C. MALADIES s' ACCOMPAGNANT d'hYPOLEUCOCYTOSE
Fièvre typhoïde. — Dans la fièvre typhoïde, on s'entend à considérer qu'il y a en général leucopénie. Hayem, Limbeck, Rieder, Koliler', Giudiceandrea - ont vu le nombre des globules blancs tomber à 2 000 et même à 1 000. Sur 491 cas, Cabot a vu le nombre des leucocytes 7 fois inférieur à 2 000 et 40 fois inférieur à 3 000. D'après Chantemesse et Millet \ à la période d'état de la fièvre typhoïde, il n'y a jamais d'hyperleucocytose ; l'hypoleucocytose. légère dans le cours de la première semaine, va en s'accentuant les jours suivants et persiste longtemps pendant la convalescence .
Le nombre des leucocytes varie avec les périodes de la maladie.
De l'ensemble des travaux publiés sur ce sujet, Ewing conclut que : 1° dans la première semaine, le nombre des leucocytes reste à peu près normal ; parfois, dans les cas où il y a une angine, une bronchite, une diarrhée intense, il est légèrement augmenté, et l'augmentation porte sur les polynucléaires ; Klein et Aporti considèrent cette hyperleucocytose initiale comme fréquente ; Ewing l'a observé plusieurs fois ;
2° Dans la deuxième semaine, il y a, en général, une hypoleucocytose, due principahuTient à la diminution des polynucléaires ;
3" Dans les troisième et quatrième semaines, le nombre des leucocytes continue à diminuer ; puis après avoir atteint un minimum, les leucocytes augmentent peu à peu. Le minimum du nombre des leucocytes est généralement atteint à la période d'acmé de la maladie, au cours du 3'' ou 4'' septénaire ; parfois cependant il se montre au cours de la 2^ semaine, ou même dans la convalescence.
1 RoHLER. Deul. Arch. f. klin. meJ., Bd LX, p. 221.
- GiUDicEANDREA. Il policUiiico, 1903, t. X, fasc. VI, p. 237.
3 Chantemesse et JIillet. Traité de médecine, 2= édition, t. II, art. Fièvre typhoïde.
LES LEUCOCYTES A l'ÉPAT PATHOLOGIQUE.
La formule leucocytaire varie avec Vépoque de l/i muladie.
1° Au début, durant les 7 à 12 premiers jours, Stiénon Glianlemesse et Millet, Courmont et Barbaroux- signalent une augmentation relative et absolue du nombre des leucocytes polynucléaires (75 à 85 p. 100), parfois même jusqu'à 90 p, 100 suivant Stiénon. Ceux-ci, malgré Thypoleucocytose, sont plus nombreux dans 1 mmc. de sang qu'à l'état normal, l'hypoleucocytose tenant à la diminution du nombre des lymphocytes et à l'absence complète d'éosinophiles.
Par contre, Higley^ admet que la proportion des polynucléaires est déjà diminuée au cours de la première semaine ; il a vu leur chiffre varier de 49,1 à 35,5 p. 100, en moyenne 59,4 p. 100.
2° Plus tard, la formule est inverse. Dans la seconde période de la maladie, alors que la leucopénie persiste, il y a hypopolynucléose (GO p. 100 et même 35 p. 100) ; les lymphocytes restent peu nombreux ; les ébsinophiles sont absents ou très rares ; Picchi et Pieraccini admettent que les éosinophiles ne disparaissent pas complètement dans les cas bénins; seuls, les grands mononucléaires ont augmenté de nombre.
3° Au début de la convalescence, l'hypopolynucléose persiste ; les grands mononucléaires atteignent 20 à 30 p. 100 ; les lymphocytes et les formes intermédiaires se montrent assez nombreux ; les éosinophiles reparaissent la veille ou l'avant-veille du jour où la température revient à la normale.
4° Pendant la convalescence, on assiste à l'augmentation du chiffre des leucocytes polynucléaires et des éosinophiles. Dans les formes graves, la guérison complète du sang ne s'obtient que très lentement et le chiffre des lymphocytes peut l'emporter pendant longtemps encore sur celui des polynucléaires.
D'après Ewing, la leucocytose subit l'évolution suivante :
Durant la première semaine de la fièvre typhoïde, les leucocytes polynucléaires et mononucléaires conservent à peu près leurs proportions normales. A partir de la fin de la première semaine, il y a augmentation progressive des lymphocytes et diminution des poly-
1 Stiénon. Ann. de la soc. royale des se. med. el nat., Bruxelles, 1896, p. 18.5.
2 Courmont et Barbaroux. Journal de physiologie et pathologie générale, juillet 1900.
3 IIiGLEY. Proced. of the N. York paCh. Soc., avril 1903.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
nucléaires. Ajn-ès trois, quatre semaines, ou plus, les lymphocytes dépassent même le chiffre absolu qu'ils ont dans le sang normal ; i\ j a hjpermononucléose vraie.
En général, les mononucléaires ne tombent pas au-dessous de 30 p. 100; à certaines périodes, leur pourcentage peut atteindre 40-60 p. 100. La proportion des petits lymphocytes est souvent considérable. Dans un cas de Ewing, il y avait une lymphocytose très marquée; le sang ressemblait à celui de la leucémie lymphatique, et cet état était en rapport avec une hypertrophie énorme des folli-
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Fig. 8Ô. — Fièvre typhoïde bénigne (P. Courniont et Barbaroux).
cules clos de l'intestin. Inversement, les polynucléaires diminuent peu à peu ; leur taux s'abaisse souvent à 50 p. 100, parfois même plus bas (35 p. 100, Jez ; 20 p. 100, Klein).
La lymphocytose atteint souvent son maximum au début de la convalescence ; elle persiste longtemps ; Ouskow a vu que l'équilibre normal ne se rétablissait guère avant la 10*^ ou la 11'' semaine. Nœgeli a même décrit le déveloj)pement d'une lymphocytose durant la convalescence, surtout marquée chez les enfants.
Les éosinophiles diminuent ou disparaissent complètement pendant la période d'état. Ils reparaissent une huitaine de jours avant la défervescence suivant Nœgeli, atteignent leur chiffre normal vers le
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
14*' jour après la défervescence, eL le dépassent ensuite. Aporli aurait vu dans un cas 18 p. 100 d'éosinophiles au moment du stade amphiboh;, mais en général la proportion des éosinophiles n'est pas très considérable. PourPicchi et Pieraccini \ l'absence ou la présence d'éosinophiles permettrait de faire le pronostic de la dothiénentérie : dans les formes graves, les éosinophiles sont toujours absents, tandis que dans les cas bénins, ils ne disparaissent pas complètement.
On trouve souvent des leucocytes altérés dans le sang.
Complications. — Les complications survenant au cours de la fièvre typhoïde modifient habituellement la formule leucocytaire.
