III. Nature de la substance fusoriale
D’après les observations précédentes, les fibres fusoriales proviennent soit du réticulum lininien du noyau, soit de la substance cytoplasmique, qu’il s’agisse du réticulum général de la cellule ou de deux régions différenciées
Fig. 636. — Centrosomes de V ovocyte de deuxième ordre chez Diaulula sandigiensis.
Le centrosome interne du premier fuseau de maturation (A) se divise en les deux centrosomes du deuxième fuseau de maturation (B, C). Entre ces deux centrosomes et aux dépens d’une partie de la substance du centrosome-mère s’édifie l’ébauche fusoriale qui prend bientôt un développement considérable (D, E). D’après Mac Farland; fig. empruntée à Boveri. x 1.000 env.
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
des asters. Dans ce dernier cas, si l’on admet avec Boveri l’origine archopîasmique des asters, on doit admettre également la nature archoplasmique et par conséquent spécifique de la substance fusoriale. Cette opinion sur la
nature de la figure achromatique tout entière a été partagée dans ses grandes lignes par Strasburger, qui donne à sa substance constitutive le nom de kinoplasma ; elle a paru, pendant ces derniers temps, recevoir la confirmation de certains auteurs qui ont rattaché la question de la genèse du fuseau à celle de la genèse des centrosomes ou de la sphère attractive.
Fig. 637. — Cellule-mère du sac embryonnaire d’ Aucuba.
Anaphase de la première division. Au niveau de l’équateur du fuseau et sur ses fibres constitutives se différencient des granulations (dermatosomes) dont l’ensemble forme la plaque cellulaire. D’après une préparation de M. Le Monnier. x 1.000.
M. Heidenhain, dès 1894, a observé que les deux corpuscules centrauxfilles, au début de leur écartement, sont reliés l’un à l’autre par un pont substantiel ; c’est la centrodesmose qui provient des centrosomes et qui, en augmentant de volume et en se fibrillisant, donne naissance aux fibres bipolaires. Le fuseau central et les corpuscules centraux forment donc un tout au point de vue de leur origine.
Van der Stricht confirme la manière de voir de Heidenhain d’après ses études sur le premier fuseau de direction chez le Thyzanozoon Brocchi :
c’est précisément parce que les centrosomes tiennent sous leur dépendance la genèse des fibres fusoriales que celles-ci peuvent naître, soit à l’intérieur du noyau, soit au sein du cytoplasme. Mac Farland et Boveri ont aussi démontré, dans l’œuf de Dianliila , que le deuxième fuseau de direction provient de la transformation du centrosome interne du premier fuseau de direction (fi g. 636).
Cette manière d’envisager la nature de la substance fusoriale a été vivement combattue, et d’ailleurs les observations sur lesquelles elle s’appuie n’ont pas une valeur générale. Meves fait remarquer en effet que dans beaucoup de cellules on ne peut observer la centrodesmose de Heidenhain, et Niessing, dans les spermatocytes de la Salamandre, a constaté l’ébauche fusoriale à côté des centrodesmoses réunissant les uns aux autres les « groupes centrosomiens ». D’autre part, Schockaert, dans l’ovocyte du Thyzanozoon , infirme l'opinion de Stricht et admet que le fuseau, comme l’aster d’ail-
MULTIPLICATION DES CELLULES
leurs, se différencie aux dépens du réticulum cellulaire général. De plus, la différenciation possible du fuseau aux dépens du réticulum lininien ne paraît pas conciliable avec la notion de sa spécificité substantielle. Il paraît plus conforme à l’ensemble des faits observés d’admettre l’opinion que les fibres fusoriales représentent une différenciation momentanée du mitome cellulaire; les fibrilles constitutives de celui-ci s’épaississent et prennent leur disposition caractéristique sous l’influence des centres cinétiques dont l'action peut s'exercer, soit sur le mitome cytoplasmique, soit sur le mitome nucléaire.