CHAPITRE IV
ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES
Dans les cas pathologiques, les globules rouges présentent des altérations portant sur leur mobilité, leur forme, leurs réactions colorantes, leurs dimensions, la présence anormale d'un noyau.
§ I". — Mobilité des hématies.
Les globules rouges du sang normal ne sont pas doués de mouvement. Dans les anémies extrêmes, les globules rouges peuvent, suivant Hayem, présenter des mouvements : les uns apparaissent doués de mouvements amiboïdes et se déforment comme des leucocytes ; d'autres poussent un ou plusieurs prolongements tentaculaires colorés par l'hémoglobine, mobiles ou non, capable de faire osciller le globule rouge lui-même; d'autres oscillent conLinuellement et se présentent tantôt de champ, tantôt de face ; d'autres enfin apparaissent comme des bâtonnets noueux, étroits, longs de 3 à 12 [j^, et se déplacent rapidement dans le champ de la préparation; on pourrait les confondre avec des parasites du sang, d'où le nom de pseudoparasites que leur a donné Hayem; leur mobilité persiste deux à trois heures, puis ils deviennent immobiles, ce qui permet de reconnaître qu'ils sont constitués par des globules nains déformés munis de prolongements en doigt de gant. Ce seraient, pour Hayem, des éléments inachevés, ayant conservé les propriétés contractiles des hématoblastes.
V. Jaksch, Maragliano et Castellino regardent la contractilité comme un indice banal de la souffrance des hématies, et lui attribuent, les déformations globulaires du sang des anémiques.
Suivant Jolly, l'existence des mouvements propres des globules rouges n'est pas démontrée ; il s'agirait là de déformations provoquées sur des globules rouges dont la consistance est très diminuée,
ALTKRATIONS PATHOLOGIQUES.
§ II. — Déformation. — Poïkîlocytose. — Anisocytose.
Les globules rouges normaux sont des disques arrondis et réguliers qui se teintent par les couleurs acides et apparaissent roses sur les préparations à Thématéine-éosine, brun-jaunâtre sur les préparations au triacide, incolores sur les préparations au bleu de méthylène, verdàtres ou bleuâtres sur les préparations à la thionine ou au bleu de Unna. Ils présentent dans les anémies des altérations portant sur leur forme et sur leur coloration.
Quincke a désigné sous le nom de poïJdlocytose les diverses déformations des globules rouges chez les anémiques ; ces déformations portent surtout sur les plus petits globules rouges. Au lieu d'être arrondis ou légèrement elliptiques comme à l'état normal, ils sont allongés, semi-lunaires, ou présentent des prolongements qui leur donnent une apparence de raquette, de poire, de crochet, etc. Mais ils conservent toujours ime forme discoïde, sauf dans les intoxications suraiguës où ils apparaissent comme des boules irrégulières.
La poïkilocytose s'observe surtout dans les anémies chroniques graves, l'anémie cancéreuse, la chlorose, l'anémie pernicieuse progressive, et dans les intoxications qui amènent une destruction des globules rouges.
Suivant Ehrlich, ces déformations sont dues à une fragmentation des globules rouges qui se divisent et se multiplient afin d'augmenter la surface respiratoire du sang : elles représenteraient donc un processus de défense naturelle de l'organisme dans les anémies.
Mais il faut se souvenir que, dans les anémies, les globules rouges sont moins résistants et se déforment facilement, de sorte que ces déformations ne se produisent peut-être qu'au moment où le sang est étalé sur vnie lame, et n'existent pas dans le sang circulant : elles seraient dues à une altérabilité plus grande des hématies.
On peut artificiellement reproduire des déformations globulaires semblables à la poïkilocytose en faisant subir au sang certaines manipulations. Quand la dessication du sang sur une lame de verre se fait trop lentement, les hématies se rétractent et prennent un aspect crénelé ; ils s'agglomèrent, le contour de chaque hématie devient indistinct, et ils ne forment plus que des amas compacts.
