SELON LA NATURE S YMPTO'MATIQUE OU ESSENTIELLE
Toutes ces causes ont été successivement invoquées par les auteurs pour expliquer la production de la chlorose ; aussi y a-t-il un nombre considérable de théories pathogéniques de cette affection '.
Ce qui frappe surtout, c'est que la cause à laquelle on peut rattacher l'anémie paraît en général fort légère, insuffisante. Il arrive même des cas où l'on ne découvre rien par un examen attentif, ce qui ne veut pourtant pas dire que la chlorose est essentielle.
Mais dans tous ces cas, il est une condition qui se retrouve toujours : la chlorose est une affection qui survient chez les filles et surtout à l'époque de la puljerté ; elle peut encore, il est vrai, s'observer quelque temps après l'établissement des règles ou au moment de la ménopause, elle pourrait même se voir chez les garçons, mais ce sont des faits exceptionnels et la chlorose est bien avant tout le morhiis virginus.
Et c'est là, nous semble-t-il, une condition étiologique extrêmement importante qui permet de comprendre le développement de la chlorose.
Au moment de la puberté, lorsque les premières règles s'établissent, l'organisme de la femme est obligé de faire face aux besoins nouveaux ; les organes hématopoïétiques ont à fournir assez de sang, non seulement pour réparer celui qui sera éliminé à chaque période menstruelle, mais surtout pour assurer le rapide développement organique. Il en résulte un véritable surmenage de ces organes qui, n'étant pas encore adaptés à leurs fonctions nouvelles, ne peuvent suffire aux besoins. L'équilibre physiologique est rompu entre la destruction et la réparation sanguine.
1 On a fait de la chlorose :
1° Une maladie du sang et des organes héuiatopoïéti([ues, une hypoplasie héniatiquc (Nonat, Hayem, Luzet, Hanot, GitBert, Inimcrmann) ;
2" Une conséquence de troubles digestifs, agissant par action toxique (Zander, Bouchard, Couturier, Riegel, Nothnagel, etc.), par action mécanique (Meinert, Boudou), par pertes sanguines (V. Hôsslin, Lloyd Jones) ;
3° Une névrose (Parrot, Trousseau) ; une névrose vaso-moirice, avec rupture de l'équilibre osmotique et hydratation de l'organisme (Grawitz) ;
4° Une infection (Lemoine, Clément) ; favorisée par la persistance de l'hymen (Metchnikotf) ;
0° Une auto-intoxication d'origine génitale et menstruelle (Charrin), due à une insuffisance ovarienne (Spillmann, Etienne, Démange, V. Noorden) ; à un hyperfonctionnement ovarien (Lloyd Jones) ; à une insuffisance thyroïdienne (Capitan).
Sur les théories de la chlorose, consulter : F. Ukvy. Des chloroses symptomatiques. Gazelle des hôpilau.r, 1"' août 1903.
ANÉMIES
Hayem, Hanoi ont beaucoup insisté sur l'apparition de la chlorose au moment des premières règles. Suivant Ilanot, « au tournant de la puberté, au moment de la mise en demeure pour l'organisme, en prévision de la génération, d'un surcroît de vie plastique et d'une extension des activités fonctionnelles, l'insuffisance orio-inelle surgit de toutes parts ; comme une faillite, comme une banqueroute, la chlorose apparaît ».
Hayem, Hanot pensent que l'établissement des règles vient seulement démasquer la méiopragie des organes hématopoïéliques, qui avaient fonctionné jusque là d'une façon imparfaite, mais en apparence suffisante. Il semble, en effet, qu'il faille attribuer à la méiopragie du système hématopoïétique, quelle que soit la cause dont elle relève, une certaine part dans le développement de l'anémie.
Mais l'établissement de la puberté ne vient pas seulement démasquer la chlorose latente, elle apporte plutôt une nouvelle prédisposition à l'anémie. Sur un terrain ainsi préparé, où l'équilibre hématopoïétique est instable, il suffit d'une cause, même minime, pour amener une rupture de l'équilibre et une anémie.
Il s'agirait encore d'une anémie symptomatique, provoquée par une des causes pathologiques ordinaires; mais, par suite de la prédisposition due au surmenage passager des organes hématopoïétiques, une cause d'intensité très faible pourra produire une anémie intense. Ainsi, la tuberculose qui déglobulisera peu un adulte, produira à la puberté une anémie profonde. Il y a contraste entre la prédisposition du terrain qui saute aux yeux et la faiblesse de la cause déterminante qui peut échapper à l'examen, si bien que l'anémie pourra presque paraître essentielle
En résumé, on peut entendre sous le nom de chloroses, des anémies dues à des causes variées et peu importantes, agissant sur un terrain prédisposé par le surmenage hématopoïétique.
On comprend ainsi que les chlorotiques guérissent, en général,
1 Dans certains cas, la fragilité des organes hématopoïétiques, restée latente jusque là, n'apparaît qu'à l'occasion d'une cause nettement productive d'anémie. C'est à ces cas que Hayem réserve le nom de ckloro-anémies, les dislingunnt des chloroses vraies, dans lesquelles la fragilité des organes hématopoïétiques aidée des causes banales est suffisante pour déterminer l'état pathologique, et des anémies sijinpiomatiques qui surviennent sur un terrain quelconque et dans lesquelles c'est la notion de cause efficiente qui intervient seule.
MÉCANISME l'ATHOGÉMQUE.
avec facilité, puisque la cause qui a provoqué Tanémie est légère et que la prédisposition du terrain est une condition passagère, liée à l'évolution sexuelle.