POIDS SPÉCIFIQUE
§ II. — Poids siïécifîque.
Apprécié par la méthode de Schmaltz, de Lyonnet ou de Hammerschlag, le poids spécifique du sérum varie de 1028 à 1030 (1026 à 1029, suivant d'autres). Son extrait sec représente 10 à 10,5 p. 100. La proportion d'azote total, calculée par la méthode deKjeldahl, est de 1,2 à 1,4 p. 100. La densité du^sérum étant due en majeure partie aux albuminoïdes qu'il couLient, il y a un rapport entre les variations de la densité et de l'azote total.
§ III. — Réaction.
Le sérum est légèrement alcalin ; son alcalinité, appréciée au moyen d'une solution d'acide sulfurique titrée suivant la méthode de H. Labbé, équivaut à l'état normal, pour 1 cent, cube de sérum à :
Alcalinité totale 0 gv. 0012 de soude.
— phosphatique 0 — 00035 —
— basique 0 — 00083 —
§ IV. — Viscosité.
Mayer ^ a mesuré, au moyen du viscosimètre, les coefficients de viscosité du sérum de quelques animaux.
Le liquide à examiner, placé dans le viscosimètre, est porté à l'étuve à 40°. Après dix minutes, on commence la mesure du temps d'écoulement, mesure qu'on répète jusqu'à ce que les trois derniers chil'fres obtenus ne s'écartent pas l'un de l'autre de plus d'une seconde. La moyenne de ces trois nombres est divisée par le nombre représentant le temps d'écoulement de l'eau distillée dans l'appareil, ce qui donne le coefficient de viscosité.
Mayer a vu ainsi que le coefficient de viscosité varie pour le :
Sérum de porc de 1,68 à 1,73
— mouton — 1,69 — 1,73
— bœuf — 1,74 — 1,93
— cheval — 1,64 — 1,77
— chien — 1,53 — 1,63
— lapin - 1,41 — 1,46
— homme — 1,56
Le coefficient de viscosité du sérum est plus fixe que celui du plasma. ^ Mayer. CoefQcients de viscosité du sérum et du plasma sanguins. Soc. de bioL, 22 mars 1902.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
§ V. — Coloration.
Sérum normal. — Le sérum normal est un liquide limpide, transparent ou très légèrement opalescent, d'une couleur citron clair. La couleur du sérum normal est due à l'existence d'un pigment, la lutéine de Thudicum ou sérochrome de Gilbert, pigment jaune qui se rapproche des lipochromes. Ce pigment fournit un spectre d'absorption caractérisé par deux bandes : la première dans le vert bleu entre h et F, la seconde dans le bleu ; quand la solution est assez foncée, la lutéine produit un effacement de la partie droite du spectre identique à celui que donnent les pigments biliaires.
En réalité, le sérum que l'on obtient dans la pratique contient toujours une petite quantité d'hémoglobine dissoute, dont il faut tenir compte dans l'estimation de sa coloration ; cette quantité peut être très faible, mais quel que soit le soin avec lequel le sérum est préparé, dit Hayem, on aperçoit toujours de l'hémoglobine au spectroscope ; peut-être cette hémoglobine est-elle un constituant normal du plasma sanguin ?
Certains auteurs ont pensé aussi que le pigment biliaire existait en petite quantité dans le sérum normal et que la coloration jaune lui était en partie redevable ; les recherches récentes de Gilbert et de ses élèves ont montré, en efPet, la fréquence extrême dans le sérum du pigment biliaire à l'état de traces ; ce pigment biliaire pourrait expliquer la légère fluorescence verte que le sérum présente souvent lorsqu'il a été exposé quelque temps à l'air.
Gilbert et Herscher pensent qu'il existe des relations très étroites entre le sérochrome et les pigments biliaires, et que les réactions que nous possédons jusqu'ici ne permettent pas de les différencier. En effet, la cristallisati£>n qui, suivant Thudicum, pourrait servir à distinguer la lutéine de la bilirubine est, suivant Choay, sinon impossible, du moins fort difficile; la solubilité dans une lessive de soude appartiendrait à la bilirubine, mais non à la lutéine; mais cette réaction ne servirait pas à distinguer la lutéine des autres pigments biliaires, qui sont aussi insolubles dans la lessive de soude.
Variations physiologiques et pathologiques de la coloration du
sérum. — Déjà, à Vétat physiologique^ le sérum ne présente pas
COLORATION DU SÉRUM
exactement la même couleur chez tous les individus ; le sérum des orientaux semble généralement plus foncé que celui des occidentaux; il paraît y avoir une relation entre la couleur du sérum et celle de la peau (Gilbert et Herscher)
A l'état pathologique, la coloration du sérum varie. Ces variations tiennent à la diminution ou à l'augmentation du pigment ordinaire, ou à l'apparition de pigments anormaux dans le sérum.
Hyposérochromie et hypersérochromie. — L'affaiblissement de la coloration du sérum ou hyposérochromie , s'observe dans les anémies, comme Hayem l'avait déjà constaté, et dans les maladies consomptives et cachectisantes, comme le cancer et la tuberculose (Gilbert et Herscher) ; dans cette dernière affection, le sérum est parfois presque incolore ; la décoloration progresse à mesure que la maladie s'aggrave.
Il n'y a pas de relation entre la coloration du sérum et le nombre des globules rouges. Peut-être la pâleur du sérum tient-elle parfois à une dilution du sang?
Uhypersérochromie s'observe chez les sujets atteints de néphrite interstitielle, ce que Gilbert et Herscher ^ attribuent à la rétention rénale et peut-être à un excès de pigment biliaire dans le sérum ; le fait nous paraît surtout en rapport avec un certain degré de cholémie, que nous avons souvent constaté chez les angioscléreux avec néphosclérose.
Sérum bilieux. — Le sérum peut contenir diverses variétés de pigments biliaires : l'urobiline, la bilirubine ou les. pigments biliaires modifiés.
Urobiline. — Coloration. — Le sérum contenant de l'urobiline présente, suivant Hayem et Lenoble, quelques caractères particuliers.
Lorsque l'urobiline existe seule en faible proportion dans le sérum, celui-ci reste pâle. Mais si, à une forte proportion d'urobiline s'associent quelques pigments biliaires, le sérum devient jaune ambré et
^ Gilbert et Herscher. Sur la diminut. de colorât, du sérum. Soc. de biologie, 23 nov. 1901. 2 Gilbert et Herscher. Surcoloration du sérum dans la néphrite jnterstit. et la ligat. expérimentale des uretères. Soc. de bioL, 12 avril 1901,
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
nettement fluorescent, ce que l'on constate facilement en examinant le tube de sérum à contre-jour et sur fond noir. Herscher ne pense pas que la fluorescence soit pathognomonique de la présence d'urobiline.