La perforation intestinale s'accompagne, suivant RusselP, d'une hyperleucocytose presque constante : celle-ci apparaît, en général, de bonne heure, mais elle peut cependant n'être réellement appréciable qu'à la période de péritonite généralisée et de collapsus. Dans certains cas, on n'observe qu'une polynucléose sans hyperleucocytose ; dans d'autres encore, toute réaction leucocytaire fait défaut.
Suivant Cushing % l'hyperleucocytose due à la perforation intestinale apparaît d'une façon très précoce, à la phase qui précède immédiatement l'accident. Cabot, Blake et Hubbard * admettent que l'hyperleucocytose accompagne souvent la perforation intestinale et peut servir à la diagnostiquer.
Les complications comme la pneumonie^ la bronchite intense, les suppurations, les hémorragies, l'extension des ulcérations intestinales se traduisant par une diarrhée abondante, produisent, en général, une hyperleucocytose. Cependant, il n'en est pas toujours ainsi ; on peut voir, dans ces conditions, le nombre des leucocytes rester constant, parfois même subir une réduction ; Kohler a cité un cas oîi l'apparition de la pneumonie fit baisser le chiffre des leucocytes de 2 600 à 1 000.
Suivant Launois et Loeper % les complications qui, comme les pneumonies, sont dues à une infection surajoutée, s'accompagnent
1 PiccHi et PiERACCiNi. Lo Sperimeiitcile, LV, 1.
2 RussELL. Boston med. a. surgical Journal, 18 avril 1901.
3 CusHiNG. Arch. gén. de méd., janvier 1901.
^ Cabot, Blake et Hubbard. Annals of surgery, 1901.
s Launois et Loeper. Soc. méd. des hôpitaux, 25 mai 1900.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
d'une polynucléose ; celles qui relèvent du germe typhique lui-même s'accompagnent aussi d'une polynucléose lorsqu'elles apparaissent pendant la convalescence, comme l'ostéomyélite ; elles troublent peu la formule, quand elles se montrent, au contraire, dans le cours de la maladie, comme Torchite typhoïdique. Pourtant le pus des ostéomyélites et des orcliites à bacilles d'Eberth est plus riche en mononucléaires que le pus normal.
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Fig. 87. — Fièvre typhoïde compliquée de pneumonie (Loeper).
La forme de la maladie a une influence sur la formule hémoleucocytaire. Achard et Loeper ont observé une formule myéloïde du sang (myélocytes et hématies nucléées) dans un cas de fièvre typhoïde hémorragique.
L'état de la rate, le degré d^ hyper thermie n'influencent pas la formule. De même, il n'y a pas de rapport entre le degré de la leucocytose et la réaction, agglutinante^ .
Action du traitement. — Les bains froids amènent une augmentation de la leucocytose, qui serait due à la stase des leucocytes dans les capillaires périphériques. Dans 20 cas, Thayer a trouvé une augmentation moyenne de 5 346 leucocytes, avec un maximum de 17 000. Cette hyperleucocytose disparaît quand la circulation périphérique reprend son activité.
IxFECTiox TYPHIQUE EXPÉRIMENTALE. — Domiuici a étudié expérimentalement l'infection éberthienne chez le lapin, et, distingué quatre phases dans la réaction leucocytaire : 1° hypoleucocytose
' p. Courmont. Journal de p/iysiol. et 'de palhol. générales, juillet 1900, p. .')93. - DoMi.Nici, Soc. de Biologie, 1899.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
immédiate et de courte durée ; 2° polynucléose déjà très nette LÎ4 heures après rinoculation ; 3° mononucléose ; 4° éosinophilie et retour à la normale.
Bohland a constaté que les cultures ou les toxines du bacille yphique, aussi bien que le sérum des typhiques, injectés dans la tcirculation, provoquent chez les animaux une diminution du nombre des leucocytes.
Nœgeli pense que la toxine typhique influence spécialement Thématopoïèse, car il a vu dans la moelle des os des typhiques les leucocytes à grains neutrophiles^ souches des polynucléaires, diminués relativement aux leucocytes non granuleux, souches des mononucléaires.
Typhus. — Dans 4 cas, Ewing a trouvé de 5 000 à 9 000 globules blancs. Tumas ayant suivi un cas fatal durant 3 semaines, a vu les leucocytes tomber de 9 600 à 1 600.
Malaria. — Dans la malaria, il y a, d'une façon générale, leucopénie pendant les accès et entre les accès, comme l'ont montré Tiïrck, Kelsch^, Bastianelli -, Vincent ^ Suivant Rogers la diminution du nombre des leucocytes est en rapport avec le degré de l'anémie : quand celle-ci est très intense, le nombre des leucocytes peut s'abaisser au-dessous de 2000 et même de 1 000 par millimètre cube.
Il semble cependant, d'après les recherches de Vincent, qu'il se produise brusquement, au début de l'accès et pendant la période de frisson, une hyperleucocytose, parfois considérable, bientôt suivie d'un abaissement très marqué du nombre des leucocytes ; même à la période de leucocytose initiale, il y a, d'après Vincent et Bastianelli, augmentation notable du chiffre des lymphocytes, et à un degré moindre, des éosinophiles et des grands mononucléaires. Un peu plus tard (un quart d'heure ou une heure après), les lymphocytes persistent, les leucocytes éosinophiles redescendent à la normale, les grands leucocytes mononucléaires deviennent rares ; mais jamais il n'y a d'augmentation des leucocytes polynucléaires pendant la période de chaleur ou à la fin de l'accès.
1 Kelsch. Arck. de plujsiul. normale el palh., 187G, 2'= série, III, ji. 490.
2 Bastianelli. /{. Accad. med. di Roina,
3 Vincent. Annales de l'Institut Pasteur, 1897, p. 890.
4 Rogers. Brit. med. Journal, 5 avril 1902.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
Stephen et Christophers Rogers, Pœch admettent dans la malaria une augmentation considérable des grands leucocytes mononucléaires, dont la proportion, surtout forte après les accès, varie de 11 à 29 p. 100. Cette mononucléose spéciale est, pour eux, tout à fait caractéristique du paludisme. La diminution des polynucléaires et l'augmentation des lymphocytes sont d'autant plus marquées que l'anémie est plus intense. Dans les cas graves, Cabot, Rogers ont vu des myélocytes dans le sang, au nombre de 1 à 5 p. 100.
Fig. 88. — Paludisme Type tierce (Billet).
