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QUANTITÉ D HEMOGLOBINE DANS LES ETATS PHYSIOLOGIQUES

Chez les myxœdémateux, ^ la quantité d'oxyhémoglobine est abaissée, et cet abaissement persiste longtemps au cours de la convalescence. Il en est de même chez les animaux à qui l'on a extirpé le corps thyroïde ; l'hémoglobine atteint son minimum au moment des accès convulsifs ; cet abaissement ne correspond pas à une diminution du nombre de globules rouges.

Chez les cardiaques atteints de cyanose chronique, dans la cyanose congénitale, la quantité de l'hémoglobine s'élève au-dessus de la normale, mais cette augmentation porte principalement sur l'hémoglobine réduite ^.

Variations thérapeutiques. — Les agents thérapeutiques ont une action différente sur la teneur du sang en hémoglobine :

Fig. CO. — Diarrhée, Gurrisoii. Injections de sérum (Le trait plein représente l'iiémoglobine ; le trait ponctué le poids ; la barre verticale la cessation des injections de sérum).

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1" Les uns augmentent la quantité d'oxyhémoglobine. Tels sont : le repos au grand air ou l'exercice modéré, les frictions, l'hydro-

1 Masoin. Soc. de biologie., 2 février et 23 mars 1895. M. Labbé, Soc. de biolor/ie, 24 janvier 1903,

l'hémoglobine.

thérapie, réleclrothérapie, les inlialaiions d'air comprimé ou ozonisé (D. Labbé, Derecq, Lagrange, Porge), les cures hydrominérales en particulier à Salies de Béarn (Hénocque, Lejard), à la Bourboule (Lafon), les cures d'eaux sulfureuses (M. Faure^, M. Labbé-), le fer, la strychnine, etc.

2° Les autres abaissent la quantité d'oxjhémoglobine. Ainsi agissent les an ti thermiques, l'antipyrine, l'acétanilide, les nitrites, etc. ; chez des épileptiques, l'acétanilide a produit nn abaissement de 12 à 8,5 "/o, cle M à 8 °/o (Hénocque). Ces substances ont une action spécifique sur le sang : outre le cas où leur administration à haute dose produit un véritable empoisonnement avec hémoglobinémie et hémogiobinurie, leur emploi à doses modérées, mais prolongées, détermine un abaissement de la quantité d'oxyhémoglobine. L'iodure de potassium n'abaisse que très lentement et faiblement la quantité d'hémoglobine.

Les injections sous-cutanées de sérum artificiel, surtout lorsqu'elles sont prolongées, chez les nourrissons, au delà d'une vingtaine de jours, amènent aussi une diminution progressive de la quantité d'oxjhémoglobine qui peut tomber à 8 ou 9 p. 100, bien que l'état général de l'enfant s'améliore et que son poids augmente (M. Labbé)

Valeur pronostique. — On a cherché à tirer de l'étude de la quantité d'hémoglobine dans le sang des malades atteints d'une affection chirurgicale, des indications ou des contre-indications opératoires.

Mikulicz pense qu'il est dangereux d'opérer des malades ayant une quantité d'hémoglobine inférieure à 30 p. 100. Da Costa et Kalteyer, Hamillon et Fisch recommandent l'examen avant toute anesthésie générale, déconseillant l'opération lorsque le taux de l'hémoglobine est au-dessous de 50 p. 100; ou tout au moins ils préfèrent alors une anesthésie locale. Bloodgood, Cabot conseillent de renoncer à toute anesthésie générale prolongée quand l'hémoglobine est au-dessous de 40 ou 50 p 100.

1 F.vuRE. Médecinr moderne, 19 avril 1899.

* M. Labbé. In Compte rendu du Voyage aux eaii.r minérales de 1903 du Landouzy, 3 M. Labbk. Revue de médecine, 10 décembre 1900,

ANALYSE QUALITATIVE DE LA MATIÈRE COLORANTE DU SANG

Cependanl celte règle n'est pas absolue ; tout malade opéré avec moins de 40 p. 100 d'hémoglobine n'est pas co*ndamné ; Da Costa et Kalteyer eux-mêmes ont vu une heureuse issue dans des cas oii l'hémoglobine était à 30 p. 100 et même à 21 p. 100; Silhol, dans un cas où l'hémoglobine était au-dessous de 20 p. 100. Herrick a opéré avec succès des hémorroïdaires dont le taux de l'hémoglobine était tombé à 18 p. 100.

