CHAPITRE PREMIER RÉCOLTE DU SANG
§ I". — Récolte du sang* chez l'homme.
Pour faire un bon examen du sang, il faut le recueillir dans des conditions particulières. On l'obtient : au cours d'une saignée spéciale, par piqûre d'une veine ou par piqûre du doigt.
A. Saignée. — L'opération de la saignée, si fréquente autrefois, avait donné aux anciens médecins l'occasion d'étudier les propriétés du sang qu'ils récoltaient ainsi; mais leur examen était grossier et se bornait à l'étude des qualités extérieures présentées par le sérum et le caillot. On a moins souvent aujourd'hui l'occasion de recueillir du sang par ce procédé ; son seul avantage, au point de vue qui nous occupe, est de donner une assez grande quantité de liquide ; mais il n'offre pas des commodités assez grandes, des conditions d'asepsie suffisamment rigoureuses pour mériter d'être employé quand la thérapeutique ne le commande pas.
B. Ponction d'une veine. — Pour obtenir aseptiquement une quantité notable de sang, il faut recourir à la ponction d'une veine. Cette petite opération est pratiquée, soit à travers la peau, soit après dénudation de la veine.
RÉCOLTE DU SANG
1° Dans le premier cas, la région, ordinairement le pli du coude, est soigneusement asepsiée par des lavages successifs à la brosse et au savon, à l'éther, à la liqueur de Van Swieten.
Lorsqu'on veut être absolument certain de l'asepsie, pour un examen bactériologique particulièrement délicat, ces précautions sont encore insuffisantes, car elles n'ont pas détruit les microbes qui siègent dans la couche profonde de la peau ; il faut, dans ce cas, faire une pointe de feu un peu large à l'endroit où l'on enfoncera l'aiguille ; quand la veine est superficielle, pour ne point altérer ses parois ou son contenu par la chaleur, on déplace légèrement dans le sens latéral la peau qui la recouvre, on fait la pointe de feu, puis on laisse la région asepsiée se replacer au devant de la veine.
2" Dans le cas où l'on préfère dénuder la veine, opération plus délicate, il faut procéder avec une asepsie rigoureuse des instruments et du champ opératoire; puis, quand la veine est dénudée et isolée, on y enfonce directement l'aiguille. Ce procédé est préférable dans les cas où la peau enflammée serait impossible à désinfecter complètement, et dans ceux où l'épaisseur du pannicule adipeux, Tcedème, ou la petitesse de la veine rendraient difficile la pénétration de l'aiguille dans la veine.
Dans tous les cas, un bandage est appliqué au-dessus du pli du coude, comme pour la saignée.
La ponction de la veine est faite à l'aide d'une aiguille de 5 centimètres de longueur, dont le calibre doit être faible, mais supérieur cependant à celui des aiguilles de Pravaz ordinaires. Le mieux est de se servir d'aiguilles en platine iridié; quand on use d'une aiguille en acier, il faut prendre la précaution, si l'aiguille s'est chargée pendant la stérilisation d'un peu de rouille à son extrémité, de l'essuyer avec un tampon d'ouate stérilisée pour éviter de tatouer la peau.
L'aiguille est montée sur une seringue (de Debove, de Straus, de Roux ou de Luër) de 5 ou 10 cent, cubes de capacité ; aiguille et seringue ont été à l'avance stérilisées à l'autoclave à 115°, pendant un quart d'heure. Cette désinfection à l'autoclave met seule à l'abri des infections accidentelles contre lesquelles ne protège pas suffisamment le chauffage des instruments dans l'eau portée à l'ébuUition. La seringue, préalablement remplie d'eau, est introduite, munie de son aiguille, dans un tube de verre de large calibre bouché à l'ouate : ce tube est mis à Tautoclave ; après stérilisation, la seringue est laissée dans le tube fermé jusqu'au moment de l'opération. Quand on veut s'en servir, on chasse le liquide contenu dans le corps de pompe, et l'on se garde bien d'aspirer l'air qui pourrait infecter l'instrument.
On choisit celle des veines du pli du coude qui est la plus apparente, la veine médiane céphalique ou la médiane basilique — peu importe. On pourrait aussi, chez l'enfant par exemple, piquer la veine saphène interne ou la veine temporale.
RÉCOLTE bu SANG CHEZ l'hOMMË. 3
L'aiguille est enfoncée à travers la peau, obliquement, sa pointe regardant l'extrémité du membre, jusqu'à ce qu'elle pénètre d'un centimètre environ dans la veine ; on se rend compte que l'aiguille est bien dans la veine, lorsque, en déplaçant latéralement l'extrémité de l'aiguille, on entraîne en même temps la veine. On aspire alors très lentement le sang.
