‹ Traité d'hématologieChapitre 155 sur 236 · DU · texte numérisé non relu

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heures qui suivent l'hémorragie, le nombre des globules rouges diminue d'une manière progressive, pour atteindre un certain minimum et se relever bientôt. Ce minimum s'observe au bout de un à sept jours, suivant l'abondance de la perte. Il marque le moment où la production de nouveaux éléments colorés commence à contrebalancer l'effet de la dilution du sang produite par l'apport de la lymphe des tissus après l'hémorragie.

Au début de cette période de réparation, d'après Hayem, on voit la proportion des hématoblastes augmenter d'une manière tout à fait remarquable ; en quelques heures ces éléments, dont le nombre s'était d'abord abaissé sous l'influence de l'hémorragie, deviennent deux à trois fois plus nombreux, mais bientôt après qu'ils ont atteint un maximum, leur proportion redevient progressivement normale.

Dans la fîg. 93, empruntée à Hayem, la courbe des hématoblastes présente une ligne de descente qui suit la diminution des hématies, puis une ligne ascendante qui, en général, précède et annonce la multiplication des hématies, enfin une ligne de descente indiquant le retour à la normale.

Il se produit donc, au début de la période de réparation des globules rouges, une véritable accumulation des hématoblastes, une crise hématique ou hémaloblastique^ selon l'expression de Hajem.

Chez l'homme, toute perte de sang détermine la production de cette crise. Il suffit même, chez la femme, de l'hémorragie menstruelle pour qu'on puisse la constater.

Rénovation hématoblastique de la convalescence. — Dans la convalescence des maladies infectieuses aiguës, on assiste, d'après Hayem, à un processus semblable; les maladies aiguës déterminent en effet la destruction d'un certain nombre de globules rouges et sont suivies d'une période de réparation analogue à celle qui

Fiç. 93. — G, CourjjC de la valeur individuelle des globules, le globule bumain étant pris comme étalon et considéré comme éral a I; — JN, Courbe du nombre des glob. rouges; — H, Courbe du nombre des hématoblastes. — Les cbiffres de la col. N représentent des millions; ceux de la col. H des milliers (Hayemj.

HÉMATOBLASTES A l'ÉTAT NORMAL ET PATHOLOGIQUE.

succède aux hémorragies ; à cet égard, une maladie aiguë, comme une pneumonie, une fièvre éruptive, équivaut à une forte saignée, ou mieux à une série de petites saignées faites coup sur coup (Hayem), Les caractères de la crise hématique sont différents selon qu'il s'agit de maladie à défervescence brusque ou à défervescence en lysis ; dans les premières, la crise a une allure aiguë ; elle suit la courbe thermique ; débutant au moment oii la température fléchit pour atteindre son fastigium le jour où la température revient à la normale.

Fig. 94. — Crise hématoblastique.

La figure 95, qui a trait à une rougeole sans complication, nous montre un exemple typique de rénovation hématoblastique.

Le rapport ~ entre les globules rouges et les hématoblastes, qui qui est en moyenne de 20 à l'état normal, est représenté au moment de la crise, par un chiffre très inférieur, au voisinage de 7.

L'élévation du chiffre des hématoblastes est suivie, dans les maladies aiguës, d'une multiplication notable des globules rouges. Ceuxci atteignent en général leur minimum au début de la crise hématique, à l'époque où les hématoblastes commencent à s'accumuler dans le sang, puis ils se multiplient au fur et à mesure que les héma-

HÉMATOBLASTKS.

toblasles retombent à leur chiffre normal. Les deux courbes suivent donc une marche en sens inverse.

Dans les maladies à défervescence en lysis, comme la fièvre typhoïde, les hématoblastes diminuent d'une manière remarquable pendant la période d'état et se maintiennent à un taux peu élevé jusqu'au début de la défervescence ; ils augmentent alors, non brusquement, mais en suivant une marche ascendaiite assez régulière qui n'est à son summum que 12 jours après la fin de la défervescence (Hayem).

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Fi" . 95. — Rougeole sans complication. — Rénovation hématoblastique (Hayem).

La persistance de l'augmentation du nombre des hématoblastes se voit dans la chlorose et surtout dans les anémies chroniques ; elle a dans ce dernier cas une signification pronostique fâcheuse, suivant Hayem.

Dans la chlorose, comme nous l'avons vu, le sang renferme en général, d'après Hayem, un nombre très élevé d'hématoblastes (jusqu'à 750 000). Cette règle ne souffre d'exception que dans les cas où l'anémie atteint une intensité insolite. Sous l'influence du traitement, cette accumulation d'hématoblastes diminue et, après de grandes fluctuations, le chiffre tend à revenir à la normale.

