HÉMORRAGIES
Hémorragies. — Les hémorragies sont suivies en général d'une hyperleucocytose .
Des expériences de Hûhnerfauth ^ et de celles de Lyon, faites sur des chiens, il résulte que : le nombre des leucocytes subit d'abord une diminution notable pendant les premiers instants qui suivent l'hémorragie; mais bientôt il s'accroît progressivement, pour atteindre en Tespace de 6 à 24 heures un maximum (40 000 à 60 000) ; il décroît ensuite progressivement durant 3 à 4 jours ; mais reste
1 Mac Phail. Journ. of mental sciences, t. XXX, p. 378.
2 Capps. Amer. Journ. of med. sciences, t. GXl, p. 630.
3 Langdon et Bamfort. Ibid., 1896, p. 239. '
4 Jelliffe. Bull. New York Sta/e Horp., 1897, p. 397.
5 KoiiLMANN. Bull. New York Stale Horp., 1S97, p. 77. — Smith. Journ. of in Sanitz, 1890, fi Kroumbiller. Thèse de Saint-Pétersbourg', 1898.
' Ro.NCORiNi. Arch. d. Psychiatrie, 1894, p. 293. ^ Hûhnerfauth. Virchow's Archiv, t. LXXVI, p. 310.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
encore au-desj us de la normale pendant 2 à 3 semaines. Rieder a obtenu des résultats analogues ; mais il a vu manquer l'hyperleucocytose dans un cas d'hémorragie abondante.
Chez l'homme, les hémorragies produisent aussi une hyperleucocytose^ mais les résultats sont moins constants que dans les conditions expérimentales. Après une opération chirurgicale accompagnée d'hémorragie abondante, Lyon ^ trouva au bout d'une heure 41 625 leucocytes, après 10 jours 14 300 et pendant une semaine encore une légère augmentation quantitative. Dans un cas de leucémie, la splénectomie fit monter brusquement le nombre des leucocytes de 463 000 à 850 000, et cette augmentation persista jusqu'à la mort qui survint quelques heures après l'opération.
Rieder a rapporté aussi quelques exemples de leucocytose posthémorragique chez l'homme, après une hémoptysie tuberculeuse, après une métrorrhagie cancéreuse, après une gastrorrhagie au cours d'un ulcère de l'estomac.
L'intensité de la leucocytose est généralement en rapport avec l'abondance et la rapidité de l'hémorragie ; elle accompagne la rénovation sanguine ; mais elle disparaît avant que le sang se soit réparé. L'augmentation du nombre des leucocytes porte principalement sur les polynucléaires. Rieder a trouvé jusqu'à 97 p. 100 de leucocytes polynucléaires aussitôt après l'hémorragie. Quelquefois les éosinophiles sont aussi très nombreux (Lyon, Hall et Eubank). On voit souvent apparaître, au moins d'une façon transitoire, quelques myélocytes dans le sang circulant; Ehrlich et Lazarus ont trouvé dans un cas 13,7 p. 100 de myélocytes.
L'hyperleucocytose posthémorragique est en rapport avec la rénovation sanguine et avec l'excitation des fonctions de la rate et de la moelle des os, due à la perte du sang. Ainsi que nous l'avons exposé, les soustractions de sang représentent en effet le meilleur moyen pour réveiller l'activité des organes hématopoïétiques ; le passage d'hématies nucléées et de myélocytes dans la circulation, l'état histologique de la rate et de la moelle osseuse après les saignées prouvent l'existence de cette réaction hématopoïétique.
1 Lyon. Virchow's Archiv, t. LXXXIV, p. 207.
LEUCÉMIES.
LEUCÉMIES
Les premiers observateurs qui ont étudié la leucocythémie en avaient donné comme critérium l'augmentation excessive du nombre des globules blancs et du rapport du nombre des globules blancs à celui des globules rouges. Pour qu'il y eut leucocythémie, on admettait que le nombre des leucocytes devait s'élever au moins à 70 000 et que le rapport des globules blancs aux globules rouges devait être au moins de
ou
Mais, cette formule n'est pas suffisante pour caractériser la leucémie; en effet, dans un cas de leucémie, rapporté par N. Noorden, il n'y avait pas plus de 20 000 leucocytes et le rapport des globules blancs aux globules rouges ne dépassait pas ^ ; nous pourrions citer d'autres exemples analogues. Au contraire, dans certains cas d'iiémoglobinurie où il y a une forte destruction d'hématies avec une leucocytose abondante, on peut trouver un rapport analogue à celui qu'on voit dans les leucémies.
