CHAPITRE IX
SÉRODIAGNOSTIC '
Parmi les propriétés du sérum que nous avons étudiées dans les chapitres précédents, il en est une, la propriété agglutinante, que la découverte du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde par Widal a fait passer du domaine du laboratoire où elle était confinée dans celui de la clinique journalière ; elle sert de base, en effet, à une méthode nouvelle de diagnostic des maladies infectieuses.
La méthode du sérodiagnostic est basée sur ce fait d'observation apporté par Widal, à savoir que la réaction agglutinante n'est pas une réaction d immunité^ comme l'avait proclamé Pfeiffer, mais une réaction d'infection contemporaine de la période d'infection -.
Réaction d'infection, la réaction agglutinante va pouvoir être utilisée, non plus seulement au diagnostic bactériologique d'espèces microbiennes voisines, telles que le choléra et les pseudo- vibrions, le bacille d'Eberlh et les espèces typhimorphes comme l'avait proposé Pfeiffer, mais au diagnostic des maladies elles-mêmes.
Ce procédé de sérodiagnostic dont la valeur a été confirmée pour la fièvre typhoïde par tous les bactériologistes a été bientôt généralisé à la plupart des autres maladies infectieuses sans toutefois que la clinique, comme nous le verrons dans la suite, en ait retiré des éléments de diagnostic aussi précis que pour la fièvre typhoïde.
§ I". — Sérodiag-uostic de la fièvre typhoïde.
Technique de Widal. — Le procédé de sérodiagnostic le plus simple, le plus rapide, le plus sensible aussi, celui qui a rallié tous les suffrages, est le procédé extemporané.
Il n'est pas besoin que le sérum qui va servir à pratiquer le sérodiagnostic ait
1 Widal. Congrès de Nancy, 8 août 1896 ; Widal et Sicard. Ann. de i'Insl. Pasteur, mai 1897.
^ Déjà en 1892, MM. Chantemesse et Widal avaient montré que le pouvoir préventif pouvait apparaître non seulement pendant la convalescence de la fièvre typhoïde comme l'avait dit Stern, mais déjà pendant la période active de la maladie.
TECHNIQUE
été recueilli aseptiquement par ponction de la veine, il suffit de quelques gouttes prélevées par piqûre du doigt; on fait pendre la main du malade hors du lit, de façon à ce qu'elle occupe une position déclive, on pique avec la pointe d'une lancette la pulpe d'un doigt que l'on a préalablement lavé antiseptiquement puis desséché, on exprime le doigt par massage depuis la racine jusqu'au niveau de la piqûre et l'on recueille quelques gouttes de sang dans un tube de verre court et de petit calibre. On attend la séparation du caillot et du sérum qui, parfois, commence à se produire au bout de quelques minutes. Si cette séparation jtarde à s'établir, il suffit, pour la hâter, de décoller avec une pointe stérilisée le caillot adhérent aux parois du tube.
Le sérum peut se conserver plusieurs jours, môme s'infecter, sans que, pour cela, le pouvoir agglutinant soit sensiblement modifié. La persistance de quelques globules rouges ou la dissolution de l'hémoglobine dans le sérum ne nuit en rien à la réaction.
Le choix de la culture à employer * pour la réaction demande plus de précaution que n'en réclame la prise du sang; on utilisera de préférence une culture en bouillon âgée de 24 heures : on évite ainsi les pseudo amas qui se forment quelquefois spontanément dans les vieilles cultures. On peut d'ailleurs, à la rigueur, se servir d'une vieille culture, si l'examen préalable a montré qu'il n'existe pas de pseudo-amas, ou bien encore délayer dans du bouillon vierge une culture fraîche de bacilles typhiques sur gélose. Dans tous les cas, on doit, avant de rechercher la réaction, s'assurer, par l'examen au microscope, que les gouttes mêmes qui vont servir au sérodiagnostic, ne contiennent que des bacilles mobiles, bien isolés les uns des autres, et qu'il n'existe pas d'amas. L'épreuve terminée, on prélève avec deux pipettes de même calibre, dix gouttes de la culture et une goutte du sérum du malade qu'on soupçonne atteint de fièvre typhoïde, on les mélange dans un verre de montre ou sur une lame, puis l'on en prélève une goutte que l'on place entre lame et lamelle.
