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ANÉMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE

Comme il est intéressant d'envisager dans leur ensemble les altérations du sang au cours des anémies pernicieuses, nous ne relaterons pas seulement ici la diminution du nombre des globules rouges, mais aussi les altérations portant sur les autres éléments du sang et sur le sang total.

Les résultats de l'examen du sang concordent tous à montrer une insuffisance hématique parvenue à un haut degré.

Sang total. — Le sang a une couleur très paie..

Sa densité est abaissée et, dans les cas graves, tombe au-dessous de 1030 (1028 dans deux cas de Dieballa, 1027 dans un cas de Copeman).

Le résidu sec est très diminué ; il s'abaisse parfois au-dessous de 10 p. 100, au lieu de 22 p. 100, comme à l'état normal.

L'albumine du sang total diminue considérablement ; l'azote total peut tomber au-dessous de 1,03 p. 100 (Grawitz).

Grawitz pense que la masse totale du sang est diminuée dans -l'anémie pernicieuse ; mais son opinion ne repose sur aucune détermination précise.

Hématies. — Le nombre des globules rouges subit une diminution

NOMBRE DES GLOBULES ROUGES

excessive; il descend, en général, au-dessous d'un million el s'abaisse même, dans certains cas, à quelques centaines de mille ; le chiffre le plus bas a été observé par Quincke ' (143 000); Hayem a vu 292 000 hématies dans nn cas mortel.

L'étude du nombre des globules rouges est, dans les cas de ce genre, le meilleur procédé pour apprécier l'évolution de la maladie. Cependant, ainsi que Grawilz le fait remarquer, il est difficile de faire une numération exacte à cause du grand nombre de globules en voie de destruction, qu'on hésite à classer parmi les globules entiers ou parmi les débris de globules.

La quiinlité dhémoglohine est très diminuée ; elle peut tomber au dixième de la normale.

Cependant cette diminution n'est pas aussi considérable que celle des globules rouges^, de sorte que la valeur c/Iobulaire est généralement supérieure à la normale, ainsi que l'ont établi les recherches de Hayem et de Laache. Le chiffre qui indique la valeur globulaire varie entre 1 et 2 ; il atteignait 1,70 dans un cas de Hayem. Ewing a vu les valeurs globulaires faibles dans les cas chroniques, et les plus élevées dans les cas les plus rapides, peu de temps avant la mort.

Même dans les périodes d'amélioration, quand le chiffre des globules rouges s'élève, la valeur globulaire reste encore supérie ire à 1. On a considéré ce fait comme un phénomène de compensation; pour lutter contre l'insuffisance du nombre, chaque hématie devient plus riche en hémoglobine.

En calculant l'azote du sang,A\ Jaksch- a vu aussi que dans l'anémie pernicieuse avancée, les globules rouges devenaient plus riches en matières albuminoïdes que normalement (6,4-8 d'azote albuminoïde, au lieu de 5,5 comme dans les globules rouges normaux).

Grawitz met en garde cependant contre l'appréciation de la valeur globulaire par le rapport du nombre des globules rouges à la quantité d'hémoglobine. Il fait remarquer combien il est difficile, dans des anémies aussi intenses, d'apprécier exactement la quantité d'hémoglobine et le nombre des globules rouges. Si on regarde, en effet, une préparation de sang frais, on voit que les dimensions des.

1 Quincke. Centrcilbl. f. d. med. Wissensck., 1877, n" 49.

2 V. J.\KSCii. Zeil. f. Iclin. Med. 1894, Bd. XXIV.

HYPOGLOBULIES.

globules sont très variables, et qu'il y a un très grand nombre de globules nains, qu'on laisse en général de côté dans les numérations ; ceux-ci contiennent pourtant une certaine quantité d'bémoglobine qui entre pour une part dans l'appréciation de la couleur du sang ; ce fait peut expliquer en partie Tincongruence des numérations globulaire et bémoglobinique.

Il faut tenir compte aussi dans l'interprétation des résultats de ce que les divers appareils utilisés pour la mensuration de l'bémoglobine sont gradués par comparaison avec des solutions diluées d'hémoglobine ; or, le sang anémique ne peut être comparé à une solution d'hémoglobine dans l'eau distillée ; il contient en effet des éléments divers qui peuvent intervenir pour une certaine part dans l'aspect et la coloration du liquide et troubler les résultats de la mensuration de l'hémoglobine dans les états anémiques très avancés.