Caractères spectroscopiques . — L'urobiline peut être caractérisée par la spectroscopie.
Pour l'examen spectroscopique, le sérum peut être placé dans un tube à essai, ou mieux dans une cuve de verre à faces planes et inclinées de façon à permettre l'examen du liquide sous des épaisseurs variées suivant la hauteur- Une petite éprouvette semblable à celle qui sert pour l'étude de la coagulation, ne contient pas assez de sérum pour faire un bon examen.
L'urobiline se reconnaît grâce à la présence d'une bande d'absorption à l'origine du bleu, un peu avant F.
Si l'urobiline est associée à des pigments biliaires, la découverte de sa bande d'absorption est rendue impossible par l'assombrissement de la partie droite du spectre. Il faut alors séparer l'urobiline des pigments biliaires. Pour cela, on verse de l'eau distillée dans l'éprouvctte au-dessus du sérum, très lentement et en faisant couler l'eau le long des parois, afin que l'eau et le sérum ne se mélangent pas; bientôt après, l'urobiline, plus diffusible que les pigments biliaires, a passé dans l'eau, et l'on peut retrouver son spectre caractéristique à ce niveau, tandis que celui des pigments biliaires se voit au-dessous. La bande de l'urobiline est rendue plus apparente si, au lieu d'eau distillée simple, on verse un peu d'eau iodée à la surface du sérum.
Caractères chimic/ues. — L'urobiline présente une réaction chimique caractéristique, la fluorescence en présence des sels de zinc.
Pour l'examen chimique, le sérum est recueilli en quantité aussi grande que pos sible et agité avec une quantité égale à'alcool amylique\\\ se fait une émulsion qui disparaît par repos ou par centrifugation. On décante l'alcool amylique, on le réduit par évaporation à 3 ou 4 cent, cubes. On ajoute quelques gouttes de chlorure de zinc ammoniacal ; on agite : il se produit, s'il y a de l'urobiline, une coloration rose par transparence, une belle fluorescence verte par réflexion. En regardant au spectroscope le liquide fluorescent, on voit une raie, non plus à l'union du bleu et du vert, mais un peu plus à gauche.
On peut remplacer l'alcool amylique par le chloroforme. La même difficulté se présente, due à l'émulsion au contact du chloroforme et du sérum. Si on a soin de ne pas agiter le chloroforme trop vivement avec le sérum, on parvient à y dissoudre l'urobiline sans qu'il se forme une émulsion trop gênante. On décante, on concentre de môme et on traite par le réactif alcool-acétate de zinc qui donne la fluorescence.
COLORATION DU SÉRUM
Acétate de zinc Alcool à 95°...
0,10 centigr.
100 gv.
Kiener et Engel ont recommandé un procédé à précipitatioj-is successives. On sature imparfaitement par du chlorure de zinc une quantité déterminée du sérum ; on filtre; le liquide filtré est saturé une seconde fois par le chlorure de zinc, puis refiltré; on recommence l'opération cinq à six fois jusqu'à précipitation complète. Les différents précipités sont recueillis et traités par un dissolvant, tel que l'alcool ou le chloroforme, dans lequel on caractérise l'urobiline.
D'autres auteurs ont préconisé la précipitation par l'alcool. Après coagulation complète de l'albumine, on filtre et on cherche à caractériser l'urobiline dans le liquide filtré. Comme le précipité a pa entraîner l'urobiline, on le traite par l'alcool acidifié et on recherche l'urobiline dans cet alcool.
Suivant Herscher, ces procédés ne sont pas supérieurs à la méthode du chloroforme ou de l'alcool amylique.
Herscher \ qui a expérimenté sur des dilutions artificielles d'urobiline dans le sérum, considère la méthode chimique comme beaucoup plus sensible que la méthode spectroscopique, à condition qu'on ait une quantité suffisante de liquide ; il a pu caractériser ainsi l'urobiline dans des dilutions extrêmement étendues. La réaction chimique est toutefois moins sensible quand on l'applique au sérum qu'à l'urine parce qu'une petite partie de l'urobiline reste dans le liquide albumineux ; il faut opérer sur de grandes quantités de sérum et réduire l'alcool à un faible volume.
Hayem se fonde principalement sur la réaction spectroscopique pour affirmer l'existence de l'urobiline dans le sérum ; par cette méthode, il caractérise l'urobiline dans le sérum de tous les sujets ayant de l'urobilinurie, et, par suite, il admet que l'urobiline, produite par le foie malade, est véhiculée par le plasma sanguin pour être éliminée par le rein.
Gilbert et Herscher - emploient concurremment la méthode spectroscopique et la méthode chimique. Ils ne parviennent jamais à caractériser l'urobiline dans le sérum pathologique. Ils l'ont vu manquer dans le sérum des malades qui ont de l'urobilinurie, et cette constatation leur permet de rejeter la théorie hépatique de l'urobi-
1 Herscher. Origive rénale de l'urobiline. Thèse Paris, G. Steinheil, 1902.
2 Gilbert et Herscher. Presse médicale, 3 sept. 1902.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
linurie. Dans tous les cas où ils ont trouvé de l'urobiline dans l'urine, ils ont vu des pigments biliaires dans le sérum ; en sorte qu'ils pensent que l'urobiline se produit au niveau des reins par la réduction des pigments biliaires.
Pigment biliaire vrai. — Coloration. — Le sérum contenant de la bilirubine présente une teinte jaune d'or, à reflets verdâtres, dont l'intensité est en rapport avec l'abondance de la bilirubine (V. pl. VIII). Quand on l'abandonne à l'air, il prend bientôt une coloration verte par oxydation et transformation de la bilirubine en biliverdine.
Examen spectroscopique. — Toute la partie droite du spectre, du bleu au violet, paraît éteinte. Mais ce caractère n'est pas particulier au pigment biliaire et appartient, ainsi qu'Hayem l'a fait remarquer, à tous les pigments et à toutes les substances colorantes. Il n'a point, par suite, une importance diagnostique supérieure à celle de l'étude chromatique du sérum et doit céder le pas à la réaction chimique, qui appartient exclusivement au pigment vrai.
Examen chimique. — 1° Le procédé de V. Jaksch est compliqué et peu employé. Il consiste à filtrer le sérum sur amiante et à le durcir à 70" ou. 80°. Si le sérum contient de la matière colorante biliaire, après avoir été chauffé plusieurs fois à 50° au 60°, il devient d'un vert gazon intense.
