‹ Traité d'hématologieChapitre 6 sur 236 · C.SCHEIDLEN · texte numérisé non relu

C.SCHEIDLEN

RAXKE

SPIBGBLBBnG

et

GSCIlEn)LEN

STEINBEHG

JOLYET

et

LAFFONT

Chien . . Chat...

Lapin ..

Cobaye.

0,0o9-0,0fô 0,059-0,045

de la masse du corps.

La masse du sang est en rapport direct avec le développement de la musculature ; elle est en rapport inverse avec le développement de la graisse. C'est ce qui résulte des chiffres suivants, obtenus par Heissler avec la méthode de Panum :

Chez le porc, la masse de sang = ~

ir

bœuf, brebis, chien, cheval.

Il y a, d'autre part, un rapport constant entre le poids total du

1 tlEissLEU. Alb. aus d. palh. Inslit, zu Muitchfii, 1886, p. 322,

MASSE TOTALE DU SANG

Chez le porc ....

— brebis. . .

— cheval. . .

— lièvre . . .

— chevreuil

sang et le poids du cœur, ainsi qu'il résulte des chiffres suivants. Le rapport du poids du cœur à celui du corps est en moyenne :

Ainsi, dans les espèces animales où la vie est active, la musculature développée, la graisse peu abondante, comme chez les chiens, les lièvres, les chevreuils, la masse du sang et le volume du cœur sont relativement assez considérables. Au contraire, chez les animaux qui mènent une existence peu active et qui s'engraissent, comme le porc, la masse du sang et le volume du cœur sont relativement faibles.

Il en est ainsi pour les différents individus appartenant à une même espèce animale. Hayem a trouvé plus de sang chez les animaux maigres que chez les gras. Les recherches de Ranke, de Heissler, sur des animaux, ont établi que les obèses ont moins de sang que les autres. Des lapins gras ont seulement 3,3 p. 100 de sang, tandis que des maigres ont 5,. 5 p. 100 ; la masse totale du sang chez des lapins de même poids, mais de corpulence différente, varie dans le rapport de 48 à 70. Chez les porcs très gras la masse totale du sang est égale à 2,25 p. 100 de celle du corps, tandis que chez les porcs peu engraissés elle représente 7,8 p. 100.

L'homme se comporte à cet égard comme les autres animaux. Les obèses ont relativement moins de sang et un cœur plus petit que les sujets maigres et fortement musclés.

Modifications physiologiques. — -4^e. — Chez les nouveau-nés, Welcker admet que la masse sanguine représente 0,0526 ou -~ du poids du corps. Schûcking * trouve la masse du sang des nouveau-nés un peu plus grande que ne l'avait indiqué Welcker, et variable avec le moment où on a lié le cordon : si le cordon est lié

1 Schûcking. Berliner Idin. Woch., 4879, n" 39,

QUALITÉS PHYSIOUES Dtt SAN(Î.

immédiatement, la masse du sang est 0,0666 du poids du corps ; si le cordon est lié après quelques minutes, 0,11H. La ligature tardive

augmente donc de — la quantité du sang.

Panum l'a trouvée chez des chiens nouveau-nés un peu moindre que chez des adultes. Hayem a trouvé le rapport de chez un chien âgé et les rapports de chez trois jeunes chiens.

Grossesse. — Chez les chiennes pleines, la masse du sang devient plus considérable en même temps que l'utérus grossit.

Gsheidlen et Spiegelberg ' ont trouvé :

Chez les chiennes ordinaires 0,0787.

Dans les premiers temps de la gestation. 0,0780. A la fin 0,1080.

Boissons. — A l'état physiologique, la masse du sang ne subit que des variations minines et passagères, divers processus régulateurs intervenant aussitôt pour la ramener à ses proportions normales.

