‹ Traité d'hématologieChapitre 93 sur 236 · SS · texte numérisé non relu

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Etal normal

Ligature

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Fig. 03. — Schéma do la réduction de l'oxyliémoglobine observée à travers l'ongle du pouce.

Il note le moment précis où est appliquée la ligature et le moment où la réduction est complète : l'intervalle compris entre ces deux moments, représente la durée de la réduction. Celle-ci dépend de deux conditions principales : la quantité d'oxjhémoglobine à réduire, l'énergie des échanges dans les tissus. A l'état normal, chez l'homme vigoureux dont le sang contient 14 p. 100 d'oxyhémogiobine, la durée de la réduction est de 70 secondes. La quantité d'oxjhémo-

globine réduite en une seconde est = 0,2. Cette quantité est prise

comme unité d'activité de réduction et une formule très simple permet de calculer l'activité correspondante à des durées de réduction et à des quantités d'hémoglobine déterminées.

L'activité de réduction quantité d hémoglobine ^ Un tableau, facile

durée de réduction '

à consulter, permet d'obtenir dans chaque cas l'activité de réduction, quand on a déterminé les deux termes dont elle dépend.

RÉDUCTION DE l'oXYHÉMOGLOBINE DANS LES TISSUS VIVANTS.

Pour contrôler les résultats obtenus, on peut faire l'examen de l'activité de réduction, successivement dans les deux pouces ; mais il faut se souvenir que normalement la réduction se l'ait plus vile dans le second pouce ; il y a en général une différence de 5 secondes ; celte différence disparaît si l'examen est pratiqué simultanément dans les deux pouces ou bien si l'on attend dix minâtes enlre les deux opérations ; elle tient à des influences vasomotrices réflexes.

Les expériences de Hénocque ^ sur les effets de l'apnée ont montré que l'activité de réduction de l'hémoglobine au niveau du pouce représente réellement l'activité des échanges respiratoires entre le sang et les tissus dans l'ensemble de l'organisme. La durée de la réduction de l'hémoglobine dans le pouce est la même si l'on arrête le renouvellement de l'oxygène dans le sang au moyen de la ligature du pouce, ou bien si l'on empêche, par l'arrêt de la respiration, la réoxygénation de l'hémoglobine dans le poumon. Par exemple, la durée de la réduction mesurée par la ligature du ponce étant de 60 secondes, si l'on produit un arrêt de la respiration pendant 20 secondes avant de faire la ligature, on trouve ensuite que la durée de la réduction n'est que de 40 secondes après la ligature. La réduction totale s'est produite pendant les 20 secondes d'apnée et les 40 secondes de ligature, c'est-à-dire toujours en 60 secondes. L'apnée et la ligature du pouce agissent donc de la même façon sur le sang du pouce.

Ce procédé donne des résultats fort intéressants et très faciles à obtenir.

Variations physiologiques de l'activité de réduction de l'oxyhémoglobine. — A ariations diurxks. — L'activité subit, à l'état physiologique, des variations diurnes ; elle suit une marche cyclique en rapport avec celle de la température ; plus faible le matin, elle atteint son maximum au moment du repas de midi et dans les heures suivantes, diminue vers 6 heures, atteint son minimum la nuit (Hénocque, Porge-).

Température. — Les agents physiques modifient l'activité de la

1 Hénocque. Congrès international de Paris, 1900, sect. de Pathologie générale.

2 PoBGE. De Vaclivilé de réduction de l'oxyliémoglobine dans les tissus. Thèse Paris, 1893,

LIIKMOGLOBINK

réducLion par action locale et par action générale. L'action du froid et du chaud se fait sentir à la suite des bains, des douches, etc. L'expérience suivante d'Hénocque montre bien l'action du froid ; si on place le pouce d'une des mains dans la glace pilée durant 30 secondes, et qu'on l'y maintienne pour apprécier l'activité de réduction, on voit que celle-ci est inférieure de la moitié ou des deux tiers à ce qu'elle était avant la réfrigération. Si on laisse le pouce se réchauffer et qu'on examine de suite l'activité de réduction, on voit qu'elle est trois ou quatre fois plus grande que dans le pouce observé dans la glace. Mais la réaction n'est pas seulement locale ; si on examine le pouce de l'autre main qui n'a pas été refroidi, on y trouve aussi l'activité de réduction augmentée, quoique à un moindre degré.