2° La réaction de Gmelin (V. pl. VIII) est recherchée de la façon suivante :
On introduit au fond d'une petite éprouvette de 1/2 cent, de diamètre, un peu d'acide nitrique nitreux (acide nitrique exposé à l'air depuis un certain temps, ou acide nitrique dans lequel on a placé un petit morceau de fer, un clou par exemple), ou de réactif nitrique nitreux de Gilbert gardé dans un flacon soigneusement bouché :
Acide nitrique pur à 36" 200 ce.
Eau distillée 100 —
Nitrite de sodium 0 gr. 06
Puis avec une pipette, on dépose à la surface du réactif sans l'agiter quelques gouttes de sérum.
L'albumine du sérum se coagule à la limite de séparation. A mesure que l'acide nitrique monte par diffusion, le caillot s'élève et s'accroît, jusqu'à ce que en une demi-heure à une heure, le sérum soit pris en masse. La réaction de Gmelin apparaît après deux à dix minutes.
COLORATION DU SERUM
Le caillot, d'abord blanc, jaunit bientôt à sa partie inférieure au contact de l'acide ; au-dessus de la partie jaune, se dessine un petit anneau bleu, qui vire au violet en se confondant avec la partie inférieure du coagulum, et au vert en se confondant peu à peu avec la teinte de la partie supérieure du caillot.
Dans les cas où il y a beaucoup de bilirubine dans le sérum, on peut arriver ainsi à distinguer, de bas en haut, les colorations violette, bleue, verte qui caractérisent la réaction de Gmelin. A mesure que l'acide nitrique diffuse dans le caillot et que la partie inférieure jaunit, l'anneau coloré s'élève ; finalement il atteint la partie supérieure du caillot et disparaît totalement lorsque celui-ci est entièrement jaune.
Enfin, quand le sérum ne contient pas de pigment biliaire, ou qu'il n'en contient que des quantités trop faibles, l'anneau bleu luimême n'apparaît pas, et la teinte jaune que le coagulum albumineux prend au contact de l'acide se confond peu à peu avec la partie supérieure.
Gilbert, Herscher et Posternak* ont montré que l'anneau bleu, au contact de l'acide azotique, représente bien une réaction spécifique, décelant l'existence de la bilirubine. En mélangeant à des milieux albumineux de la bilirubine en proportion variable, ils ont vu que la matière colorante biliaire peut être décelée même lorsqu'elle n'existe qu'à la dose de j^Jq^ ; alors se produit l'anneau bleu par
l'action de l'acide azotique nitreux. A la dose de se produisent
deux anneaux, bleu et vert, superposés. A la dose de -j^qq-> on a en outre les anneaux violet et rose.
Quand le sérum ne contient que peu de pigment biliaire, on voit seulement apparaître, entre la partie inférieure jaunie et la partie supérieure blanchâtre du coagulum, un anneau bleu plus ou moins étroit, parfois très délicat et très difficile à apercevoir ; pour le découvrir on peut s'aider d'une loupe.
Pigments biliaires modifiés. — Le sérum contenant des pigments biliaires modifiés (pigment rouge brun ou bilirubidine de Tissier)
1 Gilbert, Herscher et Posternak. Sur la réaction de Gmelin dans les milieux albumineux, Soc. de biologie, 2 mai 1903.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
présente la teinte spéciale du sérum ictériqiie, mais moins prononcée, moins jaune d'or et plus acajou que dans l'ictère vrai. Suivant Hayem, il contient souvent en même temps de l'urobiline, d'où la possibilité de fluorescence.
Le spectre est celui des pigments biliaires.
La réaction de Gmelin fait défaut; l'albumine du sérum, coagulée au contact de l'acide azotique, prend seulement une teinte jaune verdâtre plus foncée et plus rapidement obtenue qu'à l'état normal.
Cholémie et ictères. — Les recherches de L[ayem sur l'existence comparative des pigments dans le sérum sanguin et dans l'urine des ictériques permettent de décrire cinq types principaux d'ictère :
1° Urobiline seule dans le sérum, urine normale ;
2" Urobiline seule dans le sérum et dans l'urine ;
3° Urobiline et pigments biliaires dans le sérum, urobiline seule dans l'urine ;
40 Pigments biliaires plus abondants et traces d'urobiline dans le sérum ; urobiline dans l'urine associée à des pigments biliaires modifiés ;
5" Pigments biliaires dans le sérum et dans l'urine avec ou sans urobiline.
De ces recherches, il résulte que la véritable caractéristique de l'ictère, c'est l'existence du pigment biliaire dans le sérum, la cho lémie. C'est là qu'il apparaît d'abord, c'est là qu'il disparaît en dernier lieu, et ce n'est que quand le pigment existe en assez grande quantité dans le sérum qu'il est éliminé par les urines.
Il en résulte qu'on peut, par l'examen du sérum beaucoup mieux que par celui des urines, suivre l'évolution et établir le pronostic d'un ictère (Lenoble).
La tendance à la guérison, au décours des ictères, est indiquée par la décroissance progressive des pigments biliaires dans le sang. La guérison n'est assurée que lorsque le sérum est redevenu normal. La persistance des pigments dans Is sérum, au même taux ou à un taux croissant, doit faire craindre au contraire une rechute ou des rechutes successives.
Dans les affections hépatiques graves : le de^ré le moins profond
COLORATION DU SERUM
de la lésion se caractérise par une urobilinémie en général intense. A mesure que les altérations progressent, apparaissent d'une façon plus ou moins passagère des pigments modifiés et des pigments vrais. L'altération extrême s'annonce par la diminution progressive des pigments anormaux jusqu'à leur disparition complète qui indique la mort de la cellule.
Dans les affections à marche particulièrement rapide, l'urobiline est le seul pigment fabriqué par le foie malade. Son abondance va en décroissant et elle disparaît au moment de la mort.
Gilbert, Lereboullet et Herscher ' ont recherché la fréquence générale de la cholémie, en étudiant systématiquement le sérum de 180 sujets sains ou malades, de tous âges : 31, soit 17 p. 100, ont présenté une cholémie appréciable ; 11, soit 6 p. 100, avaient une cholémie assez marquée pour donner la réaction de Gmelin.
La cholémie a toujours été observée chez les sujets atteints d'une affection hépatique, passagère ou définitive, rentrant dans l'un des trois groupes suivants : 1° ictère acholurique ; 2" affections diverses du foie avec ou sans ictère cliniquement appréciable ; 3" maladies s'accompagnant d'une viciation temporaire des fonctions du foie : maladies infectieuses, affections du cœur, des reins, des poumons, etc.