On peut aussi se servir d'une aiguille à la base de laquelle est adapté un tube de caoutchouc long de 15 centimètres. Dès que l'aiguille a pénétré dans la veine, on introduit l'extrémité libre du tube de caoutchouc dans un tube de verre stérilisé qu'on referme avec son bouchon d'ouate ; le sang, grâce à sa pression, coule goutte à goutte. Enfin, pour éviter le tube de caoutchouc, on peut, si l'aiguille est assez longue, introduire sa base même dans le tube de verre stérilisé.
L'opération terminée, il faut avoir soin, avant de retirer l'aiguille, de relâcher la ligature qu'on a posée sur la partie moyenne du bras ; faute de cette précaution, il se ferait une extra vasation de sang dans le tissu cellulaire sous-cutané.
La piqûre de la veine, nécessaire qnand on a besoin de recueillir plusieurs centimètres cubes de sang, afin d'étudier le caillot ou le sérum, ne doit pas être employée quand on veut seulement obtenir quelques gouttes de sang pour l'examen microscopique des globules. Elle donnerait, en effet, du sang en trop grande quantité et Ton en serait embarrassé ; d'autre part, elle constitue une véritable petite opération, peu douloureuse, il est vrai, mais dont on doit toujours être très ménager à l'égard des malades.
C. Ventouse scarifiée. — L'application de deux ou trois ventouses scarifiées peut être utilisée quand on veut recueillir une certaine quantité de sérum et qu'on n'a pas besoin que le liquide soit rigoureusement aseptique.
L'opération doit être cependant conduite avec autant d'asepsie que possible. La peau est soigneusement nettoyée, les ventouses ont été stérilisées, au préalable, au four à flamber. On laisse coaguler le sang dans la ventouse et on recueille le sérum, soit par décantation, soit en l'aspirant dans une pipette à boule.
D. Piqûre du doigt. — La piqûre du doigt est le moyen le plus simple pour obtenir les quelques gouttes de sang nécessaires à un examen hématologique ordinaire.
RÉCOLTE DU SANG
La piqûre est faite au moyen d'une lancette (à grain d'orge ou à grain d'avoine) ou d'un vaccinostyle qu'on a stérilisé à l'autoclave. On se contente souvent de flamber la pointe de l'instrument au moment de s'en servir; mais le flambage abîme la lancette qui est bientôt bors d'usage. Le meilleur procédé consiste dans l'emploi du vaccinostyle dont on stérilise une provision à l'avance; chaque piqûre est faite avec un style nouveau. Au besoin on se servirait d'un bistouri, d'une plume à écrire, etc.
Pour limiter la pénétration de la lame de la lancette, on a imaginé des instruments plus ou moins compliqués : comme ceux de Malassez, de Reichert, de Francke, de Bensaude (lancette à curseur).
Quel que soit l'instrument dont on se sert, il est nécessaire qu'il soit bien tranchant, pour que la piqûre puisse être faite d'un seul coup et rapidement, ce qui est le meilleur moyen d'éviter la douleur.
La piqûre est faite à l'un des trois doigts moyens, de préférence à la main gauche, au milieu de la pulpe digitale et à distance de l'ongle ou du bord du doigt, afin de faciliter l'écoulement : certains auteurs préfèrent piquer la face dorsale de la dernière phalange d'un doigt où la peau est plus fine ; chez le nourrisson, pour avoir suffisamment de sang, on pique le pouce de la main ou le gros orteil. Dans les cas où il y a de l'œdème des extrémités, on peut encore récolter le sang par une piqûre du lobule de l'oreille. Pour éviter d'entraîner des lamelles épidermiques, on peut déposer à la surface de la peau une légère couche de coUodion et piquer au travers.
Le doigt choisi doit être lavé au savon, puis à l'alcool ou à l'éther, et séché soigneusement avec un linge sec, pour que la goutte de sang s'écoule nettement sans être altérée e1 sans baver le long du doigt.
Pour obtenir plus facilement du sang il est bon, quelques instants avant la piqûre, de placer la main du sujet dans une position déclive, ce qui permet au sang de s'accumuler dans les doigts. Point n'est besoin de placer une ligature sur l'avant-bras ou sur le doigt.
La goutte de sang doit sourdre spontanément sans que l'opérateur ait à exercer une compression qui pourrait en modifier la composition chimique et histologique; la première goutte ne servira pas à l'examen et sera essuyée avec un linge; la seconde sera utilisée; avant de récolter chaque nouvelle goutte, on essuie le doigt avec un linge sec.
§ II. — Récolte du sang- chez les animaux.
Si on veut recueillir le sang aseptiquement et en assez grande quantité, il faut le puiser directement dans une artère (fémorale chez le chien, carotide chez le lapin et le cobaye) ; dans une veine, ou même dans les cavités cardiaques.