MODIFICATIONS CHROMATIQUES
Si la dessicalion est trop rapide, par exemple quand on chauffe du sang incomplètement desséché, à la température de 56°-57°, on voit apparaître dans les globules rouges des vacuoles incolores qui pourraient être confondues, comme Ta montré Laveran, avec les hématozoaires ; d'autres globules émettent à leur périphérie de petites boules sarcodiques qui leur donnent parfois l'aspect de haltères ; d'autres émettent des prolongements susceptibles d'être animés de mouvements oscillatoires que Talamon a désignés sous le nom de déformations flagellaires ; on trouve aussi des granulations isolées ou disposées en chaînettes (Max Schultze, Ranvier).
Ces altérations par la chaleur sont importantes à connaître ; on ne les confondra pas avec les altérations pathologiques ; on se mettra à l'abri de cette confusion en évitant le chauffage des lames sur lesquelles on étale le sang.
Tandis qu'à l'état normal, les globules ont presque tous le même diamètre, à l'état pathologique, les globules présentent des dimensions extrêmement variables ; il y a anisocytose ; à côté des normocytes, on voit un nombre plus ou moins grand de microcytes et de macrocytes.
§ III. — Modifications chromatiques.
Intensité. — C'est l'hémoglobine et non le discoplasma des hématies qui fixe les matières colorantes acides. Aussi existe-t-il un rapport entre la richesse hémoglobinique des hématies et l'intensité de leur coloration: lorsque l'hémoglobine est peu abondante, l'hématie est pâle, son centre est très clair, parfois même le bord est seul coloré, l'hématie a la forme d'un anneau, d'un pessaire (Litten). Maragliano et Castellino ^ ont minutieusement décrit ce processus de décoloration.
La coloration des hématies est, en général, diminuée dans les
(i) Maragliano et Castellino. XI. Congress f. inn. Medicin, Leipzig, 1882.
Fig. 47. — Différentes déformations des globules rouges (d'après Laveran et Blanchard) .
a, i, sang normal : a, b, c, hématies avec lacune centrale ; c hématie crénelée ; d, e, /', /(, hématie avec lacune centrale ; au milieu de la lacune, débris de l'hématie ; g, hématie avec plusieurs petites lacunes ; i. hématie déformée avec lacune centrale ; j, le, l, altération des hématies par la chaleur (57°).
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anémies. Elle est presque complètement perdue dans certaines intoxications qui amènent une dissolution de l'hémoglobine dans le plasma sanguin et laissent persister le discoplasma incolore comme une ombre (Scliattenbildung des Allemands, acliromacytes de Hayem). Elle est augmentée pour certains globules dans l'anémie pernicieuse.
Dans une même préparation de sang, tous les globules ne sont pas également colorés ; il y a, même à l'état normal, de petites différences dues à ce que les globules n'ont pas tous la même richesse en hémoglobine, ce qui probablement tient surtout à l'âge de ces globules. Dans les états pathologiques, ces différences s'accentuent : il y a des globules très pâles à côté d'autres globules de coloration normale (anisochromie).
Qualité. — j ° Dégénérescence polychromatophile ; Basophilie. — Tandis qu'à l'état normal, les globules rouges fixent exclusivement les colorants acides, dans certaines anémies ils manifestent à la fois une affinité pour les colorants acides et pour les colorants basiques. On dit qu'ils sont polychromatophiles (Ehrlich, Gabritchewsky).
Cette réaction se recherche sur des préparations colorées par l'hématéine-éosine, par le bleu de méthylène-éosine ou par le triacide.
Avec I hématéine-éosine, les hématies normales se colorent en rose pur ; les hématies anémiques se colorent en rose violacé ; dans les cas très marqués, les hématies fixent fortement le violet et prennent à peine le rose.
Avec les matières colorantes comme la thionine et le bleu polychrome de Unna, susceptibles de colorer d'une façon différente les hématies et les noyaux cellulaires, on peut aussi reconnaître la dégénérescence polychromatophile. Les hématies normales se colorent en vert clair par la thionine, en bleu gris par le bleu polychrome ; les hématies polychromatophiles se colorent en bleu par la thionine, en bleu violet par le bleu polychrome.
