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CHAPITRE IV

VALEUR DIAGNOSTIQUE DES LEUGOGYTOSES

L'étude des formules hémoleucocytaires des diverses maladies montre que chaque maladie ne possède pas une formule qui lui soit propre et que, par conséquent, on ne peut, comme on l'avait cru au début des recherches hématologiques, arriver d'emblée, parla simple étude de la formule leucocytaire, au diagnostic de la maladie

On ne saurait même, d'après la formule hémoleucocylaire, ranger la maladie dans une catégorie nettement définie, puisque l'on voit l'hyperleucocytose polynucléaire être l'apanage d'états morbides aussi différents les uns des autres que le sont, d'une part, les suppurations, l'érysipèle ou la pneumonie, et d'autre part la scarlatine ; puisque l'on voit la mononucléose aussi bien dans la coqueluche que dans la malaria, la syphilis ou la fièvre typhoïde.

Comme les caractères de la fièvre, comme l'état du pouls, la formule leucocytaire n'a, en effet, que la valeur d'un symptôme ; mais ce symptôme a une importance primordiale, plus grande même dans certains cas que celle de la température et du pouls. Son étude présente un intérêt diagnostique considérable, dans certaines conditions déterminées qu'il importe de bien préciser.

§ — Licucocytoses physiolog'iques.

Avant de discuter la valeur pratique de la leucocytose pour le diagnostic des maladies, il est nécessaire d'établir jusqu'à quel point la constatation d'une leucocytose est l'indice d'un état pathologique. Il faut, en effet, pour apprécier rigoureusement les données fournies par l'examen du sang, tenir compte de l'existence des leucocytoses physiologiques.

1 F. Bezançon et M. Labbé. Valeur diagnostique des leucocytoses. Gazette des hâpitaux, 16 juin 1903.

VALEUR DIAGNOSTIQUE DES LEOCOCYTOSES

La leucocytose n'est pas nécessairement une réaction d'infection ; l'augmentation du nombre des leucocytes, en particulier du nombre des leucocytes polynucléaires dans le sang, apparaît dans des circonstances très diverses. La digestion provoque, pendant les quelques heures qui suivent le repas, une hyperleucocytose polynucléaire qui peut atteindre le chiffre de 15 000 leucocytes par millim. cube, d'où découle cette règle absolue qu'il faut examiner le sang à jeun et jamais pendant la période digestive.

D'autre part, toute excitation aseptique portant sur la peau, sur les muqueuses, sur les nerfs, est susceptible d'amener une leucocytose polynucléaire ; l'application d'un vésicatoire, le massage, les exercices violents, la faradisation d'un nerf, une brûlure (Lépine), l'injection d'une substance irritante quelconque, l'injection de certains médicaments sous la peau, peuvent produire une hyperleucocytose polynucléaire légère, d'où la nécessité de s'informer toujours si le sujet n'a pas été soumis à l'une de ces causes de leucocytose.

Le caractère transitoire, le faible degré de la plupart de ces leucocytoses physiologiques permettront le plus souvent de les distinguer des leucocytoses pathologiques ; si l'on tient compte des très nombreuses causes physiologiques qui peuvent intervenir pour modifier la formule leucocytaire normale, on n'attachera de valeur qu'aux variations assez importantes, observées dans des conditions spéciales, en se mettant autant que possible à l'abri des causes qui peuvent amener une perturbation dans la formule hémoleucocytaire normale.

La menstruation s'accompagne d'une très légère hyperleucocytose. La grossesse réguhère produit une hyperleucocytose avec polynucléose qui va en augmentant jusqu'à l'accouchement et qui atteint en moyenne le chiffre de 13 000 leucocytes. Cette leucocytose s'exagère au moment du travail et peut atteindre des chiffres de 26 000 à 29 000, pour diminuer progressivement lorsque les suites de couches sont normales.

