PROPRIIÎTÉS AGGLUTINANTES DU SÉRUM VIS-A-VIS DES CELLULES
avérés (33 cas) et chez 5 sur 6 des sujets suspects de tuberculose, alors qu'elle n'existe que dans 53 p. 100 des cas chez les non tuberculeux.
Dans la fièvre typhoïde, elle existait dans trois cas et manquait dans trois autres, dont un n'agglutinait pas encore le bacille d'Eberth.
On peut se demander, avec Pagniez, si, conformément aux faits signalés par Ehrlich et Morgenroth, la destruction des hématies, qui se fait chez tout individu sain, n'a pas entraîné la formation d'hémolysines qui, incapables d'agir sur les hématies de l'individu par suite de la formation d'antihémolysines naturelles, se manifestent vis-à-vis des hématies d'un autre individu non protégé par ces antihémolysines. Ou bien, si l'apparition d'agglutinines spécifiques pour d'autres microbes, ne détermine pas une modification des propriétés agglutinantes normales et ne les augmente pas.
L'existence des agglutinines normales dans le sérum ne va pas de pair nécessairement avec la propriété hémoly tique, certains animaux ont un sérum qui est agglutinant et non hémolysant; on peut d'ailleurs obtenir expérimentalement un sérum agglutinant et non hémolysant. Nolff, en injectant des stroma globulaires seuls, a obtenu un sérum doué de la propriété agglutinante seule, l'injection du contenu globulaire a, par contre, produit l'apparition d'un pouvoir globulisant.
On a songé à tirer parti de la propriété hématicide pour la recherche médico-légale des taches de sang : le sérum d'animal préparé avec du sang humain, détermine l'hémolyse des globules de l'homme plus que ceux de toute autre espèce animale (Uhlenluth)
Sérum d'animaux soumis aux injections de cellules. — Le
sérum des animaux préparés par les injections répétées de cellules, acquiert la propriété agglutinante ; ainsi, lorsqu'on injecte du sang de lapin dans le péritoine du cobaye, le sérum de ces cobayes agglutine les hématies du lapin avant de les dissoudre.
Le sérum de cobaye inoculé conserve la propriété agglutinante
1 Uhlenluth. Deutsche medicin. W odiensch., 1901, n" 6, p. 82, et n" n, p. 268.
PROPRIÉTÉS AGGLUTINANTES DU SÉRUM
malgré le chauffage à 55°. L'agglutinine spécifique agit en se fixant sur les hématies comme elle se fixe sur les microbes.
§ IV. — Caractères des ag-g-lutinines
Le phénomène de l'agglutination reste très obscur dans son principe, et nous savons peu de chose de la substance agglutinante contenue dans le sérum de certains animaux sains et de celle qui se développe à la suite de l'inoculation des corps étrangers, bactéries ou cellules.
Cette substance agglutinante est très différente de la substance bactéricide et s'en distingue par le fait qu'elle n'est pas détruite par le chauffage du sérum à 55° pendant une demi-heure ; elle possède d'ailleurs des qualités de résistance extrêmement intenses, qui la différencient encore de l'alexine essentiellement fragile. Elle résiste à l'action de la lumière diffuse prolongée pendant plusieurs semaines, à la dessication, à la putréfaction; il faut une température de plus de 60° pour la faire disparaître du sérum, et encore peut-on se demander si le phénomène ne tient pas aux altérations du sérum, car on a pu chauffer du lait qui possédait le pouvoir agglutinant à 70° (Widal et Sicard), et même à 80° (Achard et Bensaude), sans lui faire perdre ce pouvoir.
Elle est presque complètement arrêtée par les filtres et les membranes dialysantes, mais traverse certaines membranes vivantes, d'où son passage possible dans le lait, l'urine, le placenta (Voir : Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde) ; comme l'alexine, elle précipite par l'alcool et les réactifs ordinaires des diastases.
Elle se rapproche davantage de la sensibilisatrice avec laquelle elle coexiste le plus souvent dans le sérum des animaux vaccinés.
L. Martin ' a montré que lorsqu'on injecte des bacilles diphtériques tués par la chaleur, à des animaux, on fait apparaître dans leur sérum des propriétés agglutinantes, en même temps qu'une sensibilisatrice. Dans le sérum antidiphtérique, les deux propriétés coexistent toujours ; tous les sérums antidiphtériques ne sont pas
1 L. Martin. Soc. de bioL, 16 mai 1903.
CARACTÈRE DES AGGLUTININES.
agglutinants, mais lorsqu'ils le sont, ils contiennent une sensibilisatrice tandis que celle-ci fait défaut dans les sérums non agglutinants.
Il existe cependant des sérums d'animaux vaccinés contre le bacille d'Eberth, qui renferment des sensibilisatrices sans agglutinines (Bordet et Gengou)
Dans les humeurs, elle est répandue dans le plasma (Widal et Sicard, Achard et Bensaude), et est fixée au fîbrinogène et à la globuline et non à la sérine (Widal et Sicard).