Cette réaction s'observe dans les hématies de diverses tailles, dans les poïkilocytes et principalement dans les hématies nucléées. Elle ne doit donc pas être confondue avec la dissolution du noyau des hématies nucléées qui se produit surtout dans la moelle des os. Elle a été interprétée de diverses façons ;
MODIFICATIONS CHROMATIQUES
Pour Gabrilchewsky Askanazy -, Dunin, Engel, les hématies polycliromalopliiles seraient des éléments jeunes qui passent dans le sang avant d'être complètement achevés. En effet, les hématies nucléées ont toujours une légère affinité basique et prennent sur une même préparation une teinte plus violacée par Fhématéineéosine que les hématies adultes dépourvues de noyau.
Dans la moelle des os on trouve des hématies polychromatophiles en train d'expulser leur noyau pour former des hématies anucléées polychromatophiles ; ces hématies ne passent pas à l'état normal dans la circulation et ne s'y rencontrent qu'au cours des états anémiques, quand la régénération du sang est hâtive et imparfaite.
Pour Ehrlich, Pappenheim Maragliano Grawitz, ce sont des éléments dégénérés, en voie de destruction ; le discoplasma subit la nécrose de coagulation, laisse échapper l'hémoglobine et se charge au contraire des matières albuminoïdes du sang : de là résultent la perte d'affinité pour les colorants acides, et l'affinité nouvelle pour les colorants basiques nucléaires.
Ce qui prouverait, suivant ces auteurs, qu'il s'agit d'éléments en voie de destruction, c'est que : 1" les hématies polychromatophiles présentent en même temps des formes irrégulières de dégénérescence ; 2" On voit cette altération se produire chez les animaux en état d'inanition, alors qu'il n'y a point de néoformation sanguine ; on la provoque artificiellement chez les animaux soumis à l'action d'une haute température ; 3" On la voit apparaître dans les 24 premières heures qui suivent une hémorragie, avant la rénovation sanguine et la formation de globules rouges nucléés; 4° Si les hématies nucléées présentent quelquefois cette réaction polychromatophile, ce sont exclusivement les mégaloblastes, mais jamais les normoblastes, cellules typiques du sang en voie de régénération normale ; les hématies nucléées des animaux n'ont jamais cette réaction ;
Sherrington admet que la polychromasie est due à une incomplète oxydation dans les hématies.
1 Gabritchewsky. Afcli. f. exper. Pnth., t. XXVIII, p. 83. - AsKANAZY. Zeit. f. klin. Med., t. XXI, p. 415.
3 Pappenheim. Die Bildung dev rolh. Blidkorperchen. Inaug. -Dissert., Berlin, 1893.
4 Maraoliano et Castellino. Zeit. f. klin. Med., t. XXI, p. 415. -
5 Sherrington. J. of Anal. a. Physiol., t. XXVIII, p. 138.
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La dégénérescence polycliromatopliile s'observe dans les anémies graves, l'anémie perniciense progressive, dans les cancers, dans certaines fièvres éruplives, dans la fièvre typhoïde, dans la malaria, dans le purpura et dans un certain nombre d'intoxications qui frappent particulièrement le sang (plomb, champignons, gljcosides, chlorate de potasse, nitro-benzol, etc.).
Réaction de Bremer-Le Goff. — La polychromatophilie est comparable à la réaction que Bremer ' a signalé dans le sang des diabétiques. Bremer a montré que les hématies du sang diabétique ont perdu leur affinité pour les colorants acides et se teintent, au contraire, par les couleurs basiques, ce que l'on constate quand on fait agir sur le sang un mélange d'éosine et de bleu de méthylène ; la propriété basophile des hématies diabétiques a été retrouvée par un certain nombre d'auteurs.