L'examen microscopique doit être fait avec un objectif à sec de fort grossissement, sans condensateur Abbé ; la préparation est éclairée par le miroir concave, et l'on diaphragme légèrement. La mise au point est un peu délicate et il faut éviter d'écraser la préparation avec l'objectif, car on dissocierait les amas et l'on chasserait le liquide à la périphérie de la préparation : les quelques globules rouges qui ont persisté dans le sérum après la coagulation du sang aident, en général, à la mise au point.
Lorsque le sérum provient d'un malade atteint de fièvre typhoïde, on aperçoit alors, en général immédiatement, des amas de bacilles agglutinés les uns aux autres, et entre ces amas, des bacilles libres et mobiles plus ou moins nombreux.
^ Rappelons que, comme l'ont montré Widal et Sicard, les bacilles tués par une exposition de trois quarts d'heure à une température de à 60° et surtout les bacilles tués par le formol en solution à 1 p. ISO, conservent la propriété d'être agglutinés par le sérum des typhiques.
SÉRODIAGNOSTIC.
On peut, dans ce cas, porter un diagnostic pour ainsi dire instantané. Si la préparation est agitée de nombreux mouvements browniens, on la laisse reposer pendant un 1/4 d'heure ou une 1/2 heure et on l'examine à nouveau : on assiste d'abord, dans ce cas, à la simple formation des centres agglutinatifs ; les bacilles se rapprochent en îlots, mais ils ne sont pas encore tassés; il se fondent ensuite par pression réciproque et ne sont plus isolables pour l'œil au centre de l'amas.
Lorsque le pouvoir agglutinatif est intense, les bacilles forment d'emblée, par leur réunion, des îlots compacts à la périphérie comme au centre.
Pour que la réaction soit caractéristique, la préparation doit présenter des amas nombreux, confluents, parsemant tous les points du champ microscopique, à la façon des îlots d'un archipel.
Dans quelques cas, les espaces qui séparent les amas s'éclaircissent, si bien qu'au bout d'une heure ou deux, l'on ne voit plus guère que des îlots d'agglutination.
Souvent les bacilles isolés restent encore nombreux et plus ou moins mobiles entre les amas, alors même que le pouvoir agglutinatif est intense, comme si les bacilles en amas avaient accaparé presque toute la substance agglutinante.
La réaction agglutinante peut être perceptible à l'œil nu si l'on emploie un des 'procédés lents suivants :
A une culture en bouillon déjà farinée et âgée de un ou deux jours, on ajoute le sérum typhique recueilli aseptiquement ; on laisse le mélange à la température de la chambre ou à l'étuve à 37°. Si le sérum est doué d'une forte puissance agglutinative, déjà, après quelques heures, on voit la culture perdre son trouble uniforme, devenir grumeleuse et finir par se clarifier complètement par précipitation au fond du tube des amas bacillaires.
Si le sérum est moins actif, un précipité plus ou moins abondant se dépose au fond du tube, la culture devient boueuse, même granuleuse dans toute sa hauteur, mais n'arrive pas à la clarification.
On peut encore chercher comment le sérum impressionne les bacilles à Vètat naissant: on mélange dans la proportion de 1 à lOlesérumà du bouillon vierge, on ensemence le mélange avec du bacille d'Eberth, on met à l'étuve à 37'. Durant les premières heures, la culture parait mal se développer, mais au bout de 12 à 24 heures, le tube a pris un aspect caractéristique qui fait ressembler la culture à une culture de streptocoques; les microbes se sont amassés au fond du tube pour y former un précipité de petits flocons [blanchâtres ; le liquide reste clair.
Dans l'un et l'autre de ces procédés lents, il est nécessaire de compléter l'examen à l'œil nu par l'examen au microscope.
