LES GLOBULES BLANCS A L'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ L'HOMME
§ l". — IVoinbre des leucocytes.
La plupart des auteurs considèrent que le sang normal contient environ 7 000 globules blancs par millim. cube.
Le tableau suivant indicpie la moyenne du nombre des leucocytes par millim. cube, d'après les différents hématologistes :
Hayem 6 000
Malassez 7 500
Limbock 8 500
Rieder 7 680
Thoma 8 687
Beckman 7 533
Reinecke-Grœber 7 242
Tumas G 200
Ces chiffres sont sujets à des variations assez étendues à l'état normal. Nous verrons que de nombreuses conditions physiologiques, telles que la digestion, le refroidissement, l'exercice, etc., amènent des changements assez considérables dans le nombre des leucocytes.
D'un individu à l'autre, dans les mêmes conditions extérieures, le nombre est également variable (Dumont).
La limite de ces variations physiologiques est assez difficile à apprécier. Les auteurs signalent des écarts qui vont de 4 000 à 10 000 (Jolly), de 000 à 10 000 (Grawitz), de 4 000 à 7 000 (Dominici), de 5 000 à 10 000 (Da Costa).
Si l'on compare le chiffre moyen des leucocytes et des hématies contenus dans 1 millim. cube de sang, on peut établir un rapport dont les anciens hématologistes tenaient très grand compte, mais qui est aujourd'hui un peu abandonné, car il fournit des indications
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moins importantes que la numération isolée des leucocytes et des hématies.
La plupart des classiques indiquaient pour ce rapport le chiffre de -7^- Jolly fait remarquer que ce chiffre est trop élevé et ne correspond qu'à des cas d'anémie ou d'hyperleucocytose. A l'état normal le rapport des globules blancs aux globules rouges varie de à (Malassez).
§ II. — Pormes leucocytaires.
Quelle que soit la technique c[u'on emploie, il est facile de distinguer dans le sang normal deux espèces de leucocytes : les leucocytes mononucléés et les leucocytes polynucléés. L'usage de techniques spéciales, telles que la coloration par le triacide d'Ehrlich, montre en outre que les leucocytes mononucléés sont dépourvus de granulations dans leur protoplasma, tandis que les leucocytes polynucléés en contiennent. On peut dire que le sang normal contient des leucocytes mononucléaires non granuleux et des leucocytes polynucléaires granuleux.
Leucocytes mononucléés non granuleux. — Les leucocytes mononucléés se présentent sous des aspects multiples :
1" Lymphocytes. — Quelques-uns, qu'on peut désigner sous le terme de lymphocytes^ à peine plus volumineux qu'un globule rouge, sont caractérisés par un noyau arrondi ou légèrement réniforme, entouré d'une très mince couche de protoplasma. Ce noyau fixe fortement les couleurs d'aniline basiques. Avec l'hématéine ou le bleu de Unna, on y distingue des granulations chromatiques disposées en réseau irrégulier. Avec le triacide, les masses chromatiques sont réparties sans aucun ordre et se montrent comme des grains foncés de grosseur variable, assez tassés.
Le pi otoplasma a des réactions amphophiles et neutrophiles, c'està-dire c[u'il peut se colorer soit par les couleurs acides, soit par les couleurs basiques, soit par un mélange des deux. Ces recherches expliquent que, selon la technique employée, les auteurs aient pu donner de ces leucocytes une description différente. Il nous faut donc préciser l'aspect du protoplasma suivant le réactif emjDloyé.
fORMËS LElîCOCYTAlRES.
Sur les préparations colorées par riiématéine-éosine, il prend une couleur rose lilas ; sur celles colorées par le Iriacide, une teinte gris violet ; sur les préparations colorées par la thionine, une couleur bleu violacé. L'aspect le plus typique est fourni par les préparations colorées par le bleu de méthylène et par le bleu de Unna. Sur les préparations colorées par le bleu de méthylène, le lymphocyte a un protoplasma plus fortement basophile que le noyau, de sorte que ce dernier apparaît bleu clair, enserré d'un disque bleu foncé, légèrement granuleux. Sur les préparations colorées par le bleu de Unna, le protoplasma a une teinte générale gris bleu, sur laquelle se dessinent des masses colorées en bleu violet foncé, de forme irrégulière, un peu allongées et disposées parallèlement au bord de la cellule; ces masses, rares autour du noyau, d'autant plus abondantes et plus tassées qu'elles sont plus excentriques, forment autour de la celkde une bordure qui est quelquefois plus foncée que le noyau lui-même.