En tous cas, il faut, chez les anémiques, se méfier de l'anesthésie générale et, s'il est possible, remonter avant l'opération, par un traitement médical, le taux de l'hémoglobine.

§ VI.— Analyse qualitative de la matière colorante du sang-.

Les globules rouges contiennent, à l'état normal, une matière colorante, l'hémoglobine qui, par suite de la respiration pulmonaire, s'est chargée d'oxygène et se trouve à l'état d'oxyhémoglobine. Cette substance, au contact des tissus, perd une partie de son oxygène pour se transformer en hémoglobine réduite ; l'action sur le sang des agents réducteurs, tels que le sulfure d'ammonium, permet d'assister à la transformation de l'hémoglobine oxygénée en hémoglobine réduite.

L'hémoglobine peut encore se transformer en méthémoglobine, en hématine : ces dérivés n'existent pas dans le sang normal et ne se produisent que dans certains cas pathologiques.

Technique. — La méthode spectroscopique permet de reconnaître l'état chimique de la matière colorante du sang, l'oxyhémoglobine et ses dérivés ayant chacun leur spectre caractéristique.

L'étude qualitative de l'hémoglobine peut être faite sur le sangpur ou sur le sang dilué.

i" Le sang pur est recueilli dans l'hématoscope ou dans une cuve de verre quelconque ; comme il est généralement nécessaire, pour caractériser la matière colorante, de faire subir au sang des réactions chimiques^ il est préférable de se servir, non de cuves, mais de verres de montre dans lesquels on dépose le sang à étudier.

l'hémoglobine.

Ces verres de montre ne ponvant être interposés directement entre le spectroscope et la lumière du jour, on a recours au procédé suivant qui permet d'utiliser la lumière réfléchie : Une glace est disposée sur la table où l'on opère, devant la fenêtre, de sorte qu'elle soit inclinée à 20° environ et que la lumière du jour se reflétant sur elle, soit renvoyée vers l'œil de l'observateur ; elle joue le rôle du miroir d'un microscope.

"SÏ^S^ Fig. 02."— Spectroscope avec cuve.

Quelques gouttes de sang sont versées dans une série de verres de montre à fond plat, posés sur la glace, de façon qu'on puisse examiner par transparence avec le spectroscope le sang contenu dans ces verres.

2° Le sang, dilué dans de l'eau distillée, est examiné dans un tube ou dans une cuve prismatique avec le spectroscope ; on fait les réactions chimiques en ajoutant à la solution des agents réducteurs ou des acides, etc.

ÉTUDE DES DÉRIVÉS DE l'hÉMOGLOBINE.

Oxyhémoglobine. — Le spectre de l'oxyhémoglobine est, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, caractérisé par deux bandes d'absorption, situées l'une à droite de D, l'autre à gauche de K. Soret a décrit, en outre, dans le violet, une troisième bande que d'Arsonval a également retrouvée.

Hémoglobine réduite. — Le spectre de V hémoglobine réduite est caractérisé par une bande unique, large, un peu diffuse, plus foncée au centre qu'aux bords, située entre les raies D et E, dépassant un peu D vers la gauche, plus ou moins large suivant la proportion de cette substance dans le sang ; le centre de la bande correspond à la division 560 du spectre.

ANALYSE QUALITATIVE DE LA MATIÈRE COLORANTE DU SANG

L'analyse y«a/;7t7^ire de l'hémoglobine réduite est très simple. Il est même possible de reconnaître l'association de l'hémoglobine réduite à l'oxyhémoglobine : le sang examiné dans l'hématoscope présente alors les deux bandes de l'oxyhémoglobine séparées, par un espace sombre, au lieu d'être séparées par une plage verte franchement colorée.

L'analyse quantitative précise de cette substance n'a guère été faite que par la spectrophoLométrie (Hûfner').

