CHAPITRE III
Le noyau.
Article premier. — MORPHOLOGIE EXTERNE
Quand on examine une cellule à l’état frais, sans l’addition d’aucun réaclif, le noyau se montre sous la forme d’un cercle ou d’une ellipse, occupant I peu près le milieu du corps cellulaire, dont il se distingue par son aspect dus clair (fîg. no). Si l’on fait arriver sur la cellule une solution de vert de néthyle, le noyau se colore seul d’une façon élective (fîg. ni). Cette réacion colorée est caractéristique d’une substance particulière, contenue dans e noyau et nommée chromatine mcléaire. A un plus fort grossissement, on reconnaît que la coloration verte prise par le îoyau ne s’étend pas à toute la masse nucléaire, mais qu’elle se imite à des corps de forme et de nombre variables, que l’on peut appeler corps figurés du noyau bu caryosomes. On voit, en même temps, que le noyau se délimite vis-à-vis du protoplasme par une ligne de contour nette, semblable à une membrane et nommée en effet membrane nucléaire . Enfin, on peut apercevoir dans l’intérieur du champ nucléaire un ou plusieurs corps arrondis brillants, les nucléoles. On appellera suc nucléaire la substance fondamentale molle ou très fluide dans laquelle sont plongés les corps figurés du noyau.
Si l’on traite la cellule par un agent fixateur qui coagule les matières albuminoïdes, et qu’on fasse ensuite usage de réactifs colorants, on décèle dans le noyau une structure compliquée, qui sera examinée plus loin.
A. Forme du noyau. — Si le noyau est d’habitude un corps de forme arrondie ou elliptique sur la coupe, en réalité sphéroïdal ou ellipsoïdal, il est plus exact de dire qu’en général sa forme reproduit celle du corps cellulaire qui Cytologie. 8
Fig. 110. — Cellules épithéliales de Grenouille. Vues de face et à l’état frais. X25o.
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
l’entoure . Arrondi dans les cellules
Fig. 111. — Cellules épithéliales de Grenouille.
Vues de face. Coloration du noyau par le vert de méthyle. X 25o
contour parfaitement régulier, le noj;
sphériques ou régulièrement polyédri ques, il s’allonge beaucoup dans les cellules allongées et prend la forme d’un fuseau ou d’un bâtonnet. C’est ainsi que dans les cellules musculaires étirées en fibres, qui forment la paroi des viscères des Vertébrés, dans ces fibres musculaires de la vessie de Salamandre, par exemple (fig. 112), le noyau a pris une forme très allongée.
L’une des fibres musculaires étant trifide, on remarque même que son noyau présente une forme trilobée, adaptée à celle du corps cellulaire.
Il n’y a pas cependant harmonie nécessaire entre la forme du noyau et celle de la cellule. Dans des cellules à u peut prendre une configuration par-
Fig. 112. — Cellules musculaires de la vessie de Salamandra maculosa Laur.
Corps cellulaire et noyau très allongés. Une des cellules est trifide, son noyau est trilobé. — Arrangement parallèle des fibres en fascicules. X 332.
MORPHOLOGIE DE LA CELLULE
fois extrêmement irrégulière et compliquée, qui n’a aucun rapport avec une forme déterminée de la cellule.
Voici par exemple des cellules de la moelle des os d’un Cobaye , à contour arrondi, dont le noyau a la forme d’un bissac, ou même est profondément N découpé en plusieurs lobes (fîg. u3). Dans certaines de ces cellules, qui sont de taille considérable et qu’on appelle pour cette raison « cellules géantes » ou méqacaruocites. le „ „ „ , , , „ , , n ,
a J 1 Fig. n3. — Cellules de la moelle des os du Cobaye.
noyau, qui est, lui ^ a , ceuuies à grains acidophiles. — b, 6, cellules à noyau en bissac. aussi, trèsvolumi- cg, cellule géante ou mégacaryocyte. X 1000.
neux, a une figure
très compliquée. Il se présente sur les coupes sous la forme d’un anneau
irrégulièrement bosselé et çà et là troué ; en réalité, cette forme, si on la reconstruit dans sa totalité, en examinant les coupes successives d’un même noyau, est celle d’une sphère creuse, percée de fenêtres, de sorte que la partie du corps cellulaire située dans son intérieur communique avec celle qui l’entoure.
Dans les cellules énormes, de forme régulière d’ailleurs, qui constituent les glandes séricigènes des chenilles, ou celles des tubes de Malpighi (hépatopancréas) de certains Insectes, la complication de la figure nucléaire est devenue extrême ; le noyau forme, en effet, une sorte de pièce de jeu de patience, profondément et capricieusement découpée (fig. n4).
Fig. 114. — Quelques cellules de la glande séricigène de la chenille de Pieris rapæ.
b orme très ramifiée du noyau. X 125.
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
a) Noyaux réguliers et noyaux polymorphes. — Les exemples précédents suffisent à donner une idée générale des variations de forme très étendues que subit le noyau. Mais les formes nucléaires principales consi ituent autant de catégories que les histologistes distinguent et qu’il sera bon de passer rapidement en revue, sans nous occuper d’ailleurs de leur genèse ni de leur signification, et en indiquant seulement que ces formes sont en rapport
le plus souvent soit avec la division, soit avec la dégénérescence du noyau. D une façon générale, aux noyaux de forme régulière , on oppose sous le nom de polymorphes { Bellonci ) ceux qui ont une configuration irrégulière.
b) Noyaux creusés et troués.
— On peut former une première catégorie de noyaux polymorphes avec les formes dites noyaux creusés , noyaux troués. Ces formes dérivent de la sphère ou de l’ellipsoïde nucléaire, dont la surface aurait été dé-
Fig. ii5.
Leucocytes à noyaux très polymorphes , pris dans la couche lymphoïde superficielle d'un Triton. X 75o.
.sa • G*
tf*