Biernacki a montré qu'une même quantité d'hémoglobine donne avec les différents colorimètres des chiffres plus forts si elle est diluée dans un liquide albumineux que si elle est diluée dans l'eau.

Si on observe en effet des préparations de sang colorées, on est frappé par la faible coloration de la majorité des globules rouges. Il y a bien quelques hématies de dimensions normales qui apparaissent aussi normalement colorées ; mais la plupart, naines ou géantes, sont pâles et prennent à peine la matière colorante en leur centre : de cette observation on ne retire pas l'impression que les hématies soient en général plus riches en hémoglobine.

Les altéra/ions morphologiques des (/lobules rouges sont très intenses, très variées ; elles se montrent, suivant la plupart des auteurs, beaucoup plus marquées ici que dans les anémies secondaires simples. On observe toutes les variétés de poïkilocytes que nous avons décrites (forme elliptique, en massue, en raquette, etc.). Les pins déformés sont les moins riches en hémoglobine.

Les formes naines^ qui sont particulièrement nombreuses, présentent souvent des mouvements spontanés ; ce sont ces formes que certains auteurs (Klebs, Pétrone, Bernheim \ Henrot-, Perles % etc.)

1 Bernueim. Revue méd. de l'Esl , 1879, j). 687.

Henuot. Assoc. fraiiç. p. l'acancement des sciences, Nancy, 1886, U, p. 73o. 3 Pehles. Lo Sperimeii/(ite, t. LUI, 188'k p. 239.

NOMBRE DES GLOBULES ROUGES

ont décrit comme des monades, des bactéries, des leploLhrix. Hayem a }3ien montré qu'il s'agissait là de globules déformés et détruits et les a désigné:? sous le nom de pseudo-parasiles ; Browicz, Grawitz ont la même opinion.

La polychromatophilie des hématies est d'autant plus marquée que l'anémie est plus grave ; aussi Ehrlich, Grawitz considèrent-ils cette réaction comme un indice de la dégénérescence des hématies et non comme une marque de régénération hématique.

Les hématies à granulations hasophiles sont aussi en rapport avec la gravité de l'anémie. Dans un cas de Hamel au maximum de la maladie, on en voyait plusieurs par champ microscopique ; au fur et à mesure que l'anémie s'améliora, elles devinrent plus rares ; leur pourcentage a donc une valeur pronostique. Ces hématies à granulations hasophiles ne se retrouvent pas dans la moelle des os, ce qui les fait attribuer par Litten et Grawitz à l'action directe d'un poison sur les globules ronges de la circulation.

Les hématies à granulations hasophiles peuvent être distinguées facilement, suivant Grawitz, des hématies contenant encore un débris de noyau, que l'on observe aussi dans ces cas.

Le diamètre moyen des hématies est supérieur à la normale et atteint 8, 5 à 9 i-^. Cest là un fait signalé pour la première fois par Hayem et observé depuis par Lépine \ Malassez, Laache, etc. Il tient pour la plus grande part à la présence d'éléments dont le diamètre est supérieur à la normale, sans toutefois dépasser 10 ; il tient en outre à la présence de globules géants pouvant atteindre jusqu'à d 5 1-^.

Les grosses hématies sont en général, suivant Grawitz, très mal colorées, très pâles, et n'ont pas la forme discoïde ; les moyennes et les petites sont bien ou mal colorées et ont la forme habituelle. Pour Ewing, au contraire, les mégalocytes sont fortement colorés, caractère important qui distinguerait l'anémie pernicieuse des anémies graves secondaires.

Lazarus insiste aussi spécialement sur l'augmentation des méga-

1 Hamel. Beut. Arch. f. Idin.Med. Bd LVII, p. 357.

2 Litten. Berlin klin. Wockensch., 1877.

3 Lépine. Sur les anémies progressives. Revue de médecine, 1877.

HYPOGLOBULIES.

locyles qu'il croit en relation avec la présence des mégaloblastes dans la moelle osseuse. Dans tous ses cas, à l'acmc de la maladie, il a observé cette augmentation des mégalocytes dont la proportion peut atteindre 70 p. 100 du nombre total des hématies ; il les a vu céder la place à des hématies normales lorsque la maladie guérit. Lazarus cite les observations anciennes de Schaumann ' qui, dans les anémies bothriocéphaliques graves, a noté aussi une mégalocylose; il est vrai que, dans une nouvelle série d'observations, le même auteur a noté au contraire la prédominance des microcytes.

