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CLASSIFICATION DES ANÉMIES

On a cherché à classer les anémies d'après :

Les caractères hématologiques (nombre et aspect des globules rouges ;

2° Le mode de fonctionnement des organes hématopoïétiques ; 3° La nature symptomatique ou essentielle.

CARACTÈRES HÉMATOLOGIQtJEg.

§ I". — D'après les caractères héniatolog-ieiues.

Malassez, Hayem ont fondé une classification des anémies sur le nombre des globules rouges, leur teneur en liéraoglobine et leurs altérations morphologiques et chromatiques.

Hayem distingue ainsi quatre degrés d'aglobulie : i" Aglohulie légère^ caractérisée par une diminution nulle ou légère du nombre des globules rouges (N) et de la richesse globulaire (R) La valeur globulaire (G) est égale ou un peu inférieure à l'unité.

2" Aglohulie moyenne : diminution nulle ou légère de N, qui varie de 3 000 000 à 5 000 000 ; diminution relativement plus considérable de U ; abaissement assez marqué de G, qui varie de 0,80 à 0,30. Il y a une forte proportion de globules nains ; les altérations globulaires sont très prononcées ; les hématies sont décolorées. Ce type est le plus fréquent ; c'est lui qu'on observerait surtout chez les chlorotiques.

3° Aglohulie intense : diminution considérable de N (entre 4 000 000 et 800 000) ; abaissement proportionnel de R ; valeur globulaire très variable; elle peut descendre à 0,40, mais souvent se rapproche de J et quelquefois même est supérieure à l'unité. Altérations globulaires très prononcées.

On peut distinguer deux sous-variétés de ce degré d'anémie d'après la taille des globules : dans la première, les globules sont petits et relativement nombreux, c'est la forme la moins grave ; dans la deuxième les globules sont très peu nombreux, mais de taille supérieure à la normale.

Il n'y a pas, d'ailleurs, de différence fondamentale entre ces deux sous variétés, mais seulement prédominance d'une des formes de globules relativement aux autres.

1 Hayem exprime la quantité d'iiémoglobine par millimètre cube de sang, ou plus exactement ce qu'il appelle la richesse globulaire R, par le nombre des globules rouges normaux c[ue devrait renfermer un millimètre cube de sang pour donner le même degré chromométique que le sang examiné. Ainsi, un sang dont la richesse globulaire est R = 2 500 (00 est un sang dont le pouvoir colorant équivaut à celui d'un sang qui contiendrait 2 500 OUO globules sains par millimètre cube. Le pouvoir colorant de ce sang est donc la moitié du pouvoir colorant du sang normal, et la quantité d'hémoglobine qu'il contient est la moitié de la quantité normale, c'est-à-dire 1 p. 100,

ANÉMIES

4° Aglohulie extrême. — N est extrêmement faible (800 000 et au-dessous) ; R est relativement moins abaissé ; G est élevé et souvent supérieur à l'unité (varie de 0,88 à 1,70).

Les globules rouges sont très altérés, très inégaux, très déformés ; leur diamètre moyen est très augmenté ; il y a des globules géants dans la proportion de 3 à 12 p. 100 ; on trouve des globules pseudoparasites et des globules rouges à nojau. Ce type d'aglobulie correspond surtout aux anémies pernicieuses progressives.

Cette classification est surtout intéressante pour le pronostic. La réparation du sang se fait assez bien dans les premiers degrés d'anémie. Elle devient de plus en plus difficile dans les anémies des derniers degrés. Mais ces groupements ne concordent pas avec Fétiologie ; une même cause peut, en effet, produire les divers degrés d'anémie. Les parasites intestinaux, comme le botliriocépliale, peuvent amener une anémie légère, mais aussi une anémie grave et même une anémie pernicieuse progressive absolument typique. Il en est de même pour les hémorragies répétées pour la syphdis, etc.

§ II. — I>'après le mode de fonetionnenieut des org"anes héniatopoïétiques.

Certains hématologistes ont cherché à établir une classification des anémies basée sur la constatation dans le sang de formes cellulaires indiquant la souffrance ou la suractivité des organes hématopoïétiques.

Engel distingue :

1" Les anémies normocij/iques., au cours desquelles on ne trouve pas d'hématies géantes dans le sang, mais seulement des hématies de taille normale petites ou moyennes.

Celles-ci elles-mêmes se subdivisent en deux catégories selon qu'elles s'accompagnent ou non du passage d'hématies nvicléées de taille normale (normoblastes) dans le sang.

'2° Les anémies inégalocy tiques au cours desquelles on trouve des hématies géantes dans le sang.