Une telle leucocytose, qui dépasse de beaucoup le faible degré des leucocytoses physiologiques ordinaires, mérite d'être bien connue des accoucheurs : ils devront en tenir compte pour l'appréciation de l'état général après l'accouchement; elle les oblige, pour dépister l'infection, à ne pas tenir compte d'un examen unique de sang, qui

LEUCOCYTOSE PHySIOLOGIQUE.

révélerait toujours une hyperleucocytose, mais plutôt de l'évolution de la leucocytose, progressivement décroissante dans les suites de couches normales, stationnaire ou ascendante s'il y a infection.

Dans certaines conditions qui intéressent particulièrement le chirurgien, on peut observer des leucocytoses qui n'ont rien à voir avec l'infection; ainsi, la narcose par l'élher ou par le chloroforme peut laisser après elle un certain degré d'hyperleucocytose et modifier pendant un ou deux jours Tappréciation des résultats de l'examen du sang.

Une simple opération aseptique est suivie d'hyperleucocytose. Le fait a été constaté par White ^ après la laparotomie. Maxon King a étudié la formule leucocytaire chez un grand nombre de sujets ayant subi des opérations aseptiques, sans complications infectieuses, sans drainage, guérissant rapidement par première intention (ablation d'un kyste de l'ovaire, hystéropexie, ovariotomie, hernie, laparotomie pour tuberculose péritonéale, etc.), et a vu que toute intervenlion était suivie d'une hyperleucocytose polynucléaire, débutant aussitôt après l'opération, atteignant son maximum en général six heures, quelquefois seulement vingt-quatre heures après, et disparaissant en l'espace de trois jours. Le chiffre global des leucocytes atteint en moyenne 16 000; la proportion des polynucléaires est de 78 à 85 p. 100. Wassermann ^ a vu que la résection de l'appendice à froid est toujours suivie d'une augmentation du nombre des leucocytes, qui s'élève à 14 000 — 20 000, sans qu'il y ait le plus léger indice d'infection.

Expérimentalement, Schultze * avait déjà vu que l'incision du péritoine avec asepsie absolue chez un chien, pouvait déterminer une augmentation considérable dans le nombre des leucocytes, qui atteint 54 000.

Une hyperleucocytose, survenant aussitôt après l'opération, ne dépassant pas 15 000 à 20 000 et surtout n'ayant qu'une existence transitoire, n'indique donc pas une infection post-opératoire ; par

1 White. University med. Magazine, juin 1900.

2 Maxon King. Leucocyfose post-opératoire aseptique. Am. Jouni. of Ihe med. sciences, 1902, t. CXXIV, p. 450.

Wasserman. Mitnch. med. Wochenschrift, 29 avr. et 6 mai 1902. 4 Schultze. Deut. Arch. f. klin. Med., 1893, Bd. Ll. II. 2 et 3.

VALEUR DIAGNOSTIQUE DES LEUCOCYTOSES

contre, celle-ci devra être redoutée quand l'examen répété du sang décèlera une hyperleucocytose, commençant quelque temps après l'opération, ayant une durée persistante et une évolution progressive.

La marche de la leucocytose, après une opération, a plus de valeur que la courbe de température pour apprécier les résultats opératoires. Suivant Kûttner, si après une opération la leucocytose baisse malgré que la fièvre continue, il n'y a pas à craindre l'infection ; si la leucocytose persiste, on doit soupçonner une complication infectieuse. Bloodgood a montré qu'en discutant la formule hémoleucocytaire on pouvait, après une opération, reconnaître l'infection, l'hémorragie, l'occlusion intestinale ou la péritonite.

Il ne faut pas croire cependant que la constatation d'une hyperleucocytose, même très intense, après une opération, soit d'un pronostic absolument fatal. On voit, en effet, dans un cas rapporté par Silhol, après une hystérectomie pour salpingite double suppurée, le nombre des leucocytes atteindre un taux extrême, ce qui n^empêcha point la guérison de se faire ; avant l'opération, la leucocytose était de 40 000 ; après l'opération, elle atteignait successivement les chiffres de 14 000, 91 000, 56 000, et 104 000 avec 96 p. 100 de polynucléaires au bout de 24 heures ; puis elle descendit à 23 000 au 3" jour, et revint ensuite à la normale,

§ II. — Licucocytoses patholog-iques.