L'augmentation que tend à produire l'absorption de liquides est rapidement compensée par les éliminations rénales et sudorales. Ainsi Forbes a vu qu'après avoir ingéré à 6 heures du matin en l'espace de quinze minutes 600 cent, cubes d'eau, il avait déjà éliminé à midi 513 cent, cubes d'urine. L'expérience répétée avec des quantités plus considérables d'eau lui a toujours donné des résultats comparables : ainsi, après avoir ingéré 1800 cent, cubes d'eau, il émettait dans le même laps de temps 1433 cent, cubes d'urine.

De même la diminution de la masse du sang après la sudnlion ou les diarrhées abondantes est bientôt compensée par l'ingestion d'eau.

Modifications thérapeutiques. — Transfusion de sang. Injection de sérum artificiel. — Bien plus, quand on cherche chez un sujet sain à modifier la masse sanguine par des injections intravasculaires, on n'y parvient que d'une façon toute passagère et rapidement l'équilibre physiologique se rétablit. A'. Lesser - et Worm-Muller^ ont tenté en vain de produire par transfusion de sang une pléthore artificielle chez un animal sain. Après l'injection, la pression arté-

1 GscHEiDLEN U. SwEGELBERG. Ai'ch. f. Gtjnaekologie ^ 1872, p. 166.

2 V. Lesseb. Silzunr/sherichie des kgl. sachs. Gesell. d. Wissen.^ 1873, p. S73.

3 WoBM-MuLLER. Tmnsfusion à Plelhora Christiana, 1875.

MASSE TOTALE DU SANG

rielle s élève d'abord, mais bientôt elle ^e^dent à la normale, Fexcès de sérosité passant du sang dans la lymphe interstitielle ; alors se manifeste une hyperglobulie qui disparait elle-même en l'espace de quelques jours ou de quelques semaines. Les animaux, du moins quand on ne leur avait pas injecté des quantités excessives de sang, ne présentaient aucun symptôme pathologique : ainsi la masse du sang pouvait être augmentée sans danger de 80 à 100 p. 100 et la mort ne survenait pas si on injectait une quantité de sang égale à une fois et demie celle du lapin.

Hamburger ^ a également échoué et n'a pu produire une augmentation persistante de la masse sanguine par des injections de sérum artificiel; même en injectant dans le sang une solution saline hvperlonique qui aurait dû augmenter le pouvoir d'absorption du sang pour l'eau, il voyait le sel injecté disparaître rapidement du sang, se répandre dans les tissus, et le liquide et le sel être éliminés par les urines.

Ce sont ces expériences si curieuses, cette impossibilité de modifier d'une façon persistante la masse du sang chez les sujets sains qui ont fait nier l'existence de la pléthore admise autrefois par les médecins ; conclusion d'ailleurs erronée, car on ne peut en inférer de ce qu'on voit à l'état physiologique à ce qui se passe à l'état pathologique.

Masse du sang à l'état pathologique- — Tous les procédés que nous avons indiqués plus haut pour apprécier la masse du sang contenue dans le corps ne donnent que des résultats approximatifs. S'il est impossible, même en se plaçant dans des conditions expérimentales, d'évaluer d'une façon précise la masse totale du sang et son rapport avec la masse du corps, à fortiori cette détermination est-elle impossible dans les conditions cliniques, chez l'homme vivant. De sorte que, jusqu'à ce qu'on ait trouvé une méthode clinique pratique, on ne peut avoir sur la masse totale du sang que des renseignements vagues. La pression artérielle qui s'élève avec l'augmentation de la masse sanguine, qui diminue dans le cas contraire ; le nombre des globules rouges qui diminue quand la masse san-

i Hamburger. Zeit. f. Biologie, N. F. Bd. IX, s. 259,

QUALITÉS PHYSIQUES DU SANG

guine augmente par dilution du sang et qui augmente au contraire quand le sang se concentre, peuvent nous donner une idée approximative des variations de la niasse du sang ; mais ces variations de la pression artérielle et du nombre des globules n'ont quelque valeur que si elles se produisent dans un espace de temps très restreint, sans quoi d'autres conditions (vaso-constriction périphérique, néoformation ou destruction des globules rouges, élimination rénale), peuvent intervenir et ne permettent plus de tenir compte des éléments précédents pour l'appréciation de la masse du sang.

