II. LES DÉRIVÉS DES CELLULES ÉPIDERMIQUES
L’activité productrice des cellules épidermiques, en vue de la protection de l’organisme, ne se borne pas aux différentes formations que nous venons
^ d’envisager. Dans les di-
vers cas qui ont été passés en revue, les cellules à produits prolecteurs et défensifs demeuraient à la surface du corps, juxtaposés en une membrane épithéliale, l’épiderme. Il n’est guère cependant d’animaux quelque peu élevés en organisation, chez lesquels certaines cellules de l’ectoderme formées pendant la période embryonnaire ne quittent le feuillet épidermique, soit pour s’élever à sa surface et faire saillie au-dessus de lui en un appendice externe, soit pour s’enfoncerau-dessous de lui dans l’épaisseur du corps en un appendice profond. Il y a donc, d’après cela, des annexes de la peau et spécialement de l’épiderme, et ces annexes sont de deux ordres. Les unes, saillantes au dehors et visibles de l’extérieur, portent pour cette raison le nom de phanères ; tels sont les poils, plumes, écailles. Les autres, enfoncées dans l’épaisseur du derme, ou même plus profondément, sont des organes glandulaires, les glandes cutanées. Quelle que soit du reste la situation définitive de ces annexes, elles naissent le plus habituellement comme un petit bourgeon pluricellulaire de l’épiderme qui pousse d’abord du côté de l’intérieur, et qui seulement ensuite, suivant qu’il s’agira de former une glande cutanée ou une phanère, continuera à s’accroître pro-
Fig. 443.— Développement des ébauches des poils ( phanères ) dans la paupière d'un embryon humain de 3 mois.
e, épiderme. — d. derme. — p, p. p, trois ébauches pileuses très jeunes à divers degrés de développement, x 25o.
CELLULES NUTRITIVES
fondément ou bien s’élèvera vers la surface de l’épiderme, fera éruption et paraîtra au dehors (fig. 443).
A. Phanères. — Les appendices désignés par le terme générique de phanères sont de formes extrêmement diverses, et les principales d’entre ces formes de phanères, les poils, les dents cornées, les écailles, les plumes, sont souvent caractéristiques de grands groupes de la série animale. Toutes ces formations ont pour caractère commun que leurs cellules constitutives, d’abord essentiellement semblables aux cellules épidermiques qui les ont produites, subissent ensuite une transformation cuticulaire ou cornée parfois si prononcée qu’elles en sont devenues méconnaissables et qu’il faut souvent des procédés histologiques spéciaux pour mettre en évidence leur nature cellulaire vraie.
a) Phanères unicellulaires. — Les phanères sont uni ou pluricellulaires, doivent leur origine à une cellule ou sont formées par le concours de plusieurs.
Les poils les plus simples sont unicellulaires, dus à une cellule dont la partie superficielle s’est allongée beaucoup en une soie et s’est modifiée chimiquement (fig. 444! ■ Ainsi naissent, par exemple, d’après Leydig, E. Perrier, Vejdovsky,
Bergh, Michel et tant d’autres, les soies des Nephthys, des Lombricides et des autres Annélides Chétopodes. Les crochets, qui garnissent l’extrémité céphalique ou caudale de beaucoup de parasites et leur servent à se fixer, sont très souvent aussi unicellulaires ; ainsi, ceux de la trompe des Echinorhynques dérivent, d’après Leuckart, de la transformation chitineuse d’une seule cellule que revêt la
cuticule du corps. Dans les mêmes groupes des phanères unicellulaires, on doit ranger les écailles des ailes des Insectes, notamment des Papillons. Les recherches de G. Schaffer, A. -G. Mayer, M. von Linden ont montré que ces écailles, auxquelles les ailes des Papillons doivent leur coloration, dérivent de cellules épidermiques qui se sont évaginées en un prolongement plat, saillant au-dessus de la surface de l’aile ; ce prolongement se chitinise et devient creux; c’est l’écaille même. D’abord plein d’air, il est alors blanc et opaque (stade blanc) et reste ainsi indéfiniment si l’aile ou la région de l’aile doit être blanche ; sinon il se remplit de sang et passe par un stade ocracé où l’écaille est de couleur jaunâtre; c’est seulement après avoir franchi ces deux stades obligatoires que les écailles prennent les teintes variées définitives, qui sont dues soit à des pigments colorants, sont à des jeux de lumière. Les dents cornées des têtards de Batraciens sont aussi des phanères unicellulaires, de nature cornée. Sur une coupe intéressant le bourrelet qui forme la région dentaire de la mâchoire inférieure d’un jeune têtard (fig. 445), on voit, dans l’épaisseur et dans l’axe de ce bourrelet, une rangée verticale Cytologie.
Fig.