PARASITISME
lyphiqiie ne doit pas, d'autre part, faire rejeter le diagnostic de complication que la clinique aurait fait poser; l'intoxication typliique peut être assez profonde pour que, aussi bien que la réaction fébrile, la réaction leucocytaire ne se produise pas sous l'influence d'une infection nouvelle.
Dans le paludisme, l'étude de la formule liémoleucocylaire fournit des renseignements très importants. Elle peut, d'après Billet, faire prévoir l'apparition prochaine d'un accès fébrile.
Si la mononucléose habituelle est remplacée par une polynucléose persistante, on peut, suivant Billet et du Bois-Saint-Séverin affirmer l'existence d'une complication inflammatoire (pneumonie, pleurésie, colibacillose, etc.).
Dans la variole, les complications infectieuses qui surviennent à la période d'état ne modifient guère la formule que dans ses détails. Au contraire, les complications qui apparaissent dans la convalescence s'accompagnent d'une augmentation de la leucocytose préexistante et surtout d'une polynucléose.
Parasitisme. — L'éosinophilie, qui se voit chez des sujets porteurs de kystes hydatiques, peut servir au diagnostic de ces tumeurs. Ainsi, chez un malade atteint d'une tumeur du foie, si on hésite entre un kyste hydatique, un cancer ou un abcès, on peut recourir à l'examen du sang : constate-t-on une éosinophilie, on incline vers le kyste hydatique ; une anémie avec hyperleucocytose polynucléaire fait penser au cancer ; une hyperleucocytose avec polynucléose intense sans anémie, à l'abcès du foie.
Il ne faudrait pas cependant accorder à l'éosinophilie une valeur diagnostique trop considérable ; c'est une formule commune à tous les parasites intestinaux, et rien n'empêche un sujet atteint de cancer ou d'une autre maladie, de posséder aussi dans l'intestin un tœnia, des oxyures ou des ascarides. L'éosinophilie peut encore être la conséquence d'une infection intercurrente guérie ; que le sujet ait eu, quelques jours avant l'examen, une angine ou une affection fébrile quelconque, cela suffit pour expliquer l'éosinophilie.
1 Du Bois-Saint-Séverin. Arch. de rnéd. navale, p. 333.
VALEUH DÎAGNOSTIQIIË DES LEUCOCYTOSËS.
Enfin, Féosinophilie pent aussi manquer dans les kjstes hydatiques ; son absence n'a donc pas de valeur diagnostique.
L'éosinophilie, qui est un signe presque constant de la présence des vers dans l'intestin, peut servir au diagnostic de V helminthiase^ Nous avons pu, grâce à elle, affirmer, en l'absence de tout autre signe, l'existence de vers intestinaux chez les enfants ; le rejet des vers aj)rès l'administration d'un antlielmintique a confirmé notre diagnostic. La recherche de l'éosinophilie mérite donc d'être utilisée pour reconnaître la nature vermineuse de certaines afîections des enfants, et pour distinguer les convulsions réflexes des convulsions liées à une méningite ou à la syphilis. Chez l'adulte, l'éosinophilie, en démontrant le parasitisme intestinal, pourrait servir à expliquer certains troubles digestifs, et peut-être même certaines appendicites qu'un traitement approprié ferait rapidement disparaître.
Brown propose de rechercher systématiquement l'éosinophilie dans le sang des soldats revenant des colonies pour dépister chez eux les parasites intestinaux. \
C'est surtout pour reconnaître certaines affections rares et difficiles à caractériser, comme la trichinose^ que l'examen du sang et la découverte de Féosinophilie s'est montrée un signe précieux. Chez neuf personnes d'une même famille, atteintes de trichinose évoluant avec les apparences de la fièvre typhoïde, Blumer et Nev^man ' sont arrivés au diagnostic grâce à l'éosinophilie sanguine ; l'excision de fragments de muscles contenant des trichines permit de vérifier les conclusions hématologiques. C'est aussi par l'examen du sang que Kerr-, Gwyn ^ ont reconnu l'existence de la trichinose dans leurs cas.
Affections cutanées. — Les affections cutanées s'accompagnent ordinairement d'une augmentation du nombre des éosinophiles. L'éosinophilie est particulièrement importante dans les maladies à bulles et surtout dans la dermatose de Duhring ; mais la banalité de la réaction empêche qu'on puisse s'en servir pour le diagnostic différentiel des affections cutanées.
