CHAPITRE III ALCALINITÉ DU SANG
Le sang fait virer comme un alcali plus ou moins fort les indicateurs colorés usuels (tournesol, phtaléine du phénol, méthylorange, etc.) ^
Cette réaction n'est pas due aux bicarbonates alcalins du sang comme on Tavait cru (Kraus), mais bien plutôt à ses phosphates monoacides alcalins et alcalino-terreux qui font virer au bleu le tournesol.
Si on met le sang en présence d'un excès d'acide fort, sa propriété d'influer sur les indicateurs colorés comme un alcali faible peut être annihilée. Il semble donc qu'on puisse mesurer par ce moyen la valeur de l'alcalinité du sang. Mais, il ne s'agit pas là d'une véritable saturation ; la nature des réactions chimiques qui se passent nous échappe à peu près complètement, et le phénomène ne possède ni lois connues ni limites précises. On est étonné en effet de voir que l'alcalinité du sang, liquide qui présente dans les conditions physiologiques une composition remarquablement constante, ait été appréciée aussi différemment par les divers expérimentateurs.
Une des causes qui contribuent à enlever toute rigueur à la mesure de la réaction du sang a été indiquée par A. Lumière, L. Lumière et Barbier. Ces auteurs ont montré l'influence que peut avoir sur la limite de la saturation par un acide la présence dans le sang des albuminoïdes dissous et de l'urée, substances douées de propriétés réellement basiques, sans influence cependant sur les indicateurs colorés, et qui par suite absorbent, sans contrôle, une quantité d'acide variable.
En réalité, au point de vue de ses fonctions chimiques, comme l'avaient déjà fait remarquer Setschenow, R. Maly et Lambling, le
1 Maucel Labbé. Les variations de. l'alcalinité du sang. Presse médicale, 18 octobre 1902.
ALCALINITK DU SANG.
sang est acide à cause des sels acides, probablement des phospbates mono et biacides qu'il contient.
Pour comprendre ce fait, en apparence paradoxal, il faut savoir qu'au point de vue chimique, alcalinité au tournesol et fonction basique ne concordent pas toujours : une liqueur peut influencer comme un alcalin les indicateurs colorés, et pourtant être acide en réalité. Tel est le cas du sang. Il contient des sels instables mono ou biacides qui agissent sur les indicateurs colorés comme des alcalis faibles et qui ont cependant des fonctions acides puisqu'ils peuvent passer à l'état de sels neutres si on les met en présence d'une quantité suffisante d'un alcali vrai (potasse ou soude caustique).
Il serait donc plus exact de mesurer l'acidité vraie du sang; malheureusement on ne connaît pas jusqu'à présent de méthode d'indication colorée, ne réagissant pas sous l'influence des sels neutres comme les carbonates et les phosphates, et ne virant précisément qu'à l'apparition d'vm excès d'alcali ; ce qui rend impossible l'institution d'une méthode pratique de mesure.
Cependant l'étude de l'alcalinité du sang, telle qu'elle a été pratiquée jusqu'à maintenant, bien qu'elle soulève de nombreuses et justes critiques au point de vue chimique, présente un véritable intérêt biologicjue, venant de ce que la plupart des expériences ont été faites dans les mêmes conditions ou dans des conditions très analogues, et que, par suite, sans connaître la loi qui peut présider à la saturation d'une liqueur aussi complexe que le sang, leurs résultats restent dans une certaine mesure comparables entre eux.
L'appréciation du degré d'alcalinité pour un cas donné, variant dans des proportions considérables, selon la technique employée, n'a d'intérêt qu'en tant qu'elle sert de base pour des recherches comparatives. Il importe peu de connaître le chiffre qui mesure l'alcalinité du sang dans un cas donné ; ce qui est intéressant, c'est d'observer les variations en plus ou en moins de cette alcalinité au cours d'un état pathologique et de constater les rapports qui existent entre les variations de l'alcalinité du sang et l'évolution des maladies. Les modifications qualitatives de l'alcalinité du sang dans les cas pathologiques paraissent se faire dans le même sens pour un même groupe d'afïections, ce qui permet d'établir quelques lois biologiques.
ALCALINITÉ DÛ SANti.
§ I". — Technique.
Pour faire la recherche qualitative de FalcaHiiilé cki sang, il suffît de faire tomber sur une feuille de papier de tournesol neutre, glacé et sensibilisé sur une seule face (dit papier des confiseurs) une goutte de sang, et de l'essuyer après quelques secondes avec un linge humide ; le papier prend au niveau de la goutte de sang une teinte bleue plus ou moins marquée. Malheureusement, le procédé n'est pas assez sensible pour apprécier les variations de l'alcalinité du sang qui oscille dans d'étroites limites.