2" Leucocyïks mononucléaires moyens. — La plupart des leucocytes mononucléaires ont à peu près les mêmes caractères que le lymphocyte, mais leurs dimensions sont plus considérables ; elles varient de 10 à 14 ; leur diamètre est environ le double de celui des hématies.
Le noyau, arrondi, ovale ou réniforme, fixe bien encore les couleurs basiques d'aniline, mais avec moins d'intensité que celui du lymphocyte ; il est vésiculeux, possède des grains de chromatine disséminés et parfois un gros nucléole.
Le protoplasma, beaucoup plus abondant que celui du lymphocyte, présente les mêmes réactions colorantes, mais fixe d'une façon moins intense les diverses couleurs d'aniline. Sur les préparations au bleu de méthylène, le protoplasma se montre encore plus basophile que le noyau ; sur les préparations au bleu de Unna, il a le même aspect granuleux que celui du lymphocyte, mais les granulations sont moins nombreuses et ne se rencontrent qu'à la périphérie de la cellule.
3" Gros leucocytes mononucléaujes. — On trouve enfin des cellules plus volumineuses, ayant de 15 à 20 de diamètre, à noyau vésiculeux, arrondi, oval ou réniforme, paraissant dénué de filaments chromatiques solides, occupant à peine la moitié delà cellule. Ce noyau est assez souvent excentrique, appliqué à un des pôles de la cellule
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Le protoplfLsma de cette variété de leucocyte mononucléaire est très abondant; il fixe difficilement les matières colorantes; sur les préparations colorées par Fhématéine éosine, il apparaît coloré en rose lilas très clair ; sur les préparations au triacide, il apparaît souvent plus clair qiie le fond de la préparation ; sur les préparations au bleu de métbylène, il présente encore une affinité basopbile qui le rend plus foncé que le noyau ; sur les préparations au bleu de Unna, il est très pâle et ne présente que tout à fait à la périphérie une mince bordure formée de granulations violettes, qui n'apparaît pas sur tous les points du contour, mais seulement clans les points où le protoplasma est comme refoulé par le voisinage d'une autre cellule.
4" Formes de transition. — On voit encore, en petit nombre, des leucocytes mononucléaires, très voisins des précédents, dont le noyau, en général excentrique et très pâle, est réniforme ou franchement incurvé en U ou en fer à cheval, ou formé de deux masses distinctes, ou encore formé de plusieurs lobes qui lui donnent un aspect bourgeonnant. K cause de cette division du noyau, la distinction avec les leucocytes polynucléaires pourrait être difficile si l'on ne tenait compte de l'aspect toujours clair de chacun des lobes du noyau.
L'aspect clair du noyau rapproche cette variété de cellule des leucocytes mononucléaires, plus que des polynucléaires, et c'est comme telle que nous la comptons dans les numérations ; cependant, si l'on tient compte de ce fait que certains auteurs admettent la transformation directe, dans le sang circulant, du leucocyte mononucléaire en un polynucléaire, on peut se demander s'il ne s'agit pas là de formes de transition.
Certaines de ces cellules correspondent peut-être aussi à une forme particulière qui a été décrite par Ehrlicli dans le sang normal ; cet auteur admet, en efîet, l'existence d'une cellule à noyau clair, volumineux, souvent en bissac, à protoplasma abondant, chargée de quelques granulations neutrophiles ; pour Ehrlich , cette cellule ne saurait être considérée comme une cellule lymphatique, mais comme une cellule d'origine médullaire, comme un myélocyle dont la transformation en leucocyte polynucléaire ne serait pas complètement achevée.
fORiMËS LEUCOCYTAIRES.
Celle classificalion en lymphocytes, moyens mononucléaires, grands mononucléaires et formes de transition^ si compliquée qu'elle paraisse, esl encore trop schématique, car il existe tous les intermédiaires entre ces diverses formes de leucocytes mononucléaires; de sorte que, lorsqu'il s'agit de faire une numération qualitative, il est souvent bien difficile de déterminer la classe à laquelle appartiennent les cellules qu'on observe.
