CHAPITRE II
La Cellule.
Article premier. — EXEMPLES DE CELLULES.
i° Exemples physiologiques. — L’unité constitutive des êtres vivants, en qui le protoplasma vit d'une vie propre, est la cellule. Telle est la définition physiologique. Voici trois cellules :
L’une est libre et isolée dans la nature ; c’est un animal entier, unicellulaire, appartenant au groupe des Protozoaires: c’est une Amibe Mastigamœbci
ou Podostomum (fîg. 4). Son individualité se manifeste à tous les instants et de toutes les façons. L’Amibe se meut à sa manière, qui n’est pas celle d’un animal unicellulaire voisin, d’autre espèce, et, tandis que dans le champ du microscope une autre Amibe de même espèce se dirige vers la
Fig. 4. — Amibe avec prolongements , les uns larges et pseudopodiques, les autres filiformes et flagelli formes (Mastigamœfca ou Podostomum).
cp, corps protoplasmique. — v, vésicule contractile. — ps, pseudopodes. — n, noyau. — g, particules alimentaires. X 25o.
Fig. 5. — Amibocyte de la lymphe de Grenouille, variété grossièrement granuleuse (à l'état vivant), cp , corps protoplasmique. — ps , pseudopodes. — n, noyau de forme irrégulière. — g, grains contenus dans le corps protoplasmique. X 75o.
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
droite, elle s’achemine vers la gauche, par un mouvement qui lui est propre. Elle se nourrit à sa manière ; voici en effet qu’elle englobe une proie qui lui convient, tandis qu’elle en rejette une autre ; au même instant, une Amibe voisine se nourrit d’une autre façon ; elle a donc un mode de nutrition qui lui est propre. A présent, elle s’étrangle et se divise en deux Amibes nouvelles, tandis que l’Amibe qui se meut à côté d’elle demeure entière ; elle se multiplie donc, se reproduit à volonté. L’Amibe est un individucellule : simple cellule, mais individu complet ; c’est l'individu le plus simplement constitué, mais c’est la cellule la plus complètement individualisée.
Voici maintenant une seconde cellule ; c’est l’un des éléments constituants du corps d'un animal supérieur, pluricellulaire, d’un Métazoaire; c’est un globule blanc ou amibocyte de la lymphe de Grenouille (fig. 5). Son individualité, relativement à celle de l’Amibe, est déjà amoindrie. La raison en est dans les liens de commune origine, de solidarité anatomique, de
collaboration physiologique, qui l’unissent à d’autres cellules semblables dans le corps du Métazoaire.
Soit enfin une cellule épithéliale de la vessie du Triton (fig. 6). C’est aussi une cellule constitutive du corps d’un animal supérieur ; mais tandis que la précédente, malgré les liens qui la rattachaient à d’autres, menait à travers l’organisme une vie libre et errante, elle est sédentaire. Fixée définitivement parmi d’autres cellules pareilles, elle forme avec elles un tissu de l’organisme, un agrégat cellulaire où tous les éléments sont de même origine, ont le même mode de nutrition, obéissent aux mêmes tendances, jouent le même rôle et tôt ou tard subissent la même fin. Relativement au globule blanc, l’individualité de la cellule épithéliale est donc fortement affaiblie. Ou plutôt l’individualité est demeurée entière sans doute ; mais enserrée clans les frontières anatomiques tracées par les cellules voisines, enchaînée par les obligations d’une association fonctionnelle, elle ne peut s’exercer et demeure latente, étouffée par les nécessités de la vie en commun dans l'organisme qui l’asservit à sa personnalité. La cellule est demeurée une; mais de moins en moins elle est un individu, en devenant de plus en plus une partie. On verra plus loin (p. 37) que l’individualité cellulaire peut se présenter sous une forme plus effacée et plus obscure encore que dans la cellule du tissu.
D’après les exemples précédents, cest le caractère d'individualité qui domine dans la notion de la cellule ; il suffit même pour la définition de celle-ci. La cellule, comparée à une colonie de Volvocinées, à un Ver de terre, à un état de Fourmis, est l’individu le plus simple que nous connaissions réellement.