Celles-ci se subdivisent encore en deux catégories, suivant qu'il y a ou non passage d'hématies nucléées géantes (mégaloblastes) dans le sang.

FONCTION^EMENÏ DES ORGANES HÉMATOPOÏIÎTIQUES.

Pour Engel, les anémies normocjtiqiies avec réaction normoblaslique sont des anémies simples et se réparent assez facilement ; les anémies normocy tiques sans réaction normoblastique peuvent être des anémies graves, la réparation sanguine faisant défaut.

Les anémies mégalocytiques, avec ou sans 'mégaloblastes, sont presque toutes pernicieuses.

Cette classification, bien qu'intéressante parce qu'elle cherche à faire entrer en ligne de compte le processus de régénération sanguine dans l'appréciation de la variété d'anémie, nous paraît tout au moins prématurée. Elle est, en etfet, en contradiction avec un certain nombre de faits : les hématies nucléées manquent généralement dans les anémies légères ; elles persistent, au contraire, dans le sang au cours de certaines anémies graves. Si, à la suite des anémies hémorragiques curables, il se produit bien une réaction normoblastique, il ne faut pas oublier que celle-ci s'observe aussi dans des états anémiques persistants et graves, comme les anémies pernicieuses et les leucémies. Nous ne connaissons d'ailleurs pas encore assez le rôle des hématies nucléées dans la régénération sanguine pour leur attribuer une si grande importance dans la classification des anémies.

La signification pronostique fâcheuse qu'on accorde généralement à l'apparition des mégaloblastes dans le sang, n'est peut-être pas aussi bien établie qu'on pourrait le croire de prime abord, si on ne considérait que les faits d'anémie pernicieuse progressive. Tûrck a montré qu'à la suite des infections aiguës curables, au moment de la réparation sanguine, la réaction n'était pas purement normoblastique et qu'il y avait souvent passage de quelques mégaloblastes dans la circulation ; seul le nombre excessif de ces cellules comporterait un pronostic fâcheux. Jolly de même, dans l'anémie posthémorragique, a pu constater, à côté des normoblastes, le passage d'un certain nombre de mégaloblastes dans le sang.

Ces divers états anémiques seraient en rapport, d'après Engel, avec l'état de la moelle osseuse et la formule sanguine serait l'image des réactions qui se produisent au niveau de la moelle des os :

1° La présence de normoblastes dans le sang indique une moelle avec réaction normoblastique ;

ANihiIES.

2° La présence de mégaloblastes dans le sang est en rapport avec une moelle en réaction mégaloblaslique ;.

3° Certains états anémiques, sans réaction normoblastique, seraient en rapport avec un état aplasique de la moelle osseuse. Engel, Ehrlich, ont rapporté trois observations de cette sorte, dans lesquelles le sang était très altéré et la formule sanguine assez particulière (hypoglobulie considérable, abaissement considérable de l'hémoglobine, bypoleucocytose, inversion complète de la formule leucocytaire, les polynucléaires tombant à 7 p. lOtJ, absence complète d'éosinopliiles). A cette insuffisance myéloïde que traduisait Tétat du sang, correspondait une transformation graisseuse presque complète de la moelle des os, au niveau de la diaphyse et même des épypliyses.

Malheureusement, un certain nombre de cas sont en désaccord avec ceux de Ehrlich et de Engel, et le plus souvent il n'y a pas de corrélation aussi étroite entre la formule sanguine et l'état de la moelle osseuse. Dominici a fait remarquer combien il est diificile de préjuger de l'inactivité de la moelle osseuse ou d'apprécier ses altérations, alors même qu'on peut constater des stigmates très nets de dégénérescence du milieu sanguin. Comme Neumann, il a observé que la moelle osseuse des adultes, morts d'une affection anémiante, est presque toujours en état d'activité et que les hématies nucléées se multiplient même au sein de la moelle osseuse de la diaphyse fémorale. L'un de nous a constaté aussi pareille discordance à l'autopsie d'un malade, mort d'anémie pernicieuse : pendant la vie, l'abaissement considérable du nombre des hématies et de celui des polynucléaires, la rareté des hématies nucléées, c'est-à-dire l'absence ou la rareté des cellules qui naissent dans la moelle des os, tandis que les mononucléaires, formés dans le tissu lymphoïde, persistaient en nombre normal, semblaient indiquer que la moelle osseuse avait perdu son activité et avaient fait étiqueter le cas « anémie avec insuffisance myéloïde » ; après la mort on fut tout étonné de constater une moelle en pleine activité, avec beaucoup de myélocytes et d'hématies nucléées et des figures de karyokinèse ^

^MahcelLabué et LoRTAT Jacob. Anémie pernicieuse progressive. Soc. analomique, juillet 1903.

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