D'après Tûrck, l'hyperlymphocytose ne serait pas la règle à toutes les phases de la maladie ; il signale, pendant l'accès aigu, l'augmentation du nombre des polynucléaires ; ceux-ci seraient diminués de nombre entre les accès, et l'on verrait alors les lymphocytes augmenter. Toutefois, dans les accès très légers, les gros mononucléaires et les formes de transition présenteraient à toutes les phases un pourcentage élevé, et seraient diminués seulement pendant le frisson. Rilhngs admet aussi l'existence d'une polynucléose au début de l'accès ; elle peut atteindre 80 p. 100. Pœch signale
1 Stephen et Cristophers. fl. Socielijs Malaria commet tee i-epoi'ts, 1901, 5" série. .
2 R. PoËcn. Ub. d. Verhalt. d. weiss. Biutkôrperchen bei Malaria .Zeit. f. Hygiène, 6 mars 1903, t. XLII, p. 563.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
également v.ne hyperleucocytose polynucléaire passagère au début de l'accès, dans les fièvres tierce et quarte.
Billet ' a étudié d'une façon très précise la formule hémoleucocytaire du paludisme et ses rapports avec révolution de l'hématozoaire et avec le traitement quinique ou arsenical ; ses examens de sang sont au nombre de 1803. D'après lui, la formule hémoleucocytaire du paludisme est toujours identique à elle-même, quelle que soit la nature ou la gravité de l'accès intermittent (type quotidien, tierce, quarte, ou subcontinu). Elle consiste :
1° En une hypoleucocytose prémonitoire qui débute, en général, deux ou trois jours avant l'accès, avant même l'apparition des hématozoaires dans le sang. Le nombre des leucocytes diminue progressivement et, par rapport aux globules rouges, tombe de ^ à ; la diminution, d'abord lente, devient rapide quand les premiers hématozoaires apparaissent dans le sang, et atteint son apogée à la phase de frisson, moment où les hématozoaires, ayant acquis leur maximum de développement, vont se reproduire par voie endogène ou asexuée et se présentent sous forme de corps en rosace. A cette période, le taux leucocytaire s'abaisse à ^ et même exceptionnellement jusqu'à ^ ; le nombre des leucocy tes tombe au-dessous de 3 000 et même de 2 000.
2° A cette première phase d'hypoleucocytose progressive, succède une seconde phase, pendant laquelle le nombre des leucocytes augmente progressivement ; cette phase débute pendant le stade de frisson, se poursuit pendant les stades de chaleur et de sueur, et se termine par une hyperleucocytose manifeste à la fm de l'accès, ou même le lendemain, au début de l'accès suivant (dans le type quotidien).
L'hyperleucocytose atteint son apogée au moment où les hématozoaires, provenant de la segmentation des corps en rosace, se répandent dans le sang, sous forme de petits amibes, pour infecter de nouveaux globules. Le taux leucocytaire peut alors dépasser le chiffre normal, poiu^ atteindre ~ et même exceptionnellement ~
1 A. Billet. De la formule hùmoleucocytaire dans le paludisme. XIII' Congrès internat, de médecine, section de médecine et chirurgie militaire, Paris, l"' août 1900 ; et Bulletin médical de l'Algérie, lOOi.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE
et ; le nombre des leucocytes est alors de 12 000 à 20 000 et même exceptionnellement 25 000 à 30 000.
Cette hyperleucocytose n'a qu'une durée éphémère, ainsi que Laveran l'avait déjà indiqué, et de nouveau, le chiffre des leucocytes s'abaisse progressivement et tombe au-dessous de la normale ; ce minimum est atteint à la période la plus rapprochée de la phase de frisson d'un nouvel accès.
Dans le type quotidien et subcontinu, le retour à l'hypoleucocytose extrême se produit en 24 heures, dans le type tierce, en 48 heures ; dans le type quarte, en 72 heures ; Après la phase de frisson, le nombre des leucocytes augmente de nouveau, et l'hyperleucocytose extrême se manifeste à la fin de l'accès ou le lendemain. Le cycle continue pendant toute la période des accès.
Fig. 89. — Paludisme Type quarte (Billet).
Même en l'absence de tout traitement, l'équilibre leucocytaire normal se rétablit peu à peu, quand les accès ont cessé et que les hématozoaires ont disparu du sang.
La leucocytose du paludisme est toujours une mononucléose. Lorsqu'il y a exceptionnellement polynucléose, on peut affirmer qu'il existe une complication infectieuse intercurrente pneumonie,
MALADIES INFECTIEUSES AICUES.
pleurésie, lypho ou colibacillose, etc.) Elle est caractérisée, avant tout, par la prédominance des lymphocytes.
CependanL les grands mononucléaires sont aussi très abondants, ainsi que Sleplien et Cbristopliers " Favaient déjà constaté. Suivant Billet, le cbiffre des grands mononucléaires, qui est de \ à 2 p. 100 à Fétat normal, varie entre 5 à 10 p. 100 à la période fébrile, et s'élève rapidement, à la période apjrétique, pour atteindre parfois 25 à 30 p. 100. C'est dans les grands mononucléaires qu'on trouve des inclusions de pigment mélanique provenant de la phagocytose des hématozoaires.
Fig. 90. — Paludisme. Type quotidien (Billet).
Les leucocytes polynucléaires neutrophiles sont les moins abondants dans le paludisme ; leur chiffre tombe à 40 et même 20 p. 100.
Les leucocytes polynucléaires éosinophiles disparaissent pendant toute la durée de la période fébrile ; à la période apyrétique, ils reparaissent et deviennent même plus nombreux qu'à l'état normal, pour atteindre parfois 10 et même 20 p. 100, lorsque la cachexie palustre se produit.
La courbe de la mononucléose suit presque identiquement celle
1 Stephen et Christopueus. Roy. Soc. Reporis lo the malaria Commiltee, 6 juil. 1900.
LES LEUCOCYTES A LÉTAT PATHOLOGIQUE.
de la leucocytose générale : le chiffre des mononucléaires s'abaisse brusquement au stade de frisson (jusqu'à 40 p. 100), pour se relever ensuite et atteindre son apogée à la fin de l'accès ou au commencement de l'accès suivant (60 à 80 p. 100 et même au-delà) ; dans ce chiffre, les lymphocytes figurent pour 30 à 60 et même 70 p. 100 du chiffre total des leucocytes.
Il existe une hypomononucléose prémonitoire comme une hypoleucocytose, qui va en progressant jusqu'à l'apparition de l'accès. La mononucléose persiste non seulement pendant les accès, mais dans leur intervalle, pendant toute la durée de l'infecLion palustre.
Fig. 01. — Paludisme. Type subcontinu (Billet).
Le traitement par la quinine exagère la formule hémoleucocytaire habituelle du paludisme. Il détermine :
1" Une hypoleucocytose se manifestant 3 à 5 heures après l'administration de quinine ;
2" Une hyperleucocytose survenant en général 10 à 12 heures après la prise de quinine et portant sur les mononucléaires. Elle est encore plus accentuée que l'hyperleucocytose habituelle ; le chiffre des leucocytes peut atteindre 30 000 à 35 000. La mononucléose est également très exagérée; elle est en moyenne de 70 à 80 p. 100 et quelquefois de 90 p. 100.
