RÉACTION DE FIXATION
Dans le tube témoin, l'hémolyse apparaît rapidement à 57° ; plus lentement, après deux à douze heures, à la température de la chambre ; toute la colonne liquide est colorée en rouge ; le dépôt esL peu abondant, peu foncé et, si l'on agite, s'émulsionne sans former de grumeaux.
Dans le tube qui contient le sérum typhique, le liquide reste clair et ne se colore pas en rouge ; le dépôt est foncé, compact, agglutiné, difficile à dissocier.
Au microscope, dans le tube témoin, les globules sont décolorés et déformés, puis détruits au bout de 24 heures ; dans le tube qui contient le sérum typhique, ils ont conservé leur forme et leur couleur. La réaction n'est pas toujours aussi pure et dans les tubes hémolysés peuvent se trouver quelques globules intacts ou inversement.
La réaction de fixation de Bordet fournit les éléments d'un véritable hémolyso-diagnostic chez 10 typhiques en cours d'infection observés par Widal et Le Sourd, la réaction s'est montrée positive ; dans 3 cas elle était positive au neuvième jour.
Diagnostic ds la tuberculose . — Widal et L. Le Sourd ' ont essayé d'appliquer la réaction de fixation au diagnostic de la tuberculose; ils se sont servis de bacilles d'Arloing et Courmont, débarrassés soigneusement par centrifugation du bouillon glycériné dans lequel ils se sont développés, la glycérine jouissant de propriétés hémolysantes. La technique est la même que pour l'hémolyso-diagnostic de la fièvre typhoïde.
Le sérum des tuberculeux présentait la réaction de fixation dans 17 cas sur 21 dans une première série ; dans 16 cas sur 16 dans une seconde ; dans 6 cas sur 7 dans une troisième ; le sérum de sujets ne présentant pas les signes extérieurs de la tuberculose, n'a donné la réaction que 4 fois sur 21,3 fois sur 16 dans la seconde, 2 fois sur 7 dans la troisième.
La réaction peut s'observer, quoique avec moins de netteté et moins de régularité, avec les bacilles morts (Widal et Le Sourd), et aussi, comme l'ont montré Camus et Pagniez -, avec la tuberculine :
1 Widal et L. Le Sourd. Soc. méd. des hôp., 5 juillet 1901. * Camus et Pagniez. Soc. de bioL, 6 juillet 1901, p. 754.
MÉCANISME DE LA BAGTÉRIOLYSE ET DE LA CYTOLYSE
l'adjonction de celle-ci an sérum tnberculenx chauffé étant capable, dans la suite, de fixer l'alexine d'un sérum humain. La réaction n'est d'ailleurs pas constante et peut être observée chez des individus sains en apparence.
On ne saurait trop insister sur les difficultés qui entourent la recherche de la réaction de fixation chez les tuberculeux; la réaction est très complexe et exige pour se réaliser la mise enjeu d'éléments variables d'une expérience à l'autre ; elle exige la connivence d'éléments provenant de quatre êtres vivants : de celui qui fournit le sérum à éprouver, de l'animal qui fournit le sérum alexique, de celui qui fournit les globules rouges, de celui qui fournit la sensibilisatrice. On conçoit qu'il suffise d'une idiosyncrasie propre à l'un des êtres porteilrs de ces éléments pour voir manquer la réaction ; aussi toutes les séries ne sont-elles pas concordantes.
§ IV. — Anticytotoxines
Lorsque, par inoculation microbienne ou toxique, on a développé dans un sérum des propriétés bactériolytiques ou antitoxiques, si on injecte ce sérum à un animal, on transmet à cet animal, d'une façon passive^ les propriétés bactérioly tiques et antitoxiques inhérentes au sérum ; ainsi en injectant à l'homme du sérum de cheval antidiphtérique, on transmet à cet homme la propriété antitoxique du sérum. Mais ce sérum, indépendamment du pouvoir anti toxique dont il est pour ainsi dire le véhicule, est en même temps que le sérum d'une espèce animale, un véritable corps étranger pour l'individu auquel on l'inocule. Son injection va donc déterminer dans l'organisme des réactions actives.
L'étude des réactions actives que développe cette première inoculation n'a pas été poursuivie en ce qui concerne les bactéries et les toxines bactériennes parce qu'elle semble ne pas avoir d'application pratique. Il n'en est pas de même des modifications que détermine chez l'animal sain l'inoculation de sérum cytotoxique. Le sérum cytotoxique peut être considéré, en effet, comme un véritable poison ; le sérum hémolytique peut être considéré comme une
ANTICYTOTOXINËS.
hémolysine ; le sérum spermotoxique comme une spermotoxine ; l'injection de ce sérum à un animal sain est donc comparable à celle que produit rinjeclion d'un poison; elle détermine, comme toujours, une réaction défensive plus ou moins considérable, c'est-à-dire un anticorps, dans l'espèce, une antihémo toxine ou une antispermoloxine.
Cette anticytotoxine a les mêmes propriétés que les antitoxines microbiennes; elle empêche l'action du sérum cytotoxique lorsqu'elle esl mélangée à lui ou injectée simullanément ou séparément; son action ne s'exerce pas seulement in vivo^ mais aussi in vilro ; étant donné un sérum hémolytique qui dissout les globules rouges qu'on met à son contact, l'action hémolytique disparaîtra si l'on fait agir en outre le sérum an tihémoly tique.
