CINQUIÈME PARTIE
HÉMATOBLASTES
On trouve dans le sang, outre les hématies et les leucocytes, de petits éléments entrevus par Max Schultze, par Riess, par Vulpian, par Ranvier et décrits par Hayem sous le nom d'hématoblastes, par Bizzozero ' sous le nom de plaquettes sanguines. Les globulins de Donné et les vésicules élémentaires de Zimmermann ne doivent point, suivant Hayem, être rattachés aux hématoblastes.
Ces éléments sont dépourvus de noyau dans le sang des animaux qui ont des hématies anucléées ; ils possèdent un noyau dans le sang des animaux à hématies nucléées, comme la grenouille.
Aspect. — Sur des préparations de sang frais, faites suivant la technique indiquée déjà, les hématoblastes apparaissent dans les lacs plasmatiques comme de petits corps réfringents, discoïdes, arrondis et plus souvent irréguliers, isolés ou agglomérés en groupe de deux à cinq, qui occupent ordinairement les nœuds du réseau de fibrine.
Pendant que se fait la coagulation, les hématoblastes subissent une série de modifications dans le sang; ils deviennent irréguHers, anguleux, leur partie centrale est réfringente, corpusculaire, leur partie périphérique finement granuleuse. Cet aspect tient à l'épanchement autour d'eux d'une substance visqueuse qui amène la réunion des éléments ; ceux-ci se confondent et sont englobés dans une même masse granuleuse et visqueuse, à bords indécis, d'où partent des filaments droits, fins, nets qui constituent le réseau fîbrineux.
Après la coagulation les hématoblastes se rétractent, se vacuolisent et se désagrègent lentement.
1 Bizzozero. Virchow's Arch., 1882,
HÉMATOBLASTES.
Examinés dans le sérum iodé (liquide amniotique de la vache), préparé par la méthode de Max Schultze, ils apparaissent agités de mouvements browniens qui les font voir tantôt de face et arrondis, tantôt de champ, sous forme de bâtonnets, souvent anguleux, déformés, piriformes ; presque tous sont incolores, cependant quelquesuns des plus volumineux conservent une teinte jaunâtre ou verdâtre (Hayem).
Dans le liquide A de Hayem^ les hématoblastes sont fixés, rétractés et entourés d'une atmosphère granuleuse qui maintient les éléments accolés.
Sur les préparations de sang sec non coloré, on les trouve surtout au point où la goutte de sang a été déposée sur la lame ; ils se présentent comme des corpuscules arrondis ou allongés, souvent crénelés, réfringents, incolores, dépourvus d'hémoglobine; ils possèdent cependant sur les bords, suivant Hayem, une teinte verdâtre due à de l'hémoglobine. Leur diamètre oscille entre 2 et 5 i^, 75 et la moyenne est ordinairement de 3 à 3 i^, 5 ; ils sont isolés ou agglomérés en amas irréguliers. Les éléments de grande taille sont rares dans le sang normal et se rencontrent surtout dans le sang des anémiques et des cachectiques. Leur bord est épais, festonné, leur centre a l'aspect discoïde et présente une grosse granulation.
Sur les préparations de sang sec coloré par le bleu de Unna, on distingue très bien les plaquettes, et on peut étudier leurs rapports avec les hématies; elles apparaissent comme de petits corps .arrondis ou ovalaires, quelquefois irréguliers, souvent accolés aux globules rouges ; elles se colorent en bleu violet, comme certains protoplasmas, et non en bleu vert comme les hématies.
Numération. — Les plaquettes sanguines sont très visqueuses et adhèrent fortement aux corps étrangers ; elles sont peu stables et facilement détruites par les agents physiques ou chimiques : ces propriétés rendent leur numération exacte extrêmement difficile ; en effet, une partie d'entre elles restent adhérentes à la pipette de l'iiématimètre et ne peuvent être comptées ; la plupart des solutions qui servent à la numération des globules sanguins les détruisent.
Les procédés perfectionnés auxquels on a essayé d'avoir recours :
HÉMATOBLASTES A l'ÉTAT NORMAL ET PATHOLOGIQUE.
[liquide iodo-ioduré de Hayem, récolte directe du sang dans le liquide destiné à le diluer et le colorer (Brodie et Russell)], exposent encore à de multiples erreurs et ne permettent pas une numération exacte.
On se contente le plus souvent d'apprécier approximativement leur nombre et la grosseur des amas qu'ils forment sur des préparations de sang sec. Grâce à leur réfrigence, on les distingue très facilement sur les préparations non colorées ; il est inutile de recourir à des procédés de coloration plus ou moins compliqués, tels que :
1° La coloration par Viode-éosine, qui les teinte en rouge intense (Ehrlich) ;
2° La méthode de Rosin : fixation par les vapeurs d'acide osmique durant vingt minutes, coloration par le bleu de méthylène en solution aqueuse concentrée ;
3° La méthode de Rabl ' ; fixation en une demi-heure par une solution saturée de sublimé dans du sérum artificiel, lavage à l'eau distillée, mordançage durant une demi-heure dans une solution d'alun de fer à 1,5 p. 100, puis coloration en une heure dans une solution saturée fraîche d'hématoxyline et passage de nouveau dans le mordant en solution très étendue.
Par cette méthode, les globules rouges sont incolores, les globules blancs et les plaquettes sanguines colorés en bleu sombre.
Les hématoblastes à l'état normal et pathologique ^ — A Vétat normal, les hématoblastes sont, suivant Hayem, au nombre de 200 000 à 300 000 par millim. cube de sang. Ils varient de 180 000 (Fusari) ^ à 500 000 (Pruss) K
Dans certains états pathologiques, leur nombre est selon les cas augmenté ou diminué.
Augmentation du nombre des hématoblastes. — L^augmentation du nombre des hématoblastes, la rénovation hématoblastique, selon l'expression de Hayem, qui peut atteindre 860 000, se voit surtout à la suite des hémorragies abondantes et dans la convalescence des maladies aiguës.
Rénovation hématoblastique post-hémorragique . — Pendant les
1 Rabl. Wiener med. Woch., 1896, p. 46.
^ Cadet. Elude physiologique des ele'menls figure's du sang et en particulier des he'matoblastes. Thèse Paris, 1881.
3 Fusari. Centr. f. klin. Med., 1887, p. 43. * Pruss. Centr. f. klin. Med., 1887, p. 469.
HÉMATOBLASTES.