MALADIES Infectieuses aIgoes.
L'hyperleucocytose quiniqiie, contrairement à l'hyperleucocytose paludéenne ordinaire, se maintient tant que les hématozoaires persistent dans le sang et que l'on continue le traitement.
h'arsenic produit un effet analogue. Sous Tinfluence des injections d'arrhénal cliez les paludéens, Billet a vu les leucocytes mononucléaires, et particulièrement les grands mononucléaires, augmenter rapidement dans le sang; la mononucléose peut dépasser 68 p. 100, avec 28 p. 100 et plus de grands mononucléaires.
Dans les accès graves de fièvre estivo-automnale ^ beaucoup d^auteurs ont observé de la leucocytose (Kelsch, Babès et Georghiu', Ziemann -, Burot et Legrand ^). Kelsch, Ewing ont noté une lymphocytose.
Dans deux cas de fièvre pernicieuse, Bastianelli et Bignami ont trouvé une forte mononucléose et quelques myélocytes éosinophiles.
Bastianelli et Bignami ont vu souvent une leucocytose dans la fièvre hémoglohinurique et dans les cas compliqués de diarrhée grave. Cependant Plehn n'a pas trouvé de leucocytose dans beaucoup des cas d'hémoglobinurie observés par lui. La leucocytose est en général faible, quelquefois elle fait défaut.
Dans le paludisme chronicjue, Kelsch a trouvé généralement une hypoleucocy tose .
Dans beaucoup de cas de paludisme, on trouve les cellules éosinophiles augmentées dans les périodes d'apyrexie. Bastianelli et Bignami les ont vues par contre diminuer durant les paroxysmes et augmenter après.
Les leucocytes chargés de pigment existent dans la majorité des cas de paludisme, surtout dans les fièvres graves et anciennes ; on les trouve dans tous les cas mortels. Leur nombre est plus en rapport avec la sévérité des accès antérieurs qu'avec l'abondance du pigment déposé dans les organes. Ils sont surtout nombreux pendant et aussitôt après la période fébrile ; mais on les voit sou-
1 Babès et Georohiu. Ai-cli. de médec. navale^ 1893.
2 Ziemann. Ub. Malaria u. andere PAiitparasiten. Flena. isclier, 1898; et Cenlralhl. f. Bakl., 1897, n° n ; et ibid., 1896, p. 653.
3 Burot et Legrand. Tkérapeut. du paludisme. Paris, Baillière, 1897.
* Plehn. Schwarzwasserfieïjer an (1er afrik. Westkûste. Deut. med. Woch., 1893, n» 25 ; et Beilr. z. Kenntniss d. trop. Malaria; Berlin, Hirscliwakl, 1896.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAï PATHOLOGIQUE.
vent dans les cas apyrétiques, et quand les parasites ont disparu du sang.
Le pigment se trouve dans les cellules endothéliales, et surtout dans les lencocytes mononucléaires ; mais dans quelques cas, un grand nombre de polynucléaires même contiennent des formes diverses de parasites et du pigment. Quelquefois aussi on trouve dans le sang de grands macrophages renfermant des parasites à tous les stades de dégénération.
Les substances contenues dans les phagocytes sont nombreuses. Ce sont : 1° des parasites libres ou inclus dans des hématies ; 2" du pigment élaboré par les parasites, généralement en petites masses ; 3° de Thématoïdine et de l'hémosidérine provenant de la destruction des hématies ; 4" des hématies intactes ou altérées ; 5° d'autres leucocytes.
Les a/^e>a^ion>s des leucocytes, signalées par Bastianelli et Bignami, ont été retrouvées par Ewing dans les cas graves. Ce sont des vacuoles et une diminution de la colorabilité du noyau. Le nombre des leucocytes vacuolaires est surtout considérable.
Fièvre récurrente. — Laptchinsky \ Heydenreich 2, Bôckmann % ont noté une hyperleucocytose considérable, débutant pendant Faccès et atteignant son maximum aussitôt après, pour décliner ensuite. D'après Carter, cité par Wright, il s'agirait d'une abondante polynucléose.
Sawtchenko et Melkich * signalent que les mononucléaires fournissent une courbe ressemblant à celle des polynucléaires, mais à oscillations moins étendues, courbe qui est en retard d'un ou deux jours sur celle des polynucléaires et qui a l'air de la suivre. Ainsi la mononucléose succède à la polynucléose dans la fièvre récurrente. Un certain nombre de leucocytes contiennent du pigment mélanique.
Fièvre jaune. — Pendant la période aiguë de l'affection, Maurel^
' Laptchinsky. Centralbl. f. die med. Wissenschaft., 1873, p. 36.
2 Heidenreich. Untevs. u. d. Parasit. d. Ruckfallstyphus. Berlin, 1877.
3 BôCKMANN. Deul. Arch. f. klin. Med., t. XXIX, p. 481.
4 Sawtchenko et Melkich. Ann. de l'Insl. Pasteur, 1901, p. 497.
5 Maurel. Uématimélne normale et palh. des pays chauds. Paris, 1885.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
a noté une hypoleucocytose, souvent considérable (1 023 à 1 550 leucocytes). L'augmentation du nombre des leucocytes marque la période de réparation de l'organisme.
Rougeole. — Dans la rougeole non compliquée, les modifications du sang sont peu importantes (Hayem). Aussi l'opinion des auteurs est-elle assez discordante sur la formule hémoleucocytaire de cette maladie. Rille\ Rieder ont vu, dans la moitié des cas environ, une hyperleucocy tose ; Pée la croit très rare ; Tûrck et Felsenthal ^ admettent une hypoleucocytose. Pour Courmont, Montagard et Péhu*, la leucocytose existerait bien, mais serait de peu d'importance.
Ces discordances tiennent à ce que le nombre des globules blancs varie suivant la période considérée. Pour Renaud ' et povu* Sobotka la période d'incubation est caractérisée par une légère hyperleucocytose, qui atteint son maximum au sixième jour avant l'éruption. Cette hyperleucocytose disparait à la période fébrile et fait place à une hypoleucocytose qui atteint son maximum le deuxième jour de l'éruption. Ensuite, le nombre des leucocytes remonte progressivement et l'équilibre leucocytaire est redevenu normal cinq jours après la disparition de l'exanthème.
La proportion relative des diverses espèces de leucocytes varie aussi avec les périodes de la rougeole. Renaud a observé une hyperleucocytose polynucléaire à la période d'incubation ; cette polynucléose ne persiste que dans les rougeoles compliquées ; elle diminue à la période de catarrhe dans les rougeoles simples ; la diminution s'accentue pendant la période d'éruption, au point d'arriver à l'hypopolynucléose absolue et relative, avec augmentation des lymphocytes et présence de myélocytes. Tiîrck, Klein ^ admettent aussi une mononucléose à la période d'éruption. Pour Pée, au contraire, la polynucléose persisterait.