Les recherches de Gilbert et de ses élèves ont montré que la cholémie existe d'une façon constante chez la femme enceinte et chez le nouveau-né. Elle présente son maximum (^y^ en moyenne) dans le sang du nouveau-né ; elle est un peu moins forte dans le sang de la veine ombilicale au niveau du cordon (tAt^ ) et dans le
° \iO 000 '
sang de la mère (^^j^^- Les pigments biliaires, produits en excès chez le fœtus, passent donc dans le sang maternel, et il y a une cholémie maternelle d'origine fœtale ; l'excès de pigments biliaires, produits par le foie du nouveau-né, explique la teinte de la peau et la fréquence de l'ictère à cette époque de la vie.
Hayem, puis Gilbert et Lereboullet ^ ont attiré l'attention sur une forme d'ictère spéciale, Vicière acholurique, caractérisé par
1 Gilbert, Lereboullet et Stein. Recherches expérim. sur la cholémie physiologique chez la mère e1. le nouveau-né. Soc. de biologie, 27 juin 1903.
2 Gilbert^ Lereboullet et Herscher. Soc. de biologie, IS juin 1901. Gilbert et Lereboullet. Soc. niéd. des hôpitaux, 2 nov. 190O.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUEsJeT CHIMIQUES DU SÉRUM.
une teinte jaunâtre de la peau, prédominant en certains points du tégument ou généralisée, une présence constante des pigments biliaires vrais ou modifiés dans le sérum et une absence de bile dans les urines. La cholémie est trop légère pour entraîner la cholurie.
Gilbert a surtout insisté sur la persistance de cette variété d'ictère cbez certains individus, sur son existence chez plusieurs membres d'une même famille, ce qui en fait un véritable état constitutionnel^ familial et héréditaire. Il constitue une sorte de diathèse qui permet de réunir tous les individus qui en sont atteints dans un même groupe, celui de la « famille biliaire ». Habituellement latent, cet ictère acholurique s'accompagne parfois d'hémorragies^ de dyspepsie, de neurasthénie. Il est probablement en rapport avec une infection chronique légère des voies biliaires; il favorise l'apparition des diverses affections des voies biliaires.
Cette opinion se rapproche de celle de Glénard, qui désigne sous le nom d'hépatisme la prédisposition que présentent certains individus à être atteints d'affections biliaires et hépatiques; mais elle donne à cette intéressante conception pathologique une base précise, l'existence permanente du pigment biliaire en quantité notable dans le sérum.
'L'ictère des nouveau-nés est généralement un ictère acholurique, avec présence de pigments biliaires vrais dans le sérum, ainsi que Gilbert l'a constaté et que M. Labbé et Lortat Jacob^l'ont observé dans un cas.
Sérum laqué. — Lorsqu'il prend une teinte rouge, par suite de l'hémoglobine qu'il a dissoute, on dit que le sérum est laqué. Ce sérum reste transparent; sa coloration varie du rose léger au rouge rubis (Voir pl. VIII).
On en distingue deux variétés :
1° Le sérum laqué primitif. Après la coagulation, le sérum qui se forme apparaît d'emblée laqué ;
2° Le sérum laqué secondaire. Après la coagulation, le sérum apparaît d'abord clair, puis il se colore par dissolution secondaire de l'hémoglobine du caillot; la teinte est d'autant plus rouge qu'on se rapproche plus du caillot.
COLORATION DU SÉRUM
Il ne paraît pas y avoir de distinction radicale entre ces deux variétés ; la différence tient peut-être, non au degré d'altération du sang, mais à des circonstances accessoires ; ainsi Hayem a vu, dans rhémoglobinurie paroxystique, le sérum recueilli pendant l'accès apparaître laqué d'emblée en hiver, secondairement en été. L'expérience de Lichtheim qui, plaçant deux échantillons d'un même sang, l'un à l'étuve, l'autre dans une pièce à une température plus basse, a vu, au bout de 24 heures, le premier donner un sérum ambré qui se laque par refroidissement, le second donner un sérum primitivement laqué, parle dans le même sens.
Il ne faut pas confondre le laquage vrai du sérum, correspondant à une hémoglobinémie, avec le laquage accidentel du sérum qui se produit seulement in vilro et qui s'observe : quand le sang a été conservé dans une pièce à température élevée (25°), quand il a été recueilli dans des verres à ventouses contenant encore de l'eau, quand il a été agité au moment de la coagulation ou après la séparation du sérum et du caillot, quand il a été mal recueilli, au cours d'une saignée par exemple, enfin quand il a été conservé plusieurs jours et a pu subir déjà un commencement de putréfaction.
La teinte du sérum tient à la dissolution de l'hémoglobine ou de la méthémoglobine, substances qu'il est facile de caractériser par leur couleur et par l'examen spectroscopique. La dissolution de l'hémoglobine ne se produit pas au moment de la coagulation, elle existe déjà dans l'économie, ainsi que le prouve la coïncidence du sérum laqué et de l'hémoglobinurie : il y a hémoglobinémie.
Quand la matière colorante du sang se dissout en quantité très abondante dans le plasma du sang circulant, la peau prend souvent une coloration qui rappelle celle des pigments biliaires : ce sont ces faits qu'on a désignés improprement sous le nom d'ictère hémogloloique et d'ictère méthémoglobique ; les relations qui existent entre l'hémoglobine et les pigments biliaires, nous expliquent qu'il s'agit bien là d'ictère vrai, dû à une production exagérée de bilirubine consécutive à la destruction de l'hémoglobine.
La dissolution de l'hémoglobine dans le sérum s'observe dans diverses conditions :
1° Dans l'hémoglobinurie paroxystique.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
Hayem a étudié l'état du sang au moment de l'accès et dans l'intervalle des accès :
Pendant l'accès, le sang laisse sourdre, après sa coagulation, un sérum laqué, d'un rouge cerise foncé. Au moment de l'acmé de la crise, la coagulation se fait rapidement, la transsudation commence bientôt, et le caillot se redissout en peu de temps (après 4 heures).
Quand l'accès est en décroissance, la coagulation est plus lente, la redissolution ne se fait pas spontanément, mais si on agite l'éprouvette, le caillot tombe en déliquescence et se désagrège.
En dehors de l'accès, le sérum est moins coloré, le caillot est normal et persistant;
2° Dans un certain nombre de cas d'hémoglobinurie liés à une hémoglobinémie toxique. Nous avons déjà étudié au chapitre de l'hémolyse les causes capables de produire cette hémoglobinémie ; les unes amènent seulement une dissolution de l'hémoglobine dans le plasma, les autres sont capables en outre de transformer l'hémoglobine en méthémoglobine ; telles sont les intoxications par le nitrite d'amyle, le permanganate de j)otasse, etc. ;
3° Les infections graves, la pneumonie, l'impaludisme, etc., sont capables de provoquer le laquage du sérum ; mais cette altération est jointe à d'autres modifîcalions du sang : la coagulabilité est diminuée, la transsudation du sérum est retardée et irrégulière, la rétraction du caillot est faible et le sérum laqué peu abondant, le caillot se redissout.
