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D’UNE LIGNÉE GERMINALE DISTINCTE DE LA LIGNÉE SOMATIQUE

Les observations les plus frappantes et les plus contradictoires à la thèse de la continuité du plasma germinatif ont été faites, avec une grande évidence, chez les Métaphytes.

On sait, en effet qu’une feuille de Saule ou une feuille de Bégonia, plantée en terre humide, peut reproduire la plante entière avec tous ses éléments tissulaires et reproducteurs.

La blessure du cambium, chez beaucoup de végétaux, détermine souvent la formation d’un bourgeon.

Les galles de certaines plantes ( Salix purpurea ), semées en terre humide, émettent des racines qui présentent une structure identique à celle des racines normales et qui peuvent, à leur tour, former des bourgeons adventifs susceptibles de reproduire la plante entière. Si l’on réduit en menus fragments une Mousse de l’espèce Funaria hggrometrica et

Fig. 6j8,. — Bougainuillea ramosa.

m, méduse de Margelis ramosa libre. — h, hydranthe? qui donnent naissance aux bourgeons médusoïdes mk. D’après Lang.

CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE

qu’on les sème en terre humide, chaque fragment régénère une Mousse complète. Il en est de même chez les Métazoaires inférieurs. Des fragments d’Hydraires peuvent réédifier chacun un organisme complet. Les Cœlentérés, un grand nombre de Vers et de Tuniciers nous fournissent des résultats analogues. Chez Bougainvillea ramosa , par exemple, non seulement les branches latérales du polype hydroïde, mais aussi des stolons peuvent donner naissance à de nouveaux individus (fig. 658). Enfin, les innombrables phénomènes de régénération d’organes perdus aux dépens de cellules adultes spécialisées

Fig. 65g. — Coupe transversale d'un embryon de Poulet après 4 jours d’incubation passant au niveau du corps de Wolff et de l'épithélium germinatif.

int , intestin. — vsi, veine sus-intestinale. — epg , épithélium germinatif. — cW, canal de Wolff. — es, canalicule segmentaire. — ao, aorte. — uc, veine cardinale. X 80.

montrent que des caractères latents de toute nature peuvent persister dans les cellules et que la spécificité cellulaire peut n’être pas aussi définitive qu’on serait tenté de le supposer.

Tous ces faits et d’autres analogues ont permis à de Vries cette conclusion contre la théorie de Weismann sur la continuité du plasma germinatif : Toutes les cellules , ou du moins la plupart des cellules du corps d'un végétal renferment , à l'état latent , tous les caractères héréditaires de F espèce. On peut en dire autant des animaux inférieurs.

Les dernières recherches sur le développement de l’ébauche génitale, chez les Vertébrés, paraissent également favorables à la genèse possible des éléments sexuels aux dépens de cellules déjà différenciées en tant

REPRODUCTION DES INDIVIDUS

qu’éléments somatiques. Les observations de Prenant que nous allons résumer ci-dessous semblent le démontrer.

Chez les Vertébrés supérieurs, le premier rudiment génital, bien connu des embryologistes, consiste dans un épaississement localisé de l’épithélium cœlomique, situé à droite et à gauche du pédicule mésentérique, au-devant du corps de Wolff. C’est Y épithélium germinatif (flg. 659). Celui-ci est constitué par de petites cellules serrées les unes contre les autres et par de grandes cellules claires à protoplasma volumineux : ce sont les petites et les grandes cellules germinatives (fîg. 660). D’autre part, des cordons cel-

Fig. 660. — Embryon de Poulet du 4e jour.

Epithélium germinatif fortement grossi ; on y distingue de petites cellules germinatives ( pcg ) et de grandes cellules germinatives ou ovules primordiaux ( gcg ). Au-dessous de l’épithélium germinatif se trouve le tissu mésenchymateux [mes) dans lequel on aperçoit une lumière vasculaire contenant des globules rouges, x 1.200.

lulaires anastomosés se différencient ensuite dans le tissu mésenchymateux situé entre la face profonde de l’épithélium germinatif et les canalicules segmentaires du corps de Wolff. Ce sont les cordons sexuels constitués également de petites et de grandes cellules germinatives. Schmiegeloyv et Prenant se sont attachés à rechercher la genèse de ces cordons sexuels. Prenant a montré qu’il n’existe jamais de connexion indiscutable entre ces formations et l’épithélium germinatif ; aussi admet-il que les cellules sexuelles qui les constituent se différencient sur place aux dépens c/e« cellules du stroma mésenchgmaleux .

De même, M. Bouin admet que le nombre des cellules sexuelles primordiales contenues dans l’ébauche génitale impaire et médiane chez Rana temporaria , augmente considérablement par la transformation progressive des cellules péritonéales qui recouvrent cette ébauche et des cellules mésenchymateuses qui se trouvent dans son voisinage, surtout dans l’espace compris entre les veines cardinales. Éléments péritonéaux et éléments mésenchymateux se remplissent peu à peu de plaquettes vitellines et de- Cytologie. 50

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viennent semblables aux cellules sexuelles primordiales constituées antérieurement (fig. 661).

Il semble, d’après ces recherches, que des éléments non spécifiques sont susceptibles de se transformer en éléments sexuels à la seule condition de se rencontrer au niveau du territoire embryonnaire où se réalise l’ontogenèse de la glande génitale. L’hypothèse de la continuité du plasma germinatif ne paraît donc pas applicable à ce dernier groupe de faits; ceuxci cadrent au contraire avec la théorie des auteurs qui, comme Driesch, Loeb, etc., admettent l’indifférenciation primitive des cellules embryonnaires jusqu’à un stade avancé de l’ontogenèse ; leur différenciation serait un phénomène secondaire dû aux conditions locales et ambiantes.

Quoi qu’il en soit, à côté de ces faits contradictoires, il existe des faits qui

paraissent favorables à l’hypothèse d’une continuité du plasma germinatif et à l’existence d’une distinction absolue entre les cellules constitutives de lalignée germinale et celles de la lignée somatique. Il est difficile de se prononcer sur leur valeur comparative et sur les déductions théoriques qu’en ont tirées les auteurs. Sil’on admet la notion d’un plasma germinatif, peutêtre tous ces faits non concordants sont-ils réductibles à une question de partage du plasma germinatif dans les cellules embryonnaires. Il peut rester mélangé au plasma somatique (ovogène de Weismann) chez certains Pluricellulaires et en particulier les Métazoaires inférieurs ; il peut s’en séparer de plus en plus, jusqu’à en être tout à fait distinct chez d’autres. On conçoit ainsi l’indépendance réelle qui existe dans certains cas entre la lignée germinale et la lignée somatique. Mais la notion du plasma geçminatif est tout hypothétique, et les faits précédemment cités ne fournissent qu’une présomption en sa faveur. Dans tous les cas, nous nous heurtons ici, comme dans beaucoup de domaines biologiques, à une contradiction manifeste, et il nous faut attendre les résultats, d’une enquête scientifique plus étendue pour en comprendre la signification.

■ ' CSP

Fig. 661. — Ébauche génitale primordiale de Rana temporaria au stade impair et médian.

sp, cellules sexuelles primordiales. Celles-ci sont de tailles très différentes. Les unes sont très volumineuses et renferment un grand nombre de plaquettes vitellines; les autres sont de dimensions très restreintes et n’en renferment qu’un petit nombre. En arrière de l’ébauche génitale, entre les deux veines cardinales, on aperçoit des cellules mésenchymateuses (mes) qui paraissent se remplir de plaquettes vitellines. — cp, cellules péritonéales qui montrent le même processus. — M, mésentère. D’après M. Bouin. X 425.

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