Il est parfois intéressant de rechercher la proportion d'oxyhémoglobine et d'hémoglobine réduite contenue dans le sang. Pour cela, on dose d'abord l'oxyhémoglobine du sang avec l'hématospectroscope. Puis on réoxygène le sang, par agitation à l'air dans un tube de verre, au fond duquel est une parcelle de fluorure de sodium ou d'extrait de sangsue pour empêcher la coagulation; toute l'hémoglobine réduite est ainsi transformée en oxyliémogiobine. On dose alors de nouveau l'oxyhémoglobine; la ditférence entre les deux dosages donne la proportion d'hémoglobine réduite contenue dans le sang (Hénocque).

Hénocque a cherché ainsi la proportion d'hémoglobine réduite dans le sang des cardiaques atteints de cyanose chronic[ue.

Marcel Labbé a étudié d'une façon systématique la proportion d'oxyhémoglobine et d'hémoglobine réduite dans le sang obtenu par piqûre du doigt :

A l'état normal, la proportion d'hémoglobine réduite dans le sang du doigt varie de 0,5 à 1 p. 100.

Chez les sujets atteints de cardiopathie compensée, elle est en moyenne de 1 p. 100 ; après un effort, elle s'élève à 1,5 ou 2 p, 100.

Chez les asystoliques avec cyanose et dyspnée, elle est de 2 à 3,5 p. 100, quelquefois même elle atteint 7 ou 8 p. JOO.

Dans la dyspnée des artérioscléreux et la dyspnée urémique, même intense, la proportion d'hémoglobine réduite n'est jamais aussi considérable ; elle atteint en moyenne 2 p. 100.

Chez les sujets atteints d'affection congénitale du cœur avec cyanose, elle est toujours élevée (en moyenne 3 à 4 p. 100) ; après un effort, elle augmente considérablement et peut atteindre 10 p, 100.

1 HOFNEit. Arch. /■. Physiologie, 1900, 39-48,

l'hémoglobine.

Chez deux addisoniens, Tscliirkoff ^ a étudié, par la méthode spectrophotométrique de Glan, la proportion d'hémoglobine oxygénée et réduite du sang : il trouva à une période avancée de la maladie plus d'hémoglo])ine réduite qu'à l'état normal, et même à certains moments plus d'hémoglobine réduite que d'oxyhémoglobine. Pendant les améliorations, l'oxyhémoglobine augmenta, tandis que l'hémoglobine réduite diminuait. Il trouva aussi de la métliémoglobine dans le sang -.

Même dans les états asphyxiqnes très prononcés, l'hémoglobine n'est pas complètement réduite, et le sang contient toujours une certaine proportion d'oxyhémoglobine. StroganofF, Hénocque, en observant avec le spectroscope le sang des veines jugulaires de lapins asphyxiés lentement, ont constaté que, jusqu'à la dernière contraction cardiaque, il y a encore de l'oxyhémoglobine dans les veines.

Lorsque le sang extrait des vaisseaux d'un animal ne renferme que de l'hémoglobine réduite, la mort est certaine et définitive (Mac Munn, Hénocque). La spectroscopie donne donc un signe de la mort de la plus haute importance, d'une simplicité extrême, et dont les applications seront multipliées. La léthargie pourra être distinguée de la mort par ce procédé. Dans les cas de mort apparente, chez les noyés, les asphyxiés, les gens empoisonnés par des stupéfiants, il faut continuer l'intervention médicatrice (respiration artificielle, tractions rythmées de la langue, etc.j, tant qu'on trouve encore des traces d'oxyhémoglobine dans le sang des capillaires ; quand la réduction est totale, la mort est certaine, tout effort peut être cessé.

La réduction de l'hémoglobine au moment de la mort se fait instantanément dans tout l'organisme. Hénocque a montré que si on tue un animal par un coup sur le bulbe, et qu'on examine aussitôt le sang du cœur et des muscles^ l'hémoglobine y apparaît complètetement réduite. Le mécanisme intime de cette réduction nous échappe ; elle se fait sans doute par l'intermédiaire du système nerveux ; l'expérience suivante paraît le prouver : si on sectionne le

1 TscHiRKOFF. Zeitsch. f. klin. Med., t. XIX, suppl. p. 8,

2 Marcel Labbé. La proportion de l'hémoglobine réduite dans le sang à l'état normal et chez les cardiaques. Soc. de biologie, 24 janvier 1903.