Fig. 6
— Cellules épithéliales de la vessie de Triton alpestris. Vues à plat et à l’état frais.
LE PROTOPLASMA ET LA CELLULE 29
■ Quant à la nature même de l'individualité de la cellule, elle est tout aussi discutable que celle de toute propriété vitale du protoplasma, qui a été mise en question plus haut. Car cette individualité, même dans le' cas de l’Amibe, n’est faite que de la somme des actes, mouvement, nutrition, multiplication, du protoplasma. Or, dire que le protoplasma se meut, se nourrit, se multiplie, c’est une façon imagée, biologique, de dire qu’il est mû, nourri, mul tiplié ; ce qui seul est réel. Autrement dit, le protoplasma et par suite la cellule, au lieu d’une activité propre, n’a que l’obéissance passive aux conditions extérieures. La cause de toutes les manifestations de la cellule réputées individuelles est en dehors d’elle, réside dans les
conditions : extérieures d’où ces manifestations sont réductibles à des actions physico-chimiques (Maupas, Verworn, Le Dantec).
Cela ne veut pas dire que le protoplasma, la cellule, l’Amibe n’aient pas le sentiment de ces conditions extérieures : puisqu’ils sont excitables par ces conditions, ils peuvent bien leur être sensibles ; et des processus psychiques se passent certainement en eux (Binet, Verworn, Luciani, Soury, etc.) ; mais aucun de ces processus psychiques ne doit être conscient dans les cellules, chez les Protozoaires eux-mêmes (Verworn, Soury) ; car la conscience est l’ombre projetée par les modifications fonctionnelles d’un organe sur un autre organe du corps : organe qui fait ici défaut.
2° Exemples morphologiques. — La cellule peut être définie morphologiquement un petit corps limité, de forme variable, habituellementsphériqueou polyédrique.
Les cellules varient énormément de forme et de taille , d’ailleurs, à tel point que l’examen même succinct des formes variées des cellules ne saurait être fait ici.
Pour se faire une idée de l’étendue des différences de taille et de forme des cellules, chez une même espèce animale, qu’on compare à ce double point de vue le jaune d’œuf de la Poule qui représente la cellule-œuf, et le spermatozoïde du Coq ou d’un autre Gallinacé, qui est une cellule transformée; le premier, arrondi, mesure 3 centimètres de diamètre (fig. 7), le second, filiforme, n’a que 5o p de longueur (fig. 8). Qu’ on y ajoute la comparaison de la cellule nerveuse de
Fig. 8. — Spermatozoïde d'un Dindon (Meleagris gallopavo).
t, tête. — c, filament caudal. — z, pièce interméd.aire à la tête et à la queue. X 5oo.
D après Ballowitz.
Fig. 7. — Œuf de Poule , ouvert.
v , vitellus ou jaune de l’œuf. — mv , membrane vitelline. — b, blastoderme ou disque germinatif. — a, albumen ou blanc d’œuf.— me, membrane coquillière. — c, coquille. — ch, chalazes. — cha, chambre à air.
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
’écorce cérébrale et du globule sanguin chez l'Homme ou un autre Mam-
mifère; la cellule nerveuse,
hérissée de toutes parts de prolongements ramifiés (fig. 9), envoie l’un de ces prolongements du cerveau jusque dans la moelle épinière, à une distance de plus d’un mètre ; le globule rouge du sang, discoïde, déformé géométriquement régulière, ne mesure que 7 g de diamètre (fig. 10). Mettant en regard l’un de l’autre deux êtres unicellulaires, on
Fig. 10. — Globales sanguins de l'Homme, h , hématies ou globules rouges. — /, leucocytes. — tr, trombocytes. X 25o.
verra que la différence de taille et de forme n’y est pas moins accusée ; une Bactérie, qu’on peut considérer comme une cellule d’organisation rudimentaire, a la forme très simple d’un globule ou d’un bâtonnet, et sa taille ne dépasse pas quelques ^ certaines Algues, telles que les Caulerpa , dont on a
Fig. 9. — Cellule nerveuse de l'ècorce cérébrale d'un Chien.
en, corps cellulaire avec le noyau. — dl, dp, prolongements (dendrites latéraux et dendrite principal).— a, prolongement qui se continue jusque dans la moelle épinière (axone). — c, collatérales de l’axone, x 25o.
