CHAPITRE IV
Le centre cellulaire.
Article premier. — LE CENTRE CELLULAIRE DANS LA CELLULE EN DIVISION
Depuis longtemps ( 1876), on avait plus ou moins bien vu et bien décrit , aux pôles de la figure de division des cellules ordinaires et surtout des œufs, de petits corps qui se présentaient habituellement sous la forme de taches arrondies et plus claires, desquelles irradiaient en tous sens de nombreuses stries. Van Beneden montra le premier, dans un travail d’ensemble sur la maturation, la fécondation et la division de l'œuf de Y Ascaris megalocephala , la réalité substantielle de ces corps et sut les isoler pour ainsi dire du cytoplasme. En raison de leur situation aux pôles de la figure de division, il leur donna le nom de corpuscules polaires. Quelques années plus tard, van Beneden et Boveri firent voir sur le même objet, sur les œufs de cet Ascaride, que les corpuscules polaires dérivent de la bipartition, effectuée dès le début de la division cellulaire, d'un corpuscule unique qui est situé en plein protoplasma au milieu de la cellule et qui mérite pour celte raison le nom de corpuscule central ou centrosome (fig. 1^7). Quant aux stries qui, irradiant du corpuscule polaire, donnaient à l'ensemble l'aspect d'une étoile, d'un soleil, et lui avaient valu le nom d 'aster, elles sont dues à des fibres spéciales qui partent du corpuscule central, sur lequel elles s'insèrent, et vont se perdre dans le protoplasma en se continuant avec les travées de la charpente cytoplasmique (fig. 1^7). Ces fibres se montrent souvent moniliformes, offrant de distance en distance et à des intervalles réguliers des nodosités ou cytomicrosomes. Comme la distance qui sépare les cytomicrosomes est la même dans toutes les fibres radiées, il en résulte que ces microsomes forment autour du centrosome des couronnes concentriques parfois très régulières. Le corpuscule central n'est pas habituellement nu dans le protoplasma, mais très souvent il est englobé dans une sphère de substance spéciale, divisible elle-même fréquemment en une zone interne ou « médullaire » claire, et une zone externe ou « corticale » sombre et plus colorables ; à cette sphère van Beneden a donné le nom de sphère attractive , en raison des propriétés physiologiques qu'il lui attribua; mais comme ces propriétés ne sont rien moins que définitivement établies, mieux vaut peut-être remplacer cette dénomination par celles de cenlrosphère (Strasburger) ou d 'astrophère M. Heidenhain), qui ne préjugent
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
en rien la fonction, qui sont purement morphologiques et rappellent seulement les relations de la sphère avec le centrosome et avec l’aster. De même que les deux corpuscules polaires dérivent de la division d’un seul corpuscule central, de même les deux sphères attractives et les deux asters qui en émanent proviennent de la division d’une seule sphère attractive et d’un seul aster qui entouraient le corpuscule central unique. De la sorte, conclut van Beneden, le corpuscule central et la sphère attractive, se divisant dans la cellule et dans ses descendants, ne manquent à aucun moment dans la cellule, dont ils sont des organes permanents. De plus, ils ne
doivent faire défaut à aucune cellule et sont par conséquent des organes cellulaires constants. Ce sont aussi, le corpuscule central particulièrement, des organes sui generis , ayant une place distincte dans la constitution cellulaire, à côté du noyau et du protoplasma .
L’ensemble delà sphère attractive, avec le corpuscule central, qui est inclus et les rayons de l'aster qui en partent, représente un centre ce II u lai re , a ut ou r d u-
Fig. 147. — Centre cellulaire dans un ouocyte d’Helix pomatia L quel est en effet Cen
c. centrosome (renfermant un grain plus petit et plus coloré, le cen- trée la substance toul
triole). — s, sphère (zone claire ou médullaire). — a, aster. — ey, entière de la cellule cytoplasme ordinaire. X1000. D’après une préparation cI’Ancel. . ,
et qui en représente
réellement le centre
morphologique et physiologique. Le centrage cellulaire est le plus évident, et le centre cellulaire est par suite le plus développé dans les cellules en division. Ce sont donc à ces cellules qu’on doit s’adresser si 1 on veut prendre facilement et rapidement connaissance du centre cellulaire dans son état de développement maximum . On trouvera plus loin (livre IX) une étude plus approfondie du centre cellulaire dans les éléments en division. Dans ce chapitre, il ne doit être question que des cellules au repos, et non en division, sur lesquelles nous devons chercher à retrouver le centre cellulaire que l’examen des cellules en voie de division nous a tout d’abord montré.
Dans une cellule en division, le centre cellulaire comprend trois parties essentielles, concentriques l’une à l’autre : le corpuscule central, ou centro-
MORPHOLOGIE DE LA CELLULE
some, la sphère, l’aster. Le centrosome est ce corpuscule très chromatique, formé d’une substance plus ou moins analogue à la chromatine nucléaire, qui occupe le centre de la sphère. Celle-ci est constituée par une substance plus ou moins électivement colorable, constituée qu’elle est, selon Boveri, par une matière protoplasmique spéciale, l’archoplasma. L’aster est l’ensemble des filaments qui rayonnent de la sphère dans le corps cellulaire, et que forme une substance distincte aussi du protoplasme ordinaire, le kinoplasme de Strasburger, que nous connaissons déjà.
Article 2. — LE CENTRE CELLULAIRE DANS LES CELLULES AU REPOS
Dans des centaines de travaux qui succédèrent à ceux de van Beneden, on confirma l’existence d’un centre cellulaire, qu’on retrouva non seulement dans les cellules en division, mais encore dans des cellules en repos et dans les éléments les plus divers, des cellules conjonctives et des globules blancs
comme des cellules nerveuses, des cellules normales comme des éléments pathologiques.
Ces recherches, notamment celles qui avaient pour objet des cellules au repos, ne devaient pas être, il faut bien le penser, la simple confirmation des premiers résultats. Portant sur des cellules variées, elles devaient montrer le centre cellulaire sous des aspects nouveaux, et conduire ainsi à modifier sur beaucoup de points le schéma primitif, et surtout, en suscitant des interprétations nouvelles, élargir considérablement l’idée première qu’on s’en était faite. C’est ce que nous allons rapidement constater.
Les modifications que le schéma du centre cellulaire, examiné dans une cellule
en division, va présenter dans des cellules quiescentes, pourront être envisagées à deux points de vue. D’une part, on verra le centre cellulaire, considéré dans son ensemble, se simplifier et se réduire, par la disparition d’une ou de deux des parties constitutives qu’il offrait dans la cellule en division. D’autre part, chacune de ces parties elle-même pourra revêtir dans la cellule au repos des caractères différents de ceux que nous lui connaissons dans un élément qui se di-
Fig. 148. — Leucocyte binucléè de Salamandra maculosa Laur., avec centre cellulaire.
Le noyau renferme de la basichromatine (vert) et de l’oxychromatine (rouge). A côté de lui, la sphère entourant le centrosome; de celui-ci partent en rayonnant les fibres de l’aster, qui portent des nodosités ou cytomicrosomes et qui atteignent la périphérie de la cellule ; autour de la sphère, les cytomicrosomes plus épais forment une couronne régulière et très marquée. X^oo. D’après Heiden-