ANALYSE QUALITATIVE DE LA MATIÈRE COLORANTE DU SANG

sciatique d'un cobaye et qu'on tue ensuite cet animal par choc bulbaire, on trouve, aussitôt après la mort, l'hémoglobine complètement réduite dans tout le corps, sauf dans le membre dont le sciatique a été coupé (Hénocque).

De ce que la réduction complète de l'hémoglobine indique la mort définitive, il n'en faudrait pas conclure pourtant que l'iiémoglobine est toujours réduite après la mort. En effet, il est démontré que dans la mort subite par syncope, dans la mort par arrêt des échanges, telle qu'on l'observe chez les foudroyés, chez quelques noyés, après les traumatismes du bulbe, et au cours de l'anesthésie chloroformiqiie, le sang contient encore de l'oxyhémoglobine, même à l'intérieur des veines caves et du cœur droit. Ce sont d'ailleurs là des cas exceptionnels.

Méthémoglobine. — La méthémoglobine a été découverte par Hoppe Seyler. C'est un dérivé oxygéné de l'hémoglobine qui se distingue de l'oxyhémoglobine par une proportion plus faible d'oxygène (Hoppe Seyler) et surtout par sa stabilité ; il est incapable de passer à l'état d'oxyhémoglobine en présence de l'air, ou de céder son oxygène dans le vide.

La méthémoglobine s'obtient en faisant agir sur une solution d'oxyhémoglobine eu d'hémoglobine réduite, en solution neutre on faiblement alcaline, des substances oxydantes.

Iliïfner, Otto, etc., l'ont préparée à l'état cristallin. Elle a une coloration brunâtre ; ses solutions aqueuses sont légèrement acides.

Le spectre de la méthémoglobine est caractérisé par trois bandes : deux entre D et E occupent dans le jaune et le jaune vert, la place des bandes de l'oxyhémoglobine ; elles sont seulement un peu plus étroites que celles-ci et ne touchent pas à D ni à E ; la troisième, la plus caractéristique, est située dans le rouge, entre G et D ; son épaisseur varie avec la quantité de méthémoglobine. Suivant Hoppe Seyler, ce spectre n'est pas exclusivement celui de la méthémoglobine ; il a des caractères mixtes qu'il doit à un mélange d'oxyhémoglobine et de méthémoglobine.

Si on traite la méthémoglobine par une solution de potasse, on voit apparaître le spectre de la méthémoglobine en solution alcaline,

l'hémoglobine.

distinct du premier : la Lande dans le rouge s'efface ; une bande pâle et étroite apparaît avant D ; deux autres plus marquées, analogues à celles de l'oxyhémoglobine, apparaissent entre D etE.

On ne connaît pas de procédé de dosage pratique de la métliémoglobine ; cependant Lambling * est arrivé à doser cette substance à l'aide du spectrophotomètre. La présence de la méthémoglobine est très difficile à déceler quand cette substance ne se trouve dans le sang qu'en faible quantité ; Hayem a montré qu'il fallait, pour l'apercevoir, qu'il y eut au moins 5 p. 100 de la matière colorante transformée en méthémoglobine.

La mélhémoglobine se produit spontanément après un temps variable dans le sang aseptique abandonné à l'air ; on la trouve aussi dans certains liquides hématiques (hjdrocèles, kystes, urines hématuriques, etc.).

La transformation de l'oxyliémoglobine en méthémoglobine se produit dans le sang au cours de certains empoisonnements, de sorte que l'étude spectroscopique du sang pendant la vie ou après la mort fournit un procédé médico-légal pour la recherche des intoxications ; malheureusement, la nécessité de la transformation d'une grande partie de la matière colorante du sang pour obtenir le spectre de la méthémoglobine, la fugacité de la formation de méthémoglobine au cours de certaines intoxications, enlèvent beaucoup de valeur à ce procédé.