Lorsqu'on a constaté l'existence du pouvoir agglutinatif d'un sérum, il est nécessaire, comme l'ont montré Widal et Sicârd, de mesurer, d'une façon précise, le degré de ce pouvoir agglutinatif, on évite ainsi certaines causes d'erreur tenant à ce que quelques sérums normaux et surtout quelques serums d'individus
TECHNIQUE
malades, atteints d'autres maladies que de la fièvre typhoïde, même dilués au 10% peuvent avoir, à un léger degré, le pouvoir agglutinatif.
Un premier examen fait dans les conditions ordinaires au 10', sert de guide et permet de voir approximativement si le pouvoir agglutinatif est faible, moyen ou intense.
Si le pouvoir agglutinatif a semblé faible ou moyen, on commence par faire deux dilutions, l'une à 1 p. 50, l'autre à 1 p. 100, c'est-à-dire qu'à une goutte du mélange au 10% on ajoute 4 ou 9 gouttes de bouillon.
Les gouttes mélangées doivent être aussi égales que possible; dans ce but, on se sert de pipettes préparées de la façon suivante : on coupe des segments de tubes de verre de 20 à 25 centimètres de longueur ; on les bouche avec de la ouate à leurs deux extrémités, on les stérilise. On étire un des tubes en son milieu, on brise la partie médiane de l'effilure et l'on obtient ainsi deux pipettes jumelles dont les extrémités sont de calibre sensiblement égal.
Si une préparation microscopique, faite avec le tube contenant une dilution à 1 p. 50, no présente, après un quart d'heure ou une demi-heure, aucune tendance à l'agglutination, on fait des dilutions plus faibles à 1 p. 40, 1 p. 30 1 p. 20. Si, au contraire, la dilution à 1 p. 60 donne des amas au microscope, alors que la dilution à 1 p. 100 n'en donne pas, on fait de nouvelles dilutions à 1 p. GO et à 1 p. 80, pour saisir la limite du pouvoir agglutinatif qui doit se trouver comprise entre 1 p. 50 et 1 p. 100.
Si la dilution à 1 p. 100 donne des amas, on fait de nouvelles dilutions à 1 p. 150 et 1 p. 200, et l'on poursuit jusqu'à ce qu'on ait obtenu une dilution qui ne donne pas de "centres agglutinatifs sur une iwéparatioji faite depuis deux heures.
Si le pouvoir agglutinatif est très intense, on a tout avantage à le mesurer en opérant par dilutions successives, en ajoutant chaque fois à une goutte du mélange précédent, 9 gouttes de culture de bacille d'Ebertb. La limite exacte du pouvoir agglutinatif est parfois assez délicate à fixer, il faut toujours s'arrêter au moment où l'on ne trouve plus de centres agglutinatifs assez nets pour ne laisser aucun doute dans l'esprit.
Intensité du pouvoir agglutinatif. — Il présente des variations très grandes suivant les sujets, et suivant les périodes de la maladie, il est dit très faible, lorsqu'il est inférieur à 1 p. 100 ; faible entre 1 p. 100 et 1 p. 200, moyen entre 1 p. 200 et 1 p. 500, intense entre 1 p. 500 et 1 p. 2 000, très intense lorsqu'il dépasse 1 p. 2 000. Dans quelques cas exceptionnels, l'intensité du pouvoir agglutinatif peut atteindre, comme l'a observé Widal, 1 p. 12 000.
Epoque d apparition. — L'époque d'apparition du pouvoir agglutinatif est variable selon les cas ; on observe cependant en général la
SÉRODIAGNOSTIC.
réaction à partir du 7" jour de la maladie ; la date la plus précoce observée par Widal a été le 3* jour de la maladie, [d'autres auteurs ont noté la réaction au 4^ et même au 2^.
La réaction peut être retardée dans son apparition, au 8^, 10'^, 22* et même 31*^ jour : exceptionnellement elle peut n'apparaître qu'au début de la convalescence (Acliard), ou au cours d'une rechute (Thoinot et Gavasse), elle peut enfin manquer comme Widal l'a constaté 1 fois sur 163 examens.