La plupart des hématologistes s'entendent pour classer ainsi que nous l'avons fait les leucocytes mononucléaires. Presque tous admettent que le grand mononucléaire dérive du lymphocyte, douL il représente la forme adulte ; Ehrlich même désigne tous les mononucléaires, petits et gros, sous le terme général de lymphocytes. Tous admettent aussi l'existence des formes de transition, quittes à réserver leur opinion sur l'origine de ces cellules.
Pour Hayem, la taille ne peut servir à séparer les diverses variétés de leucocytes mononucléaires, qui doivent être distingués les uns des autres par les affinités chimiques de leur protoplasma, qui tantôt est incolorable et translucide, tantôt opaque et colorable par les couleurs basiques.
Les leucocytes mononucléaires à protoplasma, coloré sont identifiés par Hayem aux lymphocytes.
Les leucocytes mononucléaires à protoplasma incolore, dont la taille varie de 9 à 20 i^^, et qu'il a vus quelquefois, dans leurs formes volumineuses, présenter quelques rares granulations neutrophiles, seraient comparables aux formes de transition.
Leucocytes polynucléés granuleux. — Ces leucocytes sont caractérisés par l'aspect de leur noyau et la présence de granulations dans leur protoplasma.
Le nom de polynucléaires, qui leur a été donné, provient de ce qu'ils semblent posséder plusieurs noyaux. Ce n'est là cependant qu'une apparence et, comme l'a montré Ranvier, leur noyau unique est, en réalité, très contourné ou formé de plusieurs lobes réunis entre eux par des filaments chromatiques. Ces leucocytes seraient plus exactement dénommés leucocytes polylobés ou polymorphonncléaires, mais l'habitude ayant fait prévaloir le nom de polynucléaire, c'est ce dernier que nous emploierons.
LES GLOBULES BLANCS A l'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hOUMË.
Il existe trois variëlés de leucocytes polynucléés qu'on doit soigneusement distinguer les unes des autres par les caractères du noyau et par les réactions histochimiques et les dimensions des granulations contenues dans le protoplasma.
1" Leucocyte polynl?cléaire a granulations NEUTROPmLEs. — La forme la plus répandue, celle qui consLitue la cellule primordiale, le véritable leucocyte du sang est le leucocyte polynucléaire à granulations neutrophiles. Sa taille, assez peu variable, est de 11 v- environ. L'aspect du noyau est absolumenl caractéristique, car il est formé de lobes, soit en apparence séparés les uns des autres, soit reliés entre eux par des filaments chromatiques étriqués; Fensemble figurant un ensemble de boules, un fer à cheval, ou bien un Z, un Y, un S, un V, etc.
Le protoplasma de la cellule est bourré de fines granulations, qui ne sont visibles que si on fait agir un mélange en certaines proportions d'une couleur acide et d'une couleur basique, d'où leur nom de neutrophiles.
Sur les préparations coloiées par l'hématéine-éosine , le noyau ajDparaît en bleu violet, assez fortement teinté, nettement dessiné, semé de granulations chromatiques plus foncées. Le protoplasma a une teinte rose lilas pâle.
Sur les préparations colorées au bleu de Unna, le noyau se dessine encore très nettement avec ses granulations chromatiques en violet foncé, et le protoplasma, presque incolore, présente seulement un léger piqueté gris violacé.
Sur les préparations colorées au triacide d'Ehrlich, le noyau apparaît en bleu vert pâle, à contours moins nettement arrêtés, sans granulations chromatiques ; il en est ainsi du moins lorsqu'on a fait agir l'alcool absolu sur la préparation colorée au triacide, mais quand on se contente de laver légèrement à l'eau, le noyau reste un peu plus lortement coloré, et sur la teinte bleuâtre du fond, se dessinent quelques granulations noirâtres, irrégulières, distribuées sans ordre, à la surface du noyau ; ce ne sont pas là des granulations chromatiques, mais bien des dépôts de matière colorante, analogues à ceux que nous avons déjà signalés à la surface des noyaux de mononucléaires. Certains auteurs ont voulu considérer ces granu-
FORMES LEUCOCYTAIRES.
lations comme d'ordre pathologique ; leur constance dans toutes les préparations de sang colorées par la méthode indiquée ne permet pas cette interprétation.
Neusser' a montré que, dans certaines conditions, on peut trouver dans le sang des granulations basopliiles qui sont répandues irrégulièrement à la surface du noyau des leucocytes. Colorées par le triacide d'Elirlich, ces granulations apparaissent comme des grains noir verdàtre, tantôt aussi fins que les grains neutrophiles des polynucléaires, tantôt plus volumineux, pouvant même couvrir tout le noyau ; souvent ils forment une couronne autour du noyau, ou une étoile ; on les rencontre au nombre de un à vingt et plus. C'est dans les leucocytes polynucléaires que Simon les a trouvés les plus abondants.
