CANCER
§ V. — Cancer.
V. Jaksch ^ calculant l'azote total par la méthode cle Kjehldahl, a trouvé dans l'anémie cancéreuse une diminution de l'albumine qui tombe au-dessous de 8,46 grammes et une augmentation importante de la quantité d'eau du sang qui s'élève à 90,01 grammes pour 100 grammes de sang.
Grav^itz -, Strauer ^ ont vu que, dans la cachexie croissante des cancéreux, le nombre des globules, le poids spécifique et le résidu sec du sang s'abaissent progressivement ; le résidu sec du sérum diminue également et le sérum devient proportionnellement plus riche en eau ; ces résultats, concordant avec ceux de Stintzing et Gumprecht, sont en opposition avec les données de Ilammcrschlag qui avait au contraire trouvé une densité normale du sérum chez beaucoup de cancéreux cachectiques.
Ainsi, dans un cas de cancer de l'œsophage avec nutrition relativement bonne, Gravvitz a vu :
Globules rouges 3 000 000
Résidu sec du sang 18,3 %
— du sérum 8,96 —
Densité 1046,1
Un mois plus tard, la même malade ayant engraissé de 2 kilogr., présentait ;
Globules rouges 2 300 000
Résidu sec du sang 17,98 "/o
— du sérum 7,43 —
Densité 1040
A une période tardive du cancer, un peu avant la mort, la concentration du sang peut augmenter, surtout dans les cancers du cardia et de l'œsophage, qui empêchent l'absorption de liquide (Gravvitz). Comme Leichtenstern et V. Noorden l'ont montré, il se produit alors un épaississement du sang dû à l'appauvrissement des tissus en eau; la masse du sang est diminuée, en même temps que le sang est appauvri en matériaux solides : c'est l'oligémie sèche.
1 V. Jaksch. Ein Beitrag z. Cheniie des Blutes. Verhandl. d. Koncjress f. inn. Med., 1893.
2 Grawitz. Deut. med. Woch., 1893, n» 31.
3 Strauer. System. Blutunters. bei Schwindsucht. iind Krebskrank. In. Diss., Greifswald, i893.
ANALYSE CHIMIQUE Dt) SANG.
§ VI. — Goutte. — Uricémie.
On a attribué à l'excès d'acide urique dans le sang la goutte, la lithiase urinaire, et une série d'affections rentrant dans le cadre de l'arthritisme, de sorte que, pour certains médecins, arlhritisme est devenu presque synonyme d'uricémie.
Garrod pensait avoir établi, en se basant d'une part sur le procédé du fil, d'autre part sur l'analyse des urines, l'augmentation de l'acide urique dans le sang des goutteux. Au lieu de traces comme à l'état normal, il y aurait de 0,025 à 0,275 p. 1000 d'acide urique. Mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le procédé du fil est insuffisant à caractériser l'acide urique ; les analyses chimiques du sang n'ont pas montré l'acide urique plus abondant au cours des attaques de goutte que dans leur intervalle (Magnus Levy ^ Watson-). Seul Klemperer a trouvé dans le sang dqs goutteux une certaine proportion d'acide urique (0;,067 à 0,0915 p. 1000). Enfin, des analyses plus précises de l'urine, il ressort que l'excrétion de l'acide urique ne présente chez les goutteux, au moment de l'accès ou entre les accès, rien de bien caractéristique. De sorte qu'aujourd'hui la théorie de Garrod, sur la pathogénie de la goutte, est très battue en brèche.
L'uricémie n'est d'ailleurs pas spéciale à la goutte. V. JaUsch'' a trouvé un excès d'acide urique dans le sang cliez certains anémiques, chez des sujets atteints de néphrite, chez des dyspnéisants et au cours de certains états fébriles.
Quant à l'uricémie arthritique, son existence n'est que supposée et n'a jamais été prouvée directement.
§ VII. — I>iabëtes sucrés. — Hyperg-Iycémie.
Le sang normal contient toujours une faible quantité de sucre (0,5 à 1,5 p. 1000). Par une alimentation riche en hydrates de carbone, cette quantité peut dépasser 3 p. 1000.