La leucémie est caractérisée, non seulement par Vaccroisseuient du nombre des leucocytes, mais aussi par des altérations spéciales de la formule leucocytaire q le nous allons maintenant étudier.
On a coutume aujourd'hui, depuis les travaux d'Ehrlich, de distinguer deux variétés de leucémie : 1° la variété lymphogène ; 2° la variété myélogène.
Cette division correspond aux notions anatomo-physiologiques que nous possédons sur la genèse des globules blancs.
Les organes hématopoïétiques sont constitués par deux variétés distinctes de tissu réticulé, qui donnent chacune naissance à des cellules différentes : le tissu lymphoïde, aux leucocytes non granuleux (lymphocytes et ses dérivés) ; le tissu myéloïde aux leucocytes granuleux (leucocytes mono et polynucléaires à granulations éosinophiles, neutrophiles, basophiles) et aux hématies nucléées.
Les observations combinées hématologiques et analomopathologiques de ces dernières années ont permis d'asseoir sur des bases solides la division proposée par Ehrlich
La conception d'Ehrlich est aujourd'hui généralement adoptée. Cependant un certain nombre d'auteurs, parmi lesquels Walz, Pappcnheim, Grawitz, s'en tiennent encore à rancienne
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
La leucémie lymphatique, est caractérisée auatomiquement par une prolifération du tissu réticulé Ijmphoïde au niveau des ganglions lymphatiques, de la rate et même de la moelle osseuse, de telle sorte que le tissu lymphoïde se substitue au tissu myéloïde de ce dernier organe. Elle a pour formule hématologique l'augmentation considérable du nombre des cellules lymphoïdes et la disparition presque complète des leucocytes granuleux.
La leucémie myélogène est caractérisée anatomiquement par une hyperplasie du tissu myéloïde, non seulement au niveau de la moelle des os, mais encore dans la rate et même dans les ganglions, et par sa substitution au tissu lymphoïde. Elle est caractérisée hématologiquement par l'essaimage dans le sang de cellules myéloïdes, leucocytes granuleux, neulrophiles, acidophiles ou basophiles, mono ou polynucléés, qui remplacent peu à peu les éléments du sang normal.
Leucémie lymphatique chronique. — L'état du sang est tout à fait caractéristique (voir planche VI, fig. 1).
Le nombre des leucocytes est augmenté dans des proportions considérables ; il atteint 130 000 (M. Labbé)', 302 238 (Petit et Weil) ^ 761 000 (Widal et Merklenj^.
La formule leucocytaire est absolument bouleversée, et caractérisée par une lymphocytose excessive ; la proportion des lymphocytes atteint 90 à 95 p. 100 et même jusqu'à 99 p. 100 du nombre des leucocytes.
Il s'agit de lymphocytes typiques, petits, avec un noyau rond ou légèrement réniforme, bien net, bien coloré, possédant un gros nucléole, et entouré d'une étroite bande de protoplasma assez fortement basophile.
théorie de Neumann qui fait dériver toutes les leucémies d'une hyperplasie de la moelle osseuse. Pour ces auteurs, que le sang présente la réaction lyniphocylique ou myélocytique, il s'agit toujours d'une leucémie myélogène, car la moelle est toujours malade, même dans les leucémies lymphoïdes les plus typiques, tandis que le système lymphatique peut être intact dans les cas de leucémie lymphogène à évolution aiguë ou môme à évolution chronique (Grawitz) ; en un mot, il y aurait bien des cas certains de leucémie myélogène pure, mais il n'y aurait pas de leucémie lymphogène pure. Il n'y aurait pas deux espèces de leucémie, mais une seule leucémie avec un état variable du sang.
1 M. Labbé. Soc. anatomique, 30 juin 1899.
■ Petit et Weil. Soc. méd. des llôp., 30 mars 1900. Widal et Merrlen, Soc. méd. des hôpitaux, 16 mars 190O.
LEUCÉMIES.
6ol
Le plus souvent, ce sont de petits lymphocytes d'un volume à peine supérieur à celui des hématies ; cependant on voit aussi quelques lymphocytes plus volumineux et, dans quelques observations de leucémie chronique, presque tous appartenaient à la grande espèce (Friinkel, Grawitz, Cabot). C'est peut-être dans cette dernière catégorie qu'il faut ranger les trois observations de leucocythémie chronique publiées par Hayem et Lion \ où les globules blancs appartenaient à la classe des mononucléaires incolores ou translucides.
