PLEURÉSIES CANCÉREUSES
ces éléments paraissaient remplis de granulations réfringentes, de vacuoles ; coloré, leur protoplasma était comparable à une écumoire ; leur noyau, très gros, était parfois en karyokinèse, ou formé de traînées filamenteuses enchevêtrées ; quelques-unes de ces cellules contenaient des grains de glycogène, mais celui-ci n'était pas plus abondant que dans les cellules endolhéliales ordinaires.
Dans un cas de pleurésie hémorragique par sarcome de la plèvre secondaire à un sarcome de l'ovaire, nous avons ^ trouvé une formule cytologique analogue. Les grandes cellules sarcomateuses examinées sans coloration, à l'état humide, entre lame et lamelle, apparaissent comme de grandes plaques arrondies ou ovales, très granuleuses, au milieu desquelles on distingue un ou deux noyaux plus clairs et non granuleux, pourvus d'un ou deux grands nucléoles ; dans quelques-unes on aperçoit des corps en virgule ou en faucille, moins gros que le noyau, au nombre de un ou deux, inclus dans le protoplasma. Ces cellules sont immobiles. Colorées à l'hématéineéosine, les grandes cellules se présentent sous des formes et des dimensions très variables : les unes sont rondes ou ovales, les autres sont irrégulières, munies de prolongements. Leurs dimensions varient : les unes sont à peu près de la grosseur d'un gros leucocyte mononucléaire et, par suite, assez difficiles à distinguer ; les autres, beaucoup plus grosses, atteignent trois ou quatre fois le diamètre d'un gros mononucléaire.
Les unes sont isolées dans le liquide ; beaucoup sont réunies en formant des plaques plus ou moins larges, de trois ou quatre cellules, ou même d'une vingtaine et occupant tout le champ du microscope. Le protoplasma se teinte par les mélanges colorants neutres; il ne contient pas de granulations colorées par le triacide. Il présente, dans un grand nombre de cellules^ des inclusions irrégulières représentant soit des globules rouges^ soit des globules blancs, ou des débris cellulaires dont quelques-uns, par leur aspect étrange^ rappellent les parasites qu'on a décrits dans les cancers. En outre^ il y a de nombreuses vacuoles, petites et multiples, ou volumineuses et uniques. Le noyau même peut présenter des vacuoles. Les noyaux
1 M. Laiîbé, Armand-Delille et Aguinet. Cytodiagnostic de la pleurésie sarcomateuse. Soc. anat., mai 1902.
CYTODIAGNOSTIC.
sont en général très gros, ovalaires ou réniformes. Ils possèdent un, deux ou trois nucléoles, très gros et très apparents. Les noyaux sont uniques dans les petites, généralement multiples (2, 4 et plus) dans les grosses cellules. Quelques-uns de ces éléments, parmi les plus gros, sont en voie de dégénérescence.
Examinées après Taction des vapeurs d'iode, dans la lévulose, quelques-unes des grosses cellules se montrent infiltrées d'une façon diffuse, ou sous forme de granulations par du gljcogène.
2° Dans d'autres cas, la formule de l'épanchement n'a rien de spécifique ; on ne trouve que des placards endothéliaux, des lymphocytes, des polynucléaires et une proportion plus ou moins considérable de globules rouges. Il en était ainsi dans une pleurésie consécutive à un sarcome du poumon, observée par Widal et Ravaut.
c) Epanchement des leucémiques. — Ehrlich distingue, chez ces malades, deux catégories d'épanchements :
1° Des épanchements provoqués par l'invasion accidentelle de bactéries pyogènes ; ceux-là ne renferment que des polynucléaires et pas du tout de lymphocytes ;
2° Des épanchements spontanés, mécaniques. Au cours de la leucémie myélogène, Strauss, Milchner, Ehrlich ont trouvé, dans le liquide pleural, les éléments caractéristiques du sang.
Dans un cas d'ascite leucémique, Milchner a trouvé dans le liquide un nombre de mastzellen proportionnellement plus considérable que le nombre de ces cellules dans le sang.
Sicard et Monod dans un cas de leucémie myélogène, ont trouvé dans l'épanchement pleural des cellules très variées.
1° Les éléments cellulaires du sang : polynucléaires neutrophiles et éosinophiles ; myélocytes éosinophiles, neutrophiles et basophiles ; hématies nucléées ; formes de transition ; tous ces éléments en proportion sensiblement la même que dans le sang de la circulation ;
2° Des lymphocytes en très petit nombre ;
3^ De grandes cellules endothéliales, isolées ou soudées.
En conséquence, ils pensent que l'épanchement, dans ce cas, a une pathogénie mécanique.
^ Sicard et Monod. Pleurésie au covirs de la leucémie myélogène. Soc. méd. des liôpitaux, 7 déc. 1900.