1 Magnus Levy. Zeit. f. kUn. MecL, t. XXXVI, 1898, p. 306. - CnALMERS Watson. Brit. med. Journ., 6 janvier 1900.
3 KLKMPEKiiR. Deuf. med. Woch, 1893, n° 40.
4 V. Jaksch. Zeit. f. Heilkunde, t. XI, 1890, p. 413.
MABÈTES SUCRÉS. — HYPERGLYCÉMIE
A l'élat pathologique, la proportion de glucose peut être modifiée. Dans Furémie, le sang est presque complètement dépourvu de sucre. Dans d'autres affections, la proportion de glucose est augmentée, il j a hyperglycémie; chez les cancéreux, le glucose du sang atteint en moyenne 2 p. 1000. Chez les tuberculeux avancés, chez les sujets atteints d'une infection aiguë grave, il y a souvent un excès de glucose dans le sang, et parfois en même temps glycosurie.
Dans les diabètes sucrés^ le glucose atteint 5 grammes et même 10 grammes par 1000 grammes de sang.
Il résulte des analyses de Pavy, que la quantité de sucre excrétée par l'urine est en rapport avec la quantité de sucre contenue dans le sang ; V. Noorden est du même avis. Seegen, par contre, ne croit pas que la glycosurie soit proportionnelle à la glycémie. Il faut, en effet, tenir compte de ce que le fdtre rénal est souvent altéré chez les diabétiques. Il y a des glycémies fortes avec glycosurie faible par imperméabilité rénale (Achard et Weil) ; inversement, il y a des glycosuries abondantes sans hyperglycémie, dues à une perméabihté rénale exagérée pour le sucre, comme dans le diabète phloridzique.
Le sang des diabétiques présente encore d'autres caractères. La proportion de graisse serait augmentée; Naunyn en a trouvé 5,5 p. 1000 et Lecanu 117 p. 1000. On a voulu faire jouer un rôle à cette lipémie dans la production du coma diabétique.
L'acidité du sang est augmentée, ce qui tient à l'accumulation de principes acides^ résultant de la désassimilation des éléments azotés. Les uns sont des acides minéraux, sulfuriqne et phosphorique, les autres sont des acides organiques, acides gras inférieurs, acide acétylacétique, lactique et 3 oxy butyrique.
Ces acides se trouvent en très grande quantité dans le sang. Hugounenq a retiré du sang d'un diabétique 4 gr. 27 p. 1000 d'acide p oxybutyrique ; il est probable que le sang peut en contenir des proportions encore plus considérables, car on en retrouve souvent 30 à 50 grammes par jour dans l'urine ; et dans un cas, Kûlz a pu en extraire 226 gr. 5 de l'urine des 24 heures. Il en est de même pour l'acide acétylacétique, dont le produit de dédoublement, l'acétone,
ANALYSE CHIMIQUE DU SANG
se trouve souvent dans l'urine des diabétiques à la dose de 2 grammes h 10 grammes par jour. Aussi, considérant les analogies de l'intoxication acide chez les animaux avec le coma diabétique, a-t-on attribué cet accident à une intoxication par l'accumulation d'acides dans le sang.
Dans le diabète azoturique, Loeper a constaté une augmentation de la proportion d'urée dans le sérum sanguin. Dans 3 cas il a vu 0,9t), 1,04, et 1,70 d'urée p. 1000 de sérum. La proportion d'urée retenue augmente avec la privation de boissons; elle diminue avec l'ingestion de liquides, parce qu'il se fait alors une dilution du sang, suivie de polyurie. Inversement à cette augmentation de l'urée, le taux du chlorure de sodium est abaissé au-dessous de la normale.
§ VIII. — Liipéniie.
La lipémie ou excès de graisse dans le sang s'observe dans diverses circonstances :
Physiologiquement. Pendant la digestion, surtout après un repas riche en graisse, la quantité de graisse augmente dans le sang. La lipémie se verrait aussi chez l'enfant au sein, chez la femme enceinte, après la suppression des règles.
