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SÉKODIAGNOSTIC DE LA DYSENTERIE

§ IX. — Sérodiag-nostic du charbon.

Dans deux cas de pustule maligne, Achard n'a pu constater l'agglutination de la bactéridie par le sérum du malade.

§ X. — Sérodiag-nostio de la fièvre de Malte.

La méthode du sérodiagnostic a contribué à définir et à préciser dans le cadre nosologique une affection qui sévit surtout sur les bords de la Méditerranée, et a été longtemps confondue avec la fièvre typhoïde ou avec la fièvre intermittente.

Dans cette affection le sérum des malades agglutine nettement, comme l'a vu Wright \ le microcoque décrit par Bruce sous le nom de micrococcus Melitensis, comme étant l'agent de la maladie. La technique est la même que pour le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde; le pouvoir agglutinatif qui est, en général, assez intense, 1 p. 50 à 1 p. 1 000, apparaît dès la période d'infection ; il persiste longtemps après la guérison de la maladie.

§ XI. — Sérodiagnostic de la dysenterie -.

Si les agents de la dysenterie sont multiples, il semble qu'on puisse aujourd'hui bien individualiser une forme de dysenterie bacillaire due à la présence d'un bacille, décrit pour la première fois par Chantemesse et Widal ^, retrouvé et étudié par Shiga Kruse % Flexner % etc. Martinez et Lenz ^ ont pu appliquer la méthode de l'agglutination à l'étude des diverses races bactériennes isolées par les bactériologistes : Le sérum des animaux infectés par le bacille de Shiga agglutine à peu près au même taux

1 Wbiright. Bi-itish med. Juuni, 19 avril et 15 mai 1897; — Lancet, 6 mars 1897.

2 S. Bhoïdo. Les di/senteries, Th. Paris, 1903, Naud. édit.

3 Chantemesse et Widal. Sur les microbes de la dysenterie épidémiqiie. Bull, de l'Ac. de méd., 1888, p. 522.

4 Shiga. Cenlr. f. Bakler., 1898-, t. XXlIi, p. 599; — Zeitschrifl . f. Hygiène, Bd. XLI, p.3o5. s Kruse. Deutche med. Woch., 1900, n° 40, et 1901, n»" 23 et 24, 1903, n°» 1 et 3, n» 12.

6 Flexner. Cent. f. Bakler., 1901, n° 12, Bd XXX. Martinez et Lenz. Zeitschr. f. Hijg. u. InfecL, Bd. XLI, H 3.

SÉRODIAGNOSTIC.

(1 p. 400), le bacille de Kruse et celui de Flexner; par contre, il n'agglutine que très faiblement (à 1 p. 25) les races décrites par Deycke, Strong, etc.

Vaillard et Dopter * ont vu, au cours de l'épidémie récente de Vincennes, le sérum des dysentériques agglutiner également le bacille retiré des selles de leurs malades et les bacilles de Shioa, de Kruse de Flexner, de Pfûlil.

Le sérum des malades atteints de dysenterie agglutine le bacille de la dysenterie, qui n'est agglutiné ni par le sérum des sujets sains, ni par celui des sujets atteints d'affection autre que la dysenterie (Shiga).

Shiga, qui a cliercbé la séroréaction sur des centaines de dysentériques, a trouvé que, le plus souvent, la réaction est positive ; elle est en raison directe de la gravité de la maladie (1 p. 30), quelque fois moins.

Kruse a vu également le sérum des dysentériques agglutiner le bacille, au septième jour, au ^, et même au millième.

A^aillard et Dopter ont observé lors de l'épidémie de Vincennes, une réaction agglutinante positive avec le sérum des dysentériques, tandis qu'ils ont vu que le sérum des sujets atteints de dysenterie clironique tropicale ou de diarrbée de Gochinchine, n'agglutinait pas le bacille. La réaction est faible ou nulle dans la dysenterie bénigne, bien accusée dans les dysenteries moyennes ou graves. Elle n'apparaît que vers la deuxième semaine après le début de la maladie.

§ XII. — Sérodiag-nostic clans les affections sapropliy tiques

La méthode du sérodiagnostic peut être appliquée au diagnostic des affections dues aux microbes saprophytiques, tels que le colibacille, le pneumocoque, le proteus, etc.

Dans ces maladies, la réaction agglutinante, comme il ressort des travaux de F. Bezançon et V. Griffon pour le pneumocoque, et de Nobécourt- pour le colibacille, n'est souvent appréciable que

^ Vaillard et Dopter. Presse médicale, 1903. 2 NoBÉcouuT. Soc. de bioL, 26 nov. 1898.

SÉRODIAGNOSTIC DANS LES AFFECTIONS SAPKOPIIYTIQUES.

si on soumet à l'épreuve du sérum, non pas un échantillon quelconque de l'espèce microbienne, comme cela peut se faire pour la fièvre typhoïde (Widal et Sicard), mais Féchantillon même qui a servi à déterminer l'infection.