Neusser pense que ces granulations se rencontrent chez les sujets atteints de diathèse urique et peuvent être regardées comme pathognomoniques de la goutte ; il les a vues aussi dans la lithiase, le rhumatisme musculaire, l'asthme nerveux, les affections de la peau, le diabète, la leucémie, etc. ; en outre, il les a rencontrées parfois chez des tuberculeux.
Kolisch pense aussi que ces granulations caractérisent la diathèse urique ; mais contrairement à Neusser, il ne croit pas qu'elles coïncident avec une élimination plus considérable d'acide urique ; il croit qu'elles se rencontrent quand les bases xanthiques sont extrêmement augmentées et que les corps alloxurlques sont éliminés en quantité beaucoup plus grande.
Putcher ne voit aucune relation avec l'élimination d'acide urique ou de corps alloxuriques.
Simon ^ a rencontré ces granulations basophiles d'une façon si constante chez les individus sains, nullement entachés de diathèse urique, qu'il considère au contraire leur absence comme un signe pathologique. Cette opinion concorderait avec celle de Johnston et Siewart qui n'ont pas vu de granulations basophiles dans le sang des cancéreux. Toutefois il ne faudrait pas considérer leur absence comme un signe de tumeur maligne -car elles peuvent encore faire défaut dans d'autres conditions. En somme, il n'y a aucune conclusion possible à tirer de l'absence ou de la présence des grains basophiles des leucocytes ; et l'on ne peut, suivant I^hrlich, accorder aucune importance à ces grains basophiles qui résulteraient pour lui d'un artifice de préparation ou d'une altération des réactifs colorants.
Sur les préparations colorées par le triacide, le protoplasma est à peu près incolore et ses limites ne se dessinent guère que grâce aux granulations qu'il contient. Celles-ci apparaissent en très grande
1 Neussek. Wieii. klin. Woch., 1891, T. VII, p. 71.
■ Simon. Tlie American Journal of Ihe médical Sciences, février 1899.
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quantité, plus ou moins tassées, de couleur violet rouge ; leur caractère fondamental est, bien plus que la couleur, leurs dimensions très petites, et leur aspect punctiforme.
2° Leucocyte polynucléad^e a granulations AcmoPHiuES ou éosino- PHiLES. — Ce leucocyte est beaucoup plus rare que le précédent dans le sang normal ; il faut parcourir un grand nombre de champs microscopiques pour en voir.
Il est de taille un peu plus considérable que le polynucléaire à granulations neutrophiles.
Son noyau ^ assez semblable à celui du polynucléaire neutrophile sur les préparations colorées par le triacide, s'en distingue, au contraire, nettement sur les préparations colorées par une substance basique, comme Thématéine, la thionine, etc. ; il apparaît alors comme l'ont montré Jolly ^, Leredde et Bezançon-, constitué par des masses vésiculeuses, peu colorables, au nombre de deux ou trois. Ces masses figurent assez souvent par leur agglomération une feuille de trèfle, le lobe supérieur reposant dans l'intervalle laissé par les deux lobes inférieurs accolés.
Ce leucocyte se distingue facilement enfin du polynucléaire à granulations neutrophiles par l'aspect même de ses granulations. Celles-ci sont beaucoup plus volumineuses que les granulations neutrophiles ; elles sont arrondies et présentent un double contour, au lieu d'être punctiformes comme les précédentes. Visibles déjà sans coloration à cause de leur réfringence, elles sont teintées en rose brillant par Téosine, en rouge violet par le triacide, quelquefois en bleu vert clair par la thionine ; sur les préparations au bleu de Unna, elles se dessinent très nettement en clair sur le fond gris bleuâtre du protoplasma.
Le nombre des granulations est variable : tantôt elles sont peu nombreuses et disséminées, tantôt elles sont nombreuses, serrées, et donnent à la cellule l'aspect d'une grappe, d'une morula (Audibert)
3" Leucocyte polynucléaire a granulations basopiiiles. — Les
i JoLLY. Thèse Paris, 1898.
- Lkueude et Bezançon. Les principales formes cellulaires du tissu conjonclif et du sang. Presse médicale, 23 nov. 1898.