Bremer la met en évidence par la méthode suivante :
On prépare une solution aqueuse saturée d'éosine et une solution aqueuse saturée de lileu de méthylène. Ces deux solutions sont mélangées en proportion telle que le papier blanc qu'on y plonge prenne une teinte intermédiaire entre le bleu et le rose.
11 se fait un précipité insoluble dans l'eau, qu'on lave, et qu'on dissout dans
l'alcool à 33". On ajoute à cette solution assez de bleu et d'éosine pour que les
hématies du sang normal se colorent en rose ou en violet et les hématies diabé-
tiques en vert. Bremer dit avoir ajouté d'éosine et ~ de bleu.
Le sang, fixé par' l'alcool éther ou par la chaleur, est soumis à l'action du réactif colorant pendant quatre à dix minutes. Les hématies normales se colorent en rose violet, les hématies diabétiques en vert.
Le GofT- a légèrement modifié la méthode :
On fait une solution aqueuse saturée d'éosine, une solution aqueuse saturée de bleu de méthylène. On mélange les solutions de sorte que les quantités d'éosine et de bleu mises en présence soient proportionnelles au poids moléculaire de ces deux corps. Le précipité qui se forme est lavé, puis séché.
On prépare ensuite une solution alcoolique saturée de cette combinaison en dissolvant 5 centigrammes dans î^O à 25 grammes d'alcool à 30°. On filtre, on a un réactif qui se conserve indéfiniment.
Les lames de sang, fixées par la chaleur, sont colorées pendant quelques minutes dans le mélange, puis lavées à l'eau distillée et séchées.
1 Bremek, Cenlralblalt. f. mecl. Wissensch., 1894, n" -49.
2 Le Goff. Thèse de Paris, 1897.
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Les hématies de sang normal prennent une teinte qui varie du rose violacé clair au marron foncé; celles du sang diabétique ont une teinte vert pâle, jaunâtre, ou sont incolores.
Pour accentuer la différence de teintes, on peut encore ajouter de l'éosine et du bleu à la solution. On prépare une solution saturée de la combinaison éosinebleu en dissolvant 48 centigrammes dans 20 à 25 grammes d'alcool à 30°. On filtre. On dissout, d'autre part, 4 milligrammes d'éosine dans 5 grammes d'alcool et 8 milligrammes de bleu dans le même poids d'alcool à 30°; on mélange. Le réactif doit être préparé au moment où l'on veut s'en servir.
Dans ces conditions, la différence de coloration des hématies normales et diabétiques est si nette qu'on la voit à l'œil nu : les hématies normales sont rose-violacé, les hématies diabétiques sont d'un vert éclatant.
Le Goff a montré expérimentalement que la modification de réaction colorante était bien due à la présence de glycose en excès dans le sang : le mélange d'une goutte de solution aqueuse de glycose à 1 °/o avec 20 miUimètres cubes d'une solution saturée d'oxyhémoglobine empêche I hémoglobine étalée et fixée sur une lame de se colorer par l'éosine, le rouge congo ou le bleu de méthylène.
Cette réaction de Bremer-Le Goff' est très difficile à constater ; elle ne s'obtient qu'avec certaines matières colorantes mélangées dans des proportions très particulières. Elle ne représente d'ailleurs qu'une curiosité histologique et est dépourvue de toute utilité pratique.
Williamson ' a indiqué une réaction qui permettrait aussi de reconnaître le sang diabétique :
On prend un tube à essai étroit et bien nettoyé, et on verse au fond 40 millimètres cubes d'eau distillée. On y fait tomber ensuite 20 millimètres cubes de sang, puis 1 centimètre cube d'une solution de bleu de méthylène à 1 p. 6,000 et 40 millimètres cubes de solution de potasse. On agite et on obtient un liquide bleu foncé; si le sang est normal, la coloration persiste ; si le sang est celui d'un diabétique, la coloration a disparu en quatre minutes.
Le GofP a essayé, par ce procédé, de doser le glycose dans l'urine et dans le sang des diabétiques.