Ewing a trouvé dans un cas très grave 90 p. 100 d'hématies mesurant de 11-16 i-^ .

Grawitz n'a pas observé cette mégalocytose dans tous les cas d'anémie pernicieuse.

Grawitz a apprécié le volume des hématies par la sédimentation et a trouvé pour le rapport du volume des hématies au sang total des valeurs de 8 à 10 p. 100 (au lieu de 45 à 50 p. 100 comme normalement). Ces chiffres sont cependant élevés par rapport au nombre des globules rouges, ce qui indique une augmentation du volume de chaque globule, et ce qui serait dû, suivant Grawitz, à l'existence de nombreux fragments globulaires ou globules nains.

Le sang contient des hématies nucléées de diverses sortes :

1° On trouve des normoblastes typiques, ou à noyau déformé et en voie de dissolution, à protoplasma polychromatique ; le noyau est quelquefois en voie de division karyokynétique ; Askanazy a vu dans un cas la division mitotique se faire sous ses yeux dans la préparation de sang : dans certains cas, ces normoblastes se voient en très grand nombre. Dans un cas nous avons compté G à 10 000 normoblastes et 9G0 mégaloblastes par millimètre cube ; ce fait, qui s'observe surtout chez les individus jeunes, indique, suivant (irawitz, une régénération active du sang par la moelle des os et doit être considéré comme d'un bon pronostic.

Il y a aussi d'autres cas où les hématies nucléées sont absentes ou très rares ; cela indique, suivant Grawitz, une régénération lente du sang par la moelle.

1 Scii.vL-MAXN. Zur Kenntniss d. tioijcnuiii'l. Dotliriocephalm-anœinie. Berlin, 1891, et Die pern. Anœmio im Lichlc (1er' modem. Giftliypottiese. VoUnnann's Saininlun;/ /{lin. Voiin'i'je, 1900, n- 281.

NOMBRK DES GLOBULES ROUCiES.

2" On trouve, en outre, des. méc/aloblastes^ parfois très volumineux (gigantoblastes).

L'existence de figures karyokinétiques clans les mégaloblastes, signalée par Luzet, est un indice de haute gravité ; cependant Scliaumann en a vu dans un cas curable ; Ewing a vu des karyokinèses irrégulières dans un gigantoblaste.

La présence des mégaloblastes est, suivant Ehrlich et ses élèves, presque pathognomonique ; pour ces auteurs, la réaction mégaloblastique du sang, correspondant à une transformation mégaloblastique de la moelle des os, c'est-à-dire à un retour h l'état embryonnaire, est la caractéristique principale de l'anémie pernicieuse progressive. Lazarus trouve presque exclusivement des mégaloblastes dans le sang, et très peu de normoblastes. Cabot trouve les deux formes dans le sang et voit les mégaloblastes augmenter quand l'anémie s'aggrave. Askanazy, dans un cas d'anémie botliriocéphalique, voit les mégaloblastes remplacés par des normoblastes après l'expulsion du ver.

Mais cette opinion d'Ehrlich est loin d'être acceptée par tous les hématologistes. D'après Hayem, les mégaloblastes sont généralement en petit nombre, ils se voient surtout dans les stades avant-coureurs de la mort, et ils peuvent même manquer.

Grawitz a vu des anémies pernicieuses évoluer jusqu'à la mort 'sans mégaloblastes ou avec des mégaloblastes extrêmement rares. D'autre part, il a vu des mégaloblastes dans des anémies (chlorotique, saturnine par exemple), qiii n'avaient pas le caractère pernicieux : il n'attribue donc pas une valeur spécifique à la présence des mégaloblastes. Pour lui, la présence des mégaloblastes n'a pas de valeur diagnostique, mais une valeur pronostique ; elle est un indice de gravité ; le mégaloblaste représente la dernière réserve de la moelle osseuse et n'est lancé dans la circulation sanguine que dans les cas graves où les normoblastes sont insuffisants à assurer la régénération hématique. Ewald, Jacob, Schaumann, Askanazy, Stadelmann, Litten, n'accordent aussi aux mégaloblastes qu'une valeur pronostique.