Fig. 11. — Massif de cellules végétales.
fait des êtres unicellulaires d’organisation très parfaite, atteignent des dimensions considérables et une forme très compliquée (fig. i4). Ce sont là des cas extrêmes.
LE PROTOPLASMA ET LA CELLULE
En règle générale , les cellules sont de forme arrondie ou polgédrique : arrondie, si elles sont isolées et libres; polyédrique, si elles sont juxtaposées en un tissu (fig. n). Cette forme polyédrique n’est du reste pas le résultat d’une pression réciproque que les cellules exerceraient les unes sur les autres, comme on l’a dit trop souvent, mais elle est due à ce que les cellules rencontrent tout autour d’elles les mêmes obstacles à leur expansion naturelle.
La forme extérieure et la taille des cellules sont d'ailleurs susceptibles de variations brusques très importantes, grâce aux mouvements actifs du protoplasma. Les deux sources principales du changement de forme de la cellule sont l'activité amiboïde et l'activité filaire. Un grand nombre de cellules sont capables de changer de cette façon leur forme à chaque instant ; telles sont les Amibes et les amibocytes du sang et de la lymphe, que nous connaissons déjà; leur mouvement, dit amiboïde, a été observé depuis fort longtemps. Plus souvent encore, les cellules auraient la faculté d’émettre des prolongements délicats, filamenteux, de filer pour ainsi dire leur protoplasma (fig. 12) ; cette « activité filaire », qui est très développée chez les Héliozoaires, se retrouverait aussi dans des cellules appartenant à des êtres supérieurs et serait, d’après Andrews, une propriété générale du protoplasma, grâce à laquelle la forme des cellules peut varier dans des limites assez étendues.
On verra plus tard que les cellules sont fréquemment munies de véritables organes, dont quelques-uns, extérieurs, modifient sensiblement la forme générale du corps cellulaire. Ainsi dans nombre de cellules épithéliales, qui forment le revêtement du corps ou de quelqu’une de ses grandes cavités
Fig. 12. — Germe embryonnaire d'une Astérie au stade blaslula ( activité filaire des cellules ).
Les cellules embryonnaires c.e, et les globules polaires g émettent de nombreux prolongements filamenteux (activité filaire). Sur le vivant, d’après Andrews.
CYTOLOGIE GENERALE ET SPECIALE
la face libre de la cellule est hérissée de petits prolongements appelés « c vibraliles » qui changent du tout au tout l’aspect extérieur de l’élément. Dans nombre d'organismes cellulaires, la forme du corps est en rapp<
avec une différenciation nn
phologique en parties distinct Il en est ainsi par exemple i Grégarines,des Algues Siphoi cladiées. LesGrégarines sont c organismes unicellulaires qui vent en parasites dans certai organes et dans le tube digest notamment des hôtes les plus vers ; chaque Grégarine préser typiquement (fig. i3) une -par
Fig. i3. — Aclinoccphalus spec. nova Léger, Grégarine de l’ intestin dune larve de Phrygane. d, deulomérite, ave : le noyau. — /), protomérite. — e, extrémité antérieure transformée en organe de
fixation. — ep, cellules épithéliales de l’intestin de l’hôte sur lesquelles la Grégarine est fixée. D’après une préparation de Léger. X 5oo-
antérieure (d’ailleurs inconstante) appelée « épi mérite », reliée par un col à une deuxième portion nommée « protomérite », celle-ci suivie à son tour d’une partie postérieure, le «deutomérite », qui loge le noyau. Chez une Algue Siphonocladiée, le Caille rp a p a r exemple (fig. i/4), la différenciation du corps cellulaire en
parties prend les caractères d’une complication anatomique comparable celle qui divise le corps des plantes supérieures pluricellulaires; le thaï de cette Algue se partage en effet en une tige rampante, munie de branche latérales, analogues à des feuilles, et en tubes analogues à des racines.
