PROPRIÉTÉS AGGLUTINANTES DU SÉRUM VIS-A-VIS DES MICROBES
la réaction agglutinante comme moyen de diagnostic des espèces microbiennes voisines.
Le diagnostic du bacille de la psiltacose et du bacille d'Eberth est facile, si l'on ne se contente pas de vérifier l'agglutination des bacilles par le sérum, mais la manière dont se produit la réaction et surtout le degré du pouvoir agglutina tif : si l'on mélange, d'une part, une goutte de sérum d'un malade atteint de fièvre typhoïde, avec dix gouttes de culture jeune en bouillon de bacille d'Eberth et, d'autre part, une goutte du même sérum avec dix gouttes d'une culture de la psittacose, on observe des réactions différentes : les amas formés avec les bacilles de la psittacose sont souvent plus petits, plus resserrés; les bacilles restés libres sont, en général, plus nombreux. La différence devient plus sensible si l'on porte la proportion du mélange à 1 goutte de sérum pour 20, 30 ou 40 gouttes de culture ; les amas formés par les bacilles de la psittacose deviennent de moins en moins nombreux à mesure que la dilution est plus étendue ; à ce taux de dilution, l'agglutination n'est souvent plus perceptible. La différence est encore plus éclatante si on fait agir le sérum sur des bacilles à l'état naissant : les tubes de bouillon additionnés de sérum typhique et ensemencés avec le bacille de la psittacose restent troublés après un séjour de 4 à 5 heures à l'étuve, les tubes ensemencés avec le bacille d'Eberth sont clairs et ont leur fond parsemé de flocons blanchâtres.
Il en est de même pour le diagnostic de l'Eberth et du colibacille. Si, comme l'a vu Rodet, le sérum d'animaux très fortement vaccinés contre le bacille d'Eberth est capable d'agglutiner le colibacille, c'est à un taux bien différent : ainsi un mouton injecté contre le bacille d'Eberth et qui agglutine celui-ci à 1 p. 15 000, n'agglutinera le coli qu'à 1 p. 1 000; de même le sérum d'un mouton immunisé contre le coli, qui agglutine ce dernier microbe à 1 p. 1 100 000, n'agglutinera TEberth qu'à 1 p. 10 000.
Il faut enfin savoir que certains échantillons du bacille d'Eberth, retirés des eaux (Remy, Sacquepée, Chantemesse) et même de l'organisme (Courmont), ont une agglutinabilité faible ou nulle ; enfin, que les conditions préalables, auxquelles a été soumis le microbe ne sont pas sans exercer une certaine influence ; c'est ainsi
PROPRIÉTÉS AGGLUTINANTES DU SÉRUM
que certains bacilles, encore peu agglutinables au sortir du sang de l'homme, le deviennent plus énergiquement lorsqu'ils ont été acclimatés aux milieux artificiels par des cidtures successives (Rodet, Rehns »).
En pratique, cependant, il y a peu de différence dans le degré d'agglutinabilité des divers échantillons de bacilles d'Eberth, provenant du sang ou de la rate des typhiques. Widal et Sicard ont vu que le même sérum les agglutinait à un taux sensiblement égal.
La réaction agglutinante a une grande utilité pratique pour le diagnostic bactériologique : elle est, dans un certain nombre de cas, le meilleur procédé que nous ayons à notre disposition pour distinguer, les unes des autres, certaines espèces voisines, les vibrons cholériques des pseudo-vibrions, le bacille d'Eberth du colibacille et des paratyphiques.
Pour le diagnostic du bacille d'Eberth, en parliculier, la réaction agglutinante est aujourd'hui la meilleure méthode de laboratoire que l'on puisse utiliser et il suffit de mettre au contact de la culture en bouillon du bacille suspect, une dose déterminée de sérum d'animal infecté ou plus simplement de sérum de malade atteint de fièvre typhoïde (Widal et Sicard) et de rechercher si le microbe est agglutiné.
Pour le diagnostic du vibrion cholérique et des pseudo-vibrions, la réaction agglutinante est, dans l'état actuel de la science, le procédé le meilleur ; elle donne des résultats bien supérieurs aux procédés tirés des réactions chimiques ou de la recherche de la virulence.
Le sérum des animaux vaccinés contre le vibrion indien ou le vibrion de Hambourg, agglutine, en effet, tous les vibrions cholériques connus (excepté le vibrion de Massaouah), alors qu'il n'agglutine pas les vibrions saprophytes des eaux et le vibrio Metchnikowi (pathogène seulement pour les oiseaux).