Il est regrettable de ne point posséder une méthode pratique pour la détermination de la masse du sang, car celle-ci aurait une importance majeure pour apprécier la valeur des fonctions sanguines. En effet, il n'est point suffisant de connaître le nombre des globules rouges contenus dans 1 millimètre cube de sang, mais il faudrait encore savoir le nombre total des globules de l'organisme ou du moins le rapport du nombre des globules au poids du corps ; ainsi seulement on aurait une idée de la proportion d'oxygène qui peut être apportée au contact des tissus pour effectuer les oxydations.

Si nous avons vu, en effet, qu'à l'état physiologique, il y a un rapport habituel du poids du sang au poids du corps, rapport qui ne varie que dans des limites assez restreintes, il n'en est plus ainsi dans les conditions pathologiques.

Suivant les cas, la quantité du sang par rapport au poids du corps peut être augmentée ou diminuée : il en résulte des états pathologiques auxquels on a donné le nom de pléthore et d'oligémie. Nous sommes très mal renseignés sur ces états pathologiques, parce que nous ne pouvons les étudier que d'une façon indirecte, et que la preuve scientifique de l'augmentation ou de la diminution de la masse sanguine ne peut jamais être faite durant la vie.

Les anciens auteurs, se basant sur la clinique, avaient insisté beaucoup sur la pléthore et sur l'oligémie ; ces états pathologiques ont été très oubliés depuis, et ont presque disparu du cadre de la pathologie. Malgré l'insuffisance actuelle des moyens d'investigation, il nous semble nécessaire de reprendre leur étude, et de définir ce qu'on doit aujourd'hui entendre sous le nom de pléthore ou polyémie et sous le nom d'oligémie.

iVlASSE TOTALE DU SANG.

Pléthokiî ou polyémie. — Les anciens auteurs admellaient plusieurs formes de plétliore :

1° La pléthoi^e vraie (plelh. ad molem, pl. sanguinica), caractérisée par une augmentation de la masse sanguine sans modification de la composition du sang. Les sujets pléthoriques se reconnaissent à un visage coloré, à une vive injection des muqueuses, à une impulsion cardiaque forte, à un pouls plein et tendu, à des accès de palpitations, de dyspnée, de suffocation. A Tautopsie de ces sujets, le cd'ur et les organes sont remplis de sang.

2'' La pléthore apocoptique (pletli. ad vasa, ad spatium). La masse sanguine n'est pas augmentée dans sa totalité, mais par suite des troubles circulatoires, il y a trop de sang dans certaines parties du corps; l'effet est le même que celui qui résulte, par exemple, de l'application d'une bande d'Esmarch sur un membre.

3" La pléthore séreuse (pleth. hydrœmica). La masse sanguine a augmenté parce que la partie liquide du sang a augmenté, et le sang est dilué.

On y ajoutait encore :

4° La pléthore « ad orgasmum » ; la masse du sang a augmenté et est devenue trop grande pour la capacité vasculaire.

5° La pléthore « ad vires ») ; le cœur n'a plus une force suffisante pour faire circuler loule la masse sanguine et il en résulte des phénomènes de stase.

En réalité ces diverses espèces de pléthore sont des variantes qui méritent toutes de rentrer dans le même groupe, celui de la pléthore vraie .

Ce qui est, en effet, le plus important à considérer et ce qui fait la caractéristique principale de la polyémie, c'est la rupture de l'équilibre habituel entre le sang et les tissus par augmentation relative de la masse sanguine, quelle que soit d'ailleurs la cause qui produit cette rupture d'équilibre et quel que soit l'état du sang, qu'il y ait hyperglobulie ou hypogiobulie. Il n'y a pas, en effet, comme Andral et Gavarret, Monneret, Behier et Hardy le croyaient, de rapport entre la polyémie et l'hyperglobulie. La polyémie peut exister avec une globulie normale ou même avec de l'hypoglobulie. Ainsi Hayem a trouvé un chiffre normal de globules rouges chez des

QUALITÉS PHYSIQUES IJU SANG

sujets qui présentaient les symptômes considérés comme caractéristiques de l'état pléthorique ; tandis qu'il a trouvé les chiffres de 5 800 000 et 5 900 000 chez des individus bien portants sans aucun signe de pléthore.