La chaleur produit une action inverse de celle du froid ; elle augmente l'activité de réduction de l'oxyhémoglobine : si le pouce d'abord maintenu dans l'eau à 10'^ pendant une minute, est ensuite plongé dans l'eau à 53*^, l'activité de réduction augmente d'un tiei^s environ.

ALTrruDE. — Le transport à 300 mètres d'altitude, au sommet de la tour EifPel, par l'ascenseur et par conséquent sans effort, élève d'une façon très notable l'activité de réduction, en même temps que la tension artérielle .

Le transport à une grande altitude, en ballon, augmente d'une façon plus considérable l'activité de réduction, en même temps que la pression artérielle baisse. Ce fait a été d'abord noté par Vallot, puis par Reymond ^ Dans l'ascension du 20 juillet 1902, Tripet et Reymond - constatèrent que leurs activités de réduction, qui étaient au moment du départ, respectivement de 1,03 et 1,18, avaient à 4,000 mètres d'altitude atteint 2,03 et 2,30. Après l'atterrissement, elles avaient diminué et n'étaient plus que de 1,15 et 1,25.

Il n'en est pas de même pour le séjour dans les grandes altitudes. Hénocque ^ a étudié sur lui-même les modifications de la durée de réduction de l'oxyhémoglobine pendant six semaines de séjour à

1 Hénoc(jue. Étude de l'activité de réduction dans les ascensions en ballon. Soc. de /jiçlo'/le, 23 nov. 1903.

2 TiuPET. Académie des Sciences, 12 janv. 1903.

s Hénocque. Influence de l'altitude sur la durée de la réduction de l'o.\yhéaioylobine chci l'homme. Académie des Sciences, 29 juin 1903.

RÉDUCTION DE l'oXYHÉMOGLOBINE DANS LES TISSUS VIVANTS.

des allitudes variant de 1000 à 2500 mètres. Après une diminution passagère de la durée de réduction au moment de Tarrivée à Chamonix, la durée est devenue ensuite plus longue : de 50 secondes qu'elle était à Paris, elle est arrivée à 60-90 secondes, même 115 secondes. Ce phénomène a persisté jusqu'au retour à Paris où la durée est redescendue à 50 secondes, comme auparavant.

Des observations faites sur une vingtaine d'individus demeurant à des altitudes de 1400-2500 m. ont donné des résultats concordants : chez tous la durée de la réduction était prolongée. Ainsi le séjour dans la montagne, à une grande altitude, a pour action de diminuer l'activité des échanges respiratoires.

Hydrothérapie. — Les bains d'eau douce à 34° durant 20 à 30 minutes, les douches chaudes, et surtout les douches froides, amènent ordinairement une augmentation de l'activité. Pour les bains médicamenteux, les bains sulfureux, les bains salins, les bains thermaux, arsenicaux, alcalins, etc., les conditions sont plus complexes ; il résulte des observations de Hénocque et de ses élèves, que les résultats varient avec la température, la composition chimique, la concentration de l'eau minérale ; les mêmes eaux utilisées sous forme de bains ou en injections donnent des résultats très différents.

Marcel Labbé ' a constaté que le humage de vapeurs sulfureuses à Luchon augmente d'une façon notable l'activité de réduction de l'oxyhémoglobine : celle-ci a passé de' 0,65-0,87 avant le hiunage à 1,08-1,18 après le humage.