Un certain nombre de leucocytes paraissent altérés et sont réduits à leur noyau. Suivant Gumprecht -, un dixième environ des lymphocytes du sang sont en voie de destruction. La destruction commence par le noyau : tantôt il se colore plus énergiquement et se montre formé de masses fortement colorées (karyorrhexis) ; tantôt il perd sa colorabilité et forme de grosses masses irrégulières, quelquefois en feuille de chêne (karyolysis). Plus tard, le protoplasma dégénère aussi.
Ces dégénérescences existent-elles déjà dans le sang circulant? Askanazy pense qu'il s'agit de lésions produites artificiellement par l'étalage du sang sur les lymphocytes plus altérables que normalement, car elles manquent toujours sur les préparations fraîches non colorées, et s'observent principalement dans les points des préparations colorées où la couche sanguine est la plus mince et où l'étalement a pu écraser les leucocytes. Mais si les leucocytes se détruisent ainsi au moment où on les étale, c'est qu'ils sont déjà en voie de dégénérescence ; d'ailleurs, l'excrétion augmentée d'acide urique chez ces malades plaide en faveur d'une destruction abondante de leucocytes.
Les autres espèces leucocytaires du sang sont généralement diminuées, proportionnellement et absolument. Les leucocytes polynucléaires peuvent tomber au-dessous de 1 p. 100; les éosinophiles, les maslzellen sont en très petit nombre. Les myélocytes font presque toujours défaut.
L'état leucémique que nous venons de décrire s'observe en général dès le premier examen du sang, en même temps que l'hyper-
1 Hayem et Lion. Soc. viéd. des hôpitaux, 9 mars 1000.
2 GuMPBECHT, Deut, Arcli. f. Idin, Medicin, 1896, t. LVU, p. o23,
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trophie des ganglions el de la rate. L'augmentation du nombre des leucocytes et de la proportion des lymphocytes est progressive jusqu'à la mort, avec de légères rémissions.
Mais dans certains cas bien caractérisés, il est curieux de voir la formule leucocytaire rester à peu près invariable jusqu'à la mort ainsi, dans un cas de Baldwin suivi durant deux mois et demi, six examens de sang ont montré une déglobulisation progressive (de 3 010 000 à 2 435 000), une hyperleucocytose croissante (de 695 000 à 1 H3 000, avec abaissement à 959 000 les derniers jours), une proportion de lymphocytes qui n'a varié que 98,14 à 98,94 p. 100, tandis que celle des polynucléaires se maintenait entre 0,28 et 0,88 p. 100, celle des formes de transition entre 0,22 et 0,92 p. 100, celle des éosinopbiles entre 0 et 0,02, celle des myélocytes entre 0,06 et 0,48.
Dans quelques cas, on a observé la diminution et même la disparition de la lymphocytose. Celle-ci peut être remplacée par une polynucléose à la suite d'une infection intercurrente.
h' anémie est un symptôme constant de la leucémie, mais elle n'est point précoce. Pendant assez longtemps, le nombre des érythrocijtes reste au-dessus de 4 millions; plus tard, quand la cachexie fait des progrès, il s'abaisse et peut tomber au-dessous de 2 millions (1 829 000 Hirtz et Labbé ' ; 1 292 000 Petit et AVeil).
L'abaissement de V hémoglobine est à peu près proportionnel à celui des érythrocytes.
Les hématies nucléées sont en général peu nombreuses ; elles sont beaucoup moins abondantes que dans la leucémie myélogène.
Leucémie lymphatique aiguë. — A côté de la leucémie lymphatique chronique, affection à début lent, à marche insidieuse, longtemps apyrétique, doit prendre place, en raison de l'analogie de la formule leucocytaire, un état offrant des allures cliniques très différentes, caractérisé par un début brusque, une évolution rapide, accompagnée souvent de fièvre très élevée.
Cette leucémie aiguë ou lymphémie aiguë, décrite par Ebstein -,
1 Hirtz et M. Labbé. Soc. méd. des hôpitaux, 16 mars 1909.
2 EpsTEiN, Arch. f. Min, Med., Bd. 44, S, 343,
LEUCÉMIES.