L'augmentation de la masse du sang par rapport à la masse du corps entraîne une rupture de l'équilibre physiologique de la circulation, et se traduit par une série de symptômes dont l'ensemble constitue le syndrôme pléthorique ou polyémique.

Ces symptômes sont : la coloration rouge et la congestion habituelle de la face, souvent avec varicosités, la rougeur des lèvres et des muqueuses, la tendance aux hémorragies, les règles abondantes etfréquentes, les épistaxis répétées, la céphalée et la lourdeur de tète, les sensations de chaleur, les bouffées congestives, le pouls plein et dur, la tension artérielle élevée, le cœur hypertrophié avec une impulsion énergique, etc.

Assurément tous ces symptômes ne dérivent pas seulement de l'augmentation de la masse sanguine ; d'autres causes peuvent leur donner naissance, et l'on doit tenir compte dans leur production de l'état du cœur et de la circulation périphérique.

Le syndrôme polyémique se confond en partie avec le syndrôme d'hypertension artérielle, la polyémie entraînant de l'hypertension. Cependant il peut y avoir polyémie sans hypertension artérielle.

Il faut, d'après cela, distinguer deux variétés de polyémies:

1° Des polyémiss congéaitales^ ou acquises progressivement, qui représentent des états physiologiques plutôt que pathologiques. Il y a des individus qui ont plus de sang que les autres; nous avons vu, par exemple, que les maigres avaient relativement plus de sang que les obèses ; mais, comme il y a dans ces conditions un rapport entre la quantité de sang et la capacité vasculaire, la polyémie ne se traduit par aucun symptôme.

Les pléthoriques de ce groupe ont sans doute une façon différente de se comporter dans les conditions physiologiques et pathologiques ; une technique d'examen perfectionnée pourrait seule permettre de diagnostiquer ces cas.

2° Des polyémies acquises, avec hyperglobulie ou hypoglobulie,

MASSÉ TOTALE DU SANG

qui sont de véritables états pathologiques. Ici, l'équilibre est rompu entre la masse sanguine et la capacité vasculaire, la pression vasculaire s'élève et l'on voit apparaître tous les troubles qui caractérisent l'état de pléthore.

Ces états se produisent dans des conditions diverses : a) Quand, par suite de la suppression d'un flux hémorragique habituel (menstruation, flux hémorroïdaire, épistaxis, saignée), la déplétion sanguine ne se produit plus. Un certain nombre des troubles dont souffrent les femmes au moment de la ménopause font partie du syndrome polyémique.

L'état de pléthore peut d'ailleurs être passager; il disparait quand l'équilibre vient à se rétablir entre la jjroduction et la destruction sanguine.

|3) La sclérose rénale, qui élève un barrage sur la circulation sanguine, entrave l'élimination des principes du sang ; la conséquence est une augmentation relative de la masse sanguine en même temps qu'une élévation de la pression artérielle. La polyémie résulte ici d'un processus de défense employé par l'organisme pour entraîner au dehors les substances qui passent difficilement à travers le rein et tendent à s'accumuler dans le sang. L'eau est introduite en plus grande quantité pour diluer les sels et les principes toxiques ; ainsi la masse du sang et la pression vasculaire s'élèvent, et la fillration rénale devient plus abondante. Seule la quantité du sang est modifiée, mais sa composition reste constante, grâce à la lutte des deux processus contraires, l'un cpii tend à le diluer (eau ingérée en excès), l'autre à le concentrer (polyurie).

y) C'est par un processus analogue, pour diluer le sucre qui se trouve en excès dans le plasma, et pour favoriser son élimination, que la masse du sang est augmentée chez les diabétiques.