Nous même avons vu deux types bien différents d'anémies pernicieuses mortelles : les u;ies avec réactions normoblastiques et

IIYPOGLOBULIES.

mégaloblastiques intenses ; les antres avec absence presque complète de normoblastes et de mégaloblastes.

Leucocytes. — Le nombre des globules blancs est le pins sonvent diminué; il l'est d'aulant plus que le cas est plus grave; il peut tomber à 1 500 (Hayem). Cependant Litten a vu deux fois une leucocytose intense mais passagère. V. Noorden Grawitz, ont observé parfois une réaction leucocytaire et normoblastique correspondant à l'amélioration de l'état anémique ; ils considèrent cette « crise sanguine » comme d'un bon pronostic.

La formule leucocytaire est modifiée ; suivant Strauss et Uolinstein, Lazarus, Byron Bramwell -, l'abaissement du cliitïre des leucocytes porte principalement sur les polynucléaires dont le pourcentage est diminué (52,8 p. 100, et parfois même 21 p. 100 seulement, comme dans un cas de Cabot).

Cabot a trouvé des myélocytes 42 fois sur 52 ; Ewing dans tous les cas. Les éosinopliiles persistent en général, mais ils sont souvent diminués dans les cas graves (Grawitz).

Il y a enfin des cas oii l'hyperleucocytose est si intense et si persistante et la formule leucocytaire si particulière, qu'on ne sait s'ils doivent être rangés dans l'anémie pernicieuse ou dans la leucémie. Tel est le cas de Williamson et Martin, où le nombre des hématies tomba à 300 000, la quantité d'hémoglobine à 0,12, tandis qus le nombre des leucocytes s'élevait à 38 000, que la proportion des lymphocytes dépassait 99 p. 100 et que des hématies nucléées nombreuses apparaissaient dans le sang. Tel est aussi le cas de Westphal, oii il y avait moins de 816 000 hématies avec 24 000 leucocytes et une mononucléose. Tels les deux cas de Cabot, où il y avait une anémie intense avec une formule de leucémie lymphatique.

Dans la même catégorie peut rentrer un cas que nous avons observé, dans lequel le chiffre des globules rouges était tombé à 550 250, l'hémoglobine à moins de 3 p. 400, avec des hématies nucléées, normoblastes et mégaloblastes, en très grand nombre (3 520 par millim. cube). Ces caractères en faisaient un cas typique d'anémie pernicieuse ; mais en même temps, au lieu de l'hypo-

1 V. Noorden. Charité Annalen, 1891, Bd. XVI, s. 2il.

2 Byron-Bra.mwell. Aiisemia a. diseases of Ihe duclless glands, Edinburgh, 189'J.

NOMBRE DES GLOBULES BOUGES

leucytose habituelle, il y avait 32 000 globules blancs sur lesquels 66 p. 100 de mononucléaires et un certain nombre de myélocytes, c'est-à-dire ime formule qui rappelle la leucémie.

Dans un cas de Arnelh, par contre, avec les caractères typiques de l'anémie pernicieuse le sang présentait en outre une formule leucocytaire de leucémie myélogène.

IIkmatoblasïes. — Les hématoblastes sont en nombre très faible, d'après Ilayem, Strauss et Rohnslein, Emden ; Hayem les a vu tomber à 25 000 et même à 15 000. Par contre, suivant Sahli, leur nombre est augmenté. Pour Grawitz, leur nombre est absolument variable suivant les cas.

Coagulation. — Le sang est, en général, moins coagulfihlc (Grawilz) ; les piqûres saignent longtemps, le sang qui sort d'une aiffuille introduite dans une veine s'écoule avec force comme s'il venait d'une artère ; cet état, qui favorise la production des hémorragies, contre-indique les opérations chirurgicales.

La coagulation est lente (Ponfîck) ; les globules rouges ont déjà eu le temps de se sédimenter avant que le sang coagule.

Le caillot est irrétractihle. Hayem a insisté particulièrement sur ce dernier signe qui, joint à la diminution du nombre des hématoblastes, constituerait, suivant lui, le caractère fondamental de l'anémie pernicieuse progressive. Cependant, il n'en est pas toujours ainsi; nous avons vu, dans un cas, le sang coaguler normalement et le caillot se rétracter.