2° Granulations BAsopmLEs. — Dans certains cas, en particulier dans l'intoxication saturnine, le protoplasma des hématies se charge
i Williamson. Brit. med. Journal, 19 septembre 1896.
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de granulations basophiles. Sur les préparations fixées par l'alcool absolu, les vapeurs d'acide osmique, la chaleur, l'acide chromique, etc., et colorées par le bleu de méthylène, la thionine, ou le bleu polychrome de Unna, on voit se dessiner des granulations bleues ou violacées qui se distinguent par leur coloration plus intense du protoplasma de l'hématie teinté en bleu vert par la thionine, ou en bleu gris par le bleu polychrome. Ces granulations sont très petites et disséminées dans la cellule comme vm fin sablé ; plus abondantes souvent au niveau des bords de l'hématie, oii elles dessinent une sorte de couronne. Elles sont parfois d'inégale grosseur ; enfin, elles peuvent être assez volumineuses et, dans ce cas, peu nombreuses, même unique. Il est des cas oii la distinction est difficile avec une hématie nucléée.
La présence des granulations basophiles peut coïncider avec la dégénérescence polychromatophile ou avec la vacuolisation des hématies.
Cette altération a éf^é signalée pour la première fois par V. Noorden ' . On la considère généralement comme due à une altération du protoplasma des hématies dont les réactions chromatiques se modifient.
Schwalbe et SoUey - pensent que les granulations basophiles sont dues aux altérations de l'hémoglobine qui se dissout et laisse apercevoir le réseau protoplasmique basophile de l'hématie.
Sabrazès, se basant sur leur coïncidence avec la présence d'hématies nucléées dans le sang, et sur l'existence de termes de transition entre ces hématies à granulations basophiles et les globules rouges nucléés, pensent quelles représentent des hématies nucléées en train de se transformer en hématies adultes, par destruction du noyau ; ce seraient des hématies inachevées, passées trop tôt dans la circulation sanguine, et témoignant d'un processus de réparation sanguine à la fois trop rapide et imparfait. Schmidt^ a émis une opinion analogue et a essayé de prouver expérimentalement que les hématies granuleuses apparaissent dans le sang en même temps que les hématies nucléées, au moment où débute la régénération sanguine.
Pour Slengel, \\ hite et Pepper \ il s'agit bien d'une dégénéres-
» V. NoouDEN. Charité Annalen, 1892, p. 202.
2 Schwalbe et Solley. 4/'c/t. f. palh. AnaL, 1902, Bd. CLXVIII, Hft. 3.
3 ScHMiDT. Deut. med. Woch., 30 03t. 1902.
4 Stengel, White et Pepper. Amer. Journ. of Ihe med. Sciences, 1902, p. 873. Bd. CLXVIII, Hft. 3,
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cence qui n'a rien à faire avec la dissolution du noyau des hématies ; on voit en effet les granulations dans des hématies à noyau non altéré ; on les voit même dans des hématies en karyokinèse, ce qui ne pourrait s'expliquer si elles provenaient de la -destruction du noyau ; leur apparition précoce dans le sang périphérique, après une intoxication par le plomb chez un animal, indique un phénomène de dégénération et non de régénération hématique.
On observe ces hématies à granulations basophiles dans les anémies pernicieuses progressives, dans l'anémie grave botriocéphalique, dans quelques cas de cachexie cancéreuse avancée, dans le paludisme, dans l'intoxication cuprique (Sabrazès), et surtout dans le saturnisme. Behrend, Bloch, Moritz ^ ont montré la présence presque constante d'hématies à granulations basophiles chez les saturnins. Grawitz - a montré qu'elles apparaissent souvent avant tout autre symptôme d'intoxication par le plomb, que leur nombre est en rapport avec le degré d'intoxication, qu'elles disparaissent quand l'intoxication cesse. Sabrazès, Bourret et Léger ^' ont obtenu leur apparition dans le sang des cobayes intoxiqués par le plomb, et ont insisté sur leur constance dans le sang des saturnins, opposée à leur rareté chez les paludéens, les cancéreux, ce qui leur donne une valeur quasi spécifique et une certaine importance diagnostique.