4° Rossi a pensé que le purpura pouvait être dû à une hémoglobinémie et à l'extravasation de l'hémoglobine sans issue des globules rouges hors des vaisseaux.
Silbermann, Béna ont constaté en effet dans plusieurs cas de purpura, que les globules rouges avaient une grande tendance à se fragmenter, perdaient facilement leur hémoglobine et avaient des propriétés basophiles très prononcées.
Si ce mécanisme peut être invoqué pour expliquer certains purpuras, il ne s'applique pas à tous les cas : dans les purpuras atténués que nous avons observés, le sérum n'était point laqué.
5° On admet en général que l'ictère grave s'accompagne de laquage du sérum et que cette dissolution globulaire explique les
COLORATION DU SERUM
hémorragies qui fonl partie du syndrome. Cependant il n'en est pas toujours ainsi ; dans un cas d'ictère grave mortel avec hémorragies, nous avons vu au contraire la coagulation parfaite, la rétraction du caillot très marquée, et le sérum exsudé très abondant et absolument dépourvu d'hémoglobine ; il faut aussi se souvenir que l'ictère augmente la résistance globulaire et s'oppose par conséquent à la dissolution de l'hémoglobine.
Sérum opalescent. — Au lieu de la transparence ou de l'opalescence à peine appréciable qui existe à l'état normal, le sérum peut présenter un aspect franchement opalescent ; cet aspect est parfois si marqué qu'on a parlé de sérum lactescent ; en réalité, même lorsque le phénomène est très marqué, l'aspect du sérum ne rappelle jamais celui du lait, mais seulement celui du petit lait ; le terme d'opalescent est donc préférable à celui de lactescent.
Examiné par transparence, le sérum opalescent est trouble ; examiné par réflexion sur un fond noir, il apparaît grisâtre et opaque. On peut observer tons les degrés, depuis l'opalescence la plus légère jusqu'au trouble le plus manifeste. Cependant la couleur du sérum n'est jamais azurée et vraiment opaline comme celle du petit lait ; cela tient aux pigments qui donnent au sérum une coloration jaune. L'opalescence ne peut être confondue avec la fluorescence qui n'a rien de commun avec elle.
L'aspect opalescent est dû à une émulsion de granulations très fines.
L'examen histologique montre, en général, dans le sérum opalescent, de petits corpuscules ronds ou irréguliers, réfringents, immobiles, de nombre variable, formant parfois de véritables constellations sous le champ du microscope^ ayant un diamètre de 1 à 2 v- ou même moins ; ces corpuscules ne se colorent ni par les couleurs d'aniline acides, ni parles couleurs basiques, ni par l'acide osmique. Ils ne contiennent pas de noyaux.
L'émulsion résiste au repos prolongé et à la centrifugation qui ne modifient nullement les caractères du sérum.
Elle disparaît si on vient à filtrer le sérum sur une bougie de porcelaine, ou si on le colle au moyen du fibrinogène.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
Traité par l'éther, le sérum opalescent se prend en une gelée pâle, phénomène qui représente une coagulation incomplète et qui est probablement dû à Talcool que contient Téther utilisé dans les laboratoires ; par le repos, on obtient un liquide plus clair, qui a perdu sa coloration jaune, mais qui est encore opalescent; quelquefois l'opalescence a disparu, ce qui ne prouve pas qu'elle était due à de la graisse dissoute par l'éther, mais ce qui tient à un phéi omène de collage consécutif à la coagulation.
Les granulations du sérum ne sont pas nn produit de formation in vitro ; elles existeraient dans le plasma du sang vivant et non coagulé, ainsi c{ue Jousset l'a démontré en recevant le sang dans des solutions salines qui l'empêchent de coaguler et qui permettent, par suite, de séparer par décantation le plasma.
La nature des granulations est discutée;
1° Jousset les regarde comme graisseuses *.
2° Widal et Sicard -, Achard, s'appujant sur le fait qu'elles ne se colorent pas par l'acide osmique et qu'elles ne se dissolvent pas dans l'éther malgré un contact prolongé, les considèrent comme formées de matière albuminoïde, peut-être de fibrine à l'état de semi-précipitation.
L'aspect d'un sérum opalescent est en effet, à part sa coloration, tout à fait analogue à celui du petit lait, dont l'opalescence est due à la caséine en état de semi-précipitation.
Nous pensons que le phénomène n'est pas dû à la fibrine, car celle-ci, lorsqu'elle se précipite, se prend généralement en masse et ne donne pas lieu à des granulations comme celles qu'on voit dans le sérum opalescent. Au contraire, des solutions de globuline sont aptes à donner un aspect analogue, lorsqu'elles commencent à précipiter ; la globuline du sérum n'étant maintenue en solution que
i Les raisons chimiques invoquées par Jousset ne sont pas une preuve péremptoire de la nature graisseuse des granulations : en effet, le liquide d'Adam, dont il fait usage, ne dissout pas seulement les graisses, mais certaines matières albuminoïdes ; de sorte que la clarification du sérum par ce procédé n'implique nullement que le trouble était dû à des graisses. En outre, le fait de la dissolution des albuminoïdes par le liquide d'Adam peut fausser l'analyse quantitative des graisses par ce procédé et rend discutables les résultats qui indiquent une plus forte proportion de graisse dans les sérums lactescents (5 à 20 grammes par litre) que dans le sérum ordinaire (3 gr. 6 par litre).
- WiD.\L et SiCARD. Soc. méd. des hôpitaux, S nov. 1896.
COLORATION DU SÉRUM. 741
grâce aux substances salines, il est possible que clans les conditions où le taux de ces subtances diminue dans le sérum, la globuline se précipite et donne lieu à l'aspect opalescent.
Une opalescence marquée àn sérum constitue un fait pathologique; s'il y a en effet chez les animaux une lactescence du sérum produite par l'alimentation, il ne paraît pas en être de même pour l'homme.
L'opalescence a été surtout signalée chez les typhiques et les néphritiques. Elle se voit dans la moitié des cas de fièvre typhoïde : elle apparaît dès le premier septénaire, présente son maximum à la période d'état, et persiste quelquefois pendant la convalescence.