^ Audibert. L'éosinophilie. Thèse Montpellier, 1903.
ÉQUILIBRE LEUCOCYTAIRE.
leucocytes polynucléaires à granulations basophiles ou mastzellen (d'Elirlich), n'existent qu'en très petit nombre dans le sang normal.
Elles sont caractérisées par un noyau formé de plusieurs lobes, au nombre de 2 d'après Dominici, de 3 ou 4 d'après Levaditi, assez gros, arrondis ou ovalaires, souvent légèrement irréguliers, séparés les uns des autres ou réunis par des filaments chromatiques ténus. Ce noyau se colore moins fortement que celui des autres polynucléaires.
Sur les préparations colorées par le bleu de Unna ou par la thionine, le protoplasma incolore apparaît parsemé de granulations volumineuses, irrégulières, en nombre variable; ces granulations prennent une teinte méta chromatique rougeâtre.
Sur les préparations colorées au triacide, les granulations ne sont pas visibles, et le protoplasma des mastzellen apparaît creusé de vacuoles incolores, séparées par un réseau finement grisâtre.
Sur les préparations colorées par l'hématéine-éosine, les granulations n'apparaissent pas. le protoplasma se montre creusé de vacuoles incolores, limitées par un fin réseau, et le noyau se reconnaît à sa coloration faible et à l'irrégularité de ses lobes.
§ III. — Équilibre leucocytaire.
La proportion de chacune des variétés de leucocytes dans le sang est la suivante :
1° Les leucocytes polynucléaires à granulations neutrophiles constituent, d'après Ehrlicli, 70 à 72 p. 100 du nombre total des leucocytes. Ce chiffre paraît trop élevé à Jolly, qui n'a trouvé que 60 p. 100; Leredde et Bezançon indiquent 66 p. 100 ; Hayem, 62,5 p. 100; Da Costa, 60 à 75 p. 100.
2" Les leucocytes mononucléaires forment, d'après Ehrlich, 24 à 29 p. 100 du nombre total des leucocytes. Jolly indique 38 p. lOt) ; Hayem, 36 p. 100; Leredde et Bezançon, 32 à 33 p. 100.
On est assez mal fixé sur le rapport normal entre les lymphocytes, les mononucléaires et les formes de transition.
Pour Ehrlich, il y aurait 22 à 25 p. 100 de lymphocytes ; 2 à 4 p. 100 de formes de transition. Il faut se rappeler que dans la nomenclature d'Ehrlich, le terme de lympliocytes comprend tous les mononucléaires non granuleux du sang normal.
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Pour Da Costa, il y a 20 à 30 p. 100 lymphocytes, 4 à 8 p. 100 de grands mononucléaires et de formes de transition.
Pour Hayem, les mononucléaires incolores réprésentent 26 p. 100, les mononucléaires opaques, 10 p. 100.
3° Les leucocytes polynucléaires à granulations éosinophiles^ représentent 2 à 4 p. 100, d'après Ehrlich et Lazarus ; 1 à 2 p. 100, d'après Leredde et Bezançon ; 0,3 à 5 p. 100, d'après Hayem, Jolly, Da Costa ; 0,67 à 11 p. 100 d'après Zappert\ qui admet comme chiffres moyens 1 à 3 p. 100.
4° Les mastzellen représentent 0,25 à 0,50 p. 100 (Ehrlich et Lazarus) .
A l'état normal, la proportion des diverses formes de leucocytes contenus dans 1 millimètre cube de sang, oscille dans d'étroites limites ; malgré l'apport et la destruction incessante des leucocytes, il y a, selon l'expression de Leredde et Lœper-, équilibre leucocytaire.
Cet équilibre paraît d'une grande fixité chez l'adulte. Chez un individu âgé de 23 ans, 6 numérations faites en 6 jours ont donné aux auteurs précités, dans le pourcentage des diverses espèces, des variations maxima de 3,8 p. 100. Jolly a constaté des variations ne dépassant pas 6 p. 100. Suivant Dumont :
La proportion des lymphocytes subit à l'état normal des oscillations de 4,7 p. 100
— grands mononnclcaires — 2 —
— éosinophiles — 1 —
— neutrophiles — 6,1 —
— basophiles — 0,6 —
Dans la pratique, comme on a en général affaire à des malades ou à des sujets dont on ignore la formule hémoleucocytaire exacte à l'état physiologique, il est nécessaire de ne tenir compte cpie des variations assez importantes au-delà ou en deçà des chilïres normaux. On peut estimer quil existe un état pathologique toutes les fois qu'il y a en circulation chez V adulte plus de 70 p. 100 ou moins de 60 p. 100 de leucocytes polynucléaires, plus de 40 ou moins de 30 p. 100 de leucocytes mononucléaires, pas d'éosinophiles ou plus de 3 à 4 p. 100 d' éosinophiles (Leredde et Bezançon).