Suppurations. — L'hyperleucocytose polynucléaire est la règle dans les suppurations chaudes, que celles-ci siègent dans le tissu cellulaire, les parenchymes ou les séreuses. C'est là une notion primordiale bien établie, grâce aux travaux de Hayem et de Malassez.

Si l'examen du sang est rarement nécessaire pour le diagnostic des suppurations superficielles, phlegmon sous-cutané, panaris, furoncle, anthrax, abcès amygdalien, etc., il est cependant des cas où la recherche de la formule leucocytaire peut rendre des services au clinicien. Ainsi, l'hémodiagnostic a permis à Wezel en présence

1 Wezel. Fortsch. d. Medicin, l"" mars 1903, p. 216.

LEUCOCYTOSES PATHOLOGIQUES. — SUPPURATIONS.

d'une tuméfaction de l'amygdale, de re^^ousser le diagnostic de sarcome pour admettre celui d'abcès, que l'opération confirma. L'hyperleucocytose pourrait aussi servir à distinguer les suppurations amygdaliennes des chancres de l'amygdale.

C'est surtout dans les cas de suppurations cachées portant sur les viscères ou les séreuses que l'étude de la leucocytose peut être utile. Ainsi chez des sujets atteints d'une affection hépatique de nature difficile à reconnaître, la découverte d'une leucocytose abondante avec polynucléose indiquera la présence d'un abcès et pourra servir à distinguer Vahcès hépatique post-dysentérique du cancer du foie ou d'une hépatite non suppurée. Maurel a le premier fait ressortir que quand le nombre des leucocytes augmente et que celui des hématies diminue au cours d'une dysenterie, il y a lieu de craindre une complication hépatique. Boinet et Maurel rapportent des cas de leucocytose considérable (30 000 à 50 000) dans des abcès du foie ; mais Rispal, Mossé et Sardat ont vu que la leucocytose est loin d'être toujours aussi considérable et peut même manquer.

Vaquez et Laubry font remarquer à ce sujet que les suppurations viscérales s'accompagnent en général d'une leucocytose modérée, et qu'une très forte leucocytose doit plutôt faire songer à la suppuration d'une séreuse.

Head a montré l'utilité de la formule hémoleucocylaire pour le diagnostic des abcès du cerveau chez les enfants ; dans un cas, une hyperleucocylose avec polynucléose fit reconnaître un abcès du cerveau et justifia une trépanation. Dans un autre, au contraire, l'absence de leucocytose intense (13 000 chez un enfant de treize ans) a fait rejeter le diagnostic d'abcès pour admettre celui de tumeur cérébrale ; deux mois plus tard l'enfant mourait et on trouvait un sarcome de la couche optique droite.

La recherche de la leucocytose pourrait encore être appliquée avec fruit au diagnostic de certaines suppurations pleurales que leur siège rend difficiles à dépister (pleurésie interlobaire, médiastine), à celui des abcès périnéphrétiques (Tuffier).

Les résultats les plus intéressants ont été obtenus dans le diagnostic des affections péritonéales et en particulier de l'appendicite et des suppurations pelviennes.

VALEUR diagnostique: des LEUCOCYTOSES.

Appendicite. — La formule hémoleucocytaire de Tappendicite, variable comme nous le verrons dans la suite avec la forme de la maladie, est cependant en général caractérisée par une hyperleucocytose polynucléaire. Transitoire et légère dans les crises d'appendicite bénigne non suivie de suppuration, la leucocytose est intense, permanente ou même progressive dans les appendicites suppurées ; elle ne fait défaut qu'exceptionnellement dans certains cas très bénins, ou au contraire dans des cas d'une gravité excessive où la toxémie l'emporte sur la réaction inflammatoire.