L'origine leucocytaire de Tagglutinine, admise tout d'abord par Bordet^ n'est guère probable, les leucocytes séparés du plasma semblent du moins en être à peu près complètement dépourvus (Gengou)
Pfeiffer et Max. Dieudonné ont admis qu'au début des infections elle s'accumulerait dans la rate, qui en contiendrait plus que le sang ; elle est peu abondante dans les organes lymphoïdes et dans la moelle osseuse.
Ehrlich considère que l'agglutinine est analogue à la substance intermédiaire, à l'ambocepteur. L'agglutinine sert d'intermédiaire entre le groupement qu'il appelle zymotique et l'élément spécifique qui a servi à inoculer l'animal; grâce à cette union, les rapports d'attraction réciproque du sérum et des éléments spécifiques sont modifiés et l'agglutination se produit. La seule différence qui existe entre l'agglutination et l'action lytique, c'est q le dans l'agglutination, le groupement zymotique fait partie de l'agglutinine et ne peut en être séparé, tandis que dans la cytolyse, le groupement zymotique est tout-à-fait distinct de la sensibilisatrice et peut en être facilement séparé.
La substance agglutinable, d'essence inconnue, ne peut d'ailleurs pas être envisagée en elle-même et il est intéressant de serrer de plus près le phénomène même de l'agglutination en étudiant non seulement les agglutinines mais aussi les substances agglutinées.
Il semble que la propriété agglutinante puisse, d'ailleurs, se développer dans les humeurs, à la suite de l'injection de certaines
1 BoHDEï et GiîN'GOu. Ann. Inst. Pasteur, 1900, p. 289.
- Gengou. Ait/i. inlern. de Phanmicol. et Theivp., 1890, p. 300.
PROPRIÉTÉS AGGLUTINANTES DU SÉRUM
substances chimiques telles que le gaïacol ; bien plus, on sait, depuis les recherches de Malvoz que des substances chimiques, telles que la formaline , la solution de sublimé à 0,07 p. i 000, l'alcool fort, l'eau oxygénée la déterminent lorsqu'on les mélange en parties égales avec une culture de bacille d'Ebertli. Les solutions de vésuvine et de safranine à 1 p. i 000, mélangées dans la proportion de 3 gouttes pour 1 cent, cube d'émulsion de bacille d'Eberth provoquent la formation d'amas absolument typiques , la fibrine diluée, les acides acétique et lactique ont aussi un pouvoir agglutinant.
Examinant les cendres de 22 sérums agglutinant le bacille d'Eberth et de 18 sérums normaux, débarrassés de toute trace d'hémoglobine, A. Werner et S. Ismaïlova" ont vu que, tandis que les sérums normaux ne contiennent que des traces de fer, tous les sérums agglutinants examinés en contiennent des quantités appréciables, La présence du fer dans le sérum tiendrait à la destruction énorme de globules rouges qui se produit au cours de la fièvre typhoïde.
In vitro, les auteurs ont pu, d'autre part, constater qu'un mélange de glycérophosphate de fer ou de n'importe quel sel ferrique avec le
glycérophosphate de soude en solution à jq-^ agglutine le bacille
d'Eberth. L'injection de ces substances au lapin détermine l'apparition d'un pouvoir agglutinatif élevé du sérum de cet animal vis-à-vis le bacille d'Eberth.
Etude de la substance agglutinable. — Il semble que dans le phénomène de l'agglutination, si l'agglutinine est contenue dans le sérum, la substance agglutinable est renfermée dans les microbes qui subissent l'agglutination. C'est l'opinion de Gruber, de Dieneur.
Pour Gruber % sous l'influence de l'agglutinine, la couche périphérique des microbes se gonfle, devient visqueuse et, par suite, adhère à la couche périphérique des microbes voisins. La théorie de Gruber
^ Malvoz. Ann. de l'Inst. Pasteur, XI, 1897.
2 A. Werner et S. Ismaïlova. Soc. de biol., 13 juin 1903.
3 Gruber. Wietiei-. klin. Wochensch., 1896, n<" 11-12, p. 183 et 201.
CARACTÈRE DES AGGLUTININES.
n'est pas d'accord avec les faits. PfeifFer, Bordet, Courmont n'ont pu voir ni pour le bacille d'Eberth, ni pour le bacille du tétanos de modification du microbe. Pour le vibrion cholérique, comme l'a montré Bordet', l'immobilisation et l'agglutination précèdent la transformation en granules qui sont d'ailleurs deux actes très différents puisque l'agglutination s'observe même si l'on chauffe le sérum à 60°, tandis que la transformation en granules ne s'observe qu'avec du sérum non chauffé.