1 Zapfert. Zeil. f. klin. Med., 1893, t. XXIIl, p. 227. Uh. d. Vgrkoin. d. eostii. Zellen in mensch. Blute.
- Leredde et Loei-er. L'équilibre leucocytaire. Presse médicale, 25 mars 1899.
NUMÉRATION DES DIVERSES ESPÈCES DE GLOBULES BLANCS
§ IV. — IVuniération des diverses espèces de g-lobules blancs.
La numération des diverses espèces de globules blancs doit être faite sur des préparations de sang sec colorées.
TrxHNiQUE. — La préparation doit être examinée avec un objectif à immersion
à huile, combiné avec un oculaire faible ; le grossissement obtenu au moyen de
l'objectif à immersion au — (Nachet, Stiassnie, Leitz), est propice à cette étude ; il donne suffisamment de détails pour qu'on reconnaisse les formes leucocytaires et permet de passer plus rapidement en revue un nombre considérable d'éléments ; un grossissement plus fort tel que celui qu'on obtient avec l'objectif
à immersion au peut être utile pour apercevoir certains détails, mais le
nombre des éléments contenus dans un champ microscopique étant plus faible, il faut passer en revue un plus grand nombre de champs, ce qui allonge la numération.
Il ne faut jamais se servir pour cette opération d'un objectif à sec, qui ne permet pas une distinction assez précise des formes leucocytaires et des granulations protoplasmiques.
Comme il faut passer en revue un très grand nombre de champs microscopiques, la préparation est déplacée sous l'objectif, soit à la main, soit avec les vis qui font mouvoir la platine du microscope : le meilleur dispositif est celui qui permet un déplacement étendu de la platine microscopique dans deux directions perpendiculaires ; il est facile ainsi d'examiner tous les points de la préparation.
Il est absolument nécessaire de faire porter la numération sur les élémenls contenus dans tous les points de la couche sanguine : le centre de la préparation, ses bords, le point où a commencé et le point oii a fini l'étalement du sang.
En effet, les formes leucocytaires ne sont pas réparties de la même manière en ces différents points, et si l'on se contentait d'un examen trop limité de la préparation, on n'aurait pas la vraie formule leucocytaire. Les bords de la préparation présentent toujours une accumulation de leucocytes et surtout de leucocytes polynucléaires ; si l'on se bornait à mensurer les leucocytes sur les bords, ce qu'on est souvent tenté de faire, parce que la fréquence des éléments y rend la numération plus rapide, on trouverait un chiffre trop considérable de polynucléaires. Le centre de la préparation contient une plus forte proportion de lymphocytes et de leucocytes
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mononucléaires que les bords. Le point où a commencé l'étalement du sang présente souvent un étalement moins parfait; les leucocytes se sont contractés avant de se dessécher, de sorte qu'ils paraissent plus petits, ce qui peut gêner pour la différenciation des lymphocytes et des leucocytes mononucléaires et pour la distinction des granulations. Il en est de même pour certains points de la préparation où la couche sanguine, trop épaisse, ne s'est pas désséchée assez rapidement et présente des éléments trop serrés.
Pour ces raisons, on comprend qu'il ne faut employer pour la numération que les préparations où la goutte de sang a pu être étalée toute entière ; sans cela, un certain nombre d'éléments, entraînés par la lame qui sert à l'étalement, échapperaient à la numération.
Le nombre d'éléments qu'il est nécessaire de passer en revue pour établir la formule leucocytaire est de 100 à 300. Certains auteurs recommandent, afin de diminuer autant que possible les erreurs, de faire porter l'examen sur \ 000 leucocytes. Assurément, on peut ainsi obtenir un chiffre un peu plus exact ; mais l'examen devient par là même odieusement long, ce qui est un grave reproche à adresser à une méthode qui doit servir à la clinique.