Cette formule peut servir au diagnostic différentiel de l'appendicite. Elle permet d'écarter les affections douloureuses non accompagnées de suppuration, comme le kyste de l'ovaire, le rein mobile, la névralgie ovarienne, l'entéralgie simple, l'obstruction intestinale, pourvu du moins que cette dernière ne survienne pas au cours d'un cancer ou d'une péritonite.

Elle pourra être utilisée pour le diagnostic de l'appendicite et de la péritonite tuberculeuse. Silhol ' rapporte le cas d'une malade qui avait présenté brusquement des signes d'appendicite et chez laquelle on croyait sentir un gros abcès dans la fosse iliaque. Cependant l'examen du sang qui montra seulement 11 200 leucocytes n'était pas favorable à ce diagnostic. Quelque temps après, la malade était opérée et on trouvait une péritonite tuberculeuse sans appendicite.

La formule pourra servir au diagnostic de l'appendicite avec la colique hépatique, la coHque néphrétique, la colique saturnine, bien que dans un certain nombre de cas ces affections s'accompagnent d'une hyperleucocytose polynucléaire transitoire.

Elle sera enfin sans utilité pour le diagnostic différentiel des affections abdominales suppurées (abcès de l'ovaire, salpingite, cholécystite, abcès périnéphré tiques, etc.), au cours desquelles le sang présente les mêmes réactions leucocytaires.

Quelqu'intéressante que soit l'étude de la formule hémoleucocytaire pour faire le diagnostic différentiel de l'appendicite, elle Test encore plus pour apprécier la forme et Vévolution de la maladie et, par suite, pour dicter la conduite du chirurgien. Nous avons montré que les appendicites aiguës non suppurées ne s'accompagnent que

1 Silhol. L'examen du sang en chirurgie. Thèse Paris, 1903. G. Steinheil, éd.

LEUCOCYTOSES PATHOLOGIQUES. — APPENDICITE.

d'une hyperleucocytose légère et transitoire ; l'apparition d'une hyperleucocytose polynucléaire permanente et progressive fait redouter la présence du pus ; après une intervention opératoire, la disparition de l'hyperleucocytose indique une bonne évacuation du foyer purulent; sa persistance, au contraire, fait craindre une rétention du pus.

La réapparition dans le sang des leucocytes éosinophiles, et surtout l'augmentation de leur nombre, ont aussi une valeur pronostique : elles indiquent la terminaison de la crise d'appendicite, car elles ont, dans l'appendicite comme dans les autres maladies infectieuses, la valeur d'un stigmate de convalescence.

Les chirurgiens ont rapporté un grand nombre de cas qui montrent le très grand parti que l'on peut tirer de l'examen du sang pour le diagnostic de l'appendicite et la conduite à tenir dans cette affection.

Dans un cas de Brown on hésitait à opérer à cause du mauvais état du malade; la leucocytose variait entre 15 000 et 25 000. Brusquement la leucocytose s'éleva à 30 000. Devant cette augmentation soudaine on craignit une complication ; l'opération fut pratiquée aussitôt, et montra en effet une perforation commençante. Le malade guérit.

Un deuxième cas de Brown a trait à un enfant qui, à la suite d'un écart de régime, fut pris de symptômes d'indigestion avec douleur dans l'abdomen, sans fièvre, ni accélération du pouls ; les vomissements cessèrent bientôt, le pouls s'accéléra un peu ; la leucocytose atteignit 16 000 ; malgré l'absence de fièvre, il était donc probable qu'il y avait appendicite. Le lendemain, en effet, la température s'éleva un peu, le nombre des leucocytes atteignit 34 000, et une intervention fut décidée aussitôt au cours de laquelle on trouva un appendicite gangrené.