Pathologiquemenf . La lipémie a été notée dans l'alcoolisme chronique, le diabète sucré, les infections, l'empoisonnement par le phosphore, par l'oxyde de carbone, etc. Elle se montre souvent après les blessures des vaisseaux sanguins qui irriguent des tissus graisseux et apiès les fractures des os longs.
Chez les obèses^ Cantani, Kisch ont signalé une augmentation de la graisse du sang; la quantité peut en être doublée ou triplée ; mais ces résultats ont besoin d'être confirmés, car, ainsi que V. Noorden le fait remarquer, on n'a pas tenu compte des variations physiologiques apportées par l'alimentation.
Le rapport entre la quantité de graisse et Taspect opalescent ou lactescent du sérum n'a pas encore été établi d'une façon précise.
MALADIES INFECTIEUSES
§ IX. — Maladies infectieuses.
Les infections n'agissent pas de la même façon sur les divers éléments du plasma.
Fibrine. — Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier ont bien établi la division des maladies infectieuses en deux classes : les premières augmentant la fibrine du sang, les secondes, au contraire, la diminuant.
i° A la première catégorie appartiennent les maladies aiguës de type inflammatoire, les phlegmasies, au premier rang desquelles se placent le rhumatisme articulaire aigu et la pneumonie. Dans ces maladies, la proportion de fd^rine atteint jusqu'à 10 p. 1000. L'augmentation de la fibrine est progressive; chez un cheval atteint de pneumonie, Andral, Gavarret et Delafond ont constaté par des saignées successives que la quantité de fibrine, d'abord stationnaire, s'élevait ensuite fortement : de 3 gr. 1 p. 1000 à la première saignée, elle atteignait 7 gr. 6 à la septième. La tuberculose pulmonaire à certaines périodes de son évolution, la pleurésie sérofibrineuse aiguë, l'amygdalite aiguë, la bronchite capillaire aiguë produisent aussi une augmentation de fibrine, mais moins considérable.
2° La fibrine est, au contraire, diminuée dans la fièvre typhoïde, le typhus, la peste, la fièvre jaune, la fièvre paludéenne et les fièvres éruptives.
Dans la fièvre typhoïde, par exemple, la quantité de fibrine varie de 1 à 3 gr. 7 p. 1000 ; elle s'abaisse d'autant plus que la maladie est plus grave ; quand on trouve chez un typhique une proportion élevée de fibrine, c'est qu'il s'est produit une phlegmasie intercurrente.
La fibrine est aussi diminuée chez les sujets atteints de congestion ou d'hémorragie cérébrale ; chez les individus soumis k une alimentation malsaine, insuffisante, chez les scorbutiques.
Albumine du sérum. — L'albumine du sérum se comporte à peu près de même que les globules rouges. Peu diminuée pendant le cours de la maladie, elle diminue principalement au moment de
loO
ANALYSE CHIMIQUE DU SANG
la crise, parce qu'il se fait alors une dilution du sang. Sa diminution est surtout marquée dans les maladies de longue durée, dans la fièvre typhoïde plus que dans la pneumonie. Il y a là une évolution comparable à celle que nous verrons pour le nombre des globules rouges, ce qui tient à ce que les variations de l'albumine et celles des globules rouges résultent d'une même càuse, la dilution du sang. Cette dilution du sang serait, pour Grawitz, expliquée par les propriétés des sécrétions microbiennes qui modifient les échanges osmotiques et attirent dans le sang l'eau des tissus.
Dans le choléra, infection qui s'accompagne de déperditions aqueuses et salines abondantes par l'intestin, le sang subit au début une concentration marquée : il présente alors une augmentation relative des matières organiques et surtout des albuminoïdes du sérum ainsi qu'une élévation du nombre des globules rouges. Plus tard, quand la maladie guérit, ces éléments diminuent, par suite de la dilution du sang (Schmidt).
Dans les infections chroniques, la diminution de l'albumine du sérum serait en rapport, suivant Askanazj, avec la destruction générale des albumines sous l'influence de la fièvre.
Glucose. — Le glucose et les substances réduisant la liqueur de Fehling (Loeper), la cholestérine (Becquerel et Rodier) augmentent au cours des maladies infectieuses.