Courbe du pouvoir agglulinatif. — Au cours de la fièvre typhoïde, la courbe du pouvoir agghitinatif a une évolution variable et imprévue d'un cas à l'autre. Tantôt le pouvoir agglutinatif est peu élevé au début de la maladie, et s'élève progressivement pendant la période d'état et pendant la période de déclin, tantôt ce pouvoir reste durant tout le cours de l'affection, ce qu'il était dès les premiers jours, tantôt il décroît pendant la période de défervescence. On observe parfois d'un jour à l'autre, des variations inattendues dans le pouvoir agglutinatif du sérum ; mêmes variations d'un malade à l'autre, il semble que chaque typhique fournisse la réaction agglutinante à sa façon.
La réaction agglutinante s'atténue le plus souvent dans les premières semaines ou dans les premiers mois de la convalescence, elle peut même disparaître complètement à cette époque. Le plus souvent cependant, elle persiste pendant les premiers mois qui suivent la défervescence, et permet, par suite, un diagnostic rétrospectif. La réaction peut subsister pendant plusieurs années, jusqu'à 26 ans après la maladie; le pouvoir agglutinatif peut être considérable, 1 p. 8 000, chez un sujet guéri depuis huit ans (Widal et Sicard) ; il n'est plus soumis en général aux variations que l'on observe pendant la période d'infection.
Valeur diagnostique. — La réaction agglutinante est rigoureusement spécifique et l'on peut affirmer qu'un individu, dont le sérum agglutine au 50* le bacille d'Eberth, a, ou bien a eu la fièvre typhoïde ou une infection éberthienne. L'introduction en clinique de la méthode du sérodiagnostic a singulièrement modifié d'ailleurs le cadre de la
1 Les divers échantillons de bacille d'Eberth sont d'autre part sensiblement égaux vis-à-vis de la réaction agglutinante, et peuvent, comme l'ont montré Widal et Sicard après étude de 26 échantillons, servir sans distinction pour le sérodiagnostic.
TECHNIQUE
fièvre typhoïde elle a permis de rattacher à cette maladie des cas étiquetés jusque-là embarras gastrique fébrile et surtout des afFections locales, à bacille d'Eberth^ dont la nature exacte eut passé autrefois inaperçue. lien était ainsi dans un cas de cholécystite à bacille d'Eberth, observé par Bezançon et Philibert. La constatation d'un pouvoir agglomératif à 1 p. 600 du sérum permit dans ce cas le diagnostic.
Le sérum typhique peut conserver ses propriétés agglutinatives après 4 mois de dessiccation ; il en est de même du sang desséché qui, dilué dans du bouillon au 1/10 et au 1/20^, agglutine le bacille d'Eberth, mais moins activement que le sang ou le sérum liquide (Widal et Sicard)i.
Au point de vue pratique, cette propriété qu'a le sang desséché sur certaines substances de conserver son pouvoir agglutinatif, peut être utilisée pour assurer un diagnostic à distance. Elle peut être exploitée dans certaines conditions, par l'hygiène publique et par la médecine légale , comme l'ont fait au Canada Johnston et Taggart-.
Propriétés agglutinantes des humeurs. — Le sang est l'humeur de l'économie qui possède au maximum le pouvoir agglutinatif visà-vis du bacille d'Eberth. Le plasma a un pouvoir agglutinatif un peu plus élevé que le sérum. La sérosité des vésicatoires le possède à un haut degré. Les diverses membranes de l'organisme laissent diffuser plus ou moins aisément la matière agglutinante contenue dans le plasma ; dans l'urine, la réaction ne se fait que d'une façon inconstante, elle apparaît et disparaît d'un jour à l'autre ; le pouvoir agglutinatif est très faible et dépasse rarement 1/10, alors même que le pouvoir agglutinatif du sérum sanguin est considérable. Le liquide d'œdème, la sérosité du pus, les sérosités péritonéale, pleurale, péricardique, présentent un pouvoir agglutinatif plus ou moins puissant. Le pouvoir agglutinatif peut cependant manquer, dans le liquide pleural, comme l'a vu Ménétrier. Cette absence du pouvoir agglutinatif se présente, d'après Courmont, dans les cas où il existe du bacille Eberth dans l'épanchement.
