A. EAU DISTILLÉE
On sait depuis longtemps que des globules rouges soumis à Faction de Feau distillée sont profondément altérés, que riiémoglobine se sépare du stroma globulaire, qu'il y a hémolyse.
Le mécanisme de Thémolyse par l'eau distillée a été mis en lumière par les recherches d'Hamburger' qui, appliquant aux globules rouges, les faits observés par H. de Vriès sur le mode d'action des solutions salines de diverses concentrations sur les cellules végétales, a pu démontrer que le phénomène était, non pas dû à une action toxique hypothétique, mais d'ordre purement physique.
Si l'on fait tomber des globules rouges dans de l'eau distillée, ils sont rapidement hémolysés. La traînée rouge et nuageuse que fait le sang en tombant dans l'eau devient rapidement transparente, et tout le liquide prend une couleur rosée, plus ou moins vive suivant la quantité de sang utilisée. Dans le dépôt, examiné au microscope après centrifugation, on ne voit pas d'abord de globules rouges; un examen attentif montre cependant le stroma des globules débarrassés de leur hémoglobine sous l'aspect de corpuscules ronds, transparents, incolores, limités par une mince ligne noire.
L'action nocive de l'eau distillée cesse si on additionne le liquide d'un sel qui le ramène au même degré de concentration moléculaire^ que le sérum de l'animal fournisseur du sang. La nature du sel importe peu, et l'on peut se servir d'un sel alcalin ou alcalinoterreux quelconque, pourvu que la solution de ce sel soit isotonique au sérum sanguin ; une solution de chlorure de sodium à 9,1 p. 1000 par exemple remplit cet office.
Si dans cette nouvelle solution isotonique on laisse tomber des globules rouges, la traînée nuageuse due aux globules gagne le fond du récipient et conserve son aspect sans devenir transpa-
1 Hamburger. La résistance des globules rouges. Rapport an Congrès de Paris, 1900, section d'anatomie pathologique.
2 On admet en pratique que deux solutions qui ont le même point de congélation contiennent le même nombre de molécules et sont isotoniques. Le sérum sanguin de l'homme a pour point de congélation 0<',.'jo environ; toute solution saline ayant un point de congélation voisin sera isotonique; la solution de chlorure de sodium à 9,1 p. 1000, dont le A est à 0,.5î), est un exemple de solution isotonique.
ÉTUDE DES DIVERS AGENTS HÉMOLYTIQUES
rente ; l'agitation du tvibe rend le liquide rose opaque et l'on voit, à contre-jour, des ondes d'aspect soyeux dues aux globules roulant les uns sur les autres. L'examen au microscope montre que les globules ont parfaitement conservé leur forme et leur aspect normal.
Le mode d'aclion de l'eau distillée sur le globule rouge n'est pas complètement élucidé ; on avait tout d'abord supposé que l'eau, pénétrant dans le globule, le distendait, puis, qu'à un certain moment, la limite de l'élasticité du stroma se trouvant dépassée, celui-ci se rompait et que l'hémoglobine était évacuée complètement dans le milieu extérieur.
Les recherches de Nolf ' montrent que cette hypothèse est inadmissible et qu'en réalité les phénomènes sont plus complexes : 1 hémoglobine ne constitue pas à elle seule tout le milieu intérieur du globule rouge ; on trouve à côté d'elle différents sels ; or on peut voir, dans certaines conditions, l'hémoglobine sortir seule du globule, sans les sels, ou inversement ceux-ci sans l'hémoglobine - (Stewart% RoUet, Caliigaréanu * et V. Henri). Ce fait est contraire, comme l'a montré Nolf, à la théorie de l'éclatement ; car, dans ce cas, il y aurait évacuation complète du contenu du globule après rupture de la membrane. Il faut admettre plutôt que, sous l'influence de l'eau distillée, il be fait une sorte à'hydralation de la paroi qui la rend perméable à l'hémoglobine sans qu'il y ait rupture du stroma .
B. URÉE ET CHLORURE d' AMMONIUM.
Il existe des substances hémolysantes qui , quel que soit le degré de concentration moléculaire de leurs solutions, agissent à la manière de l'eau distillée, mais qui n'ont pas d'action nocive particulière sur le globule rouge, puisqu'elles ne produisent
1 Nolf. Globulolyse et pression osmotique. Ann. de l'Institut Pasteur, 1900, p. 492 et p. 636. La pression osmotique en physiologie, Revue générale des Sciences 1901, p. 469.
2 Grâce à l'observation suivante, on peut, d'après Calugaréanu et Henri, se rendre compte du phénomène : lorsque l'hémoglobine seule ditîuse dans le plasma, la conductibilité électrique du sang n'augmente pas, tandis C|u'elle est plus grande si les sels ont passé hors du globule. *
3 Stewaht. Journal of physiolofjique, p. 2H, 1899.
4 Calugahéanu et Henri. Acad. des Sciences, 24 février 1902.
HÉMOLYSE.
plus l'hémolyse dans les solutions ramenées à l'isotonie au moyen du chlorure de sodium.
h' urée et le chlorure d'ammonium sont les prototypes de ces substances. La solution d'urée, à 10 et 15 gr. p. 100, injectée dans les veines, détermine une destruction globulaire intense et une hémoglobinurie ; mais l'hémoglobine ne diffuse plus si on a eu soin d'ajouter à la solution 9,5 p. 1000 de chlorure de sodium, autrement dit si on la ramène à l'isotonie (Gryns', Nolf, Hédon
Le chlorure d'ammonium agit comme l'urée, mais son action est encore plus nocive. La glycérine, l'éther, l'alcool agiraient par un processus analogue.
On admet que tandis que l'eau distillée ne détermine que la séparation du slroma et de l'hémoglobine, l'urée et le chlorure d'ammonium agissent en produisant la dissolution totale du globule rouge.
Cette dissolution a été considérée comme le résultat d'une action chimique. Il n'en serait pas ainsi d'après Nolf, car il ne se produit aucun corps nouveau, comme on devrait l'observer après une réaction chimique; le mécanisme de l'hémolyse se ramènerait encore dans ces cas à un phénomène physique, l'urée et le chlorure d'ammonium déterminant d'abord une hydratation du stroma, qui permet la diffusion de l'hémoglobine, et si l'action est poussée plus loin, la dissolution même de ce stroma, comme dans le fait banal de la dissolution du sucre ou du sel dans l'eau.