L'augmentation du glucose est surtout marquée dans les cas mortels. Ainsi, dans 7 cas de pneumonie curable, Loeper a trouvé de 1 gr. 11 à 1 gr. 77 de sucre dans le sang ; dans 4 cas de pneumonie mortelle, il a trouvé 2 gr. 10 à 3 gr. 10 de sucre, en même temps qu'une certaine glycosurie.
L'augmentation du glucose dans le sang se voit aussi chez les tuberculeux arrivés à la période ultime, et s'accompagne souvent de glycosurie. L'étude de la glycémie dans les infections posséderait donc une véritable valeur pronostique.
Cette augmentation du glucose dans le sang est sans doute en rapport avec la diminution du ferment glycolytique ; nous verrons plus loin que Achard et Clerc ont montré la diminution des ferments du sang en rapport avec la gravité de la maladie.
MALADIES INFECTIEUSES
Chlorure de sodium. — Le taux du chlorure de sodium est, suivant les classiques, assez fixe dans les maladies phlegmasiques, mais s'abaisse dans les pleurésies et dans les maladies infectieuses prolongées (Gautier, V. Limbeck). Suivant Loeper, il reste à peu près constant dans toutes les maladies infectieuses (6 gr. 25 à 6 gr. 30 pour 1000 de sérum) et maintient assez fixe la concentration moléculaire du sérum.
Cependant, suivant Sclimidt, dans le choléra, où le chlorure de sodium est éliminé en grande quantité par l'intestin, il y aurait une véritable diminution dans le sang.
Urée. — L'urée et les substances réductibles par l'hypobromite de soude sont quelquefois diminuées, habituellement augmentées au cours de la maladie. Dans la pneumonie, Picard a trouvé une moyenne de 0 gr. 30 cà 0 gr. 40 d'urée p. tOOO, Yvon 0 gr. 52 p. 1000; Meige a trouvé jusqu'à 0 gr. 70 et 1 gr. 48 ; les chiffres élevés correspondent presque tous à des cas mortels. Dans 5 cas de fièvre typhoïde, Loeper a vu l'urée varier de 0 gr. 42 à 0 gr. 63 p. 1000.
Le sang des cholériques contient des proportions souvent considérables d'urée, jusqu'à 2,43 (Voit) ' et 3,60 p. 1000 (Chalvet).
L'urée augmente dans la phase qui précède la crise urinaire; ainsi dans la pneumonie, Loeper l'a vue passer de 0,25 au 9" jour., à 0,55 au 10° jour qui était le lendemain de la défervescence. Dans un cas de dothiénenthérie, l'urée est passée de 0,36 à la période d'état, à 0,82 au commencement de la défervescence. A la suite de cette augmentation qui précède la crise urinaire, l'urée tombe souvent au-dessous du taux normal dans le sérum.
Mécanisme des variations. — Les études de Achard et Loeper ont permis de saisir le mécanisme des variations chimiques du plasma sanguin dans les infections. Pendant le cours de la maladie, les émonctoires comme le rein, l'intestin, les glandes sudoripares, etc., fonctionnent d'une façon insuffisante et les diverses sécrétions et excrétions sont diminuées : l'étude de l'élimination provoquée du bleu de méthylène, de l'iodure de potassium et du chlorure de
1 Voit, Zeil. f. Biologie, 18(38, t. IV, p. liO.
lo2
ANALYSE CHIMIQUE DU SANG
sodium démontre pleinement celte insuffisance éliminatrice. Il en résulte une rétention des produits de déchet de l'organisme ; ceuxci s'accumulent d'abord dans le sang ; mais très rapidement, le sang se débarrasse des chlorures, de l'urée, et des divers principes toxiques en les cédant à la lymphe interstitielle des tissus où ils restent fixés jusqu'à la fm de la maladie.
ma.
Hématies.
SSoOOQO
3ooo 000
6,So
Fig. 28
28. — Phénomènes hématolo^iques précritiques à la période terminale (8° à 13° jour d'une pneumonie). Hypoalbuminose et hypogloljulie, liyperconcentration, hyperazotémie, fixité du NaCl (Loeper).
