‹ Traité d'hématologie dynamique pour servir de fondement a un systeme de pathologie vitalisteChapitre 9 sur 33 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Tous les moyens thérapeutiques u' opèrent que par leur action sur le sang et sur sa vitalité. — Soins accessoires : Diète et ses diverses espèces ; saignée ; révulsifs ; altérants et évacuants.

286. Si l'Anatomisme, l'Organicisme, le Ghimisme ; si toutes les doctrines matérialistes étaient aussi sûres de leur point de vue qu'elles affectent de le proclamer effrontément, ce serait ici le moment d'eu faire la preuve. On l'a dit depuis longtemps : rien n'est plus facile que de déduire les conséquences d'un principe bien posé. Et si la matière tenait dans les phénomènes de la vie, normaux et morbides, la place qu'on veut bien leur assigner , la physiologie et la médecine ne présenteraient pas à l'observateur les embarras et les difficultés qu'il y rencontre à chaque pas, et le thérapeutiste, surtout, n'aurait qu'à étendre la main pour saisir à coup sûr les indications.

Or, combien s'en faut-il que les choses aillent ainsi ! Nous aurons de fréquentes occasions d'apprécier à leur juste valeur les succès pratiques des doctrines dont nous parlons. Mais, dés maintenant, nous leur portons le défi formel de fournir une seule donnée d'où l'indication puisse sortir.

Certes, s'il en est une qui dût se sentir en état de relever hardiment ce défi, c'est la chimie, qui, avec la clarté,

la constance et la sùrelé de ses démonslrations, avec la fixité de ses actions et réactions, devrait nous tenir un langage souverain, et qui balbutie à peine quelques vues aussi étroites qu'incohérentes. Ce n'est pas d'aujourd'hui, avonsnous dit, qu'elle manifeste ses velléités pathologiques; et tandis qu'elle ne le fait qu'avec une grande réserve, s'attachant à peine à quelques minces détails, sans ambitionner le moindre principe général ou absolu , un esprit original avait dès longtemps tenté de fonder sur ses données tout un système de Nosologie.

Baumes, au moins à l'époque où il écrivait ses Fondements^ était aussi peu édifié que les chimistes d'aujourd'hui à l'égard de la théorie de Barthez, qu'il n'aimait pas. Ce qu'il se résigne pourtant à appeler la force vitale n'était qu'un agent matériel, plus délié, plus imperceptible que la lumière, l'électricité ou le magnétisme, un mode spécial des forces physique et chimique, lequel, sans être purement soumis aux lois de la chimie, n'en constitue pas moins un ordre de phénomènes qu'elle peut revendiquer. Suivant lui, la sensibilité elle-même et ses attributs ne s'exercent qu'en vertu d'un phénomène chimique De telle sorte que les éléments constituants de notre corps et les combinaisons diverses qu'ils peuvent subir sont en première ligne dans les actes de la vie, normaux ou morbides. L'oxygène joue le plus grand rôle dans ces actes et domine même les combinaisons des quatre autres agents que l'auteur lui adjoint : calorique, hydrogène, azote et phosphore; et de Veœcès ou du défaut de chacun de ces agents résultent cinq classes et autant de sous-classes de maladies, non pas toutefois d'une façon si absolue q\i' au. Ap23endix n'ait paru nécessaire ^.

Ce n'était pas tout de bâtir une théorie chimique, il fal-

1 Baumes ; Fondements de la science mclliodique des maladies. I, 78, 80, 88.

2 Ibid., I, 174-77.

lait conclure à un traitement chimique, et Baumes était trop savant professeur et trop habile praticien pour insister à cet égard. Il essaye bien à l'occasion quelque vue isolée, comme quand il propose, dans les suroxygénèses, les substances qui peuvent absorber l'oxygène, et, au contraire, celles susceptibles de le céder dans les sous-oxygénèses. Mais il y a loin de cet énoncé général à un traitement détaillé. Et, convenons-en, il eût rencontré de bien autres difficultés. Avec tout son savoir et son talent, il eût été, par exemple, embarrassé d'expliquer comment l'ammoniaque et ses composés sont précisément les moyens les plus sûrs et les plus actifs de traitement dans les Azoténèses. Mais ne nous montrons pas trop exigeants. Baumes lui-même n'a jamais pris sa théorie au sérieux, il avait momentanément cédé à l'entraînement qu'excitaient les découvertes de Lavoisier. Il s'était laissé tenter de les utiliser pour la pathologie; mais, le moment passé, il ne s'était plus fait aucune illusion, et une anecdote que nous devons à l'amitié et à la mémoire si richement meublée du docteur Kiihnholtz, peut montrer le cas que Baumes faisait de son propre système. C'était à un troisième examen : il interrogeait l'élève sur la meilleure classification nosologique, et celui-ci, qui avait cru prudent de se bien renseigner à cet égard, répondait par la classification en calorinèses, oxygénèses, hydrogénèses.. . Baumes ne le laissa pas achever ; il se pencha à l'oreille de l'examinateur, son collègue, et dit : Est-il donc bête !