Llayem distingue deux variétés de poisons méthémoglobinisants : 1° Ceux qui agissent directement sur l'hémoglobine sans détruire les globules rouges. Ce sont ; le nitrite d'amyle ou les vapeurs nitreuses en inhalation (ouvriers employés à la fabrication de l'acide sulfurique) ; l'acétanilide, la kairine, absorbés par injection souscutanée ou par voie stomacale.

2° Les poisons à action complexe, qui détruisent les globules rouges, amènent la dissolution de l'hémoglobine dans le sérum et sa transformation en méthémoglobine. Tels sont : l'acide pyrogallique, l'acide osmique, le nitrite de sodium, l'acétanilide, le permanganate de potasse, l'acide chromique ; les ferricyanures n'agissent que sur

1 Lambling. Arch . de physiologie^ 1888, n»

Analysé qualitative bE la matière coLouaNte dK sang.

riiémoglobine dissoute ; les chlorates de potasse et de soude en produisent de méthémogiobine qu'après un contact prolongé ; la nitrobenzine, l'hydrogène arsénié transforment l'hémoglobine à la fois en méthémogiobine et en hématine acide.

Peut-être y a-t-il surtout là une question d'intensité de poisons : puisqu'un même poison, le nitrite de sodium par exemple, à faible dose donne de la méthémogiobine, et à haute dose détruit en outre les globules rouges. Le nitrite d'amyle ne produit pas de dissolution globulaire comme le nitrite de sodium, probablement à cause de sa volatilité qui permet une élimination rapide.

Cependant, cette distinction est très intéressante au point de vue clinique.

Dans la première catégorie d'intoxications, l'hémoglobine globulaire est seule atteinte et sa transformation en méthémogloljine est toujours incomplète. La méthémogiobine formée s'élimine rapidement el le sang reprend ses caractères normaux. Hayem a montré que l'hémoglobine globulaire possède la propriété de réduire la méthémogiobine formée pour reproduire de l'hémoglobine. Par suite, ces intoxications sont curables et ne s'accompagnent pas d'anémie.

Dans la seconde catégorie d'intoxications, il se fait une destruction globulaire, une dissolution de l'hémoglobine dans le plasma et une transformation en méthémogiobine de l'hémoglobine globulaire et extra-globulaire. Il se produit, par suite, de l'anémie et de la méthémoglobinurie.

Ces phénomènes sont toujours précédés, en clinique, par de la cyanose, ce qui s'explique par le fait que les toxiques réduisent d'abord l'oxyhémoglobine avant de la transformer en méthémogiobine. Ce passage par l'hémoglobine réduite avant d'arriver à la méthémogiobine est d'ailleurs assez constant. Kowalewsky l'a noté dans l'action de l'alloxanthine sur le sang ; nous l'avons aussi observé dans l'action des microbes sur le sang.

M. Labbé ' a étudié les transformations que subit l'hémoglobine du sang sous l'influence des bactéries. En cultivant des microbres

1 M. Labbé. Action chimique des microbes sur le sang. .Soc. de ùiolotjie, 4 août 1900 et Archives de médecine expérimentale, mai 1903.

l'hémoglobine.

dans du sang défibriné, il a vu que : l°les uns transforment rapidement l'oxyhémoglobine en méthémoglobine qui persiste indéfiniment ; tel est le bacille diphtérique ; 2" les autres sont fortement réducteurs et transforment rapidement et complètement l'oxyhémoglobine en hémoglobine réduite ; en présence de l'air, celle-ci se réoxyde et donne de la méthémoglobine ou de l'hématine : tels sont le bacille d'Eberth, le colibacille, le proteus, le staphylocoque, etc. ; d'autres enfin réduisent moins complètement l'oxyhémoglobine et donnent plus rapidement de la méthémoglobine ; ce sont : la bactéridie charbonneuse, le tétragène, le bacillus subtilis, le succharomyces albicans.

Ces transformations successives de l'hémoglobine par les microbes sont probablement la cause des altérations du sang dans les maladies infectieuses graves (sang sepia, sang poisseux), et entrent peut-être pour une part dans le mécanisme de la mort au cours des septicémies.