Cazin en rapporte aussi des exemples démonstratifs : Un enfant de quinze ans présente, au troisième jour d'une crise appendiculaire, une température de 40 degrés, un pouls à 80, une leucocytose de 8 500 ; au cinquième jour, la fièvre est tombée, l'état général est excellent ; au septième jour, l'examen du sang, qui n'avait pas été fait depuis deux jours, indique 31 000 leucocytes,

VALEUR DIAGNOSTIQUE DES LEUCOCVTOSES

bien que la température rectale ne dépasse pas 37"6 et le pouls 80 ; localement, il n'y avait qu'une défense musculaire très modérée et un peu d'empâtement dans la fosse iliaque droite. Cazin opère immédiatement l'enfant et trouve un abcès retrocœcal du volume d'un œuf de poule.

Dans un autre cas, Cazin est appelé auprès d'un enfant de treize ans, qu'on vient de ramener de la campagne, au cinquième jour d'une crise d'appendicite : l'état général est excellent, la température est de 37° 8, le pouls à 90. L'examen du sang montre 23 000 leucocytes. Cazin affirme l'existence d'un abcès et déclare l'intervention urgente. Les parents hésitent, et le lendemain seulement rappellent le chirurgien ; l'enfant avait senti, quelques heures auparavant, une violente douleur dans le flanc droit, et il présentait déjà tous les signes d'une péritonite généralisée : malgré la gravité de son état, Cazin l'opère et trouve un abcès ouvert dans le péritoine. L'enfant mourut dans la nuit ; s'il avait été opéré la veille, après la constatation de l'hyperleucocytose, il aurait pu guérir.

Pour que la recherche de la formule hémoleucocytaire ait une réelle valeur diagnostique, il ne faut pas se contenter d'un seul examen de sang, mais pratiquer des examens répétés, même bi-quotidiens, qui permettent d'apprécier non seulement le degré, mais encore l'évolution de la leucocytose.

Une appendicite à évolution bénigne peut en effet s'accompagner à son début d'une hyperleucocytose intense ; il en était ainsi dans un cas de Barth' où le nombre des leucocytes, qui atteignait 60 000 à un premier examen, descendit ensuite à 39 000, 35 000, 13 500, 7 500 et enfin 5 000 huit jours après le début des accidents.

Joy et Wright - se sont surtout efforcés de tirer de l'étude de la courbe leucocytaire dans l'appendicite des indications pronostiques et opératoires. Ils y ont cherché un moyen, non pas tant de reconnaître l'existence du pus que de suivre l'évolution du processus inflammatoire, son extension étant en rapport avec une augmentation de la leucocytose, sa régression avec un abaissement du nombre des leucocytes. Ils concluent de la manière suivante :

1 Bahth. Soc. méd. des hôpitaux, 23 oct. 1903.

- Joy et Wright. Leucocytosis as a point of prognosis in appcndicitls. Med. News, 5 avril 1902, p. 628.

LEUCOCYTOSES PATHOLOGIQUES. — APPENDICITE.

Une hyperleucocytose abondante, stationnaire ou progressive, indique une extension progressive du processus morbide et commande l'intervention chirurgicale, quel que soit l'état du pouls et de la température.

Une hyperleucocytose faible, stationnaire ou décroissante, indique une régression du processus et permet de différer l'opération ; exception faite pour les cas où l'absence de leucocytose s'accompagne d'un état général mauvais

Ces conclusions sont appuyées sur l'étude de 124 cas, dont 110 ont été opérés. Plusieurs fois la leucocytose a fourni la seule indication opératoire urgente et a permis de sauver l'existence du malade. Au contraire, dans tous les cas on l'on s'est appuyé sur l'étude leucocytaire pour différer l'opération, les événements ont justifié la conduite du chirurgien.