Il nous semble plus important de faire la numération sur trois préparations différentes, colorées par l'hématéine-éosine, par le triacide, par le bleu de Unna. Sur chacune de ces préparations, on compte 100 leucocytes. La comparaison des chiffres obtenus par ces trois numérations, corrobore les résultats, et montre, s'ils sont concordants, que la numération a été faite dans de bonnes conditions. Si les résultats obtenus avec ces diverses préparations ne concordent pas, surtout si l'un d'eux diffère sensiblement des autres, on doit recommencer la numération sur plusieurs préparations colorées de la même manière.
En outre, l'examen de préparations diversement colorées est absolument nécessaire pour ne pas laisser passer certaines formes leucocylaires spéciales. Les préparations à l'hématéine-éosine servent à distinguer les leucocytes polynucléaires ordinaires et les éosinophiles, ainsi que les diverses espèces de mononucléaires ; mais, elles ne permettent pas de reconnaître les inyélocyles, ni les mastzellen.
Les préparations au triacide pourraient, à la rigueur, servir à la
NUMÉRATION DES DIVERSES ESPÈCES DE GLOBULES BLANCS
numéralion de toutes les espèces leucocytaires ; mais la coloration du noyau est moins nette, moins parfaite qu'avec rhématéine-éosine, et la numération est, par suite, moins rapide ; la distinction des granulations acidophiles est parfois assez délicate d'avec les granulations neutrophiles.
Les préparations au bleu de Unna permettent de faire le pourcentage des mononucléaires et des polynucléaires et de reconnaître, à la rigueur, les leucocytes à grosses granulations acidophiles. Elles sont nécessaires pour le pourcentage des mastzellen et des diverses espèces de mononucléaires, en particulier des cellules crirrilation de Tûrck et des plasmazellen d'Unna.
Quand on hésite sur l'identification de certaines espèces de leucocytes, ainsi que nous le verrons plus loin, la comparaison des résultats obtenus sur les trois préparations est très utile pour résoudre la difficulté.
Etablissement de la formule leucocytaire. — La formule leucocytaire comporte : 1" le nombre des leucocytes ; 2" la proportion des espèces leucocytaires.
Pratiquement, voici comment on fait la numération des diverses espèces leucocytaires :
Gtiacune des formes leucocytaires, rencontrée dans le champ du microscope, est aussitôt inscrite à sa place sur une feuille de papier disposée comme ci-dessous :
Polynucl. Lympho- Mononucl. Grands Polynucl. Mastzellen. Mononucl. Mononucl. neutrophiles. cytes. moyens. mononucl. éosinophiles. neutrophiles. éosinophiles.
Quand on a compté 100 leucocytes, on s'arrête, et on fait la somme des leucocytes inscrits dans chaque rangée particulière. On a ainsi le pourcentage des formes leucocytaires.
Si l'on veut transformer le pourcentage en des chiffres absolus représentant le nombre de chacune des espèces leucocytaires par millimètre cube de sang, il suffit d'appliquer la formule suivante :
Chifïre représentant le nombre Nombre indiquant le pourcent. w Nombre total des leucoc. d'une des variétés de leucocytes clc cette espèce leucocytaire ^ dans 1 miU. c. de sang. dans un milllni. cube de sang 100
Par ex. : si l'on a compte 5 éosinophiles pour 100, dans un sang contenant 10000 globules blancs, le nombre des éosinophiles par millim. cube de sang sera :
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Mais il est préférable de ne point faire cette transformation ; on a l'habitude d'exprimer les formules leucocytaires par le pourcentage et non par le chiffre absolu des différentes espèces dans 1 millim. cube de sang.
Globules rouges à noyau. — La recherche et la numération des globules rouges à noyau se fait en même temps que celle des globules blancs. On établit ainsi une proportion entre le nombre des hématies nucléées et celui des leucocytes. Le plus souvent on se contente, dans les examens de sang, d'exprimer le nombre des hématies nucléées par rapport à 100 leucocytes. Si l'on veut transformer ce rapport et savoir combien le sang examiné contenait d'hématies nucléées par millimètre cube, il suffit de se reporter à la formule suivante :
Nombre dos hématies nucléées N. des hém. nucl. comptées X N. de leucoc. par millim. c. par millim. cube do sang-. N. de leucocytes comptés.
Par exemple, si on a trouvé 3 hématies nucléées pour 100 leucocytes dans un sang contenant 10 OOO leucocytes par millim. cube, on a :