A la phase critique, les principes chimiques fixés sur les tissus repassent dans la circulation, de sorte que le sang subit à ce moment une concentration : l'urée, l'acide urique, les substances toxiques augmentent dans le sérum ; le chlorure de sodium n'est pas augmenté proportionnellement mais il l'est en réalité, car la masse du sang augmente à ce moment, ainsi que le prouvent l'abaissement brusque de l'albumine et des globules rouges qui marquent uns dilution du sang; parallèlement la concentration moléculaire du sérum s'élève.
Mais cette crise hématique qui précède immédiatement la crise des émonctoires, est très passagère. L'équilibre chimique du sang se rétablit rapidement, grâce au fonctionnement des glandes rénales, sudorales, etc., qui débarrassent le sang des principes en excès. La
ASYSTOLIE.
lo3
crise iirinaire est marquée par l'élimination d'une urine plus abondante, plus riche en chlorures, en urée, souvent plus dense, parfois plus toxique ; l'élimination des substances toxiques est la première en date, puis vient celle de l'urée, enfin celle des chlorures
§ X. — Asystolie.
Chez les sujets en état d'asystolie, la composition chimique du sérum est modifiée.
Le chlorure de sodium varie peu ; cependant il paraît légèrement augmenté. Sur les 13 cas de Loeper, la moyenne des chlorures était
Urùies
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/Obum
Hématies
Soooooo ^Sooooo l^oooooo SSooooo 3ooo 000 2600 000 2000 000
Fig. 29. — K* 9 Sandras. Asystolie raitrale œdémateuse. Hypoglobulie et hypoalbuminose précédant
la polyurie critique (Loeper).
de 6 gr. 80 ; 8 fois le chiffre était supérieur à la normale, 5 fois il était normal. La teneur en urée augmente notablement ; Loeper a trouvé de 0 gr. 44 à 0 gr. 95 par litre de sérum. Parallèlement, la concentration moléculaire est souvent augmentée. L'accumulation de ces principes chimiques dans le sérum est en rapport avec le fonctionnement insuffisant des émonctoires chez les asystoliques.
1 M. LoEPEK. Mécanisme réqulateur de la composilion du sang. Thèse Paris, 1903,
ANALYSE CHIMIQUE DU SANG
L'état chimique du sang est en rapport avec la présence ou l'absence des œdèmes'.
L'albumine du sérum, de même que le nombre des globules rouges, est diminuée dans les asystolies sans œdèmes ; elle est augmentée au contraire dans les asystolies œdémateuses, ce qui tient à des questions de dilution ou de concentration sanguine par osmose.
Chez un asystolique, l'albumine et les globules rouges augmentent au moment où se produisent les œdèmes.
Au moment de la résorption des aulèmes et de la crise urinaire qui marque la fin de l'asystolie, des phénomènes inverses se produisent. L'urine élimine en très grande quantité les substances retenues dans le sérum et dans les tissus, durant le cours de l'asystolie. Le sang qui est l'intermédiaire entre les tissus et l'extérieur subit de nouvelles modifications. L'urée accumulée dans le sérum diminue immédiatement. Seuls le taux du chlorure de sodium et la concentration moléculaire restent invariables, preuve que les chlorures éliminés à cette période par les urines viennent des tissus et non du sang. Line partie de l'eau des axlèmes repasse dans le sang, de sorte que celui-ci est dilué et qu'on observe une diminution de l'albumine et du nombre des globules rouges.
§ XI. — rWéiïhroiJathies.
Les troubles de la fonction rénale retentissent fortement sur l'équilibre chimique du sang. Les modifications apportées à cet équilibre sont très diverses et très difficiles à étudier dans leur rapport avec la clinique, car elles résultent de processus multiples et complexes.
