MODIFICATIONS DE L'ALCALINITÉ DANS LES ÉTATS PATHOLOGIQUES
§ IV. — Modifications de l'alcalinité dans les états patholog-iques.
Les modifications de ralcalinité du sang dans les états pathologiques ont été étudiées expérimentalement chez les animaux et cliniquement chez l'homme.
Fodor ^ établit d'abord que le sang des animaux alcalinisés avec du carbonate de soude ou de potasse se montre plus fortement bactéricide in vitro que le sang des animaux non traités. Cette augmentation du pouvoir bactéricide est sans doute cause que les animaux alcalinisés sont plus résistants à l'infection charbonneuse ; Behring attribue à la forte alcalinité du sang des rats blancs l'immunité naturelle de ces animaux à l'égard du charbon.
Roux et Nocard, Arloing, Cornevin et Thomas accordent aussi une grande importance à l'alcalinité du sang dans la résistance à l'infection.
Par contre, l'alcoolisme, la fatigue, qui diminuent la résistance à l'infection ont aussi pour effet de diminuer l'alcalinité du sang (Zagari)
Calabrese ^ voit augmenter l'alcalinité du sang des animaux qu'il immunise contre le charbon et la diphtérie ou qu'il traite par le sérum antitoxique.
Fodor conclut de ses expériences que les animaux réagissent à l'infection par une légère augmentation de l'alcalinité du sang, à laquelle fait suite bientôt une diminution plus ou moins considérable. Si l'infection est mortelle, l'alcalinité baisse progressivement jusqu'à la mort ; si elle est curable, l'alcalinité ne baisse que légèrement et bientôt on la voit, au contraire, remonter et devenir plus élevée même qu'avant l'infection.
Cantani voit que chez les animaux traités par le sérum antidiphtérique, l'alcalinité augmente pour revenir à la normale au bout
1 Fodor. Deutsche med. Woch., 1887.
2 Behring. Centralbl. f. klin. Med., 1888, n" 36.
3 CoRXEViM et Thomas. Le charbon symplomatique du bœuf. Leipzig, 186o.
4 Zagari. Giorn. intern. délia scienze medic, 1892.
5 Calabrese. Ibidem.
6 Fodor. Centralblalt f. Dakteriologie, Bd XVII, n» 7.
" Cantaxi. Centralblatf f. Bakteriolof/ie, 1896, Bd XX, n" 1.6.
ALCALINITÉ DU SANG.
de 3 joui's ; si on injecte anx animaux ainsi immunisés une dose mortelle de toxine, elle ne fait pas baisser ralcalinité comme cela a lien quand on injecte la toxine seule.
Fodor et Rigler expérimentant avec les vaccins du charbon et du rouget du porc, avec Tantitoxine tuberculeuse de Maragliano, ont établi que, tandis que les microbes et toxines diminuent constamment et progressivement jusqu'à la mort l'alcalinité du sang, les vaccins et les antitoxines l'augmentent au contraire.
Rigler - étudie la courbe de l'alcalinité chez les animaux intoxiqués avec des substances chimiques (organiques ou inorganiques) comme le phosphore, le chlorate de potasse, l'acide picrique, l'acide gallique, la pilocarpine, l'atropine, et constate que ces toxiques produisent le même effet que les toxines microbiennes et font baisser l'alcalinité du sang. Il reprend les expériences sur les antitoxines el les vaccins et constate que les sérums antitoxiques produisent une augmentation rapide, considérable, mais passagère de l'alcalinité, tandis que les vaccins produisent une augmentation plus lente et plus durable.
On ne peut s'empêcher d'établir un véritable parallélisme entre les variations de l'alcalinité et le mode d'établissement de l'immunité : les sérums antitoxiques qui produisent une immunité passive rapide, mais peu durable, déterminent aussi une augmentation rapide, mais passagère, de l'alcalinité; tandis que les vaccins qui amènent une immunisation active, lente à se constituer, mais durable, donnent aussi une augmentation lente et durable de l'alcalinité du sang.
Les observations faites au cours des maladies infectieuses chez r homme concordent avec les résultats expérimentaux. Jaksch % Kraus*, Peiper ^, Rumpf ^ Lépine, Dessèvres, et la majorité des auteurs ont noté la diminution de l'alcalinité du sang, chez les sujets atteints de maladies fébriles. Seuls les résultats de Lœwy % de
1 FoDon et Rigler. Centralblatt f. Balderiologie, 1897, Bd XXI, n» 4.
2 Rigler. Centralblatt f. Bakleriolor/ie, 1901, 18 décembre.
3 Jaksch. Zeitschr. f. klin. Med., Bd XIII. * Kraus. Zeitschr. f. Heilkunde, Bd X.
s Peiper. Virchow's Archiv, Bd. CXVI.