Elle est fréquente chez les brightiques. Widal et Sicard l'ont observée au cours des néphrites aiguës, subaiguës ou chroniques, mais principalement dans les cas où le taux de l'albuminurie est élevé. Castaigne, Jousset ^ l'ont vue surtout dans les néphrites aiguës ou les poussées aiguës au cours d'une néphrite chronique ; elle est à son maximum dans la dégénérescence amyloïde. Ilayem pense qu'on a exagéré la fréquence du sérum lactescent chez les brightiques et que cet aspect ne s'observe guère que chez 10 à 15 p. 100 de ces malades.
L'opalescence se voit aussi dans la tuberculose aiguë, la pleurotuberculose primaire, la tuberculose pulmonaire, la pneumonie, la diphtérie, l'infection cbarbonneuse, le rhumatisme articulaire aigu, etc.
Elle s'observe encore chez les asystoliques, exceptionnellement chez les siijets atteints de purpura, de leucémie, de goutte aiguë, etc. On l'a vue se produire au cours de certaines infections ou intoxications expérimentales chez les animaux : ainsi, l'injection de benzine, l'inoculation de proteus, de muguet, l'ont fait apparaître. Elle se voit assez souvent chez les chevaux qu'on immunise contre le bacille diphtérique ou le streptocoque.
Nous l'avons vue très fréquemment, dans des conditions extrêmement variées, à des degrés très divers, sans pouvoir en tirer de conclusion pathologique. En somme elle apparaît comme un phéno-
i A. Jousset, Des humeurs opalescentes de l'orr/anisme. Thèse Paris, 1901.
742 PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
mène extrêmement banal, qui ne présente aucune signification diagnostique ni pronostique.
§ VI. — Concentration moléculaire.
L'étude de la concentration moléculaire du sérum sanguin présente un grand intérêt ; elle fait pénétrer le mécanisme des échanges osmotiques qui paraissent, d'après les travaux récents, jouer un rôle capital dans l'organisme.
Un certain nombre de phénomènes d'absorption, de sécrétion, d'excrétion, et surtout les échanges qui ont lieu incessamment entre le sang et la lymphe interstitielle, entre la lymphe et le contenu des cellules se font suivant les lois de l'osmose. C'est la pression osmotique, en rapport elle-même avec la concentration moléculaire des liquides organiques, qui les dirige.
Pour que les échanges s'effectuent, les liquides de l'organisme ont à traverser les parois cellulaires. Celles-ci se comportent, ainsi que Traube l'avait montré, d'une façon tout à fait particulière à l'égard des solutions salines ; elles peuvent être assimilées à la paroi semi-perméable du vase de Pfefïer, qui laisse passer l'eau pure et retient les matières salines : quand deux solutions salines de concentration différente sont séparées par une paroi de ce genre, il s'établit un courant de liquide allant de la solution la moins concentrée vers la plus concentrée ; ce courant ne cesse que quand les deux solutions ont pris une concentration égale. Le liquide est entraîné vers la solution la plus concentrée avec une certaine force, mesurable en atmosphères, qui est désignée sous le nom de pression ou tension osmotique.
La grandeur de la pression osmotique dépend de la différence entre les concentrations moléculaires des deux solutions séparées par la membrane semi-perméable
Le sang jouant le rôle d'intermédiaire entre le milieu intérieur et
^ Le type de la membrane semi-perméable est représenté par la paroi du vase de Pfeffer : c'est un vase de pile en porcelaine dégourdie qui est rempli d'une solution de sulfate de Cuivre à 3 p. 100 et placé dans une solution de ferrocyanure de potassium au même litre ; les deux solutions se rencontrent dans la paroi poreuse, y donnent un précipité gélatineux do ferrocyanure de cuivre ; cette membrane gélatineuse a la propriété de retenir les matières salines et de ne se laisser traverser que par l'eau ; elle est dite semi-perméable,
CONCENTRATION MOLÉCULAIRE
le milieu extérieur à l'organisme, il y a un intérêt particulier à connaître sa concentration et à la comparer avec celle des autres humeurs et sécrétions (sérosités, liquide céphalo-rachidien, œdèmes, urines, etc.); on pourra ainsi prévoir le sens des échanges osmotiques.
Mesure de la concentration moléculaire. — i" Hématocrite. — Hamburger, Kôppe ont mesuré la concentration moléculaire à l'aide de l'hématocrite, qui permet d'apprécier le volume des globules rouges. Hamburger a montré que les solutions diluées gonflent les hématies, tandis que les solutions concentrées les ratatinent au contraire. Le volume des globules rouges dans l'iiématocrite, pour un sang donné, dépend donc de la concentration de la solution saline dans laquelle ils sont plongés; une solution saline, où les globules rouges présentent le même volume que dans le sérum d'un sujet, a même concentration que ce sérum.
Il suffit donc de mesurer par l'hématocrite le volume des globules rouges plongés dans le sérum ; puis de mesurer leur volume dans deux solutions salines à des titres connus : de la comparaiso)i des résultats on peut déduire la concentration du sérum.
Si, par exemple :
Le vol. des hématies dans une sol. I de sulfate de magnésie à 0,223 p. 1000 est de 51,8 p. 100.
— Il — à 0,243 p. 1000 — 47,7 p. 100.
— dans le sang — 48,8 p. 100.
C'est que la solution I est trop faible et la solution H trop forte. Un calcul très simple montre que la concentration de la solution de sulfate de magnésie dans laquelle les globules auraient le même volume que dans le sérum serait au taux de 0,238 p. 1 OdO ; la con centration du sérum est, par suite, mesurée par celle d'une solution de sulfate de soude à 0,238 p. 1 000.
Cette méthode peut convenir quand on n'a à sa disposition que de très petites quantités de sang ; elle a été employée dans ce but par Grube*, mais elle expose à de grosses erreurs.
2° Cryoscopie. — La cryoscopie (/.puoç, froid, <iy.or.-:v.v^ voir) est la
1 Grube. Zeit. f. diâl. u. phys. Thérapie, sept. 1902, t. VI, fasc. 6, p. 333.
pnopRiiirÉs physiques et chimiques du sérum.
méthode de choix pour la mesure de la concentration moléculaire. Elle est basée sur Tobservation du point de congélation des solutions. Ces principes généraux ont été déduits par Blagden, de Coppet, Raoult, Vant HofF, etc., des études expérimentales.
Sans faire l'exposé précis et complet de cette méthode, ce qui nous entraînerait dans des développements trop considérables pour ce volume, nous indiquerons cependant les principes sur lesquels elle repose, la technique de la méthode, et les déductions physiologiques et pathologiques qu'on en a pu tirer.
Principes de la cryoscopie. — Tout corps défini, solidifiable possède un point de solidification constant sur l échelle du thermomètre. Si on vient à y dissoudre un autre corps solide ou liquide, le point de solidification s'abaisse. Le nouveau point observé porte le nom de point cryoscopique (A).