ô) Bollinger ' attribue l'hypertrophie et la dilatation cardiaque que l'on voit chez les grands buveurs de bière de Munich à l'augmentation de la masse sanguine qui résulte de libations excessives en même temps que de légères altérations rénales. Il constate à l'autopsie la richesse sanguine du cadavre.

1 Bollinger. Miinch. mecl. Woch., 1886, 11° 5 et 6.

QUALITÉS PHYSIQUES DU SANG

S'il est malheureusement encore impossible aujourd'hui d'étudier par des procédés rigoureux la masse sanguine, et de caractériser directement la polyémie, il n'est cependant pas permis de douter de l'existence de ce syndrome. Les bons résultats apportés par une thérapeutique qui vise directement la polyémie montrent qu'il y a un grand intérêt à tenir comple de cet élat pathologique et à savoir le reconnaître. Il n'y a pas de meilleur Irailement des troubles pléthoriques que les émissions sanguines ou séreuses qui tendent à diminuer la masse du sang : n'est-ce pas le moyen de défense employé par la nature elle-même dans les épisiaxis des vieillards qui mettent souvent fin à une période de congestion céphalique et préservent le malade contre une hémorragie cérébrale ?

On peut interpréter dans le même sens les diarrhées et les polyuries de certains artério-scléreux avec hypertension artérielle. Ce que le médecin peut faire de plus efficace dans ces cas, c'est d'aider la nature par l'administration de diurétiques et de purgatifs qui diminuent la quantité d'eau et la masse du sang.

Chez les cardiaques en asystolie, les déplétions sanguines par ventouses scarifiées et surtout par saignées, représentent la médication la plus active, et c'est bien là, ainsi qu'Q'^rtel ' le fait remarquer, une preuve que les troubles asystoliques étaient dus en majeure partie à la polyémie.

Oligémie. — La diminution de la masse sanguine ou oligémie s'observe dans devix circonstances ditîérentes. Elle est acquise ou congénitale.

1" Acquise. — L'oligémie se produit dans tous les cas où l'organisme est soumis à des pertes rapides de sérosité, par exemple dans les diarrhées abondantes, dans la dysenterie, dans le choléra, après une ponction d'ascite, etc. ; dans ces conditions, le sang, perdant son sérum, se concentre et il se produit une hyperglobulie.

L'oligémie se voit aussi dans les affections chroniques cachectisantes qui appauvrissent le sang aussi bien en liquide qu'en substances solides et en globules. Il en est ainsi chez certains tuberculeux, chez les addisoniens et chez les sujets en état d'inanition.

1 OEktel. Thérapie der Kreislaufssloningen, Leipzig, 1883.

MASSE TOTALE DU SANG

Les malades atteints de tuberculose pulmonaire à évolution chronique apyrétique présentent souvent un amaigrissement considérable et une pâleur qui fait songer aussitôt à Tanémie. Si on examine leur sang, on est étonné de trouver pourtant un nombre de globules rouges et une quantité d'hémoglobine normaux ; le résidu sec du sang et celui du sérum sont aussi normaux ou à peine diminués. D'ailleurs, ces malades n'ont pas les symptômes habituels de I hypoglobulie. Cependant, à l'autopsie, les tissus et les organes apparaissent pâles et exsangues, le cœur est d'un petit volume, la capacité .des vaisseaux et surtout des veines est très réduite. Il y a donc une diminution de la masse totale du sang, une véritable oligémie.

La pâleur de ces sujets tient à ce que la masse totale du sangest insuffisante et que, par suite, la pression sanguine est trop faible pour que le sang arrive dans les vaisseaux de la périphérie ; ou bien à ce que, pour lutter contre l'abaissement de pression artérielle, il se fait un vaso-constriction périphérique.

L'oligémie des phtisiques peut être due aux sueurs profuses, à la diarrhée chronique, aux sécrétions bronchiques ; mais Grawitz pense que ce ne sont point là les causes principales, car l'oligémie se voit surtout dans les cas oîi il n'y a pas de fièvre et pas de sueurs. Il attribue la diminution de la masse sanguine à l'action lymphagogue des toxines tubercideuses qui aurait pour résultat d'attirer l'eau du sang vers les tissus; avec des injections de tuberculine, aussi bien qu'avec des extraits de produits tuberculeux , Grawitz et Rômer ' ont produit une action lymphagogue et obtenu un épaississement du sang. Il est probable qu'il faut ici tenir un grand compte de la dénutrition générale des individus.