Frœnkel', Benda", Bradford et Shaw % en France par Gilbert et E. WeiH, est caractérisée par la formule hématologique suivante :
1° A Aie/nie intense et progressive ; le nombre des hématies, variant en général de trois à un million, peut tomber au-dessous d'un million ; diminution de Vhémoglohine et augmentation de la valeur globulaire. Formation de globules géants et de globules rouges nucle'e's, ces derniers rares, suivant Frœnkel.
L'anémie, dans quelques observations de Litten^, de Waldstein*^, Gottlieb, Kôrmôczi \ semble avoir été le premier et seul symptôme ; l'augmentation considérable du nombre des leucocytes, permettant de porter le diagnostic de leucémie, n'est apparue que deux ou quatre jours avant la mort.
En général cependant, l'état leucémique du sang se constitue en même temps que les premiers symptômes; le nombre des globules blancs est augmenté, mais beaucoup moins, en général, que dans la leucémie lymphatique chronique ; il est de 50 000 à 80 000, en moyenne ; Gilbert et Weil ont trouvé dans un cas seulement 22 à 27 000, dans un autre, 42 000 ; dans certains cas cependant, la leucocytose est plus considérable et l'on peut constater autant de leucocytes que d'hématies. Le nombre des globules blancs va croissant très rapidement dans certaines observations : en cinq jours il est monté de 74 000 à 280 000, dans un cas d'Ehrlich ; en huit jours, de 34 000 à 68 000 dans un cas de Bradford et Shaw.
Mais ce qui caractérise surtout la leucémie aiguë, c'est la formule he'moleucocy faire ^ très spéciale et presque toujours identique à ellemême dans les diverses observations.
• Le nombre absolu des leucocytes polynucléaires est normal ou diminué ; ils peuvent même avoir disparu de la circulation ; la proportion des leucocytes éosinophiles est à peu près normale ou légèrement diminuée : 1 p. 100, quelquefois 6 p. 100 (Bradford et
1 Froenkel. Deut. med. Woch., 1895 ; et Congrès de Berlin, 1897.
2 Benda. Congr. ail. de méd. int. de Berlin, 9 et 12 juin 1897.
3 Bkadford et Shaw. Soc. roy. méd. et chir. de Londres, 4 juin 1898. ^ Gilbert et E. Weil. Arch. de méd. exp., 2 mars 1899.
^ LiTTEN. Zur Lehre v. d. Leukamie. XVII. Congress f. inn. Med., 1892, p. 139. ^ Waldstein. Virchow's Archiv, 1883, t. XGI, p. 12. 1 Kôrmôczi. Deut. med. Woch., 1899, n» 15.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
Shaw) ; l'état leucémique est dû à l'accumulation des leucocytes mononucléaires qui se présentent ici le plus souvent ainsi que l'ont montré Frœnkel, Ehrlich, Gilbert et Weil, sous forme de gros leucocytes mononucléaires à noyau arrondi ou ovale, à protoplasma fortement basophile, et rarement sous forme de petits lymphocytes; on voit quelques figures de karyokinèse.
Les myélocytes neutrophiles sont en nombre infime (0,4 et 0,6 p. 400, dans 2 cas de Bradford et Shaw).
Certains auteurs allemands ont désigné les gros leucocytes mononucléaires de la leucémie aiguë sous le nom de Markzellen, dénomination mauvaise, car elle tendrait à faire croire à l'origine médullaire de ces cellules, alors que tout concorde (absence du petit nombre de polynucléaires, de myélocytes, d'hématies nucléées) pour faire admettre que la leucémie aiguë est une leucémie lymphatique.
Certains cas de leucémie aiguë s'accompagnent d'hémorragies si abondantes et si répétées qu'au point de vue clinique on porte le diagnostic de purpura. L'étude de la formule hémoleucocytaire montre qu'il s'agit en réalité de la leucémie aiguë. Il en était ainsi dans les observations d'Apert', de Guinon et Jolly % de Haushalter et Richou ', de Bezançon et Clerc*, de Oulmont et Ramond % de liirtz et Labbé, de Green'', rassemblées dans la thèse de Gardavot^, et dans celles de Hayem et Bensaude^ Millard et Girode^, de Brown
Chlorome. — Le chlorome de King, ou cancer vert d'Aran^^ présente les relations avec la leucémie lymphatique aiguë. Des
1 Apert. Soc. anat., janvier 1898, n" 118.
2 Gui.N'ON et JoLLY. Revue mensuelle des mal. de l'enfance, juin 1899, p. 262.
3 Haushalter et Richou. Arch. de méd. des enfants, juin 1899, p. 336.
* Bezasçon et Clerc. Soc. anat., 7 juillet 1899.