Infections à colibacille . — Pour les infections à colibacille, la technique à employer est la même que pour la sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Il faut cependant se rappeler que le sérum de l'homme sain agglutine dans des proportions variables le colibacille (Widal, Courmont).

Les observations dans lesquelles a été mensuré le pouvoir agglutinatif ont seules de la valeur. Dans ces conditions, rares sont les faits où le sérum des malades agglutinait le colibacille, agent de la maladie ; il en était ainsi dans un cas de thyroïdite suppurée rapporté par Widal et Nobécourt'.

Lesage - a cherché à appliquer la méthode du sérodiagnostic aux infections gastro-intestinales des jeunes enfants ; le sérum des malades a des propriétés agglutinantes, mais seulement vis-à-vis du colibacille retiré des selles. L'absence de mensuration du pouvoir agglutinatif dans ces expériences, diminue l'importance de ces constatations. Dans les infections gastro-intestinales d'été, comme l'a montré M. Nobécourt, le sérum n'a en effet que rarement vis-à-vis du colibacille im pouvoir agglutinatif supérieur à celui du sérum d'enfant sain, alors même qu'on se sert pour la réaction du colibacille isolé des selles du malade.

Infections à proteus. — Dans les infections à proteus, Lannelongue et Achard^ ont vu que le sang du cadavre agglutinait l'échantillon trouvé à l'autopsie, et ont indiqué ce fait comme un moyen de diagnostic rétrospectif permettant de distinguer une infection à proteus ayant existé pendant la vie, d'une simple infection agonique.

Infections à streptococfue et à staphylococ/ue. — Le sérum des malades s'est montré le plus souvent sans action sur le streptocoque. Bensaude a obtenu cependant dans deux cas une agglutination abso-

1 Widal et Nobécourt. Se?n. mécL, 4 août 1897. - Lesage. Soc. de biol., 16 cet. 1897.

3 Lannelongue et Achard. Acad. des Sciences, îi oct. 1896.

SÉRODIAGNOSTIC.

kiment typique caractérisée par la formation de véritables amas bien distincts des grumeaux que donne habituellement le streptocoque dans les cultures en bouillon.

La propriété agglutinante n'a pu être constatée dans le sang des malades atteints d'alFection à staphylocoque; nous avons pu, par contre, la déceler facilement chez les animaux infectés, non seulement vis-à-vis du staphylocoque ayant déterminé l'infection, mais vis-à-vis d'un staphylocoque quelconque.

Sérodiagnostic des infections à pneumocoque. — Au cours des infections à pneumocoque, le sérum de l'homme acquiert la propriété d'agglutiner le pneumocoque, mais le phénomène ne peut être mis en évidence par la technique habituelle et la réaction n'est perceptible que si l'on recourt, comme l'ont montré MM. Bezançon et Griffon^, à la culture directe du pneumocoque dans le sérum. Dans ces conditions, le sérum, agissant sur le pneumocoque à l'état naissant, est susceptible de déterminer une agglutination visible à l'œil nu ou au microscope.

Technique. — Le sang doit être recueilli aseptiquement par piqûre dans la veine, ou plus simplement par application de ventouses scarifiées après nettoyage soigneux de la peau. Le sérum est distribué dans de petits tubes et ensemencé avec une trace de culture de pneumocoque, on porte le tube àl'étuve à 37° et on examine au bout de 13 à iC heures. Lorsque l'ensemencement a été fait dans du sérum d'individu sain, on ne voit qu'un petit nombre de diplocoques encapsulés, nettement séparés les uns des autres. Lorsqu'il s'agit, au contraire, d'un sérum d'infection pneumococcique, le liquide apparaît tantôt trouble, et, dans ce cas, l'examen microscopique est nécessaire pour vérifier la réaction ; tantôt au contraire, absolument limpide, avec au fond du tube un dépôt sous forme de petits flocons indiquent nettement qu'il s'est produit une agglutination.

L'examen microscopique qui, ici, doit être pratiqué après fixation et coloration de la lamelle par le bleu de Kuhne, montre, soit de longues chaînettes enchevêtrées, soit de véritables amas dans l'intervalle desquels on ne voit plus d'éléments isolés.

La réaction agglutinante, toujours absente cliez les sujets sains (100 observations), s'est montrée constante dans les cas de pneu-

1 F. Bezançon et V. Giuffon. Ann. de l'Inst. Pasteur, juill. 1900 ; — Griffon. L'agglulination du pneumocoque. Thèse de Paris, 1900. Stciuheil, édit.