Il faut donc recourir à une étude quantitative. Nous sommes en présence d'une multitude de méthodes de dosage, chaque auteur préconisant la sienne ; nous venons de voir qu'il y a des raisons générales qui viennent infirmer la valeur absolue de chacune de ces méthodes ; aussi exposerons-nous seulement les plus simples et celles qui ont paru donner les résultats les plus intéressants, sans revenir à nouveau sur la critique de chacune d'elles.
Toutes les méthodes reposent sur un même principe : saturer l'alcalinité apparente du sang par une solution • acide tilrée, et, d'après la quantité d'acide employée, calculer la valeur de cette alcalinité.
La nature de l'acide employé pour saturer l'alcalinité du sang varie avec chaque expérimentateur ; on a utilisé : l'acide phosphorique (Zuntz), l'acide tartriqvie (Lassar, Lépine, Landois, Lœwy), l'acide oxalique (Lépine, Drouin), l'acide acétique (Lépine etMartz), l'acide sulfurique (Rigler), l'acide chlorhydrique (Lumière).
Le dispositif choisi pour faire le mélange du sang et de l'acide est différent pour chaque auteur.
La quantité de sang nécessaire au titrage varie de quelques gouttes à plusieurs centimètres cubes ; beaucoup de sang rend le procédé plus rigoureux, mais plus difficile à appliquer dans les conditions de la pratique ordinaire.
On se sert ordinairement du sang total ; mais nous ne voyons pas pourquoi on ne doserait pas plutôt l'alcalinité du sérum, puisque c'est surtout aux sels alcalins de celui-ci qu'est due la réaction du
TECHNIQUE
sang ; l'emploi du sérum à la place du sang facilite singulièrement l'opération ; aussi avons-nous imaginé une méthode pour le dosage de l'alcalinité du sérum qui pourra sans doute donner des résultats intéressants, quoique peut-êlre ditîérejits de ceux que l'on obtient par les autres méthodes.
Le choix du réactif coloré indicateur de la réaction a une grande importance. Le tournesol est le plus souvent employé, à l'état de teinture ou de papier coloré ; malheureusement, le virage de la solution est lent et difficile à apprécier ; le papier glacé sur une face est préférable. La phénolphtaléine ne peut être choisie à cause de sa couleur qni se confond avec celle du sang dilué, et de sa sensibilité à l'acide carbonique du sang et de l'air. L'acide rosolique ou coralline jaune présente les mêmes inconvénients à un plus faible degré. La méthode iodométrique offrirait, d'après A. Lumière, L. Lumière et Barbier, une sensibilité bien supérieure à toutes les autres.
De toutes les méthodes préconisées, nous ne retiendrons que celles de Rigler, de Lumière et de Drouin.
1° Le Procédé de Rigler est une simple modification d'une méthode indiquée antérieurement par Fodor.
Rigler ' verse une certaine quantité de sang dans un flacon contenant 10 centimètres cubes d'alcool absolu. Le mélange de l'alcool au sang ne modifie pas son alcalinité. La tare du flacon avant et après l'addition du sang donne exactement le poids de sang ajouté. Dans l'alcool absolu, le sang coagule; on le laisse reposer une demi-heure, puis on verse 10 cent, cubes d'eau distillée; on agite et on laisse encore reposer une demi-heure. Dans ces conditions, le sang communique à l'alcool dilué une réaction alcaline.
On verse alors goutte à goutte, avec une burette de Mohr, une solution d'acide sulfurique titrée à 50 pour 1000 ; après chaque goutte, on essaie la réaction avec du papier de tournesol laqué rouge; lorsque le papier ne bleuit plus, c'est que la solution alcoolique est neutralisée.
Il est facile, d'après la quantité de solution acide employée, de déduire la valeur de l'alcalinité du sang essayé.
2° Dans le Procédé de Lumière -, basé sur l'iodométrie, on prépare les solutions suivantes :
1 Rigler. Das Schwanken der Alkalinitat des Gesamnitblutes und des Blutserums bei verschiedenen gesunden und kranken Zustandcn. Ceniralhlalt fur Dakteriologie, 1901, 13 Décembre, T. XXX, n» 22.
2 A. Lumière, L. Lumière et Barbier. Titrage de l'alcalinité du sang. Archives de médecine expérimentale 1901, Novembre.
ALCALINITÉ DU SANG
A. lodure de potassium 30 grammes.
lodate de potassium 13 —
Eau oOO —
B. IICI à 1/8 normal (2 gr. 92 par litre).