Elles ne sont pourtant pas absolument constantes dans le sang des saturnins. Sur quatre cas où nous les avons recherchées, nous les avons trouvées trois fois, chez des saturnins profondément anémiés ; elles coïncidaient avec un basophilie marquée du protoplasma de quelques hématies, et avec des déformations globulaires accentuées.
Ehrlich leur accorde une valeur pronostique : le nombre des hématies à granulations basophiles étant en rapport avec la gravité de l'anémie.
Par contre, Litten*, Strauss les considèrent comme assez banales et leur refusent toute valeur diagnostique ou pronostique.
De la formation des granulations basophiles, il faut rapprocher
» MoHiïz. Deut. med. Woch., 1901, n» .'i, p. 68. 2 Ghawitz et Hamel. Deul . Arch. f. klin. Med., 1900, p. 3o7. Sabhazks, Bouhuet et Lkoeu. Les hématies à granulations basophiles dans le saturnisme expérimental et clinique, journal de physiologie et de palholoiiie f/éne'rale, i.i nov. 1900. ^ Ln-TEN. Deut. med. Woch., 1899, p. TH.
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un mode cF altération des globules rouges qui a été signalé par Heinz après racLion des poisons chimiques du sang (aniline, tolyulènediamine , amidopliénol , amidobenzol , nitrite de sodium , phénylhydrazine, etc.). En mêm'e temps que l'anémie, on voit apparaître dans les globules rouges des animaux intoxiqués de petites granulations arrondies ou ovales, uniques ou multiples, pouvant être expulsées de l'hématie. Ces granulations se distinguent grâce à leur réfringence sur des préparations de sang frais examiné entre lame et lamelle. On les voit encore mieux si on fait tomber la goutte de sang frais dans du sérum artificiel coloré par le violet de méthyle : elles prennent alors fortementle violet et se distinguent du protoplasma jaune de l'hématie.
Heinz - a constaté par ce procédé que les poisons du sang, injectés dans la circulation, passent de la mère au fœtus et produisent les mêmes altérations du sang chez le fœtus.
Huber % Ehrlich et Lindenthal * ont observé des altérations analogues dans des cas d'intoxication chez l'homme.
Par contre, Hirsch et Edel ^, Lewin disent n'avoir pas renconlré les mêmes altérations dans des intoxications par les poisons du sang. Ces résultats négatifs tiendraient, suivant Heinz, à ce que les granulations basophiles sont très difficiles à voir et ne s'aperçoivent bien que si l'on suit la technique indiquée par lui (examen du sangfrais dans du sérum artificiel coloré par le violet).
3° Granulations AcmopuiLES ; Corps internes hémoglobinémiques. — Au cours des intoxications graves, produites par les poisons spéciaux du sang, la phénilhydrazine par exemple, on voit encore se produire, à l'intérieur des hématies, de petits corps arrondis, nucléiformes, fixant les couleurs plus fortement que le reste du proloplasma ; ces corpuscules uniques ou multiples se réunissent, grossissent et finissent souvent par être expulsés de l'hématie. Au fur et à mesure qu'ils grossissent, l'hématie se décolore. Elirlich les considère comme dus à une modification de l'hézuoglobine et leur donne le nom de corps internes hémoglobinémiques.
1-2 Heinz. Arch. f. path. Anat., Bd. CLXVJII, Hft. 3; — Virchow's Arckiv. Bd. 122, p. 112. 3 Huber. Virchow's Archiv., Bd. ■126, p. 241.
* Eiiuijcii et Lindenthal. Zeit. f. kliii. Medicin., Bd. XXX, p. 427.
Iliiiscii et Edel. Berlin, klin. Vvoch., n» 41, 1895. 6 Lewin. Arch.f. experim. l'hanna/coL, Bd. XXXV, p. 400.