pris au vingt-cinquième jour, la convalescence semblant prochaine. Le sang dilué à un ou un demi- millionniéme est d'un eû'et plus sùr que celui injecté en nature. Enfin, on ne constate aucune différence entre les résultats du sang putréfié et ceux du sang putride, typhoïde par exemple. Il n'y a pas là déjà de quoi nous édifier Kur la valeur de ces expériences. En outre, leurs conséquences n'ont rien d'assuré. L'injection du sang gangréneux, putride, typhoïde, demeure souvent sans aucun effet^. D'ailleurs, alors même qu'il s'en produit, il faudrait, pour le triomphe de la thèse, qu'ils représentassent exactement l'état morbide, la maladie d'où provient le sang, et c'est à quoi personne n'a osé conclure, les animaux mis en expérience périssant généralement dans un espace de temps qui varie entre trente jours ou plus et quel' ques heures. Ce qui suffirait déjà pour que les accidents, réserve faite de leur nature, ne pussent être rapportés à une forme de fièvre ou de maladie donnée. Il y a plus : on va jusqu'à saper ces expériences par la base. Béhier a injecté le sang d'un lapin très-sain à un second lapin qui en est mort en deux jours, absolument comme avec un sang septicémique. Il ajoute même qu'un \di\)'m robuste , enfermé dans un laboratoire, y meurt régulièrement en quelques

' Journ. cité, 74.

a Journ. cité, 153. 148, 153, 147.

jours OU quelques heures, en dehors de toute expérience*.

En vérité, n'y a-t-il pas, en tout cola, de quoi nous détourner d'accorder la moindre valeur pathologique à ces fameuses expériences ; et leurs résultats, si incertains et si divers, ont-ils rien de comparable à ceux de la contagion, par qui se transmettent, d'une façon malheureusement trop constante, des fièvres, des phlegmasies complètes, des faits morbides toujours semblables à ceux dont ils proviennent? Surtout la contagion s'opérant d'habitude a distance, par la voie atmosphérique, c'est-à-dire sous forme d'une substance nécessairement gazeuse, n'est-il pas évident que les bactéries ne sauraient en aucune façon faire partie de cette substance ; et si la contagion n'en a pas moins lieu , n'estce pas la preuve que c'est par une tout autre cause qui ne tombe pas sous les sens? Et dans la septicémie elle-même, cette prétendue putréfaction accomplie pendant la vie'^ , ne pourrait-on pas aller jusqu'à dire qu'une pareille cause n'est pas absente, que ces curieux infusoires n'y jouent pas le rôle prétendu, et que là, comme partout, l'important est de ne pas s'arrêter aux altérations physiques du sang, dont les lésions dynamiques nous révèlent avec bien plus de vérité et de sûreté la nature et la portée des phénomènes ?

Il s'agirait toutefois de déterminer cette cause cachée de la contagion, et, on le sent bien, moins que personne le Matérialisme était de force à y réussir. Singulier entêtement de sa part! Il commence, bon gré malgré, par enregistrer cette déclaration formelle, que jamais le poison contagieux n'a pu être recueilli; que l'air, le sang, le pus, tous les milieux divers dans lesquels on le suppose , sont également exempts de toute altération appréciable ; n'importe! il revient toujours à invoquer nnQ substance organique, animale ou végétale, à laquelle il attribue le rôle cherché; se donnant, en outre, la satisfaction d'expUquer comment la-

' Journ. cité, 74, 270.

