GANGLION
plasma, tantôt ayant encore conservé leur forme et leur pigment normal, tantôt ayant gardé leur forme mais perdu leur pigment ; elles apparaissent alors comme des taches plus claires que le reste de la cellule. Plus tard, on ne retrouve plus dans les macrophages de globules rouges ayant conservé leur forme, mais on voit du pigment dans leur intérieur, tantôt réparti d'une manière difTuse dans le protoplasma de la cellule, tantôt sous l'aspect de petits grains de couleur jaune brun, analogue au pigment ocre dont il présente les réactions.
Les cellules fixes tuméfiées jouent aussi leur rôle de macrophage vis-à-vis des leucocytes polynucléaires et des microbes qu'elles ont englobés. Le réticulum des systèmes folliculaires passe par les mêmes phases, mais sa réaction est, en général, plus tardive.
Hypertrophie du follicule — L'hypertrophie du follicule est la règle : pendant les premiers stades de l'infection, la karyokinèse se poursuit dans les centres germinatifs sans être en rien modifiée ; la karyokinèse se fait même jusqu'à un stade très avancé de l'infection, parfois jusqu'à la fm, alors que des phénomènes de nécrose ont envahi le reste de l'organe, le follicule est pour le ganglion l'ultimum moriens. La fonction lymphoïde reste donc assurée ainsi, même dans les infections les plus sévères.
De toutes ces expériences, il résulte que le ganglion lymphatique se comporte clans les états infectieux avant tout comme un organe lymphopoïétique producteur de lymphocytes et de macrophages^ et qu'il ne semble jouer aucun rôle dans la production des éléments du sang de la série myéloïde, leucocytes polynucléaires et hématies nucléées.
Ainsi formulée, cette conception est un peu trop absolue ; comme il ressort des recherches de E. Weil- sur le ganglion varioleux, des expériences de Dominici, le ganglion est susceptible, dans une très légère mesure d'ailleurs, de donner naissance à quelques hématies nucléées et à quelques myélocytes granuleux.
1 L'hypertrophie du follicule est encore la règle dans les ganglions lymphatiques au voisinage des cancers (Bezakçon et Labiée, Soc. anal., avril 1899), les centres germinatifs sont en pleine activité karyokinétique ; lorsque le néoplasme envahit le ganglion, le follicule est encore riiltimum moriens.
- E. Weil. Le sang el les réarlions défensives île Vluhnaiopo'ièse dans l'infeclion rariolique. Thèse Paris, 1900.
906 RÉACTION DES ORGANES HÉMATOPOIÉTIQUES DANS LES ÉTATS PATHOLOGIQUES.
ETATS ANÉMIQUES
A la suite de saignées répétées et très abondantes chez le lapin, comme Ta montré Dominici, on observe une légère réaction myéloïde ; il faut soustraire au minimum une quantité de sang correspondant au dixième du poids total de l'animal. Les éléments néoformés sont des hématies nucléées et des leucocytes polynucléaires ; mais pour les premiers, comme le fait remarquer Dominici, la poussée des hématies nucléées est peu marquée dans les ganglions eu égard à celle qui se produit simultanément dans la moelle osseuse ou dans la rate. Quant à la fabrication des polynucléaires, elle se fait par un double mécanisme, par apparition de quelques rares îlots de myélocytes et par, phénomène plus important, selon Dominici, évolution lymphocytaire directe, c'est-à-dire transformation directe de certains leucocytes mononucléaires non granuleux en polynucléaires granuleux, sans stade intermédiaire de myélocytes neutrophiles.
§ II. - Rate.
INFECTION
L'analogie de structure du système folliculaire des ganglions et du système corpusculaire de la rate nous permet de penser que dans les divers états infectieux, l'excitation subie par cet organe aura surtout pour efTet d'exagérer sa fonction normale lymphopoïétique et d'aboutir à l'essaimage dans la pulpe d'un nombre plus considérable qu'à l'état physiologique de lymphocytes et de leucocytes mononucléaires; ceux-ci, comme nous l'avons montré, dans la plupart des infections, mais en particulier dans les infections à streptocoque et dans la fièvre typhoïde, se transforment en macrophages et font la police de la circulation sanguine, se chargeant d'englober et de détruire un nombre considérable de leucocytes polynucléaires et d'hématies altérées.
C'est ce qui ressort en etîet des recherches que l'un de nous a entreprises sur l'état de la rate dans les diverses maladies infec-
RATE
tieuses et des expériences que nous avons faites sur l'état de la rate dans l'infection staphylococcique expérimentale du cobaye ; comme le ganglion, la rate, même à l'état pathologique, est donc avant tout un organe lymphopoïétique.
Son rôle est cependant plus complexe. Déjà l'un de nous, dans sa thèse en 1895, avait été amené à conclure que dans certaines affections, dans l'infection pneumococcique en particulier, la plupart des lymphocytes du corpuscule sont transformés soit en leucocytes mononucléaires, soit surtout en leucocytes polynucléaires^ qui, à la périphérie du follicule, passent dans la pulpe splénique, où on les retrouve en grand nombre. Admettant la théorie d'Ouskow, il pensait que ces leucocytes polynucléaires dérivaient directement des leucocytes mononucléaires, soit par divisio*n directe, soit par karyokinèse.
Etudiant l'état de la rate du lapin dans l'infection pesteuse expérimentale, Van der Stricht - avait signalé, d'autre part, la réapparition dans la pulpe de cellules qui n'existent d'ordinaire dans cette région que pendant la période fœtale, des hématies nucléées et des mégacaryocytes.
Dans une série de mémoires, Dominici ' a repris cette étude au point de vue expérimental et a montré que dans certaines conditions particulières d'infection par le bacille d'Eberth, la rate pouvait récupérer la fonction myéloïde qu'elle possède pendant la vie fœtale.
Le réveil de la fonction ne s'observe pas à la suite d'une simple inoculation de bacille d'Eberth et tout se borne, dans ce cas, à la simple exagération du processus normal : du côté du corpuscule de Malpighi, exagération du pouvoir leucopoïétique ; du côté de la pulpe, destruction intensive de globules rouges et d'hématies bientôt englobés par les macrophages de la pulpe.
Pour assister à l'éveil du tissu myéloïde, il faut prolonger un certain nombre de jours l'état infectieux expérimental ; la rate ne se comporte plus alors comme un ganglion ; elle se comporte comme la
1 Bezançon. La raie dans les maladies infectieuses. Th. Paris, 189.5 ; — Bez.^nçon et M. Labbé. Congrès de Paris, 1900.
- Van der Striciit. Bull, de l'Acad. roi/, de Belgique, 1897.
3 DoMixici. Hist. de la rate à l'état normal et pathol. ArcJi. de méd. exp. Janv.-mars 1900.