SÉIlODIAGNOSriC DANS LES AFFECTIONS SAPKOPHYTIQUES.

monie ou trinfeclion pneumococciqiie (broncho-pneumonie, pleurésie purulente, endocardite, arthrite, etc.). Dans la pneumonie, la réaction agglutinante apparaît quelquefois au 3*^ ou 4" jour de la maladie, mais elle n'est généralement bien marquée que la veille de la défervescence, et son maximum coïncide souvent avec les phénomènes critiques de la défervescence.

Dans la convalescence de la maladie, on assiste de bonne heure, déjà au bout d'une semaine, à la diminution graduelle puis à la disparition du pouvoir agglutinant du sérum, qui peut cependant persister un mois, cinq semaines et même davantage.

La réaction agglutinante existe aussi dans les pneumonies secondaires à la grippe, à la fièvre typhoïde ; dans ce dernier cas, on peut trouver simultanément la réaction éberlhienne et la réaction pneumococcique ; le pouvoir agglutinatif est en général très intense. Dans les broncho-pneumonies à pneumocoque, dans la pleurésie purulente à pneumocoque, l'endocardite, dans un cas d'arthrite à pneumocoque (Widal et Lesné), la réaction s'est montrée positive. La réaction n'a manqué que dans 6 cas de même ordre^ d'infection sanguine générahsée, mortelle, à pneumocoque.

Bezançon et Griffon ont constaté la présence du pouvoir agglutinant dans le sang de malades atteints d'affections dont la nature pneumococcique, déjà soupçonnée, n'était cependant j)as établie d'une façon certaine parla clinique et les recherches bactériologiques ; dans 4 cas de grippe, 2 cas de purpura, 3 cas de granulie, dans plusieurs cas de tuberculose pulmonaire chronique avec fièvre hectique, affections dans lesquelles on sait la fréquence des infections pneumococciques primitives, secondaires ou associées. Dans l'angine aiguë, enfin, 9 fois le sérum a présenté à un haut degré le pouvoir agglutinatif, trahissant ainsi la part que prend le pneumocoque dans cette affection polyniicrobienne.

Tandis que dans la fièvre typhoïde on peut, comme l'ont montré Widal et Sicard, rechercher la réaction agglutinante avec un échantillon quelconque de bacille d'Eberth, dans les infections à pneumocoque, au contraire, la réaction agglutinante ne se manifeste pas toujours avec un échantillon quelconque de pneumocoque : à plusieurs reprises, Bezançon et Griffon ont observé qu'un sérum de

SÉRODIAGNOSTIC.

pneumonique n'agglutinait pas réchantillon de pneumococpie de laboratoire qui servait à leurs expériences, mais agglutinait, par contre, le pneumocoque qu'ils isolaient de la bouche du malade chez lequel était fait le prélèvement du sérum.

Le plus souvent, le même sérum agglutine à la fois et un échantillon quelconque de pneumocoque et celui qui se trouve dans la bouche du malade, mais, d'ordinaire, l'agglutination est plus intense vis-à-vis du pneumocoque de la gorge que vis-à-vis du pneumocoque quelconque.

Ce fait^ qui rend parfois difficile la recherche de la séro-réaction pneumococcique et lui enlève beaucoup de sa valeur pratique, présente un intérêt au point de vue pathogénique, il démontre en effet d'une façon péremptoire que la plupart des infections à pneumocoque ne relèvent pas d'une infection venue de l'extérieur, mais qu'elles sont dues à l'infection de l'organisme par le pneumocoque même qui se trouve dans la salive du malade, qui, ayant exalté sa virulence, a déterminé l'infection.

La constatation d'une réaction agglutinante positive dans le sérum n'a pas pour le diagnostic des affections saprophjtiques la valeur qu'elle avait pour le diagnostic des maladies spécifiques comme la fièvre typhoïde ; tandis que la constatation d'une séro-réaction positive vis-à-vis du bacille d'Eberth entraîne en effet le diagnostic de fièvre typhoïde, l'observation d'une agglutination vis-à-vis du pneumocoque ou du colibacille implique que ces microbes ont joué leur rôle dans la maladie, mais non qu'ils sont les agents de la maladie; ainsi, dans la lièvre typhoïde, le sérum pourra agglutiner le colibacille et le pneumocoque, ce qui signifiera seulement qu'au cours de la fièvre typhoïde, il y a eu infection secondaire par les sapro^îhytes habituels, le pneumocoque, le colibacille. C'est ainsi que dans les angines, comme l'un de nous l'a soutenu avec V. Griffon, la réaction agglutinante sert bien à déceler l'intervention du pneumocoque, qui est constante, mais n'autorise pas à dire que le pneumocoque est l'agent unique de la maladie, puisque l'examen direct montre dans l'exsudat un grand nombre d'autres germes vis-à-vis desquels on pourrait peut-être constater, si la technique le permettait, que le sérum a aussi acquis un pouvoir agglutinant.

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