AFFECTIONS NERVEUSES
Beaucoup d'auteurs ont étudié le sang des sujets atteints d'affections nerveuses.
Chez les paralytiques généraux, on a trouvé généralement un certain degré d'anémie (Lewis, Steele, Seppili, Capps). Mac Phail a vu que cette anémie progressait en même temps que la maladie.
Dans les diverses espèces de démence, on trouve, en général, une anémie modérée (Sutherland, Winckler). Langdon et Bamford ont vu assez souvent une anémie assez marquée chez les mélancoliques. Cette anémie est passagère dans les cas de manie ou de mélancolie paroxystique.
En somme, ces anémies n'ont rien de caractéristique ; elles sont en rapport avec la nutrition insuffisante des malades et sans doute avec la cause, généralement inconnue^ qui a provoqué l'affection nerveuse.
Chorée. — On considérait autrefois que l'anémie faisait partie du tableau de la chorée et les anciens auteurs accusaient l'anémie d'être une des causes de la chorée. Il est vrai que les choréiques sont souvent anémiques, mais leur anémie est le plus souvent modérée et peut faire défaut ; elle ne se montre grave que dans les cas où il y a des complications (Burr, Leroux, Zappert, Cabot). Litten a vu deux cas évoluer jusqu'cà la mort, avec les apparences de l'anémie pernicieuse. Il est probable qu'ici encore, anémie et chorée sont deux symptômes relevant d'une même cause.
NOMBE DES GLOBULES ROUGES
NÉPHRITES
L'étal du sang est surtout en relation avec la forme clinique de la néphrite ' .
1" Néphrile parenchymaleuse chronique. — Les sujets atteints de néphrite parenchymateuse sont habituellement pâles ; mais il ne faudrait pas se fonder sur l'aspet de la peau pour juger de l'anémie de ces malades : une ochrodermie intense peut coïncider avec une proportion presque normale de globules rouges et d'hémoglobine -. Nous avons vu, par exemple, une malade atteinte de néphrite épithéliale avec menace d'urémie, présenter, malgré une pâleur extrême, 4 340 000 hématies et 13 p. 100 d'oxyhémoglobine.
Cependant l'hjpoglobulie est fréquente au cours des néphrites parenchymateuses. Elle y est généralement modérée.
Le nombre des globules rouges varie dans la majorité des cas entre 3 et 5 millions, la quantité d'hémoglobine entre 40 et 80 p. 100, ainsi qu'il résulte des nombreuses observations de Cabot.
Il y a des exceptions. Leichtenstern et Sôrensen ont vu des cas où le nombre des hématies atteignait 4 740 000 et où l'hémoglobine était peut réduite ; Laache et Reinert ont trouvé un chiffre presque normal de globules avec une quantité d'hémoglobine très réduite ^
D'autre part, Cabot, Grawitz, Sadler*, ont vu des cas où le nombre des globules tombait au-dessous de 2 millions.
M. Labbé a observé ime anémie extrême chez une femme atteinte de néphrite avec anasarque et albuminurie abondante. Il y avait seulement 500 000 hématies, moins de 2 p. 100 d'oxyhémoglobine, des globules rouges pâles, extrêmement irréguliers de forme et de dimensions, des hématies nueléées rares, et une hypoleucocytose avec mononucléose (59 p. 100). Quelques jours après, cette malade fut atteinte de pneumonie ; elle en guérit ; les œdèmes diminuèrent, et le sang se montra moins dilué qu'au premier examen (2 .542 000 hématies, avec 8,5 p. 100 d'oxyhémoglobine, des globules rouges
1 PiERACciNi. Miincli. ined. Woch., 6 janvier 1903.
2 Mauckl Labbé. Les faux anémiques. Jo»rna^ des praticiens^ 20 sept. 1902; et les ochrodermies, Gazette médicale de Nantes, 1903.
3 SciiEiuîR. Hxsers Arc/iiv, t. X, p. 121. * Sadleis. Fortsch. der Medicin, 1891.
HYPOGLOBULIES.
très irréguliers et une mononucléose persistante, quoique moins intense que la première fois).
Ce qui frappe ici, c'est la rapidité avec lacj[uelle les globules rouges ont augmenté de nombre^ tandis que les œdèmes diminuaient. Il ne peut s'agir d'une anémie par destruction globulaire ou insuffisance de formation, mais plutôt d'une anémie par dilution du sang, en un mot d'une hydrémie plutôt que d'inie anémie.
luving pense que la népbrite peut être cause d'anémie pernicieuse : il a quelquefois trouvé chez des sujets atteints de néphrite une anémie intense avec valeur globulaire élevée ; de plus, à l'autopsie de sujets morts d'anémie pernicieuse, il a quelquefois rencontré des lésions de néphrite parenchymateuse. Il pense que la déperdition continuelle des albumines du sang, les troubles de la nutrition peuvent expliquer l'anémie; mais dans la plupart des cas, celle-ci paraît résulter des lésions viscérales multiples (gastrite chronique, cirrhose hépatique, angiosclérose, etc.).
