MALADIE DE BANTI
§ V. - Maladie de Banti.
Banti', qui avait déjà décrit des cas d'anémie splénique et de splénomégalie primitive avec anémie, qu'il considérait comme une forme splénique de la leucémie, a attaché ensuite son nom à un syndrome, caractérisé tout d'abord par l'association par de l'hypertrophie de la rate et de l'anémie, et se terminant par l'apparition de la cirrhose hépatique et de l'ascite. La maladie passe par trois phases : 1° période d'hypertrophie de la rate ; 2° période d'anémie progressive ; 3° période de cachexie,
Banti ne donne pas de caractéristique hémalologique à ce syndrome et dit que les modifications observées dans la formule sont seulement celles qu'amène toute anémie secondaire. Dans les cas observés par Senator-, il y avait une anémie moyenne, avec abaissement de la valeur globulaire, et une leucopénie, tantôt avec formule normale, tantôt avec lymphocytose.
La maladie semble distincte de la pseudo-leucémie, comme le montrent les lésions observées à l'autopsie. La rate, très volumineuse, est le siège d'une périsplénite très marquée et d'une sclérose intense de ses artères et de son tissu réticulé^ avec atrophie des éléments lymphoïdes des corpuscules de Malpighi et de la pulpe. Le foie est le siège d'un certain accroissement du tissu interlobulaire, qui renferme dans ses mailles un nombre variable de cellules lymphoïdes.
Banti pense qu'il s'agit là d'une maladie primitive de la rate ; il s'appuie sur ce fait que l'hypertrophie de la rate est déjà très considérable, alors que l'anémie est encore peu marquée, et sur les bons résultats obtenus par la splénectomie. Comme le fait remarquer A. Wentworth^, dans un article critique, les lésions décrites par Banti, pas plus que les symptômes cliniques, n'autorisent à faire de cette maladie une entité morbide. Dans certains faits étiquetés maladie de Banti pendant la vie, l'autopsie a révélé, soit de la
1 Banti. Lo Sperimentale, 1894; et Policlinico, 1898.
2 Senator. Berlin, klin. Woch., 1901, n° 46.
3 Wentworth. The Boston medic. and surg. Journal, t. GXLV, p. 374, 402, 433, 461, 488.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
syphilis hépatique (Coopland) ^, soit de l'endocardite (Williamson) -, soit du lymphome malin (Pel et Ebstein, etc.).
§ VI. — Splénoinég-alie primitive de Debove et Brulil.
Sous ce terme, Debove et Bruhl ont décrit, comme une espèce à part, une variété de mégalosplénie qui diffère de la leucémie par l'absence d'augmentation du nombre des globules blancs et des tumeurs malignes de la rate par sa longue durée. Les auteurs insistent sur le début le plus souvent insidieux de la maladie, sar l'existence de crises douloureuses dans l'hypocondre gauche, tenant à la périsplénite, sur l'asthénie extrême du malade et son anémie intense, sur la présence enfin d'hémorragies, en particulier d'hémorragies gastriques. La maladie a une marche progressive et continue, parfois assez lente, durant plusieurs années, 18 mois au minimum.
La formule sanguine est caractérisée par la diminution parfois considérable du nombre des globules rouges (2 à 3 000 000, moins de 1 000 000 même dans certaines formes avancées) ; par la pauvreté en hémoglobine, qui peut tomber au 1/6 de la normale ; enfin surtout, par l'absence d'hématies nucléées. Le chiffre de globules blancs reste normal ou subit une légère et passagère augmentation (15 000 ou 20 000). L'absence de toute autopsie personnelle, comme le font remarquer Debove et Bruhl \ ne leur permet pas de formuler une opinion motivée sur la nature de cette forme de splénomégalie, qu'ils cherchent seulement à différencier des splénomégalies secondaires aux cirrhoses, et des splénomégalies de la leucémie ou de la pseudo-leucémie.
§ VII. — Tumeurs primitives de la rate.
La rate peut être, quoique exceptionnellement, le siège d'une tumeur primitive. Gaucher*, a décrit sous le nom d'épithélioma
1 CooPLAND. British med. Journ., 1896, II, 719-728.
2 WiLLiAMSOM. Médical chronicle. Manchester, 1893, XVIII, 103.
3 Debove et Bkuiil. La splénomégalie. Soc. méd. des hôp., 1892, p. 596-613.
Gauchek. De l'hypertrophie idiopathique de la rate sans leucémie. Soc. méd. des hôp. 1882, p. 630 et Thèse Paris, 1882.
NÉOPLASIES DES OS.
primitif de la rate, une observation de tumeur primitive de la rate, caractérisée par la transformation du parenchyme splénique en logettes à l'intérieur desquelles se trouvent de volumineuses cellules à noyau bien visible irrégulièrement sphéroïdales, Ramond et Picou \ plus récemment enfin Bowaird ^, ont rapporté des faits analogues ; à l'occasion de la communication de Ramond et Picou, Bezançon a fait observer que ces tumeurs seraient peut-être, à plus juste titre, classées dans le groupe des endothéliomes.
La formule hémoleucocytaire, dans les cas de Bowaird, était voisine de la normale et caractérisée seulement par une légère anémie.
§ VIII. — ]Véoplasies des os.
On a décrit sous différents noms des affections diverses des os qui ont toutes pour caractères de produire de Tanémie et une modification de la formule leucocytaire.
Nous avons déjà cité le chlorome^ lymphome périostique disséminé qui s'accompagne d'un état leucémique et qui se rattache à la lymphémie aiguë.
Il faut en rapprocher un cas à' affection périostique disséminée de V. Jaksch % où l'état du sang rappelait la leucémie myélogène.
Sous le nom de myélomes multiples (Kahler Rustitzky^, Wieland, Weber*^), on décrit un état caractérisé par la production de tumeurs lymphomateuses dans la moelle de tous les os ; quelquefois il se forme, en outre, des lymphomes viscéraux.
L'affection se traduit par des douleurs ostéocopes, par une sensibilité des os à la pression, par des courbures ou fractures spontanées des os, par des troubles nerveux et des paralysies des nerfs crâniens, enfin par la présence d'albumose de Bence-Jones dans l'urine.
L'altération du sang est marquée par une anémie assez intense ;