Le phénomène de l'agglutination peut s'observer encore, comme
1 Widal et Sicard. Soc. de bioL, 10 sept. 1897.
2 Johnston et Taggart. Presse médicale, Paris, 1896, n» 104.
SERODIAGNOSTIC.
l'ont vu Acliard et Bensaude*, Thiercelin et Lenoble^, avec le lait de nourrices atteintes de fièvre typhoïde, avec les larmes et avec l'humeur aqueuse. Dans les larmes, le pouvoir agglutinatif n'existe que dans la sécrétion naturelle, que l'on peut toujours facilement recueilHr dans l'angle interne de l'œil, au niveau du cul-de-sac lacrymal, il manque dans la sécrétion provoquée par une irritation de la conjonctive ; dans l'humeur aqueuse, ce pouvoir agglutinatif est faible et inconstant. La bile humaine a donné la réaction 1 fois sur 2, celle-ci manque dans le liquide céphalo-rachidien, le liquide des vésicules séminales (Widal et Sicard).
La réaction agglutinante peut passer de la mère au fœtus (Widal et Sicard), mais ce passage est inconstant et en général incomplet (Etienne, Charrier et Apert, Achard et Bensaude).
Séropronosfic de la fièvre typhoïde. — Etudiant avec soin la courbe du pouvoir agglutinant du sérum dans les différentes formes de la fièvre typhoïde, et chez un malade aux diverses phases de l'infection, Paul Courmont ^ a cherché à en tirer des déductions applicables au pronostic de la fièvre tyj^hoïde que nous allons rappeler.
Dans la fièvre typhoïde normale d'intensité moyenne, le pouvoir agglutinatif décrit une courbe ascendante, puis descendante, sans plateau (courbe en clocher). Le fastigium de la courbe est atteint en général au moment oi\ la fièvre va céder.
Dans les formes très atténuées de la fièvre typhoïde, la séroréaction est souvent retardée et le pouvoir agglutinant n'est pas très élevé.
Dans les formes graves, hypertoxiques, prolongées ou compliquées, la courbe est irrégulière, oscillante, traînante.
D'une façon générale, un pouvoir agglutinatif élevé est un bon élément de pronostic, tandis qu'un pouvoir peu élevé est d'un mauvais pronostic, mais seulement s'il s'agit de fièvre typhoïde à température peu élevée, car dans les formes bénignes de la maladie, le pouvoir agglutinatif est souvent faible. Ces formes ont présenté, en
1 Achard et Bensaude. Acad. des Sciences, 28 sept. 1896.
2 Thiercelin et Lenoble. Presse médicale, 1896, p. 374.
3 P. CouRMONT. Séropronostic de la fièvre typhoïde. Thèse de Lyon, 1897.
SÉRODIAGNOSTIC DU PARATYPHUS.
général, un pouvoir agglutinant peu élevé lors fie la première atteinte qui a été d'ordinaire peu accusée (P. Courmont).
Widal, Thiercelin et Lenoble ont montré la persistance de la réaction agglutinante chez les convalescents en imminence de rechute.
Il semble que la rechute soit plus fréquente dans les formes à pouvoir agglutinant peu élevé et à séroréaction retardée (P. Courmont).
Nous ne pensons pas, comme il ressort des observations de Widal et Sicard, que l'intensité du pouvoir agglutinatif, mesuré dès les premiers jours de la maladie, puisse renseigner sur l'évolution de la maladie.
La courbe du pouvoir agglutinatif suivie pendant toute la durée de la maladie, a une évolution variable et imprévue d'un cas à l'autre. Tantôt le pouvoir agglutinatif est peu élevé au début de la maladie et s'élève progressivement pendant la période d'état et pendant la période de déclin, tantôt ce pouvoir reste, durant tout le cours de l'affection, ce qu'il était dès les premiers jours ; tantôt il décroît pendant la période de déclin.