Pour les chirurgiens qui, systématiquement, préfèrent n'opérer l'appendicite que lorsque les phénomènes inflammatoires aigus sont éteints, il y a grand intérêt à savoir quand l'appendicite est refroidie ; la formule sanguine pourrait, d'après Silhol, fournir cette indication. On peut, en effet, estimer opérer à froid : quand le chiffre des leucocytes est au-dessous de 10 000, c'est-à-dire est voisin de la normale ; quand l'équilibre leucocytaire est revenu à la normale ; quand les éosinophiles ont reparu; quand enfin l'anémie de la période aiguë est en voie de réparation.

Les observations de Curschmann, de Cazin, montrent de même que la courbe leucocytaire a une valeur plus grande que la courbe thermique pour apprécier la suppuration, l'hyperleucocytose persistante constituant un signe presque constant de la suppuration, alors que la fièvre est souvent peu élevée et parfois même nulle, malgré une suppuration très étendue.

Dans une observation de Curschmann qui se rapporte à une appendicite avec abcès volumineux, suivie depuis le troisième jour et opérée seulement au huitième, l'élévation progressive du taux leucocytaire parle d'une façon beaucoup plus nette en faveur de la suppuration que ne le fait la température.

1 Silhol ajoute une caractéristique de plus à ces formes toxiques, d'une gravité extrême c'est l'abaissement très marqué du taux de l'hémoglobine coïncidant avec l'hypoleucocytose..

VALEUR DIAGNOSTIQUE DES LEUCOCYTOSES

3* jour, 8 350 leucocytes T. : 39°4

8' — 39 OOO — 38°3

(Opération).

L'observation des faits prouve que c'est à la leucocytose et non pas à la température qu^il faut, en cas de discordance, attacher la plus grande importance au point de vue du diagnostic de l'intervention opératoire (Cazin).

La leucocytose aurait encore sur la température un autre avantage : elle se manifesterait d'une façon plus précoce, et constituerait un « signal d'alarme ». Telle est l'opinion de Sauerbrûck, qui a particulièrement insisté sur ce que l'hyperleucocytose démontre souvent l'existence d'un abcès bien avant l'élévation thermique.

Ainsi la formule hémoleucocytaire, précisément établie et sagement interprétée, peut aider le chirurgien dans la décision à prendre en face d'une appendicite. La courbe de la leucocytose, déterminée par des numérations bi-quotidiennes, constitue un symptôme de premier ordre qui a une valeur aussi grande et même peut-être supérieure à la courbe de la température ou du pouls.

Vaquez et Laubry résument de la manière suivante les indications tirées de l'étude répétée de la leucocytose dans un cas d'appendicite : abstention possible et fréquente lorsque la leucocytose n'existe pas ou reste dans les limites moyennes, intervention constante dans les formes ayant, à un moment quelconque, présenté une leucocytose active, intervention qui sera tantôt immédiate, tantôt retardée ; indications précieuses sur les résultats opératoires.

Suppurations pelviennes. — L'étude de la leucocytose peut être encore utilisée pour le diagnostic des affections du petit bassin, pour reconnaître s'il y a ou non suppuration et régler la conduite du chirurgien.

La leucocytose suit, dans ces affections, une courbe tout à fait analogue à celle que nous avons vue dans l'appendicite, et les mêmes lois sont applicables à ces deux catégories d'affections : l'évolution de la formule leucocytaire permet d'apprécier l'évolution de la

LEUCOCYTOSES PATHOLOGIQUES. —

SUPPURATIONS PELVIENNES.

maladie ; une leucocytose permanente ou progressive indique la formation d'un foyer purulent ; une leucocytose qui diminue ou disparaît indique que l'affection se termine par résolution, par enkystement ou par évacuation.

Ainsi dans un cas de salpingite terminée par fistule rectale, Vaquez et Laubry ont trouvé 24 000 globules blancs, la veille de la rupture de la poche ; 12 000 le lendemain; 10 000 et 8 000 les jours suivants.

La persistance d'un nombre normal de leucocytes indique que la fistule suffît à l'évacuation, qu'il n'y a pas de rétention de pus et, par suite, qu'il n'y a pas lieu à une intervention opératoire.