Le rein étant un filtre de nature particulière placé sur le trajet de la circulation sanguine, on comprend que la condition qui a le plus
1 Le défaut d'élimination des sels chez les asj'stoliques œdémateux, l'élimination abondante des sels par les urines au moment où disparaissent les œdèmes, l'augmentation des œdèmes par ingestion de iNaCl ont fait admettre à Achard et Loeper que la rétention des diverses matières salines est la cause des œdèmes asystoliques. Merklen (Soc. méd. des hôpitaux, 19 juin 1903), s'appuyant sur l'élimination abondante des chlorures c(ui se fait à la période critique des asystolies œdémateuses, admet que chez les cardiaques la production des œdèmes est en relation avec la rétention des chlorures. Les œdèmes des cardiaques paraissent donc avoir une pathogénie analogue à celle que nous indiquerons plus loin pour les œdèmes brightiques.
NÉPHROPATHIES.
d'influence sur la composilion du sang, est l'état de la perméabilité rénale^ Aussi devrons-nous étudier d'abord les altérations du sang produites par la ligature expérimentale des reins et par l'anurie pathologique, qui représentent les cas les plus simples. Puis, nous étudierons le sang dans les néphrites interstitielles et parenchymateuses, ces termes n'étant pas pris dans leur sens anatomique, mais dans leur signification consacrée par la clinique.
Ligature des pédicules rénaux ou des uretères. — Claude Bernard et Barreswill, Gréhant", Meige -, avaient déjà, dans ces conditions, observé l'accumulation de Vurée dans le sang. Yvon a vu sa proportion s'élever à 4,25 p. 1000. Il résulte aussi des expériences de Loeper que l'urée et les substances décomposables par l'hypobromite à froid augmentent; l'augmentation est surtout marquée dans les premières 24 heures; dans la suite, le taux de l'urée diminue, tout en restant notablement au-dessus de la normale.
L'une des expériences de Loeper, chez un lapin, a montré que le
taux de l'urée était :
Avant la ligature du pédicule rénal 0,42 p. 1000
3 heures après 2,4."i —
Le chlorure de sodium reste en proportion constante ou n'augmente que très légèrement.
La proportion de V albumine du sérum diminue après deux à trois jours, en même temps que le chiffre des globules rouges s'abaisse.
Ces altérations peuvent s'expliquer par une rétention des substances dissoutes dans le sang, d'où la concentration moléculaire plus élevée du sérum. Mais l'équilibre osmotique rompu tend bientôt à se rétablir : d'une part, le chlorure de sodium non éliminé par le rein, se fixe sur les tissus; d'autre part, la lymphe interstitielle est attirée vers le sang et augmente la masse sanguine, d'où une dilution du sang qui se traduit par une diminution de l'urée accumulée, du nombre des globules rouges et de la quantité d'hémoglobine.
Le tableau suivant met en évidence les altérations du sang après la ligature des deux pédicules du rein chez un lapin :
1 Grkiiant et QuiNouAui). C. R. de l'Acad. des sciences, t. XCIX, p. 383.
2 Meige. Thèse de Paris, 1885.
ANALYSE CHIMIQUE DU SANG
GLOB. ROUGES
ALBUMINK
CTILOIÎUIÎE.*
iniîE
Avant la ligature. . .
€0 gr. \). 1000
U gr. i>. 1000
0 gr. 1)0
Les modilications chimiques du sang qui se produisent dans ces conditions sont dues à l'insuffisance des autres émonctoires pour suppléer le rein : une partie de l'eau, de l'urée et des chlorures
o,G2 O/Gq
Urée' Wa Ct Mum.lUmatiea
2iSo
i.So
O/So
6,So
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6,So
Sooo ooo
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Fig. 30. — Variations de réqvlilibre physico-chimiijue du sérum et de l'équilibre cellulaire du sang après ligature des deux pédicules du rein (Loeper).
retenus, s'élimine par l'intestin, par la salive, par le poumon. Mais la suppléance étant imparfaite, le sérum ne revient pas à sa composition normale, et quand on injecte, ainsi que l'a fait Loeper, des substances étrangères (ferrocyanure de potassium) dans la circulation, le sang ne s'en débarrasse pas aussi rapidement qu'à l'état normal.
Anurie, — Chez l'homme, dans les cas d'imperméabilité rénale
NÉPHROPATHIES.
absolue (anurie par compression, par calcul, par hystérie), la composition chimique du sérum sanguin subit des modificalions comparables, mais non identiques, à celles que nous venons d'indiquer chez les animaux dont on a lié les reins.