Dans deux cas de mnladie d'Addison^ Hamel - a constaté une oligémie analogue avec absence d'hypoglobulie ; l'un de nous a fait la même observation dans un cas d'insuffisance surrénale à marche subaiguë.

Collard de Martigny, Chossat % Bidder et Schmidt croyaient que, dans V inanition, la quantité de sang subit une diminution plus

1 Grawitz et Rômer. Zeit. f. klin. Med., t. XXI, cahier 5/6.

2 IIamfx. Deïtt. Arc/i. f. klin. Med., 1901, p. 240.

^ CiiossAT. Recherches erpéviinent . .sur Vinanilion. Paris, 1843.

QUALITÉS PHYSIQUES hV SANG.

accusée que les autres parties coustituautes du corps, à Texceptiou de la graisse. Claude Bernard avait remarqué que les animaux inanitiés sont moins résistants que les autres, sans doute parce que chez eux la masse du sang est moins considérable. Sternberg a vu chez le chat le rapport de la masse du sang à la masse du corps tomber sous l'influence du jeûne de — et jy^

Les travaux de ^\alentin, de Heidenhain ^ de ^'oit -, de Hermann et Groll % de Poletaew * et de Panum ont mené à des conclusions tout opposées. Panum a cru démontrer que par Vinanitioii, et dans les états cachectiques, le poids du sang, par rapport au poids du corps, ne change pas, non plus que la richesse en hématies et en fibrine ; le sang ne subit qu'une atrophie proportionnelle à celle de l'organisme entier; il n'y a pas d'oligémie vraie. Cette opinion est admise par Grawitz.

Hayem la repousse et pense que dans les maladies chroniques, les cachexies ou même les maladies aiguës de lons^ue durée comme la fièvre typhoïde, il se produit une diminution de la masse totale du sang, hors de proportion avec le dépérissement de l'organisme. Non-seulement on trouve les cadavres exsangues, mais encore on constate que les veines ont diminué de calibre et sont réduites à des cordons fibreux épaissis.

2'^ Conc/énitale. — H y ^ c^es sujets qui se présentent avec un teint pâle, d'une pâleur plus blanchâtre que celle des anémiques vulgaires; cet habitus date de leur enfance. Cependant ils sont bien portants et ne présentent aucun des signes habituels de l'anémie ; pas de palpitations, pas d'essoufflement; ces symptômes ne se montrent que d'une façon passagère ou bien après de grands efforts, des fatigues exagérées , à l'occasion de la puberté ou d'une grossesse chez les femmes. La pression artérielle est normale ou à peine inférieure à la normale. Le sang possède une quantité normale de globules rouges et d'hémoglobine.

1 IIeideniiaix. Disqicis. critic. et experim. Diss. Halis., 1857.

2 Voit. Zeit. f. Biologie, 1894, t. XXX, p. .j11.

3 Hermann et Groll. Pflmjer's Archlv, 1888, t. XLIII, p. 239.

* Poletaew. Arcli. des se. biologiques de Saiiil-Pétersbourr/, 1893, t. Il, p. 793.

Panum. Arch. f. palh. Anal., XXIX, p. 241. ' Hayem. Leçons sur les moàificatiotis du sang. Paris, 1882.

MASSE TOTALE DU SANG

Ces sujets paraissent moins résistants que les sujets normaux ; ils succombent souvent sans cause suffisante pour expliquer la mort après une opération ou au cours d'une maladie comme la pneumonie ou la fièvre typhoïde.

A l'autopsie on reconnaît facilement que la masse sanguine était faible : les tissus sont exsangues ; le système cardio-vasculaire a une faible capacité ; le cœur, surtout au niveau de ses ventricules, est très petit, mais sa musculature est suffisante, parfois même hypertrophiée ; l'aorte est extrêmement étroite, mince, élastique et donne irrégulièrement naissance aux vaisseaux : elle a les caractères que A^irchow a attribués à 1' <( aortis chlorotica ».