Le sérum d'un animal normal injecté à plusieurs reprises à un animal d'une autre espèce, va déterminer chez ce dernier la production d'un anti-sérum ; de telle sorte que le sérum du second animal, injecté en même temps que le sérum du premier animal, en supprimera les effets toxicjues. Ainsi on sait la toxicité du sérum d'anguille pour le lapin ; si on injecte à cet animal des doses croissantes de sérum d'anguille, on l'accoulume à ce sérum, il résiste alors à l'inoculation de doses toxicpies pour un autre lapin neuf et, d'autre part, son sérum, mélangé au sérum d'anguille, a acquis la propriété d'empêcher l'action nocive de ce sérum sur les globules rouges du lapin (Camus, Gley et Kossel).
Cette action anticytotoxique, facile à concevoir lorsqu'il s'agit d'un sérum aussi toxique que le sérum d'anguille, se manifeste à la suite de l'inoculation de tout sérum. Ainsi, si nous inoculons à un lapin du sérum de cobaye, nous accoutumons ce lapin au sérum de cobaye et, en particulier, à la substance cytotoxique, à la cytase contenue dans ce sérum ; nous développons dans ses humeurs une anlicylase spécifique. Si maintenant nous inoculons ce sérum de lapin contenant de l'anticytase à un cobaye, nous allons, comme toutes les fois qu'on injecte du sérum antitoxique, faire passer passivement dans les humeurs de l'animal inoculé la propriété antitoxique contenue dans le sérum ; autrement dit, nous allons injecter à ce cobaye une anticytase ; celle-ci aura pour effet d'empêcher les leu-
MÉCANISME DE LA BACTÉRIOLYSE ET DE LA CYTOLYSE
cocytes de ce cobaye de manifester leur action cytasique ; nous allons priver ce cobaye de sa cytase, autrement dit des propriétés bactéricides et cytotoxiques que possèdent ses humeurs (Bordet) Privé du pouvoir protecteur de sa cytase, le cobaye va perdre une partie de l'immunité naturelle qu'il possédait et va devenir sensible à l'infection par des microbes auxquels il était réfractaire auparavant, par exemple au bacille d'Eberth, comme l'a observé Wassermann -. Himmel dit avoir ainsi rendu le cobaye sensible à l infection expérimentale par le bacille de Ducrey ; nous avons vainement cherché, avec L. Le Sourd, à reproduire ses expériences.
Ehrlich et Morgenroth ^ ont obtenu des anticytases diverses en injectant du sérum de plusieurs espèces animales à d'autres mammifères, à condition de ne pas inoculer du sérum d'une espèce à une espèce trop voisine ; ainsi il n'ont pu obtenir d'anticytase à la suite d'injection de sérum de chèvre à des moutons ou de sérum de mouton à des chèvres.
Il semblerait que la production d'anticytase ne doive se produire que si l'on injecte à l'animal du sérum non chauffé, c'est-à-dire du sérum possédant la cytase ; il n'en serait rien^ d'après Ehrlich et Morgenroth, et l'on pourrait déterminer l'apparition d'une anticytase même en inoculant du sérum chaulfé à 60° (Il existerait dans le sérum, d'après ces auteurs, des corps dérivés des cytases sous l'influence du chauffage à 55°, des complémentoïdes, qui inoculés donneraient lieu à la production d'anticytases. Ces corps seraient des sensibilisatrices de la cytase) .
§ V. — Antienzyme ou antidiastase.
L'inoculation de ferments à des animaux développe de la même façon des propriétés antifermentatives qui passent dans le sérum.
Ainsi Achalme, Fermi et Pernossi^ ont vu que tandis que la tri/psine détermine la nécrose des tissus au niveau desquels on l'injecte,
1 Bordet. Aiin. de l'Inst. l'asleur, 1900, p. 270.
2 Wassermann. Deutsche medicin. Wochenschr., 1901.
3 Ehrlich et Morgenroth. Berlin. Iclin. Wochens., 1901, p. S70.
4 Fermi et Pernossi. Zeitsch. f. Hygiène, 1894, p. 83.
ANTIENZYME OU ANTIDIASTASE.
la nécrose ne se produit pas, si en même temps que la Irypsine on injecte du sérum d'un animal préparé par des inoculations antérieures de trypsine dans le péritoine. Le sérum de cet animal contient donc une antitrypsiiie.
Il en est de même pour la présure^ comme Font vu Morgenroth * et Briot^.
Hildebrandt ' a réussi à obtenir une antiémalsine dans le sérum de lapins, auxquels il injectait de l'émulsine à plusieurs reprises.
Delezenne * a vu, d'autre part, que le sérum sanguin des animaux qui à l'état normal ne possède qu'un pouvoir très faible, souvent même nul, de liquéfier la gélatine, acquiert ce pouvoir après injection ; la gélatine est dissoute et ne peut plus se solidifier par refroidissement. Le ferment est d'ordre leucocytaire.
1 MouGENROTii. Central, f. Bakt., 1899, p. 349 et 1900, p. 7-21.
2 BniOT. Etude sur la présence de l'antiprésure. Thèse Faculté des Sciences, 1900.
3 HiLDEBUANDT. Vu'c/iow's Arcli., 1893, p. 32.
* Delezenne, in Metchnikoff. Immunité, p. 114.