SELON LA NATURE S YMPTOM ATIQUE OU ESSENTIELLE
elle est un indice de régénération active et représente un effort de l'organisme pour lutter contre le processus anémique. Mais elle n'est pas spéciale à l'anémie pernicieuse ; Litten, Eisenlolir, l'ont observé au cours de diverses maladies qui s'accompagnent d'une déglobulisation. Elle n'existe même pas dans tous les cas d'anémie pernicieuss.
La réaction mégaloblastique, isolée ou associée à la réaction lymphoïde et normoblastique, est la plus caractéristique, et celle à qui Ehrlich attaclie la plus grande valeur. Dans la moelle osseuse se multiplient des mégaloblastes et des métrocytes, grandes hématies nucléées qui appartiennent au tissu myéloïde du fœtus et de l'embryon, mais non de l'adulte, et qui ne sont capables de donner naissance qu'à des mégalocytes et non à des globules rouges normaux ; la multiplication même est insuffisante, car les hématies atypiques se développent en trop petite quantité pour suppléer à la disparition progressive des hématies ordinaires. Ajoutons à cela, pour compléter la physionomie de la moelle, l'altération des myélocytes, la production insuffisante de polynucléaires, la présence de cellules à pigments, destructrices des globules rouges, et l'absence de mégakaryocytes. Il s'agit là d'une réaction anormale, inefficace, des organes hémopoïétiques, d'un effort suprême de la moelle osseuse, qui use de ses dernières ressources pour produire les hématies dont l'organisme a besoin. Mais cette réaction mégaloblastique est aussi loin d'être constante.
L'aplasie et la sclérose de la moelle osseuse, traduisant une dégénération complète de cet organe et une disparition absolue des fonctions myéloïdes, n'a encore été observé que très rarement, par Ehrlich et par Engel, dans l'anémie pernicieuse.
Nous voyons donc que les lésions observées au niveau des organes hématopoïétiques sont elles même variables, inconstantes, et que l'anatomie pathologique ne peut servir à caractériser l'anémie pernicieuse.
En somme, la dénomination d'anémie pernicieuse progressive est un de ces termes ambigus de la pathologie qui, comme ceux d'ictère, de purpura, peuvent être pris sous des acceptions différentes, désignant tantôt un symptôme, tantôt un état morbide où ce symptôme joue le rôle prédominant : de môme qu'on a considéré
ANÉMIES
les ictères infectieux, les purpuras infectieux comme de véritables
entités morbides, de même, on a voulu faire de l'anémie pernicieuce
progressive une véritable « maladie du sang ».
Sous cette rubrique d'anémie pernicieuse il n'y a en réalité que : 1° Des états anémiques graves, manifestement secondaires, relevant
de causes nettement définies (anémies pernicieuses dites sjmpto-
matiques) ;
2" Des étals dans lesquels le symptôme anémie domine complètement la scène morbide et dans lesquels on ne peut relever aucune des causes jusqu'ici connues d'anémie grave (anémies pernicieuses dites protopatbiques).
i" Anémies pernicieuses relevant de causes connues. — Nous connaissons aujourd'hui un certain nombre de causes capables de provoquer l'anémie pernicieuse progressive, soit qu'elles aient besoin d'être renforcées par des causes adjuvantes, soit encore qu'elles agissent sur un terrain préparé.
« ) Au premier rang de ces causes se place la présence de vers dans l'intestin, et particulièrement des bolhriocéphales. Les observations de lieyher, Runeberg, F. MuUer, Schaumann, Askanazy, Bard, J. Courmont et André, Uosenqvist, etc., ont bien montré que la bothriocéphalie pouvait créer le type clinique et hématologique le plus classique d'anémie pernicieuse.
Il en est de même pour Fanki/losfome duodénal. Les observations de Griesinger, Perroncito, Leichtenstern, Sandwith ont prouvé que ce parasite pouvait donner des anémies pernicieuses mortelles. Mais les observations sont incomplètes au point de vue hématologique : dans celles de Zappert ^ de Sandwith -, la valeur globulaire était basse, la réaction mégaloblastique n'est pas indiquée, de sorte que certains hématologistes ont tendance à classer ces faits plutôt dans les anémies graves secondaires que dans les anémies pernicieuses.
[i ) Les parasites du sang, en particulier Y hématozoaire de la. malaria, paraissent être, plus souvent qu'on ne l'avait cru jusqu'ici, cause d'anémie pernicieuse. Bignami et Dionisi ont vu, chez des
i Zai'I'eut. 'Wiener /clin. \Voc/i., 1892, p. 347. 3 Sandwith. I!ril. me<l. 1894, I, p. 1302.