Fig. 14 — Caulerpa ( Algue Siphonocladiée à structure continue, d'apparence unicellulaire).
Grandeur nalur. D’après Reinke, emprunté à Verworn.
LE PROTOPLASMA ET LA CELLULE
Article 2. — LES ORGANES ESSENTIELS DE LA CELLULE MINIMUM DE COMPLICATION ORGANIQUE DANS LA CELI ULE. — LES PLASTIDES.
Chacune des cellules que nous avons prises pour exemples morpholopies et toutes celles qu on pourrait encore considérer comprennent essenllemenl plusieurs parties : un corps protoplasmique , ou corps cellulaire , ou f oplasme (improprement « protoplasma ») ; un noyau ou corps nucléaire ; e membrane cellulaire plus ou moins nette.
A. La membrane cellulaire. — Elle fut la première connue, et pour cette son conserva longtemps premier rangdans la hié- •chie des parties constantes de la cellule. Les llules en effet passèrent ibord pour des cavités [is paroi propre (Hooke, ilpighi, 1675) (fîg. i5), is on en fit des utricules, s cellules au sens propre mot, c’est-à-dire des ca- ,és limitées par une paroi opre, par une membrane mveloppe. Surcettedone fut fondée la théorie ' lulaire de Schleiden et Schwann. Lathéoriecelaire est restée ; mais la îmbrane a cédé la preère place au protoplasma ns la notion de la cele. Elle a presque failli disparaître, comme partie essentielle de la cellule, r une exagération réellement fautive. Car la membrane existe toujours us une forme quelconque, plus ou moins nette, à la surface de la cellule. Il t en effet impossible de comprendre un corps protoplasmique, plongé ns un milieu différent de lui-même, dont la surface ne se modifierait pas une façon quelconque au contact de ce milieu, et ne se différencierait pas une pellicule enveloppante, en une membrane, se distinguant du proto- Lisma au point de vue de la densité, de la solidité, de la pénétrabilité. Dans cas de cellules qui ne sont en rapport qu’avec leurs congénères et voiles, le corps protoplasmique de chacune doit être séparé par une pellicule iclconque de ceux des autres; sans quoi il se confondrait avec eux, étant même nature, et il n'y aurait plus lieu de distinguer des cellules (1).
0 Cet argument téléologique n'est que provisoire: on verra plus tard, dans le livre nsaeré à la division cellulaire, la cause efficiente de cette disposition.
Cytologie. 3
Fig. i5. — Fac-similé d'un fragment d'une planche de Hooke (1667), représentant une couche de liège. Copié d’après Henneguy.
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPECIALE
B. Le protoplasma. — La théorie cellulaire, c’est-à-dire celle qui donnait la prépondérance à la membrane cellulaire, devait faire bientôt place à une autre, à la théorie du protoplasma. D'une part, en effet, on montrait que la membrane cellulaire était inconstante et que certaines cellules en étaient dépourvues; d’autre part, Max Schultze et de Bary, en reconnaissant des propriétés identiques au protoplasma des cellules animales, à celui des cellules végétales et au sarcode des organismes inférieurs, prouvaient l'essentialité d’un protoplasma universellement répandu dans toutes les cellules. Max Schultze déclara que la membrane cellulaire n'est qu’accessoire, le protoplasma essentiel au contraire, et définit la cellule : un grumeau de protoplasma doué des propriétés vitales.
C. Le noyau. — A cette époque, bien que Brown eût découvert depuis longtemps déjà le noyau 1 833), on en ignorait encore les caractères morphologiques et les attributions physiologiques. Mais les recherches de nombreux observateurs (i) montrèrent ensuite le rôle important joué par le noyau dans la division des cellules et disposèrent les histologistes à retirerai! protoplasma (mieux au cy toplasma) la suprématie dans la cellule pour la donner au noyau. Depuis ce moment, la découverte de parties importantes du cytoplasme (le corpuscule central, le noyau accessoire, les fibres cytoplasmiques de toute nature) a rétabli l'équilibre entre les deux parties de la cellule, sinon rendu la prépondérance au cytoplasma.