L'hydrogène sulfuré est, suivant Robert, capable de se combiner avec la méthémoglobine, pour former une sulfométhémoglobine, qui présente une bande d'absorption dans le rouge, et par l'action du sulfure d'ammonium se transforme en hémochromogène. Ce composé se retrouve dans le sang des sujets tués par les émanations sulfhydricjues des fosses d'aisance ou des laboratoires.

L'acide cyanhydrique peut aussi former, suivant Robert, une méthémoglobine cyanée^.

Hématine. — Le spectre de V hématine est formé de cinq bandes, dont trois principales : une dans le rouge, assez foncée; deux autres entre D et E, la bande du milieu étant la plus pâle ; les autres bandes sont dans le bleu. Le spectre est souvent assez flou.

On conçoit que ce spectre soit assez difficile à distinguer de celui de la méthémoglobine. Aussi a-t-on recours aux réactions suivantes, effectuées à l'aide du sulfure d'ammonium en solution ou de l'acide sulfurique dilué : on fait tomber quelques gouttes de ces réactifs dans la solution de sang, ou une goutte dans le verre de montre au contact de la goutte de sang, de façon à suivre avec le spectroscope

1 Maluane. On Cyanniethenioglobin. Jourii. of physiology, XXV, 1900.

ANALYSE QUALITATIVE DË LA MATIERE COLORANTE DU SANG

la modification progressive qui se produit dans le sang sous l'action du réactif.

La méthémoglobine, traitée par le sulfure d'ammonium, se transforme en hémoglobine réduite. Traitée par l'acide sulfurique, elle donne de l'hématine.

L'hématine traitée par le sulfure d'ammonium se transforme en hémochfomogène ; traitée par l'acide sulfurique, elle donne de l'hématoporphyrine .

Ces deux dernières substances sont aussi reconnaissables à leur spectre.

\J hémochromogène est facile à reconnaître à l'existence : 1° d'une plage sombre, large, occupant l'espace situé entre D et E, comme la bande de l'hémoglobine réduite, au milieu de laquelle se dessine nettement une bande étroite et foncée, dont le centre correspond à la division 550 ; 2" d'une bande très pâle au niveau de E et Z).

l^'hématoporphyrine, en solution acide, possède un spectre généralement assez flou, formé de deux bandes : l'une étroite et peu colorée à gauche de D, l'autre occupant le tiers moyen de la plage entre D et E, sép:irées l'une de l'autre par un espace jaune presque aussi large que la première bande.

L'hématine se rencontre accidentellement dans les anciens foyers hémorragiques, dans les kystes, dans certaines tumeurs et plus souvent dans l'urine. L'action des microbes cultivant dans le sang peut lui donner naissance.

Hémoglobine oxycarbonée. — L'hémoglobine oxycarbonée (combinaison de l'hémoglobine avec l'oxyde de carbone) possède un spectre formé de deux bandes, très analogue à celui de l'oxyhémoglobine. Toutefois la bande gauche, au lieu de toucher D et de le dépasser même légèrement vers la gauche, en reste séparée par un léger intervalle égale à 5 y.

Il se distingue encore par sa stabilité, par sa résistance à la putréfaction, et surtout par l'action des réducteurs : Tandis que le sulfure d'ammonium fait passer l'oxyhémoglobine à l'état d'hémoglobine réduite, il laisse intacte l'hémoglobine oxycarbonée.

La carboxyhémoglobine pourrait encore, suivant Hoppe-Seyler,

l'hémoglobine.

être caractérisée par la réaction chimique suivante : Si on ajoute, à du sang normal deux fois son poids de potasse à 10 p. 100, il deievnt brun verdâtre; tandis que du sang dont l'hémoglobine est oxvcarbonée devient rouge.

L'hémoglobine oxycarbonée se produit dans les cas d'intoxication par le gaz d'éclairage, par les réchauds de charbon de bois, ou par certains poêles à fonctionnement défectueux. La stabilité- de ce composé le rend absolument impropre à la respiration, de sorte que la mort survient par asphyxie. Du vivant du malade, on peut, en tenant compte de la quantité d'hémoglobine oxjcarbonée contenue dans le sang, faire le pronostic de l'intoxication.