On constate expérimentalement que :
1° Pour une même quantité de dissolvant, l'abaissement de température nécessaire pour la solidification est proportionnel au poids de la substance dissoute.
Ainsi, une solution d'azotate de potasse au titre de 1 p. 100, congèle à — O^jSOS ; une solution du même sel à 3 p. 100 congèle à — 0°,915.
2° L'abaissement de température nécessaire pour la congélation est d'autant plus grand que le poids moléculaire de la substance dissoute est plus petit.
Ainsi, si on dissout dans 100 gr. d'eau 1 gr. d'azotate de potasse, dont le poids moléculaire est 101, la congélation a lieu à — 0°,305; si on dissout dans la même quantité d'eau 1 gr. de chlorure de sodium, dont le poids moléculaire est 58,5, la congélation a lieu à 0°,600.
3° Si on dissout dans des quantités égales d'un même dissolvant des quantités moléculairement équivalentes de diverses substances — c'est-à-dire des quantités proportionnelles au poids moléculaire de ces substances — l'abaissement du point de congélation, dans les diverses solutions, aura la même valeur. En d'autres termes, ces solutions ayant même concentration moléculaire ont le même point cryoscopique.
CONCENTRATION MOLÉCULAIRE
Ainsi, si dans 100 gr. d'eau on dissout 11 gr. 9 de bromure d® potassium, c'est-à-dire 10 fois moins que le poids moléculaire, ou bien 10 gr. 1 d'azotate de potasse, c'est-à-dire 10 fois moins que le poids moléculaire, le point cryoscopique de chacune des solutions sera sensiblement le même ; il sera — 3", 51 pour l'azotate de potasse et — 3°, 5105 pour le bromure de potassium.
Il en résulte que si on prend deux solutions à une concentration quelconque, le rapport de leurs points cryoscopiques fournit un chiffre proportionnel au rapport du nombre de molécules dissoutes dans chacune d'elles.
Dire que deux solutions congèlent à — 1°,30 et à — 1°,50, c'est dire que les nombres de molécules dissoutes dans un même volume des deux solutions sont entre eux comme 130 est à 150.
Ces principes ne s'appliquent pas seulement aux solutions contenant une seule substance ; ils sont encore assez sensiblement vrais si l'on considère les solutions contenant des mélanges de corps. Dans ce cas, l'abaissement de température nécessaire pour la solidification du mélange est égal à la somme des abaissements qu'exigerait la solidification de chacune des substances si elle était dissoute seule (Raoult).
Ce dernier principe permet l'application de la cryoscopie à l'étude de la concentration moléculaire des liquides organiques, qui représentent toujours deâ solutions complexes.
Les premières applications des lois de l'osmose ont été faites, à la biologie végétale par De Vriès ; à la biologie animale par Hamburger, par Koranyi et par Winter.
Les résultats fournis par la cryoscopie sont différents de ceux donnés par la densimétrie, la première nous renseignant sur le nombre des molécules dissoutes dans un certain volume de dissolvant, et la deuxième sur le poids des substances dissoutes dans le même volume. Ainsi la présence de glycose dans une solution, qui augmente considérablement la densité de cette solution, n'abaisse que légèrement son point cryoscopique A. Les sels minéraux, ayant en général un poids moléculaire plus petit que les substances organiques, sont ceux qui influent le plus fortement sur le point cryoscopique.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
Technique de la cryoscopie. — \J appareil dont on se sert est une modification et une simplification de celui de Raoult
11 se compose des pièces suivantes : une éprouvette dans laquelle plonge un agitateur spiralé en platine ou en nickel et un thermomètre gradué de — 3° à -j- 3° en cinquantièmes de degrés, assez long pour qu'on puisse encore apprécier des demi-divisions. C'est dans cette éprouvette qu'on place le liquide à congeler, en quantité suffisante pour que la cuvette du thermomètre soit complètement immergée.
L'éprouvette est contenue dans un manchon renfermant une petite quantité d'alcool ou d'eau glycérinée, servant de conducteur entre le réfrigérant et le liquide à congeler.
Fig. 97 et Fig. 98. — Types d'appareils servant à la cryoscopie.
Le manchon est plongé lui-même dans un réfrigérateur. C'est une conserve en verre dans laquelle on place un mélange réfrigérant fait d'assises superposées de glace pilée et de sel marin ; à la partie inférieure est une tubulure permettant de faire écouler l'eau de fusion de la glace, qui élèverait la température du mélange réfrigérant.
Ce procédé est le plus simple et le plus employé ; mais on peut aussi utiliser
1 Claude et Balthazard. La cryoscopie des urines, 1901.
CONCENTRATION MOLÉCULAIRE
la réfrigération produite par l'évaporation de l'éther ou du sulfure de carbone, qui permet de conduire l'opération plus lentement.
Dans un récipient en verre A soigneusement bouché, on introduit de l'éther ou du sulfure de carbone par la tubulure C. Une trompe à eau reliée au tube c appelle de l'air qui, après s'être desséché sur de l'acide sulfurique dans le flacon B, traverse le liquide contenu dans A et produit son évaporation rapide.
Dès le commencement de l'opération, on surveille le thermomètre. La température baisse. Quand elle approche de 0°, on agite le liquide avec l'agitateur en spirale, de façon à obtenir une température uniforme dans toute la masse. Il se produit presque toujours une surfusion. Quand on croit avoir dépassé la température de congélation du liquide, on jette dans ce liquide une parcelle de glace ou un petit fragment du givre qui s'est déposé à l'extérieur de A.
La congélation se produit aussitôt, la colonne de mercure remonte, passe par un maximum, oii elle reste stationnaire près d'une demi-minute et redescend ensuiie. Le point maximum observé indique le point de congélation A du liquide.
Avant chaque opération, il faut inspecter le thermomètre et voir s'il n'est point resté de mercure adhérent dans l'ampoule supérieure ; de temps en temps, il faut aussi vérifier le 0 du thermomètre, en cherchant la température de congélation de l'eau distillée.
On pourrait par ce procédé chercher la concentration moléculaire du plasma sanguin, obtenu en recueillant le sang dans un vase refroidi et laissant les globules se déposer. Mais, ce procédé n'est pas pratique et n'offrirait d'ailleurs aucun avantage, car le sérum, sur lequel on opère ordinairement, a un point cryoscopique qui diffère seulement de 1 à 2 centièmes de degré de celui du sang complet.
La quantité de sérum nécessaire pour la détermination du point cryoscopique est d'au moins 10 cent, cubes. Si l'on n'a pas assez de sérum, il ne faut pas le diluer, puis cryoscoper la dilution et calculer ensuite le A du sérum non dilué, car on obtient ainsi un résultat erroné.