ô Oulmont et Ramond. Soc. de biologie, 29 juillet 1898. 6 Green. Leucémie aiguë. Thèse Paris, 1900.
I Gardavot. Leucémie aiguë hémorragique. Thèse Paris 1903.
* Hayem et Bensaude. Soc. méd. des Hôpitaux, 13 février 1903.
9 Millard et Girode. Soc. méd. des Ilôp., 19 mars 1903.
10 Brown. Edinburgh Royal Médical Society in Lancet, 1 février 1903.
II Arax. Arch. gén. de méd., 18.j4, t. IV. p. 38.5,
LEUCÉMIES.
travaux de Recklingliaiisen, de Dock*, de Paviol -, de Lang ^ nous Tonl fait connaître.
Les principaux symptômes consistent dans l'exophtalmie , la surdité, le gonflement des régions temporales et occipitales, auxquels s'ajoute, plus ou moins tard, une leucémie à évolution rapide et fatale.
Ces symptômes tiennent à la production de lymphomes périostiques de l'orbite et du crâne ; ces lymphomes peuvent se généraliser aux autres os de l'économie et envahir les organes hématopoïétiques et les autres viscères ; toutes les tumeurs ont une coloration verte.
Au début, on note seulement une anémie intense, progressive, puis le sang prend les caractères de la leucémie lymphatique aiguë.
Leucémie myélogène chronique. — L'état du sang est absolument caractéristique (Voir planches V, fig. 1 ; VI, fig. 2; VII, fîg. 1).
1° Le nombre des globules blancs est augmenté, et atteint des proportions considérables (200 000 à 600 000 par millim. cube).
2° Les leucocytes appartiennent à un très grand nombre de variétés ; on retrouve les espèces qui existent dans le sang normal, et en outre une série d'espèces leucocytaires qui, normalement, restent confinées dans la moelle des os.
a) Des leucocytes polynucléaires à granulations neutrophiles semblables à ceux du sang normal; leur quantité absolue est augmentée, mais leur pourcentage est très diminué. Dans les cas de Lazarus, on les voit varier de 6 à 60 p. 100.
p) Des leucocytes polynucléaires à granulations acidophiles. Ehrlich a attaché une importance considérable à l'augmentation du chiffre de ces leucocytes pour le diagnostic de la leucémie ; cette opinion est exagérée, car il y a des cas de leucémie où les éosinophiles sont relativement peu augmentés ; des cas même où ils font défaut (Gouget) ; et d'autre part il y a des cas de parasitisme n'ayant
Dock. Am. Journ. of Ihe ined. se, août 1893.
2 Paviot et Gallois. Gaz. hebdom., 189T, p. 20.
3 Lakg. Arch. gén. de méd., 1898, t. II, p. 98.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
rien à voir avec la leucémie myélogène où le chiffre des éosinophiles est beaucoup plus élevé que dans la leucémie,
y) Des leucocytes polynucléaires à granulations basophiles ou mastzellen, en nombre beaucoup plus grand qu'à l'état normal, fait auquel Ehrlich accorde une g^rande signification.
5) Des lymphocytes et des leucocytes mononucléaires moyens et gros ; parmi ces derniers, quelques-uns atteignent d'énormes dimensions. Généralement leur chiffre absolu est augmenté, leur chiffre relatif est diminué. Bezançon et Weil ont noté la disparition complète des lymphocytes dans un cas. Par contre, Sabrazès a vu, dans un cas, des lymphocytes petits et géants en proportion très considérable.
s) Des leucocytes mononucléaires à granulations neutrophiles^ éosinophiles ou basophiles^ que l'on désigne sous le nom de myélocytes.
Les dimensions de ces myélocytes sont très variables. La plupart sont volumineux, surtout les myélocytes à granulations neutrophiles ; on voit des formes géantes qui mesurent jusqu'à 26 [j. de diamètre (Sabrazès). A côté de ceux-ci, on rencontre d'autres myélocytes qui sont, au contraire, très petits (formes naines) ; les myélocytes à granulations basophiles comptent parmi les plus petits ; quelques-uns ne dépassent pas le volume d'un petit lymphocyte et les granulations débordent à peine le noyau.
Le nombre des granulations est aussi variable : tantôt la cellule en est abondamment remplie, tantôt au contraire les granulations sont rares, disséminées, accumulées à un seul des pôles de la cellule.