Marcel Labbé ' a eu l'occasion d'observer deux cas analogues : Dans le premier, il s'agissait d'un sujet atteint d'anémie chronique, progressive, mortelle, chez qui le nombre des globules rouges tomba à 744 000 et même à 418 500, avec une quantité d'hémoglobine inférieure à 3 p. 100, une valeur globulaire supérieure à l'unité, une hjpoleucocytose avec mononucléose relative, des hématies nucléées très rares. Durant la vie, on n'apercevait aucune cause capable d'expliquer l'anémie ; à l'autopsie on trouva une néphrite épithéhale.
Il en était de même dans le second cas : le malade avait une hypoglobulie intense (1 000 000), avec valeur globulaire élevée, mononucléose (53 p. 100), hématies nucléées très rares; il avait été soigné autrefois pour une néphrite chronique ; à l'autopsie on découvrit une néphrite.
L'examen du sang, l'évolution de la maladie, dans les cas précités, rappellent l'anémie pernicieuse progressive. Il résulte de ces faits que certaines anémies pernicieuses progressives, paraissent être en relation avec une néphrite. La rétention d'eau dans l'organisme, l'hydrémie, en rapport avec l'hydropisie des tissus, qui se produit au
1 Marcel L.\bbé et Lortat Jacob. Soc. cmalomicjue, juillet 1903.
NOMBRE DKS GLOnULES ROUGES.
cours de certaines néphrites chroniques, explique la dilulion du sang et la production de Tanémie. La persistance des conditions défectueuses, amenées par l'insuffisance rénale, explique l'aggravation progressive de l'anémie. L'absence de réaction normoblastique et mégaloblaslique appréciables, l'absence d'altérations de la moelle des os, dans ces cas, est bien en faveur d'une anémie par dilution du sang plutôt que par destruction sanguine exagérée ou par insuflisance de rénovation sanguine.
Presque tous les auteurs admettent en effet une relation entre les œdèmes et l'anémie. Les analyses de Scbmidt, de Scherer, de Becquerel et Rodier ont établi l'existence d'une Véritable hydrémie chez les sujets atteints de néphrite avec œdèmes abondants et albuminurie.
L'hypogiobulie et l'hydrémie sont, suivant Bogdanow, Stintzing et Gumprecht -, en rapport direct avec les œdèmes des néphritiques. Seuls Benczur et Czatary % V. Jaksch * le nient. Il faut ici, comme chez les cardiaques, tenir compte de la période de la maladie et de l'évolution des œdèmes qui peuvent sans doute, à certains moments, produire une dilution considérable du sang.
2° Néphrite interstitielle . — Le sang reste ordinairement normal pendant la période latente de la néphrite et parfois durant toute son évolution. Au moment des poussées aiguës accompagnées d'albuminurie, d'a^dème et d'anasarque, il se fait une déglobulisation modérée. C'est encore ici l'œdème qui est la cause principale de l'anémie, et celle-ci résulte surtout d'une dilulion.
Quelquefois pourtant, la néphrite interstitielle s'accompagne d'anémie due à la cause toxique (plomb), aux hémorragies qui se produisent au cours de la néphrite, ou à d'autres causes.
Grawitz attribue dans la production de l'hypogiobulie la plus grande importance à l'état du cœur ; quand celui-ci devient insuffisant, apparaissent les œdèmes et la cyanose et avec eux l'anémie ; le processus serait le même que chez les cardiaques asystoliques. 3" Néphrite aiguë. — Les altérations du sang sont comparables à
1 BoGiJAXOw. Sainl-I'etersb. med. Woch., 1875.
- Stintzing et Gumprecht. Deut. Arcli. f. klin. Med., t. LLVI, p. 465. . 3 Bknczuh et Czatahy. Deut. Arch. f. klin Med., t. XLYI, p. 478. 4 V. Jakscii. Zeit f. klin Med., t. XXIII, p. 187.
HVPOGLOBtJLIES.
celles des néphrites chroniques ; elles se produisent parfois avec une grande rapidité.
ÉTATS ANÉMIQUES DÉSIGNÉS ORDINAIREMENT SOUS LE NOM DE « MALADIES DU SANG ».
L'hypoglobulie s'observe encore dans certains états morbides tels que la chlorose et l'anémie pernicieuse progressive ; dans ces états, l'anémie occupe une place si prépondérante parmi les symptômes el les causes de l'anémie sont si peu apparentes, qu'on les a considérés comme de véritables « maladies du sang ».
Sans préjuger de leur nature exacte, que nous nous réservons de discuter plus loin, nous allons rappeler seulement ici les caractères de l'hypoglobulie dans l'anémie pernicieuse progressive, la leucémie, l'anémie pseudo-leucémique et la chlorose.