D. Le protoplasma et le noyau, éléments également nécessaires de la cellule. — Pour montrer que le protoplasma et le noyau sont des éléments indispensables l’un et l'autre à la constitution d’une cellule, il faut : en premier lieu, faire voir qu'il n'y a pas dans la nature de protoplasma et de noyau vivants seuls, l’un sans l’autre, qu'il n’existe pas d êtres vivants formés seulement par du protoplasma ou seulement par un noyau, de cellules anucléées et de noyaux nus ; en second lieu, rechercher quel est dans une cellule formée de protoplasme et d’un noyau le rôle de l’un et de l’autre dans la vie cellulaire et si ce rôle est également indispensable pour l'existence et le fonction nement de la cellule.
Existe-t-il des cellules anucléées et des noyaux nus ?
L’existence de noyaux nus doit être reléguée au rang des fables; car toujours autour de ces noyaux qu’on croyait nus on a pu déceler une couche très mince de cytoplasme.
Quant aux cellules anucléées, la question a besoin d’être examinée de plus près. 11 y a vingt ans et plus, l’existence de formes imparfaites de cellules était admise sans conteste. IIæckel avait divisé les éléments vivants en cellules ou « cytes », pourvus d’un noyau, et en fausses cellules ou « cylodes » privés de noyau. Parmi les cytodes de Hæckel se trouvaient les Bactéries, les Cvanophycées et les Monères.
Les Monères sont des êtres très inférieurs, constitués par une masse de protoplasma, de forme variable cl parfois informe. Tels sont le Protogenes primordialis , le Proiamœba primitiva , le Prolonujxa aurantiaca , le Balhybius Hæckelii, le Mgxodiclgum. La liste des Monères authentiques, c’est-
(i) Schneider, Fol, Bütschlï, Strasburger, O. et R. Hertwig, Flemming, E. Van Beneden, Babl, etc.
LE PROTOPLASMA ET LA CELLULE
lire réellement dépourvues de noyau, va diminuant de jour en jour ; et du ;te on peut se demander si, son existence étant admise, la Monère n'est sla forme inférieure, anucléée, le premier stade, d’un être plus parfait, irganisation cellulaire.
Quant aux Bactéries et aux Cyanophycées, leur constitution est très ntroversée. Tandis que des bactériologistes distingués, Migula, Fisciier ‘usent aux Bactéries tout noyau, Bütili, et après lui Catterina, Nadson, smann, Feinberg ont réussi à distinguer ns le corps des Bactéries vraies et des nanismes voisins, un corps interne lumineux et une écorce mince (fig. 16).
premier serait le représentant du yau des êtres supérieurs, l’écorce qui ntoure serait l'équivalent du cytoplasme s véritables cellules. On peut ranger ns une troisième catégorie des auteurs i, comme Mitrophanow, Dangeard, id mettent pas que la substance nucléaire trouve concentrée dans la Bactérie as la forme Figurée d'un noyau, mais e bien plutôt elle est diffuse dans toute masse, soit à l’état de grains, soit à tat dissous.
Chez les Cyanophycées (Nostocs par 3mple), on a pu aussi, par l’emploi des réactifs colorants, déceler l'exisîce d'un corps chromatique central qu'on a considéré comme représentant noyau (fig. 17).
De cet aperçu il semble résulter que l’existence de cellules anucléées,
dépourvues non seulement d'un noyau Figuré, mais même de substance nucléaire, est bien improbable, si bien qu'on peut conclure que cette substance nucléaire tout au moins est nécessaire à la vie cellulaire.