HÉMATOBLASTES A l'ÉTAT NORMAL ET PATHOLOGIQUE,

Diminution du nombre des hématoblastes. — Leur nombre diminue : dans l'inanition prolongée; Reyne a vu, chez un chien en inanition, leur nombre diminuer de moitié ;

Au cours des états fébriles prolongés ; ainsi, à la fin de la fièvre typhoïde, ils tombent souvent à 50 000 ou 100 000 ;

Dans les purpuras hémorragiques ;

Dans les cachexies progressives ;

Dans certaines intoxications ;

Dans le cancer ;

Dans l'anémie pernicieuse progressive : on les voit tomber à 25 000, à 15 000 même, et cet abaissement coïncide avec l'irrétractilité du caillot.

Modifications dans l'aspect des hématoblastes. — Le diamètre moyen et Y aspect des plaquettes sanguines varient dans les cas pathologiques.

Dans les maladies où la nutrition est ralentie, dans les cachexies, les anémies chroniques, les hématoblastes grossissent et peuvent acquérir un diamètre de plus de 6 [x. Ils présentent souvent en même temps des granulations brillantes ou des vacuoles en leur centre.

Dans certaines anémies intenses, Hayem a observé la formation de petits cristaux autour des hématoblastes.

Au moment de la rénovation du sang, pendant la convalescence des maladies infectieuses par exemple, les hématoblastes sont plus résistants, et quand le sang coagule, forment des amas plus ou moins étendus dans lesquels ils restent parfaitement distincts les uns des autres; ce sont déjà des globules rouges en miniature (Hayem).

Au cours des infections qui s'accompagnent d'une augmentation de la fibrine du sang, les hématoblastes exsudent une quantité de substance visqueuse plus grande qu'à l'état normal et forment des amas volumineux ou plaques phlegmasiques, qui englobent des leucocytes et des hématies, et se transforment peu à peu en fibrine fibrillaire.

Dans les cachexies, se produisent des plaques cachectiques^ analogues, mais moins étendues.

Fonctions des hématoblastes. — 1° Coagulation du sang et rétraction du caillot. — Hayem a démontré le rôle des plaquettes

HÉMATOBLASl'ËS.

sanguines dans la coagulation du sang, la formation de fibrine et la rétraction du caillot. Cette fonction est admise par tous les hématologistes.

L'examen microscopique de la coagulation du sang montre que les fibrilles de fibrine se forment et rayonnent autour des plaquettes sanguines ; c'est au contact des corps étrangers, auxquels adhèrent si facilement les plaquettes, que débute la coagulation du sang. Enfin, si l'on immobilise du sang dans une veine de cheval, entre deux ligatures, et qu'on laisse ensuite ce sang se coaguler, c'est la partie moyenne du caillot, correspondant aux hématoblastes, qui contient le plus de fibrine.

C'est aussi cette partie moyenne du caillot qui se rétracte le plus ; les hématoblastes jouent donc un rôle primordial non seulement dans la production de la fibrine, mais aussi dans la rétraction de celle-ci, sans hématoblastes, la fibrine ne serait point rétractile. Aussi assistons-nous à l'irrétractilité du caillot dans certains états pathologiques où le nombre des hématoblastes est très diminué (purpura hémorragica, anémie pernicieuse progressive, variole hémorragique, leucémie aiguë à forme hémorragique) [Hayem et Bensaude

Mais la non-rétractilité du caillot ne coïncide pas forcément avec la diminution du nombre des hématoblastes. Il n'est même pas rare de rencontrer des cas de caillot non-rétractile où le nombre des hématoblastes est normal ou supérieur à la normale. Cette deuxième variété d'irrétractilité du caillot n'a pas de signification pathologique précise : elle a été signalée d'une façon inconstante dans la fièvre typhoïde, Férysipèle, la tuberculose, etc.

En se basant sur l'état de la coagulation et le nombre des hématoblastes, Bensaude a proposé de classer les purpuras en deux grands groupes : le groupe comprend les purpuras simplex, rhumatismal, toxique et nerveux et est caractérisé par un caillot rétractile

1 G. Hayem. Du caillot non-rétractile ; suppression de la formation du sérum sanguin dans quelques états pathologigues. Acad. des sciences, 23 novembre 1896; — R. Bensaude. Sur l'absence de la rétraction du caillot et de la transsudation du sérum dans les diverses variétés du purpura iiemorragica. Bull, et Méin. de la Société méd. des Hôpitaux, 13 janvier 1897; — G. Hayem et R. Bensaude. Sur la non-rétractilité du caillot et l'absence de formation de sérum dans la variole liémorragique primitive. Mécanisme des hémorragies. Soc. biol., 19 janvier 1901 ; — G. Hayem et R. Bensaude. Sur un cas de leucémie aiguë à forme hémorragique avec non-rétractilité du caillot sanguin. Bull, et Méin. de la Soc. méd. des Hôpitaux de Paris, 13 février 1903.

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