1 RiLLE. Arch. f. Dermat. u. Si/ph., 1892, p. 1028.
2 Pée. Inaug. Dissert., Berlin, 1890.
^ Felsenthal. Arch. f. Kinderlieilkunde, t. XV, p. 78. * Courmont, Mont.\gard et Péhu. Soc. méd. des hôpitaux, 26 juillet 1901. s Renaud. Thèse Lausanne, 1900. 0 SoBOTKA. Zeil. f. Heilkunde, t. XIV, p. 411. Klein. Die diarjnostische Verweriunrj der Lciicoajlose, Leipzig, 1893.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
Plantenga ^ admet que la période d'éruption est caractérisée par une hjperleucocytose avec polynucléose qui diminue progressivement, de sorte qu'aux derniers jours de la période éruptive, il y a une hypoleucocytose avec hypopolynucléose ; quelquefois même une véritable lymphocytose, qui coïncide avec une diarrhée violente et des adénopathies.
Les éosinophiles, dont le nombre était normal ou inférieur à la normale au cours de la maladie, deviennent plus nombreux au moment de la desquamation et pendant la convalescence. On assiste aussi à une augmentation des grands mononucléaires et des formes de transition (Zappert, Tûrck).
Rubéole. — Plantenga a trouvé une formule analogue à celle de la rougeole.
§ II. — Maladies infectieuses chroniques.
Tuberculose. — Rien n'est plus variable que la formule hémoleucocy taire chez les tuberculeux. Le chiffre des leucocytes du sang et l'équilibre leucocytaire sont différents, non seulement dans les nombreuses modalités de la tuberculose, mais encore pour une même localisation tuberculeuse, chez les divers individus observés. Il est impossible par suite d'établir une formule générale de l'infection. C'est qu'en effet de nombreuses conditions accessoires s'ajoutent à l'infection primordiale par le bacille de Kocli, pour modifier la formule leucocytaire.
Nous exposerons donc simplement les données résultant des observations nombreuses faites sur ce sujet, en les classant d'une façon provisoire.
Tuberculose pulmonaire. — Nasse, Samuel, Reinert, etc., ont signalé une hyperleiicocytose chez les tuberculeux. Cette leucocytose est extrêmement variable dans son mode d'apparition et dans son degré .
Ayant étudié 25 cas de tuberculose pulmonaire à diverses périodes,
1 Planten-ga. Arcli. de méd. des enfanls, VI, p. 129, 1903.
MALADIES INFECTIEUSES CHRONIQUES
Da Costa a vu dans la moitié des cas une hyperleucocytose (10 000 leucocytes et même plus), dans les autres cas un chiffre normal ou faible de leucocytes. Dans les cas d'hyperleucocytose, il y avait en même temps polynucléose ; assez souvent les éosinophiles faisaient défaut ; dans les cas accompagnés d'anémie intense, on trouvait de rares myélocytes dans le sang.
Holmes ^ pense que l'étude leucocytaire permet de reconnaître, non seulement le degré de l'infection tuberculeuse, mais le pouvoir réactionnel de l'individu. Suivant lui, le stade prétuberculeux serait caractérisé par l'absence de leucocytose, une diminution légère des lymphocytes, une augmentation faible ou nulle des polynucléaires, et la présence de débris plus ou moins abondants venant de la désintégration cellulaire. Le début de l'évolution tuberculeuse serait marqué par une leucocytose, avec polynucléose progressive, et désintégration cellulaire plus intense. Les périodes avancées, avec cavernes et lésions étendues, ont les mêmes signes à un plus haut degré. Malheureusement il ne semble pas qu'on puisse systématiser à ce point l'étude de la formule hémoleucocytaire chez les tuberculeux.
Fièvre. — L'hyperleucocytose se voit surtout dans les tuberculoses fébriles. Cependant elle peut manquer au début malgré la fièvre. D'autre part, il peut y avoir hyperleucocytose sans fièvre : ainsi, chez un tuberculeux apyrétique, non caverneux, Strauss et Rohnstein ont trouvé 18 500 globules blancs.
Hémoptysie. — L'hémoptysie est souvent accompagnée, comme toute hémorragie d'ailleurs, d'un certain degré d'hyperleucocytose (Stein et Erbmann) ^.
Anémie. — Les formes anémiques de la tuberculose sont souvent marquées par une hyperleucocytose.
Evolution. — La leucocytose paraît être surtout en rapport avec la période et la forme de la maladie.
A la première période de la tuberculose pulmonaire, suivant Halla, Rieder, d'Œlsnitz, Neubert et Limbeck, Stein et Erbmann, etc., la
1 Holmes. Journ. of med. Assoc, 1897, t. XXIX, p. 828.
2 Stein et Eiib.mann. Deut. Arch. f. klin. Med., Bd. LVI.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
leucocytose fait, généralement défaut. La formule leucocytaire est normale ou caractérisée tantôt par de la polynucléose (d'Œlsnitz), tantôt par nn certain degré de mononucléose, ainsi que nous l'avons observé dans quelques cas.
Cependant Grawitz, Strauss et Rohnstein ' ont trouvé, à cette période même, un chilTre de leucocytes variable. D'Œlsnitz a vu, dans plusieurs cas apyrétiques, avec amélioration rapide, une hyperleucocytose de 15 000 h 20 000 leucocytes. Pour Appelbaum^, à la première période, les éosinophiles sont toujours notablement augmentés.
2° A la deuxième période de la tuberculose chronique apyré tique, la formule leucocytaire est très variable. Quelquefois il y a de riiyperleucocytose, mais le plus souvent elle fait défaut. On trouve tantôt une polynucléose, tantôt une mononucléose, tantôt même une éosinophilie, selon que l'examen du sang est fait au moment d'une poussée évolutive ou dans un intervalle, au commencement ou à la fm de cette poussée. Pour d'Œlsnitz % à cette période, il y aurait toujours hyperleucocytose avec polynucléose. Pour Appelbaum, les éosinophiles diminuent.
3" Quand les poumons subissent la caséification, la leucocytose apparaît; chez les phtisiques porteurs de cavernes, les auteurs s'entendent pour admettre qu'il y a presque toujours hyperleucocytose (Halla, Rieder, Stein et Erbmann, d'Œlsnitz).
Cette hyperleucocytose est, en général, modérée et oscille entre 10 000 et 15 000. Cependant elle peut être plus accentuée. D'après Hayem, elle est en rapport avec la richesse des exsudats et l'abondance de la suppuration.
Dans tous ces cas, la leucocytose est caractérisée par une polynucléose (Strauss et Rohnstein, Stiénon, Pavillard d'Œlsnitz), et aussi en général par l'absence ou la rareté des éosinophiles (Appelbaum) .