L'observation directe n'est pas seule d’ailleurs à prouver le caractère indispensable du noyau ou du moins de sa substance. On a réalisé expérimentalement des cellules anucléées ou des fragments anucléés de cellules, dont on examinait ensuite la vitalité et les principales fonctions. On s'y est pris pour cela de deux façons différentes. Les uns, à l'exemple Nussbaum, tels que Gruber, Balbiani, Hofer, Verworn, Lillie, ont tranché le noyau par une véritable vivisection, pratiquée sur des Protoaires de grande taille. Cetteopération, dite « mérotomie», quise fait à l’aide petits scalpels très tranchants, consiste par exemple à couper en deux
i i7. — Filament de Nostoc sp. (?) avec les corps chromatiques.
ns chaque article, on trouve un corps hromatique central et plusieurs grains liromatiques plus foncés disséminés ans le corps cellulaire. Les deux avanterniers articles sont en division : disosition symétrique de la chromatine par apport au plan de division ; cloison celîlaire finement grenue. X 700.
Fig. 16. — Microcoques et Bacilles du charbon, montrant le corps nucléaire et l'écorce protoplasmique .
Dans le bas du champ du microscope, les Microcoques ; dans le haut, les Bacilles. D’après Feinberg.
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
ou trois morceaux ou mérozoïtes le corps d un Protozoaire. Si les sections sont conduites de telle sorte que chaque morceau renferme un fragment de noyau (fig. 18), chacun aussi régénère ce qui lui manquait et reproduit un Protozoaire complet. Si au contraire l’un des mérozoites ne contient pas trace de noyau, il continue bien à vivre pendant quelque temps, mais il finit par périr et en tout cas est incapable de régénérer la partie absente.
On a eu recours aussi à d’autres moyens que la vivisection pour obtenir des cellules ou parties de cellules dépourvues de noyau (Haberlandt, Klebs, Gerassimoff). Ce dernier, par exemple, en éthérisant ou en refroidissant des filaments d’ Algues où les cellules sont en voie de division, a constaté que, des cellules-filles formées, l’une naît dépourvue de noyau, et il s’est appliqué à suivre son évolution. Les résultats obtenus par ces divers moyens sont con-
Le Stentor a été coupé transversalement en trois segments, a, m, p, dont chacun contenait un ou plusieurs articles du noyau moniliforme, caractéristique de cet Infusoire. Chacun de ces segments s’est régénéré en un individu complet. Les dessins p1 à p' offrent les quatre stades principaux de la régénération du segment postérieur.
firmatifs de ceux de la mérotomie. L’expérimentation, faite de diverses façons, vient donc s’ajouter à l’observation directe pour prouver que les cellules ne peuvent vivre complètement et indéfiniment sans noyau, et que le protoplasma seul ne suffit pas à l’existence d’une cellule.
Lili je a fait la contre-partie de ces expériences en montrant que les noyaux nus ne peuvent vivre, et en déterminant la quantité minima de protoplasme qu’il est nécessaire de conserver autour du fragment nucléaire, dans un mérozoïte de Stentor, pour que celui-ci puisse subsister. D’après ses recherches, le protoplasma s’est montré tout aussi utile au noyau que celui-ci au premier.
La conclusion de tous ces faits est que le noyau et le protoplasma sont deux parties de la cellule également importantes , tant morphologiquement que physiologiquement , si bien qu’ « avec la disparition de l’un ou de l’autre cesse la notion de la cellule » (M. Schultze). Les deux parties sont unies en une« symbiose cellulaire » (Watasé), forment une « raison sociale »(Hartog),
LE PROTOPLASMA ET LA CELLULE
où les deux associés, cytoplasme et noyau, sont absolument nécessaires à la vie commune, à la vie de la cellule. •
Après avoir établi la nécessité de la présence dans la cellule des deux composants, du cytoplasme et du noyau, il resterait à accomplir la seconde partie de la tâche que nous nous sommes proposée, c’est-à-dire à rechercher quelle est dans l’association symbiotique la part qui revient à chacun des composants dans la vie de l’ensemble, à déterminer quelles sont les relations physiologiques qui unissent l’un à l’autre. Cette question, qui ne s’impose pas ici et n’a été soulevée que parce qu’elle est le corollaire de la première, reparaîtra dans le livre III, où elle sera examinée.