2 Ihid., 149,

270 TlUITÉ n'HÉMATOLOfilE IJVNAMIiJUF.

dite substance, ûlantaii préalable altérêp, a la propriété de transmettre son altération an sang par simple contact, sans aucun rapport obligé de volume ou de masse, et en dehors de toute action décomjjosante ; ce qui semble bien ne laisser place qu'à une action dynamique'. Or, le Matérialisme se garde bien d'aborder à une semblable conclusion ; et, hors d'état de creuser à fond le problème qu'il médite, il n'aspire plus qu'à l'orner de quelque agréable métaphore. Il compare alors la substance contagieuse, le miasme, à une graine végétale ; il analyse avec le soin le plus ingénieux tous les phénomènes de la germination de celle-ci, pour conclure à l'exacte ressemblance du germe morbide' ! Mais, en vérité, de quel secours tout cela peut-il nous être, substance ou graine, pour l'intelligence d'un phénomène morbide, pour la saine appréciation de sa nature essentielle et de son mode d'action? Que le germe pathologique se déveveloppe dans des circonstances plus ou moins analogues à celles de la graine végétale, et cela pour aboutir, comme elle, à reproduire un état de choses, une essence semblable à celle d'où il provient, nous n'avons aucun intérêt à contredire ; mais pouvons-nous prendre tout cela autrement que comme une pure métaphore, incapable de jeter la moindre lumière, le plus léger renseignement sur le sujet à étudier? Ce n'est donc pas du Matérialisme et des conditions physiques par lui préconisées qu'il est permis de déduire l'essence et le procédé de contagion, et il ne nous reste qu'à la chercher dans des conditions toutes difiFérentes.

279. Pour l'apprécier sainemeut, il s'agit d'abord de ne pas la détacher des circonstances morbides au milieu desquelles on la voit régner habituellement. Mieux encore que nos autres accidents, c'est dans les formes graves, même les plus graves, des fièvres qu'elle apparaît surtout. On a dit

1 Ch. Robia.

2 Trousseau ; Clin, méd., I, 250-1 .

ACCIDENTS DKS MALADIES. :?7 I

du principe contagieux que son acLivilé est loujoiirs en raison de l'intensité de la maladie d'où il provient, non point, cela va sans dire, de son intensité phlogistique, qui n'a ici aucun motif d'être invoquée, mais de son intensité putride ou maligne Ce sont, en etfet, les conditions propres à la putridité qui ont été mises en avant toutes les fois qu'on a raisonné sur la contagiosité. Déjà Gelse avait fait la remarque que toutes les maladies qui y sont sujettes n'arrivent en aucun temps plus fréquemment qu'en automne, saison que l'on sait particulièrement propre aux maladies putrides". Toutes les causes favorables à celles-ci sont aussi reconnues pour celles qui donnent lieu le plus souvent à la contagion : la demeure insalubre du pauvre, les espaces clos, l'encombrement des malades, sont en effet, au dire de Pringle et de Zimmermann, les circonstances où l'on constate son apparition la plus fréquente ^ De même, c'est la condition donnée comme essentielle à la putridité, qui figure généralement dans la théorie de la contagion, nous voulons dire l'altération humorale. Fréd. Hoffmann déclare que les corps remplis de mauvaises humeurs et disposés à la corruption sont aussi les plus sujets aux maladies contagieuses'' ^ et Lind est d'avis que dans ces maladies la contagion détermine un état de dissolution du sang, lequel porte principalement sur son gluten En un mot, on n'a pu concevoir que comme s'opérant au sein d'un liquide l'élaboration dio principe contagieux, et une maladie n'a paru capable de renfermer ce principe que lorsqu'elle s'accompagne d'une altération humorale'^.

Toutefois, une réserve est à faire au sujet de cette altération ; quelque fréquente, quelque habituelle qu'y soit

* Anglada; Tr. de lacont., I, 104.

2 Celse; De Re med., II, 46.

» Anglada; Tr. de la cont., 1, 97-8.

'' Hoffmann; Méd. pral., IV, 260.

^ Liml ; Mém. sur les ftèvr., 46.

^ Anglada , Tr. de la cont., I, iv.