Ce qu'un illustre professeur n'a pas cru pouvoir tenter, les chimistes modernes seraient-ils plus en mesure de le faire? Hélas! nous nous abstiendrons de leur adresser une telle question. Mais l'Anatomisme peut-il afî'ecter des prétentions mieux fondées? En affirmant que toute maladie consiste dans la lésion organique, s'est-il ménagé quelque vue utile pour le traitement? Bien loin de là, une partie des organes, et les plus importants, étant inaccessibles à tous moyens directs ou topiques, resteraient ainsi forcément en dehors de notre intervention thérapeutique, s'il ne nous

était donné d'arriver jusqu'à eux par un intermédiaire, qui n'est autre que le sang. Aussi les solidisles les plus déterminés ont-ils été obligés de le reconnaître. Ils ont beau préconiser la fibre, les canaux excréteurs, surtout les organes digestifs^ qu'ils regardent comme doués d'un instinct particulier, en vertu duquel ils désirent, préparent et retiennent les substances salutaires, et répudient les autres. Ils n'en aflBrment pas moins que cette participation des organes ne suffit pas , que les substances doivent être appliquées sur le sang, la lymphe, et que c'est sur la masse générale ou particulière de ces humeurs que les changements doivent être scrupuleusement examinés * .

287. Quelle idée faut-il cependant se faire de ces changements, de ces actions, que les substances portent sur le sang ? Puisque l'on ne saurait y voir rien de chimique, et pas davantage, croyons-nous, rien de mécanique, il ne reste plus qu'à se retourner vers l'effet dynamique et vital, et c'est ce qu'avaient déjà très-bien discerné les anciens. Dès le début de la partie pratique de son grand ouvrage, Slahl établit sans hésiter que, pour triompher sûrement et radicalement des diverses espèces d'affections, il faut en chercher l'origine et la véritable source p)artout ailleurs que dans des altérations absolument matérielles, et connaître leur intime et profonde liaison avec leurs causes et leurs principes, et, à ce sujet, il rappelle que quand il a traité des véritables causes morbifiques, il a dû les réduire à trois : 1° la trop grande abondance de sang; 2° son éjxiississement, et 3° les mouvements insolites entrepris par l'agent vital. Il est vrai que, sacrifiant encore aux erreurs de son temps, Stahl dérive ces mouvements du sang des deux conditions matérielles qui précèdent ^. Mais nous, qui savons combien souvent les conditions prétendues matérielles du sang ne

' De Roussel; Tab. des plant, usuel., 161. 2 Stahl; Th. med. ver.. III, G, 8.

sont qu'un emblème ot au fond une conséquence de ses lésions dynamiques, nous pouvons nous prévaloir des effets qui lui sont ici attribués; et s'il nous a été donné d'assigner avec quelque vérité l'origine de toutes les maladies dans un mode morbide du sang et les impressions anormales qui en proviennent , il est aisé de comprendre que quand ce mode peut être amendé ou réprimé, c'est par un effet contraire obtenu sur la vie du liquide. C'est donc à l'affection morbide que doivent en définitive s'adresser les moyens thérapeutiques de toutes sortes, suivant le conseil formel de Dumas, qui voulait qu'avant toutes choses le médecin s'appliquât à connaître les affections primitives qui président à l'établissement des maladies

Malheureusement, c'est là une connaissance à laquelle il ne nous est pas toujours facile d'arriver. Les plus fermes esprits l'ont même déclarée impossible, résignés qu'ils sont à ne pas aller plus loin que la maladie elle-même, que le fait pathologique une fois établi. La recherche de \(i cause prochaine leur inspire une sorte de terreur. Un homme piqué par une vipère tombe aussitôt dans une langueur mortelle; un autre, mordu par un chien enragé, devient au contraire furieux. Ils se demandent le comment de cette différence, n'y voient que du merveilleux, et s'écrient que cela tient du mystère et du prodige ^. Sans doute, si nous aspirons à pénétrer le comment et le pourquoi du phénomène, nous le tenterons en vain, et il en sera de même pour tous les actes de la vie. Il faut savoir respecter les secrets de la nature et nous contenter du peu qu'il nous est donné d'en apercevoir. Ici, tout dépend de la différence de l'impression portée par chacun des poisons sur la force vitale, et nous devons d'autant moins nous en étonner que la pathologie nous offre des phénomènes en-

* Dumas; Mal. chîvn., II, 125.

2 Quesnay; Mcm. sur les vices des humeurs, ia Mém. de l'Acad. roy de chirur., I, 104-2.

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