SELON LA NATURE SYMPTOM ATIQUE OU ESSENTIELLE
§ III. — Selon la nature symptoniatîque ou essentielle.
A côlé des anémies symplomaliques, les auteurs ont coutume de décrire comme des maladies spéciales du sang Vanémie pernicieuse progressive et la chlorose. Nous devons donc nous demander si ces états anémiques méritent bien d'être considérés comme de vérifables entités morbides, ayant leur symptomatologie , leur anatomie pathologique, leur hématologie et leur étiologie propres, ou bien s'il ne s'agit pas seulement de syndrômes hématologiques et clinic/ues provoqués par des causes connues ou inconnues.
Nous ne nous occuperons pas dans ce chapitre des leucémies et des anémies pseudoleucémiqnes ; l'anémie ne joue qu'un rôle secondaire dans ces affections ; l'importance des modifications des globules blancs nous fait reporter plus légitimement l'étude de ces états pathologiques au chapitre des globules blancs.
Anémie pernicieuse progressive. — Ayant déjà exposé la formule hématologique de ïcinémie pernicieuse progressive (V. p. 403), nous rappellerons seulement ici ce qui la caractérise d'une façon essentielle et lui mérite une place à part au milieu des autres anémies.
Les caractères essentiels de cette anémie sont :
1° La déglobulisation extrême; l'abaissement du nombre des globules rouges au-dessous de un million ;
2" L'irrégularité du diamètre des globules rouges, avec prédominance des grands et des géants ;
3° L'augmentation de la valeur globulaire qui est, en général, supérieure à l'unité ;
4" La présence de globules rouges à noyau et principalement de mégaloblastes ;
5° La diminution considérable du nombre des hématoblastes, qui coïncide avec l'irrétractilité du caillot;
6° Les altérations très marquées des hématies qui, opposées à l'état normal du sérum, montrent que cette anémie relève principalement de la destruction globulaire.
Les divers hématologistes n'accordent pas la même valeur à tous ces caractères. Hayem insiste principalement sur l'anhématoblastie
AMÎMIES.
et sur rirréiraclilité du caillot qui, pour lui, n'apparliennenl qu'aux anémies pernicieuses proLopathiques.
Ehrlich et ses élèves donnent la plus grande importance à la réaction mégaloblastique, qui est, pour eux, le substratum analomique de l'anémie pernicieuse progressive.
Ew^ing reconnait aussi la valeur de la mégaloblastie ; pour lui, quand le nombre des mégaloblastes dépasse celui des normoblastes, l'anémie est pernicieuse. En outre, il insiste sur la mégalocytose ; quand il y a, dans le sang, plus de 33 p. 100 de mégalocyles, quand ceux-ci sont ricbes en hémoglobine et ont perdu la forme discoïde, il s'agit d'une anémie pernicieuse.
Grawitz attache la plus grande importance au caractère destructif de l'anémie ; pour lui, l'anémie pernicieuse progressive protopa- Ihique est une anémie par destruction de globules rouges sans altérations du sérum, tandis que les anémies graves secondaires hémorragiques, cancéreuses ou septiques s'accompagnent toujours d'une dilution du sérum.
Les caractères que nous venons de relater ont-ils la valeur quasispécifique que les auteurs leur accordent ? Permettent-ils de distinguer l'anémie pernicieuse progressive des anémies graves secondaires, de l'individualiser et d'en faire une entité morbide?
Si nous nous reportons à l'étude des anémies graves symptomatiques, nous voyons qu'elles peuvent revêtir, rarement il est vrai, les caractères primordiaux attribués à l'anémie pernicieuse.
Nous avons cité, chez des cancéreux, un abaissement du nombre des hématies à 500 000 (Grawitz) ; on a vu des chifïres plus faibles encore chez des sujets porteurs de bothriocéphales.
L'irrégularité du diamètre des globules rouges, la mégalocytose se voient dans toutes les anémies chroniques graves où la destruction du sang est intense et où la réparation est entravée.
Il en est de même pour les différentes altérations érythrocy tiques signalées dans l'anémie pernicieuse ; l'une d'entre elles, les granulations basophiles des hématies, est même particulièrement fréquente dans l'anémie saturnine.
L'augmentation de la valeur globulaire, qui est précisément opposée à l'abaissement de la valeur globulaire des chlorotiques, n'est pas