SIÎRODIAGNOSIIC DE LA TUBERCULOSE
L^'agglutination ne se produit pas en général instantanément et n'apparaît qu'au bout d'un temps variable selon les sérums, au bout de une à cinq heures en général.
Lorsque la réaction n'est encore qu'ébauchée, on voit la paroi inférieure ]du tube comme striée de petits grains, le liquide surnageant reste louche; lorsque la réaction est complète, le liquide est clair, et l'on voit, sur la paroi inférieure, un dépôt constitué par des flocons peu adhérents ou par une couche lamelleuse. La réaction complète a seule une valeur diagnostique; la réaction ébauchée n'a qu'une valeur d'indication.
Pour apprécier la clarification, il est bon de regarder les tubes à jour frisant sur un fond noir. La clarification et le dépôt ne doivent jamais se produire dans le tube témoin.
2° L'examen microscopique doit toujours contrôler les résultais donnés par l'examen macroscopique. On prélève, avec une pipette, une goutte du dépôt que l'on dépose entre lame et lamelle et que l'on examine à l'état frais, sans fixation ni coloration, avec l'objectif à sec et en diaphragmant. Les bacilles, au lieu d'être isolés et légèrement mobiles, comme dans le tube témoin, sont agglutinés.
Arloing et Courmont insistent beaucoup sur la délicatesse de la technique, qui est beaucoup plus difficile à pratiquer que le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde.
Une culture trop jeune sera : ou bien trop pauvre en bacilles, ou bien trop facilement agglutinable ; une culture trop âgée sera souvent trop « dure » et donnera à tort des résultats négatifs.
Pour remédier à cette difficulté, il faut, chaque fois que l'on essaie le pouvoir agglutinant d'un sérum, faire en même temps la réaction sur la même culture, avec un sérum étalon^ c'est-à-dire avec un sérum fortement agglutinant dont le pouvoir est connu d'avance, sérum d'animal (chien) tuberculisé, sérosité de pleurésie ou de péritonite tuberculeuse.
La technique est encore facilitée, d'après Arloing et Courmont \ par l'emploi des cultures diluées ; on laisse les cultures s'enrichir à l'étuve pendant 15, 30 ou 40 jours, et on les dilue ensuite au moment voulu avec de l'eau salée à 8 p. 1000. La dilution est faite à différents taux ; on vérifie avec le sérum étalon quelle est la meilleure dilution.
Recherches expérimentales. — Le sérum sanguin du cobaye ne présente à l'état normal aucun pouvoir agglutinant ; par contre, le sérum de bœuf agglutine au —, et celui du chien a un pouvoir
agglutinant qui dépasse habituellement et peut même atteindre 1 , 1
iO 20 .
1 AuLOiXG et P. CûUKMONT. Prov. médic, 17 mai 1902.
SliRODIAGNOSTIC.
Après inoculation de tuberculose aux animaux précités, le sérum acquiert la propriété agglutinante à des degrés divers, et semble-t-il en raison directe de la capacité agglutinante du sérum normal ; c'est ainsi que le sérum de cobaye n'acquiert, en général, qu'un faible pouvoir
agglutinant, autour de et dépassant très rarement tandis que
le sérum de chien peut agglutiner à 1 p. 200 ou 1 p. 600.
Chez les divers animaux, le pouvoir agglutinant ne se développe dans le sérum que si l'on inocule un virus atténué ; ainsi le sérum de cobaye infecté par une matière tuberculeuse très virulente, crachats, produits tuberculeux, ne possède pas de pouvoir agglutinant,
ou n'agglutine le bacille qu'au ou au Ce n'est que chez les
cobayes présentant une tuberculose à marche chronique, que le pouvoir agglutinant se développe et encore faiblement.
Chez le lapin, dont le sérum à l'état normal agglutine souvent très légèrement le bacille de Koch, le pouvoir agglutinant apparaît après inoculation de produits tuberculeux, mais, comme chez le cobaye, on n'observe d'agglutination forte, 1 p. 80, qu'après inoculation de tuberculose atténuée.
Chez le chien, l'inoculation intra-pleurale de tuberculose atténuée, détermine d'une façon constante un pouvoir agglutinatif qui peut atteindre 1 p. 600 ; l'inoculation de tuberculose virulente n'augmente pas l'intensité du pouvoir agglutinatif normal.
Chez la chèvre et chez le bœuf, qui ne jouissent pas d'vme grande réceptivité vis-à-vis du virus tuberculeux expérimental, l'inoculation de tuberculose, même virulente pour le lapin, peu virulente pour ces animaux, détermine cependant l'apparition d'un pouvoir agglutinant, qui dépasse rarement pour la chèvre ; pour le bœuf.
Recherches cliniques. — Le sérum de l'homme sain n'agglutine pas en général le bacille de la tuberculose ; cependant, Arloing et P. Courmont ont obtenu 11 fois sur 41 cas, une réaction positive, chez des sujets sains en apparence, et 45 fois sur 130 chez des individus atteints de maladies autres que la tuberculose. La plupart de ces agglutinations positives ressortissent évidemment à des cas de tuberculose latente. Arloing et Courmont disent cependant avoir observé
SÉRODIAGNOSTIC DE LA TUBEHCULOSE.
une réaction positive chez deux individus, à l'autopsie desquels ils n'ont pas trouvé de lésion tuberculeuse.