1\ faut se rappeler cependant que la réaction agglutinante n'a pas, pour le diagnostic de la nature cholérique d'un vibrion, la valeur qu'elle possède pour le diagnostic du bacille d'Eberth. Comme l'ont montré Widal, Sicard et Nobécourt, le choléra-sérum ne possède pas un pouvoir agglutinatif égal vis-à-vis des divers vibrions cholériques' humains.
1 Rehns. Soc. de biol., 21 déc. 1901.
PROinUICTliS AGGLUTINANTES DU SÉBUM VIS A-VIS DES CELLULES.
La réaction agglutinante perd enfin toute valeur réelle pour le diagnostic des espèces microbiennes qui vivent à l'état saprophytique dans l'organisme de l'homme (Bezançon et Griffon). La propriété agglutinante se développe bien dans les humeurs an cours des infections colibacillaires et pneumococciques, comme dans les cas de fièvre typhoïde ; mais, tandis que, dans cette maladie, la propriété agglutinante existe vis-à-vis de tout bacille d'Eberth, dans les infections colibacillaires ou pneumococciques, etc., elle se manifeste d'une façon inégale vis-à-vis des divers échantillons de colibacille (Widal et Nobécourt) * ou de pneumocoque (Bezançon et Griffon) Très marquée, vis-à-vis de l'échantillon qui a déterminé l'infection, elle se montre plus faible ou même absente vis-à-vis d'un autre échantillon.
Elle apparaît, comme l'un de nous l'a montré avec Griffon, à propos du diagnostic du pneumocoque, comme un réactif trop délicat pour servir de base au diagnostic des espèces saprophytiques, car, si on lui attribuait une valeur absolue pour la classification des microbes en espèces distinctes, on en viendrait à considérer comme difïerents, non pas des espèces microbiennes, non pas encore des races, mais de simples échantillons qui possèdent, tels les divers pneumocoques, mêmes caractères morphologiques, mêmes propriétés biologiques, et surtout même pouvoir pathogène.
§ III. — Propriétés agg-lutinantes du séi'iini vis-à-vis des cellules.
Sérum d'animal neuf. — Certains sérums d'animaux neufs agglutinent les hématies d'animaux d'une autre espèce, ainsi :
Le sérum de cobaye agglutine moyennement les hématies du lapin et de la poule ;
Le sérum de cobaye agglutine faiblement les hématies du rat ;
Le sérum de lapin agglutine faiblement les hématies du cobaye, de l'homme, de la poule, du rat ;
Le sérum de chèvre agglutine fortement les hématies de l'homme et du rat ;
^ Widal et Nobiîcouut. Semaine me'd., 4 août 1897. — Nobécourt. Soc. de biol., 26 nov. 1898. 2 P. Bezançon et Griffon. Ann. de l'inst. Pasleur, juillet 1900.
PROPRIÉTÉS AGGLUTINANTES DU SÉRUM
Le sérum de chèvre agglutine moyennement les hématies du cobaye, du lapin et de la poule ;
Le sérum de rat agglutine faiblement les hématies du lapin, du rat et du cobaye ;
Le sérum de poule agglutine fortement les hématies du chien, du rat et du lapin ;
Le sérum de poule agglutine moyennement les hématies du pigeon ;
Le sérum de poule agglutine faiblement les hématies du pigeon ;
Le sérum de pigeon agglutine faiblement les hématies de l'homme, du lapin et de la poule ;
Le sérum de chien agglutine moyennement les hématies du rat et du lapin ;
Le sérum de chien agglutine faiblement les hématies du cobaye et de la poule.
Un sérum neuf est toujours sans action sur les globules de l'animal qui a fourni le sérum et sur ceux des animaux de même espèce ; il ne les agglutine pas plus qu'il ne les détruit. Chez l'homme, cependant, d'après Ascoli. Landsteiner, la propriété agglutinante pourrait exister dans le sérum vis-à-vis des globules d'un autre individu normal, et même vis-à-vis des propres globules de l'individu fournisseur du sérum.
Pagniez n'a pas observé ce fait, et, sans le nier^ dit que la technique employée par l'auteur peut donner lieu à des causes d'erreur.
Le sérum des individus malades acquiert, par contre, assez souvent, la propriété agglutinante, vis-à-vis des globules de l'homme sain,
Landsteiner a déjà signalé cette propriété dans les maladies graves; Donach, dans la chlorose; Le Monco et Panichi, chez des paludéens.
Pagniez * a observé le fait dans 60,9 p. 100 des cas sur un total de 105 malades; il est indépendant de l'âge du malade.
La propriété agglutinante est plus fréquente dans la tuberculose pulmonaire, où elle se manifeste chez 71,8 p. 100 des tuberculeux
* Pagniez a vu deux chlorotiques dont le sérum n'était pas agglutinant.