Le taux du chlorure de sodium s'abaisse. Celui de l'urée augmente ; Loeper a trouvé jusqu'à 3 gr. iO p. 1000 dans un cas de cancer de l'utérus avec compression urelérale. Ces deux modifications inverses se compensant l'une l'autre, la concentration moléculaire de sérum reste à peu près normale.
La quantité d'albumine el le nombre des globules rouges diminuent, ce qui indique une dilution du sang.
Ici encore, l'équilibre hématique se rétablit, mais, d'une façon imparfaite, grâce au fonctionnement des divers émonctoires qui suppléent le rein insuffisant. La salive, les vomissements, contiennent de l'urée; l'iodure absorbé se retrouve aussi dans ces diverses sécrétions et excrétions ; une partie s'accumule dans les tissus.
Urémie. — Le sang des urémiques est, en général, très concentré, et les substances salines organiques et inorganiques s'y trouvent accumulées en forte proportion.
L'examen chimique, aussi bien que l'étude des rapports établis par Koranyi et par Kovesi et Suranyi, montre que la rétention porte principalement sur les molécules organiques.
L'i/re'e s'y trouve souvent en proportion forte (1 à 2 p. 1000 et parfois jusqu'à 3 et même 8 p. 1000). Le taux de l'urée du sérum est inversement proportionnel au taux de l'urée urinaire. Pourtant, on est assez souvent étonné de ne pas trouver une proportion plus forte d'urée dans le sang des urémiques que dans le sang des sujets atteints de néphrite interstitielle à la phase de tolérance ; c'est sans doute qu'à la période terminale des néphrites la fonction uréogénique du foie diminue.
Strauss a montré par des analyses chimiques précises l'augmentation de Vazoie ammoniacal dans le sang des urémiques; pour 1000 parties de sérum, il a trouvé :
Dans l'urémie de la néphrite interstitielle 0,033 d'azote ammoniacal.
Dans l'urémie de la néphrite parenchymateuse 0,082 —
Dans l'urémie par compression urétéralc 0,130 —
ANALYSE CHIMIQUE DU SANG
Ce sont-là des chiffres supérieurs au chiffre normal qui est, suivant Strauss, de 0,014 p. 1000, et même à la proportion trouvée au cours des néphrites sans urémie.
L'acide urique augmente aussi dans le sang des urémiques.
Felz et Ritter^, Astaschew^sky 2, d'Espine % ont vu une accumulation des sels de potassium dans le sang des urémiques; par contre Horbaczewsky, Bruner, ont trouvé leur proportion diminuée.
De tout temps on a attribué à une intoxication par rétention les phénomènes urémiques; mais on ne s'entend pas sur la nature des substances toxiques. Les auteurs ont incriminé successivement l'urée, l'ammoniaque, les sels de potasse, la créatinine, etc. L'irrégularité des résultats que nous avons indiqués ci-dessus, l'impossibilité de reproduire les phénomènes morbides au moyen des substances incriminées ne permettent pas d'attribuer l'urémie à la rétention de l'une de ces substances en particulier.
Néphrite interstitielle. — Dans l'évolution de la néphrite interstitielle, on peut distinguer deux périodes : une période de compensation, et une période de dilatation du cœur.
1° Période de compensation. — A cette période, l'hypertrophie du cœur compense les troubles circulatoires amenés par la sclérose rénale ; il y a poîyurie avec ou sans albuminurie légère.
Le plus souvent, suivant Grawitz, il n'y aurait pas, à cette période, d'altération de la concentration du sang total ni de celle du sérum, ni de modification du nombre des "globules rouges.
Si les modifications chimiques du sang sont peu appréciables, c'est que l'organisme tend par des moyens divers à rétablir son équilibre de composition : la rétention relative des produits insuffisamment éliminés par le rein imperméable a une tendance à concentrer le sérum, d'où une fixation d'eau venant de l'extérieur sur les tissus et sur le sang, une dilution légère du sang, en partie compensée par la polyurie, une augmentation de la masse sanguine qui se traduit par l'hypertension artérielle et l'hypertrophie du cœur