Les myélocytes neutrophiles et éosinophiles sont doués de mouvements amiboïdes^ ainsi que l'a constaté Jolly ; mais leur activité et leur résistance sont moindres que celles des leucocytes du sang normal (Maurel) ^
La proportion de ces différentes espèces de myélocytes est variable d'un cas à l'autre. Généralement, les myélocytes à granulations neutrophiles sont les plus abondants ; dans certains cas de Lazarus, on les voit atteindre 83 p. 100. Mais il y a des cas où les éosinophiles
i Maukel, Soc. de biologie, 24 juillet 1897.
LEUCÉMIES.
l'emportent, et d'autres où les basophiles sont les plus nombreux. Il y a des cas de leucémie myélogène caractérisés essentiellement par une émigration de mastzellen ; dans une observation de Bezançon etWeiP, ces cellules représentaient un tiers des leucocytes; dans un cas de Lazarus, 47 p. 100 ; dans un cas de Milchner - 23,9 p. 100 ; dans une observation de Levaditi % il y avait aussi une quantité considérable de mastzellen.
La classification des diverses espèces de leucocytes est parfois très difficile.
Un certain nombre d'entre eux sont en voie de destruction, leurs noyaux sont mal colorés, irréguliers, leurs granulations éparpillées. Il y a même certains cas de leucémie où la majorité des cellules sont mal formées, où les granulations sont à peine visibles, de sorte que leur étude est rendue très difficile.
On voit de nombreuses formes de transition entre les myélocytes et les leucocytes polynucléaires (Bezançon et Weil).
Certaines cellules ont des granulations difficiles à caractériser : elles tiennent des acidopbiles par leur grosseur et s'en distinguent par leur absence de coloration avec l'éosine- On voit d'ailleurs quelquefois, dans une même cellule, à côté des fines granulations neutrophiles, des granulations neutropbiles plus grosses ayant le double contour des granulations éosinophiles.
Enfin, on rencontre des cellules anormales qu'on ne sait dans quelle catégorie ranger.
Blackstein, Zappert ont vu des grands mononucléaires non granuleux ayant la forme et les dimensions des myélocytes, en proportion considérable (17 p. 100 dans un cas, 70 p. 100 dans l'autre).
Georgiewski a vu des leucocytes polynucléaires, qui après coloration par le triacide, ne présentaient pas de granulations visibles.
3° Un certain nombre de leucocytes du sang sont en voie de division par karyokinèse^ fait qui ne se voit jamais dans le sang normal.
4° Uariémie n'est pas un caractère essentiel de la leucémie
1 F. Bezançon et E. Weil. Soc. jnéd. des hôp.. 22 juin 1900.
2 MiLCHNEU*. Zeit. f. klin. Med., 1899, t. XXXVII.
3 Levaditi. Un cas de leucémie myélogène. Jour», de phijsiol. et de path. gén., 1.5 mai 1901 p. 424.
myélogène. Souvent elle n'apparaît qu'à une période tardive ; elle est plus précoce lorsqu'il y a eu des hémorragies répéLées. Il est fréquent de voir des leucémies bien caractérisées, développées déjà depuis plusieurs mois, ne pas présenter d'anémie. Dans plusieurs cas de Cabot, le chiffre des hématies était de 4 800 000 à 5 000 000.
Le nombre des globules rouges s'abaisse d'abord aux environs de 4 000 000 ; ce n'est qu'à une période tardive, lorsque la cachexie s'établit, qu'on le voit tomber au-dessous de 2 000 000, parfois même au-dessous de 500 000.
Des hématies nucléées apparaissent en nombre variable, parfois considérable ; ce sont surtout des normoblastes ; mais il y a aussi des mégaloblastes. Quelques-uns sont en voie de division karyokinétique.
On voit dans presque tous les cas des hématies polychromatophiles et à grains basophiles.
De même que le nombre des hématies, la quantité Ôl hémoglobine est souvent peu abaissée.
Rapport du nombre des globules blancs à celui des globules rouges. — Autrefois on considérait que les rapports de et représentaient les limites de séparation des leucocytoses pathologiques et des leucémies. Mais cette limite est artificielle ; V. Noorden', dans un cas de leucémie myéloïde, a trouvé le rapport ~. Parfois, au contraire, le rapport tombe à ou
Dans le cours de la maladie, ce rapport varie considérablement. Il s'élève en général de plus en plus. Les variations sont parfois très rapides d'vm instant à l'autre ; ainsi Hayek - a vu le même jour :