6 RuMPF. Centralblatt f. Idin. Med., 1891. Lœwy. Centralbl. f. med. Wissenscliaften, 1894,
MODIFICATIONS DE l'ALCAUNITÉ DANS LES ÉTATS PATHOLQGIQUES
Limbeck et Sleindler de Strauss sont discordants. Pour eux, l'alcalinité du sang augmente ou varie sans règle précise dans les maladies fébriles.
Pour tous les auteurs, en particulier pour Lépine, Jaksch, Strauss, Dessèvres, Talcalinité du sang diminue cbez les pneumoniques. Karfunkel est le seul à la trouver augmentée.
Pour tous, sauf pour Strauss, Falcalinité baisse aussi d'une façon progressive dans la pleurésie sérofibrineuse aiguë.
Dans la fièvre typhoïde, l'alcalinité s'élève parfois légèrement au début de la maladie, mais elle subit dans la suite une diminution progressive.
Dans V érysipèle, l'hémoalcalinité diminue suivant Dessèvres ; elle augmenterait progressivement suivant Karfunkel.
Dans les fièvres e'ruptives, l'hémoalcalinité augmenterait au début, pour diminuer ensuite suivant Dessèvres. Berend et Preisich ont vu dans la scarlatine, la rougeole et la diphtérie l'alcalinité du sang diminuer fortement, pour remonter au moment de la convalescence et dépasser même le titre normal.
Hayem a vu l'alcalinité du sang baisser dans le choléra.
Les opinions des auteurs sur la réaction du sang dans le rhumatisme articulaire aigu sont très discordantes, ce qui s'explique sans doute en partie parce que tous n'ont pas tenu compte de l'action du traitement par le salicylate de soude.
L'hémoalcalinité serait augmentée dans les septicémies., suivant Strauss, Dessèvres.
L'appréciation de l'alcalinité est plus difficile au cours des maladies chroniques.
Dans la tuberculose pulmonaire , à la période de début, les résultats varient suivant les auteurs ; à la période des cavernes, on admet en général, une diminution de l'alcalinité ; cette diminution progresse avec la cachexie.
Dans la malaria., l'alcalinité est diminuée, suivant Drouin.
Chez les cancéreux , l'hémoalcalinité est diminuée pour la plupart des auteurs. Elle serait augmentée suivant Karfunkel, variable suivant Strauss,
1 JjImbeck et Steindler. Cenimlbl. f. klin. Med., 1893, n» 27,
ALCALINITÉ DU SANG.
Chez les diabétiques, Mialhe avait signalé Tacidité du sang. Presque tous les auteurs qui ont étudié cette question (Wolpe, Minkowski, Strauss, Jaksch, Rumpf, Lépine, Canard, Dessèvres), admettent que l'alcalinité est diminuée ; Lôwy, Magnus-Levy, Strauss, opérant avec la méthode de Zuntz et Lôv^y, ont trouvé au contraire l'alcalinité augmentée, sauf dans le coma diabétique ; Lépine a montré que la diminution est surtout marquée dans le coma diabétique, ce qui concorde avec l'opinion de la majorité des auteurs qui attribuent cet accident à une intoxication acide. On connaissait déjà les bons effets de la médication alcaline sur certains diabètes ; on a cherché à traiter le coma diabétique par les alcalins à haute dose ; Lépine a fait des injections intra-veineuses de chlorure de sodium et de bicarbonate de soude et obtenu par ce moyen une rémission temporaire du coma.
La constatation, faite par Garrod, de l'acide urique en excès dans le sang des goutteux lui avait fait admettre une diminution de l'alcalinité du sang. En réalité, il n'y a pas de rapport entre ces deux faits ; il ne faut pas oublier, en effet, que l'acide urique existe dans le sang à l'état d'urate de soude, et que, dans le titrage de l'alcalinité, il n'intervient point comme un acide, mais comme un sel neutre. Les recherches faites sur l'alcalinité du sang chez les goutteux n'ont du reste pas permis d'attribuer à l'acidité du sang et des humeurs un rôle dans la pathogénie des accès. Klemperer, Luff, Magnus-Levy n'ont pas trouvé l'alcalinité du sang diminuée chez les goutteux, même au moment de l'accès de goutte aiguë.
Dans le rhumatisme chronique, l'alcalinité est abaissée, suivant Drouin, Hutchinson, Dessèvres.
Dans les affections des voies digestives, lorsque le contenu acide de l'estomac est éliminé par des vomissements ou par des lavages, l'hémoalcalinité est augmentée.
La narcose chloroformique^ la saignée diminuent l'alcalinité du sang.
Les intoxications par certaines substances qui ne jouissent pas par elles-mêmes de propriétés acides abaissent l'alcalinité du sang. Il en est ainsi dans l'empoisonnement lent par le fer et le manganèse, par l'arsenic, l'iode, le mercure, le nitrite de sodium, l'oxalate de soude, la toluylène-diamine, l'hydrogène arsénié, le pyrogallol, etc.