1 Blumer et Newmann. Am. Journ. of the med. se, janvier 1900. - Kebr. Philad. med. Journ., 25 août 1900. 3 GwYN. Centralbl. f. Bakl., 1899, p. 746.
LEUCOCYTOSËS PATHOLOGIQUES. — CANCER.
Rappelons cependant qu'on a pu songer à l'utiliser pour le diagnostic de la lèpre avec la syringomyélie, la lèpre déterminant souvent, quoique d'une façon non constante, une éosinophilie considérable.
Cancer. — Chez les sujets cachectiques, l'examen du sang peut servir au diagnostic du cancer, non pas que le cancer ait une formule spécifique (ce qu'on trouve en effet le plus souvent chez les cancéreux, c'est une leucocytose polynucléaire banale) ; mais dans chaque cas particulier, quand on hésite entre le cancer et une autre maladie, la discussion de la formule hémoleucocytaire fournit un appoint pour le diagnostic, un symptôme nouveau qui peut trancher la question : en un mot, ce n'est pas au laboratoire que le diagnostic sera posé, mais en présence du malade, par le clinicien luimême, la leucocytose étant interprétée comme tout signe clinique.
Prenons quelques exemples. Un malade présentait une laryngite chronique douloureuse avec gêne considérable de la déglutition, et l'on hésitait entre le diagnostic de cancer de l'œsophage propagé au larynx et celui de tuberculose laryngée : l'examen hématique montra une hyperleucocytose avec polynucléose ; on affirma le cancer, l'autopsie bientôt après nous donna raison.
Un autre malade était arrivé à la période terminale d'une affection abdominale avec ascite : s'agissait-il d'une cirrhose alcoolique ou d'un cancer du tube digestif? la clinique seule était impuissante à décider. L'examen du sang montra une hyperleucocytose avec polynucléose ; d'après ce signe, on conclut à l'existence d'un néoplasme. L'autopsie montra, quelques jours plus tard, qu'il s'agissait bien d'un cancer de l'estomac, généralisé au péritoine.
Il est des cas où le cancer de l'estomac peut être confondu avec l'urémie chronique ; les troubles digestifs, les vomissements, la pâleur, la cachexie progressive de certains angioscléreux et néphroscléreux fait croire à l'existence d'un cancer du tube digestif: ces faux cancers de l'estomac se reconnaîtront à l'examen du sang : dans le brightisme, pas d'hyperleucocytose polynucléaire, peu ou pas d'anémie ; dans le cancer, au contraire, il y a anémie et polynucléose.
En somme, dans tous les états cachectiques, sans fièvre, la recher-
VALEUR DIAGNOSTIQUE DES LEUCOCYTOSES
che de Thyperleucocytose polynucléaire avec anémie peut servir au diagnostic et faire penser au cancer ; l'existence de la fièvre chez le malade enlèverait à l'examen du sang sa valeur diagnostique, car la fièvre traduirait l'existence d'une infection banale susceptible aussi de donner une leucocytose polynucléaire banale.
Si la constatation de la leucocytose a, dans certaines conditions, une valeur réelle pour le diagnostic du cancer, l'absence de leucocytose ne saurait faire rejeter ce diagnostic. Nous avons vu en effet qu'elle manque dans un bon nombre de cas ; ainsi elle faisait défaut chez un sujet atteint de cancer du foie secondaire à un cancer du pancréas, ce qui ne nous a point empêché de conclure à l'existence d'un cancer.
En présence d'un cancer déjà reconnu, l'examen du sang offre encore de l'intérêt, suivant Vaquez et Laubry, car il peut indiquer le degré d'évolution de la maladie et fournir des indications ou des contre-indications opératoires : un cancer qui ne s'accompagne pas d'hyperleucocytose est un cancer localisé et non ulcéré ; un cancer qui s'accompagne d'une hyperleucocytose de 12 000 à 15 000 leucocytes est un cancer ancien et a des chances d'être ulcéré ou déjà propagé à distance ; un cancer dont la leucocytose dépasse le chiffre de 20 000 est très probablement infecté ou généralisé.