Exercices physiques. — L'exe/'cice modéré augmente l'activité de réduction ; l'exercice exagéré allant jusqu'au surmenage la diminue au contraire. Ainsi de simples efforts, tels qu'une série de 40 pressions avec la main sur un dynamomètre augmentent l'activité qui, égale à l'unité avant l'expérience, monte à 1,10 et 1,20. L'ascension de la tour Eiffel - à pied par trois personnes a produit une augmentation de l'activité chez les deux premières et une diminution chez la troisième qui, seule était après l'ascension fatiguée et essoufflée.

1 Maucel Labbk. Le humage des vapeurs sulfureuses et l'activité Je réduction de l'oxyhémoglobine, cité par le P'' Landouzy, in Compte rendu du voyage aux Eauc minérales de l'J03.

- Hénocque. Intluence de l'ascension à 300 mètres sur l'activité de réduction de l'oxyliémoglobine, Arch. de physiologie normale et pathologique^ .5= série, t. I, p. 710 ; — Hénocque, Traité de pathologie générale, t. IV, art. Spectroscopie du sang.

l'hémoglobine.

L'escrime, la marche à pied, le cyclisme, etc., produisent, aussi une augmentation de Factivité si l'exercice est modéré, une diminution si la fatigue est trop grande ; il y a donc dans l'étude de l'activité de réduction un moyen de doser scientifiquement l'exercice dans, chaque cas particulier.

Variations pathologiques. — Dans certains éfafs pathologiques, l'activité de la réduction est diminuée ; il en est ainsi dans : la scrofule, l'obésité, les affections gastro-intestinales cachectisantes.

Dans l'hystérie, dans le sommeil hypnotique, l'activité de réduction est diminée.

Chez les hystériques, l'activité de la réduction est diminuée dans le membre du côté anesthésique. Il en est de même du côté paralysé chez les hémiplégiques (Féré) ^.

Chez les sujets atteints d'affections nerveuses chroniques, comme le tabès, l'activité est fortement diminuée; on l'a vue tomber à 0,30 chez un ataxique. Il en est de même après une hémorragie cérébrale ou une commotion cérébrale.

Chez les cancéreux, l'activité varie de 0,20 à 0,75.

Au cours de la fièvre typhoïde, Hénocque et Baudouin ont vu l'activité de réduction s'abaisser à 0,20 pendant la période d'état pour remonter à 0,50 dans la convalescence et à 0,70 ou 0,80 au moment de la guérison. La courbe de l'activité de réduction est inversement proportionnelle cà celle de la température.

Dans certains états inflammatoires aigus, comme les congestions pulmonaires, les angines, l'activité de réduction est au contraire augmentée.

Chez les diabétiques non cachectiques, l'activité de la réduction est augmentée proportionnellement à la glycosurie.

Dans la tuberculose pulmonaire, elle est augmentée dès la période d'invasion el diversement influencée par les phases d'amélioration et d'aggravation. Il serait intéressant d'étudier systématiquement l'activité de réduction dans les diverses formes et aux difïérentes périodes de la tuberculose pulmonaire ; les résultats obtenus par la

1 Cil. Fehé. .Soc. de blolayie, IG févr. 188y.

RÉDUCTION DE l'OXYHÉMOGLOBINE DANS LKS TISSUS VIVANTS.

méthode de Plénocque pourraient peut-être être rapprochés de ceux obtenus par Tétude des échanges respiratoires (méthode de Robin et Binet).

Variations thérapeutiques. — Parmi les médicaments^ les uns comme le fer, la strychnine, l'ozone, la caféine, etc., augmentent l'activité de réduction.

Les autres, comme les antitliermiques ^, l'antipyrine, l'exalgine, l'acétanilide, le chloroforme -, les nitrites, diminuent les échanges.

L'arsenic, les iodures ont une action régulatrice, et il en est de même des courants de haute fréquence (D'Arsonval et Tripet).

Chez les anémiques, sous l'influence du traitement, le retour à la normale de l'activité de réduction se fait plus lentement que la réparation du taux physiologique de l'hémoglobine.

1 Hésocque. Congrès de méd. int. de Bordeaux, 10 août 189S.

2 HÉNOCQLE et Bazy. Cougvès de Chiruryte, 4 avril 1891.

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