Elle est sans doute en rapport avec les infections secondaires qui
1 Strauss et Rohnstein. Die Blutzusammenselzung in den verschied. Anœinien, Berlin, 1901.
2 Appelbaum. Blutunters. an Phtisik. Berlin, klin. Woch., janv. 1902.
3 D'OEls.mtz. Communication orale.
'' Pavillard. Rech&ivhes sur la leucoajlose dans la tuberculose pulmonaire. Thèse Paris, 1900.
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se produisent au niveau des cavernes; anssi apparaît-elle généralement en même temps que la fièvre hectique et persiste-t-elle aulant que celle-ci.
Cependant tous les caverneux n'ont pas d'hyperleucocytose ; lorsque les cavernes sont très anciennes, bien que l'expectoration soit abondante, l'hjperleucocytose peut manquer; ce manque de réaction est à rapprocher de l'absence de fièvre et de l'absence de réaction à la tuberculine, souvent notées dans des cas de ce genre.
Pneumonie caséeuse. — La pneumonie caséeuse provoquerait, d'après Achard et Loeper, une leucocytose polynucléaire. Cependant la pneumonie tuberculeuse étendue, avec tuberculose miliaire aiguë, peut évoluer sans hyperleucocy tose ; il en était ainsi dans un cas de d'Œlsnitz, où l'on comptait 8 000 à H 000 leucocytes, avec polynucléose.
Ewing pense que l'absence de leucocytose dans les cas de phtisie aiguë pneumonique peut servir à distinguer cette forme de la pneumonie lobaire aiguë primitive.
Tuberculose miliaire aiguë. — L'hyperleucocytose fait défaut. Rieder, Limbeck, Warthin^ Cabot, d'Œlsnitz, ont trouvé plutôt une hypoleucocytose, souvent même très marquée et très durable. Achard et Loeper - ont noté de la mononucléose, d'Œlsnitz de la polynucléose.
Tuberculose des séreuses. — Les tuberculoses des séreuses évoluent généralement sans hyperleucocy tose. Cependant l'hyperleucocytose a été trouvée dans quelques cas de pleurésie séropurulente. Peut-être les cas où l'hyperleucocytose fait défaut correspondentils à une infection bacillaire pure ; tandis que ceux où il existe de l'hyperleucocytose correspondraient à une infection mixte par le bacille tuberculeux et les microbes pyogènes (Ewing) ?
Dans la pleuro-tuberculose primitive aiguë, Limbeck, Pick, Rieder pensent que l'hyperleucocytose peut exister au début de l'affection, à la période fébrile et pendant le stade d'augmentation de l'épanchement, pour cesser dans la suite.
' Warthin. Med. news, 1896, t. LXVIII, p. 89.
• Achard et Loeper. Soc. de biologie^ S déc. 1900, p. 1066.
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Acliard et Loeper admettent que la tuberculose granulique des séreuses (pleurésie, péritonite, arthrite) à épancliement sérofibrineux produit une lymphocytose marquée, avec leucocytose en général peu intense.
Méningite tuberculeuse. — Dans la majorité des cas rapportés par Limbeck, Pick, Rieder, Sôreiisen, l'hyperleucocytose faisait défaut ; cependant elle existait 5 fois sur les 7 cas de Cabot, une fois dans un cas de Ziemke et une fois dans les cas de Rieder. Ewing a trouvé plusieurs fois de la leucocytose, mais dans tous ces cas il y avait une pneumonie terminale.
D'CElsnitz, dans trois cas qu'il a observés, a toujours trouvé une hyperleucocytose ; dans deux cas, celle-ci alla en progressant jusqu'à la mort et atteignit le chiffre de 34 à 46 000 ; dans un autre, au contraire, l'hyperleucocytose du début disparut dans la suite. Il s'agissait dans ces cas de polynucléose.
Tuberculose du tissu lymphoïde. — D'une façon générale, il semble que la tuberculose du tissu lymphoïde s'accompagne d'une réaction banale d'hyperleucocytose avec polynucléose.
Dans un cas d'adénopathie tuberculeuse suppurée, non infectée secondairement, d'Œlsnitz a trouvé 12 500 leucocytes et ime polynucléose. Par contre, Stuart Macléan n'a pas trouvé de leucocytose dans un cas analogue. Dans 3 cas d'adénopathie trachéobronchique tuberculeuse chez l'enfant, d'Œlsnitz a trouvé une hyperleucocytose variant de 12 à 16 000 et une formule variable, tantôt polynucléose, tantôt mononucléose, tantôt équilibre normal.
Dans cinq cas observés par E. Weil et A. Clerc \ le chiffre des leucocytes variait de 8 184 à 28 000; dans tous les cas sauf un, on constatait une polynucléose variant de 70 p. 100 à 90 p. 100.
Dans la tuberculose hypertrophique généralisée des ganglions, Sabrazès - et Duclion^' ont trouvé, en général, une hyperleucocytose avec polynucléose modérée (en moyenne 10 136 leucocytes et 73 p. 100 de polynucléaires), et une diminution des éosinophiles.
1 E. Weil et A. Clerc. Soc. méd. des hôp., 10 oct. 1902.
2 Sabuazès. Lymphadénie tuberculeuse. Bull, de la Soc. d'anal, et de phijs. de Bordeaux, 8 février 1892 ; — Macropoly adénopathie tuberculeuse pseudo-lymphomateuse. Annales médico-chirurgicales du centre, juillet 1903.
3 Ducuox. Thèse Bordeaux, 1896,
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Courmonl, Tixier et Bonnet \ dans un cas de tuberculose généralisée (les ganglions et de la rate suivie de méningite, ont constaté une hyperleucocytose considérable, avec exagération du nombre des lymphocytes.
Sclmr ^ dans un cas où il y avait une hyperplasie généralisée des ganglions, de la rate et du foie, a constaté 240 000 leucocytes ; on peut se demander si dans ce cas il ne s'agissait pas de tuberculose secondaire à une leucémie.
Dans les cas de splénomégalie luherciileuse primitive, accompagnée d'iiyperglobulie, dont nous avons parlé au chapitre des hyperglobulies, il n'y avait pas, en général, de leucocytose ; mais on trouve plusieurs fois signalées de la polynucléose et de l'éosinophilie.
Tuberculose des os et des articulations. — Brown% Dane*, Macléan^, ont étudié la leucocytose dans un très grand nombre de cas de coxalgie, de mal de Pott et dans diverses formes de tuberculose ostéoarticulaire. Ils ont trouvé le plus souvent une hyperleucocytose variant de 10 000 à 15 000 ; quelquefois le nombre des leucocytes est normal ; quelquefois aussi il est très élevé (20 000 à 30 000). L'hyperleucocytose est toujours une polynucléose ; au contraire, dans les cas où le nombre des leucocytes est faible ou normal, surtout chez les cachectiques, on trouve souvent une mononucléose.
