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SEPTIÈME PARTIE

ORGANES HÉMATOPOIÉTIQUES

L'élude de l'origine des leucocytes nous a déjà montré que le sang devait être considéré, non comme un tissu spécial dans lequel se font des édifications cellulaires, où les cellules naissent, se reproduisent et meurent, mais comme une sécrétion dans laquelle les éléments arrivent tout formés et ne se modifient plus guère dans la suite. Les hématies et les leucocytes polynucléaires tout au moins, doivent être considérés comme des organiles hautement différenciés au point de vue fonctionnel et^ par suite, incapables de reproduction. L'absence de noyau dans les hématies le prouve d'une façon péremptoire ; pour le leucocyte polynucléaire, la fragmentation du noyau, si favorable aux mouvements de la cellule, à son étirement, à sa diapédèse semble avoir fait perdre à cet élément toutes les propriétés reproductrices qui sont l'apanage des cellules mononucléées.

Le lieu de la formation des éléments figurés du sang réside dans les organes hématopoïétiques. Ceux-ci forment deux groupes très distincts : l'un constitué par la moelle osseuse et par la rate, est annexé directement au système sanguin ; les cellules qui s'y forment sont déversées par les veines dans la circulation générale ; l'autre^ représenté par les ganglions et les formations similaires est annexé au système lymphatique ; les cellules qui s'y forment sont d^abord charriées par la lymphe et n'arrivent qu'indirectement dans le sang.

Les éléments figurés du sang sont donc constitués : 1" par les cellules de la lymphe, 2° par les cellules propres du sang, sécrétées par les organes hématopoïétiques annexés au système sanguin.

ORGANES HÉMATOPOIÉTIQUES.

Tous les hématologistes s'entendent aujourd'hui pour reconnaître que la lymphe ne renferme qu'une seule espèce de cellule, le leucocyte mononucléaire non granuleux, qu'il se présente sous forme soit de lymphocyte, soit de petit ou de grand mononucléaire. C'est là une notion solidement établie par les recherches d'Ehrlich, de Denys, d'Hayem sur la structure des éléments figurés de la lymphe, et par nos recherches personnelles sur les ganglions lymphatiques qui, comme nous l'avons montré, ne renferment à l'état physiologique chez l'adulte^ en dehors des capillaires sanguins nourriciers, ni leucocyte polynucléaire granuleux, ni hématies. Une partie tout au moins des leucocytes mononucléaires non granuleux du sang doit donc être considérée comme ayant une origine lymphatique. Quant aux autres cellules, hématies et leucocytes polynucléaires granuleux, qui constituent les véritables éléments figurés du sang, leur origine doit être recherchée dans les organes hématopoïétiques directement annexés au système sanguin, la rate et la moelle osseuse, chez l'adulte.

S'il est facile d'établir la filiation des leucocytes mononucléaires non granuleux avec les cellules des ganglions lymphatiques, il l'est moins de démontrer celle des hématies et des leucocytes polynucléaires granuleux avec les cellules de la rate et de la moelle osseuse, et le problème est assez délicat pour que certains hématologistes aient pu soutenir : que les hématies se forment non dans la rate et dans la moelle osseuse, mais dans le sang, aux dépens des hématoblastes ; que les leucocytes polynucléaires granuleux se forment dans le sang, aux dépens des cellules lymphatiques dont elles constituent la forme adulte.

La cause des incertitudes qui subsistent encore pour certains auteurs dans l'origine des hématies et des leucocytes polynucléaires granuleux, tient à ce que les organes hématopoïétiques annexés au système sanguin n'ont pas de canaux excréteurs, dont on puisse facilement étudier le contenu, mais qu'ils déversent les cellules formées dans leur parenchyme, par une sorte de sécrétion interne directement dans la circulation sanguine ; on ne peut donc que difficilement, par suite de ce mélange des éléments néoformés avec ceux du sang circulant, établir de comparaison précise entre le nombre

ORGANES HÉMATOPOIÉTIQUES.

des éléments apportés par les artères et ceux qui sortent par les veines.

Les hématies et les leucocytes polynucléaires granuleux étant, d'autre part, comme nous l'avons dit, des organites hautement différenciés et incapables de reproduction, il faut admettre que cest sous une autre forme que devront se trouver^ dans les organes hématopoïétiques^ les cellules mères de ces formes cellulaires.

