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CHAPITRE XI LES ANTICORPS DU SÉRUM

Nous avons vu dans les chapitres précédents que sous l'influence de l'inoculation aux animaux des corps les plus divers, microbes, cellules, toxines, sérums, ferments, etc., il se développait dans les humeurs des propriétés nouvelles bactéricides, cytolyticjues, antitoxiques, précipitantes, agglutinantes, etc., dont le caractère commun est de se comporter, vis-à-vis du corps inoculé, comme un contrepoison vis-à-vis d'un poison. Par analogie simple et sans préjuger d'ailleurs de leur nature exacte qui nous échappe encore presque complètement, pour traduire leur propriété essentielle, on leur a donné le terme général à' anticorps .

L'anticorps est en général spécifique, c'est-à-dire que l'inoculation de microbes donnera lieu à un sérum antimicrobien, l'inoculation de toxine à un sérum antitoxique, l'injection de globules rouges à un sérum hémolytique, etc.

L'anticorps peut se développer chez toule espèce d'animal, et à ce point de vue le récepteur importe peu pour la production du phénomène. L'injection ne détermine cependant la production d'anticorps, que si le corps inoculé suscite chez le récepteur une réaction défensive, que si l'organisme a eu besoin d'entrer activement en lutte, pour se débarrasser du corps étranger envahisseur.

L'anticorps ne se produit pas, au contraire, si le produit injecté est susceptible de se mélanger passivement aux propres cellules de l'organisme. Ainsi, si on fait à un animal une transfusion de sang provenant d'un animal de même espèce , comme le sang est absorbé en nature, sa pénétration ne détermine pas l'apparition d'hémolysine. L'anticorps se produit, au contraire, si le sang injecté provient d'une autre espèce assez éloignée dans l'échelle animale de celle à laquelle appartient l'animal récepteur. Le sang est, en effet, dans ce cas, un véritable corps étranger et l'organisme cherche à s'en débarrasser pour rétablir son équilibre physiologique.

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Les anticorps peuvent se développer, dans certains cas, à la suite de l'inoculation à un animal de ses propres cellules. Ce fait en contradiction apparente avec ceux que nous venons de rapporter, concorde au contraire avec la loi générale de la production des anticorps lorsqu'on l'étudié de plus près. C'est ainsi qu'on assiste à l'apparition d'anticorps dans le sérum à la suite de l'inoculation à nn animal de ses propres cellules dans deux conditions très précises : 1° lorsque ces cellules sont altérées ; 2° lorsqu'elles sont inoculées, même non altérées, dans une région de l'économie de laquelle elles sont absentes normalement.

Ainsi lorsque l'on injecte à un animal de ses propres globules rouges, mais des globules altérés, comme ils ne peuvent plus servir à l'hématose, comme ils sont devenus des corps étrangers, leur injection détermine la production d'un anticorps.

Ainsi lorsque l'on injecte les spermatozoïdes d'un animal dans son péritoine, on détermine cependant la production de sérum spermotoxique, c'est-à-dire d'anticorps, parce que ces spermatozoïdes sont pour le péritoine des corps étrangers au même titre que des microbes ou du sang d'une autre espèce animale.

En résumé, toute pénétration de corps étranger dans un organisme sera suivie de la production d'anticorps, lorsque ce corps aura suscité de la part de l'organisme une réaction défensive, et cette production sera d'autant plus abondante, que la lutte aura été plus énergique, l'effort pour s'en débarrasser plus intense.

Nous avons admis jusqu'ici, que l'inoculation d'un corps étranger était suivie de la production d'anticorps spécifique, nous devons nous demander maintenant si la propriété défensive qui suit cette inoculation ne s'exerce que vis-à-Aas de corps étrangers de même nature que celui dont l'organisme a auparavant subi les atteintes, ou bien si elle se manifeste aussi vis-à-vis d'autres corps étrangers, autrement dit si la réaction est rigoureusement spécifique ?