Dans les cas mortels, Widal et Sicard ont vu l'intensité du pouvoir agglutinatif diminuer considérablement avant la mort ; ces faits sont vraisemblablement en rapport avec un état de collapsus qui gagne tous nos organites et empêche les cellules chargées de sécréter la substance agglutinante, d'accomplir leur fonction. A part ces faits, nous ignorons encore les raisons sans doute fort complexes, qui font varier la puissance de la réaction agglutinative. Il semble que chaque typhique fournit la réaction agglutinante à sa façon. L'infection impressionne nos humeurs et nos tissus, et l'organisme fait en partie le reste, suivant son aptitude individuelle, suivant une véritable idiosyncrasie (Widal et Bezançon^).
§ II. — Sérodiag^iiostie du paratyphus.
On désigne sous le nom de paratyphus des états infectieux ayant la plupart des caractères cliniques de la lièvre typhoïde, mais s'en
1 Widal et Bezançon. Art. Diagnostic des maladies infectieuses. Traité de path. génér. de Bouchard, t. VI.
SÉKODIAGNOSTIC
distinguant cependant : 1" par le faible pouvoir agglutinant du sérum des malades vis-à-vis du bacille d'Eberth ; 2° par la présence dans le sang de bacilles apj)artenant à une race voisine mais distincte du bacille d'Eberth.
Depuis les premiers cas observés par Achard et Bensaude les observations de paratyphus se sont multipliées et on peut en compter aujourd'hui au moins 80 observations -.
L'étude des bacilles paratyphiques a permis de distinguer deux espèces (A et B), le type A se rapprochant davantage du bacille d'Eberth, le type B davantage du colibacille.
Dans les cas de paratyphus, tantôt le sérum n'agglutine pas le bacille d'Eberth (Hunermann, Gwynn), tantôt la réaction n'est positive qu'au 20^ et encore faiblement (Coleman et Buxton), tantôt, il y a une réaction agglutinante passagère au 100^, comme dans les cas de Conradi, Drigalsky et Jurgens.
Le sérum agglutine le bacille paratyphique au , au ^ et même
La réaction agglutinante du sérum est différente pour chacun des deux types ; Brion et Kayser ^ ont vu qu'un sérum de lapin agglutinant le type A, dans la proportion de était inactif vis-àvis du type B, vis-à-vis du bacille d'Eberth et des bacilles voisins.
§ III. — Sérodiag-nostic de la i>sittacose.
Au cours de la maladie de ce nom due au bacille de Nocard, le
sérum des malades peut acquérir la propriété agglutinante, il en
était ainsi dans deux cas de Nicolle*, dans lesquels le séinim aggluti-
nait le bacille de Nocard à et à ; par contre, ce même auteur a vu la réaction manquer dans 4 autres cas, conformément aux observations antérieures de Gilbert et Fournier^
1 Achard et Bensaude. Infections paratyphoïdiques, Soc. méd. des hôp., 27 nov. 1896.
2 Lévi Sirugue. Le paratyphus, Revue critique in Arch. gén. de méd., 190.3, p. 1686 ; — Brion. Deutsche Klini/c, 1903 ; — Brill. Med. Record., 29 nov. 1902 ; — Joii.nston. Amer. jour. 0' med. Soc, août 1902.
3 Brion et Kayser. Munch. med. Woch., 13 avril 1902. * NicoLLE. Arch. provinc. de méd., 1889, I, p. 62.
^ Gilbert et Fournieu. Acad. de méd., 20 oct. 1896.
SÉRODIAGNOSTIC DU CHOLERA.
§ IV. — Sépodiag-nostic du choléra.