On obtient le sérum par des venlouses scarifiées ou par la ponction d'une veine. Le sérum obtenu par ventouses est mêlé d'un peu de lymphe ; comme celle-ci est à l'état normal en très faible quantité et qu'elle possède un point de congélation voisin de celui du sérum, son mélange au sérum n'entraîne pas de grosses erreurs j il n'en serait plus de même si la région où l'on applique la ventouse était œdématiée. Cependant, d'après Koranyi, le point cryoscopique
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUiM.
du sérum obtenu par ventouses est plus bas de 2 ou 3 centièmes de degré que cehii du sérum des saignées.
Pour obtenir des résultats légitimes, il faut prendre, ainsi que l'a montré Achard, de grandes précautions dans rapplication des ventouses ; elles doivent être absolument sèches, ainsi que la peau sur laquelle on les applique, car l'eau ou l'alcool restants pourraient dissoudre quelques globules rouges ; elles ne doivent pas être trop chaudes, car il se produirait aussi de cette façon un laquage du sang.
L'erreur produite par la mauvaise application des ventouses peut être considérable. Achard et Laubry ont vu que, chez un épileptique, le sérum bien recueilli congelait à — 0°,36, tandis que le sérum laqué, provenant de ventouses où il était resté une goutte d'alcool, congelait à — 1",02. Il est fréquent d'obtenir avec des échantillons du sérum d'un même malade, provenant de ventouses appliquées au même moment, mais par des personnes différentes, des écarts de quelques dixièmes de degré dans le point cryoscopique.
Les sérums laqués, ainsi que les sérums troubles, ont un point de congélation abaissé.
La cryoscopie doit être faite dans le sérum à l'état frais, car la putréfaction décompose les matières albuminoïdes complexes en d'autres substances moins complexes, c'est-à-dire qu'elle divise les grosses molécules en d'autres plus petites et plus nombreuses, C(i qui augmente la concentration moléculaire du liquide. Achard et Loeper ont vu qu'un sérum, qui à l'état frais congelait à — 0°,56, au bout de quatre jours d'étuve congelait à — 0'',68, et après huit jours à — 0°,74.
Mais il faut une putréfaction assez avancée pour abaisser notablement le point de congélation, et dans la pratique il n'y a pas à tenir un très grand compte de cette cause d'erreur.
Concentration moléculaire du sérum à l'état physiologique. - -
A l'état normal, le sérum sanguin de l'homme congèle : à — 0",56 suivant Dreser, Koranyi et la majorité des auteurs ; à — 0°, o5 suivant Winter ; à — 0°, 56 ou — 0°, 57 suivant Bousquet.
L'abaissement de température nécessaire à la congélation est dû
CONCENTRATION MOLÉCULAIRE DU SÉRUM
en grande partie aux matières minérales, et surtout au chlorure de sodium, et ne relève des matières organiques que pour le chiffre 0,01 à — 0,02.
Le sérum sanguin serait isotonique avec une solution de chlorure de sodium à 0,93 p. 100, constatation importante qui permet de considérer la solution de chlorure de sodium à 0,93 p. 100, — ou à 1 p. 100 après la stérilisation qui a concentré le liquide par évaporation d'une certaine quantité d'eau — comme la solution isoionique normale, le meilleur sérum artificiel pour les injections sous-cutanées, intraveineuses, ou le lavage des séreuses et muqueuses. Une solution moins concentrée, liypotonique par rapport au sérum, produirait des phénomènes d'hématolyse ou de cytolyse et posséderait une véritable osmonocivité.
Le point cryoscopique du sérum n'est pas exactement le même chez tous les individus sains, de sorte qu'on n'est jamais certain, avant d'avoir fait la cryoscopie du sérum, quand on fait une injection de sérum artificiel dans les veines, d'introduire un liquide isotonique ; mais la différence est assez légère pour qu'on n'en tienne point compte à l'état normal.
En outre, chez un même individu, la concentration moléculaire varie aux divers moments de la journée ; elle est plus élevée dans l'état de jeûne.
Elle n'est pas la même pour le sang des divers vaisseaux. Elle est plus élevée dans le sang veineux que dans le sang artériel, plus élevée dans le sang de la veine sus-hépatique que dans le sang de la veine porte, plus élevée dans le sang de l'artère rénale que dans celui de la veine rénale.
La concentration moléculaire du sérum est moindre chez la femme enceinte à terme que chez le fœtus ; Keins a trouvé comme moyenne :
A mère — 0°507
A fœtus — 0052
et Veit :
A mère — 0°55
A fœtus — 00579
La concentration moléculaire varie enfin d'une espèce animale à une autre. •
7oO
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DU SÉRUM
Si l'on fait la moyenne des chiffres donnés par les auteurs, ce point cryoscopique A serait égal, suivant Bousquet ' :
Chez le chien, à 0,603
Chez le bœuf, à 0,614
Chez le cheval, à 0,1538
Chez le lapin, à 0,59
Winter - trouve toujours sensiblement A — 0,55 pour le sérum du bœuf, du cheval, du chien, du lapin, du mouton, du porc et pour le sérum antidiphtérique.
Si la concentration moléculaire du milieu intérieur est sensiblement la même pour tous les mammifères, il n'en est plus ainsi quand on considère les espèces animales inférieures. Les êtres qui vivent plongés dans l'eau de mer n'ont pas la même concentration que les animaux terrestres.
Les recherches de Quinton, de Bottazzi, ont montré que les invertébrés marins, fermés anatomiquement au milieu extérieur, lui sont ouverts osmotiquement ; leur hémolymphe a la même concentration que l'eau de mer dans laquelle ils vivent ; il en est de même pour les poissons cartilagineux ; l'indépendance osmotique commence à apparaître chez les téléostéens, dont l'hémolymphe a une concentration qui est la moitié de celle de l'eau de mer ; elle est complète chez les vertébrés supérieurs, vivant dans l'eau de mer et jouissant de la respiration aérienne, qui ont une pression osmotique approximativement égale à celle des animaux terrestres.
Équilibre physiologique. — Si l'on fait abstraction des très minimes variations que nous venons d'indiquer, on voit que la concentration moléculaire du sérum sanguin est remarquablement fixe à l'état normal. Les diverses conditions physiologiques comme l'absorption d'une grande quantité de boissons, la sudation, etc., ne la modifient que d'une façon très légère et très passagère.
Même, quand on cherche à modifier celte concentration d'une façon brutale, en faisant, par exemple, des injections sous-cutanées ou intraveineuses de solutions hypotoniques ou liypertoniques, on
1 Bousquet. Thèse de Paris, 1899.
2 WiNïER. Arch. de physiologie, avril 1896.