Si l'on se base sur la méthode de Vierordt pour calculer le volume du sang d'après le volume du ventricule, on reconnaît que la masse sanguine était inférieure à la normale, qu'il y avait oligémie.

Ces sujets à peau pâle, ces « ochrodermiques », sont donc des anémiques, non point au sens que l'on attribue ordinairement à ce terme, puisque leur sang a une composition normale, mais au sens véritable du mot, puisqu'ils possèdent une quantité de sang insuffisante.

Quelques-uns de ces sujets, atteints d'hypoplasie cardio-vasculaire et hématique, ont en même temps un développement insuffisant de tout le corps : ce sont des infantiles. Quelques-uns sont atteints de rétrécissement mitral ou de rétrécissement aortique. Parfois les reins sont également petits et il existe une néphrite scléreuse par aplasie artérielle.

La cause de ces états est le plus souvent la syphilis ou la tuberculose héréditaires. Virchow admet en outre que ces hypoplasies peuvent être acquises chez les enfants qui ne font pas assez d'exercice, et chez qui le système cardio-vasculo-hématique, aussi bien que le système musculaire, ne se développent pas suffisamment.

Ce sont ces cas que A^irchow a décrits sous le nom de chlorose. En réalité ils n'ont rien de commun avec les anémies que l'on désigne ordinairement sous ce nom : tandis que les chlorotiques ont un sang pauvre en globules rouges et surtout en hémoglobine, les sujets dont nous venons de parler ont un sang de composition normale mais de quantité insuffisante : ce sont des oligémiques.

OUALITÉS PHYSIQUES DU SANC

§ V. — Densité du sang-.

Technique. — Le poids spécifique du sang peu! élre apprécié par diverses méthodes :

1° Méthode cf Hammerschlag — Cette méthode est basée sur le principe suivant : un corps qui reste en équilibre au sein d'un liquide possède le même poids spécifique que ce liquide.

On mélange, dans une éprouvette parfaitement séctie et propre, du chloroforme (densité 1,526) et de la benzine (densité 0,889) en proportions telles que le poids spécifique du mélange soit environ 1,057, c'est-à-dire celui du sang normal.

Avec une pipette effilée on recueille une petite quantité de sang et, introduisant la pipette dans le mélange, on en fait sortir, en soufflant, une goutte de sang. Si la goutte de sang tombe au fond de l'éprouvette, on ajoute goutte à goutte du chloroforme pour augmenter la densité du mélange ; si elle surnage, on ajoute au contraire de la benzine, jusqu'à ce qu'un dernier essai montre la goutte en suspension. Alors on peut admettre que la goutte de sang possède le même poids spécifique que le mélange. On filtre, on mesure avec un aréomètre le poids spécifique du mélange : c'est celui du sang.

Ce procédé est plus compliqué qu'il ne paraît au premier abord et expose à un certain nombre de causes d'erreur : Si Téprouvetle n'est pas absolument sècbe, la goutte de sang est attirée par les parois et s'y colle. Pour peu que la goutte de sang contienne une bulle d'air, elle a tendance à surnager. Le mélange altère le sang et modifie son poids spécifique; l'opération doit donc être conduite aussi rapidement que possible. Des questions d'adhérence interviennent aussi pour fausser les résultats.

Le procédé de Roy - et celui de Lyonnet, basés sur le même principe, mais utilisant un mélange d'eau et de glycérine, le procédé de Fano % utilisant une solution de gomme arabique, exposent aux mêmes erreurs.