Si, à la suite de l'inoculation de corps étrangers, il se forme dans le sérum des anticorps dont l'action est surtout marquée vis-à-vis du corps qui a servi à l'inoculation, il ne faut pas oublier que le sérum normal possède déjà à un faible degré des propriétés proteç-

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trices vis-à-vis de certains corps étrangers, et que les sérums d'animaux vaccinés ont parfois des propriétés dont l'action ne se borne pas toujours à la seule protection vis-à-vis du corps étranger qui a servi à la vaccination : ainsi le sérum de cheval normal a des propriétés bactéricides vis-à-vis des vibrions cholériques ; le sérum antitétanique protège, comme l'a montré Roux, contre l'inoculation du venin des serpents ; les cobayes immunisés à l'aide d'injections de proteus, de colibacille, de bacille d'Eberth, de bacille pjocyanique ne meurent pas lorsqu'on leur inocule des vibrions cholériques dans le péritoine, etc.

Il semble donc que l'inoculation d'un corps étranger à un animal a déterminé dans son organisme un état nouveau se traduisant par deux effets distincts, l'un spécifique, qui lui permet de résister dans la suite à l'introduction de doses mortelles de corps étrangers de même espèce, l'autre plus banal, qui renforce sa résistance naturelle vis-à-vis d'un corps étranger quelconque ; cette dernière manifestation étant toujours beaucoup plus faible que la précédente.

En dépit des diverses théories proposées pour expliquer les processus bactérioly tique, cytotoxique, agglutinant, l'essence même de ces actes nous échappe totalement. Les lysines, les sensibilisatrices, les aggiutinines dont nous parlons et que nous comparons aux diastases, sont seulement des conceptions de notre entendement ; elles n'ont pas de réalité objective ; ce que nous connaissons d'elles, ce sont leurs propriétés et non leur nature, de même que nous apprécions l'électricité ou l'aimantation par leurs effets et par les conditions dans lesquelles elles se produisent ou disparaissent.

On ne saurait mieux comparer le phénomène de la formation des anticorps, qu'à ce qui se passe dans la vie de relation, lorsque la répétition d'un- mouvement transforme un acte volontaire en un acte réflexe et rend, par suite, l'accomplissement de celui-ci plus facile. Dans le fait de l'acquisition par l'organisme, à la suite d'une inoculation préalable d'un corps étranger d'un certain degré de vaccination, il n'y a qu'une application générale de la loi de l'accoutumance ; un acte, ici le processus de défense, étant d'autant plus facilement exécuté qu'il a déjà été accompli,

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Deux théories principales, la théorie chimique dite des chaînes latérales d'Ehrlich, et la théorie physico-])iologique de la phagocytose de Metchnikoff, ont essayé de pénétrer le mécanisme intime du phénomène.

Théories des chaînes latérales. — Ehrlich a émis l'hypothèse que la molécule protoplasmique de la cellule vivante pouvait être comparée à la molécule chimique des corps de la série aromatique. Comme ceux-ci, elle possède un noyau central indélébile, nécessaire à sa vie et des groupements latéraux ou valences, ou chaînes latérales. Les cellules de l'organisme n'étant pas chimiquement saturées ont toujours des chaînes latérales libres ou récepteurs (groupe haptophore) qui sont capables d'entrer en combinaison avec d'autres valences libres appartenant aux molécules en circulation dans le plasma, sans pour cela que le groupement central soit modifié.

D'autre part, tout corps toxique qui pénètre dans l'organisme a lui aussi à côté de son groupement toxophore, une valence libre ou haptophore. Cette valence libre aura tendance à aller se fixer sur les groupes haptophores des cellules ; et en particulier tendance à aller se fixer sur l'élément cellulaire qui est particulièrement sensible à son action ; ainsi la toxine tétanique va se localiser sur la cellule nerveuse et se combiner avec elle; l'hémolysine, sur le globule rouge. Si la dose de toxine inoculée est insuffisante pour déterminer la mort de la cellule^ celle-ci va par ses récepteurs se combiner à la toxine et l'annihiler ; mais bien plus, cette cellule, dont un certain nombre de chaînes latérales ont fixé les groupements haptophores de la toxine, est capable par son pouvoir bioplastique de réparer les pertes qu'elle a subies, de reconstruire des récepteurs libres, et comme, selon la loi de Weigert, dans toute régénération la surproduction est la règle ? la cellule va fabriquer bien plus de chaînes latérales libres qu'elle n'en avait primitivement. Ce sont ces chaînes latérales qui se détachent de la cellule et qui libres dans le plasma y constituent les anticorps.

Ce sont ces récepteurs de la cellule, en circulation dans le plasma qui constituent ce que Ehrlich a appelé la substance intermédiaire ou ambocepteur, Bordet, la sensibilisatrice, Metchnikoff, le fixateur.

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