Sékum. — Le sérum est laqué dans les cas graves.

La densité du sérum est abaissée, suivant Ilammerschlag ; mais les recherches sur ce sujet sont encore peu nombreuses.

Cependant Grawilz considère l'examen comparé du sérum et du sang total comme très intéressant. Il a établi que dans les anémies pernicieuses progressives, en apparence protopathiques, l'appauvrissement du sang est dû essentiellement à la diminution du nombre des globides rouges. Le volume des globules par rapport au volume du sang total est souvent de 10 p. 100 au lieu de 45 à 50 p. 100. Le sang est donc presque entièrement formé de sérum. Le résidu sec du sang total est souvent abaissé à 11 p. 100, c'est-à-dire diminué de — environ, tandis que le résidu

HYPOULOBULIES.

sec du sérum est de 8 p. 100, c'est-à-dire diminué seulement de -jr-. La comparaison de ces chiffres montre que le sérum ne s'appauvrit que très peu en albumine, et qu'il est à peu près normal.

La caractéristique est donc une augmentation relative de la quantité de sérum, une diminution considérable de la quantité des globules, ce qui indique une anémie par destruction globulaire. f

Ces résultats sont, suivant Grawitz, opposés à ceux que l'on trouve dans les anémies graves secondaires à des hémorragies, à une alimentation insuffisante, à un cancer ou à une infection latente : dans ces cas, la dilution porte principalement sur le sérum qui est très appauvri en albumine ; ce sont des anémies par déperdition albumineuse du sérum sanguin. L'examen complet du sang pourrait donc servir au diagnostic de la nature et de la cause de l'anémie.

Leucémies. — L'hypoglobulie est la règle dans tous les cas de leucémie. Son degré varie selon les formes et l'époque de la maladie. Le chiffre de l'hémoglobine est sensiblement proportionnel à celui des hématies.

Dans la leucémie lymphatique chronique., le nombre des globules rouges peut rester assez élevé pendant un certain temps ; mais, dès que la cachexie apparaît, il s'abaisse et tombe au-dessous de 2 000 000 (1 829 000 dans le cas de Hirtz et Labbé ; 1 292 000 dans celui de Petit et Weil). Les hématies nucléées sont généralement en petit nombre ; ce sont surtout des normoblastes.

Dans la leucémie lymphatique aiguë., l'hypoglobulie est considérable, le nombre des hématies peut tomber au-dessous d'un million. La quantité d'hémoglobine est diminuée. Il y a augmentation de la valeur globulaire en rapport avec la production de globules rouges géants. On voit apparaître enfin des hématies nucléées, rares, suivant Frankel.

Dans la leucémie myélogène, l'hypoglobulie est plus marquée que dans la leucémie lymphatique, mais son apparition est aussi assez souvent tardive. On peut observer des petits et des grands globules et de la poïkilocytose ; mais ces déformations ne se voient que dans les cas d'anémie extrême. L'abaissement de la valeur globulaire est peu marqué. L'apparition des hématies nucléées est la règle^ comme

NOMBRE DES GLOBULES ROUGES

nous le verrons plus lard ; on trouve à la fois des normoblastes et des mégaloblastes.

Anémie infantile pseudo-leucémique. — L'hypoglobulie est considérable et varie en moyenne de 3 500 000 à 1 500 000 ; elle s'abaissait même à 820 000 dans un cas de V. Jakscb. La valeur globulaire tombe à 0^50. Les hématoblastes sont moins nombreux qu'à l'état normal. Hayem et Luzet ont signalé la présence de globules rouges à noyau, souvent en karyokinèse, ce sont en général des normoblastes, quelquefois des mégaloblastes dans les cas graves.

Le nombre des leucocytes est augmenté et l'on observe des myélocytes dans le sang.

Chlorose. — Sang total. — La concentration, du sang total est constamment diminuée, la proportion d'eau augmentée.

La densité du sang est diminuée et, d'après les examens de Ilammerschlag, Scholkotî, Lloyd Jones, Schmaltz, oscille entre 1030 et 1050. Suivant Grawitz, la densité du sang varie de 1035. à 1045, et un abaissement au-dessous de 1035 indique une complication.