Chez les tuberculeux pris au hasard, la réaction a été trouvée positive 168 lois sur 191 cas, négative dans 23 cas. Les cas à séroréaclion négative appartiennent presque tous à des tuberculoses graves (phtisie galopante, cavitaire, etc.). Les tuberculoses discrètes et curables, pleurésies, lésions minimes des sommets, tuberculoses chirurgicales, donnent presque toujours un sérodiagnostic positif. Dans certains cas, on voit le pouvoir agglutinant s'atténuer progressivement à mesure que s'aggrave la maladie et même disparaître complètement. Ces faits sont à rapprocher de faits analogues observés à la suite des injections de tuberculine, la réaction faisant défaut chez les phtisiques avancés. Chez l'homme tuberculeux, le pouvoir agglutinant s'élève rarement au-dessus de \ p. 20 ; généralement, il oscille autour de 1 p. 10.
P. Courmont a montré d'autre part que les sérosités pathologiques, telles que les épanchements de la plèvre ou du péritoine, présentaient
un pouvoir agglutinatif de ~ à lorsqu'ils étaient dûs au développement des bacilles tuberculeux, tandis que les épanchements non tuberculeux ne possèdent aucun pouvoir agglutinant. Widal et Ravaut 1 ont obtenu des résultats analogues ; ayant recherché la séroréaction dans 24 liquides pleuraux sérofibrineux, ils ont trouvé la réaction négative dans 11 cas de pleurésie non tuberculeuse, positive, 9 fois sur 11 pleurésies tuberculeuses, 1 fois négative, 1 fois douteuse ; la réaction enfin s'est montrée négative dans 2 cas de pleurésie de phtisiques. Elle était positive 12 fois dans les 17 cas de Bezançon et Griffon. Mongour et Buard ont trouvé le sérodiagnostic positif dans 19 cas de pleurésie sur 14 ; dans les 5 cas où la réaction fut négative, il s'agissait 4 fois de pleurésie non tuberculeuse, 1 fois de pleurésie tuberculeuse. Feitu, dans 21 cas de pleurésie tuberculeuse, a trouvé 8 fois la réaction en défaut. La sérosité pleurale, dans ces divers cas, possède le plus souvent un pouvoir agglutinatif plus marqué que le sérum du sang, contrairement à ce qui s'observe dans la fièvre typhoïde (Widal et Sicard), où le pouvoir agglutinatif le plus
1 Widal et Ravaut. Congrès de la luberculose. Londres, août 1901.
SKUODIAONOSTIC.
élevé s'observe toujours dans le sang. Il semblerait donc que dans la tuberculose des séreuses la substance agglutinante spécifique diffuse de la séreuse dans la circulation générale : cependant dans 2 cas où le sérum du sang donnait une réaction positive, la sérosité pleurale n avait ^^as de pouvoir agglutinant (Bezançon et Griffon).
Les fait'i avancés par Arloing et Courmont ont été confirmés par les travaux de Mongour, Rothamel, Buard, Mosnj, Hawtliorn, en France, par ceux de Benedick à Berlin.
Par contre, Beck et Rabinowitch considèrent que la séroréaction est sans valeur diagnostique.
Bezançon, Griffon et Pbilibert ont obtenu, chez les individus sains et chez les tuberculeux, une statistique qui ne diffère guère de celle d' Arloing et Courmont ; le sérum avait des propriétés positives 4 fois, négatives 13 fois chez 17 individus sains ; positives 34 fois, négatives 7 fois chez des tuberculeux avérés. La réaction manquait chez 3 tuberculeux au début, dont 2 avaient cependant déjà des bacilles dans les crachats ; elle manquait dans 1 cas sur 4 de tuberculose locale, dans 4 cas sur 5 de lupus. Salomon, de même, qui a étudié 150 cas, obtient des résultats analogues à ceux d' Arloing et Courmont ; chez les tuberculeux avérés, la réaction se montre positive dans 90 0/0 des cas environ; elle manque chez les phtisiques avancés.
En résumé, nous voyons que la plupart des bactériologistes qui ont pratiqué le sérodiagnostic en suivant la méthode d' Arloing et Courmont ont obtenu des résultats identiques ; les divergences ne commencent que dans Tinterprétation des faits.
§ XIV. — Valeur diag-nostiqiie de la séroréaction.
Arloing et Courmont concluent qu'une séroréaction même très faible chez un sujet suspect de tuberculose est un signe de grande valeur ; par contre, pour eux, une séroréaction négative a moins d'importance, car l'agglutination fait défaut chez un certain nombre de tuberculeux cavitaires ou de bacillaires à évolution rapide.
Comme l'avaient déjà signalé incidemment Arloing et Courmont, Bezançon, Griffon et Philibert ont observé l'apparition d'une réaction