Les fortes hyperleucocytoses correspondent en général à des abcès ; mais l'absence de leucocytose ne permet pas de conclure qu'il n'y a point de suppuration. Quand les hyperleucocytoses fortes se développent rapidement, elles sont généralement dues à une suppuration par infection secondaire. Quand elles sont modérées et se développent lentement, elles peuvent correspondre à l'augmentation de l'activité du processus tuberculeux lui-même.
Lorsque l'abcès s'accompagne d'une leucocytose faible, c'est que l'abcès est dû à l'infection bacillaire pure. Si après ouverture de l'abcès, la leucocytose s'élève, c'est qu'une infection secondaire s'est
1 p. CouiiMOXT, L. TisiER et L. Bomnet. De lalymphadénie tuberculeuse ganglionnaire et viscérale. Journ. de pliys. et de path. gén., p. 827, 1829. - ScHUR. Soc. de méd. int. de Vienne, 20 février 1901. 3 Brovvn. Trans. med. soc. of slate of California, 1897, t. XXVIJ, p. 168. * Dane. Boston med. a. surg. Journ., 1896, t. CXXXIV, p. 929. 5 Stuart Macléan. Soc. méd. de Virginie, 21 oct. 1897,
produite ; alors, Thyperleucocytose persiste quelques jours, puis diminue graduellement, à moins que la septicémie ne menace Texistence, auquel cas le taux des leucocytes se maintient élevé durant un certain temps, jusqu'à ce que la crise se produise. Quand l'infection septique a une intensité excessive et annihile les forces de résistance du malade, l'hyperleucocytose fait défaut.
Tuberculose expérimentale. — D'après Acliard et Loeper, la polynucléose s'observe tout au début de l'infection expérimentale par le bacille tuberculeux, disparaît ensuite pour céder la place à la mononucléose, et reparaît quand la caséifîcation se produit.
Lacapère', après inoculation intrapéritonéale ou intraveineuse de bacilles de Koch à des lapins, a vu se succéder les réactions suivantes : Les premiers moments qui suivent l'inoculation sont marcjués par une hypoleucocytose avec mononucléose relative. Une heure après, se montre une hyperleucocytose polynucléaire qui, au bout de deux ou trois jours, décroit et cède la place à la mononucléose ; cette dernière est caractérisée d'abord par raugmentation des lymphocytes, puis par celle des grands leucocytes mononucléaires.
L. Van d. Bulcke - admet que, chez le lapin, l'infection tuberculeuse expérimentale, pourvu qu'il n'y ait pas d'infection secondaire, ne produit pas d'hyperleucocytose, à aucun stade de son évolution, qu'elle soit curable ou mortelle ; au contraire, il se fait une hypoleucocytose en rapport avec l'hypogiobulie.
Evolution; Infections secondaires. — Des données multiples et disparates que nous venons d'exposer, il est bien difficile de déduire des lois générales. On ne peut établir une formule hémoleucocytaire de l'ensemble de la maladie : l'infection tuberculeuse passe, en effet, le plus souvent inaperçue à son début et son évolution échappe à toute règle précise.
Parmi les conditions qui influent sur la formule, sont les infections secondaires; qu'il s'agisse de localisation osseuse, articulaire, ganglionnaire, séreuse, pulmonaire, etc., les tuberculoses ouvertes s'accompagnent généralement d'une hyperleucocytose plus marquée
1 Lacapère. Le macrophaye. Thèse Paris, 1902.
2 L. V. d, ^vhCKT.. Archives internat, de pharmacod. et de Ihérapeul ., 1983, t. XI, 1-2, p. 101.
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que les tuberculose fermées. Le bacille de Koch, à lui seul, u'éveille pas très fortement les réactions leucocytaires.
Il serait intéressant de recherclier non point la formule générale de la tuberculose, mais les modifications de la formule liémoleucocy taire en rapport avec les poussées évolutives de la maladie. Peutêtre verrait-on la polynucléose correspondre aux poussées évolutives et la mononucléose à l'intervalle de ces poussées, ainsi que Achard et Loeper l'ont observé dans l'infection bacillaire expérimentale.
Action des médicaments. — Claude et Zaky chez les cobayes inoculés de tuberculose et morts de l'infection, ont noté une hyperleucocytose et une polynucléose (80 p. 100), avec disparition des éosinophiles et anémie. Chez les cobayes traités par la lécithine et la créosote, qui ont survécu plus longtemps, la formule sanguine était difTérente : ils ont vu une hyperleucocytose légère, le taux des polynucléaires n'a pas dépassé 60 p. 100 ; le chiffre des éosinophiles a atteint jusqu'à 12 p. 100 dans la période de réaction initiale.
Action de la tuberculine. — Les injections de tuberculine de Koch provoquent chez les tuberculeux, en même temps qu'une réaction fébrile, une réaction leucocytaire.
Uskow, Tchistovitch -, Zappert', Botkin*, Neusser % Canon", ont vu que l'injection de tubercidine est suivie d'une hyperleucocytose polynucléaire passagère, à laquelle succède une réaction éosinophilique importante.
Les leucocytes éosinophiles diminuent pendant le stade fébrile qui suit l'injection, comme pendant les maladies infectieuses et ne s'élèvent que pendant la période consécutive. L'éosinophilie peut être considérable (47 et même 85 p. 100); dans un cas de Zappert, il y avait 3 220 éosinophiles par millim. cube. Non seulement la proportion, mais le nombre des éosinophiles peut devenir considérable, comme l'a vu Grawitz qui, trois semaines après une série d'injec-
* Claude et Zaky. Soc. de biologie, 10 mai 1902.
2 Tchistovitch. Berlin, klin. Woch., 1891, p. 835.
3 Zappert. Zeitsch. f. klin. Medicin, Bd. XXIII.
4 BoTKiN. Deut. med. Woch., 1892, p. 321.
^ Neusser. Wiener med. Presse, 1892, n° 3-S.
« Canon. Deut. med. \Aoch., 1892, p. 206.
" Grawitz. Klinische Pathologie des Blutes, Berlin, 1896,
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
lions de tuberculine, observa 41 000 leucocytes éosinophiles sur 45 000 globules blancs. L'éosinophilie est persistante ; on Ta vu, dans un cas, durer dix semaines.
L'effet produit sur les animaux tuberculeux est comparable. Liebmann ' a vu chez des lapins et des cobayes l'injection de tuberculine suivie d'une augmentation considérable des leucocytes polynucléaires, d'une augmentation modérée des mononucléaires et de l'apparition d'un grand nombre de mastzellen.
Syphilis. — Les auteurs qui ont étudié l'hématologie de la syphilis s'accordent à reconnaître que cette maladie s'accompagne àliyperleucocytose.