Le résidu sec du sang est diminué. Stintzing et Gumprecht indiquent 14,7-19 p. 100; V. Noorden 11-16 p. 100 ; Grawitz 13-16 p. 100.

Hématies. — Le nombre des globules rouges est ordinairement peu diminué ; quelquefois même normal.

Gr'iiboi- l'a vu varier de 3 805 000 à ii 700 000 moy.: 4 482 000

Ilaycm — 2 700 000 à 4 000 000

Sôrensen - 2 880 000 à o 340 000

Grawitz — 3 400 000 à 4 300 000

Stockmann — 1 oOD 030 à 5 000 000

Au contraire, les recbercbes de tous les auteurs, faites avec les diverses méthodes de mensuration, ont établi que la quantité d'hémoglobine est toujours plus ou moins considérablement diminuée ; de sorte que la lésion dominante de la chlorose est Y abaissement de la valeur globulaire (J. Duncan). D'après Ilayem, la chlorose est la seule anémie où l'on puisse voir une diminution aussi considérable de la richesse hémoglobinique coïncider avec un nombre relativement élevé de globules rouges.

Les globules rouges sont de dimensions très irrégulières. Malassez

HYPOGLOBULIES.

a trouvé leur diamètre moyen augmenlé ; Engelsen, Gram, Hayem, l'ont, au contraire, trouvé diminué. Graber a vu le diamèire des hématies varier de 5,2 [--- à 11,5 en moyenne 7,5 i--.

Hayem admet une grande aljondance de petits globules (6,5 P-) et même de globules nains ; dans la chlorose intense, on peut voir des globules grands et géants (12 i-^ et plus), dont la proportion ne dépasse pas 20 à 30 p. 100 hématies. Schaumann et Wiliebrand ont vu le diamètre globulaire varier de 4,2 [-'• à 9,8 ; ils admettent qu'à la période d'acmé de la maladie, les petites formes prédominent, tandis que les grandes formes augmentent quand l'anémie est en voie de guérison. Grawitz n'admet d'ailleurs pas cette opinion et pense au contraire que, dans les chloroses graves, les grands globules pâles prédominent à la période ou l'anémie est le plus intense.

Les hématies sont toujours très pâles et fixent peu les couleurs acides, ce qui est en rapport avec leur faible contenu hémoglobinique.

La poiychromatophilie est fréquente, suivant Grawitz, ce qui, pour lui, indique une régénération active et une forte proportion d'éléments jeunes.

Les déformations globulaires (poïkilocytose) sont fréquentes, suivant Hayem, et proportionnelles au degré de l'agiobulie ; elles portent surtout sur les petits éléments. Grawitz pense que les poïkilocytes et les hématies à grains basophiles n'appartiennent pas à la chlorose pure et que leur constatation dans le , sang doit faire penser à une chlorose compliquée.

Les hématies nucléées sont très rares ; leur apparition est passagère ; il n'y a pas de crises d'hématies nucléées.

h' activité de réduction de Voxyliémoglobine^ étudiée par la méthode d'Hénocque, est très inférieure à la normale. Elle oscille entre 0,1 G et 0,65, en moyenne 0,40.

Hématoblastes. — Les hématoblastes sont abondants et de dimensions souvent excessives (Hayem, Muir, Hanot et Mathieu).

Leucocytes. — Des recherches très nombreuses faites par les divers auteurs sur les leucocytes des chlorotiques, il ressort que la formule leucocytaire n'a rien de spécial, est variable d'un sujet à l'autre, et, en général, peu éloignée de la normale, à moins de complication (Grawitz).

NOMBRE DES GLOBULES ROUGES

Hammerschlag a signalé des myélocyles ; mais la plupart des auteurs n'en ont pas vu. Gilbert et Weil Hayem - ont signalé des nlférations des leucocytes. Les lymphocytes et les grands mononucléaires sont peu abondants par rapport aux mononucléaires moyens ; Le noyau des polynucléaires est très irrégulier. Il existe des formes de transition entre les mononucléaires et les polynucléaires, formes très rares ou absentes dans le sang normal. Un certain nombre de leucocytes présentent une surcharge hémogloJ^inique. Les éosinophiles ont un noyau contourné, découpé, irrégulier et inégalement coloré, ils sont volumineux ; leurs granulations sont de volume et de teinte dissemblables et irrégulièrement réparties. Enfin, on peut encore rencontrer des formes anormales caractérisées, soit par un noyau ovalaire, tj^ès colorable, entouré de quelques granulations acidophiles, soit par l'irrégularité et la faible coloration de la cellule, soit par le grand volume de certains mononucléaires à noyau pâle. Suivant Hayem, les leucocytes sont, chez les anémiques, aussi altérés que les hématies.