Nous avons vu que deux éléments essentiels, le protoplasme et le noyau, constituent la cellule. Mais la cellule représente une forme parfaite de l’individu vivant. N’en est-il pas de plus simplement organisée, et quel serait le minimum d’organisation? On peut penser, avec Le Dantec, qu’il existe des êtres vivants chez lesquels il n’y a pas encore de différenciation de la substance vivante en protoplasme et en noyau, ni même en substance protoplasmique et en substance nucléaire ; on pourrait donner le nom de plastides à ces organismes très inférieurs, qui représentent l’individualité la plus simple, avec le minimum possible de complication organique.
Article 3. — L’INDIVIDUALITÉ CELLULAIRE LE MINIMUM D’INDIVIDUALITÉ ; ENERGIDES, TERRITOIRES ET SYMPLASTES
A. La notion de rindividu-cellule. — La notion cellulaire est fondée sur la reconnaissance d’un certain nombre de caractères appartenant à la cellule.
La cellule doit être de forme définie. Le légendaire Bathybius , qu’on assurait tapisser d’immenses étendues du fond de la mer, n’est qu’une masse informe et illimitée de substance vivante et pas une cellule.
Elle est indivise. Divisée artificiellement, elle donne lieu à des fragments qui ne sont pas des cellules et ne le deviendront que quand ils se seront complétés chacun jusqu’à reproduire le type de la cellule dont ils proviennent. D’autre part, en se divisant naturellement, la cellule disparaît en donnant naissance à deux cellules nouvelles.
La cellule doit être une. On avait voulu rejeter ce caractère de l’unité cellulaire, parce qu’on savait que certains œufs, ceux des Platodes, des Hydroméduses, ingèrent des cellules nourricières entières (fig. 19), si bien que l’œuf définitif serait formé d’une pluralité cellulaire. Des recherches de Brauer, Doflein, Groenberg sur l’œuf de Tubularia , on peut conclure que la cellule-œuf ne se comporte pas autrement qu’un animal carnassier qui engloutit une proie vivante et que la nature de son alimentation ne compromet en rien son unité.
De tous les caractères de la cellule, c’est Y individualité qui a le plus d’importance. Nous avons à rechercher successivement : comment il faut comprendre cette individualité et les limites de l’individu cellulaire ; quel
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
est le minimum de l’individualité cellulaire; si enfin la doctrine de l'individualité «les cellules doit être maintenue.
Mais avant d'examiner les cas dans lesquels l’individualité cellulaire disparaît presque «*t devient discutable, il faut rappeler brièvement ceux où cette individualité au contraire revêt sa plus complète expression.
Tel est celui des Protozoaires et des Protopintes. Vivant librement, ces cellules paraissent jouir d'une telle indépendance dans leurs manifestations vitales, qu’il faut s’être convaincu qu’elles ne sont faites que de protoplasma et «pie la vie du protoplasma dépend entièrement des conditions ambiantes.
Fig. 19. — Jeune cellule-œuf el tissu germinatif voisin, chez Tubularia larynx.
L'œuf 0. outre son propre noyau n , contient plusieurs autres noyaux n , provenant de cellules nourricières du tissu germinatif, ingérées par lui. — Ig, tissu germinatif voisin. D'après Dofleim.
pour ne pas se laisser aller à faire des Protozoaires et des Protophytes des êtres autonomes, des individus physiologiquement, psychiquement très parfaits. D’ailleursla cellule prend, avec les Protozoaires et les Protophytes. un haut caractère d'individualité par le fait du perfectionnement et de la complication souvent très grande du corps, et ces êtres, bien qu’unicellulaires, possèdent des organes aussi ditFérenciés que le sont ceux des individus animaux et végétaux appartenant aux types élevés de la série. La complication anatomique de la forme extérieure est déjà remarquable chez les Radiolaires, chez les Vorticelles, avec leur corps divisé en pédoncule et corps proprement dit, chez les Grégarines segmentées en deux et même trois parties tig. i3). Mais c'est chez certaines Algues, qui forment le groupe des Siphonocladiées, que le perfectionnement anatomique est poussé le plus loin. Car bien que ces plantes soient unicellulaires ou du moins qu'elles manquent de cloisons intérieures divisant leur substance en cellules distinctes, néanmoins, en même temps qu'elles atteignent une taille très considérable, la
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