A la période du chancre, la leucocytose est, en général, très légère, d'après Sabrazès et Mathis - (9 000 globules blancs en moyenne) ; elle est un peu plus accentuée, suivant Loeper, qui dans six cas l'a vu varier de 13 000 à 15 000.
A la période secondaire, la leucocytose est plus accentuée et varie de 9 000 à 24 000, surtout entre 12 et 15 000 d'après Sabrazès et Mathis ; elle n'atteint pas en général un chifîre très élevé, sauf dans des cas exceptionnels, comme celui de Dominici ' où il y avait 50 000 globules blancs. Dans quelques cas, le chifîre des leucocytes est normal ou même inférieur à la normale. Jellenef* pense que l'hyperleucocytose est plus en rapport avec l'extension des lésions qu'avec le développement des organes lymphoïdes ; il a vu la leucocytose dans des cas où les adénopathies faisaient défaut.
Le traitement antisyphilitique paraît amener une légère augmentation de la leucocytose, suivant Sabrazès et Mathis ; une diminution suivant d'autres.
A la période des accidents tertiaires, la leucocytose est très variable : le plus souvent elle oscille entre 9 000 et 13 000 globules blancs (Sabrazès et Mathis), entre 8 500 et 17 000 (Konried s) ; quelquefois elle fait défaut ; même il peut y avoir leucopénie.
1 LiEBMANN. Vlrchow's Archiv, Suppl., t. CXLIV, p. 123.
2 Sabrazès et Mathis. Soc. de biologie, 1902. — Mathis. Thèse de Bordeaux, 1901.
3 Do.MiNici. Presse médicale, 1898, t. J, p. 468.
* Jellemel. Annales de dermatologie, 1892, p. 924. KoNRiED, Wiener klin. Wocli., 1893, p. 341.
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La syphilis héréditaire du nourrisson s'accompagne d'une liyperleucocytose constante et assez marquée (12 à 24 000).
Les variations de Véquilibre leiicocylaire sont, en général, peu accentuées ; les opinions des auteurs sont contradictoires : pour les uns (Virchow, Reiss, Biegansky^, Neumann -, Becker, Bille ^, Grawitz, Ga dit Gentil, Sorrentino, Nicola, l'augmentation porterait sur les leucocytes mononucléaires; pour Jawein ^% Badaeli^, on observerait surtout de la polynucléose.
L'équilibre leucocytaire n'est pas le même aux diverses périodes.
Sabrazès et Mathis admettent c[u'au moment du chancre on observe plutôt une légère mononucléose ou bien un équilibre normal des leucocytes ; Loeper a toujours trouvé une prédominance marquée des lymphocytes.
A la période secondaire et tertiaire, il y aurait, en général, augmentation légère des polynucléaires (70 à 80 p. 100), suivant Sabrazès et Mathis. Quelquefois, par contre, on observe de la mononucléose. Zeleneff, Monod'', ont vu que la formule de certaines syphilis secondaires se rapproche de la leucémie lymphatique ; Carrière ^, dans un cas de typhose syphilitique, a trouvé une hyperleucocytose avec mononucléose (79 p. 100).
Quelques auteurs, entre autres Drobny, Ossendovsky % ont signalé de l'éosinophilie à la période secondaire; pour Bille, l'éosinophilie serait d'autant plus abondante que les efïlorescences de la peau seraient plus étendues ; Sabrazès et Mathis ont trouvé 2 à 4 p. 100 d'éosinophiles au moment des accidents secondaires et tertiaires. Peter'-' nie l'éosinophilie.
D'après les observations que nous avons recueillies, il nous semble que la syphilis ne détermine point une formule hémoleucocytaire constante : à la période secondaire, on note tantôt une légère mononucléose, tantôt une légère polynucléose^ sans qu'il paraisse y avoir
1 BiEGANSKY. Arch. f. Dermal. u. Syphilig., 1892, Bd XXIV.
2 Neumann. Wiener klin. Woch., 1893, n" 9.
3 RiLLE. Wiener klin. Woch., 1893, p. ISS, n" 9. * Jawein. Thèse de Saint-Pétersbourg, 1896.
ô Radaeh. Giornale ital. délie malatlie vener., 1896, p. S30.
6 MoNOD. Thèse de Paris, 1900.
' Carrière. Gazette des hôpitaux, 19 janv. 1901.
' Ossendovsky. Thèse de Dorpat, 1903.
» Peter. Dermat. Zeit., 1897, t. IV, p. 669.
de rapport entre la formule sanguine et l'extension des lésions ou Tapplication du traitement. Cependant, la syphilis altère profondément le sang : outre l'anémie et les déformations globulaires, elle provoque souvent l'apparition de formes cellulaires anormales : mononucléaires à granulations neutrophiles dans la proportion de 1 à 2 p. 100, hématies nucléées ; les leucocytes éosinophiles sont légèrement augmentés (2 à 4 p. 100) ; les mastzellen sont plus nombreuses que normalement (1 à 2 p. 100).
Il est possible que la formule leucocytaire de la syphilis soit surtout en rapport avec l'évolution de la maladie. S'il n'y a pas de formule générale propre à la syphilis, il y a sans doute des modifications en rapport avec chacun des retours offensifs de l'infection. Loeper ' pense que le sang des syphilitiques secondaires, dans les périodes d'accalmie, est riche en lymphocytes ; que les poussées aiguës, culanées ou muqueuses, y font apparaître une hyperleucocytose avec polynucléose ; que l'éosinophilie se voit surtout au décours des poussées aiguës et dans les périodes intercalaires. On comprendrait ainsi que les résultats soient différents suivant le moment auquel a été pratiqué l'examen du sang, et que les opinions des auteurs sur la formule leucocytaire des syphilitiques ne concordent pas. Pour fixer celte formule, il serait nécessaire de reprendre l'étude du sang des syphilitiques non plus au hasard, mais en suivant systématiquement les modifications de la formule en rapport avec l'évolution des accidents chez un même sujet.
Dans la syphilis héréditaire précoce, Sabrazès et Mathis signalent une légère polynucléose, sans éosinophilie notable (2 à 4 p. 100). Cependant tous les cas ne sont pas comparables ; ainsi Radaeli, dans un cas grave d'hérédo-syphilis, a trouvé des cellules myélogènes et des globules rouges nucléés ; Cima a constaté souvent des globules blancs chargés d'hémoglobine, de grandes cellules granuleuses sans noyau et quelquefois des myéloplaxes ; dans deux cas existaient des globules rouges nucléés et de nombreuses cellules éosinophiles. Loos a observé une hyperleucocytose constante (12 000 à 58 000) avec mononucléose et passage de myélocytes et d'hématies nucléées
1 Loeper. Arch. de parasitologie, février 1903, p. 521.
2 Loûs. ^Yienel• klin. Woch., 1892, p. 291.