La théorie de Dieneur , qui veut que l'agglutination résulte de l'enchevêtrement des cils des microbes, ne saurait être admise puisque l'on peut observer l'agglutination de certains [microbes ne possédant pas de cils (bacille du tétanos, l'^'' vaccin charbonneux).
La substance agglutinable n'est pas renfermée dans le corps des microbes, Krauss l'a démontré pour le vibrion cholérique, le bacille tjphique, le bacille de la peste. Si à 10 gouttes de culture débarrassée de tout germe par la filtration sur bougie de porcelaine, on ajoute une goutte de sérum agglulinatif, on voit se former, après quelques heures de séjour à l'éluve, des amas floconneux^ semblables à ceux qu'on aurait obtenus si on avait fait agir le même sérum sur une même culture non filtrée, riche en microbes.
La formation des amas ne s'obtient que si l'on met en présence, d'une part, sérum préventif, et, d'autre part, culture filtrée du microbe qui a servi à vacciner l'animal.
Ch. Nicolle ^ a confirmé les recherches de Krauss pour le colibacille, le bacille d'Eberth, le vibrion de Massaouah ; il a fait macérer pendant un mois dans du bouillon peptonisé et giycériné à 1 p. 100 des cultures de ces microbes ; il les répartit en ballons fermés, les chauffe pendant une heure à 60° et les abandonne pendant 2 mois à la température du laboratoire ; il les filtre sur filtre Ghamberland. Si à 10 gouttes de cette macération on ajoute une goutte de colisérum et que l'on mette le mélange à l'étuve à 37°, on voit entre 5 et 15 heures, se produire une véritable agglutination.
1 Bordet. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1891, p. 193.
2 Krauss. Wien. klin. Woch., 30 avril 1897.
3 Cn. Nicolle. Ann. de l'Inst. Pasteur, Xli, 1898.
PnOl'IUÉTÉS AGGLUTINANTES DU SÉRUM.
Les grains agglutinés ont même aspect que s'il s'agissait d'une culture de bactérie, même coloration grisâtre, même légèreté, même apparence floconneuse, ils sont seulement d'un volume un peu moindre. Au microscope, ils sont absolument semblables à des amas microbiens, et il serait impossible, si l'on n'était prévenu, de les en distinguer ; on dirait des microbes accolés; ils se colorent d'ailleurs par les couleurs d'aniline et ne prennent pas la méthode de Gram.
Le phénomène observé par Krauss diffère de l'agglutination microbienne par la lenteur de la réaction, mais il n'y a là, comme l'a montré Nicolle, qu'une distinction apparente; si l'on ajoute, en effet, à la macération de coli, un microbe différent, tel que le bacille d'Eberth, qui n'est pas agglutiné par le coli-sérum, on voit cependant, à la suite de l'adjonction du bacille. d'Eberth, l'agglutination se produire, comme si les microbes avaient été collés parla bubstance agglutinable du bactérium coli.
Les microbes n'ont donc comme effet que de rendre plus apparent le phénomène de l'agglutination, qui peut se produire sans eux; on peut d'ailleurs remplacer les microbes par des substances inorganiques, par exemple par de la poudre de talc. La substance agglutinable est répandue dans toute la culture: dans le bouillon de culture, puisqu'elle persiste malgré la filtration ; dans le corps des microbes, comme l'a vu Ch. Nicolle, puisque les microbes qui sont restés sur le filtre (après lavage préalable pour les débarrasser du bouillon), émulsionnés dans l'eau distillée, sont agglutinés au même titre que s'ils étaient encore dans le bouillon de culture.
La substance agglutinable semble, selon l'âge de la culture, être répartie inégalement entre le bouillon et le corps du microbe : dans les cultures jeunes, le bouillon en contient moins que le corps des microbes; dans les cultures vieilles, au contraire, comme l'a vu Ch. Nicolle, le corps des microbes devient moins riche que le bouillon.
La substance agglutinable est très résistante aux divers agents physiques et chimiques. Widal et Sicard ' avaient déjà montré que les bacilles tués par la chaleur ou par le formol, conservaient la faculté
1 WiDAi, Pt SicARn. Soc. lie hinl., 30 janvier 1897.
CAUACTÈUES DES AGGLUTININES.
d'être agglutinés par le sérum. Ch. NicoUe a vu que la substance agglutinable qui passe dans le bouillon, résistait aussi à l'action de la chaleur à 120 et même 140°, au froid, à la dessication, aux divers antiseptiques ; il a vu, d'autre part, qu'elle était soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther.
Le phénomène de l'agglutination doit être rapproché de la coagulation, de la précipitation; il semble, par suite, que les agents physiques influent sur la rapidité et l'intensité de l'agglutination microbienne comme sur celle de la précipitation des solutions ou émulsions d'organes. L'agitation du milieu active aussi l'agglutination comme l'agitation de tout précipité naissant en active la formation.