Examen médicolégal. — L'étude spectroscopique du sang présente une grande importance au point de vue médico-légal.

Les bandes de l'oxyliémogiobine sont absolument caractéristiques, et permettent d'affirmer la présence du sang. En outre, elles s'aperçoivent même si le liquide ne contient qu'une très faible proportion d'hémoglobine, à condition qu'on en examine une couche d'épaisseur suffisante. Hoppe-Seyler a montré qu'on peut encore voiries bandes dans une solution d'hémoglobine au ^^q^- Hénocque a vu qu'une couche de 3 ou 4 globules rouges superposés est suffisante pour produire les bandes d'absorption.

La transformation de l'oxyliémogiobine en méthémoglobine ou en hémoglobine oxycarbonée peut servir à reconnaître pendant la vie ou après la mort certains empoisonnements.

La réduction complète de l'hémoglobine du sang indique la mort définitive et représente un des signes les plus précoces et les plus précis qu'on puisse utiliser pour le diagnostic de la mort.

§ VII. — Réfluction de l'oxyhémog-Iobine dans les tissus vivants. — Activité de la réduction.

Hoppe Seyler a montré le premier qu'on pouvait apercevoir le spectre de l'oxyhémoglobine en examinant par transparence les tissus vivants, l'oreille de l'homme, celle du lapin, ou la paume de la main.

RÉDUCTION DE l'oXYHÉMOGLOBINE DANS LES TISSUS VIVANTS.

Après lui, Stroganof, Fumouze, Vierordt montrèrent qu'on pouvait non seulement reconnaître le spectre du sang à la surface cutanée de Fliomme ou dans la patte de la grenouille, mais encore observer la réduction de Toxyliémoglobine dans le sang des animaux asphyxiés ou dans un doigt de la main dont la circulation était interrompue par une ligature. Hénocque a montré Fimportance de ce moyen d'étude et en a tiré une méthode biologique pour apprécier l'activité des échanges respiratoires au niveau des tissus.

Technique. — L'examen peut êlre fait chez rhomme à la surface de la peau et des muqueuses, chez les animaux, à la surface des viscères, des muscles ou des vaisseaux mis à nu, sur le cœur de la grenouille, ou à la plante du pied du cobaye.

Lorsqu'on examine à une lumière diffuse, assez intense, avec le speclroscope incliné à 4.5", la paume de la main, l'ongle d'un doigt, l'oreille, la surface d'une muqueuse, etc., on aperçoit facilement la bande gauche, plus ou moins foncée, du spectre de l'oxyhémoglobine ; parfois même on peut reconnaître la bande droite.

L'observation est facilitée si l'on a soin de placer sous le doigl examiné une carte blanche, ce qui permet de comparer de temps en temps le spectre solaire au spectre d'absorption fourni par la surface! cutanée examinée par réflexion.

Si l'on vient à placer une ligature élastique à la hase d'un des doigts, le pouce par exemple, et qu'on observe l'ongle du doigt, on voit la bande droite de roxyhémoglobine disparaître rapidement, la bande gauche p.âlir, s'amincir progressivement et au bout de trente secondes laisser apparaître assez brusquement le jaune (phénomène du virage). Elle disparaît enfm au bout d'une minute environ, laissant voir le spectre solaire réfléchi par l'ongle. Dès qu'on enlève la ligature, on voit réapparaître les bandes d'absorption de l'oxyhémoglobine, avec plus d'intensité qu'auparavant même.

La succession de ces phénomènes correspond à la réduction de l'oxyhémoglobine au contact des tissus vivants, dans le sang isolé au niveau du doigt par la ligature élastique. L'oxyhémoglobine est remplacée par de l'hémoglobine réduite dont le spectre d'absorption n'est pas assez intense pour être observé k travers les tissus ; on peut

l'hkmoolobine.

seulement deviner ce spectre, à la fin de la réaction, grâce à la teinte noirâtre diffuse qui apparaît dans le jaune du spectre.

Hénocque a utilisé cette réduction de l'oxyliémoglobine dans les tissus pour apprécier Factivité des échanges organiques ou plus exactement l'activité des échanges respiratoires entre le sang et les tissus.

Durée 0"

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