La coagulahilité du sang est augmentée.

Réparation du sang. — La régénération passe, suivant Hayem, par deux phases successives : dans la première, les hématies se multiplient ; dans la deuxième, elles se perfectionnent.

i''" phase. — Le nombre des globules rouges augmente par poussées successives ; chacune d'elles débute par une augmentation des hématoblastes, qui se transforment en globules rouges jeunes ; pendant toute cette période, le sang contient un grand nombre de formes intermédiaires entre les hématoblastes et les hématies et d'hématies jeunes, encore peu riches en hémoglo])ine, de sorte c[ue la valeur globulaire est faible et qu'elle s'abaisse même au début de la régénération. Le nombre des globules revient ainsi à la normale et peut même la dépasser.

2" phase. — Dans la suite, les hématies grossissent et prennent un volume normal; l'hémoglobine augmente progressivement et revient à la normale ; de sorte que la valeur globulaire se relève et arrive peu à peu à Tunité.

1 Gilbert et Weil. Soc. de biologie, 4 février 1899.

2 IIayem. Soc. de biologie, 11 février 1899.

HYPOGLOBULIES.

Presque tous les auteurs admellent, comme Hajem, que la réparation numérique globulaire précède la réparation hémoglobinique. (Baxter et Willcocks, Gowers, Stockmann, etc.). Schaumann et Willebrand ont même vu le nombre des globules rouges dépasser la normale et atteindre 7 500 000, tandis que l'hémoglobine n'augmentait que lentement.

Ces notions tirées des numérations globulaires et hémoglobiniques sont d'ailleurs tout à fait d'accord avec les résultats de l'étude des préparations sèches, qui montrent pendant la période de réparation, les hématies naines remplacées par des hématies de plus en plus grosses, et la coloration des hématies augmentant progressivement.

Seuls Laache, Stintzing et Gumprecht, Griiber ont émis l'opinion que la quantité d'hémoglobine se répare avant le nombre des globules chez les clilorotiques.

Grawitz pense que les numérations globulaires et les mensurations lîémoglobiniques ne suffisent pas à apprécier le procédé de régénération sanguine chez les chlorotiques, et qu'il faut aussi tenir compte des variations de la concentration du sang et de la masse du sérum : 1° La première modification que l'on note après 8-10 jours chez une chlorotique mise au repos et traitée, est une augmentation de la densité du sang, qui s'élève par exemple de 1035 à 1042, tandis qu'on n'observe pas encore d'augmentation du nombre des hématies ni de leur teneur en hémoalobine ; en même temps, le volume du plasma diminue, tandis que celui des globules augmente.

Ces phénomènes n'impHqiient pas, pour Grawitz, une néoformation globulaire, car dans les chloroses pures, le nombre des hématies n'est pas sensiblement abaissé, et les indices de réparation liématique, tels que l'apparition d'hématies nucléées, font défaut.

Mais on voit qu'à cette période, les œdèmes des chlorotiques ont disparu, le poids du corps s'est abaissé, la diurèse a augmenté ; en somme, le premier effet du traitement a été l'élimination de l'eau accumulée dans les tissus et dans le sang ; le plasma du sang a diminué et le sang s'est concentré, sans qu'il y ait eu de multipli-

NOMBRE DES GLOBULES ROOGES

cation érythrocy tique. Les recherches de Houston ^ qui a constaté également une diminution du poids du corps chez les anémiques au moment où commence la réparation globulaire, confirment les idées de Grawitz et montrent que l'anémie des chloroliques est due en partie à une dilution sanguine par accumulation de liquides dans le sang et les tissus ; la disparition de Thydrémie et de l'hydroj)isie est la première phase de la réparation sanguine.

2° Après cette période, commence la multiplication réelle des hématies et l'augmentation de l'hémoglobine, qui, suivant Grawitz, marchent de pair dans la plupart des cas.

^ HouSTOX. Brit. med. Jrmrnal, 14 juin i902.

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