2° Méthode de Schmallz ''. — Seule la méthode de Schmallz qui n'est autre que l'application à Fétude du sang, du procédé du flacon utilisé par les physiciens pour la recherche des poids spécifiques,

1 IlAMMEiiSCULAG. Wien. Idin. Woch, 1890, p. 1018. - Roy. Proceed. of p/i>js. Society, mars 18S4.

3 Fano. Lo Speriinentale, octobre 1882.

4 Scu.MALTz. Arch. f. Idin. MecL, t. XLVII, p. 143.

DENSITÉ DU SAXG.

possède une rigueur suf lisante ; mais elle est longue, délicate et exige une balance de précision. Le flacon est ici remplacé par un tube à vaccin effilé à ses deux extrémités, qu'on pèse successivement vide, plein d'eau et plein de sang.

Densité du sang normal. — Les chiffres indiqués pour la densité du sang diffèrent un peu suivant les observateurs :

Suivant Landois i la densité varie de 104.j-107o; 1034 en moyenne.

— Lloyd Jones 2 — 1036-1068

— Peipor3 — 1045-1066

— Haraniersclilag: — 1056-1063

Variations physiologiques. — Sexe. — La densité varie normalement de 1055 à 10(30 chez l'homme, de 1050 à 1055 chez la femme.

Affe. — Suivant Lloyd Jones, chez le nouveau-né, la densité du sang est en moyenne de 1066. Elle s'abaisse progressivement après la naissance et, entre la deuxième semaine et la deuxième année, elle atteint un minimum de 1048 chez les garçons, de 1050 chez les filles. La densité s'élève ensuite peu à peu pendant la seconde enfance et l'adolescence pour atteindre un maximum de 1058 entre 35 et 45 ans chez l'homme; un maximum de 1054 après la ménopause chez la femme. Elle augmenterait encore dans les deux sexes pendant la vieillesse, et pourrait atteindre à cette période des chiffres aussi élevés que chez les nouveau-nés.

Suivant Schiff la densité du sang subit chez les nouveau-nés des variations comparables à celles du nombre des globules rouges : Pendant les dix premiers jours, elle va en diminuant et tombe de 1080 à 1060; elle est plus élevée chez les enfants vigoureux, chez ceux dont le cordon a été lié tardivement, et chez ceux qui n'ont pas d'ictère.

Alimentation. — L'absorption d'eau ou d'aliments solides ne modifie la densité que très légèrement.

Menstruation. — Schmaltz a constaté une légère augmentation de la densité après les règles (de 1054 à 1057).

1 Landois. Eulenburrfs Real Encyclop., art. Sang.

2 Lloyd Jones. /. of phtjsiolor/ij, t. VIII, p. i. ^ Peiper. Ceniralbl. f. Idin. Med., 1891, n» 12. ^ SciiiKF. Jahrb. f. Kinderheilk. Bd LIV, p. 1).

QUALITÉS PHYSIQUES DU SANG

Grossesse, accouchement. — Lloyd Jones a trouvé clans dix cas durant la grossesse et après raccoucheinenl, une légère diminution de la densité.

Variations diurnes. — Suivant Schmaltz, le maximum de la densité à l'état normal s'observe entre 7 et 8 heures du matin (1060,9); dans la journée, de 11 heures du matin à 8 heures du soir, la densité s'abaisse (1058,8).

Variations pathologiques. — La densité est diminuée dans les anémies et dans les maladies cachectisantes. On l'a vue tomber à 1025. Elle est légèrement abaissée dans la néphrite parenchymateuse, tandis qu'elle ne l'est point dans la néphrite interstitielle. Inversement, elle augmente dans l'asystolie chronique, le choléra, les diarrhées abondantes où elle peut s'élever jusqu'à 1070 ; dans le diabète elle est légèrement augmentée.

Le poids spécifique du sang varie avec le nombre et la masse des globules et la quantité d'hémoglobine : il est sensiblement proportionnel à la quantité d'hémoglobine, de sorte qu'on a proposé de remplacer l'hémoglobinimétrie, qui exige des appareils coûteux et compliqués, par la densimétrie qui ne demande qu'un dispositif assez simple. La table d'Hammerschlag, ou celle de Schmaltz,, indique les concordances entre la densité du sang et la quantité d'hémoglobine appréciée au moyen de l'appareil de Fleischl. Nous indiquerons la première des deux :

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