L'étude de la leucocytose peut encore servir à faire prévoir la récidive d'une tumeur opérée ; Hayem a montré que la leucocytose, qui disparaît après l'ablation du néoplasme, reparaît progressivement quand celui-ci se reproduit.
Dans ses formes anémiques, le cancer peut être confondu chniquement avec les anémies pernicieuses, comme celles qui sont produites par les parasites intestinaux ; mais celles-ci se caractérisent par un état du sang qu'on ne retrouve guère dans le cancer : outre la déglobulisation extrême, dépassant de beaucoup celle qu'on voit ordinairement chez les cancéreux, où le chiffre de 600 000 hématies, trouvé par Hanot et Gilbert dans un cas de cancer massif du foie, est tout à fait exceptionnel, on trouve, dans le sang, des globules rouges géants, de nombreux globules rouges nucléés de petit et de grand volume (normoblastes et mégaloblastes), tandis que les mégaloblastes manquent dans l'anémie cancéreuse et que les
LEUCOCYTOSES PATHOLOGIQUES. — LEUCÉMIES.
normoblastes y sont toujours en petit nombre ; la quantité d'hémoglobine est relativement moins abaissée que le nombre des hématies, de sorte que la valeur globulaire est au-dessus de l'unité. Mouisset et Tolo \ Benoit-Jeannin ont confirmé ce fait, mais en faisant toutefois des restrictions au sujet de sa valeur diagnostique ; les leucocytes sont en nombre généralement inférieur à la normale et les mononucléaires prédominent, ce qui contraste avec l'hyperleucocytose polynucléaire des cancéreux.
Leucémies. — Il reste une catégorie de maladies où l'examen du sang est non seulement ulile mais absolument nécessaire pour le diagnostic. La simple constatation de la formule si particulière permet d'affirmer une leucémie et de distinguer la leucémie myélogène de la leucémie lymphatique.
Quand la maladie a pour principal symptôme Vhypertrophie des ganglions lymphatiques^ la clinique seule ne permet pas de décider s'il s'agit de tuberculose ganglionnaire, de lymphosarcome, de lymphadénie simple ou de leucémie.
Tandis que, dans la tuberculose ganglionnaire et dans le lymphosarcome, la formule reste sensiblement normale, dans la lymphadénie simple (pseudo-leucémie), l'examen du sang montre que si le nombre des leucocytes est normal, la formule est modifiée et est alors caractérisée par la prédominance des mononucléaires.
Seul, cet examen du sang permet de distinguer la lymphadénie simple de la lymphadénie leucémique, tous les symptômes étant communs à ces deux affections.
Quand le symptôme clinique le plus apparent est une splénomégalie, c'est encore l'examen du sang qui permet de reconnaître la leucémie myélogène et de ne pas le confondre avec une splénomégalie paludéenne, tuberculeuse, syphilitique, etc., ou encore avec cette variété de splénomégalie dite primitive qu'on tend à rattacher à la lymphadénie. Assurément, l'hémaloscopie ne donne pas ici de réponse dans tous les cas ; chaque splénomégalie n'a pas sa formule spéciale ; mais c'est déjà un grand avantage de pouvoir reconnaître
1 Mouisset et Tolo. Revue de me'd., 1902.
VALEUR DIAGNOSTIQUE DES LEUCOCYTOSES
la splénomégalie leucémique, qui entraîne un pronostic fatal et qui contre-indique absolument toute tentative chirurgicale.
C'est donc une règle dont un chirurgien ne devrait pas se départir qu'il ne faut jamais.opérer un malade porteur de tumeurs ganglionnaires ou de splénomégalie avant d'avoir tait pratiquer l'examen complet de son sang. Pour y avoir manqué quelquefois, les chirurgiens ont vu leurs opérés mourir rapidement à la suite de l'intervention opératoire, soit par généralisation aiguë des lymphomes, soit par hémorragie profuse.
La splénomégalie qui s'observe dans l'anémie pseudo-leucémique infantile est aussi caractérisée par une formule assez spéciale : anémie, globules rouges à noyau dans le sang, hyperleucocytose et passage de myélocytes dans la circulation. Cette anémie peut se voir chez les enfants à la suite de toute infection un peu grave ; elle ne comporte nullement le pronostic fatal de la leucémie. Il y a donc grand intérêt à l'en distinguer par l'examen du sang.