Après une opération, le chiflTre des leucocytes se comporte comme dans l'appendicite et permet d'apprécier les résultats de l'intervention.

Dans un cas de salpingite snppurée enkystée remontant jusqu'à l'ombilic et développée depuis plusieurs mois, les mêmes auteurs n'ont trouvé qu'un chiffre de leucocytes sensiblement normal (8 000).

Dans les affections de la sphère génitale de la femme, comme dans l'appendicite, on peut, .d'après Bérard et Descos, baser les indications opératoires avec plus de sûreté sur l'étude de la leucocytose que sur celle du pouls et de la température. Voici d'ailleurs la conclusion de ces deux auteurs :

Lorsque la numération des leucocytes donne un chiffre égal ou supérieur à 12 ou 13 000, avec augmentation nette des polynucléaires à 80 ou 85 p. 100, il s'agit d'une lésion suppurée ou en voie de suppuration (ex : hématocèle infectée), renfermant du pus virulent. On doit alors, si on le peut, remettre l'intervention ; si l'on opère, on choisira de préférence la voie vaginale, et en tous cas, on prendra les plus grandes précautions pour éviter l'ensemencement du grand péritoine.

Au-dessous de 10 000 à 11 000 leucocytes, ou bien il n'y a plus de pus, ou bien le pus est peu virulent. Avec une bonne protection du grand péritoine au cours de l'opération, ces cas peuvent être traités sans retard par la laparotomie, sans que l'on coure, de ce fait, de trop grands risques de septicémie péritonéale.

VALEUR DIAGNOSTIQUE DES LEUCOCYTOSES

Maladies infectieuses médicales. — Dans les maladies infectieuses à évolution classique, la formule hémoleucocjtaire n'est pas nécessaire au diagnostic ; la clinique suffit, en général, à faire reconnaître une pneumonie, un érysipèle, un rhumatisme articulaire aigu, une fièvre typhoïde, etc.

Mais dans les formes anormales de ces maladies, l'étude de la formule leucocytaire reprend son intérêt. Elle pourra servir, par exemple, à diagnostiquer une pneumonie centrale chez un enfant, vme pneumonie massive, etc.

De même la formule permettra de distinguer la méningite cérébrospinale épidémique qui s'accompagne d'hyperleucocytose avec polynucléose, d'avec la méningite tuberculeuse et le tétanos, maladies où la réaction leucocytaire est faible ou nulle.

Elle servira surtout au diagnostic souvent si difficile de la fièvre typhoïde.

Fièvre typhoïde. — Chez un fébricitant avec état typhoïde, la constatation d'une leucocytose avec polynucléose sera en faveur d'une affection phlegmasique de nature franchement inflammatoire, telle que la pneumonie, l'érysipèle, le rhumatisme articulaire aigu, une suppuration ou une septicémie streptococcique ou staphylococcique, sans qu'on puisse dire d'ailleurs qu'il s'agit d'une de ces maladies plutôt que d'une autre. Elle écartera, au contraire, l'hypothèse de fièvre typhoïde ou de granulie.

Ainsi, dans un cas de Grawitz, l'examen du sang a permis de rejeter le diagnostic clinique de fièvre typhoïde. Il s'agissait d'un malade plongé dans un état typhoïde et présentant une rate hypertrophiée ; l'examen du sang montra 30 000 leucocytes avec 80 p. 100 de polynucléaires ; cette hyperleucocytose polynucléaire mena au diagnostic de suppuration ; une ponction de la rate démontra en effet l'existence d'un gros abcès de cet organe.

Inversement, la constatation d'une leucopénie (en particulier lorsque la diminution du nombre des globules blancs porte surtout sur les polynucléaires) sera en faveur de l'existence d'une fièvre typhoïde ou d'une granulie. On conçoit que, dans certains cas particuliers de fièvre typhoïde où le sérodiagnostic n'est pas encore positif, l'étude de la formule leucocytaire puisse donner d'utiles renseignements.

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