La technique est la même que pour la fièvre typhoïde; Achard et Bensaude ^ conseillent de se servir d'une émulsion d'une culture sur gélose, fraîche de 24 heures diluée dans du bouillon ; le vibrion cholérique formant, en général, un voile sur les milieux de culture liquides. Comme le sérum normal de l'homme peut agglutiner le vibrion cholérique, il faut se servir de sérum dilué et rechercher l'agglutination au 10" ou mieux au 15"; Pfeiffer et Kolle ont en efPet obtenu vme agglutination du vibrion indien avec du sérum d'individu sain, dilué au 10^
Dans 12 cas de choléra sur 13 au cours desquels ils ont pu examiner le sérum, Achard et Bensaude ont constaté l'existence de la propriété agglutinante du sérum des malades vis-à-vis du vibrion indien; la plupart des échantillons de sérum agglutinaient le vibrion au 20% un d'eux au 100^
Etant donné la pluralité des races de vibrions cholériques, il était intéressant de voir si un même sérum de cholérique agglutinait d'une façon sensiblement égale les divers échantillons de vibrions cholériques. Achard et Bensaude ont vu que les échantillons de vibrion indien, de Shanghaï, de Gonstantinople, de Paris, 1884, etc. étaient seuls agglutinés par le sérum des cholériques, tandis, qu'au contraire, les vibrions de Finkler et Prior, le vibrio Metchnikowi, qui ne sont pas pathogènes pour l'homme, et le vibrion de Massaouah (dont la nature cholérigène ne semble cependant pas douteuse, mais qui, d'autre part, ne présente pas le phénomène de PfeifPer et n'est pas agglutiné par le sérum des animaux vaccinés contre le vibrion indien) n'étaient pas agglutinés.
Bien que la recherche de la réaction agglutinante présente des difficultés plus grandes dans le choléra que dans la fièvre typhoïde, on peut, avec Achard et Bensaude, espérer qu'elle pourra être substituée avec avantage à l'examen bactériologique des selles, dans les cas où il s'agit de déterminer promplement la véritable nature d'une épidémie suspecte.
1 AcHAUD et Bensaude. Ivresse viéd., 26 se2)t. 1896, et Soc. méd. des hôp,, 23 avril iS'dl.
SÉRODIAGNOSTIC.
§ V. — Sérodîag-nostic de la peste.
Le sérum des malades atteints de la peste agglutine le coccobacille de Yersin, mais la réaction n'apparaît que pendant le second septénaire ; celle-ci n'est alors que de 1 p. 10, et n'atteint 1 p. 50 que pendant le troisième et le quatrième septénaire. Elle manque d'ailleurs dans les cas de pneumonie pesteuse et de sejïticémie (Zabolotny ' ) .
§ VI. — Séi'odiag'nostic de la morve.
Le sérum des malades et celui des chevaux atteints de morve, paraît jouir des propriétés agglutinantes à l'égard du bacille de la morve (Foulerton-, Méry et Bourges), mais le bacille peut être également agglutiné par le sérum de sujets atteints d'autres affections.
§ VII. — St'Podîag-nostic du tétanos.
Dans le tétanos, le bacille de Nicolaier subit déjà le phénomène de l'agglutination d'une façon typique quand on le mélange à du sérum normal de cheval (Bordet, Achard et Bensaude), la réaction est cependant plus marquée avec le sérum des chevaux tétaniques.
Chez l'homme, la propriété agglutinante manque dans le sérum des malades atteints de tétanos (Achard et Bensaude, Weinberg).
En employant le procédé de la culture, dans le vide, Sabrazès et Rivière^ ont observé la réaction agglutinante chez l'homme au 8® jour d'un tétanos grave.
§ VIII. — Sérodiag-nostic de la diphtérie.
Dans la diphtérie, le sérum des malades ne possède pas le pouvoir agglutinatif ; d'après Nicolas'*, ce pouvoir n'apparaît qu'à la suite d'injections de sérum antidiphtérique.
1 Zabolotxy. Deuische med. Wochens., 19 juin 1897.
2 Foulerton. Lnncef, 1 may 1897.
3 Sabrazès et Rivière. Soc. de bioL, 27 juin 1897.
4 Nicolas. Soc. de biol., H déc. 189S ; 23 juil. 1897 ; 10 sept. 1897