'272 TRAITK d'mÉ\IATO[.0(}IE DYNAMKJIJK.

la pulridiffi, elle n'on conslituo pas pourtant l'ossence exclusive et absolue. Certaines maladies, le croup, la coqueluche, la grippe, sont susceptibles de se transmettre, bien qu'aucune idée de putridité ne puisse les atteindre, la fièvre même ne s'y joignant pas toujours. Cette putridité, au surplus, ne suffirait pas pour expliquer la spécialité de la contagion, la reproduction exacte, sur le sujet qu'elle atteint, du type morbide fourni par le sujet d'où elle émane. On serait donc obligé d'admettre encore autre chose au-delà de la putridité, et ce ne peut être qu'une émanation, un principe aériforme envolé des corps malades pour se mêler à l'atmosphère, ce qu'on aappelé un virus halilueux si tant est que ce mot de virus, avec l'idée matérielle qu'il représente, puisse s'appliquer à la cause impalpable, invisible, delà contagion. Quoiqu'il en soit, cette émanation serait, sous forme de miasme ou d'effluve, fournie, soit par la transpiration cutanée des malades, soit par leur respiration, soit et surtout peut-être par leurs selles, ainsi que par leurs cadavres, au dire de Lind^; seulement il faut se garder avec soin de l'idée, que tendraient à suggérer ces derniers, d'une corruption morte infectant l'air par les débris putréfiés qu'elle y répand. Non, ce n'est nullement là qu'est la contagion. L'agent par lequel elle s'effectue n'est pas même une substance; c'est une simple disposition, une propriété morbide, c'est-à-dire dynamique, attachée aux gaz, aux vapeurs insaisissables, exhalés des humeurs, et en définitive du sang des malades. Si nous voulons y réfléchir un instant, il ne nous sera même pas impossible de nous représenter la manière dont les choses se passent alors.

Lorsque, dans le phénomène de la transpiration insensible, le sang vient, à la surface de la peau, se livrer à son évaporation fonctionnelle, on peut croire que les molécules gazeuses qu'il émet n'abandonnent pas tout aussitôt les

1 Anglada; Tr. de la cont., I, 191.

2 Mém. sur les fièvr., 97-79.

propriétés, la vie, dont elles jouissaient dans son sein. La vie n'a rien d'incompatible avec la forme aérienne ; tant s'en faut, puisque c'est précisément sous cette forme que nous la représente la seule manière de la concevoir qui ne répugne pas à l'esprit. Or, lorsque le sang est imprégné - d'une lésion affective fortement accentuée, on admet trèsbien que les gaz perspiratoires qui s'exhalent de lui puis- : sent en conserver l'empreinte, à un tel point que, trans- ] portés dans le sang d'un autre individu, ils soient suscep- Itibles de l'y reproduire. Et si une telle lésion est, ainsi qu'on l'a vu, le seul fait que nous ayons pu découvrir dans : le sang comme cause, comme agent du désordre fébrile, ! il n'est pas même nécessaire d'en chercher un autre à la contagion. Lorsque, par elle, ce désordre passe chez un nouveau sujet, c'est la lésion qui, contenue en principe -dans les gaz absorbés, se reconstitue dans le sang pour \y reproduire un désordre absolument semblable. C'est, croyons-nous, l'interprétation la plus rationnelle de l'idée .de Fr.Bérard quand il signalait la cause de la contagion idans un travail particulier de vitalité accompVi sous l'in- ■fluence d'une maladie antérieure analoguc\ Seulement l'il- 1 lustre écrivain, n'arrivant pas encore à rompre entièrement aavec la tradition matérialiste, continue à parler de poison, dde miasme. Mais où est la nécessité de recourir éternelle- .;ment à une raison physique, matérielle, pour motiver la ■ lésion de la force vitale, qui s'explique bien mieux par la ^spontanéité de cette force, et avec elle tous les faits mor- •Jsides susceptibles d'en résulter?

La théorie que nous proposons de la contagion ne sera jipas, nous nous y attendons , du goût de tout le monde. On ilui adressera, comme au Vitalisme en général, le reproche lie ne pas préciser assez l'explication des faits, d'y laisser iles obscurités. Mais, en vérité, où est celui qui nous dévvoilera sans mystère le moindre fait de la vie ; et quand on

' Bérard ; Anal, appt., in Dumas, Mal. chron., 11, .b74.

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