L'étude cytologique des organes hématopoïétiques annexés au système sanguin, nous montre, en effet, dans ces organes, à côté des hématies et des leucocytes polynucléaires granuleux adultes du sang, formes terminales, des cellules qui ont tous les caractères fonctionnels de ces éléments, la teneur en hémoglobine pour les hématies , la présence de granulations pour les globules blancs, mais qui ont, d'autre part, en plus, les caractères des cellules reproductrices, la présence d'un noyau pour les hématies, la présence non plus d'un noyau polylobé, mais d'un noyau unique, arrondi pour les leucocytes granuleux. Le noyau de ces cellules apparaît souvent en voie de division directe ou karyokinétique et on trouve, d'autre part, dans les organes hématopoïétiques, tous les intermédiaires entre les cellules hémoglobiques nucléées et les hématies; entre les mononucléaires granuleux et les polynucléaires granuleux du sang. On peut donc, à juste titre, reconnaître que les hématies nucléées et les mononucléaires granuleux ou myélocytes sont véritablement la souche des cellules propres du sang. Ce qui a longtemps empêché de reconnaître le lien qui existait entre ces cellules, c'est qu'oubliant que les cellules propres du sang ne sont plus que des organites fonctionnellement différenciés et non des cellules de reproduction, on s'obstinait à chercher dans le sang entre ces diverses espèces cellulaires des formes de transition qui, en effet, en sont absentes. Les hématies nucléées et les myélocytes sont bien les cellules mères des hématies et des leucocytes polynucléaires granuleux, mais la filiation de ces cellules s'accomplit non dans le sang, mais au sein des organes hématopoïétiques ; elle est déjà achevée quand les cellules filles sont déversées dans le sang.

Un coup d'œil rapide jeté sur les organes hématopoïétiques annexés au système sanguin, nous montre une grande différence au

ORGANES HÉMATOPOIÉTIQUES.

point de vue de la struclure entre la rate et la moelle osseuse ; tandis que les mailles de la moelle osseuse en activité, renferment en grand nombre, hématies nucléées et myélocjtes ; celles de la rate n'en renferment qu'exceptionnellement et sont riches, au contraire, en cellules lymphatiques analogues à celles des gauglions lymphatiques.

Ainsi les hématies et les leucocytes polynucléaires granuleux, les cellules propres du sang doivent être considérées i^omme des cellules d'origine médullaire ; tandis que les mononucléaires non granuleux doivent être regardés comme des cellules formées au sein des ganglions lymphatiques et de la rate qui, chez l'adulte tout au moins, est avant tout un organe lymphoïde.

Cette conception, devenue classique depuis les travaux d'Ehrlich, de deux séries d'organes, les organes lymphoïdes, représentés par les ganglions lymphatiques et la rate, fabriquant les lymphocytes et les mononucléaires non granuleux; les organes myéloïdes^ représentés parla moelle osseuse, fabriquant les hématies et les polynucléaires, répond exactement à la réalité des faits si l'on ne considère les organes hématopoïétiques que chez l'homme adulte et à l'état physiologique ; elle doit être légèrement modifiée si l'on envisage la structure des organes hématopoïétiques chez le fœtus et surtout si, comme l'a montré Dominici, on étudie les organes hématopoïétiques dans les états pathologiques, dans les anémies, les états infectieux et dans les leucémies. On en arrive alors à conclure que si chez l'adulte, à l'état physiologique, la différenciation fonctionnelle est assez haute pour qu'on puisse admettre qu'il y a deux catégories d'organes fabriquant les deux espèces de cellules; chez le fœtus, et chez l'adulte à l'état pathologique, on voit à un degré plus ou moins marqué le même organe hématopoïétique donner naissance à la fois à des éléments lymphatiques et à des éléments de type médullaire, de telle sorte qu'on en arrive à cette conclusion, nettement formulée par Dominici, qu'il n'est pas absolument juste de dire qu'il y a des organes lymphoïdes et des organes myéloïdes, mais deux tissus, le tissu niyéloïde et le tissu lymphoïde qui, confondus chez l'embryon dans les divers organes hématopoïétiques, se différencient chez l'adulte dans des organes déterminés, mais y subsistent cependant à l'état

ORGANES HÉMATOPOIÉTIQÛES.

latent, de telle sorte que certains états pathologiques ramènent les organes liématopoïétiques à l'état embryonnaire et nous montrent à nouveau côte à côte les deux tissus ^

Il n'entre pas dans le plan de ce livre de donner une description détaillée de la structure des organes hématopoïétiques à l'état physiologique et de leurs lésions dans les états pathologiques ; nous croyons utile cependant de rappeler leur structure chez l'adulte et chez le fœtus et les principales réactions qu'ils présentent au cours des états infectieux, des anémies et des leucémies.

1 Déjà en 1893, l'un de nous, clans sa thèse, avait montré que la rate, organe lymphoïde, était cependant susceptible de fabriquer, dans les divers états infectieux, en particulier dans la pneumonie, des leucocytes polynucléaires, mais c'est à Dominici que revient le mérite d'avoir exposé la doctrine des deux tissus lymphoïde et myéloïde, substituée à celle des organes lymphoïdes et myéloïdes et d'avoir montré que ce qui se passe à l'état patliologique, tient au retour des organes hématopoïétiques h l'état embryonnaire.

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